Études thématiques (1): Les oeuvres perdues

Littérature romaine: Études thématiques

Pour compléter ma série d’articles bibliographiques sur la littérature romaine, où je fais la liste de la plupart des auteurs romains, et ma série de lectures romaines (où j’approfondis un peu sur l’oeuvre des auteurs dont j’ai un exemplaire dans ma bibliothèque), j’ai décidé aussi d’ajouter une série d’articles thématiques qui étudie un peu plus en profondeur des sujets liés à la littérature romaine. Dans cette première étude thématique, j’aborde le sujet des oeuvres perdues.

1. Les oeuvres perdues

Il semble que seulement une infime partie de la littérature romaine ait été conservée et soit parvenue jusqu’à nos jours. En effet, des près de huit-cent auteurs romains qui nous sont connus, 35% ont été complètement perdus, 45% ne nous sont parvenus que de façon fragmentaire et seulement 20% d’entre eux ont vu une ou plusieurs de leur oeuvres préservées pour la postérité. Ce chiffre tombe à 10% si l’on inclus les quelques deux milles auteurs grecs de l’antiquité. Qu’est-ce qui peut expliquer qu’autant d’oeuvres littéraires et scientifiques aient été perdues dans l’antiquité ?

Les causes

a) Le processus d’édition

Le premier coupable est le processus d’édition lui-même. Les livres sont manuscrits et leur édition est donc une entreprise lente, demandante et plutôt coûteuse. L’auteur écrit d’abord un premier jet de l’ouvrage (ou le dicte à un secrétaire) sur des tablettes de cire. Il est ensuite retranscrit sur papyrus (par l’auteur, son secrétaire ou, si l’auteur est fortuné, un copiste) en une ou plusieurs copies qui sont alors transmises (après vérification et corrections) à l’éditeur dont les copistes feront de multiple copies pour la vente. 

Ce processus est bien décrit par Cicéron, notamment dans ses lettres à son ami Atticus (qui était non seulement son banquier, mais aussi son éditeur; voir Ad Atticum IV, 13; XII, 6; XII, 40; XIII, 21-22), mais aussi dans une série de lettres à son frère Quintus (Ad Quintum III, 4-6):

“Les ouvrages qu’il vous faut ne se trouvent pas à vendre; et pour les faire copier, il faut un homme habile et intelligent. (…) mais la tâche est difficile et demande un soin infini. J’en sais quelque chose, moi dont la passion pour les livres ne peut jamais être satisfaite en rien. Je cherche en vain à qui m’adresser pour les livres latins. Qu’on fasse copier ou qu’on achète, on est toujours sûr de n’avoir que des exemplaires fautifs : comptez cependant sur mes soins.”

Un ouvrage est constitué d’un ou plusieurs volumes (volumen) qui se présente sous la forme d’un rouleau de papyrus fait de feuilles collées les unes aux autres, avec des colonnes de texte qui s’alignaient successivement. Plus tard, les livres ont été constitués de cahiers de pages reliées (codex). L’éditeur vendait ces ouvrages dans des boutiques (bibliopolae ou tabernae librariae) qu’il possédait dans des quartiers affluents de la Ville comme l’Argiletum (une rue commerciale reliant le quartier de la Subura au Forum Romain) ou le Vicus Sandalarius (rue des Fabricants de sandales, près du Forum de la Paix). Un volume se vendait entre deux et vingt sesterces, dépendant du nombre de pages et de la qualité du papier et de la calligraphie. Un volume de qualité pouvait coûter plusieurs jours de salaire pour un soldat.

L’édition d’un volume étant exigeante et coûteuse, on ne publiait donc que les ouvrages les plus en demande (selon qu’ils étaient populaires ou utiles) et dans une quantité minimale. Plus un ouvrage était populaire et plus il y avait de copies en circulation, ce qui augmentait donc ses chances d’être préservé. Un titre impopulaire et futile cessera éventuellement d’être recopié et finira par disparaître…

b) Le medium

La papyrus est un matériel rare et fragile. Il est rare car son mode de production est complexe: la plante Cyperus papyrus doit être cultivée, récoltée, tranchée en lamelles, martelée, disposée en couches croisées, pressée et séchée. Ensuite plusieurs feuilles sont collées ensembles pour former un rouleau. Il est fragile car il peut être endommagé par la manipulation fréquente, par l’eau, par le feu. 

Il est aussi réutilisable: si l’ouvrage n’a plus d’utilité, le papyrus peut servir d’emballage ou de combustible. Une réutilisation plus fréquente est de le grater pour effacer l’écriture et le réutiliser pour un nouveau manuscrit: c’est le palimpseste. Si le papier devient trop rare, ou trop cher, on réutilise celui que l’on a sous la main. Cicéron en fait mention dans une lettre à Trebatius (Ad Familiares VII, 18):

“Pour en revenir à vos lettres, où tout est bien d’ailleurs, j’admire qu’écrivant soi-même on ait le courage de se recopier tant de fois. Des palimpsestes! Bon! voilà de l’économie. Mais que contenait donc cette petite page que vous avez effacée pour récrire dessus? quelque formule de droit peut-être? car je ne veux pas supposer que vous vous serviez de mes lettres, et qu’à la place de mon écriture vous mettiez la vôtre. Cela signifie-t-il que vos affaires n’avancent point, qu’on vous oublie et qu’on vous laisse même manquer de papier?”

c) L’adversité

Les risques inhérents à la conservation d’un manuscrit augmente considérablement sur la longue durée, alors que l’adversité peut causer de nombreux événements destructeurs: des incendies (comme pour la bibliothèque d’Alexandrie), des inondations (les crues du Tibre étaient parfois exceptionnelle), des cataclysmes (comme des éruptions volcaniques pouvant causer des dommages locaux — comme le Vésuve en 79 — ou même des changements climatiques), de l’instabilité politico-économique (qui amène son lot de révoltes, guerres civiles, crises économiques, famines et épidémies), et même des invasions. Le moment crucial pour la perte de manuscrits débute avec la crise du IIIe siècle, se poursuit dans l’antiquité tardive avec les grandes invasions barbares et jusqu’au Moyen-Âge.

d) Les idéologies

Beaucoup d’ouvrages ont été détruits parce qu’ils étaient contraire au courant politique ou intellectuel d’une époque. Auguste a fait détruire les ouvrages de ses opposants politiques; des ouvrages chrétiens ont sûrement été détruits lors des persécutions et l’Église chrétienne en a détruit encore plus qui allaient à l’encontre de son dogme (païen ou hérétique), de sa morale (érotisme ou occultisme) ou de sa conception du monde.

e) L’indifférence

Toutefois, ce qui a ultimement été l’une des plus grande cause de la disparition de manuscrits antiques a probablement été l’indifférence des masses non-éduquées face à un savoir considéré comme élitiste. Quand les âges sombres sont venus, la population était majoritairement analphabète et préoccupée surtout par sa survie et le besoin de se trouver un logis pour la nuit et de la subsistance. Quel est le poids d’un manuscrit philosophique qu’on ne peut pas lire, ni comprendre, face à la nuit sombre et froide ?

Conservation

Heureusement de nombreux manuscrits ont été conservés et leur transmission a pu se faire d’une façon ou d’une autres : d’une part, beaucoup de monastères médiévaux avaient des bibliothèques qu’ils gardaient fournis en recopiant et enluminant d’ancien manuscrits sur parchemin ce qui en a permis la préservation; d’autre part, beaucoup d’ouvrages ont été conservés à travers leur traductions (principalement arabes); finalement, plusieurs manuscrits originaux ont été redécouverts par pure chance (des papyrus ont été retrouvés intacts en Égypte, préservé par le climat sec et il y a le cas des rouleaux de Herculanum retrouvés calcinés mais complet dans la “Villa des Papyrus”).

L’Europe a connu un regain d’intérêt pour la culture, la littérature et la chose intellectuelle dès la renaissance carolingienne, mais c’est surtout avec la Renaissance du XVe siècle que l’on s’est mis à redécouvrir et republier la littérature romaine, ce que l’invention de l’imprimerie a fortement accélérée.

Références:

[ Index ]

La Littérature romaine (11)

Époque classique (2): Sous le Principat (4)

J’ai décidé de séparer la littérature classique sous le Principat en plusieurs sections afin de pouvoir les mettre en ligne plus rapidement (car les vicissitudes de la vie me tiennent occupé et ralentissent mon travail…). Voici la quatrième et dernière partie consacrée à la littérature Augustéenne, où l’on retrouve très peu d’auteurs connus. Sur une dizaine d’auteurs, seuls les noms de Germanicus et de Velleius Paterculus sont susceptibles d’être reconnus par un public non-académique. 

Nom: Marcus Porcius Latro
Date: c54  – 4 AEC (1er s. AEC)
Genre: Rhétorique

Marcus Porcius Latro est un rhétoricien né en Hispanie au 1er siècle AEC. Il était un ami et contemporain de Sénèque l’Ancien et est considéré comme l’un des fondateurs de la rhétorique scolastique. Lors d’un voyage il aurait attrapé une fièvre intermittente dont la persistance l’aurait déprimée et poussée au suicide. Aucune de ses oeuvres nous est connue ou a été conservée.

Nom: Titus Labienus
Date: ? – 8 EC
Genre: Histoire

Titus Labienus (qu’il ne faut pas confondre avec le général de César du même nom) est un historien et orateur romain du 1er siècle AEC. Ayant grandit dans la pauvreté, il s’est opposé à Auguste et a fortement critiqué la hiérarchie sociale romaine, ce qui lui a valu d’être sujet à la censure. Vers la fin de son règne, Auguste tolérait de moins en moins la dissidence. Titus Labienus s’est donc vu jugé coupable de “trahison littéraire” et condamné à voir son oeuvre brûlée, ce qui le poussa au suicide. 

  • Historiae (les Histoires traitaient surtout d’événements contemporains et critiquaient la corruption impériale. Le Sénat ordonna sa destruction, mais des copies ont été sauvées (sans doute par son élève Cassius Sévère) et l’oeuvre a été réhabilitée et rééditée sous Caligula. Toutefois aucune de ses oeuvres ne nous est parvenue).

Nom: Lucius Cestius Pius
Date:  c49 AEC    c18 EC (1er s. AEC) actif entre c13 AEC et c9 EC
Genre: Rhétorique

Lucius Cestius était un rhétoricien latin originaire de Smyrne, en Grèce. Il a enseigné le latin et la rhétorique à Rome. On a conservé que des extraits de son oeuvre notamment cités par Sénèque.

Nom: Gnaeus Pompeius Trogus
Date: c40 AEC –  c20 EC
Genre: Histoire

Trogue Pompée est un historien gallo-romain originaire de Vasio (Vaison-la-Romaine). Sa famille comporte plusieurs militaires: son grand-père, qui a reçu la citoyenneté romaine, a combattu sous Pompée lors de la guerre sertorienne et son père a servi sous César durant la guerre des Gaules. On ne connait pas grand chose de sa vie, sinon qu’il était un contemporain de Tite-Live. On ne lui connait que deux ou trois oeuvres.

  • Historiae Philippicae (Histoires Philippiques est une histoire universelle en quarante-quatre livres, écrite entre 9 AEC et 20 EC et basée surtout sur des sources grecques, qui raconte l’histoire des Assyriens, Mèdes, Perses et de l’Égypte (livres I-II, X), de la Grèce (III-IX), d’Alexandre et ses successeurs (XI-XVII), de Carthage (XVIII-XXIII), des royaumes Séleucide (XXVI-XL) et Parthes (XLI-XLII) ainsi que de l’Occident jusqu’à Auguste (XLIII-XLIV); l’oeuvre ne nous est parvenue que par des fragments, cités entre autres par Hyginus, Valère Maxime et Velleius Paterculus, ainsi que par l’Epitoma historiarum Philippicarum Pompei Trogi, un abrégé écrit par Justin)
  • De animalibus (l’Histoire des animaux se sert de Aristote et Théophraste, mais ne nous est pas parvenu. Elle est toutefois citée par Pline l’Ancien)
  • Selon Pline, Trogue Pompée aurait également écrit une Histoire des Plantes, qui ne nous est pas parvenue

Nom: Gaius Ateius Capito
Date: 38 AEC – 22 EC
Genre: Traité (Droit)

Ateius Capiton est un homme politique, sénateur et jurisconsulte romain réputé. Il était le fils d’un tribun de la plèbe et l’élève de Aulus Ofilius. Il était le rival de Labéon et aurait fondé sa propre école de droit, l’école des Sabiniens. Il aurait été nommé consul suffectus (en 5 EC) et curator aquarum pour gérer les crues du Tibre (en 5 AEC, 12 et 15 EC). Aucune de ses oeuvres n’a été conservée.

  • De iure pontificio (“Sur le droit des pontifes” est un traité juridique en six livres dont nous n’avons conservé que des fragments par des auteurs tardifs comme Servius)
  • De iure sacrificiorum (“À propos de la loi sacrificielle”)
  • Coniectanea (neuf livres sur divers thèmes)
  • De officio senatorio (“À propos du bureau sénatorial”)
  • Un ouvrage sur les présages
  • Epistulae (“Lettres”)

Nom: Germanicus
Date: 15 AEC – 19 EC
Genre: Poésie, Traduction

Caius Julius Caesar dit Germanicus est un homme politique et militaire romain. C’est un membre important de la dynastie Julio-Claudienne car il est le fils de Drusus et d’Antonia Minor (fille de Marc-Antoine et Octavie). Il est donc le frère du futur empereur Claude et, avec son épouse Agrippina Maior, il est aussi le père de Caligula et d’Agrippina Minor (qui sera la mère de Néron). A l’instigation d’Auguste, il est adopté par Tibère et devient son successeur présumé. Il est surtout connu pour sa grande popularité et son génie militaire. Très jeune, il est nommé questeur, consul (en 12 et en 18 EC) puis légat. Dès l’âge de vingt ans il est à la tête d’une armée en Dalmatie et Pannonie; à trente ans il commande huit légions en Germanie, où il venge la défaite de Varus à Teutoburg. À la mort d’Auguste, les légions le proclament empereur, mais il refuse. Tibère le rappel alors à Rome, où il reçoit un triomphe et l’imperium maius, mais il est aussitôt renvoyé en Asie Mineur pour empêcher une révolte. Il meurt à trente-trois ans, à Antioche, possiblement de maladie ou alors empoisonné par Piso, le gouverneur de Syrie, sur les ordres de Tibère qui jalousait sa popularité. Doté d’une grande éloquence, il était l’ami d’Ovide et aurait écrit des épigrammes, des comédies et des poèmes qui ont été perdues. Il a également traduit en latin le poème dicdactique d’Aratos de Soles, les Phénomènes, qui traite d’astronomie et qui, lui, nous est parvenu [voir Remacle].

Nom: Velleius Paterculus
Date: c19 AEC – c31 EC
Genre: Histoire

Caius Velleius Paterculus est historien romain issue d’une famille fortunée de Campanie. Il fait une carrière militaire: tribun militaire  (en Thrace, en Macédoine et en Arménie en 2 EC), préfet de cavalerie dans l’armée de Tibère (de 4 à 12 EC pour les campagnes de de Pannonie, de Dalmatie et de Germanie), questeur (ce qui lui permet d’accéder au sénat), légat d’armée et préteur (en 15 EC). Il se consacre probablement ensuite à l’écriture de son Histoire, jusqu’à ce que la disgrâce de son ami Lucius Aelius Sejanus entraîne sa mort en 31 EC.

  • Historia romana (l’Histoire Romaine retrace en deux livres les grandes lignes du monde gréco-romain de la guerre de Troie jusqu’au consulat de Marcus Vinicius (en 30 EC), en ne négligeant pas la littérature. Il se sert de ses souvenirs de campagnes, en offrant beaucoup d’anecdotes, mais a tendance à être plutôt partial et flatteur envers les règnes d’Auguste et de Tibère. L’Ouvrage est disponible aux Belles Lettres et chez Loeb, dans des éditions variées (Amazon, Goodreads) ainsi que dans le domaine public: Archive, Penelope, Remacle, Wikisource).

Nom: Cassius Severus
Date: ? – 32 EC
Genre: Rhétorique

Cassius Severus est un orateur romain issue d’un milieu modeste et qui a été très critique des élites impériales, ce qui lui value d’être exilé à deux reprises: vers 8 ou 12 EC en Crète et vers 24 EC à Sériphos, où il a finit ses jours en 32 EC. À sa mort, ses discours furent interdits, et s’ils ont été republiés sous Caligula, ils ne nous sont parvenus que sous formes de fragments (notamment dans les analyses qu’en ont fait Quintilien, Sénèque et Tacite).

Nom: Caius Albinovanus Pedo
Date: Fin 1er s. AEC – Début 1er s. EC
Genre: Poésie (Épique)

Caius Albinovanus Pedo est un poète épique latin contemporain d’Auguste et de Tibère. Ami d’Ovide, il aurait écrit des épigrammes, une épopée sur les campagnes de Germanicus ainsi qu’un poème dédié à Thésée. Nous n’avons conservés que des fragments de son oeuvre (cité par Martial, Quintillien, Sénèque et Sidoine Apollinaire).

Rérérences:

Prochainement: La littérature romaine (12): Sous l’Empire (1er siècle EC)

[ Index ]

Anime & manga update [002.026.234]

Japanese culture update

NHK World Japan documentary series continue to be a great source of information about Japanese culture, history and life — including popular culture like anime and manga. Here are some interesting Video On Demand (VOD) that I have noticed this week.

Comiket

Our Comiket’s History: 50 Years of Love : “First held in 1975, Comiket has long shaped Japan’s creative culture from manga and anime to games and cosplay. The committee, exhibitors, volunteers, fans, and cosplayers share their devotion to it.” This episode was originally broadcast on April 25, 2026 and will be available as VOD until April 25, 2027.

National Museum of Japanese History

Japanese Life and Culture: A Journey Through 37,000 Years ~National Museum of Japanese History~ : “The National Museum of Japanese History boasts a vast collection that traces everyday life and culture through Japan’s history. Andy [Pompilio] and Shaula [Vogue] will travel through time to explore life, culture, and the wisdom and spirituality of Japan.” This episode was originally broadcast on December 5, 2025, with an edit on Jan. 27, 2026; it will be available as VOD until December 5, 2026.

Tokyo National Museum

Explore the Tokyo National Museum : “The Tokyo National Museum is home to a collection of some 120,000 objects of beauty and interest, mainly Japanese art and craft pieces along with work from the Asian mainland and historical artifacts. The museum houses 89 items deemed by the Japanese government to be of especially high value and designated as national treasures. Paying a visit to this historic museum that is celebrating its 150th anniversary are Andy [Pompilio] and Shaula [Vogue], hosts of NHK WORLD-JAPAN’s popular program DESIGN TALKS plus. They marvel at the majestic building, visit an exhibit that offers insights into 30,000 years of creativity in Japan, and revel in the first ever exhibit of every national treasure in the museum’s possession — an experience that will surely make art aficionados across the world jealous. The two also get a glimpse of the future of museums, experiencing high-definition imagery, 3D computer graphics, and other cutting-edge digital technology. Come join us on this 50-minute adventure exploring the Tokyo National Museum, something not to be missed by anyone visiting the metropolis.” This episode was originally broadcast on January 7, 2023  and will be available as VOD until January 24, 2027.

Other notable news

Anime & manga update [002.026.228]

Anime & manga update

NHK World Japan continues to be a great source of information about Japanese culture with their documentary series. This time nothing much to report about anime and manga in itself, but I’ve seen several interesting documentaries about Japanese culture, history and life.

Sugamo Diary

From the “Broadcasters’ Eye” series, “Sugamo Diary: The Life of a Class B/C War Criminal” is an anti-war documentary about the diary of a Japanese war criminal. “Near the end of World War II, a Japanese soldier executed four American POWs. A year later, he was sent to Sugamo Prison and sentenced to death. His six-year diary offers a personal reflection on war.” Toji Kentaro was a young man with a sharp mind. He accepted his fate. He understood that the Japanese had a collective responsibility for the war (Japan being the aggressor and the people passively agreeing with its military) and that he was wrong to have killed prisoners. However, they would have been killed anyway, whether he was the executioner or somebody else. He was angry, because he had just found out that his mother was killed in the bombardment. And those airmen were responsible for it, so he volunteered to behead them. After all, they were themself criminals, having just bombed civilians. Also wasn’t the court hypocritical to condemn him to death for having killed those soldiers, who had just killed his mother ? Where does “Justice” stops ? An incredibly insightful reflection on war. This episode was broadcast on August 15, 2026 and will be available as Video On Demand until August 22, 2026.

Otagiri Vegetables Are Delicious

From the same  Broadcasters’ Eye” series, I noticed an older episode titled “Otagiri Vegetables are Delicious – Depopulation and Aging: The Future of Farming.” 85-year-old Sakai Masayuki lives in Otagiri, in Nagano Prefecture. He’s fighting to keep farming alive as depopulation and aging take a major toll on the area. Join him as he explores possible new solutions to the many problems ahead. This episode was broadcast on November 29, 2025 and will be available as VOD until November 29, 2026.

Picture Brides

Another older episode, this time from the documentary series “Documentary 360”. Titled “Picture Brides: Echoes from Beyond the Frontier,” it tells the story of singer song writer Hana Hope who discovers the history behind the Picture Brides and all those Asian women who helped built America. “A hundred years ago, “picture brides” crossed the ocean to America with just one engagement photo. We have unearthed audio tapes in which they reflect on their lives! This is the story of three generations who found their place in America.” This episode was broadcast on September 12, 2025 and will be available as VOD until September 12, 2026.

Kurashiki: Feline Friends

Finally, no video viewing on the internet would be complete without a cat video. “Kurashiki: Feline Friends” is an episode of the short documentary series “A Cat’s-Eye View of Japan” where Iwago Mitsuaki, a globetrotting wildlife photographer and filmmaker, offers the best of a vast collection of cat footage he took in Japan. “A cat rides his owner’s shoulder through Kurashiki, a city known for its beautiful white-walled storehouses. Friends Mikan and Mame visit a shop for a meal and even offer the shopkeeper some help.” This episode was broadcast on August 15, 2026 and will be available as VOD until August 22, 2026.

Capsules de curiosité

Il faut croire que je ne sors pas souvent, reclus dans mon refuge urbain, car je viens tout juste de découvrir que Solaris avait une chaîne YouTube… depuis 2021 ! On y retrouve en autres des rencontres avec des auteurs (comme Philippe-Aubert Côté, Vic Verdier, Éric Gauthier, la rédaction de Brins d’Éternité, Dave Côté, Geneviève Blouin, Mathieu Lauzon-Dicso, Ariane Gélinas, Claude Bolduc, Francine Pelletier, Jonathan Reynolds, Frédérick Durand, Pascal Raud, Jean-Louis Trudel, etc.) mais surtout, plus récemment, les fascinantes capsules du Cabinet des curiosités surnaturelles de Sébastien Chartrand:

  1. Les créatures fantastiques I : Dragons (3:28)
  2. Les créatures fantastiques II : Reptiles (3:29)
  3. Les créatures fantastiques III : Bestiaire marin (3:35)
  4. Les créatures fantastiques IV : Coquillages (4:23)
  5. Les créatures fantastiques V : Les oiseaux (3:32)
  6. Les créatures fantastiques VI : Les végétaux (4:13)
  7. La Géographie de l’impossible I : Le septentrion fantastique (3:37)
  8. La Géographie de l’impossible II : Les mystérieuses cités d’or (2:43)
  9. La Géographie de l’impossible III : Les continents imaginaires (4:02)
  10. La Géographie de l’impossible IV : Les reines noires mythiques (3:43)
  11. La Géographie de l’impossible V : Fabuleuses colonies scandinaves (4:02)
  12. La Géographie de l’impossible VI : Mystérieuse Sibérie (4:52)
  13. Les machines merveilleuses I (4:10)
  14. Les machines merveilleuses II (3:37)
  15. Les machines merveilleuses III (2:30)
  16. Les machines merveilleuses IV (3:50)
  17. Les machines merveilleuses V (3:22)
  18. Magie et sciences occultes I (3:34)
  19. Magie et sciences occultes II (3:37)
  20. Magie et sciences occultes III (3:41)

Attention, il faut être inscrit à YouTube pour voir les vidéos (et parfois, hélas, il y a de la publicité). Chose amusante, il y a apparemment un réglage qui donne la possibilité de visionner les vidéos avec un doublage IA dans la langue de votre choix (principalement l’anglais; vous allez dans “paramètres”, “Piste audio” et sélectionnez la langue de doublage) ! À voir absolument si vous êtes fervent de sciences naturelles et surnaturelles ! Bon visionnement…

(Mise à jour le 2026/08/22)

Visite au musée [002.026.181]

La Grèce des Héros: Au temps de Troie

Nous sommes allé faire une petite visite à Pointe-à-Callière, le musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, pour découvrir l’exposition “La Grèce des Héros: Au temps de Troie” qui y est présentée du 4 juin 2026 au 7 mars 2027. Elle nous offre près de 400 objets authentiques (et quelques reproductions) qui s’étalent de l’âge du bronze à l’âge du fer pour explorer les mythes et la réalité de l’âge des Héros autour de thèmes comme Homère et son oeuvre (lIliade et l’Odyssée sont les éléments principaux du cycle troyen), les villes de Troie (Ilion / Hisarlik) et de Mycènes (et la civilisation mycénienne), les Héros et les dieux. La guerre de Troie a-t-elle vraiment eut lieu ? Hélène, Achille, Hector, Agamemnon et Ulysse ont-il vraiment existé ? Probablement car, comme un historien le disait dans une vidéo de l’exposition, les mythes c’est comme la fumée: il n’y a jamais de fumée sans feu…

C’est une exposition intéressante avec beaucoup d’objets et de présentations audio-visuelles. Comme toujours à Pointe-à-Callière, c’est une exposition éducative qui offre aux jeunes des jeux et un cahier d’activités à compléter. Toutefois, je n’y ai rien trouvé  d’excitant. Il y a quelques pièces intéressantes, mais l’objet le plus iconique (le masque d’Agamemnon) est une reproduction… Cela vaut quand même la peine d’y faire une visite. J’y ai pris plus de deux-cent photos, dont en voici quelques unes:

Vocabulaire des descriptions: AEC, Zeus, Olympe, Pénélope, amphore, lébès, pyxide, skyphos, Acropole d’Athènes, Argilos, Andros, canthare, linéaire B, Palais de Nestor, Pylos, civilization minoenne, Henrich Schliemann, kylix, olpé, Penthésilée, Amazones, marbre pentélique, sirène. 

La Littérature romaine (10)

Époque classique (2): Sous le Principat (3)

J’ai décidé de séparer la littérature classique sous le principat, aussi dites “Période Augustéenne”, en plusieurs sections afin de pouvoir les mettre en ligne plus rapidement (car les vicissitudes de la vie me tiennent occupé et ralentissent mon travail…). Voici la troisième (de quatre) partie où l’on retrouve principalement les poètes Tibulle, Properce et Ovide.

Nom: Marcus Verrius Flaccus
Date: 55 AEC – 20 EC
Genre: Traité

Verrius Flaccus est un affranchi, érudit et grammaticus de grande réputation, qui a enseigné aux petits-fils d’Auguste, Gaius et Lucius. Selon Suétone, il mourut à un âge avancé et on lui érigea une statue dans sa ville natale de Préneste. On lui connaît une demi-douzaine d’oeuvres dont aucunes ne nous est parvenues :

  • De Verborum significatu (De la signification des mots, dont nous avons des fragments par un abrégé de Festus)
  • Fasti Praenestini (un calendrier des fêtes romaines affiché sur le forum de Préneste et dont quelques fragments ont été retrouvés)
  • De Orthographia : De Obscuris Catonis (sur des passages obscurs de l’oeuvre de Caton l’Ancien)
  • Saturnus (sur des questions de rite romain)
  • Rerum memoria dignarum libri (sur des “choses dignes d’être commémorées“, ouvrage encyclopédique souvent cité par Pline l’Ancien)
  • Res Etruscae (sur les Étrusques, où il est probablement question des augures)

Nom: Lucius Annaeus Seneca
Date: 54 (AEC) – c 39 (EC)
Genre: Rhétorique, Histoire

Sénèque l’Ancien est un rhéteur d’origine équestre né à  Corduba en Bétique. Il est le père du célèbre naturaliste et philosophe Sénèque et le grand-père du poète Lucain. Nous lui connaissons deux oeuvres:

  • Oratorum et rhetorum sententiae, divisiones, colores (Sentences, divisions et couleurs des orateurs et des rhéteurs compile des extraits de déclamations par cent-vingt auteurs utilisés comme exercices de rhétorique; l’ouvrage, divisé en soixante-quatorze plaidoiries (Controversiae, dix livres) et sept débats (Suasoriae, 1 livre), met en lumière les formules (sententiae), argumentaires (divisiones), points de vue (quaestiones) et motivations (colores) les plus intéressantes; nous n’en avons conservé que des fragments)
  • Historiae ab initio bellorum civilium (Histoire depuis le début des guerres civiles est une histoire de Rome qui a été perdue, mais qui est mentionnée dans le De vita patris de Sénèque; des fragments sont cités par Lactance (Institutiones Divinae : VII, 15, 14) et d’autres ont été retrouvés dans un rouleau de la Villa des Papyrus à Herculanum)

Nom: Albius Tibullus
Date: 54 – 18 AEC
Genre: Poésie (Élégie)

Tibulle est un poète élégiaque d’origine équestre qui contribua, avec ses amis Virgile et Horace, au développement de la poésie bucolique. Sa famille est fortement éprouvé économiquement par la redistribution des terres aux vétérans en 41 et il vient donc à Rome pour ses études. Il se joint au cercle littéraire de Messalla, qui devient son protecteur. Il aurait été un critique secret d’Auguste. Son oeuvre est constituée de poèmes amoureux écrits dans un style claire et élégant.

  • Elegiae / Corpus Tibullianum (Élégies est composé de quatre livres: le livre I, publié vers 25, comporte dix élégies; le livre II, publié après sa mort, en comporte six; les deux derniers livres seraient apocryphes; l’ouvrage est disponible aux Belles Lettres et chez Loeb, dans des éditions variées (Amazon, Goodreads) ainsi que dans le domaine public: AgoraClass, Flèche, PiT, Project Gutenberg, Remacle, Wikisource (FR))

Nom: Marcus Antistius Labeo
Date: c50 AEC – c20 EC
Genre: Traité (Droit)

Labéon est un juriste romain qui a dirigé l’école de droit proculienne. Il devient préteur très tôt, mais comme ses vues politiques républicaines nuisent à sa carrière, il délaisse la vie publique pour se consacrer à la jurisprudence. Il aurait écrit des centaines d’ouvrages, certains d’érudition mais principalement sur des sujets juridiques. Nous n’en connaissons que trois, qui n’ont pas été préservés mais sont souvent cités (certains de ses propres édits se retrouvent dans le Digeste de Justinien):

  • Libri ad Edictum (un commentaire des édits des préteurs urbains et pérégrins, ainsi que des édiles curules)
  • Libri posteriores (publié après sa mort, cet ouvrage fait un exposé systématique du droit civil)
  • Probabilia (un recueil en huit livres de définitions et de propositions légales axiomatiques)

Nom: Sextus Propertius
Date: 47 – 16 AEC
Genre: Poésie (Élégie)

Properce est un poète élégiaque romain d’origine équestre, né en Ombrie (près d’Assise). Tout comme Virgile, il perd son père très jeune et la terre familiale est confisqué dans la redistribution des terres aux vétérans de 40. Il se rends à Rome pour y étudier le droit, mais finira par se consacrer à la poésie. Après la publication de son premier livre d’Élégies, il est découvert par Maecenas qui l’invite à joindre son cercle littéraire. Il meurt dans la jeune trentaine.

  • Elegiae (Les Élégies sont composées de quatre livres: un premier livre de vingt-deux élégies, intitulé Cynthia monobiblos, est publié en 25 et chante la passion du poète pour sa muse; un deuxième livre de trente-quatre élégies est écrit entre 28 et 25, puis publié en 24, et traite du renouvellement de la relation entre les deux amants; un troisième livre de vingt-cinq élégies, qui délaisse un peu la thématique amoureuse pour des sujets plus politiques, est publié en 23; le quatrième livre, qui ne comporte que onze élégies, est publié à titre posthume en 16 et est consacré à des thèmes plus mythologiques. L’ouvrage est disponible aux Belles Lettres et chez Loeb, dans des éditions variées (Amazon, Goodreads) ainsi que dans le domaine public: Mediterranees, PiT, Remacle)

Nom: Publius Ovidius Naso
Date: 43 AEC – 18 EC
Genre: Poésie (Didactique, lyrique élégiaque, lyrique amoureuse, épique)

Ovide est un poète romain d’origine équestre né à Sulmona. Sa famille étant fortuné, il étudie la rhétorique à Rome jusqu’à l’âge adulte. Après un long voyage formatif en Grèce, il entreprend une carrière judiciaire (il siègera au tribunal  des décemvirs), mais il se consacre très tôt à la poésie. Il devient rapidement célèbre et fréquente les cercles littéraires de son temps (où il côtoie Horace, Tibulle et Properce). Adepte du  néopythagorisme, il aurait participé à une séance de divination (ce qui était illégal) et la nature obscène de l’Art d’aimer allait à l’encontre des efforts d’Auguste pour restaurer la moralité romaine, deux offences qui lui valut à l’automne de l’an 8 d’être exilé à Tomis (en Scythie mineure, sur les rives du Pont-Euxin) par un édit de l’empereur. Il y vécu une dizaine d’année et est mort sans jamais revoir Rome. Il figure parmi les poètes latins les plus connus et les plus lus. On lui connait une quinzaine d’oeuvres:

Nom: Aemilius Macer
Date: ? (Avant 43, possiblement c70) – c15 AEC
Genre: Poésie (Didactique)

Poète didactique originaire de Vérone, spécialiste de la nature. Contemporain et ami de Virgile et Ovide. Selon Jérôme de Stridon, il serait mort en Asie. On ne lui connait que deux oeuvres dont nous n’avons conservés que des fragments:

Nom: Aulus Caecina
Date: ? – ?
Genre: Rhétorique, Traité

Homme politique et érudit romain, issue d’une importante famille d’origine étrusque. Il  prend le parti de Pompée lors de la guerre civile et publie un violent discours contre Jules César. Il est banni de Rome après la bataille de Pharsale en 48, mais fait acte de contrition et obtient un pardon grâce à l’intervention de ses amis (dont Cicéron, qui avait défendu son père dans le plaidoyer Pro Caecina et avec qui il correspondait [Ad Fam. VI. 5-8 ; IX et XIII. 66]). Il était reconnu pour son expertise dans l’art étrusque de la divination. Nous lui connaissons deux oeuvres dont nous n’avons conservé que des fragments:

Nom: Sulpicia
Date: 40 – ?
Genre: Poésie (Élégie)

Poètesse élégiaque romaine et l’une des rares femmes poète dont l’oeuvre ait survécue. Elle est issue d’une famille aisée et est la nièce de Marcus Valerius Messalla Corvinus qui entretenait un important cercle littéraire fréquenté par Ovide et Tibulle. Elle a donc été exposé très jeune à la poésie. Nous n’avons toutefois conservé d’elle que six courts poèmes (d’une quarantaine de vers au total) au travers du recueil de poésie Corpus Tibullianum (poèmes 3.13-18). Ces fragments sont disponibles dans le domaine publique: Perseus, web.archive. 

Prochainement: La littérature romaine (11): Sous le Principat (4)

[ Index ]

The B5 curse

After hearing Lorien tell Sheridan (S04, Ep05) that reanimating him had cut his life short and that he had only twenty more years to live, making him die in his sixties, I just realized, by total chance, that half the main actors of the Babylon 5 series did die in their sixties (well, many of them anyway) !

Still alive are:

Apparently, I am not the only one to think this weird… I guess that fighting the Shadows was quite unhealthy !

Lectures romaines (7): César: De Bello Gallico

Lectures romaines

Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.

7. César: De Bello Gallico

Après avoir lu La Guerre Civile de César, que j’ai trouvé plutôt ennuyant, je me suis lancé dans son récit de La Guerre des Gaules. L’édition que j’avais sous la main était une traduction française: Jules César: La guerre des Gaules. Paris: Union Générale d’Éditions (Coll. “Le Monde en 10-18” #76), mai 1964. 252 pages.

[ AmazonGoodreadsNelliganWikipediaWorldCat ]

La Guerre des Gaules, ce n’est pas seulement l’histoire, combien saisissante en sa concision, d’une conquête. C’est aussi un classique de l’art militaire et l’un des joyaux les plus purs de la littérature latine. Cet ouvrage témoigne du génie si extraordinairement complet de celui qui fut, à la fois, un homme d’action, un homme de pensée et un écrivain de haute lignée.”

[Texte de la couverture arrière]

Le Commentaires sur la Guerre des Gaules (De Bello Gallico) fait le récit de la campagne militaire de César en Gaules. Il est composé de sept volumes écrits entre 58 et 52 AEC, puis publiés entre 57 et 51, qui seront complétés par un huitième volume écrit par Aulus Hirtius en 51-50 puis publié en 43. Chose surprenante, l’ouvrage offre une lecture assez aisée et intéressante — plus intéressante, en fait, que la Guerre Civile — car, en plus des récits de combats, de tactiques et de manoeuvres militaires, on y retrouve un certain élément ethnographique où les moeurs des gaulois, bretons et germain sont brièvement décrits. Ce récit fascinant m’a permis de faire plusieurs constatations tout à fait étonnantes:

Caius Julius Caesar, partisan de la faction des populares, poursuit avec succès un carrière politique qui le rends fort populaire. Après avoir obtenu en 60 AEC un poste de propréteur en Hispanie, il forme une alliance avec Crassus et Pompée — le premier Triumvirat — ce qui lui permettra d’être élu consul en 59. Comme c’est souvent le cas, il est par la suite nommé proconsul, mais, exceptionnellement, pour cinq ans et avec trois provinces (la Gaule cisalpine et l’Illyrie, auxquelles s’ajoute la Gaule transalpine) et quatre légions à sa charge. Il est alors basé en Gaule cisalpine l’hiver et l’été en Gaule Narbonnaise (aussi appelée plus tard simplement la “Province Romaine”, nom qui sera ensuite déformé en Provence). César ne traverse pas en Gaule transalpine sur un coup de tête. Si, certes, cela sert son ambition, il lance ses armées en Gaule à la demande même des Gaulois ! D’abord pour défendre les Héduens contre l’invasion des Helvètes, puis contre leur ennemi, les Arvernes, qui utilisent des mercenaires germains, et enfin contre les peuples gaulois qui s’opposent à la présence romaine. César se sert donc de ce prétexte pour “rétablir l’ordre” dans la région en la faisant romaine. La guerre durera huit ans.

On imagine souvent la Gaule comme une entité uniforme, mais en fait c’est loin d’être le cas. D’abord, si l’on parle de guerre DES Gaules (au pluriel) c’est qu’il y en a cinq: la Gaule cisalpine (dites “romaine”, conquise depuis plusieurs siècle mais constituée en province seulement en 81, elle fait maintenant partie de l’Italie du Nord), la Gaule transalpine (la Gaule narbonnaise ou Province, parfois aussi appelée Gallia Bracata — la Gaule des braies, par opposition la Gaule cisalpine, romanisée, où l’on portait la toge — conquise en 120 mais constituée en province seulement en 70) et la Gallia comata (Gaule chevelue) aussi appelée “les Trois Gaules” car elle était composée de la Gaule aquitaine, de la Gaule lyonnaise (appelée aussi Gaule celtique) et de la Gaule belgique. 

Chacune de ces régions était loin d’être homogène puisque ceux que nous appelons “gaulois” forment en fait une centaine de peuples différents (voir la carte) généralement organisés autour d’une civitas (chef-lieu). On y retrouvait des différences ethniques (ils n’étaient pas tous celtes, puisque les aquitains étaient d’origines proto-basques) et des variations linguistiques (les aquitains avec des influences Ibériques et les belges avec des influences germaniques). Les principaux peuples gaulois étaient les Allobroges (Vienna) et Tolosates (Tolosa/Toulouse) pour la Gaule Narbonnaise, les Ambiens (Samarobriva/Amiens), Atrebates (Nemetocenna/Arras), Bellovaques (Caesaromagnus/Beauvais), Rèmes (Durocortorum/Reims), et Trevires (Treverorum/Trèves) pour la Gaule Belgique, et les Arvernes (Civitas Arvernorum/Clermont-Ferrand, Gergovie), Bituriges Cubes (Avaricum/Bourges, Mediolanum/Châteaumeillant, Argentomagnus/Argenton), Cadurques (Divona Cadurcorum/Cahors, Uxellodunum), Carnutes (Autricum/Chartres, Cenabum/Orléans), Eduens (Bibracte), Lemovices (Augustoritum/Limoges), Mandubiens (Alésia), Parisii (Lutèce), Pictons (Lemonum/Poitiers), Santons (Mediolanum Santonum/Saintes), Senons (Agedincum/Sens), Sequanes (Vesontio/Besançon), et Venetes (Darioritum/Vannes) pour la Gaule Lyonnaise.

Si le village d’Astérix (que Uderzo situait probablement en Côtes-d’Armor) n’est pas mentionné dans La Guerre des Gaules (en fait César ne mentionne que quelques fois l’Armorique [II: 34, V: 53, VII: 75, VIII: 31] et ses peuples: Coriosolites [candidats probable pour nos irréductibles], Riedones, Ambibarii, Calètes, Osismes, Lemovices [sic, Lexoviens ?], Unelles — ainsi que les Namnètes et Vénètes que César omets dans sa liste), les deux héros de la série télévisée Rome sont, eux, mentionnés ! En effet, T. Pullo et L. Vorenus sont deux centurions courageux en constante compétition [V: 44] !

Il est évident que la vie de légionnaire ne consistait pas seulement à participer aux combats, alors que la majorité de leur temps était consacré à des expéditions de ravitaillement (fourrage, blé) et à la construction d’infrastructures routières (trottoirs de bois pour les marais, ponts) et des camps (fortifications défensives, tranchés, palissades, tours, machines de guerre, etc.) qui devaient se déplacer fréquemment. 

À plusieurs reprises (aux livres V, VI et VII), César mentionne un commandant d’armée nommé Cicéron. J’ai d’abord été surpris, croyant qu’il s’agissait de l’orateur Marcus Tullius Cicero (dont j’ai déjà parlé) qui était l’un des opposants de César au Sénat, mais en fait il s’agissait de son frère cadet Quintus Tullius Cicero, qui fut légat de César entre 54 et 52. 

Autre découverte étonnante: César, durant la guerre des Gaules en 55-54, traverse la Manche à deux reprises pour faire, sans grand succès, des expéditions en Bretagne [IV: 20-36, V: 1-23]. Les bretons s’avèrent des adversaires redoutables et, malgré plusieurs projets sous Auguste et Caligula, la Bretagne ne sera conquise que sous Claude entre 43 et 47 EC. En 55, César entreprends également une brève expédition outre-Rhin pour repousser et intimider les germains [IV: 16-19]. Pour ce faire, il fait construire un pont sur le Rhin, mais ne reste en Germanie que dix-huit jours.

Finalement, la guerre des Gaules n’a pas pris fin avec le siège et la victoire d’Alésia [VII: 68-90]. C’est là que le récit de César s’arrête, mais Aulus Hirtius le poursuit. Malgré la défaite de Vercingétorix, plusieurs peuples se révoltent (Bituriges, Carnutes, Bellovaques, Pictons, Cadurques, Trévires, Atrébate, Aquitains, etc.) [VIII: 1-48]. Après huit ans de guerre, la Gaule est enfin pacifiée [VIII: 49-51]. Toutefois, la balance de pouvoir au Sénat commence àa favoriser Pompée et César se doit donc de retourner à Rome [VIII: 52-55]. Et les dés seront jetés…

Extraits:

I, 2: “Orgétorix (…) conjura avec la noblesse et engagea les habitants à sortir du pays avec toutes leurs forces ; il leur dit que l’emportant par le courage sur tous les peuples de la Gaule, ils la soumettraient aisément tout entière à leur empire. Il eut d’autant moins de peine à les persuader, que les Helvètes sont de toutes parts resserrés par la nature des lieux (…). 11: Déjà les Helvètes avaient franchi les défilés et le pays des Séquanes ; et, arrivés dans celui des Édues, ils en ravageaient les terres. Ceux-ci, trop faibles pour défendre contre eux leurs personnes et leurs biens, députent vers César, pour lui demander du secours (…). César, déterminé par ce concours de plaintes, crut ne devoir pas attendre que tous les pays des alliés fussent ruinés, et les Helvètes arrivés jusque dans celui des Santons.”

I, 30: “La guerre des Helvètes étant terminée, des députés de presque toute la Gaule et les principaux habitants des cités vinrent féliciter César ; ils savaient bien, disaient-ils, que sa guerre contre les Helvètes était la vengeance des injures faites au peuple romain (…). Ils demandèrent à César la permission de convoquer l’assemblée générale de toute la Gaule (…). 31: (…) Ayant obtenu audience, ils se jetèrent à ses pieds en versant des larmes, (…) « deux partis divisaient la Gaule. L’un avait les Édues pour chef, l’autre les Arvernes. Après une lutte de plusieurs années pour la prééminence, les Arvernes, unis aux Séquanes, attirèrent les Germains en leur promettant des avantages. Quinze mille de ces derniers passèrent d’abord le Rhin (…). Il arrivera dans peu d’années que tous les Gaulois seront chassés de leur pays, et que tous les Germains auront passé le Rhin ; car le sol de la Germanie ne peut pas entrer en comparaison avec celui de la Gaule, non plus que la manière de vivre des deux nations. (…) César, par son autorité, par ses forces, par l’éclat de sa victoire récente, et avec le nom du peuple romain, peut empêcher qu’un plus grand nombre de Germains ne passent le Rhin, pour défendre la Gaule entière contre les violences d’Arioviste ». 33: Instruit de tous ces faits, César (…) voyait en outre le péril qu’il y avait pour la république à laisser les Germains s’habituer à passer le Rhin et à venir en grand nombre dans la Gaule. Ces peuples grossiers et barbares, une fois en possession de la Gaule entière, ne manqueraient pas sans doute, à l’exemple des Cimbres et des Teutons, de se jeter sur la province romaine et de là sur l’Italie, d’autant plus que la Séquanie n’était séparée de notre province que par le Rhône. César pensa donc qu’il fallait se hâter de prévenir ces dangers.“

V, 44: “Il y avait dans cette légion deux centurions, hommes du plus grand courage et qui approchaient déjà des premiers grades, T. Pullo et L. Vorénus. Il existait entre eux une continuelle rivalité, et chaque année ils se disputaient le rang avec une ardeur qui dégénérait en haine. (…)”

VI, 11: “Au point où l’on est arrivé, il n’est pas sans doute hors de propos de parler des mœurs de la Gaule et de la Germanie, et de la différence qui existe entre ces deux nations. Dans la Gaule, ce n’est pas seulement dans chaque ville, dans chaque bourg et dans chaque campagne qu’il existe des factions, mais aussi dans presque chaque famille : ces factions ont pour chefs ceux qu’on estime et qu’on juge les plus puissants ; c’est à leur volonté et à leur jugement que sont soumises la plupart des affaires et des résolutions. (…) 13: Dans toute la Gaule, il n’y a que deux classes d’hommes qui soient comptées pour quelque chose et qui soient honorées ; car la multitude n’a guère que le rang des esclaves, n’osant rien par elle-même, et n’étant admise à aucun conseil. La plupart, accablés de dettes, d’impôts énormes, et de vexations de la part des grands, se livrent eux-mêmes en servitude à des nobles qui exercent sur eux tous les droits des maîtres sur les esclaves. Des deux classes privilégiées, l’une est celle des druides, l’autre celle des chevaliers. Les premiers, ministres des choses divines, sont chargés des sacrifices publics et particuliers, et sont les interprètes des doctrines religieuses. (…) À une certaine époque de l’année, ils s’assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Carnutes, qui passe pour le point central de toute la Gaule. (…) 14: Les druides ne vont point à la guerre et ne paient aucun des tributs imposés aux autres Gaulois ; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges. (…) Une croyance qu’ils cherchent surtout à établir, c’est que les âmes ne périssent point (5), et qu’après la mort, elles passent d’un corps dans un autre, croyance qui leur paraît singulièrement propre à inspirer le courage, en éloignant la crainte de la mort. Le mouvement des astres, l’immensité de l’univers, la grandeur de la terre, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont en outre les sujets de leurs discussions : ils les transmettent à la jeunesse. (…) 16: Toute la nation gauloise est très superstitieuse (…). 17: Le dieu qu’ils honorent le plus est Mercure. 19: (…) Les hommes ont, sur leurs femmes comme sur leurs enfants, le droit de vie et de mort (…). 21: Les mœurs des Germains sont très différents (…). Toute leur vie se passe à la chasse et dans les exercices militaires (…). 22: Ils ne s’adonnent pas à l’agriculture, et ne vivent guère que de lait, de fromage et de chair (…)”.

VII, 88: “César hâte sa marche pour assister à l’action. (…) Nos soldats, laissant de côté le javelot, tirent le glaive. Tout à coup, sur les derrières de l’ennemi, parait notre cavalerie ; d’autres cohortes approchent ; les Gaulois prennent la fuite ; notre cavalerie barre le passage aux fuyards, et en fait un grand carnage. (…) 89: Le lendemain Vercingétorix convoque l’assemblée, et dit : « Qu’il n’a pas entrepris cette guerre pour ses intérêts personnels, mais pour la défense de la liberté commune ; que, puisqu’il fallait céder à la fortune, il s’offrait à ses compatriotes, leur laissant le choix d’apaiser les Romains par sa mort ou de le livrer vivant. » On envoie à ce sujet des députés à César. Il ordonne qu’on lui apporte les armes, qu’on lui amène les chefs. Assis sur son tribunal, à la tête de son camp, il fait paraître devant lui les généraux ennemis. Vercingétorix est mis en son pouvoir ; les armes sont jetées à ses pieds.”

VIII, Préface de A. Hirtius: “Cédant à tes instances, Balbus, (…) je me suis imposé une tâche bien difficile. J’ai continué les commentaires de notre César sur ce qu’il a fait dans la Gaule (…). 1: Toute la Gaule étant soumise, César, qui avait passé l’été précédent à faire la guerre sans la moindre interruption, désirait que l’armée pût au moins, dans ses quartiers d’hiver, se délasser de si grandes fatigues, lorsqu’on lui annonça que plusieurs nations se concertaient pour reprendre les armes. (…) 52: Déjà même C. Curion, tribun du peuple, prenant en main la défense des intérêts et de l’honneur de César, avait dit souvent dans le sénat, que si l’on avait quelque ombrage de la puissance militaire de César, celle de Pompée et sa domination ne devaient pas inspirer moins d’inquiétude ; que l’un et l’autre devaient désarmer et licencier leurs troupes ; qu’ainsi Rome recouvrerait sa liberté et ses droits. Non seulement il fit cette déclaration ; mais il commençait à la faire mettre aux voix, quand les consuls et les amis de Pompée s’y opposèrent ; le sénat s’en tira en prenant un parti moyen. 54: (…) Il pensait qu’il suffisait, pour la tranquillité de la Gaule, que les Belges, le plus courageux de ces peuples, et les Édues, dont le crédit était immense, fussent contenus par des armées romaines. Il partit lui-même pour l’Italie. 55: (…) Quoiqu’une telle conduite ne laissât à personne le moindre doute sur les projets tramés contre César, il résolut cependant de tout souffrir, tant qu’il lui resterait quelque espoir de se soutenir par la force de son droit plutôt que par celle des armes.”

[Le texte utilisé pour les extraits est celui de la traduction de Nisard, 1865]

Pour la notice sur Jules César, voir La littérature romaine (7): Époque classique: 1. Sous la République. c) l’Après-Cicéron.

[ Index ] 

Anime & Manga update [002.026.138]

Anime & Manga update

NHK World Japan continues to be a great source of information about Japanese culture with their documentary series. 

Anime Manga Explosion 

Notable is the episode of Anime Manga Explosion  dedicated to Anime Sound, where voice actor Otsuka Akio reveals the techniques behind iconic lines from My Hero Academia and Bleach: Thousand-Year Blood War, and composer Inai Keiji talks about the music recording session for the new anime Star Wars: Visions Volume 3 The Duel: Payback. It aired on November 29 last year, but remains available as VOD until November 29, 2026.

The latest episode of Anime Manga Explosion is dedicated to “That Time I Got Reincarnated as a Slime, a fantasy series that has grown from a web novel into a hit anime. Original creator Fuse makes his first-ever TV appearance to share the passion behind the story. We also go behind the scenes at the anime studio [Eightbit], revealing production secrets from the very beginning of the series. Plus, we look at innovative production methods being used for the upcoming new season.” This episode aired on April 25, 2026 and will be available as VOD until April 25, 2027. 

Manben

The latest episode of Manben: Behind the scenes of manga with Urasawa Naoki is dedicated to Umino Chica (Honey and Clover). Urasawa Naoki takes us behind the scene of the production of the mangaka new series, March Comes in Like a Lion! The 21st episode of Manben Neo originally aired on November 22, 2025, with an extended version airing on March 19, 2026. The subtitled version aired on May 8, 2026 and will be available as VOD until May 8, 2027.

And other news

The spirit of the times is definitely one of nostalgia. Anime Expo, which will be held from July 2-5 at the Los Angeles Convention Center, has announced that it will host “the first official North American screening” of the 1984 movie The Super Dimension Fortress Macross: Do You Remember Love?. The screening will take place on July 5 at 12:00 p.m. PDT. (Source: ANN)

The highly anticipated reboot of Patlabor is finally out. Patlabor EZY File 1 (機動警察パトレイバー EZY / Kidō Keisatsu Patlabor EZY) premiered on May 15th — with File 2 coming on August 14th (more details on ANN, see the trailer on Youtube). The two-part movie is animated by J.C.Staff and directed by Yukata Izubuchi, with a script by Kazunori Itō, character design by Masami Yuuki, animation directed by Takamitsu Satou, costume design by Akemi Takada and music by Kenji Kawaii. I can’t wait to see this one. In the meantime, you can read the review on Anime News Network.

Bandai Namco Filmworks has announced two more films for the Votoms franchise, with the first one premiering on November 20. Armored Trooper VOTOMS: Die Graue Hexe / The Grey Witch (装甲騎兵ボトムズ灰色の魔女 / Sōkō Kihei Botomuzu Haiiro no Majo) is produced by Sunrise and Production I.G and directed by Mamoru Oshii, with mecha design by Shinobu Tsuneki and Yoshiro Sono and music by Kenji Kawai. It will be part of Sunrise’s 50th anniversary commemoration. See the trailer on Youtube (Source: ANN)

Memoria maiorum

J’ai récemment acquis une peinture que j’aimais bien. Ma soeur en avait hérité au décès de ma mère et, comme elle faisait du ménage pour réduire un peu ses biens, elle me l’a transmise. Elle a été peinte par une “cousine” de ma mère, Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015; parente, étrangement, non par les Gauthier — qui était le nom de famille de son mari — mais par les Gélinas). Elle avait entreprise la peinture comme passe-temps et démontrait un certain talent. Toutefois, cette peinture (et une autre avec un sujet similaire) représente beaucoup pour moi. Ce n’est pas seulement une peinture exécutée par une “tante”, mais aussi un important souvenir de la terre de mes ancêtres.

Selon ce qu’a écrit ma mère dans son livre Le tour du Québec en 70 ans: récit de Laure Gauthier, avant de prendre sa retraite en 1983, mon père avait décidé de travailler comme preneur de son sur un dernier film — une série documentaire de l’Office National du Film comportant cinq court métrages intitulée Le coeur et le riz tournés au Bangladesh par Michel Régnier — afin de voir s’il serait intéressé à reprendre son métier dans l’entreprise privé une fois à la retraite. À la fin du tournage, en mai 1983, ma mère est allé le rejoindre en Europe et, pendant six semaines, ils ont visité les lieux d’origines de nos ancêtres : Apt-en Provence (pour les Carbonneau), Rouen (pour les Gauthier), Saintes (pour les Gélinas), Lisieux (pour les Labelle), Chenehuttes-les-Truffeaux (pour les Lemay), et, finalement, le Perche (pour les Pelletier). Ils rapportèrent de ce voyages de nombreuses photos, et “tante” Clémence s’en inspira pour immortaliser en peinture deux de ces lieux ancestraux.

La Cristerie

La Cristerie, Peinture de Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015)

Cette peinture est la première que j’ai acquise, en 2017, au décès de ma mère. Elle représente La Cristerie, la maison ancestrale de Guillaume Pelletier, à Brésolettes (Orne). En fait, c’est la maison de son père, Éloy. C’est là où il est né en 1598 et où il a habité jusqu’à son mariage à Michelle Mabille en février 1619.

La Cristerie est une maison de ferme probablement construite durant ou avant le XVIe siècle. Elle est situé dans la commune de Brésolettes, à environ cinq kilomètre au nord de Tourouvre, dans la Forêt domaniale du Perche et de la Trappe (dans la clairière de Bresolettes), sur la Route de la Clairière de Bresolettes.

Par la suite, Guillaume Pelletier ira s’établir dans le compté de Tourouvre proprement dit, à La Gazerie, le village natale de sa femme.

Église Saint Aubin de Tourouvre

Église Saint Aubin, Peinture de Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015)

Cette peinture-ci, je l’ai acquise il y a quelques semaines. Elle représente l’Église Saint Aubin située sur la Place Louis Debray (au 15, rue du 13 Août 1944) à Tourouvre (une commune de l’arrondissement de Mortagne-au-Perche, dans le département de l’Orne en Normandie). C’est dans cette église datant du XVe siècle (mais reconstruite plusieurs fois entre le XVe et le XVIIIe siècle, et où l’on retrouve des vitraux du XVIe siècle mais aussi du XIXe siècle, commémorant l’émigration en Nouvelle-France et la visite d’Honoré Mercier), que Guillaume Pelletier et Michelle Mabille se sont mariés en 1619, et où leurs enfants (Claude [né le 11 février 1622], Guillaume [né le 26 février 1624] et Jean [né le 12 juin 1627]) ont été baptisés.

En étant originaire de la Forêt du Perche, Guillaume était tout naturellement un travailleur du bois: bûcheron, vendeur de bois et charbonnier. Toutefois, le système féodal rends la vie dure au paysan français, déjà à la merci des saisons, qui ne cesse de s’endetter sous les nombreuses taxes et impôts (cens, taille, dîme, gabelle, etc.) et toujours contraint par les multiples restrictions de l’Ancien Régime. Ainsi, après avoir entendu l’offre des frères Noël et Jean Juchereau, représentants de Robert Giffard de Mortagne qui recrutait des gens pour développer des terres en Nouvelle-France, Guillaume ne pu résister à l’appel de la liberté et à l’idée de posséder sa propre terre hors du joug de l’Ancien Régime.

En mars 1641, après le décès de sa belle-mère, Guillaume vends donc ses possessions de Tourouvre et prends la route de La Rochelle avec son épouse, son frère Antoine et son cadet, Jean, seul survivant de ses trois fils. Là, il monte à bord d’un navire pour la Nouvelle-France. Après s’être engagé comme artisan (scieur de long, charpentier et charbonnier), il peut enfin, trois ans plus tard, en avril 1644, acheter sa propre terre à Beauport. Il la cède d’abord à son frère Antoine, mais il la reprends après la mort par noyade de ce dernier, son canot s’étant renversé aux abord des chutes Montmorency le 3 octobre 1647. Guillaume n’y sera pas juste un paysan et un ouvrier, car il sera aussi un membre respecté de sa communauté. En effet, le Journal des Jésuites nous apprends qu’il est nommé syndic adjoint de la Communauté des Habitants de la Nouvelle-France le 9 août 1653. Il mourra quelques années plus tard, chez lui à Beauport, le 28 novembre 1657 à l’âge de cinquante-neuf ans.

Quand à son fils Jean, il n’a que quatorze ans lorsqu’il arrive en Nouvelle-France. Il travaille probablement au côté de son père. En 1646, à l’âge de dix-neuf ans, il se met au service des Jésuites comme “donné”. Ses parents reçoivent cent francs pour sa première année et il est habillé tout de neuf. Il accompagne le Père Jérôme Lalemant d’abord à Trois-Rivières, puis jusqu’en Huronie, dans la Baie Georgienne, pour y établir le Fort de Sainte-Marie-des-Hurons. De retour à Beauport l’année suivante, il se fiance à Anne Langlois, mais ils doivent attendre deux ans pour qu’elle soit en âge de se marier (douze ans). La mariage est célébré à Québec le 9 décembre 1649. Ils auront sept enfants et Jean meurt en février 1698, à l’âge de soixante-et-onze ans, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il est enterré à la Rivière-Ouelle. Son fils Charles (1671-1748) reprendra sa terre de Saint-Roch et perpétuera la famille en ayant quinze enfants (sur deux mariages, dont le second avec Marie-Barbe Saint-Pierre). Viendront ensuite Pierre (1731-1797), Jean-Baptiste (1765-1825), Zéphirin (1805-1854), Louis-Elzéar (1836-1905), Jean-Baptiste (1864-1930), Jules-Alphonse (1891-1964), Claude-Eugène (1928-2015) et moi-même…

Bibliographie

  • GAGNON, Marie-Paul. Conduit par l’étoile (Récit historique romancé). La Pocatière: La Ferrée-Pinguet, 2000. 162 p.
  • GAUTHIER, Laure. Le tour du Québec en 70 ans: Récit de Laure Gauthier. Laval, 2001. 146 p.
  • MONTAGNE, Mme Pierre. Tourouvre et les Juchereau. Québec: Société Canadienne de Généalogie, 1965. 192 p. [WorldCat]
  • PELLETIER, Maurice. Guillaume Pelletier et son fils Jean. Montreal, 1976. 24 p. (Tiré-à-part des Mémoires de la Société Généalogique Canadienne Française, vol. XXVI, no 4, 1975). [WorldCat]