Animal Friendship series
Two cats with Rasberry
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J’ai récemment acquis une peinture que j’aimais bien. Ma soeur en avait hérité au décès de ma mère et, comme elle faisait du ménage pour réduire un peu ses biens, elle me l’a transmise. Elle a été peinte par une “cousine” de ma mère, Clémence Gélinas Gauthier (1925-2015; parente, étrangement, non par les Gauthier — qui était le nom de famille de son mari — mais par les Gélinas). Elle avait entreprise la peinture comme passe-temps et démontrait un certain talent. Toutefois, cette peinture (et une autre avec un sujet similaire) représente beaucoup pour moi. Ce n’est pas seulement une peinture exécutée par une “tante”, mais aussi un important souvenir de la terre de mes ancêtres.
Selon ce qu’a écrit ma mère dans son livre Le tour du Québec en 70 ans: récit de Laure Gauthier, avant de prendre sa retraite en 1983, mon père avait décidé de travailler comme preneur de son sur un dernier film — une série documentaire de l’Office National du Film comportant cinq court métrages intitulée Le coeur et le riz tournés au Bangladesh par Michel Régnier — afin de voir s’il serait intéressé à reprendre son métier dans l’entreprise privé une fois à la retraite. À la fin du tournage, en mai 1983, ma mère est allé le rejoindre en Europe et, pendant six semaines, ils ont visité les lieux d’origines de nos ancêtres : Apt-en Provence (pour les Carbonneau), Rouen (pour les Gauthier), Saintes (pour les Gélinas), Lisieux (pour les Labelle), Chenehuttes-les-Truffeaux (pour les Lemay), et, finalement, le Perche (pour les Pelletier). Ils rapportèrent de ce voyages de nombreuses photos, et “tante” Clémence s’en inspira pour immortaliser en peinture deux de ces lieux ancestraux.
Cette peinture est la première que j’ai acquise, en 2017, au décès de ma mère. Elle représente La Cristerie, la maison ancestrale de Guillaume Pelletier, à Brésolettes (Orne). En fait, c’est la maison de son père, Éloy. C’est là où il est né en 1598 et où il a habité jusqu’à son mariage à Michelle Mabille en février 1619.
La Cristerie est une maison de ferme probablement construite durant ou avant le XVIe siècle. Elle est situé dans la commune de Brésolettes, à environ cinq kilomètre au nord de Tourouvre, dans la Forêt domaniale du Perche et de la Trappe (dans la clairière de Bresolettes), sur la Route de la Clairière de Bresolettes.
Par la suite, Guillaume Pelletier ira s’établir dans le compté de Tourouvre proprement dit, à La Gazerie, le village natale de sa femme.
Cette peinture-ci, je l’ai acquise il y a quelques semaines. Elle représente l’Église Saint Aubin située sur la Place Louis Debray (au 15, rue du 13 Août 1944) à Tourouvre (une commune de l’arrondissement de Mortagne-au-Perche, dans le département de l’Orne en Normandie). C’est dans cette église datant du XVe siècle (mais reconstruite plusieurs fois entre le XVe et le XVIIIe siècle, et où l’on retrouve des vitraux du XVIe siècle mais aussi du XIXe siècle, commémorant l’émigration en Nouvelle-France et la visite d’Honoré Mercier), que Guillaume Pelletier et Michelle Mabille se sont mariés en 1619, et où leurs enfants (Claude [né le 11 février 1622], Guillaume [né le 26 février 1624] et Jean [né le 12 juin 1627]) ont été baptisés.
En étant originaire de la Forêt du Perche, Guillaume était tout naturellement un travailleur du bois: bûcheron, vendeur de bois et charbonnier. Toutefois, le système féodal rends la vie dure au paysan français, déjà à la merci des saisons, qui ne cesse de s’endetter sous les nombreuses taxes et impôts (cens, taille, dîme, gabelle, etc.) et toujours contraint par les multiples restrictions de l’Ancien Régime. Ainsi, après avoir entendu l’offre des frères Noël et Jean Juchereau, représentants de Robert Giffard de Mortagne qui recrutait des gens pour développer des terres en Nouvelle-France, Guillaume ne pu résister à l’appel de la liberté et à l’idée de posséder sa propre terre hors du joug de l’Ancien Régime.
En mars 1641, après le décès de sa belle-mère, Guillaume vends donc ses possessions de Tourouvre et prends la route de La Rochelle avec son épouse, son frère Antoine et son cadet, Jean, seul survivant de ses trois fils. Là, il monte à bord d’un navire pour la Nouvelle-France. Après s’être engagé comme artisan (scieur de long, charpentier et charbonnier), il peut enfin, trois ans plus tard, en avril 1644, acheter sa propre terre à Beauport. Il la cède d’abord à son frère Antoine, mais il la reprends après la mort par noyade de ce dernier, son canot s’étant renversé aux abord des chutes Montmorency le 3 octobre 1647. Guillaume n’y sera pas juste un paysan et un ouvrier, car il sera aussi un membre respecté de sa communauté. En effet, le Journal des Jésuites nous apprends qu’il est nommé syndic adjoint de la Communauté des Habitants de la Nouvelle-France le 9 août 1653. Il mourra quelques années plus tard, chez lui à Beauport, le 28 novembre 1657 à l’âge de cinquante-neuf ans.
Quand à son fils Jean, il n’a que quatorze ans lorsqu’il arrive en Nouvelle-France. Il travaille probablement au côté de son père. En 1646, à l’âge de dix-neuf ans, il se met au service des Jésuites comme “donné”. Ses parents reçoivent cent francs pour sa première année et il est habillé tout de neuf. Il accompagne le Père Jérôme Lalemant d’abord à Trois-Rivières, puis jusqu’en Huronie, dans la Baie Georgienne, pour y établir le Fort de Sainte-Marie-des-Hurons. De retour à Beauport l’année suivante, il se fiance à Anne Langlois, mais ils doivent attendre deux ans pour qu’elle soit en âge de se marier (douze ans). La mariage est célébré à Québec le 9 décembre 1649. Ils auront sept enfants et Jean meurt en février 1698, à l’âge de soixante-et-onze ans, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il est enterré à la Rivière-Ouelle. Son fils Charles (1671-1748) reprendra sa terre de Saint-Roch et perpétuera la famille en ayant quinze enfants (sur deux mariages, dont le second avec Marie-Barbe Saint-Pierre). Viendront ensuite Pierre (1731-1797), Jean-Baptiste (1765-1825), Zéphirin (1805-1854), Louis-Elzéar (1836-1905), Jean-Baptiste (1864-1930), Jules-Alphonse (1891-1964), Claude-Eugène (1928-2015) et moi-même…
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Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.
J’ai choisi de lire la Guerre Civile en premier car c’est un ouvrage plus court et, après avoir lu Cicéron, cela me paraissait un sujet plus intéressant (et en quelque sorte d’actualité). Toutefois, c’est en fait une lecture un peu ennuyeuse car il s’agit avant tout d’une longue description de mouvement de troupes et de batailles. L’édition que j’ai sous la main est une édition anglaise, chez Penguin Classic: Caesar: The Civil War. Markham: Penguin Books, 1984. 360 p. ISBN 0 14 044 187 5 (Goodreads).
Le Commentaires sur la Guerre civile fait le récit de la guerre civile entre César et Pompée. Il est composé de trois livres qui ont été écrits au fur et à mesure que les événements se déroulaient en 49-48 AEC, puis complétés dans les années qui suivirent (possiblement en 47 ou 45). L’ouvrage a probablement été publié à des fins de propagandes du vivant de Jules César, mais peut aussi avoir été publié un peu après sa mort en 44.
Le récit du livre I débute alors que César est à Ravenne, en Gaule cisalpine, où il fait une offre d’entente au Sénat. Lorsque celle-ci est rejeté, il se rends à Ariminum, entrant ainsi illégalement en Italie. Je suis un peu déçu que le texte ne mentionne pas la traversé du Rubicon, ni la fameuse phrase “Alea jacta est” (qui nous a été rapporté en fait par les historiens Plutarque, Suétone et Appien). Il longe ensuite la côte Est de l’Italie, à la poursuite de Pompée, jusqu’à Brindisium, mais celui-ci réussi à fuir en Grèce, à Dyrrachium. César rentre à Rome où il convoque le Sénat qui lui est toujours hostile. Il poursuit donc les partisans de Pompée en Gaule narbonnaise où il fait le siège de Marseille. Il continue ensuite en Espagne, où il est victorieux contre les légats de Pompée.
Pendant ce temps, comme nous le raconte le livre II, le lieutenant de César Caius Trebonius obtient la rédition de Marseilles. Un autre lieutenant, Scribonius Curio, se rends en Afrique, près d’Utica, pour affronter Publius Attius Varus et son allié numide, le roi Juba, mais il est défait lors de la bataille de Bagradas.
Le livre III nous raconte que César traverse finalement l’Adriatique à la poursuite de Pompée. Ne réussissant pas à le vaincre à Dyrrachium, César se rends en Thessalie où Pompée le poursuit, mais César est finalement victorieux à la bataille de Pharsale. Pompée fuit à Alexandrie et César l’y rejoint pour découvrir que Pompée a été tué par Ptolémée XIII. Il doit alors intervenir dans la guerre civile qui oppose ce dernier à sa soeur, Cléopâtre VII. Et c’est ainsi que débute la guerre d’Alexandrie.
La plupart des éditions de la Guerre Civile incluent également les textes du De Bello Alexandrino, De Bello Africo et du De Bello Hispaniensis (qui sont tous considérés comme n’ayant pas été écrit de la main de César), mais je n’ai lu que la Guerre Civile proprement dites. L’extrait qui suit raconte une partie de la campagne de Dyrrachium (texte français: traduction de Nisard, 1865):
Livre III: 70. (1) Dans en si grand malheur, deux choses empêchèrent que l’armée ne fût entièrement détruite : d’abord Pompée, qui sans doute ne s’attendait pas à ce succès alors qu’il venait de voir ses troupes chassées de leur camp, craignit quelque embuscade, et hésita à s’approcher des retranchements. Ensuite sa cavalerie fut retardée par le passage étroit des portes qu’occupaient les soldats de César. (2) Ainsi les circonstances les plus frivoles eurent des deux parts des conséquences importantes. Le retranchement tiré du camp au fleuve empêcha l’entière et prompte victoire de César ; et ce même retranchement, en retardant la poursuite de l’ennemi, sauva notre armée.
71. (1) Dans ces deux combats donnés le même jour, César perdit neuf cent soixante hommes, plusieurs chevaliers romains de distinction, Tuticanus Gallus, fils de sénateur ; C. Fléginas, de Plaisance ; A. Granius, de Pouzzoles ; M. Sacrativir, de Capoue, et trente-deux tribuns militaires ou centurions ; (2) mais la plupart périrent sans aucune blessure, écrasés dans le fossé, sur les retranchements, ou sur le bord du fleuve, par leurs compagnons qui fuyaient effrayés. Nous perdîmes aussi trente-deux enseignes. (3) Cette action valut à Pompée le titre d’imperator. Il le conserva, et souffrit désormais qu’on le saluât de ce nom ; mais cependant il n’entoura de lauriers ni ses lettres ni ses faisceaux. (4) Labiénus, ayant obtenu qu’il lui remît les prisonniers, il les promena à la tête du camp, cela sans doute pour mériter la confiance du parti qu’il venait d’embrasser ; et les appelant ses camarades, et leur demandant avec insulte si les vétérans avaient coutume de fuir, il les fit égorger publiquement.
72. (1) Ce succès inspira tant, de confiance et d’orgueil aux soldats de Pompée, qu’ils ne pensaient plus à la guerre et qu’ils croyaient avoir remporté une victoire décisive. (2) Ils ne songeaient pas qu’ils en étaient redevables à notre petit nombre, au désavantage du poste où nous nous trouvions resserrés après avoir forcé leur camp, à l’effroi qu’occasionnait une double attaque du dedans et du dehors, et à la séparation de nos troupes, qui les empêchait de se porter de mutuels secours. (3) Ils ne remarquaient pas qu’il n’y avait pas eu de combat, de vive mêlée, et que nos soldats, en se précipitant en foule dans des passages trop étroits, s’étaient fait eux-mêmes plus de mal qu’ils n’en avaient reçu de l’ennemi. (4) Enfin, ils oubliaient les accidents si communs à la guerre, et combien de désastres avaient été produits par les plus petites causes, par un soupçon mal fondé, par une terreur panique, un scrupule ; et combien de fois une armée avait eu à souffrir de la faute d’un général ou de l’erreur d’un tribun. Joyeux, comme s’ils avaient vaincu par leur courage, et qu’ils n’eussent à redouter aucun changement de la fortune, ils annonçaient partout au loin, par des messages et par des lettres, la victoire qu’ils avaient remportée ce jour-là.
73. (1) César, forcé de renoncer à son premier dessein, crut devoir changer entièrement son plan de campagne. (2) Dans cette vue, il retira à la fois toutes ses garnisons, renonça à l’attaque, rassembla sur un seul point toutes ses troupes, et, ayant convoqué les soldats pour les haranguer, il les exhorta à ne pas se laisser abattre par cet événement, et à ne pas s’inquiéter d’un revers assez léger après tant de succès. (3) “Ils devaient, ajouta-t-il, rendre grâce à la fortune d’avoir soumis l’Italie sans nulle peine, pacifié les deux Espagnes défendues par des peuples belliqueux et par les chefs les plus expérimentés et les plus habiles, et réduit en leur pouvoir les provinces voisines, si abondantes en blé. Ils ne devaient pas oublier non plus avec quel bonheur ils avaient passé sans nulle perte à travers les flottes ennemies, maîtresses de tous les ports et de toutes les côtes. (4) Si tout ne réussissait pas à leur gré, il fallait qu’ils s’appliquassent à seconder la fortune. C’était à son inconstance et non à leur général qu’ils devaient imputer le revers qu’on avait reçu : (5) le poste avait été bien choisi ; le camp ennemi avait été enlevé, et les soldats de Pompée chassés et défaits. Mais quel que fût le motif qui leur eût fait perdre une victoire qui semblait assurée, imprudence, erreur ou hasard, c’était à leur courage à tout réparer. (6) Alors le mal tournerait à bien, comme il était arrivé à Gergovie ; et ceux qui d’abord avaient redouté d’en venir aux mains, se présenteraient d’eux-mêmes au combat.”
Pour la notice sur Jules César, voir La littérature romaine (7): Époque classique: 1. Sous la République. c) l’Après-Cicéron.
[ Index ]
J’ai décidé de séparer la littérature classique sous le principat, aussi dites “Période Augustéenne”, en plusieurs sections afin de pouvoir les mettre en ligne plus rapidement (car les vicissitudes de la vie me tiennent occupé et ralentissent mon travail…)
- Nom: Quintus Horatius Flaccus
- Date: 65 – 8 AEC
- Genre: Poésie
Horace est né le 8 décembre 65 à Venosa, en Apulie, dans une famille modeste d’affranchis. Vers l’âge de dix ans, son père l’amène à Rome pour voir à son éducation auprès du grammaticus Lucius Orbilius Pupillus. Adulte, il poursuit son éducation à Athènes où il étudie la philosophie auprès d’Aristos d’Ascalon. C’est là qu’il est conscrit dans l’armée de Brutus où il est tribun militaire [en 42]. Après la défaite et la mort de Brutus à la seconde bataille de Philippes, il est amnistié mais ses biens sont confisqués. Il revient en Italie et, en 40, prends la charge de scriba quaestorius (secrétaire du questeur, chargé des finances). Plus tard, entre 35 et 30, il sera également iudex selectus (juge de paix). Vers 40, il fait la rencontre de Virgile qui le présente à Maecenas. Celui-ci lui offre son support et l’introduit à son tour aux cercles de Pollio et Messala. Plus à l’aise financièrement, il se consacre alors à la poésie et deviendra sans aucun doute l’un des plus grands poètes romains. On lui connaît une demi-douzaine d’oeuvres:
- Nom: Titus Livius
- Date: 64 AEC – 17 EC
- Genre: Histoire
Tite-Live est né en 64 à Patavium dans une famille riche, ce qui lui permet de recevoir une bonne éducation. Il n’a pas suivi le cursus honorum ou exercé de charge publique, se consacrant plutôt à la littérature et à l’histoire. Il aurait écrit des traités et des dialogues de philosophie et de rhétorique, ainsi qu’une correspondance, mais sa seule oeuvre à nous être parvenu est le monumental ouvrage historique qui fait de lui l’un des plus importants historiens de l’antiquité:
- Nom: Nicolas de Damas (Νικόλαος Δαμασκηνός)
- Date: 64 – c20 AEC
- Genre: Histoire, Traité
Nicolas de Damas est un historien et philosophe syrien né à Damas en 64 AEC dans la famille de Antipatros, un orateur fortuné, ce qui lui permet d’obtenir une très bonne éducation. Il fut l’ami et le secrétaire du roi de Judée, Hérode 1er, pour qui il mènera à deux reprises des ambassades à Rome, puis une troisième fois pour son fils Archélaos. Très jeune, il aurait écrit des pièces de théâtre, avant de se consacrer à la philosophie aristotélicienne. Il aurait écrit plusieurs traités philosophiques (principalement des commentaires ou des paraphrases d’Aristote : Sur la philosophie d’Aristote, Sur les dieux, Sur la philosophie première, Sur la Psyche) qui ne nous sont pas parvenus, mais nous lui connaissons cinq ouvrages dont nous avons conservé des fragments:
- Nom: Marcus Valerius Messalla Corvinus
- Date: c64 AEC – c8 EC
- Genre: Histoire, Poésie, Rhétorique, Traités
Messalla Corvinus est un homme d’état romain et sénateur né à Rome vers 64 AEC. Il fait des études à Athènes avec Horace et le fils de Cicéron. Son support pour le parti républicain fait qu’il est proscrit par le second triumvirat en 43, mais il est rapidement amnistié. Il rejoint néanmoins les armées de Brutus et Longinus en Orient, où il obtient un poste de commandement dans l’armée des Libérateurs [43], puis devient préteur suffect [40]. Après la défaite de la bataille de Philippes, il se joint à Marc Antoine puis, lorsque ce dernier s’allie à Cléopâtre, il donne son support à Octavien. Il est alors successivement commandant de flotte pendant la guerre sicilienne [36], augure [35], participe à la campagne contre les Salasses [34], consul [32], proconsul d’Aquitaine [28/27], préfet en Asie Mineure, et préfet de Rome [27]. Il se dit alors “dégoûté du pouvoir.”
Vers 30 AEC, il forme un cercle littéraire qui sera très influent sur la culture de l’époque et qui inclura Tibulle, Aemilius Macer, Valgius Rufus, Cornelius Severus, Servius Sulpicius et sa fille Sulpicia, ainsi que Horace et Ovide. Il est lui-même un auteur assez prolifique puisqu’il écrit des discours, de la poésie ainsi que des mémoires ou traités (entre autres sur la guerre civile, la grammaire, les haruspices et les grandes familles romaines), mais aucune de ses oeuvres n’a été conservées.
- Nom: Grattius Faliscus
- Date: c63 (AEC) – c14 (EC)
- Genre: Poésie (Didactique)
Grattius est un poète latin de l’époque augustéenne, possiblement originaire de Falerii, qui est cité par Ovide dans ses Epistulae ex Ponto. Nous ne lui connaissons qu’une seule oeuvre, composée entre 1 et 8 AEC: Cynegetica, un poème didactique sur la chasse à l’aide de chiens dont seulement 541 vers hexamètres ont été conservés. L’oeuvre est disponible chez Loeb, dans des éditions variées (Goodreads) et dans le domaine public: Penelope, Remacle.
- Nom: Octave / Auguste
- Date: 63 (AEC) – 14 (EC)
- Genre: Traité
Caius Octavius (Octave) est né à Rome le 23 septembre 63 AEC dans une riche famille d’origine équestre, mais la carrière politique de son père leur permet d’accéder à l’ordre sénatorial. De plus, sa mère appartient à l’influente famille des Iulii, ce qui fait de lui le petit-neveu de Jules César. Son enfance est marqué par le décès de son père en 59 (mais sa mère se remarie rapidement) et par de nombreux troubles politiques. Malgré cela, il reçoit une excellente éducation. En 48, il se joint au collège des augures, puis à celui des pontifes. Adulte (il a 16 ans en en 47), il apparaît souvent auprès de César, qui le nomme préfet de Rome. Pour acquérir de l’expérience militaire, il rejoint César en 45 en Hispanie, où celui-ci mène campagne contre Pompée. César est impressionné par le caractère de son petit-neveu. De retour à Rome, César est nommé dictateur et envoi Octave à Apollonia d’Illyrie pour parfaire son éducation.
Le 25 mars 44, Octave apprend que César a été assassiné et que, l’ayant secrètement adopté, il a fait de lui son héritier. Contre l’avis de son entourage, il accepte l’héritage et prends le nom de Caius Iulius Caesar Octavianus (Octavien). Il doit d’abord consolider sa position avec le second triumvirat, poursuivre et punir les assassins de César, puis contester le pouvoir à Marc-Antoine. De retour à Rome en 29, il est reçu triomphalement et se voit accorder le pouvoir et le titre d’Imperator. Octavien ne veut toutefois pas être dictateur, ni roi. Il restaure donc la République, les pouvoirs du Sénat et le consulat. En 27, le Sénat lui décerne les titres de Augustus (“le plus illustre”) et de Princeps (“premier des sénateurs”). Il prends alors le nom de Imperator Caesar Divi Filius Augustus (Auguste) et consacrera son Principat à reconstruire Rome, maintenir la paix et bâtir ce qui deviendra l’Empire.
En 13 EC, Auguste remets aux Vestales trois documents scellés qu’il a rédigés et qui ne doivent être lu qu’après son décès. Le premier contenait les instructions pour ses funérailles, le second contenait l’index rerum gestarum (compte-rendu de ses actions) et le troisième le brevarium totius imperii (état de situation de tout l’Empire). Seul le second nous est parvenu, sous la forme du Res Gestae Divi Augusti (Actes du divin Auguste), gravé sur des plaques de bronze fixés au mausolée d’Auguste et dont des copies ont été affichées un peu partout dans l’Empire. Le texte en est disponible aux Belles Lettres, dans des éditions variées (Goodreads) et dans le domaine public: DroitRomain, Penelope, Wikisources [FR/EN].
- Nom: Marcus Vipsanius Agrippa
- Date: c63 AEC – 12 AEC
- Genre: Traité
Agrippa est un militaire et homme d’état romain né vers 63 AEC dans une famille de rang équestre. Ami d’enfance d’Octave, il étudie à ses côtés et l’accompagnera toute sa vie dans son ascension au pouvoir. Il participe à de nombreuses batailles (Munda, Modène, Philippes, Pérouse, révolte sicilienne et bataille de Nauloque, campagne contre Marc-Antoine et bataille d’Actium) et occupe de nombreux postes (tribun de la plèbe [43], préteur urbain à Rome [40], gouverneur de Gaule transalpine [39/38], consul [37, 28-27], édile [33], gouverneur de l’Orient [23-21, 17-13], gouverneur de l’Occident [20-19], et reçoit même exceptionnellement l’Imperium et le pouvoir tribunicien [18]). Il est un conseillé très proche d’Octavien, au point où il peut être considéré comme son corégent. Il prends aussi en charge la reconstruction de Rome: durant son édilité il rénove et construit des aqueducs (l’Aqua Appia, l’Anio Vetus, l’Aqua Marcia, et l’Aqua Julia), les rues et les égouts (la Cloaca Maxima), puis sous le Principat, il entreprends des travaux sur le Champ de Mars, construit les Thermes d’Agrippa, l’Aqua Virgo, le Panthéon (qui sera reconstruit sous Hadrien suite à un incendie), et la basilique de Neptune. Finalement, il a contribué de façon très significative à la succession de l’Empire: avec son épouse Pomponia il a deux filles, dont Agrippina (qui sera l’épouse de Tibère); avec son épouse Julia, fille d’Auguste, il a cinq enfants dont Caius et Lucius (qui seront adoptés par Auguste, mais mourront jeunes) et Agrippine l’Aînée (épouse de Germanicus, mère de Caligula et de Agrippine la Jeune, qui sera elle-même mère de Néron et épouse de Claude) !
Alors qu’il est gouverneur des provinces orientale (23-21), il réside à Lesbos où il écrit ses mémoires et un commentaire géographique (Commentarii), qui n’ont pas été conservés.
- Nom: Marcus Manilius
- Date: 1er s. AEC
- Genre: Poésie (Didactique)
Manilius est un poète et astrologue latin probablement né en Afrique du Nord (possiblement d’origine berbère) qui écrivit, dans les dernières années du règne d’Auguste, un poème didactique traitant d’astrologie :
- Nom: Denys d’Halicarnasse (Διονύσιος)
- Date: c60 – après 8 AEC
- Genre: Histoire, Traité
Denys d’Halicarnasse (Διονύσιος Ἁλικαρνασσεύς / Dionýsios Halikarnasseús) est né à Halicarnasse vers l’an 60. AEC. Il vient à Rome vers 30 et participe aux cercles cultivés de la ville et y enseigne la littérature grecque et la rhétorique. Nous lui connaissons une douzaine d’oeuvres :
Prochainement: La littérature romaine (10): Sous le Principat (3)
[ Index ]
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La deuxième partie de la littérature romaine classique (à la fin du 1er siècle AEC) est une période assez courte, juste une cinquantaine d’années, mais qui s’est révélée une période très prolifique. On l’appelle la “Période Augustéenne” car elle a été dominée par le Principat d’Octave (ou Octavien après son adoption par César et qui prendra par la suite le nom d’Auguste). C’est une période de transition et de paix (la Pax Augusti) et c’est justement ces années de stabilité politique qui seront très propice au développement de la culture. C’est grâce à l’instigation d’Auguste lui même — et au patronage de son entourage (notamment son conseiller Caius Maecenas [dont le nom est à l’origine du terme “mécénat”], mais également Caius Asinius Pollio et Marcus Valérius Messala Corvinus) — que l’on retrouve une recrudescence de l’activité littéraire, particulièrement en poésie.
De nombreux poètes seront donc actif durant le règne d’Auguste (de 43 AEC à 14 EC): Virgile, Horace, Tibulle, Properce, Ovide, etc. D’autres s’illustreront dans le domaine de l’architecture (Vitruve), de l’histoire (Tite-Live) ou de la géographie (Strabon). On retrouve une trentaine d’auteurs durant cette période. En voici une liste plus complète:
- Nom: Marcus Vitruvius Pollio
- Date: c80 – c15 AEC
- Genre: Traité (Architecture)
Vitruve est un architecte romain du 1er siècle AEC. Avant de devenir architecte, il aurait été militaire en Gaule, en Hispanie et en Grèce, puis constructeur de machine de guerre. Tous ce que nous connaissons de la technologie, des techniques de construction et de l’architecture romaine provient essentiellement de son ouvrage De architectura (Sur l’architecture) qu’il a écrit probablement entre 35 et 25 AEC et qui nous est parvenu. Cette oeuvre a eut une grande influence sur des artistes de la Renaissance comme Leonardo da Vinci. Vitruve dédit son oeuvre à Octavien afin de transmettre ses connaissances et d’aider le futur empereur dans sa campagne de reconstruction des bâtiments publics menée sous la supervision de Marcus Agrippa. Composé de dix livres, l’ouvrage traite de l’organisation urbaine et de principes architecturaux, des matériaux, des temples, des édifices publics (forum, basilica, théâtre, port), des édifices privés, de décor, d’hydraulique, d’astronomie et de mécanique. L’ouvrage est disponible aux Belles Lettres et chez Loeb, dans des éditions variées (Amazon, Goodreads) ainsi que dans le domaine public: Project Gutenberg, Remacle, Wikisource (EN).
- Nom: Caius Asinius Pollio
- Date: c76 – c4 AEC
- Genre: Histoire, Théâtre
Homme politique et militaire, orateur, avocat, dramaturge, poète et historien romain d’origine plébéienne. Il est lieutenant de César durant la guerre civile et le suit dans ses campagnes en Gaules [en 51], en Italie, en Sicile [en 49], en Afrique, en Macédoine (notamment à Pharsale en 48) et en Hispanie. Il est tribun de la plèbe en 47, préteur en 45 et gouverneur d’Hispanie ultérieure. Après l’assassinat de César, il se joint à Marc-Antoine et commande des légions en Gaule Cisalpine. Il est Consul en 40 et gouverneur de Macédoine. Après une campagne contre les Dalmates qui lui vaudra un triomphe, il se retire de la vie politique en 39. Il cesse de supporter Antoine suite à son alliance avec Cléopâtre et reste neutre lorsque Octave lui demande de se joindre à lui. Il se consacre alors à des activités littéraire et contribue, en 38, à la reconstruction de Rome en rénovant l’Atrium Libertatis auquel il intègre une bibliothèque publique et une galerie où il expose sa propre collection d’art. Membre du cercle de Catulle, il développe son propre cercle où il encourage des poètes comme Virgile et Horace. Il a écrit des tragédies, un livre contre Salluste, mais surtout une Histoire de la guerre civile en dix-sept livres, allant du premier triumvirat jusqu’à la bataille de Philippes. De ces oeuvres, il ne subsiste que quelques fragments.
- Nom: Gaius Cassius Parmensis
- Date: 74 – 31 AEC
- Genre: Poésie, Théâtre
Homme politique (Questeur [44] et sénateur) et dramaturge romain originaire de Parme. Il est surtout connu pour avoir été l’un des conjurés qui assassinèrent César, menés par Brutus et Cassius Longinus, et qui ensuite prirent la fuite en Orient. Il informe Cicéron de la situation dans leur correspondance (Epistulae Ad Familiares XII: 1-13, lettres datées du 3 mai 44 au 13 juin 43). Les conjurés sont poursuivies par les armées du second triumvirat dans ce qui sera connu comme la guerre civile des Libérateurs. Après la défaite de la bataille de Philippes en octobre 42 (et le suicide de Cassius Longinus), il rejoint le fils de Pompée, Sextus, en Sicile. Lorsque ce dernier est défait par Agrippa à la bataille de Nauloque, Cassius Parmensis se rend et rejoint Marc-Antoine en 35. Suite à la défaite de Marc-Antoine à Actium, il fuit à Athènes où il est tué sur les ordres d’Octavien en 31. Il aurait écrit des tragédies et des poèmes élégiaques qui n’ont pas été conservés.
- Nom: Lucius Varius Rufus
- Date: c74 – c14 AEC
- Genre: Poésie, Théâtre
Dramaturge et poète originaire de Turbigo qui a écrit des poèmes didactiques épicuriens, des épopées et des tragédies. Ami de Virgile et d’Horace, il appartenait comme eux au cercle de Maecenas. Avec Plotius Tucca, il a révisé et publié l’Énéide de Virgile après sa mort. Nous ne lui connaissons que deux oeuvres: De Morte (écrit vers 44-43, dont il ne reste qu’une douzaine de vers) et son célèbre Thyeste, qui a été présenté lors des jeux de 29 célébrant la victoire d’Octavien à Actium, mais qui a été perdu. Il aurait également écrit un panégyrique d’Auguste et des mémoires de Virgile.
- Nom: Publius Vergilius Maro
- Date: 15 octobre 70 – 21 septembre 19 AEC
- Genre: Poésie
Virgile est sans aucun doute un des poètes romains les plus importants. Originaire de Andes (en Gaule cisalpine, dans l’actuelle Lombardie), il est né dans une famille de la bourgeoisie Mantouane (son père était un petit propriétaire terrien et sa mère la fille d’un riche marchand). Il fait des études approfondies entre autres en lettres, philosophie et rhétorique. Il fréquente probablement le cercle littéraire de Catulle, où il rencontre d’autres poètes comme L. Varius Rufus, son ami Q. Horatius Flaccus ou Cornelius Gallus, et il reçoit le support de C. Asinius Pollio et de C. Maecenas. Son style, sa langue et son esthétique sont considérés comme le summum de la littérature latine. En plus d’une trentaine de poèmes ou carmina (chants) mineurs (réunis sous le titre Appendix vergiliana) qui lui sont attribués, Virgile est surtout connu pour trois grandes oeuvres, chacune écrite dans un style distinct:
- Nom: Plotius Tucca
- Date: 1er siècle AEC
- Genre: Poésie
Poète romain ami de Virgile et de Maecenas, actif entre 35 et 19. Il est, avec Lucius Varius Rufus, l’un des exécuteurs testamentaires de Virgile, nommés par Auguste, et responsables de la publication de l’Énéide. Il aurait composé entre autre un poème épique sur la mort de Jules César, mais rien n’a été conservé de son oeuvre.
- Nom: Caius Cornelius Gallus
- Date: 69 – 26 AEC
- Genre: Poésie (Élégie)
Gallus est une homme politique et militaire romain qui participa à la campagne d’Égypte contre Marc-Antoine après sa défaite à Actium. Il est par la suite nommé le premier préfet d’Égypte par Octavien. Il est toutefois impliqué dans un scandale, alors qu’il offre sa protection à Quintus Caecilius Epirota, un grammaticus qui aurait eut des relations inappropriées avec une étudiante (fille d’Atticus et l’épouse d’Agrippa !), et il se suicide pour échapper à la disgrâce. Étant donné qu’il est rarement mentionné dans les inscriptions et les sources, il aurait peut-être été frappé d’une damnatio memoriae. Il est également connu comme orateur et poète, mais rien ne subsiste de son oeuvre. Influencé par les poètes grecs Parthénios de Nicée et Euphorion de Chalcis, il aurait écrit des epyllia et publié, sous le titre Amores, quatre livres d’élégies amoureuses, genre qu’il introduisit à Rome.
- Nom: Strabon (Στράϐων)
- Date: 68 (AEC) – 23 (EC)
- Genre: Traité (Géographie)
Strabon est un géographe et un historien grec né à Amasée dans le Royaume du Pont (au nord de l’Anatolie). Issue d’une famille influente, il a reçu une excellente éducation (avec des maîtres comme Boèce de Sidon, Tyrannion d’Amisos, Aristodème de Nysa ou Xénarque de Séleucie). Il a été influencé par la pensée Stoïcienne. Il voyage beaucoup autour de la Méditerrannée (dont en Grèce, Italie, Éthiopie, Égypte, Judée) et s’installe à Rome vers 40 AEC, mais retournera probablement dans sa terre natale pour ses vieux jours. Nous lui connaissons trois ouvrages importants:
- Nom: Caius Julius Hyginus
- Date: 67 (AEC) – 17 (EC)
- Genre: Traité
Hygin est un grammairien romain d’origine humble né soit en Espagne, soit à Alexandrie, et dont nous connaissons peu de choses. Il aurait été l’esclave de Jules César et aurait étudié à Rome sous l’historien Alexandre Polyhistor. Affranchi par Auguste, il succède à Pompeius Macer comme gestionnaire de la Bibliothèque palatine. Il fréquente le milieu littéraire de l’époque, comme Virgile ou Ovide. Étant plus un compilateur qu’un auteur, on lui connait de nombreuses oeuvres sur des sujets très divers — un Commentaire sur Virgile, De familiis Troianis (Des familles de Troie), De origine situque urbium Italicarum (De l’origine et de la localisation des villes italiques), De agricultura (De l’agriculture), De apibus (Des abeilles), De diis penatibus (Des dieux pénates) et De proprietatibus deorum (Des propriétés des dieux) — qui ne nous sont pas parvenus. Toutefois, deux de ses oeuvres nous sont plus ou moins parvenues:
Prochainement: La littérature romaine (9): Sous le Principat (2)
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The Torlonia Collection is probably the biggest private collection of ancient art in the World. It was gathered in the 19th century by a family of rich ennobled Italian bankers, the Torlonia, through the acquisitions of other collections and archaeological digs on their own estates. To showcase the collection’s 620 sculptures, Prince Alessandro Torlonia founded the Torlonia Museum in 1875. The museum closed during WW2 and the collection was put in storage in 1960. It was therefore out of the public sight for a very long time. Following an agreement with the Italian government, the Torlonia Foundation was created in 2014 to conserve and promote the collection and a new museum was opened in 2016.
A special selection of the collection, comprising nearly sixty pieces (only one-tenth of the collection!), was gathered for a travelling exhibition. It was first exhibited at the Villa Caffarelli of the Capitoline Museum of Rome from 14 October 2020 to 27 February 2022. Then it went to the Gallerie D’Italia in Milan (from 25 May to 18 September 2022), to the Louvres Museum, in Paris (France), from 26 June 2024 to 6 January 2025, to the Art Institute of Chicago (from 15 March 2025 to 29 June 2025) and the Kimbell Art Museum, in Fort Worth (Texas), from September 14 2025 to January 25 2026. It is now shown at the Montreal Museum of Fine Art from 14 March to 19 July 2026, after which time the exhibition will return to Italy.
The first room introduces us to the collection as well as to the conservation and restoration work done by the Laboratori Torlonia. A great emphasis is put on the fact that most ancient sculptures were not found complete and some restorative work was done on them at some point. Each descriptive panel clearly shows for each piece that the sculpture combines ancient and later elements (characterized as “modern”, the restoration could date from the Renaissance or the 18/19th century). Sometime, it even includes parts of another ancient work that was not originally related to the sculpture. For example, on the Germanicus statue (the only bronze work of the collection), both arms, the right leg and its draped stump support as well as the head are all “modern” restorative additions. In the case of the “Statue of Leda and the Swan”, the head, both arms, the cloth, the left foot as well as the head of the swan are also later additions.
The next room shows how the Romans used art (monuments and sculptures) to commemorate the death of their loved ones. We particularly note the statue of a couple holding hands, the funerary monument of a fourteen year-old boy, and two sarcophagi illustrating the labours of Hercules, one with a lid depicting a reclining couple.
The Romans surely loved their sculptures as they were everywhere in their cities and their homes. They were not only the expression of the Romans appreciation for art, but also a form of visual communication. Monuments, reliefs and statuary were used for advertising, for commemoration, for showing off one’s status, and also for political propaganda. Today, they can also tell us a lot about the Roman culture: their clothing, hairstyles, beliefs, occupations, architecture, etc. Statuary is not only beautiful, it is also, in many ways, useful. Notable are a statue of a youth and, particularly, the Portus relief which was probably a votive offering from a merchant to bring good luck. It depicts in detail the harbour of Portus, with its building (the lighthouse!) and ships, as well as many auspicious symbols and protective deities, and still shows some traces of polychromy.
For me, one of the most interesting aspects of Roman sculpture is the imperial portraits. They are usually an idealized portrait of the emperor which (along with coinage) serves the imperial propaganda by making the emperor easily recognizable and promoting his greatness. This exhibition uses them to explain the strategies of succession, where emperors use strategic adoptions and marriages to ensure their dynastic continuity. Notable are the portraits of Augustus, Marcus Aurelius, Lucius Verus, Crispina, Commodus, Septimius Severus, young Commodus and Julia Domna.
I would be lying if I was not admitting that the main reason for me to visit this exhibition was not to see the bust of the emperor to whom I dedicated seven years of higher education. It is really nice to be able to see this bust of Lucius Verus in Montreal. However, the Torlonia Collection holds another bust of Verus that is unfortunately not part of this exhibition. It is sad because it is a beautiful one: an antique black marble head on a “modern” alabaster bust with armour and paludamentum coming from the Giustiniani Collection (MT 350). I was also hoping to see a relief from the Palazzo Giraud-Torlonia depicting a Clementia scene where Verus stands with a kneeling barbarian, probably coming from a triumphal arch or the arch of Divus Verus. I have never seen it and it was not part of the exhibition (it’s not even mentioned in the collection’s catalogue).
One characteristic of Roman sculpture, in opposition to its Greek counterpart which tended to be more formal and sober, is that it depicts life with great realism and even, sometimes, a little extravagance. Whether they represent children (often as gods or with animals), a goddess or old men, the body and facial features are realistic and includes genitals, love handles, wrinkles and warts. Also, contrary to common belief, the statuary was never plain white marble, but was generally painted with rich and vivid colours, of which we can sometimes still find traces. Notable are the statues of Cupid and Psyche, a boy with dogs, crouching Aphrodite, the old man of Otricoli and Euthydemus of Bactria.
Another thematic very popular in sculptures is the depictions of myths and gods: the labours of Hercules, Leda and the Swan, the Mithraic mysteries, the personification of the Nile, Apollo, Aphrodite, Artemis Ephesia (with her multiple breasts) or Athena.
I’ve been waiting to see this exhibition for several months now and I am really glad it is finally here. I intend to go visit several times. It is a unique chance to see this exceptional collection and to be able to appreciate Roman sculptures without having to travel far. Of course, I am a little disappointed that the exhibit didn’t include more imperial portraits (particularly of Lucius Verus). Also, despite having studied ancient history, I am quite surprised (and disappointed) to discover that those superb pieces of art are largely made of restorations (I wouldn’t say they are “fake”, but the vision of the original artist might have been distorted by the perception that we had of it in the Renaissance or the 19th century). I knew that noses, fingers and genitals often had to be recreated or that sometimes heads were swapped, but I never imagine that the restoration work was so extensive.
Nevertheless, this is an exceptional exhibition that everyone interested in art or ancient history must see. The Torlonia Collection: Masterpieces of Roman Sculpture exhibition takes place at the Montreal Museum of Fine Arts until July 19, 2026. Don’t miss it.
For further information, you can consult those web sites:
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[ iPhone 17 Pro, Musée des Beaux-Arts, 2026/02/13 ]
Avec l’exposition “Les Arts du Tout-Monde”, le Musée des Beaux-Arts de Montréal propose un survol des arts des différentes civilisations de notre planète dans une perspective comparative, transhistorique et interculturelle. Cela fait un fascinant méli-mélo d’objets, mais qui en valait bien le déplacement.
Évidemment, j’ai été particulièrement intéressé par la salle Japonaise qui nous fait découvrir notamment, la fameuse collection de boîtes à encens [香合 / kôgô] de Clemenceau, les intrigants Netsuke [根付] — voir également l’expérience numérique “Les netsuke au bout des doigts” sur le site du musée — ainsi qu’une oeuvre de Hokusai (un nishiki-e de la série “Tour des chutes d’eau des différentes provinces” datant de c1832 et intitulé “Cascade où Yoshitsune baigna son cheval à Yoshino”) !
Toutefois ma partie favorite reste tout de même la salle dédiée aux civilisations anciennes du bassin méditerranéen: de figurines Cycladiques à une mosaïque paléochrétienne protobyzantine, en passant par du mobilier funéraire égyptien, un bas-relief assyrien du palais d’Assurnazirpal II à Nimrud, de la poterie grecque, de la statuaire romaine (Janus, Socrate, Corbulo ou Cassius Longinus) et même les incontournables pièces de monnaie (numérotées mais sans la moindre fiche descriptive !; je peux tout de même voir que cela s’échelonne du drachme athénien [1] à une pièce byzantine [16], en passant par un denier de Marcus Aurelius [11]) !
Beaucoup de plaisir pour les yeux. Je recommande chaudement et j’y retournerai sûrement.
[ iPhone 17 Pro, MBAM, 2026/02/13 ]
Joyeuse Saint-Valentin (pour ceux qui célèbre cette fête très commerciale de l’amour, des fleurs et du chocolat) • Happy Valentine’s Day (for those who celebrate this very commercial holiday of love, flowers and chocolate) • ハッピーバレンタインデー。
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My wife wanted to see this exhibit at the museum, so we renewed our annual membership that had lapsed since the Covid. Knowledge often comes through the arts, so it was time to have an even more cultured life. We’ll try to go visit the museum at least once a month and there are a few interesting shows coming this year. This one was a good exhibit to start with.
Kent Monkman (born in 1965) is a Two-Spirited visual artist, member of the ocêkwi sîpiy (Fisher River Cree Nation). Through his interdisciplinary art, he explores the complexities of historical and contemporary Indigenous experiences by using themes of colonization, sexuality, loss, and resilience. His gender-fluid alter ego, Miss Chief Eagle Testickle, often appears in his work.
Monkman is an incredibly talented artist who mixes classic themes and influences loaded with symbolism and humour, very realistic and detailed portrays, beautiful Canadian landscapes and political messages about gender and native rights. It’s a very provocative and interesting exhibit that was well worth the effort to go out in the frigid temperature of late December. I am just a little disappointed to learn that he doesn’t work alone, but with the support of a whole studio. Although, it is understandable that, today, a collective effort is needed to produced such detailed and huge historical paintings. I warmly recommend to visit this show. ![]()
The exhibit “Kent Monkman: History Is Painted by the Victors” will be displayed at the Montreal Museum of Fine Arts until March 8, 2026.
NHK World Japan continues to be a great source of information about Japanese culture with their documentary series.
The NHK World Japan documentary series Anime Manga Explosion latest episode is a special about “Sports Manga & Anime”. After an overview of the Japanese beloved genre that is sports manga and anime, exploring with anime critic Fujitsu Ryota how the portrayal of sports evolved over time, and how have creators refined their craft, the documentary focus on the “the production of the figure skating anime Medalist to find out how animators capture the subtle movements and atmosphere of the rink.” This episode aired on December 27, 2025 and is available as VOD until December 27, 2026.
Medalist is a manga about figure skating. Created by Tsurumai Kada (つるまいかだ — the gender, age or identity of this artist has not been disclosed), it is serialized in Monthly Afternoon since May 2020 and has been compiled, so far, in thirteen tankōbon (volumes) at Kodansha. It has been translated in English and published by Kodansha USA (12 vol. so far) and in French by Nobi Nobi (Coll. Genki, 11 vol. so far). It has won the Next Manga Award in 2022, the Shogakukan Manga Award in 2023 and the Kodansha Manga Award in 2024. A novel adaptation by Jun Esaka is also being published by Kodansha KK Bunko since January 2025 (2 vol. so far).
It is the story of fifth grade student Inori Yuitsuka who dreams to become a great figure skater, but since her sister injured herself in a competition, her mother doesn’t want her to even try. Then she meets Tsukasa Akeuraji, an athlete who has seen his skating dream crushed and is now considering becoming a coach. Together they will find the motivation to reach for Olympic Gold !
The story has been animated by ENGI studio into a 13-episode television series (one season so far), directed by Yasutaka Yamamoto, with screenplay by Jukki Hanada, character design by Chinatsu Kameyama and music by Yuki Hayashi. It was airing in Japan on TV Asahi and is currently streaming on Disney+ and Hulu.
It’s a story about perseverance. It’s funny, the style is rather cartoony, but the storytelling is quite average and the inking is very uneven, often too light, sometimes too heavy and always sketchy. All the characters are over the top psychos! No wonder kids now-a-day are having mental problems… The anime is very faithful to the manga. ![]()
The documentary series Document 72 Hours offers an interesting report on a public library in Kanazawa. Titled “Beyond the Books at a Kanazawa Library” it talks about a library that “resembles a sublime theater and offers more than 1.1 million books. For three days, we asked people what books piqued their interest and how they spend their time here.” This episode was initially aired on March 3, 2025 (rebroadcast on December 28th) and is available as VOD until March 29, 2026. It is not directly related to anime or manga, but it’s about two of my main pole of interest: Japanese culture and libraries.
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Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.
Les Epistulae Ad Atticum (Lettres à Atticus) de Cicéron sont composé de seize livres de correspondance avec son ami Titus Pomponius Atticus, écrits entre 68 et 43 AEC. Je ne possède dans ma bibliothèque qu’un seul des trois volumes de cette correspondance:
Cicéron, Lettres à Atticus III (Livres XII – XVI), traduction nouvelle de Édouard Bailly. Paris: Classique Garnier, Juin 1939. 430 pages. [Goodreads]
J’ai aussi dans ma bibliothèque quelques livres des discours ou des traités de Cicéron (tous aux Belles Lettres), mais je dois avouer que ce volume des lettres à Atticus publié chez Garnier me semblait le moins fastidieux à lire. La difficulté réside surtout dans le fait qu’il faut avoir une bonne idée des événements et des personnages auxquels il fait référence si l’on veut pouvoir apprécier le texte. Toutefois, les notes qui accompagnent les lettres sont très utiles pour les remettre dans leur contexte, ce qui fait que ce n’est vraiment pas trop désagréable à lire. J’ai même bien aimé.
Cicéron m’apparait comme un personnage qui tergiversait beaucoup et qui se reposait largement sur son entourage pour prendre des décisions (ou du moins sur Atticus qui était un ami proche, son banquier et son conseiller). Il avait beau être un grand orateur et auteur, il me semble que c’était un fieffé poltron. Un trait de personnalité qui transparait dans la représentation qu’on fait de lui dans la série télévisée Rome (une série que je recommande d’ailleurs fortement).
Livre XIV, lettre I (Campagne de Rome, 7 avril 710 AUC [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “J’ai vu celui dont nous parlions ce matin [Matius]. A l’entendre, la situation est désespérée, elle est sans issue. Où un si grand homme a succombé [César], qui peut se flatter de réussir? Enfin s’il faut vous le dire , il voit tout perdu ; il pourrait bien dire vrai , et il affirmait avec un air de satisfaction qu’avant vingt jours les Gaules seraient sens dessus dessous : qu’au reste, excepté Lépide , il n’avait parlé à personne depuis les ides de mars [15 mars 44], mais qu’en somme les choses ne peuvent rester sur le pied où elles sont. Oppius ne regrette pas moins César : mais quelle réserve dans ses paroles !”
Livre XIV, lettre III (Tusculum, 9 avril 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “Votre lettre est tranquillisante. Veuille le ciel que cela dure ! Matius ne le croit point. Mais voici que les ouvriers qui étaient allés à Rome chercher du blé reviennent les mains vides, et m’annoncent (grande rumeur !) qu’Antoine a accaparé l’approvisionnement tout entier. Il faut que ce soit une panique, car vous m’en auriez parlé. (…) Tâchez de découvrir le fond de la pensée d’Antoine. Je le crois bien plus occupé de faire bonne chère que de songer à mal. S’il survient quelques événements, mandez-les-moi. Sinon, parlez-moi des manifestations populaires et des allusions du théâtre.”
Livre XIV, lettre III (Tusculum, 10 avril 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “(…) Le temps se charge. D’après l’échantillon de Matius, que pensez-vous des autres ? Pour moi , je déplore ce qui est sans exemple dans le monde , la liberté recouvrée et point encore de république. On frémit en songeant à tout ce qu’on dit , à tout ce qu’on machine. Je redoute aussi la guerre dans les Gaules. Sextus lui-même, que deviendra-t-il ? Mais en dépit de tant d’éléments conjurés, les ides de mars me consolent. Nos héros ont fait ce qui dépendait d’eux. Ils l’ont fait glorieusement et avec un courage sublime; mais pour achever l’œuvre il faut de l’argent et des troupes, et nous n’en avons pas. Ce peu de mots a pour objet de vous demander des nouvelles, car je suis dans une attente continuelle. Si vous n’aviez rien à me dire, n’en continuons pas moins, je vous prie, le doux commerce de nos lettres. J’y serai, de mon côté, fidèle.”
Livre XIV, lettre V (Asture, 11 avril 710 [44 AEC]), Cicéron salue Atticus : “J’espère que vous êtes mieux. La diète aura suffi contre une attaque si légère. (…) Mais quel sera l’effet de l’armée d’Octave? Va-t-il devenir un centre? Peut-on espérer de lui quelque favorable péripétie? Malheureusement je ne le pense pas. Toutefois dites-moi ce qui en est. C’est au moment de quitter Asture, le 3 des ides, que je vous écris.”
Livre XIV, lettre VI (Fundi, 12 avril 710 [44 AEC]), Cicéron salue Atticus : “J’étais à souper à Fondi, la veille des ides, lorsque j’ai reçu votre lettre. Vous allez mieux ; c’est le principal. Puis les nouvelles sont meilleures. C’eût été une cruelle chose que l’arrivée des légions. Quant à Octave, on verra plus tard. Je voudrais bien apprendre quelque chose de Marius [esclave, agitateur, chassé de Rome par César]. J’étais persuadé que César s’était débarrassé de lui. Après ce qui est arrivé, je ne suis pas taché de l’entrevue d’Antoine avec nos héros; mais, sauf les ides de mars, je ne vois vraiment rien dont je puisse encore me réjouir. (…) Ο douleur ! il faut que ce soit nous qui maintenions les spoliations pour lesquelles nous avions voué notre haine au tyran ! Ne nous faudra-t-il pas encore pendant deux ans avoir les consuls et les tribuns de son bon plaisir? Je n’aperçois pour moi aucun moyen de me mêler des affaires. Quelle absurde contradiction! On porte aux nues ceux qui ont tué le tyran, et on maintiennes actes de sa tyrannie ! (…) Il y a foule chez moi : on est avide d’entendre de ma bouche ce qui s’est passé ; et cependant on ne prend aucune mesure ! A voir la politique du jour, on dirait qu’on tremble devant les vaincus.”
Livre XIV, lettre VIII (Sinuesse, 15 avril 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “(…). Je suis ravi que notre Brutus soit si content d’Antoine. (…) Je ne suis pas fâché du brusque départ de la reine [d’Égypte, i.e. Cleopatra VII]. (…) Que se passe-t-il dans les Gaules, en Espagne? Ou en est Sextus? J’en suis inquiet : veuillez me parler de lui et de tout. (…) Ne me cachez rien sur Brutus. Où est-il? quels sont ses projets? Je me flatte qu’aujourd’hui il pourrait seul et sans crainte se promener dans toutes les rues de Rome. Et pourtant….”
Livre XIV, lettre X (Cumes, 19 avril 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “(…) Vous rappelez-vous ce que vous disiez tout haut; que c’en était fait, si on lui [César] élevait un bûcher? Eh bien! en plein forum on a brûlé son corps, on a prononcé son éloge, on s’est apitoyé sur son sort, et l’on a mis la torche à la main à des esclaves, à des mendiants, pour venir incendier nos demeures. (…) Octave est arrivé à Naples le 14 des kalendes. Balbus l’y a vu le lendemain matin, et il est venu le jour même a Cumes m’annoncer qu’Octave se proposait d’accepter la succession de César; mais, comme vous le dites, il aura terriblement maille a partir avec Antoine.”
Livre XIV, lettre XII (Pouzzoles, 22 avril 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “Ô mon cher Atticus, nous n’avons, je le crains bien, gagné aux ides de mars qu’un moment de joie et le plaisir de la vengeance. (…) Octave me traite ici avec autant de distinction que d’amitié : les siens l’appellent César; Philippe non, ni moi non plus, par conséquent. Octave ne peut pas, je le déclare, être un bon citoyen; il n’entend bourdonner autour de lui que des menaces de mort contre nos amis. Impossible, disent-ils, de leur passer ce qu’ils ont fait. Que sera-ce, je vous le demande, lorsque cet enfant arrivera à Rome, où déjà nos libérateurs ne peuvent pas se trouver en sûreté? Sans doute ils seront à jamais célèbres, heureux même par le témoignage de leur conscience : mais pour nous, ou je me trompe fort, ou nous n’en serons pas mieux. Dans cette persuasion, je veux fuir (…). Jadis ma complaisance était en quelque sorte, nécessaire; de quelque manière que les choses tournent, elle ne l’est plus aujourd’hui.”
Livre XIV, lettre XIII (Pouzzoles, 26 avril 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “(…) Ce n’est pas que vous ne m’annonciez une grande et bien bonne nouvelle, l’arrivée de Décimus Brutus au milieu de ses légions. J’en tire un bon augure. Mais en supposant que la guerre civile éclate (elle éclatera si Sextus reste sous les armes, et il y restera; ) que ferons-nous? Voilà ce que j’ignore. Il ne nous sera pas permis, comme dans la guerre de César, de n’être, ni pour ni contre. Quiconque se sera réjoui de la mort de César (et nous ne nous en sommes pas cachés) sera traité en ennemi ; alors ce sera un carnage. Irons-nous chercher un asile sous la tente de Sextus, on bien encore sous celle de Brutus? C’est un effort qui répugne à nos âges. Puis l’issue de la guerre est trop incertaine (…). Le mieux sera de nous abandonner au hasard, qui pourra plus ici que la prudence. Appliquons-nous seulement (ceci dépend de nous ) à supporter les événements avec courage et sagesse, en nous rappelant ce que nous sommes; et demandons aux lettres ou aux ides de mars de nous consoler du reste. Décidez maintenant, et faites cesser les incertitudes qui m’agitent : il y a tant de raisons pour et contre ! En partant, comme j’en avais dessein, avec une mission pour la Grèce, j’écarte en partie les périls qui menacent ma tête; mais je m’expose au reproche de manquer à la république dans de si graves circonstances.”
Livre XV, lettre XII (Asture, 10 juin 710 [44 AEC]), Cicéron à Atticus, salut : “(…) Je crois de l’esprit et du cœur à Octavianus [Octave, qui fut depuis Auguste], et ses dispositions pour nos héros m’ont paru telles que nous pouvons les désirer. Mais jusqu’à quel point se lier à son âge, à son nom, à l’héritage qu’il recueille, aux impressions qu’on lui a données? La question est capitale. Son beau-père [Philippe], que nous avons vu à Asture, ne sait qu’en dire. Il faut en tout cas le ménager, ne fut-ce que pour l’empêcher de se lier avec Antoine. [Marcellus] fera une bien belle chose, s’il réussit à le gagner à nous et à nos amis. Octavianus m’a semblé lui être tout à fait dévoué; mais il n’a guère de confiance dans Pansa, ni dans Hirtius. Son naturel est bon : puisse-t-il rester toujours le même !” [Ces extraits cités proviennent de la traduction de M. Nisard, Oeuvres complètes de Cicéron. Paris: Didot, 1869, tirés du site de Remacle]
Cicéron a entretenu une abondante correspondance (près de huit cent lettres!), non seulement avec son ami Atticus, mais également avec son ami Brutus (Epistolae Ad Brutum), son frère Quintus (Epistolae Ad Quintum) ainsi que plusieurs proches et connaissances (Epistolae Ad Familiares): son épouse Terentia, son affranchi Tiron, ses enfants Tullia et Marcus Tullius Cicero Minor, des personnes publiques (Pompée, Jules César, Marc Antoine, Cassius, Crassus et Caius Asinius Pollio) et autres relations (Dolabella, Sulpicius, Ligarius, Marcellus, Trebatius Testa, Marcus Caelius Rufus, Caton, Varron, etc.). Il a eut plus de soixante dix correspondants!
J’ai déjà parlé d’une autre lettre de Cicéron dans le passé lorsque j’ai traité de la relation entre le jardin et la bibliothèque, dans ma “Pensée du jour (pour moi-même): Un jardin de livres”. J’ai alors cité une lettre de Cicéron à Varron (Marcus Terentius Varro) que l’on retrouve dans les Epistulae ad Familiares, IX.4.
Pour plus de détails sur Cicéron (Marcus Tullius Cicero), voir l’entrée “Littérature classique (1er s. AEC): 1. Sous la République. b) Cicéron”
[ Index ]
Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.
Le De re rustica ou Rerum rusticarum libri III (De l’économie rurale) de Varron est le seul de ses ouvrages a avoir été conservé en entier. Composé de trois livres, il a été écrit vers 37 AEC. C’est un ouvrage très similaire au De agri cultura de Caton l’Ancien puisque c’est aussi un traité sur la gestion d’un domaine agricole (latifundium), mais qui concerne cette fois plutôt les grands domaines qui “emploient” de nombreux esclaves. Comme Caton, il parle d’expérience, car il possède au moins trois grandes fermes à Cumes, à Tusculum et à Casinum (cette dernière étant dédiée à l’élevage d’oiseaux luxueux). Il y produit, entre autres, des figues, du miel et fait l’élevage de moutons.
Le premier livre, dédié à son épouse Fundania, est consacré à la culture de la terre (frumentaire et arbustive) : définition de l’agriculture, le lieu, la qualité de la terre, les bâtiments, le personnel et l’équipement, les animaux (âne ou boeuf de labour, chien de garde), les semences, la division du travail selon la saison, engrais, moisson, etc.
Le second livre, dédié à Turranius Niger, est consacré à l’élevage de bestiaux : exode rural et différences entre cultivateur et pâtre, domestication des espèces sauvages, les différents types d’élevages (moutons, chèvres, porcs, boeufs, ânes, chevaux, mulets et bardots, chiens), le personnel (pâtre, berger) et les produits dérivés (lait, fromage, laine).
La troisième livre, dédié à Q. Pinnius, est consacré aux animaux de basse-cour : les composantes (volière d’agrément ou de production, garenne ou parc, et vivier), volailles (grive, merle, caille, paon, pigeon, tourterelle, poule, oie, canard), parcs de gibier (lièvre, sanglier, escargot, loir) et viviers (apiculture et pisciculture).
L’ouvrage, écrit dans le but de faire connaitre et aimer la vie rustique en démontrant comment en tirer de bons bénéfices, est présenté sous la forme de dialogues entrecoupés de digressions et d’anecdotes. Le style est très verbeux, quoi que soigné, mais l’auteur semble attacher peu d’importance à la forme et plus au sujet technique. Cela se lit toutefois très bien. Faute d’en avoir un exemplaire dans ma bibliothèque, je l’ai lu en ligne.
I.XVII: “(…) à propos de ces manœuvres. Choisissez des sujets propres à la fatigue, au-dessus de vingt-deux ans, et qui montrent des dispositions pour l’agriculture. On juge de leur aptitude par des travaux d’essai, ou en les questionnant sur ce qu’ils faisaient chez leur précédent maître. Prenez pour les diriger des esclaves qui ne soient ni insolents, ni timides; qui aient une teinture d’instruction, de bonnes manières, de la probité, et qui soient plus âgés que ceux qu’ils surveillent: ils en seront mieux écoutés. (…) Il ne faut pas permettre au chef d’employer les coups pour se faire obéir, quand il peut arriver au même but par de simples remontrances. Évitez également d’avoir plusieurs esclaves de la même nation; car c’est une source continuelle de querelles domestiques. Il est bon de stimuler, par des récompenses, le zèle des chefs; de leur former un pécule, de leur faire prendre des femmes parmi leurs compagnes de servitude. Les enfants qui naissent de ces unions attachent les pères au sol (…).”
I.XVIII: “Pour limiter le personnel d’une exploitation rurale, Caton prend pour base l’étendue et le genre de culture. (…) La première suppose un plant d’oliviers de deux cent quarante jugera, et il porte à treize le nombre des esclaves; à savoir, un villicus [intendant] et sa femme, cinq ouvriers, trois bouviers, un ânier, un porcher, un berger.”
II.I: “(…) Comme de nos jours il n’est guère de chefs de famille qui, laissant là faux et charrue, n’ait émigré dans l’enceinte de Rome, et ne consacre à applaudir au cirque et au théâtre les mains jadis occupées aux champs et aux vignobles, il en résulte qu’aujourd’hui nous payons pour qu’on nous apporte d’Afrique et de Sardaigne le blé qui nous nourrit, et que nous allons par mer faire vendange à Cos et à Chio. Les fondateurs de cette ville, qui n’étaient eux que des pâtres, avaient voulu que leurs descendants fussent des cultivateurs; et, au mépris de leurs lois, l’ambition de leurs descendants a converti les champs en prairie, sans même faire de différence entre paître des troupeaux et labourer la terre.”
III.XII : “(…) ces parcs annexés de nos villas, qu’on appelle encore leporaria (…). Aujourd’hui il ne s’agit plus d’un arpent ou deux, où l’on réunit quelques lièvres, mais de vastes espaces, de forêts entières, où l’on renferme par bandes les cerfs et les chevreuils. (…) Dans ces enclos sont en outre des enceintes particulières réservées aux escargots et aux abeilles, et des tonneaux où on élève des loirs. Rien de plus facile que la garde, l’entretien et la multiplication de ces animaux, les abeilles exceptées. Tout le monde sait en effet qu’un parc doit être environné de murailles bien crépies, pour empêcher les chats, les fouines, etc., d’y pénétrer, et assez élevées pour que les loups ne puissent les franchir. On sait qu’il faut également qu’un parc abonde en gîtes où les lièvres puissent se rendre invisibles pendant le jour, et se tapir dans les broussailles et sous les herbes; et que les arbres y doivent former une voûte assez épaisse pour empêcher l’aigle de s’y abattre. Personne enfin n’ignore qu’il suffit de quelques lièvres et hases pour que ce gibier pullule aussitôt. Deux couples vont peupler tout un parc.”
Pour plus de détails sur Varron (Marcus Terentius Varro), voir l’entrée “Littérature classique (1er s. AEC): 1. Sous la République. a) L’Avant-Cicéron”.
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Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.
Les Historíai ( Ἱστορίαι / Histoires ) de Polybe (Πολύϐιος) chroniquent principalement les conquêtes méditerranéennes de la République romaine. Seules les cinq premiers livres nous ont été conservés dans leur intégralité, mais il existe de nombreux extraits de l’ensemble des quarante livres. Écrit entre 167 et 146+ AEC, l’ouvrage débute (livres I-II) avec la première expédition des Romains hors de l’Italie qui mena à la première guerre punique, ainsi que la première guerre d’Illyrie et l’histoire de la Ligue achéenne, puis se poursuit (livres III-V) avec la deuxième guerre punique, les guerres de Macédoine et la guerre séleucide. Après avoir discuté le constitution romaine (livre VI), sa méthodologie historique (livre XII), la géographie de la Méditerranée (livre XXXIV), il reprends certains événements plus en détails, année par année, et poursuit avec la suite des guerres puniques et Macédonniennes, pour conclure avec un livre récapitulatif (XL). Faute d’en avoir un exemplaire dans ma bibliothèque, je l’ai lu en ligne.
Si Polybe prône une méthodologie rigoureuse, basée sur les faits et l’analyse, son ouvrage m’apparait pauvre en détails et ne faire qu’une synthèse des événements. Il reste malgré tout une source inestimable sur l’histoire de la République. Malgré l’aridité du sujet, la prose de Polybe reste agréable à lire.
Livre I, Préface : “(…) quoi de plus propre à notre instruction que la connaissance des choses passées ? (…) la nouveauté des faits que je me propose de raconter sera plus que suffisante pour attirer tous les hommes, sans distinction, à la lecture de mon ouvrage. Il n’y en aura point de si stupide et de si grossier, qui ne soit bien aise de savoir par quels moyens et par quelle sorte de gouvernement il a pu se faire que les Romains, en moins de cinquante-trois ans, soient devenus maîtres de presque toute la terre. Cet événement est sans exemple. D’un autre côté, quelle est la passion si forte pour les spectacles, ou pour quelque sorte de science que ce soit, qui ne cède à celle de s’instruire de choses si curieuses et si intéressantes.”
Livre III, Chap. I : “(…) Il faut maintenant rapporter ces guerres, et rendre compte tant des raisons pourquoi elles ont été entreprises, que de celles pour lesquelles elles sont devenues si considérables. Mais auparavant disons un mot sur le dessein de cet ouvrage.”
“Dans tout ce que nous avons entrepris de raconter, notre unique but a été de faire voir comment, en quel temps et pourquoi toutes les parties de la terre connues ont été réduites sous l’obéissance des Romains ; événement dont le commencement est connu, le temps déterminé, et le succès avoué et reconnu de tout le monde. Pour parvenir à ce but, il est bon de faire mention en peu de mots des choses principales qui se sont passées entre le commencement et la fin ; rien n’est plus capable de donner une juste idée de toute l’entreprise ; car, comme la connaissance du tout sert beaucoup pour acquérir celle des choses particulières, et que réciproquement la connaissance des choses particulières aide beaucoup à connaître le tout, nous ne pouvions mieux faire, à mon sens, que d’instruire le lecteur de ces deux manières.”
Livre III, Chap. IX : “(…) Ce fut en passant ces montagnes qu’Annibal, venant des bords du Rhône, entra dans l’Italie. Quelques historiens, pour vouloir étonner leurs lecteurs par des choses prodigieuses, en nous parlant de ces montagnes, tombent, sans y penser, dans deux défauts qui sont très-contraires à l’histoire ; ils content de pures fables, et se contredisent. (…) Ils nous peignent les Alpes comme si raides et si escarpées (…), les pays d’alentour sont si déserts, que si un dieu ou demi-dieu n’était venu montrer le chemin à Annibal, sa perte et celle de toute son armée était inévitable. (…) c’est une fausseté manifeste. Avant qu’Annibal en approchât, les Gaulois habitant les rives du Rhône avaient passé plus d’une fois ces montagnes, et venaient tout récemment de les passer pour se joindre aux Gaulois des environs du Pô contre les Romains. Et de plus les Alpes même ne sont-elles pas habitées par un peuple très-nombreux ? (…) Annibal conduisit cette grande affaire avec beaucoup de prudence. Il s’était informé exactement de la nature et de la situation des lieux où il s’était proposé d’aller ; il savait que les peuples où il devait passer n’attendaient que l’occasion de se révolter contre les Romains ; enfin, pour n’avoir rien à craindre de la difficulté des chemins, il s’y faisait conduire par des gens du pays, qui s’offraient d’autant plus volontiers pour guides, qu’ils avaient les mêmes intérêts et les mêmes espérances. Je parle avec assurance de toutes ces choses, parce que je les ai apprises de témoins contemporains, et que je suis allé moi-même dans les Alpes pour en prendre une exacte connaissance.”
Livre VIII, Frag. III : “(…) Tout étant préparé, les Romains se disposaient à attaquer les tours [de Syracuse]; mais Archimède avait aussi de son côté construit des machines propres à lancer des traits à quelque distance que ce fût. Les ennemis étaient encore loin de la ville, qu’avec des balistes et des catapultes plus grandes et plus fortement bandées, il les perçait de tant de traits qu’ils ne savaient comment les éviter. Quand les traits passaient au-delà, il en avait de plus petites proportionnées à la distance, ce qui jetait une si grande confusion parmi les Romains, qu’ils ne pouvaient rien entreprendre (…). Archimède inventa un autre stratagème contre ceux qui combattaient de dessus leurs vaisseaux. Il fit percer à hauteur d’homme et dans la muraille des trous nombreux et de la largeur de la main. Derrière ces meurtrières il avait posté des archers et des arbalétriers qui, tirant sans cesse sur la flotte, rendaient inutiles tous les efforts des soldats romains. (…) Il y avait encore d’autres machines qui lançaient sur les ennemis (…) des pierres d’une grosseur suffisante pour faire quitter la proue des navires à ceux qui y combattaient. Outre cela, il faisait tomber une main de fer attachée à une chaîne, avec laquelle celui qui dirigeait le bec de la machine comme le gouvernail d’un navire, ayant saisi la proue d’un vaisseau, (…) il lâchait la chaîne par le moyen d’un moulinet ou d’une poulie. Il arrivait nécessairement alors que les vaisseaux ou bien tombaient sur le côté, ou bien étaient entièrement culbutés ; et, la plupart du temps, la proue retombant de très-haut dans la mer, ils étaient submergés, au grand effroi de ceux qu’ils portaient. (…) pendant huit mois qu’ils restèrent devant la ville, il n’y eut sorte de stratagème que l’on n’inventât, ni d’actions de valeur que l’on ne fît, à l’assaut près, que l’on n’osa jamais tenter : tant un seul homme a de force lorsqu’il sait employer son génie à la réussite d’une entreprise ! (…) L’unique ressource que les Romains crurent qu’il leur restait, fut de réduire par la faim le peuple nombreux qui était dans la ville. Pour cela, avec l’armée navale, on intercepta tous les vivres qui pouvaient leur venir par mer, et l’autre armée coupa tous les convois qui leur venaient par terre.”
Livre IX, Frag. I : “Je sens bien que ma manière d’écrire l’histoire a quelque chose de désagréable (…). comme nous nous sommes borné au récit de cette dernière classe de faits, et que nous en avons fait tout le sujet de notre ouvrage, il ne peut être du goût que des lecteurs érudits ; la plupart des autres n’y trouveront aucun attrait. Nous avons dit ailleurs, pourquoi, négligeant les autres parties de l’histoire, nous nous étions borné aux faits (…). C’est pour cette raison et beaucoup d’autres, que je n’ai pas jugé à propos d’entrer dans ces détails. J’ai préféré les faits pour deux raisons : la première, parce que, comme les faits sont toujours nouveaux, la narration est toujours nouvelle (…). L’autre raison, c’est parce que cette manière d’écrire l’histoire (…) est surtout de nos jours, la plus utile de toutes. En effet, nous sommes dans un siècle où les sciences et les arts ont fait de si grands progrès, que ceux qui les aiment, en quelque circonstance qu’ils se trouvent, peuvent en tirer des règles de conduite. C’est pourquoi, songeant moins au plaisir qu’à l’utilité des lecteurs, nous n’avons rien voulu mettre dans notre histoire que des faits. Si j’ai bien ou mal fait, j’en laisse le jugement à ceux qui la liront avec attention.”
Pour plus de détails sur Polybe (Πολύϐιος), voir l’entrée “Littérature pré-républicaine: 3. IIe siècle AEC”
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Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.
Le De agri cultura (De l’agriculture) de Caton l’Ancien n’est pas un ouvrage très littéraire, mais plutôt un traité technique sur l’agriculture et l’économie rurale, écrit vers 160 AEC, qui offre un guide et des conseils sur la gestion d’une grande ferme (latifundium) comme celle que Caton possédait. C’est non seulement la seule oeuvre de Caton à nous êtes parvenue dans son intégralité mais aussi le plus ancien ouvrage romain en prose que nous ayons. Composé de 162 “livres”, l’ouvrage aborde des sujets aussi divers que l’achat d’un domaine (I), les devoirs du propriétaire et de l’intendant (II-V), la disposition des terres (VI-IX), le personnel et l’équipement (X-XIII, LIII-LXIII), la construction d’une maison de campagne (XIV-XVII), le vignoble (XVIII-XXVI, CIV-CXXV), des conseils divers sur l’oliveraie (LXI-LXIX), l’élevage et la culture (LIV, LXX-LXXIII, CLVI-CLXII), des recettes (LXXIV-XC), les rites religieux agricoles (CXXXV-CXLI), les arrangements contractuels (CXLII-CLV), etc. Faute d’en avoir un exemplaire dans ma bibliothèque, je l’ai lu en ligne.
L’ouvrage est un peu désordonné et écrit dans un style simple, direct et pratique qui rends la lecture un peu fastidieuse puisque le sujet est plutôt technique. C’est toutefois très intéressant à lire puisque cela nous offre une fenêtre exceptionnelle sur la vie rurale des romains d’origine modeste. Par exemple :
LVI. Quantité de nourriture pour les gens: Les travailleurs recevront pour l’hiver quatre boisseaux de froment, et quatre et demi pour l’été ; l’intendant et son épouse, l’agent et le bouvier, chacun trois boisseaux; les esclaves entravés, quatre livres de pain pendant l’hiver, cinq livres depuis l’instant où ils commencent à bècher jusqu’à la maturité des figues: pour le reste du temps la ration sera réduite à quatre livres.
LVII. Quantité de vin pour les gens: Après la vendange, ils ont de la piquette pour boisson pendant trois mois. Au quatrième mois, ils auront par jour une hémine de vin (…), enfin pour le neuvième, dixième et onzième mois, ils en recevront trois hémines par jour, c’est-à-dire une amphore par mois. En outre on donnera un congé à chaque Individu pour les Saturnales et les Compitales. Telle est la quantité de vin que chaque homme consomme dans l’année. On y ajoutera pour les esclaves entravés une ration proportionnée à la somme des travaux : le chiffre de dix quadrantals par année n’est pas trop élevé.
LVIIII. Bonne chère pour les gens: Conservez la plus grande masse que vous pourrez d’olives tombées spontanément, pour la cuisine des domestiques. (…) Quand les olives seront consommées, donnez de la saumure et du vinaigre. Distribuez à chaque personne un setier d’huile par mois. Un boisseau de sel suffira aux besoins annuels de chaque consommateur.
LIX. Vêtements des gens: On leur donnera tous les deux ans une tunique de trois pieds et demi de long et des saies. Toutes les fois qu’on leur fournira une tunique ou une saie neuve, on reprendra la vieille pour en faire des casaques [Centō = patchwork, rapiécé]. On leur fournira aussi tous les deux ans une bonne paire de forts souliers [de bois; sculponias = soulier sculpté, sabot].
Pour plus de détails sur Caton l’Ancien (Marcus Porcius Cato Maior), voir l’entrée “Littérature pré-républicaine: 2. IIIe siècle AEC”
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