Memoria maiorum

J’ai récemment acquis une peinture que j’aimais bien. Ma soeur en avait hérité au décès de ma mère et, comme elle faisait du ménage pour réduire un peu ses biens, elle me l’a transmise. Elle a été peinte par une “cousine” de ma mère, Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015; parente, étrangement, non par les Gauthier — qui était le nom de famille de son mari — mais par les Gélinas). Elle avait entreprise la peinture comme passe-temps et démontrait un certain talent. Toutefois, cette peinture (et une autre avec un sujet similaire) représente beaucoup pour moi. Ce n’est pas seulement une peinture exécutée par une “tante”, mais aussi un important souvenir de la terre de mes ancêtres.

Selon ce qu’a écrit ma mère dans son livre Le tour du Québec en 70 ans: récit de Laure Gauthier, avant de prendre sa retraite en 1983, mon père avait décidé de travailler comme preneur de son sur un dernier film — une série documentaire de l’Office National du Film comportant cinq court métrages intitulée Le coeur et le riz tournés au Bangladesh par Michel Régnier — afin de voir s’il serait intéressé à reprendre son métier dans l’entreprise privé une fois à la retraite. À la fin du tournage, en mai 1983, ma mère est allé le rejoindre en Europe et, pendant six semaines, ils ont visité les lieux d’origines de nos ancêtres : Apt-en Provence (pour les Carbonneau), Rouen (pour les Gauthier), Saintes (pour les Gélinas), Lisieux (pour les Labelle), Chenehuttes-les-Truffeaux (pour les Lemay), et, finalement, le Perche (pour les Pelletier). Ils rapportèrent de ce voyages de nombreuses photos, et “tante” Clémence s’en inspira pour immortaliser en peinture deux de ces lieux ancestraux.

La Cristerie

La Cristerie, Peinture de Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015)

Cette peinture est la première que j’ai acquise, en 2017, au décès de ma mère. Elle représente La Cristerie, la maison ancestrale de Guillaume Pelletier, à Brésolettes (Orne). En fait, c’est la maison de son père, Éloy. C’est là où il est né en 1598 et où il a habité jusqu’à son mariage à Michelle Mabille en février 1619.

La Cristerie est une maison de ferme probablement construite durant ou avant le XVIe siècle. Elle est situé dans la commune de Brésolettes, à environ cinq kilomètre au nord de Tourouvre, dans la Forêt domaniale du Perche et de la Trappe (dans la clairière de Bresolettes), sur la Route de la Clairière de Bresolettes.

Par la suite, Guillaume Pelletier ira s’établir dans le compté de Tourouvre proprement dit, à La Gazerie, le village natale de sa femme.

Église Saint Aubin de Tourouvre

Église Saint Aubin, Peinture de Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015)

Cette peinture-ci, je l’ai acquise il y a quelques semaines. Elle représente l’Église Saint Aubin située sur la Place Louis Debray (au 15, rue du 13 Août 1944) à Tourouvre (une commune de l’arrondissement de Mortagne-au-Perche, dans le département de l’Orne en Normandie). C’est dans cette église datant du XVe siècle (mais reconstruite plusieurs fois entre le XVe et le XVIIIe siècle, et où l’on retrouve des vitraux du XVIe siècle mais aussi du XIXe siècle, commémorant l’émigration en Nouvelle-France et la visite d’Honoré Mercier), que Guillaume Pelletier et Michelle Mabille se sont mariés en 1619, et où leurs enfants (Claude [né le 11 février 1622], Guillaume [né le 26 février 1624] et Jean [né le 12 juin 1627]) ont été baptisés.

En étant originaire de la Forêt du Perche, Guillaume était tout naturellement un travailleur du bois: bûcheron, vendeur de bois et charbonnier. Toutefois, le système féodal rends la vie dure au paysan français, déjà à la merci des saisons, qui ne cesse de s’endetter sous les nombreuses taxes et impôts (cens, taille, dîme, gabelle, etc.) et toujours contraint par les multiples restrictions de l’Ancien Régime. Ainsi, après avoir entendu l’offre des frères Noël et Jean Juchereau, représentants de Robert Giffard de Mortagne qui recrutait des gens pour développer des terres en Nouvelle-France, Guillaume ne pu résister à l’appel de la liberté et à l’idée de posséder sa propre terre hors du joug de l’Ancien Régime.

En mars 1641, après le décès de sa belle-mère, Guillaume vends donc ses possessions de Tourouvre et prends la route de La Rochelle avec son épouse, son frère Antoine et son cadet, Jean, seul survivant de ses trois fils. Là, il monte à bord d’un navire pour la Nouvelle-France. Après s’être engagé comme artisan (scieur de long, charpentier et charbonnier), il peut enfin, trois ans plus tard, en avril 1644, acheter sa propre terre à Beauport. Il la cède d’abord à son frère Antoine, mais il la reprends après la mort par noyade de ce dernier, son canot s’étant renversé aux abord des chutes Montmorency le 3 octobre 1647. Guillaume n’y sera pas juste un paysan et un ouvrier, car il sera aussi un membre respecté de sa communauté. En effet, le Journal des Jésuites nous apprends qu’il est nommé syndic adjoint de la Communauté des Habitants de la Nouvelle-France le 9 août 1653. Il mourra quelques années plus tard, chez lui à Beauport, le 28 novembre 1657 à l’âge de cinquante-neuf ans.

Quand à son fils Jean, il n’a que quatorze ans lorsqu’il arrive en Nouvelle-France. Il travaille probablement au côté de son père. En 1646, à l’âge de dix-neuf ans, il se met au service des Jésuites comme “donné”. Ses parents reçoivent cent francs pour sa première année et il est habillé tout de neuf. Il accompagne le Père Jérôme Lalemant d’abord à Trois-Rivières, puis jusqu’en Huronie, dans la Baie Georgienne, pour y établir le Fort de Sainte-Marie-des-Hurons. De retour à Beauport l’année suivante, il se fiance à Anne Langlois, mais ils doivent attendre deux ans pour qu’elle soit en âge de se marier (douze ans). La mariage est célébré à Québec le 9 décembre 1649. Ils auront sept enfants et Jean meurt en février 1698, à l’âge de soixante-et-onze ans, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il est enterré à la Rivière-Ouelle. Son fils Charles reprendra sa terre de Saint-Roch et perpétuera la famille en ayant quinze enfants (sur deux mariages, dont le second avec Marie-Barbe Saint-Pierre)…

Bibliographie

  • GAGNON, Marie-Paul. Conduit par l’étoile (Récit historique romancé). La Pocatière: La Ferrée-Pinguet, 2000. 162 p.
  • GAUTHIER, Laure. Le tour du Québec en 70 ans: Récit de Laure Gauthier. Laval, 2001. 146 p.
  • MONTAGNE, Mme Pierre. Tourouvre et les Juchereau. Québec: Société Canadienne de Généalogie, 1965. 192 p.
  • PELLETIER, Maurice. Guillaume Pelletier et son fils Jean. Montreal, 1976. 24 p. (Tiré-à-part des Mémoires de la Société Généalogique Canadienne Française, vol. XXVI, no 4, 1975).

 

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