Lectures romaines (6): César : De Bello Civili

Lectures romaines (6)

César : De Bello Civili

Pour accompagner ma série d’articles sur la littérature romaine, je vais m’efforcer de lire la plupart (du moins un extrait) des titres d’auteurs romains que j’ai dans ma bibliothèque.

J’ai choisi de lire la Guerre Civile en premier car c’est un ouvrage plus court et, après avoir lu Cicéron, cela me paraissait un sujet plus intéressant (et en quelque sorte d’actualité). Toutefois, c’est en fait une lecture un peu ennuyeuse car il s’agit avant tout d’une longue description de mouvement de troupes et de batailles. L’édition que j’ai sous la main est une édition anglaise, chez Penguin Classic: Caesar: The Civil War. Markham: Penguin Books, 1984. 360 p. ISBN 0 14 044 187 5 (Goodreads).

Le Commentaires sur la Guerre civile fait le récit de la guerre civile entre César et Pompée. Il est composé de trois livres qui ont été écrits au fur et à mesure que les événements se déroulaient en 49-48 AEC, puis complétés dans les années qui suivirent (possiblement en 47 ou 45). L’ouvrage a probablement été publié à des fins de propagandes du vivant de Jules César, mais peut aussi avoir été publié un peu après sa mort en 44.

Le récit du livre I débute alors que César est à Ravenne, en Gaule cisalpine, où il fait une offre d’entente au Sénat. Lorsque celle-ci est rejeté, il se rends à Ariminum, entrant ainsi illégalement en Italie. Je suis un peu déçu que le texte ne mentionne pas la traversé du Rubicon, ni la fameuse phrase “Alea jacta est” (qui nous a été rapporté en fait par les historiens Plutarque, Suétone et Appien). Il longe ensuite la côte Est de l’Italie, à la poursuite de Pompée, jusqu’à Brindisium, mais celui-ci réussi à fuir en Grèce, à Dyrrachium. César rentre à Rome où il convoque le Sénat qui lui est toujours hostile. Il poursuit donc les partisans de Pompée en Gaule narbonnaise où il fait le siège de Marseille. Il continue ensuite en Espagne, où il est victorieux contre les légats de Pompée.

Pendant ce temps, comme nous le raconte le livre II, le lieutenant de César Caius Trebonius obtient la rédition de Marseilles. Un autre lieutenant, Scribonius Curio, se rends en Afrique, près d’Utica, pour affronter Publius Attius Varus et son allié numide, le roi Juba, mais il est défait lors de la bataille de Bagradas.

Le livre III nous raconte que César traverse finalement l’Adriatique à la poursuite de Pompée. Ne réussissant pas à le vaincre à Dyrrachium, César se rends en Thessalie où Pompée le poursuit, mais César est finalement victorieux à la bataille de Pharsale. Pompée fuit à Alexandrie et César l’y rejoint pour découvrir que Pompée a été tué par Ptolémée XIII. Il doit alors intervenir dans la guerre civile qui oppose ce dernier à sa soeur, Cléopâtre VII. Et c’est ainsi que débute la guerre d’Alexandrie.

La plupart des éditions de la Guerre Civile incluent également les textes du De Bello Alexandrino, De Bello Africo et du De Bello Hispaniensis (qui sont tous considérés comme n’ayant pas été écrit de la main de César), mais je n’ai lu que la Guerre Civile proprement dites. L’extrait qui suit raconte une partie de la campagne de Dyrrachium (texte français: traduction de Nisard, 1865):

Livre III: 70. (1) Dans en si grand malheur, deux choses empêchèrent que l’armée ne fût entièrement détruite : d’abord Pompée, qui sans doute ne s’attendait pas à ce succès alors qu’il venait de voir ses troupes chassées de leur camp, craignit quelque embuscade, et hésita à s’approcher des retranchements. Ensuite sa cavalerie fut retardée par le passage étroit des portes qu’occupaient les soldats de César. (2) Ainsi les circonstances les plus frivoles eurent des deux parts des conséquences importantes. Le retranchement tiré du camp au fleuve empêcha l’entière et prompte victoire de César ; et ce même retranchement, en retardant la poursuite de l’ennemi, sauva notre armée.

71. (1) Dans ces deux combats donnés le même jour, César perdit neuf cent soixante hommes, plusieurs chevaliers romains de distinction, Tuticanus Gallus, fils de sénateur ; C. Fléginas, de Plaisance ; A. Granius, de Pouzzoles ; M. Sacrativir, de Capoue, et trente-deux tribuns militaires ou centurions ; (2) mais la plupart périrent sans aucune blessure, écrasés dans le fossé, sur les retranchements, ou sur le bord du fleuve, par leurs compagnons qui fuyaient effrayés. Nous perdîmes aussi trente-deux enseignes. (3) Cette action valut à Pompée le titre d’imperator. Il le conserva, et souffrit désormais qu’on le saluât de ce nom ; mais cependant il n’entoura de lauriers ni ses lettres ni ses faisceaux. (4) Labiénus, ayant obtenu qu’il lui remît les prisonniers, il les promena à la tête du camp, cela sans doute pour mériter la confiance du parti qu’il venait d’embrasser ; et les appelant ses camarades, et leur demandant avec insulte si les vétérans avaient coutume de fuir, il les fit égorger publiquement.

72. (1) Ce succès inspira tant, de confiance et d’orgueil aux soldats de Pompée, qu’ils ne pensaient plus à la guerre et qu’ils croyaient avoir remporté une victoire décisive. (2) Ils ne songeaient pas qu’ils en étaient redevables à notre petit nombre, au désavantage du poste où nous nous trouvions resserrés après avoir forcé leur camp, à l’effroi qu’occasionnait une double attaque du dedans et du dehors, et à la séparation de nos troupes, qui les empêchait de se porter de mutuels secours. (3) Ils ne remarquaient pas qu’il n’y avait pas eu de combat, de vive mêlée, et que nos soldats, en se précipitant en foule dans des passages trop étroits, s’étaient fait eux-mêmes plus de mal qu’ils n’en avaient reçu de l’ennemi. (4) Enfin, ils oubliaient les accidents si communs à la guerre, et combien de désastres avaient été produits par les plus petites causes, par un soupçon mal fondé, par une terreur panique, un scrupule ; et combien de fois une armée avait eu à souffrir de la faute d’un général ou de l’erreur d’un tribun. Joyeux, comme s’ils avaient vaincu par leur courage, et qu’ils n’eussent à redouter aucun changement de la fortune, ils annonçaient partout au loin, par des messages et par des lettres, la victoire qu’ils avaient remportée ce jour-là.

73. (1) César, forcé de renoncer à son premier dessein, crut devoir changer entièrement son plan de campagne. (2) Dans cette vue, il retira à la fois toutes ses garnisons, renonça à l’attaque, rassembla sur un seul point toutes ses troupes, et, ayant convoqué les soldats pour les haranguer, il les exhorta à ne pas se laisser abattre par cet événement, et à ne pas s’inquiéter d’un revers assez léger après tant de succès. (3) “Ils devaient, ajouta-t-il, rendre grâce à la fortune d’avoir soumis l’Italie sans nulle peine, pacifié les deux Espagnes défendues par des peuples belliqueux et par les chefs les plus expérimentés et les plus habiles, et réduit en leur pouvoir les provinces voisines, si abondantes en blé. Ils ne devaient pas oublier non plus avec quel bonheur ils avaient passé sans nulle perte à travers les flottes ennemies, maîtresses de tous les ports et de toutes les côtes. (4) Si tout ne réussissait pas à leur gré, il fallait qu’ils s’appliquassent à seconder la fortune. C’était à son inconstance et non à leur général qu’ils devaient imputer le revers qu’on avait reçu : (5) le poste avait été bien choisi ; le camp ennemi avait été enlevé, et les soldats de Pompée chassés et défaits. Mais quel que fût le motif qui leur eût fait perdre une victoire qui semblait assurée, imprudence, erreur ou hasard, c’était à leur courage à tout réparer. (6) Alors le mal tournerait à bien, comme il était arrivé à Gergovie ; et ceux qui d’abord avaient redouté d’en venir aux mains, se présenteraient d’eux-mêmes au combat.”

Pour la notice sur Jules César, voir La littérature romaine (7): Époque classique: 1. Sous la République. c) l’Après-Cicéron.

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