Lone Sloane: Babel

LoneSloane-Babel-cov“« Sloane, tu ne sais pas renoncer. C’est même là, la seule vertu qui te serve de compas. »

Quand, au milieu des années 1960, Philippe Druillet invente Lone Sloane, le navigateur solitaire arpentant les espaces interstellaires, il révolutionne la bande dessinée. Baroque, sans limites, fourmillant de mille détails, la science-fiction explose les cases, s’hybride à la littérature en croisant Flaubert, et marque durablement les imaginaires de créateurs en herbe dont un certain George Lucas…

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, Lone Sloane revient sous la plume de Xavier Cazaux-Zago et le pinceau de Dimitri Avramoglou, jeune talent émergent adoubé par Druillet lui-même, pour une nouvelle aventure à l’ambition et aux proportions dantesques. Babel convoque tous les personnages de la saga de Sloane et met en scène leur confrontation à une menace inexorable : l’Écume, une force sombre qui anéantit tout sur son passage. Notre héros devra littéralement se réinventer, et faire appel à tous les grands voyageurs mythologiques – Ulysse, Hannibal, Gulliver ou Nemo – pour l’aider à triompher du Chaos.

Images spectaculaires, démesure graphique et folie narrative sont donc au rendez-vous de cet album épique et hors norme. À n’en point douter, l’événement SF de ce début d’année.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

LoneSloane-Babel-p05Je n’ai pas tout lu les albums de Druilllet (quoique j’ai lu plusieurs de ses histoires dans Pilote et Métal Hurlant). Je n‘en possède que sept: (d’abord ceux qui font partie des aventures de Lone Sloane) Lone Sloane 66 (1966, originalement publié sous le titre Le mystère de l’abîme), Delirius (1973, sur un scénario de Jacques Lob) et l’intégrale Salammbô (adapté/inspiré du roman de Gustave Flaubert; 1980: Salammbô, 1982: Carthage, 1986: Matho); mais j’ai aussi Vuzz (1974), Yragaël ou la fin des temps (1974), Urm le Fou (1975), et La Nuit (1976).

La moitié de l’oeuvre de Philippe Druillet (neuf albums) est consacrée au personnage avec lequel il débuta sa carrière: Lone Sloane. Il est d’abord apparu dans de courts récits publiés dans Pilote et qui ont été compilé en albums: Lone Sloane 66 (3 récits) et Les six voyages de Lone Sloane (6 récits). Il illustre ses récits d’abord avec un crayonné assez simple (qui rappel un peu le style de Mézières), qui se complexifie avec des textures et des hachures, et finalement explose de richesses avec la couleur. L’album suivant, Delirius, est un récit complet qui a été sérialisé dans Pilote #651-666. Il est suivie par Gaïl (sérialisé dans Métal Hurlant #18-27) et la série culmine avec son chef d’oeuvre, Salammbô (la première partie est sérialisée dans Métal Hurlant #48-54, mais la suite parait directement en album chez Dargaud). Après un long hiatus, Druillet reviendra sur le personnage avec Chaos (2000) et Délirius 2 (2012). Ce sont des récits complexes de space opera gothique ou se mêle science-fiction, fantasy et fantastique. Les pages sont superchargées de détails et ultra colorées, offrant des images dantesques, sinon inspiré d’un trip d’hallucinogène. Ultimement, chaque planche est pratiquement une peinture où l’artiste a travaillé des jours, voir des semaines. C’est une oeuvre très originale et unique. J’adore l’oeuvre de Druillet, même si je l’ai toujours trouvé un peu difficile à lire…

Récemment la tendance est de voir plusieurs vieilles séries de bande dessinée reprisent par de jeunes artistes pour faire soit des hommages ou des suites. C’est le cas ici avec Xavier Cazaux-Zago et Dimitri Avramoglou qui reprennent les aventures de Lone Sloane. Cependant, Babel est-il hommage ou suite ? Ou les deux?

Une mystérieuse force noire, l’Écume, consume l’univers. C’est l’instrument de Shaan pour anéantir son ennemi juré: Lone Sloane. Sur Zazhann, un prêtre/prophète du collectif apparait aux Barons Bleus et se sert d’eux pour retrouver Sloane. Il prétend que sur le monde-mémoire mythique de Babel il existe un livre qui raconte comment vaincre l’Écume. L’Abbé y guidera Sloane dans sa quête, à bord du vaisseau Ô Sidarta, en compagnie de sa belle Légende et de ses seconds Yearl et Vuzz. Est-ce un piège? Sloane a-t-il été trahi? Pendant qu’une bataille épique fait rage autour de la planète entre la flotte de Shaan et Ô Sidarta (avec le gunship de l’horloger Kurt Kurtsteiner en renfort), au coeur de l’atemporelle Babel, Légende écrit la fin de l’épopée. Car le véritable héros ne peut vaincre que dans la mort…

Babel respect bien l’esprit de l’oeuvre de Druillet: c’est un récit complexe et un peu difficile à suivre, avec des dessins gothiques qui offrent beaucoup de pleines ou doubles planches, qui semblent se lire dans toute les directions… Et, tout comme les albums de Druillet, c’est beau, intriguant, voir fascinant parfois. En résumé, on pourrait dire que l’art est épique et le texte lyrique. Toutefois, je suis tout de même un peu déçu. Babel est un ersatz qui paraît fidèle en surface mais qui n’offre en fin de compte un résultat qui n’est pas aussi riche et détaillé que l’original. J’étais intrigué mais je ne l’ai pas trouvé agréable à lire… C’est néanmoins un album qui mérite quand même d’être vu et lu, par les amateurs de Druillet mais aussi par une nouvelle génération de lecteurs qui pourront ainsi découvrir l’incomparable univers de Lone Sloane.

Lone Sloane: Babel, par Xavier Cazaux-Zago (scénario), Dimitri Avramoglou (dessin), d’après l’oeuvre de Philippe Druillet (Idée originale/adaptation par Serge Lehman). Grenoble: Glénat, janvier 2020. 88 p., 24 x 32 cm, 19.00 € / $C 31.95. ISBN 978-2-3562-6019-2. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-2-5

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© 2020, Éditions Glénat.

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Le problème à trois corps (Liu Cixin)

ProblemeATrois Corps-cov“En pleine Révolution culturelle, le pouvoir chinois construit la base militaire secrète de Côte Rouge, destinée à développer une arme de grand calibre. Ye Wenjie, une jeune astrophysicienne en cours de “rééducation”, intègre l’équipe de recherche. Dans ce lieu isolé où elle croit devoir passer le restant de sa vie, elle est amenée à travailler sur un système de télétransmissions dirigé vers l’espace et découvre peu à peu la véritable mission de Côte Rouge…

Trente-huit ans plus tard, alors qu’une étrange vague de suicides frappe la communauté scientifique internationale, l’éminent chercheur en nanotechnologies Wang Miao est témoin de phénomènes paranormaux qui bouleversent ses convictions d’homme rationnel. Parmi eux, une inexplicable suite de nombres qui défile sur sa rétine, tel un angoissant compte à rebours…

Hugo 2015 du meilleur roman, Le Problème à trois corps est le premier volume d’une trilogie culte d’une ambition folle.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Le problème à trois corps (三体)  nous offre un récit complexe sur lequel je ne m’étendrai pas trop pour éviter les divulgachages. Pour préserver le suspense, l’histoire nous est racontée dans le désordre et en laissant des blancs qui ne seront comblé qu’à la fin. Le récit est donc désarticulé et demande de la patience. À la page cent, j’ignorais encore de quoi il en retournait avec cette histoire, juste pour vous dire… Je me disais “ça a gagné un Hugo, ça doit être bon alors continuons encore un peu…” C’est lent à décoller mais le sujet est toute de même fort intéressant. Il s’agit ici d’une histoire de premier contact qui pose une délicate question: si on lance un appel dans l’espace, que fait-on si quelqu’un répond?

Comme dans le cas de Terre errante, le récit est un peu  “gros” — Liu Cixin ne semble pas faire pas dans la dentelle. Certains éléments paraissent parfois tout à fait invraisemblable (particulièrement la partie sur les deux protons!) mais quand on parle de civilisation très avancé tout est possible. Comme on dit, une science très avancée paraitrait comme de la magie pour une société primitive… Liu Cixin, un ingénieur de formation, nous propose d’ailleurs une intéressante description de civilisation très avancé qui fait face à un problème particulier de survie dans un système solaire trinaire instable. Le tout enrobé dans un context socio-politique chinois, un thriller de conspiration scientifique et beaucoup d’élément de hard SF — mais qui reste toutefois compréhensible pour qui a une bonne base scientifique. Et il y a peut-être même une allégorie politique de caché dans tout ça (du genre un David oriental contre le Goliath occidental?). Chose certaine c’est un roman (en fait une trilogie) qui a fait beaucoup de bruit et qui a fait naitre beaucoup d’intérêt envers la SF chinoise.

Je ne suis malgré tout pas si sûr que ça mérite vraiment un Hugo mais c’est tout de même une intéressante lecture pour ceux qui aiment la science et ont la patience de lire jusqu’à la fin. (Mais, bon, il reste tout de même deux autres volumes à lire !) J’imagine que ça ferait un bon thriller SF au cinéma ou à la télé. En effet, un film chinois aurait été produit mais n’a jamais abouti (apparement ce serait un navet) et Netflix aurait commandé une série basé sur la trilogie. Cela risque d’être intéressant à voir…

Le problème à trois corps par Liu Cixin (Traduction par Gwennaël Gaffric). Arles: Actes Sud (Coll. Exofictions), octobre 2016. 432 pages, , 14.5 x 24 cm, 23,00 € / $39.95 Can., ISBN 978-2-330-07074-8. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-0

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© Liu Cixin, 2006. © Actes Sud, 2016 pour la traduction française

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Revue de ‘zines [002.021.051]

Revue de ‘zines

Je constate que ma dernière chronique sur les périodiques et autres ‘zines dans mon champs d’intérêt remonte à un peu plus de trois mois. Ils s’accumulent sur ma table de chevet, encombrant mon tsundoku, et il est donc grand temps que je fasse un peu de rattrapage et que j’en épluche le contenu pour vous. 

Animeland #232 (Octobre – Décembre 2020)

Animeland-232En dossier de couverture on aborde le renouveau du shônen: on définit le genre (son public, ses auteurs), s’intérroge sur son étendu et présente quelques titres en exemples (The Promised Neverland, Chainsaw Man, L’Attaque des Titans, Jujutsu Kaisen, Sword Art Online, My Hero Academia). En plus de la une, le numéro est divisé en trois grandes sections: “Focus” qui met en lumière divers sujet d’actualité (le distributeur de figurines Cosmic Group, le studio 2D Andarta, la société monégasque Shibuya Productions, l’histoire de Anime News Network, l’historique des webtoons, Petit Vampire et un entretien avec son créateur, Joann Sfar); “On a vu” introduit quelques animation notoires (Josep, Phil Tippett: Des rêves et des monstres, Déca-Dence, Denno Coil, Futariwa Precure, The God of High School, Japan Sinks 2020, RE: Zero: Starting Life in Another World, My Hero Academia: Heroes Rising, Calamity, Weathering with You, Maquia, Fritzi, Great Pretender, Ronja: Fille de Brigand); Et le numéro se conclut sur une série de chroniques (Musique [OST de Japan Sinks 2020 par Kensuke Ushio], Entretiens [avec l’équipe de En sortant de l’école et avec les réalisateurs de GitS_2045 Shinji Aramaki et Kenji Kamiyama], Séance Studio [Studio Trigger], Jeu vidéo [The Last of Us Part II], l’animation dans la Pub [Nescafé], Figure de Pro [Santiago Montiel], Pourquoi [images par seconde], Trouvaille [Séoul Station], et Humeur).

Animeland reste encore le meilleur magazine du genre (il n’en reste plus beaucoup). C’est très riche en information (quoi que je déplore toujours la disparition de la section dédiée aux mangas). Même si cela reste très cher à 13.50 € / 20.99 CAD (mais heureusement il y a les bibliothèques publiques) c’est tout de même 146 pages d’information compacte qui offre une lecture essentielle pour tous amateurs francophone d’anime. stars-3-5

Capsules

dBD #146 (Septembre 2020)

dBD-146À la une de ce numéro on retrouve un interview avec François Boucq (au sujet de New York Cannibals, en collaboration avec Jerome Charyn chez Éditions du Lombard). On poursuit avec des interviews de Corbeyran (qui a écrit quatre cents scénarios de BD!), Pierre-Henry Gomont (pour La fuite du cerveau chez Dargaud), Patrick Prugne (pour Tomahawk chez Éditions Daniel Maghen), et Bérengère Orieux (des Édition Ici Même). On retrouve aussi un article sur les Picture discs.

Dans le “Cahier Critique” je note surtout Yawara! T.1 de Naoki Urasawa chez Kana (Bien; “Importance de la transmission, adversité, coups bas et fougueux combats donnent du relief à ce manga très célèbre publié au Japon dès la fin des années 80”), Fairy Tail – City Hero t.1 par Ushio Ando chez Pika (Bien; “une série policière décalée, pour les fans de la série d’origine”), Tokyo Tarareba Girls T.1 par Akiko Higashimura chez Le Lézard Noir (Super; “album sortie en 2014 (…) ce premier volume de la série risque fort de dépasser le public habituel du drama manga”), Shino ne sait pas dire son nom par Shuzo Oshimi chez Ki-oon (Bien; l’histoire d’une jeune fille atteinte d’un trouble de la parole), So I’m a spider, so what? T.1 par Asahiro Kakashi chez Pika (Bof; “assez superficiel et surtout répétitif”), Les enfants du temps T.1 par Wataru Kubota chez Pika (Super; adaptation en manga du film de Makoto Shinkai Weathering with You, “met en perspective le Japon rural (…) et son pendant urbain. Une belle réussite, qui ne fait pas injure au long-métrage”), et Iruma à l’école des démons T.1 par Osamu Nishi chez Nobi-Nobi (Super; “tordant à souhait!”).

L’habituel déluge d’information de BD; heureusement qu’il a dBD pour nous parler des nouvelles parutions en mangas ! À lire (même si c’est cher — 8.90 € / $C15.99 pour 100 pages [aussi disponible en numérique pour 4.99 €] — mais cela vaut la peine et on le trouve aussi dans les bibliothèques publiques). stars-3-0

Capsules

dBD #147 (Octobre 2020)

dBD-147À la une de ce numéro on retrouve un interview avec Frank Pé (sur Little Nemo et La bête T.1 chez Dupuis et l’artbook Une vie en dessins chez Dupuis-Champaka). On poursuit avec des interviews de Baru (sur Bella ciao T.1 chez Éditions Futuropolis), Julie Rocheleau, Benoit du Peloux (sur Tracnar & Faribol aux Éditions Bamboo), Jordi Lafebre (sur Malgré Tout chez Dargaud), Beate & Serge Klarsfeld (sur Beate & Serge Klarsfeld: Un combat contre l’oubli par Pascal Bresson et Sylvain Dorange aux Éditions La Boite à Bulles), et Derib (sur Yakari: Le fils de l’aigle aux Éditions du Lombard). On trouve également un court hommage à André-Paul Duchâteau (créateur de Ric Hochet et auteur de polar) et un article sur deux grosses parutions chez Taschen (The History of EC Comics par Grant Geissman et Masterpieces of Fantasy Art par Dian Hanson, chacun faisant plus de cinq-cent pages et coûtant 150 € / $200 !).

Dans le “Cahier Critique” je note qu’on a regroupé sur deux pages une sélection des nouveautés mangas mais je n’y ai trouvé rien d’intéressant… Ceci est donc un numéro un peu pauvre. stars-2-5

Capsules

dBD #148 (Novembre 2020)

dBD-148À la une de ce numéro on retrouve un interview avec Didier Convard (sur Lacrima Christi T.6 avec Denis Falque chez Glénat et Neige T.14 avec Christian Gine chez Glénat). On poursuit avec des interviews de Bertrand Escaich/Caroline Roque [BeKa] et José Luis Munera (sur Les Tuniques Bleues T.65: L’envoyé spécial chez Dupuis), David Vandermeulen et Daniel Casanave (sur Sapiens, la naissance de l’humanité T.1 avec Yuval Noah Harari chez Albin Michel), Nicolas Juncker (sur Octofight T.3: Euthanasiez-les tous! avec Chico Pacheco chez Glénat, coll. Treize Étrange), Claude Gendrot (éditeur chez Pif Gadget, Métal Hurlant, chez Dupuis et chez Futuropolis depuis 2006), Noémie Honein (sur De l’importance du poil de nez chez Sarbacane) et William (sur Les Sisters T.15: Fallait pas me chercher! chez Bamboo). On trouve également un article sur l’exposition “Vinyle, quand la musique se dessine” à la Médiathèque musicale de Paris sur les pochettes illustrées. On nous présente aussi des sketch et travaux préparatoires de Luigi Critone qui vient de remplacer Enrico Marini pour Le Scorpion T.13: Tamose l’Égyptien (avec Stephen Desberg chez Dargaud). 

Dans le “Cahier Critique” je note encore une fois surtout des mangas: The Alexis Empire Chronicle T.1 par Awamura & Sato chez Doki-Doki (Super; “Pur récit d’heroic-fantasy (…) brille par sa maîtrise des codes du genre (…), Graphiquement le résultat est également d’excellente facture, notamment lors des scènes de bataille”), La jeunesse de Yoshio par Yoshiharu Tsuge chez Cornelius (Super; “rassemble sept histoires parues en 1973 et 1974. C’est un condensé d’autobiographie à peine déguisée, sans fard, peignant avec acidité le quotidien d’auteurs méprisés. Alors évidemment, c’est sombre, sordide même”), L’Appel de Cthulhu par Gou Tanabe chez Ki-oon (Super; “Grâce à son dessin à la fois précis et charbonneux, le mangaka installe une ambiance de fin du monde”), Spy x Family T.1 par Tatsuya Endo chez Kurokawa (Super; “véritable phénomène au Japon (…) sous son apparence de classique de comédie d’espionage (…) cache (…) une intéressante étude de personnage”), A journey beyond heaven T.1 par Masakazu Ishiguro chez Pika (Super; “une belle découverte”), L’Oxalis et l’or T.1 par Eiichi Kitano chez Glénat (Bien; “un premier volet convaincant”), et My Hero Academia – Team Up Mission T.1 par Horikoshi & Akiyama chez Ki-oon (Super).

Encore un numéro plein à craquer d’infos… stars-3-0

Capsules

Solaris #215 (Été 2020, vol. 46, #1)

Solaris-215La nouvelle formule de Solaris, une revue littéraire format livre qui se veut “l’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire”, a déjà vingt ans !  On y retrouve six nouvelles de science-fiction, un article et les chroniques littéraire habituelles (“Les littéranautes” commentant les parutions locales et “Lectures” commentant le reste — pour la liste des titres commentés voir la table des matières en ligne). Le volet fiction comprends:

  • “Les Épinettes à corneilles”, par Josée Bérubé, qui est le texte lauréat du Prix Solaris 2020.
  • “Solitude”, par Alain Ducharme, qui “s’interroge, entre autres, sur les difficultés d’appartenance et d’identité lorsque plus rien ne nous est familier”.
  • “Dernières Vacances de la femme-termite”, par Michèle Laframboise, qui “nous emmène en voyage littéralement au-dessus des nuages”.
  • “Presque le paradis”, par Gabriel Veilleux, “où l’on suit un narrateur anonyme envoyé par la colonie pour déminer une vaste zone criblée d’engins explosifs”.
  • Dans “L’Effet quantocorticoïde”, par Claude Lalumière, “Maxim est en pleine adrénarche, ce qui permet de voyager Outrepart et de vivre des aventures extraordinaires en Outretemps, comme tous les enfants avant leur puberté”.
  • “Gris”, par Dave Côté, où “après l’explosion du super-volcan Yellowstone, deux amis décident de traverser la frontière pour looter les maisons vides à Chicago. Un bon plan qui ne peut pas rater, pas vrai?”

Le seul article du numéro est un épisode des “Carnets du Futurible”, par Mario Tessier, consacré à “La pandémie en littérature, en image et en musique — ou la peste en 10 repères choisis”. Le Futurible nous offre des articles qui arrive toujours à point pour nous faire réfléchir à l’actualité — mais à travers la littérature et les médias. Comme à son habitude, c’est fort intéressant. 

Personnellement, je ne suis pas très amateur de courtes fictions et je lis Solaris surtout pour les articles mais ce périodique demeure un excellent moyen pour prendre le pouls des littératures de l’imaginaire. À lire. stars-3-0

Capsules

Solaris #216 (Automne 2020, vol. 46, #2)

Solaris-216Ce numéro de Solaris offre une thématique un peu funèbre et rends en quelque sorte hommage à Jean-Pierre Laigle (connu à une autre époque comme Jean-Pierre Moumon), chercheur et spécialiste de l’imaginaire, qui est décédé en juillet dernier. Il présente trois nouvelles, deux articles ainsi que les chroniques littéraire habituelles (“Les littéranautes” commentant les parutions locales et “Lectures” commentant le reste — pour la liste des titres commentés voir la table des matières en ligne). Le volet fiction comprends:

  • “Là-bas”, par Natasha Beaulieu, qui se déroule dans le même univers que “Ici”, texte lauréat du Prix Solaris 2019 et publié dans le #211.
  • “Avant, la mort nous effrayait”, par Mariane Cayer, fait une “incursion dans le monde de la Sur-Vie”.
  • “La Cité des morts”, par Jean-Pierre Laigle, est une novella (41 p.) “qui aborde le thème de l’après-vie”.

Dans le volet documentaire on retrouve d’abord un article de Jean-Pierre Laigle (évidemment) intitulé “Lune contre Terre, Terre contre Lune : une rivalité catastrophique” et qui fait un historique exhaustif (40 p.) de la thématique des conflits lunaires dans l’imaginaire littéraire et cinématographique. Fort intéressant. Le second article n’est nul autre qu’un épisode des “Carnets du Futurible”, par Mario Tessier, cette fois consacré à la “Vie et mort des démocraties en science-fiction”. Encore une fois c’est on ne peu plus d’actualité. Il y traite de l’attrait des empires totalitaires et des dystopies fascistes en SF, des régimes politiques du futur, de la série “Le Prisonnier”, de la présidence américaine en fiction et il conclut en citant Thucydide ! Tout à fait génial.

Comme toujours, Solaris est la lecture idéale pour nourrir votre imaginaire… stars-3-5

Capsules

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Poésie du dimanche [002.021.038]

Mañana

Mañana, mañana
Tomorrow, morgen, zitra

Le navire surgit de l’espace-temps
Tous ses fulgurants crachant
Des flots de rayons énergétiques
Sur le vaisseau trans-galactique

L’écran de protection tint le coup
Les passagers exécraient contre ces fous
Ces pirates, ces parias, ces forbans
Qui s’attaquaient aux riches navires marchands

La victime put lancer un message sur hyper-onde
Qui parviendrait peut-être trop tard sur un monde
Bételgeuse, Altaïr, Arcturus, Nodus, Capella
Régulus, Rigel, Sirrius, Antarès ou Véga

Peut-être à de nombreuses années-lumières
Dans cet infini et merveilleux univers
Parviendra-t-il enfin à la Planète Mère
Depuis trois millénaire appelée Terre ?

Mais il fut capté par la garde de l’Empereur
Qui passant par là arriva sur l’heure
Faisant fuir le cruel oiseau de proie
Ce qui remplit les passagers de joie

L’Empire Galactique vivra
Nous Terriens avons du cran
Mais comme ce navire surgit du néant
Il n’est pour le moment je le crains
Qu’un songe de demain.
Mañana, mañana…

Biset Lermite
1978/05/08

Ah! L’optimisme de l’adolescence. C’était l’époque où je m’abreuvais de Asimov, Heinlein, Vance, de Fleuve-Noir et de Perry Rhodan. Je lisais une centaine de livres par année et je rêvais d’exploits lyriques dans un avenir sans limites. Encore une fois j’ai fait quelques petits changements (ajustement de métrique, changé un mot ou deux pour éviter les répétitions) mais sinon ce poème est tel que je l’ai écris alors que j’avais presque seize ans…

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Terre errante (Liu Cixin)

TerreErrante-cov““Je n’avais jamais vu la nuit. Je n’avais jamais vu les étoiles. Je n’avais jamais vu le printemps, ni l’automne, ni l’hiver. Je suis né à la fin de l’Ère du freinage. La Terre venait tout juste d’arrêter de tourner.”

Lorsque les astrophysiciens découvrent que la conversion de l’hydrogène en hélium s’est accélérée à l’intérieur du Soleil, ils comprennent que notre étoile est sur le point de se transformer en une géante rouge qui absorbera de manière inéluctable la Terre. Pour contrer cette extinction programmée de l’humanité, les nations se regroupent pour mettre en branle un projet d’une ambition folle : élaborer des moteurs gigantesques afin de transformer la planète bleue en véritable vaisseau spatial et de l’emmener à la recherche d’une nouvelle étoile…

Dans cette novella écrite en 2000, Liu Cixin manifeste déjà tout le talent que l’on retrouvera à l’œuvre dans la trilogie du Problème à trois corps. Disponible sur Netflix sous le titre The Wandering Earth, l’adaptation cinématographique qui en fut tirée en 2019 se hissa au troisième rang du box-office mondial.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

>> Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs <<

Vers la moitié du vingtième siècle les scientifiques découvrent que le soleil va se transformer beaucoup plus tôt que prévu en géante rouge, ce qui anéantira la Terre. Deux solutions s’opposent: le clan des Vaisseaux (qui propose de construire une armada de vaisseaux pour que l’humanité quitte le système solaire en laissant le Terre derrière elle) et le clan de la Terre (qui propose de transformer la planète en un énorme vaisseau). C’est ce dernier qui l’a emporté. Une coalition planétaire a été créée afin de coordonner les efforts de cette entreprise gigantesque. Il a fallut près de quatre-cent ans pour se préparer: construire douze mille propulseurs géants en Amérique du Nord et en Asie, puis éloigner la Lune de son orbite. L’opération devait se réaliser en cinq étapes. D’abord l’ère du freinage: les propulseurs ont été actionné en angle pour arrêter la rotation de la Terre, ce qui a pris quarante-deux ans. Cela a eut des conséquences dévastatrices puisque la chaleur des propulseurs changea les climats, causant des tempêtes, et l’arrêt de la rotation causa des raz de marée qui força l’humanité à habiter des cités souterraines — de toute façon l’éloignement du soleil transformerait la planète en un désert de glace. 

Puis vain l’ère de la fuite: la Terre ferait une quinzaines d’orbites, de plus en plus elliptiques, puis utiliserait la gravité de Jupiter pour accélérer jusqu’à atteindre la vitesse de libération qui lui permettrait de quitter le système solaire. C’est le moment le plus dangereux de l’opération particulièrement quand la planète passait en périhélie (au plus proche du soleil), lorsqu’elle traversait la ceinture d’astéroïdes, puis devait manœuvrer précisément pour échapper à la gravité de Jupiter. La crainte était surtout que le soleil n’explose avant que la Terre se soit suffisamment éloignée… Puis viendrait la Première ère de l’errance alors que la Terre sortirait du système solaire et accélèrerait pendant cinq-cent ans, atteignant une vitesse de 0.5% de la vitesse de la lumière, pour ensuite voguer en direction de son objectif pendant mille-trois cents ans. Puis ce serait la Seconde ère de l’errance, où la Terre se retournerait pour décélérer pendant cinq cents ans. Finalement, ce serait l’ère néosolaire, lorsque la Terre s’insèrerait dans l’orbite de Proxima Centauri. L’opération durerait une centaine de générations, soit deux mille cinq cents ans… Toutefois, alors que la Terre commençait à peine à accélérer, le soleil n’avait toujours pas explosé et la populace crue avoir été dupée et se révolta. Heureusement, l’explosion se produisit juste à temps pour empêcher l’irréparable…

La narration se fait au travers d’un seul personnage, un jeune chinois né à la fin de l’ère du freinage et qui est donc déjà assez âgé à la fin du récit alors que débute l’ère de l’errance. Le récit est fluide et captivant, les explications scientifiques étant claires mais suffisamment simple pour ne pas embêter le lecteur. Toutefois, c’est le genre de récit qui demande un sérieux effort de suspension de l’incrédulité car, si tout cela est scientifiquement possible, c’est tout de même assez invraisemblable… La seule chose qui m’a réellement agacé dans cette histoire c’est que, si l’auteur prend la peine d’expliquer que les propulseurs sont “nourrit” des rochers extraits des montagnes environnantes et que les humains se réfugient dans des cités souterraines, il n’explique aucunement ce qui est fait pour préserver la faune et la flore afin de repeupler la planète à la fin de son errance. C’est une grosse lacune.

Terre errante (流浪地球 / liúlàng dìqiú — originalement publié en mai 2019 dans le magazine Monde de la Science Fiction [科幻世界]) nous offre une courte lecture (c’est une novella) qui se lit fort bien. C’est aussi un excellent exemple de la littérature de science-fiction chinoise — quoique Liu Cixin reste encore l’un des rares auteurs chinois de SF a être traduit en anglais et en français [sur ce sujet voir La Presse, Slate, Res Futurae, Open Edition, Le petit journal]. Terre errante a reçu un “Galaxy”( prix chinois de la SF) en 2000. Liu Cixin a reçu le prix Hugo du meilleur roman en 2015, pour Le Problème à trois corps.

Terre errante, par Liu Cixin (traduction par Gwennaël GAFFRIC). Arles: Actes Sud, janvier 2020. 80 p., 10 x 19 cm, 9.00 € / $C 10.99. ISBN 978-2-330-13053-4. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-5

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© Liu Cixin (Ltd), 2000. © Actes Sud / FT Culture (Pékin) Co. & Chongqing Publishing & Media Co., Ltd, 2020 pour la traduction française.

WanderingEarth-movieCe court roman a également été adapté en un film chinois à grand déploiement que je me dois de mentionner ici. Malheureusement, le film s’est surtout inspiré de l’idée de base (à cause de l’explosion imminente du soleil, la Terre est transformée en vaisseau spatial) et offre un récit très différent de la novella. Ce n’est pas le même narrateur et l’aspect dramatique du récit tourne autour du fait que les scientifiques se sont trompé et que le Terre est capturée par la gravité de Jupiter, la mettant sur une trajectoire de collision destructrice. Les effets de la gravité causent l’arrêt des propulseurs et le jeune héros malgré lui doit aider un groupe disparate de militaires et de scientifiques à les repartir. Ce sera toutefois insuffisant et seulement un acte désespéré tout à fait invraisemblable sauvera la planète ! Sans être bien original, cela reste un film très divertissant mais qui est intéressant surtout parce qu’il démontre tout le progrès que le cinéma chinois a accompli ces dernières années.

The Wandering Earth (流浪地球 / liúlàng dìqiú / Terre errante): Chine, 2019, 125 min.; Dir.: Frant Gwo; Scr.: Gong Ge’er, Yan Dongxu, Frant Gwo, Ye Junce, Yang Zhixue, Wu Yi et Ye Ruchang; Phot.: Michael Liu; Ed.: Cheung Ka-fai; Mus.: Roc Chen, Liu Tao; Prod.: Gong Ge’er; Cast: Wu Jing, Qu Chuxiao, Li Guangjie, Ng Man-tat, Zhao Jinmai. Disponible sur Netflix. stars-2-5

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Carnet de bord de l’absurde

Je poursuis ce voyage d’une durée indéterminée, et toujours plus profondément, au coeur de l’absurde humain. 002.020.355 AIHC (Ab imperium hominum condita — aka GST, Galactic Standard Time).

Comme vous le savez tous, je travaille dans un “dépôt culturel” (aka le Centre de Préservation et de Diffusion de la Culture Humaine w23/h8 — CPDCH w23/h8). Malgré une formation supérieure, j’y suis un simple commis et, donc, je manipule surtout les ouvrages dans touts les formats (drives quantiques, cartes livrels, capsules mémorielles, rouleaux et quelques antiques disques optiques et blocs séquentiels). Diffuser et préserver l’information, certes, mais aussi classer et reclasser les supports, parfois réorganiser ou déménager des sections entières. C’est un travail plutôt physique — même si le commis est techniquement considéré comme un fonctionnaire impérial, c’est en fait plus un travail d’ouvrier. Pourquoi ne pas engager des androïdes tant qu’à y être… Quoiqu’il y a déjà un robot qui travaille au département des retours (quand il n’est pas en panne, bien sûr). J’imagine que la main d’oeuvre humaine est plus fiable que les robots et revient moins cher que les andros…

Toutefois, si l’aspect physique est une chose, ce n’est rien comparé à l’épuisement mental ou psychologique que cet environnement de travail impose. Ce n’est pas tant la lourde responsabilité de protéger et de servir le savoir humain, mais plutôt toute l’absurdité du processus. Surtout quand on est une personne qui suit des principes de logiques plutôt strictes. Les gens ne me croient jamais quand j’essai de leur expliquer cet état des choses. Il faut croire que des siècles de bureaucratie insensible nous ont endormi face à l’évidence. Par exemple, si l’Autorité me demande de replacer les SSD (Super-Solid Disc) pour les tout-petits qui avaient été mis en réserve pour des travaux de rénovations, je les replace — mais seulement après avoir pris la peine de faire approuver la disposition de la collection par un technicien (car avoir trop d’initiative n’est pas encouragé). Toutefois, j’apprend par la suite qu’un autre technicien avait déjà préparé un plan de disposition sans le communiquer dans la hiérarchie et je dois donc replacer cette section encore une fois selon le nouveau plan ! 

Ce genre d’erreur et de miscommunication est fréquent et ce ne serait pas vraiment grave si le plan avait été élaboré avec soins en analysant tout ses aspects. Malheureusement sa conception avait été hâtive et déficiente, causant des failles logiques tellement évidentes que c’en était absurde. En effet, ce plan allait à l’encontre de la disposition des collections dans tout le reste du dépôt ! Il est d’usage que les documents en langues romanes soient toujours classés avant les documents en langues germaniques occidentales et les documents de fiction toujours classés avant les documentaires. Ce n’était évidemment pas le cas de ce plan, qui disposait tout dans l’ordre inverse ! N’avait-on pas convenu que nous profiterions des travaux pour réorganiser plus logiquement la disposition des collections ? De plus, le plan était spatialement inadéquat car il prévoyait plus de place pour une section qui en demandait moins, et moins de place pour une section qui en aurait nécessité plus. J’ai donc dû faire des ajustements au plan de toute façon. Brava !

Ce n’est malheureusement pas la première fois que ce genre d’erreur se produit. Et lors d’une récente réassignation, j’ai pu constater que c’est même pire dans d’autre dépôts. Il n’y a donc aucune surprise dans ce fait. Le plan respecte bien la tradition d’illogisme des dépôts et de l’Urbanité. Pas de surprise, mais je ressens toujours la même indignation qui se refuse à mourir malgré les affronts répétés. Il s’agit de cette même usuelle inefficacité et indifférence bureaucratique (pour ne pas dire crasse incompétence) qui a épuisé la planète et nous a forcé à commencer à se préparer à transiter vers d’autres systèmes stellaires. Mais, bon, à ce train là, on devrait pouvoir envoyer du monde au-delà de l’orbite de Jupiter d’ici un siècle ou deux !

Suis-je le seul à remarquer ces défaillances? Et si oui, cela signifie-t-il que tout le reste de mes collègues soient des idiots? Ou est-ce parce que je suis un génie? Je ne me sens pas prêt à accepter ni l’une, ni l’autre de ces affirmations… Pour l’instant, je ne peux qu’exécuter les ordres, comme le petit drone que l’on veut que je sois. Mais j’insiste pour faire connaître mon mécontentement face à cette décision — même si, bien sûr, je n’ai pas vraiment voix au chapitre. Mais ne me suis-je jamais gêné pour faire connaître une opinion?

À suivre ?

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Lovecraft country

LovecraftCountry-cov“The critically acclaimed cult novelist makes visceral the terrors of life in Jim Crow America and its lingering effects in this brilliant and wondrous work of the imagination that melds historical fiction, pulp noir, and Lovecraftian horror and fantasy.

Chicago, 1954. When his father Montrose goes missing, 22-year-old Army veteran Atticus Turner embarks on a road trip to New England to find him, accompanied by his Uncle George—publisher of The Safe Negro Travel Guide—and his childhood friend Letitia. On their journey to the manor of Mr. Braithwhite—heir to the estate that owned one of Atticus’s ancestors—they encounter both mundane terrors of white America and malevolent spirits that seem straight out of the weird tales George devours.

At the manor, Atticus discovers his father in chains, held prisoner by a secret cabal named the Order of the Ancient Dawn—led by Samuel Braithwhite and his son Caleb—which has gathered to orchestrate a ritual that shockingly centers on Atticus. And his one hope of salvation may be the seed of his—and the whole Turner clan’s—destruction.

A chimerical blend of magic, power, hope, and freedom that stretches across time, touching diverse members of two black families, Lovecraft Country is a devastating kaleidoscopic portrait of racism—the terrifying specter that continues to haunt us today.”

[Text from publisher’s website ; see also the backcover]

>> Please, read the warning for possible spoilers <<

This is a tale of two horrors. First, it is the story of an extended black-american family that has to deal with a covenant of powerful and ruthless warlocks trying to bring back Adam’s paradise on Earth and, in order to do so, are in search of lost knowledge. Above all, it is the terrifying story of what it is for black-americans to live through the 1950s Jim Crow America. It is told through eight short stories that are interlinked, each focusing on one member of the family and using a different sub-genre of horror for its storytelling.

In “Lovecraft country”, Atticus Turner receives a letter from his father, Montrose (with whom he always had a difficult relationship), telling him that he found some genealogical information about his deceased mother and that they should go together to Arkham — well, he misread the letter and it is actually Ardham, Massachusetts, but it is still in the middle of what he calls “Lovecraft country”. He comes back to Chicago but his father has disappeared. Along with his uncle George Berry and childhood friend Letitia Dandridge, he goes on a road-trip — dodging all sorts of racist dangers — to reach the Ardham Lodge, owned by Samuel Braithwhite. There, Atticus discovers that he is the descendant of the Braithwhite ancestor, Titus, and that his father was kidnapped in order to set a trap for Atticus who is needed for a nefarious ceremony of witchcraft. With the help of Samuel’s son, Caleb, Atticus frees is father, foils the plan of the elder Braithwhite (killing him and all the members of “The Order of the Ancient Dawn” in the process) and escapes (mostly) unhurt.

In “Dreams of the which house”, Letitia inherits some money and she uses it to purchase a huge house in the middle of a white neighbourhood, which causes her many pains and harassment. On top of that, she discovers that the Winthrop House is haunted by his previous owner, Hiram Winthrop. After many troubles, she succeeds to strike a deal with the ghost. However, it is revealed that Caleb Braithwhite is behind the sale of the house to Letitia, as Hiram was a friend-turned-rival of his father and in possession of a precious item that he covets. 

In “Abdullah’s book”, Caleb steals a family heirloom from George and Montrose and, in exchange for its return, asks them to break in the natural history museum to retrieve a book from a secret room. Helped by the members of their Freemason lodge, the brothers will undergo a dangerous Indiana Jones-style expedition through tunnels and riddles, to recover Hiram’s “Book of Names”.

In “Hippolyta disturbs the universe”, George’s wife discovers a secret compartment in an orrery (the mechanical model of an unknown solar system) of the Winthrop House, containing a book and a pair of keys. If George and his nephew have always been fans of pulp-style science-fiction and horror stories, Hippolyta had always been fascinated by physics and astronomy. The book brings her to an observatory in Wisconsin but, instead of a telescope, she finds a machine that open doors through time and space! She finds herself on a sandy beach on an alien planet from a distant solar system inhabited only by Ida. She had been exiled there by Hiram Winthrop two decades ago, along with all the domestic staff of the house, to scare them into telling him where his son Henry went. He had run off with one of the maids. But Hiram died before he could free them and all the other had perished, killed by the alien flora and fauna of the planet. 

In “Jekyll in Hyde Park”, Ruby — Letitia’s sister — in contacted by Caleb who want to use her to gain information on Atticus and Letitia, and to spy on members of other warlock lodges. In exchange, he offers her a potion that can transform her into a white woman! She discovers what real freedom is, but also that it comes with a price…

In “The narrow house”, Atticus and Montrose are trying to locate Henry Winthrop, who ran off from his father’s house with a black maids and some of his father’s precious notebooks. Tasked by Caled, they follow his trail to Illinois but find out that his entire family was killed when their house was burned down by a racist mob. However, due to a protection spell gone awry, Montrose is able to get information (and the notebooks) from his ghost. However, Atticus and his father decide not to share the books with Caleb.

In “Horace and the devil doll”, the head of the Chicago lodge, police Captain Lancaster, is suspecting that Caleb want to renege on their deal and betray him. He also knows that Hippolyta visited the Warlock Hill observatory, but doesn’t know her exact involvement. He therefore decides to use George and Hippolyta’s talented son, Horace, to spy on her. As the boy refuses, Lancaster curses him with a powerful spell that makes him being pursued by some sort of voodoo doll (revenge of Chucky style !). Being unable to speak, Horace is able to alert Ruby to his ordeal by using Scrabble tiles, and she then enlist Caleb to help break the spell.

In “The mark of Cain”, all the members of the Turner/Berry/Dandridge families finally share each other stories and decide, while feigning to help Caleb take over all the lodges, to prevent him to accomplish his plan. With the help of Hiram’s ghost, they find his weakness and strip him of his powers. In an “Epilogue”, we see that, in the aftermath, all the family members goes on happily ever after.

If the book is not horrific in the way Lovecraft’s stories are, it nevertheless offers an interesting twist on Lovecraft universe and influence. However, Lovecraft Country has been adapted into a TV series that add elements (a few monsters) that are closer to Lovecraft’s stories. The TV series change several details of the book’s story (mostly Caleb is a woman named Christina and Horace is a girl named Diana) and add several side stories (adding some Asian horror with the character of Ji-Ah, a Korean friend of Atticus whose also a demon) that make it more captivating and complete. In comparison, and looking back at it, I would say that the book’s storytelling seems a little disappointing. 

Lovecraft Country is nevertheless a very interesting book that offers a great read. However, you can always save time by watching the excellent TV series.

Lovecraft country, by Matt Ruff. New York: Harper Collins, February 2016. 376 pg., Hardcover, 6 x 9 in., $26.99 US / $33.50 Can. ISBN: 978-0-06-229206-3. stars-3-5

For more information you can check the following websites:

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© 2016 by Matt Ruff

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Phil, Une vie de Philip K. Dick

Phil-cov“Philip K. Dick (1928-1982) est un des auteurs de science-fiction les plus novateurs et influents du XXe siècle. Depuis les années 1980, son œuvre, qui questionne la réalité et le principe d’humanité, a été adaptée maintes fois au cinéma et à la télévision et est enseignée dans les plus grandes universités du monde.

Blade Runner, Total Recall, Ubik, Minority Report, A Scanner Darkly et les séries The Man in the High Castle ou Electric Dreams… sont quelques-uns des univers sortis de son esprit fertile.

Philip K. Dick n’a pourtant vraiment connu le succès qu’après sa mort et son existence a plutôt rimé avec galères, dépressions, divorces en série et expériences mystiques…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Je suis un fan de Philip K. Dick. J’ai lu (jadis) tous ses ouvrages de SF et un de ses romans mainstream (Portrait de l’artiste en jeune fou, aussi adapté au cinéma sous le titre Confession d’un barjo, et tous deux commenté dans Samizdat 23). Je n’en ai pas fini avec lui car il y a beaucoup d’histoires j’aimerais relire et, bien sûr, lire plusieurs autres des romans de littérature générale. J’ai aussi beaucoup lu sur PKD. Et j’ai vu plusieurs documentaires et même un film de fiction (Your name here). L’ouvrage qui m’a le plus marqué est l’excellente biographie romancée Je suis vivant et vous êtes mort par Emmanuel Carrère. 

Cette biographie romancée en bande dessinée me rappel beaucoup l’ouvrage de Carrère, mais en moins détaillé bien sûr. C’est bien écrit et nous offre l’essentiel, les grands moments, de la vie de l’auteur. J’ai bien aimé les transitions imaginatives entre les différentes parties du récit. Ce dernier est fluide et conserve bien l’intérêt du lecteur. Le dessin quant à lui est bien, sans plus, et rappel le style des comics américains (Marvel et DC) — tellement qu’au début je pensais qu’il s’agissait d’un comics traduit en français…  Ce style de dessin ne m’enthousiasme pas énormément mais Marchesi fait tout même un bon travail pour donner vie au récit. Ce n’est sans doute pas une biographie totalement fidèle (est-ce seulement possible de faire une telle chose?) car, comme le dit Queyssi dans sa postface, c’est une question de point de vue. L’auteur a recherché son sujet en profondeur, comme le prouve la bibliographie en fin de volume (mais qui ne cite pas l’ouvrage d’Emmanuel Carrère).

Phil est publié par un éditeur qui se consacre aux biographies graphiques (21g fait allusion au poids de l’âme selon Duncan McDougall) et côtoie des prix Nobel de la Paix (comme Mandela, MLK ou Mère Theresa), des “Grandes consciences” (comme Gandhi, le Dalaï Lama, Pelé), des artistes (comme Rodin, Renoir ou Lovecraft !) ou des hommes de “sciences” (comme Einstein, Eiffel, Steve Jobs). La version anglaise, Philip K. Dick : a comics biography, est publiée chez NBM.

Phil offre une bonne lecture mais surtout si vous voulez vous familiariser avec Philip K. Dick sans trop d’effort…

Phil, Une vie de Philip K. Dick, par Laurent Queyssi (scénario) et Mauro Marchesi (dessin). Paris: 21g (Collection Rêveurs de mondes), janvier 2018. 144 p. (131 pl.), 18 x 27 cm, 20 € / $C 34.95. ISBN 979-10-93111-19-3. Pour lectorat adolescent (14+). Extrait disponible sur le site de l’éditeur. stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Blue Lotus Prod

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Revue de zines… [002.020.305]

Un survol de quelques zines en tous genres… J’en épluche le contenu pour vous.

Animeland #231 (Juillet-Août 2020)

Animeland-231Avec ce numéro Animeland termine sa transformation en mook avec l’adoption d’un format légèrement plus petit (19.2 x 27 cm) et nous offre un super-dossier sur Ghost in the shell (quarante-deux pages)! On remarque en premier lieu des changements au niveau de la rédaction: jusqu’au début de 2019 Émilie Jollois était directrice de publication avec Christopher Macdonald comme Rédacteur en chef, puis Cédric Littardi la remplace avec Steve Naumann comme directeur éditorial. Avec ce numéro, Christopher Macdonald n’est plus mentionné et on retrouve deux directeurs éditorial: Sébastien Post (pour Ynnis) et Sébastien Célimon (pour Animeland). AM Media Network en est toujours l’éditeur et Anime News Network y est toujours un actionnaire mais la relation semble en être maintenant plus une de collaboration et d’entre-aide…

Le dossier de couverture commence avec un portrait du créateur de Ghost in the Shell, Masamune Shirow, puis on en décrit l’univers, les personnages, et les différents titres (série TV, OVA, films) avant d’aborder la plus récente série: GitS SAC_2045. On en fait le portrait des réalisateurs (Kenji Kamiyama et Shinji Aramaki), on poursuit sur des portraits et entrevues avec le producteur (Taiki Sakurai) et la conceptrice russe (character design, Ilya Kuvshinov). Finalement on traite de la musique, de la fascination de Shirow pour les armes et puis des figurines consacrées à la série.

En plus de la une, le numéro est divisé en cinq grandes sections: “On a vu” introduit quelques animation notoires (Altered Carbon: REsleeved, Sing Yesterday for me, Gleipnir, Appare-Ranman,  BNA, Tower of God, Carole & Tuesday S2, La famille Willoughby), un dossier (20 pages) sur comment l’industrie de l’animation s’en tire (ou pas) face au confinement de la COVID-19, et “Focus” qui met en lumière divers sujet d’actualité (l’animation Ailleurs de Gints Zilbqlodis, la plateforme de BD numérique Webtoon, l’anime Castlevania, et le festival virtuel de Annecy 2020). Après un dernier dossier (22 pages) qui fait le tour des plateformes de Video À Demandes (VÀD ou streaming) d’anime en France (Crunchyroll, ADN, Wakanim, Netflix, Amazon Prime, Okoo, France 4, Disney+), le numéro se conclut sur une série de chroniques (Jeu vidéo, Trouvaille, Musiques et Humeur).

Le format et la présentation sont agréables et aérés. Le contenu est varié et riche mais (comme je l’ai souvent dit) parfois un peu vague. J’apprécierais plus d’informations détaillées comme une fiche en encart qui donne toutes les informations de production sur un titre. Finalement, grave erreur, pas un mot sur les mangas dans ce numéros ! WTF?! L’industrie du manga est très liée à celle de l’anime et en est pour moi INDISSOCIABLE. Cette absence est impardonnable et sera corrigée j’espère dans les prochains numéros. (Je sais il s’agit ici d’ANIMEland mais je m’attend tout de même à une balance 50/50 ou tout au moins 60/40 entre les deux sujets). Finalement, l’ultime question demeure: ces changements réussiront-ils à permettre au magazine de survivre en ces temps difficiles ? (Le temps nous le dira… Pour l’instant je dois attendre que le numéro 232, qui vient tout juste de paraître, traverse l’Atlantique…)

Intéressant mais aussi un peu décevant. stars-3-0

dBD #144 (Juillet 2020)

dBD-144À la une ce numéro dBD nous offre une entrevue avec Jim, qui nous parle de sa série Une nuit à Rome à l’occasion de la sortie du tome quatre (chez Grand Angle). Le numéro se poursuit sur des entrevues avec Joël Alessandra (Les Voyages d’Ibn Battûta, avec Akalay, chez Dupuis, coll. Aire Libre), Romain Hugault (Pin-up Wings, t. 5 chez Paquet Coll. Cockpit), Zep (sur sa série Titeuf et la participation à une campagne Covid-19), Pascal Pierrey (rédacteur en chef de Picsou de 1990 à 2020) et James & Daniel Clarke (Kariba, chez Glénat).

On retrouve également des articles sur le dessinateur des petits Mickey Floyd Gottfredson, sur l’éditeur de manga Pika à l’occasion de son vingtième anniversaire, et sur l’intersection entre disques et BD (“Les disques d’aventures”). L’article sur Pika Éditions est tout particulièrement intéressant. Fondée en janvier 2000, cette maison d’édition spécialisée dans le manga s’adapte sans cesse pour rester compétitive: en 2007 elle intègre le groupe Hachette, puis adopte le Digital first (publiant ses titres d’abord en ligne), en 2015 elle se lance dans le “Simultrad” (parution de chapitre traduit en français en même temps que la version japonaise), en 2016 elle lance la collection Pika Graphik pour les titres plus sérieux, puis acquiert Nobi Nobi pour avoir une collection jeunesse, en 2018 elle y ajoute le “manfra” (manga de création française!). Ce qui fait qu’elle est maintenant le 2e éditeur de manga en France (avec 1800 titres, 64 séries en cours, 350 nouveautés par an et 40 millions d’exemplaires vendus au total) !

Dans le Cahier Critique je note La couleur tombée du ciel par Gou Tanabe chez Ki-oon (Super: “toujours le même soin apporté à la fabrication du livre (…) le trait sombre et détaillé de l’auteur japonais fait une nouvelle fois mouche, plongeant le lecteur dans l’émoi et la crainte”), Anonyme ! t. 1 par Kimizuka & Hioka chez Soleil/Manga (Super: ”une série qui se révèle plus fine qu’il n’y paraît“), Peuple Invisible par Shohei Kusunoki chez Cornélius (Super: “recueil de récits courts (…) paru dans le fameux magazine Garo entre 1970 et 1972. (…) Le résultat est surprenant, plein d’emphase pour un petit peuple souterrain, dont les tranches de vie questionnent en permanence la validité de leur propre existence. (…) excellent raconteur et très bon dialoguiste.”), Orient – Samurai Quest t. 1 par Shinobu Ohtaka chez Pika (Bien: “Si ce premier tome est globalement maîtrisé, il se révèle en revanche assez répétitif”) et Ad Romam t.1 & t.2 un collectif aux Éditions du Rocher (Bien: “Avec cette trame fantastico-historique, la série peut présenter de façon didactique et plutôt vivante l’histoire antique (…). Le tout est de bonne facture (…) malgré les dessins assez maladroits (…).”).

Comme toujours, dBD nous offre une lecture riche en informations et en découvertes… stars-4-0

dBD #145 (Août 2020)

dBD-145Un numéro spécial Été qui nous offre simplement les coups de coeur de la rentrée (neuf albums tout public et trois albums jeunesse) — mais pas d’actualités ou de Cahier Critique. Pour chaque titre, on retrouve une entrevue avec l’/les auteur(s) et un bref extrait d’environ trois à cinq pages. 

Du côté tout public on retrouve Radium Girls par Cy chez Glénat (Coll. Karma), Tanz ! Par Maurane Mazars chez Le Lombard, Les croix de bois par JD Morvan & Percio (d’après Dorgelès) chez Albin Michel, Mademoiselle J t.2 par Yves Sente & Laurent Verron chez Dupuis, Stern t.4: Tout n’est qu’illusion par Frédéric & Julien Maffre chez Dargaud, L’Alcazar par Simon Lamouret chez Sarbacane, Journaux troublés par Sébastien Perez & Marco Mazzoni chez Soleil (Coll. Métamorphose), Les frères Rubinstein t.1 par Luc Brunschwig, Leroux & Chevallier chez Delcourt, ainsi que Terre t.1 par Christophe Dubois & Rodolphe chez Daniel Maghen.

Du côté jeunesse on retrouve Le roi des oiseaux par Alexander Utkin chez Gallimard, L’Homme qui courait après sa chance par Pozla chez Delcourt et Les géants t.1: Erin par Lylian, Paul Drouin & Lorien Aureyre chez Glénat.

Rien de bien excitant dans ce numéro. stars-3-0

Nouveau Magazine Littéraire #29 (Mai 2020)

lnml-298Je ne lis pratiquement jamais de magazine sur la littérature générale mais ce Spécial Science-Fiction par Le Nouveau Magazine Littéraire (récemment racheté par son concurrent Lire) me semblait intéressant. En effet, outre les habituelles chroniques (Idées, Portrait, Critiques essais et fiction) que j’ai a peine survolées, ce numéro offre deux dossiers qui vont bien ensemble: un sur “Où est le progrès ?” et un autre sur la Science-Fiction.

Le dossier de couverture (vingt pages) se demande si notre société / civilisation fait encore des progrès (d’un point de vue littéraire, philosophique, économique et, bien sûr, scientifique). Doit-on remettre en cause la notion de progrès? Intéressante question. Les articles nous propose, évidemment, plusieurs suggestions de lecture pour poursuivre la réflexion…

Le dossier SF (en trente-deux pages) nous propose un dizaine d’articles. Dans “Prenez les issues de secours!”, Alexis Brocas nous présente différents scénarios où les auteurs de SF traitent de la survie de l’Humanité. Selon René Barjavel, dans La Faim du Tigre, cela se résume à une alternative: soit l’autodestruction apocalyptique, soit la fuite dans les étoiles…

Dans “Avis de réapparitions”, le magazine fait un retour sur les oeuvres fondamentales de trois auteurs dont on fête le centenaire: Frank Herbert (Dune), Isaac Asimov (Les Robots, Fondation, La Fin de l’Éternité) et Ray Bradbury (Fahrenheit 451, Chroniques Martiennes).

Dans “Narrés au décollage” on explore deux thèmes essentiels du genre: les voyages interstellaires et la terraformation de planètes. Dans la même ligne, “Panorama: Huit Planètes” nous présente les voyages galactiques au travers de huit monde différents: Luna (de Ian McDonald), L’archipel du rêve (de Christopher Priest), Trantor (dans Fondation de Isaac Asimov), Omale (de Laurent Genefort), Hypérion (de Dan Simmons), Trisolaris (dans Le Problème à Trois corps de Liu Cixin), Oasis (dans Le Livre des choses étranges de Michel Faber) et Vermillon Sands (de J.G. Ballard).

Dans ”Do you speak globish?”, Frédéric Landragin offre une réflexion sur les différentes manières dont la littérature de SF approche le problème principal du premier contact: l’aspect linguistique.

Dans “La main sur le tracker”, Marie Fouquet compare la surveillance accrue de l’état (drone, application de traçage, reconnaissance faciale) au temps de la crise COVID non pas avec le classique 1984 d’Orwell mais avec Les Furtifs d’Alain Damasio.

Dans “Ils nous l’avaient bien dit !”, Jean-François Paillard présente une SF, non pas postapocalyptique, mais celle qui annonce les lendemains qui chantent, les mondes meilleurs. Au delà du classique Meilleurs des Mondes (Aldous Huxley), il cite Ecotopia (Ernest Callenbach), Les dépossédés (Ursula Le Guin), Simon Du Fleuve 1: Le Clan des centaures (Claude Auclair), Après le monde (Antoinette Rychner), Gandahar (Jean-Pierre Andrevon), Semiosis (Sue Burke) ou Sa majesté des clones (Jean-Pierre Hubert).

Dans ”Galaxies africaines”, Hubert Prolongeau nos introduit à l’afrofuturisme avec des titres comme Nova (Samuel R. Delany), Kirinyaga (Mike Resnick), Qui a peur de la mort ? (Nnedi Okorafor), La Trilogie de l’héritage (Nora Keita Jemisin), L’Incivilité des fantômes (Rivers Solomon) et Rouge Impératrice (Léonora Miano).

Dans “L’invention de nouveaux genres”, Sandrine Samii nous parle de la SF déclinée au féminin qui s’interroge sur la sexualité: La Main gauche de la nuit (Ursula K. LeGuin), La Servante écarlate (Margaret Atwood), Chronique du pays des Mères (Élisabeth Vonarburg), Dawn (Octavia Butler) et Libère-toi Cyborg! (Ian Larue).

Dans “Humains, plus trop humains”, Alexis Brocas nous parle de notre extinction avec des romans apocalyptiques comme Je suis une légende (Richard Matheson), Le Fléau (Stephen King), La Route (Cormac McCarthy), Un Cantique pour Leibowitz (Walter M. Miller), Niourk (Stefan Wul), ou même World War Z (Max Brooks).

Un dossier SF ne serait pas complet sans un article sur les adaptations cinématographiques, ce que nous offre Hervé Aubron avec “Au cinéma, l’odyssée de l’impasse”. Le tout se termine sur une bibliographie qui nous suggère une sélection d’auteurs cultes: Philip K. Dick (Le dieu venu du centaure), Robert A. Heinlein (Étoiles, garde à vous!), Robert Silverberg (Les profondeurs de la Terrre), Jack Vance (Cycle de Tschaï), William Gibson (Neuromancien), A.E. Van Vogt (Le cycle du Non-A), Stefan Wul (Niourk), Stanislas Lem (Solaris), Ursula K. LeGuin (La main gauche de la nuit), Ayerdale (Mytale), Dan Simmons (Hypérion), Ann Leckie (La justice de l’ancillaire) et Pierre Bordage (Les guerriers du silence). On y ajoute aussi un essai: L’autre-mental: Figures de. l’anthropologue en écrivain de science-fiction (Pierre Déléage). stars-3-5

Solaris #214 (Printemps 2020)

Solaris-214Ce numéro spécial de Solaris est consacré aux Univers de Joël Champetier. Cinq ans après le décès de ce talentueux écrivain québécois, dix auteurs revisitent ses univers en nous offrant des textes qui s’inspirent et se situent dans l’oeuvre de Joël.

  • “Le passeur de livres” par Geniève Blouin se situe dans l’univers du Mystère des Sylvaneaux
  • “Comment le shiba aux pattes silencieuses décida l’avenir du monde” par Philippe-Aubert Côté se situe dans l’univers de “Visite au comptoir dénébolien” originalement publié dans Sourires
  • “Petite Poule rousse” par Jonathan Reynolds se situe dans l’univers de La Peau Blanche
  • “Celui qui crie” par Ariane Gélinas se situe dans l’univers de La mémoire du lac
  • “La mémoire du papillon” par Pascal Raud se situe dans l’univers de L’aile du papillon
  • “La mort au fond du monde” par Sébastien Chartrand se situe dans l’univers de La mer au fond du monde
  • “L’Amour en l’absence” par Jean-Louis Trudel se situe dans l’univers de La taupe et le dragon
  • “La voie du maître” par Éric Gauthier se situe dans l’univers des Sources de la magie 
  • “Le Rouge” par Élisabeth Vonarburg se situe dans l’univers de “Poisson-soluble” originalement publié dans Solaris #59
  • “Concerto pour extraterrestres ou mathématiciens” par Hugues Morin et Joël Champetier se situe dans l’univers de “Luckenbach, les mathématiques, et les autres dangers de Montréal” originalement publié dans Solaris #100

Le numéro se termine avec un autre épisode des “Carnets du Futurible”, par Mario Tessier: “Joël Champetier et la science dans ses oeuvres de fiction”. Le Futurible nous présente d’abord une courte biographie de l’auteur, puis commente quatre nouvelles (“Survie sur Mars” in ASFFQ 1987, “Coeur de fer” in Solaris 93, “Dieu, un, zéro” in ASFFQ 1990 et “Luckenbach, les mathématiques, et les autres dangers de Montréal” in Solaris 100) et deux romans (La Mer au fond du monde et La Taupe et le dragon) qui comportent des références explicites à la science.

Un fascinant numéro de Solaris qui se veut en quelques sortes un compagnon pour Tous mes univers, un recueil qui offre l’intégrale des nouvelles de Joël Champetier (trente-deux textes, 570 pages!, publié chez Alire), incluant même un inédit: le premier chapitre du roman inachevé Le Carrousel martien. stars-4-0

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Revue de zines… [002.020.209]

Un survol de quelques zines en tous genres… J’en épluche le contenu pour vous.

Animeland #230 (Avril-Juin 2020)

Animeland-230Après des délais de parution, des problèmes de distribution et finalement la COVID-19, je commençais à craindre pour la santé d’Animeland… Mais non, le magazine français de l’anime et du manga nous reviens avec une nouvelle formule qui tiens plus du mook que du magazine. C’est un superbe numéro de 144 pages, plein à craquer de dossiers richement illustrés et d’information de toutes sortes (mais il n’y a plus de section sur les actualités car il est beaucoup plus pertinent et opportun de les retrouver sur le site internet). Ce que AL aurait toujours dû être…

À la une on retrouve un énorme dossier de cinquante pages (!) sur City Hunter : la série télé, les épisodes essentiels, les films, OVAs et dérivés, la musique, portraits du créateur (Tsukasa Hojo) et de son personnage (Ryô Saeba), un article sur Family Compo (un autre manga de Hojo) et finalement des interviews avec Kenji Kodama (réalisateur de l’anime), Akira Kamiya (voix japonaise de Ryô Saeba), Vincent Ropion (voix française de Ryô Saeba), Momoko Suzuki (interprète des chansons de l’anime) ainsi que Philippe et Pierre Lacheau (scénariste et réalisateur de l’adaptation cinématographique Nicky Larson et le Parfum de Cupidon).

Le numéro se poursuit avec une trentaine de pages d’interviews avec Rumiko Takahashi (12 p.), Yukito Kishiro (6 p.), Hisashi Eguchi (6 p.), Makoto Aizawa (3 p., sur Quand la neige m’appelle chez ChattoChatto),  Di Nianmiao (4 p., sur UltraMarine Magmell chez Ototo), Hiroki Goto (2 p., sur Jump: L’âge d’or du manga chez Kurokawa), et Olivier Cuvellier (3 p.)

Puis on retrouve une section de chroniques sur l’anime (12 p.: fiches sur les parutions récentes, liste des titres de la saison d’Hiver 2020 et des parutions à venir), sur les films (6 p.), sur les mangas (16 p., articles sur Chainsaw Man, Lovecraft et le manga, Kôji Seo, ainsi que des fiches sur les parutions récentes et la liste des titres à venir — où je note que le tout dernier Mari Yamazaki, Olympia Kyklos, devait paraitre chez Casterman en juin!), et sur les “goodies” (12 p.).

Un très beau numéro, riche en informations. À lire absolument pour les amateurs d’anime et de manga. stars-4-0

Voir aussi mes commentaires sur les numéros précédents: #228-229, #227, #226, #225, #224, #217-218-219, #216, #214-215, #209.

Capsules

dBD #142 (Avril 2020)

dBD-142Dans les actualités de ce numéro on retrouve un article sur Claire Bretécher (décédée en février), sur la reprise de la série (par Van Liemt et Zidrou) et une exposition à la cité du livre d’Aix-en-Provence de Ric Hochet, et sur la nouvelle collection manga “Moonlight” de Delcourt/Tonkam qui offre trois titres: Parasites amoureux (Miaki / Hotate), Le prix du reste de ma vie (Miaki / Tagushi) et Derrière le ciel gris (Miaki / Loundraw). On mentionne également la nouvelle collection KuroTsume consacrée aux “mangas” français et le décès de André Chéret, créateur de Rahan.

À la une, on retrouve un interview avec Mathieu Lauffrey (Raven, t.1 Nemesis chez Dargaud). S’enchaîne ensuite des interviews avec Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier (La bombe chez Glénat), avec Fabien Toulmé (sur L’Odyssée d’Hakim t.3 De la Macédoine à la France, chez Delcourt), avec Cécile Becq (sur l’intéressant Ama, Le souffle des femmes en collaboration avec Franck Manguin, chez Sarbacane) et avec Dugomier (sur Les Omnicients t.1 Phénomènes, chez Le Lombard). On retrouve aussi des articles sur les adaptations BD de Boris Vian (à l’occasion du centenaire de sa naissance), sur travaux préparatoires de Brüno pour L’Homme qui tue Chris Kyle (en collaboration avec Fabien Nury, chez Dargaud), et sur le scénariste Hubert (qui s’est suicidé en février).

Dans le Cahier Critique je note seulement deux mangas: Un monde formidable par Inio Asano chez Kana (Top!, des histoires courtes plutôt noire qui “propose une image déprimante du Japon”) et Shibuya Hell t.1 par Hiroumi Aoi chez Pika (Bien, “une fois accepté le ridicule de la situation, ce survival-horror (…) est plutôt rondement mené, notamment grâce à un dessin des plus expressifs”).

Une fenêtre sur l’univers complexe de la bande dessinée… stars-3-0

Capsules

dBD #143 (Mai-Juin 2020)

dBD-143À cause du confinement dû au COVID-19, dBD à sauté son numéro de Mai mais nous offre à la place un numéro double (128 pages au lieu de 96) pour Mai-Juin. À la une on retrouve d’abord une série d’articles-hommages (30 pages) sur les grands disparus de l’année : Juan Gimènez, Albert Uderzo, André Chéret, René Follet, et François Dermaut. Dans l’actualité, je note note un article sur la création d’une nouvelle collection de manga, Life, dans le cadre de Big Kana, qui se consacrera au lectorat mûrissant des jeunes adultes (20 à 30 ans) et dont les premiers titres sont d’abord Just Not Married par Kinoko Higurashi (en mai), First Job, New Life! par Yoko Nemu (en juillet), Cigarette and Cherry par Daishiro Kawakami (en septembre), et au second semestre, Corps solitaire par Haru Haruno (en octobre), Chacun ses goût par Machita (en novembre), et & -And par Mari Okazaki (en décembre — c’est quoi tout ces titre en anglais!!).

Le numéro se poursuit sur des interviews avec Zanzim (sur Peau d’homme, en collaboration avec Hubert, chez Glénat), avec Zabus & Hippolyte (sur Incroyable! chez Dargaud), avec Dimitri Armand et Tristan Roulot (sur Le convoyeur t.1 Nymphe, chez Le Lombard), avec Alex W. Inker (sur Un travail comme un autre, d’après le roman de Virginia Reeves, chez Sarbacane), avec Laurent Lerner (sur les éditions Delirium), et avec Dawid (sur SuperS t.5 avec Frédéric Maupomé et À l’unisson avec Delphine Cuveele, tous deux chez La Gouttière). On note également un article sur les chansons de bande dessinées.

Dans le Cahier Critique je remarque Hero Skill t.1 par Akagishi, Eguchi & Masa chez Delcourt/Tonkam (Bien, “prometteur”), San Antonio t.2 par Michaël Sanlaville chez Casterman (Bien, “atmosphères foldingues (…), coquin àa souhait, violent juste ce qu’il faut, rigolo comme pas deux”), Chainsaw Man t.1 par Tatsuki Fujimoto chez Kazé (Super, “si le scénario est pour l’instant assez léger, le traitement graphique est lui époustouflant”) et Néo Parasite par Hitoshi Iwaaki chez Glénat (Super, le commentaire de lecture ne correspond pas du tout à ce qu’est ce bouquin: il commente la réédition de Parasite alors que Néo Parasite est une anthologie d’histoires courtes qui rendent hommage à l’univers créé par Hitoshi Iwaaki !). Dans la section jeunesse, je note deux manga: Jizo par Mr Tan & Mato chez Glénat (Top! “Un ouvrage magnifique, dont la poésie n’a d’égale que la puissance évocatrice”) et Snack World t.1 par Sho.T chez Nobi-Nobi (Bien, “adapté d’un jeu vidéo à succès (…) agacé par les références répétitives aux smartphones (…), le dessin est lui d’un très haut niveau”).

Informatif et essentiel pour se tenir à jour sur la pléthore de parutions en BD. stars-3-5

Voir aussi mes commentaires sur les numéros précédents: #141, #140, #138-139, #136-137, #135, #133-134, #132, #130, #121, et #115.

Capsules

Solaris #212 (Vol. 45, #2 / Automne 2019)

Solaris-212Comme je l’ai déjà dit, Solaris est un périodique québécois de science-fiction et de fantastique qui nous offre en deux volets (fiction / documentaire et critique) une fenêtre privilégiée sur la SF&F francophone et plus particulièrement la SFFQ. Elle se réclame d’être “l’Anthologie permanente des littératures de l’imaginaire”. C’est un outil indispensable à tout amateur de SF et de fantastique. (Les citations descriptives proviennent de la présentation par Jean Pettigrew).

Dans le volet fiction de ce numéro, on retrouve cinq textes : “Manifeste 2113” par Frédéric Parrot (où le lecteur doit “prendre une terrible décision qui engagera l’avenir de la race humaine”), “Le Vieillard, l’enfant et la cuillère pensante” par Denis Roditi (où l’auteur “explore les confins extrêmes de l’éthique”), “Mémoire vive” par Étienne-Janosik Desforges (“une étonnante histoire dans laquelle les horreurs de la première Grande Guerre, le fantastique et la science-fiction s’entremêlent dans une intrigue à glacer le sang”), “Écho perdu” par Geneviève Blouin (où l’auteure “raconte (…) l’improbable rencontre de deux femmes que tout — mais vraiment tout ! — sépare…”) et “Eau et Diamant” par Derek Künsken (“un fascinant voyage dans un futur habité-contrôlé-maîtrisé par les IAs et la culture chinoise”).

Dans le volet documentaire on retrouve deux articles : “Albert Robida : de la satire de la science à la science-fiction” par Julien Chauffour (où on “analyse (…) l’oeuvre de ce dessinateur humoriste et écrivain de grand talent, hélas un peu oublié bien qu’il eut été une figure tout aussi importante que Jules Verne en son temps”) et  “Les Carnets du Futurible : À nous l’infini, ou les visages de la philosophie cosmiste” par Mario Tessier (“qui souligne dignement le cinquantième anniversaire du premier pas de l’Homme sur la Lune”).

Dans le volet critique nous retrouvons les habituels “Littéranautes” (pour les ouvrages locaux) et “Lectures” (pour les ouvrages étrangers) — vous pouvez vous référer au sommaire en ligne pour la liste des titres commentés.

Une bonne et informative lecture. stars-3-0

Voir aussi mes commentaires sur les numéros précédents: #213 et #198.

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Capsules

La sphère d’Or (Erle Cox)

Sphere_d_or-cov“En Australie au début du siècle dernier, un jeune homme, Alan Dundas, creuse une banale citerne dans son jardin lorsque sa pioche heurte une matière très dure… Il met ainsi à jour le sommet d’une sphère faite d’un or plus résistant que tous les matériaux connus. Au prix de nombreuses ruses, qui transforment sa descente en une sorte de voyage initiatique. Alan parvient au coeur de la sphère. Là, il découvre de véritables trésors culturels et scientifiques témoins d’une très ancienne civilisation auxquels Alan consacrera désormais tout son temps, négligeant, non seulement les travaux de sa ferme, mais également sa jeune fiancée. Car le véritable joyau du trésor souterrain, c’est une jeune femme d’une beauté incomparable qui vit là, en état de stase, depuis vingt-sept millions d’années. Avec l’aide de son ami, le docteur Barry, Alan la ramène à la vie. Hiéranie – tel est son nom – leur livrera alors les clefs fantastiques de son monde et de son histoire, mais aussi et surtout le terrifiant contenu de la mission pour laquelle elle a été placée dans cette sphère…”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

La sphère d’Or (titre original: Out of the Silence) est un roman de l’auteur australien Erle Cox. Il a d’abord été publié en feuilletons dans le journal The Argus (120 episodes en 1919) puis sous forme de livre en 1925. Il a connu une édition américaine en 1928 et, l’année suivante, une première traduction française (par Richard de Clerval) est paru dans la collection Le Masque. 

Ce roman de science-fiction raconte l’histoire de Alan Dundas, un jeune fermier australien qui, dans les années ’20, découvre un grand bâtiment sphérique enterrée dans son champs — fait d’une sorte de ciment très résistant qui est, nous le découvrirons vers la fin du récit, une forme d’or. Astucieux, il réussi non seulement à en trouver la porte mais également à déjouer tout les pièges qui protègent un précieux trésor: Plusieurs galeries concentriques exposent tout le savoir (artistique, technique, médical, littéraire, etc.) d’une civilisation ayant disparue dans un cataclysme il y a plusieurs millions d’années. Au centre, dans une sorte de “temple”, il découvre une sphère de cristal où git une femme d’une grande beauté qui se révèle être en animation suspendue. Grâce à un livre illustré qui explique comment la réveiller — et à l’expertise de son ami médecin, le Dr Dick Barry — il la ramène à la vie et en tombe immédiatement amoureux. 

Alan venait tout juste de commencer à courtiser la jeune Marian Seymour lorsqu’il est subjugué par la fascinante Hiéranie mais cette relation romantique naissante sera vite oubliée. L’occupante de cette arche du Savoir est définitivement sur-humaine: non seulement elle possède une intelligence (et un cerveau) de loin supérieur à l’humain contemporain, des connaissances scientifiques extrêmement avancées, mais elle est aussi dotée de pouvoirs extra-sensoriels. Elle apprends l’anglais très vite et explique son histoire à Alan et Barry. Elle leur fait aussi promettre de ne rien révéler à personne sur son existence. Toutefois, en apprenant que la mission de Hiéranie est de restaurer sa civilisation, Barry commence à craindre que d’avoir ravivé cette femme supérieure, froide et implacable, n’ait un effet néfaste sur l’avenir de l’Humanité… Alan, quand à lui, est éperdument amoureux… Mais l’amour pure de Marian réussira-t-il, dans un dénouement digne d’un drame shakespearien, à sauver le monde?

On ne peut pas vraiment reprocher à l’ouvrage son sexisme considérant l’époque à laquelle il a été écrit: tant dans la société australienne du début du vingtième siècle que dans le monde de Hiéranie la femme est très peu considérée. Pourtant, la relation de pouvoir entre Alan et Hiéranie est inversée puisque c’est cette dernière qui domine la relation. De plus, la bonne société de la petite ville de Glen Cairn semble contrôlée en arrière-plan par les femmes… Cox était peut-être en avance sur son temps…

Par contre, le racisme exprimé par le récit est quant à lui tout à fait impardonnable (quoi que, encore une fois, compréhensible pour l’époque). Dans le monde de Hiéranie, les races de couleurs ont été éliminé dans un grand génocide et avec une politique eugéniste stricte car elles étaient inférieures en tout points. “Elles pouvaient imiter et non créer. Elles se multipliaient beaucoup plus rapidement (…) et partout elles exigeaient comme un droit l’égalité pour laquelle elles n’étaient pas faites.” [p. 203] Barry semble s’objecter mais Alan acquiesce: “je pense que le monde serait meilleur et plus propre si quelques-unes de ses [sic] races en venaient à s’éteindre” [p. 210] et il cite les Turcs en particulier — ce qui est compréhensible car la défaite de Gallipoli a laissée aux Australiens des séquelles importantes qui ont perdurées.

Je note que l’oeuvre de Cox a presque une qualité prophétique lorsqu’il décrit la technologie de Hiéranie (télévision, CT-scan) ou l’avenir de la planète (qui évoque vaguement le nazisme et la Seconde Guerre Mondiale pourtant presque deux décennies d’avance!).  On note également que l’ouvrage offre un prologue qui figurait dans l’édition originale et qui avait été supprimé dans les éditions postérieures mais qui n’apporte absolument rien au récit.  Je me dois aussi de remarquer que la traduction comporte plusieurs erreurs grammaticales et typographiques. J’ai par contre bien aimé le style vieillot de l’ouvrage (normal considérant son âge) et surtout l’utilisation d’une langue qui évoque les vieux films français (je n’ai pas pu lire la version anglaise mais j’imagine que la traduction reflète le style original). Toutefois les épithètes sucrée qu’utilisent les protagonistes amoureux pour s’interpeler me semblent bien exagérés..

Évidemment, la lecture de cet ouvrage me confirme que La nuit des temps de Barjavel (commenté précédemment) offre de grandes similitudes avec La sphère d’Or. Celui-ci l’a définitivement “inspiré” ou “influencé” et les similitudes sont si grandes que certains l’ont même accusé de plagiat. Je me souviens d’avoir lu que Barjavel avait commencé à écrire La nuit des temps comme un scénario de film et, le projet étant tombé, il en a ensuite fait un roman. Peut-être que son scénario était une adaptation de La sphère d’Or et que, par la suite (l’éditeur jugeant peut-être qu’il y avait assez de différences entre les récits), le crédit pour Cox a été “oublié”? Quoi qu’il en soit les deux romans sont bons et chacun est assez original à sa façon pour que l’on prenne du plaisir à lire les deux indépendamment.

Par son récit crédible, qui nous offre une histoire à la fois fascinante et captivante, remplie d’éléments intéressants,  La sphère d’Or constitue une bonne lecture. À lire.

La sphère d’or, par Erle Cox (traduit par Pierre Versins et Martine Renaud). Dinan: Terre de Brume (coll. Terres Mystérieuses), janvier 2008. 360 pages, 14 x 24 cm, 20.50 € / $C 34.95. ISBN 978-2-84362-367-7. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ Amazon — Biblio — Goodreads — Google — Wikipedia — WorldCat ]

© Terre de Brume, 2008, pour la présente édition

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Entrevue capsule: Yves Meynard

Voici la dernière des trois entrevues-capsules que j’ai réalisé avec des auteurs de SFFQ au Salon du Livre de Montréal en novembre 2019. (J’espérais en faire plus à Boréal mais la convention a été reporté due à la COVID-19; je me reprendrai peut-être au prochain Salon du Livre de Montréal, si il a lieu…). Je suis désolé que cela m’est pris si longtemps avant de mettre cette entrevue en ligne…

Les entrevues-capsules sont de mini-entrevues avec des auteurs (surtout de science-fiction) de chez nous. Le principe de ces entrevue est de s’en tenir à deux ou trois questions de base (qui êtes-vous, que faites-vous, etc.) et que l’entrevue ne dure pas plus que deux à cinq minutes. Cela doit être compacte et bien se digérer!

Yves Meynard est maintenant un vétéran de la SFFQ. Il est un auteur versatile car il écrit tant en français qu’en anglais, et est à l’aise dans plusieurs genres littéraires dont la science-fiction et la fantasy.  Il a été membre de la rédaction de Samizdat et Solaris, dont il a été directeur littéraire de 1994 à 2002. Il a été co-anthologiste pour Sous des soleils étrangers, Orbite d’approche, Tesseracts 5 et Escales sur Solaris. Il commence à écrire en 1986 et, depuis lors, a publié plus de cinquante nouvelles, dix-neuf livres en français (dont neuf romans pour la jeunesse) et deux romans en anglais (The Book of Knights et Chrysanthe). Il est également lauréat de nombreux prix littéraires.  (Sources: Alire, Biblio, DALIAF,  Goodreads, Page officielle, Wikipedia).

( voir la version 4K de la vidéo disponible sur Vimeo )

Autres entrevues-capsules disponibles: Catherine Sylvestre / Francine Pelletier, Sébastien Chartrand et Jonathan Reynolds.

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Capsules

Ghost in the Shell: SAC_2045

Ghost-in-the-Shell_SAC-2045_Main-Poster“When sustainable war spawns a “post-human” threat, Major Kusanagi and her Section 9 team are called back into action.

In the year 2045, after an economic disaster known as the Synchronized Global Default, rapid developments in AI propelled the world to enter a state of “Sustainable War”. However, the public is not aware of the threat that AI has towards the human race.

Full-body cyborg Major Motoko Kusanagi and her second-in-command Batou are former members of Public Security Section 9, who are now hired mercenaries traveling hot devastated American west coast. This land is full of opportunity for the major and her team, they utilize their enhanced cyberbrains and combat skills from their time working in Section 9. However, things get complicated with the emergence of “post humans,” who have extreme intelligence and physical powers. The members of Section 9 comeback together again in order to face this new threat.”

[Text from the official website]

>> Please, read the warning for possible spoilers <<

Anime Story

At the end of the Stand Alone Complex TV series, Section 9 is disbanded. In this series, the team has become a mercenary unit named GHOST that operated outside Japan (mostly in the United States) for the last six years. The only former member that didn’t joined GHOST was Togusa. He hesitated because of his family and later regretted the decision. He eventually divorced and found a job at a private security company. The Prime Minister asks Aramaki to reform Section 9 and Togusa is put in charge of locating his former colleagues.

After a failed mission where they were defending a one-percenter against the attack of a group of outlaws, the GHOST team is kidnapped by the NSA who want to use them in a mission to capture Patrick Huge, the rich owner of a tech company. The target reveals itself as a formidable opponent that can anticipate their move and even hack their cyberbrains. As the Major is about to be taken over, Saito terminate Huge. Smith is furious because he wanted him taken alive in order to study him. He explains that Huge was what the NSA calls a “Post-Human.” So far, humans have improved themselves with cyberbrains and cyber-implants. However, the post-humans are the opposite: A.I. which somehow have succeeded in taking over the brain of humans and therefore represent an unprecedented threat to humanity. Unfortunately, Smith consider the GHOST team as a liability and want to eliminate them. He is stopped by Aramaki who arrives in extremis with new orders from the American President. The new Section 9 mission will be to hunt post-humans.

It’s episode 8 and the real story finally begins. The team is back in Japan after six years (Batou came back a few days earlier but got entangled in a bank robbery). There are three post-humans that have been identified in Japan. One is an ex-boxer who seems to have a grudge against corrupt politicians. He kills the Prime Minister’s father-in-law and then goes after Teito himself but stops short of killing him (maybe he felt that he was a good man?). The next post-humans to be identified is a teenager that wrote a program creating mob justice. As they are investigating his story, Togusa get infected by some of his code and disappears! Will he becomes a post-human too? To be continued… in the second season (another twelve episodes, directed this time by Shinji Aramaki, but no release date has been announced yet).

>> End of Warning <<

I’ve mentioned this series recently and was eager to have a look — although I was sure that I would totally dislike its 3D animation. Yes, a few aspects of the CGI are quite awkward — the movements of the characters seem sometimes odd despite that fact that it’s motion capture animation and some character’s hair, mostly Aramaki’s and Tokusa’s — but the 3D quickly grow on you and you eventually even forget that it’s there as you focus on the action and the story. The character designs (by a Russian artist) are faithful and pleasant (the Major sure looks like a doll!) and the storytelling is excellent: well paced and captivating. My favourite part is that, as usual with Ghost in the Shell, the cyberpunk background world (socio-political setting, technology, etc.) is quite superb. 

Interestingly, the story seems inspired by the work of transhumanist Ray Kurzweils, who predicted that the A.I. singularity would occur in 2045. One element of the story that differ from the previous series, which are generally nippo-centric, is that the first half is set in the United States (which has experience some sort of civil war again). Also, when I watched the series on Netflix, no dubbed version was available yet because the coronavirus lock-down has delayed production (I am more of a subtitles guy anyway). 

So far, this new Stand Alone Complex series seems not much appreciated by the critics, considering the very average ratings that it is receiving (6.0 on IMDb, 47% on Rotten Tomatoes, and C+ on ANN). Anime fans are probably irked by the 3D animation. Too bad for them. It is an excellent anime, well worth watching. It is entertaining, an appropriate continuation of the franchise and, despite my initial misgivings, quite beautiful. A must see for any anime, cyberpunk or Ghost in the Shell fans. stars-4-0

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The empire of corpses vol. 1

EmpireOfOCrpses-1-cov“Voici le récit des héritiers du Dr. Frankenstein…

À la fin du XIXe siècle, une technologie révolutionnaire permettant de réinsuffler la vie se répand dans le monde entier. John Watson, jeune étudiant en médecine, est contraint d’entrer au service de la couronne britannique pour échapper aux travaux forcés. Il part alors pour la lointaine Asie dans l’espoir de redonner l’âme et la parole à son ami… Volume 1/3”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 50

The empire of corpses (屍者の帝国 / Shisha no Teikoku / lit. “l’empire des cadavres”) a d’abord été publié sous la forme d’un roman (Kei Itoh étant décédé avant de l’avoir fini, l’ouvrage a été complété par son ami Enjo Toh et publié en août 2012 chez Kawade Shobo Shinsha). Ce light novel a été publié en français chez Pika Roman (496 pages, 14.95 €, ISBN 9782376320173). L’histoire a ensuite été adapté en un long métrage d’animation sous la direction de Ryoutarou Makihara (octobre 2015), puis en manga par Tomoyuki Hino. Le manga a été publié en feuilleton dans Young Dragon Age (Kadokawa) entre octobre 2015 et octobre 2016, puis publié en trois volumes (en février, juin et novembre 2016) chez Fujimi Shobo (Kadokawa). Il a été traduit en français chez Pika Édition.

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Page 17

J’ai lu ce manga sur la recommendation de mon neveu et je ne le regrette aucunement. Pourtant le récit n’est pas particulièrement bien mené et, si le dessin est plutôt agréable, la mise en page manque un peu de fluidité. Ce serait donc un manga plutôt moyen si ce n’était de sa prémisse vraiment géniale.

Les récits historiques vont souvent utiliser des personnages ayant existé, des célébrités, afin de donner un peu de véracité à l’histoire. Dans ce cas-ci, le récit innove en utilisant des personnages fictifs célèbres. Il s’agit d’un récit historique alternatif (uchronie) du genre steampunk — il se déroule à l’époque victorienne mais avec une technologie plus avancées qu’il ne devrait, avec principalement l’utilisation d’androïde et de programmation informatique. 

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Page 60

Le protagoniste est le Docteur Watson [personnage créé par Sir Arthur Conan Doyle pour ses romans de Sherlock Holmes] qui, accompagné de son fidèle ami et serviteur Vendredi [nommé d’après un personnage de Daniel Defoe dans Robinson Crusoé], se rends en Afghanistan (au service de l’Empire et sur les ordres de “M” [directeur de MI6 dans James Bond de Ian Fleming] et de van Helsing [chasseur de vampires dans Dracula de Bram Stoker]) sur les traces de la créature de Victor Frankenstein [personnages du roman de Mary Shelley]. Il est également accompagné de Frederick Burnaby [agent de renseignement britannique réel] et de Nikolaï Krassotkine [personnage des Frères Karamazov par Fiodor Dostoïevski] — et parfois aidé par l’agente de Pinkerton Hadaly [personnage de L’Ève Future par Auguste de Villiers de L’Isle-Adam] et de Ulysses S. Grant [président américain réel] — il recherche d’abord et avant tout le journal de Victor Frankenstein qui serait entre les mains de Alexeï, l’un des Frères Karamazov !

Frankenstein a inventé les “nécromates” [de necros — “mort” en grec — et automate], des morts ressuscités que l’on peut programmer avec l’ajout d’une prise au cerveau et d’un nécrogiciel pour en faire une main d’oeuvre docile et bon marché. Mais le plus grand secret de Victor Frankenstein a disparu avec lui: comment leur donner le libre-arbitre et une âme ! Karamazov a également découvert une nouvelle technique pour faire des nécromates encore plus puissants. Cette technique dangereuse attise la convoitise de toutes les grandes puissances…

Malheureusement, je n’ai que le premier tome d’une série de trois et ne peut donc pas découvrir le dénouement de cette histoire captivante et fascinante. Toutefois, l’histoire ayant également été adaptée en anime, le visionnement de celle-ci me semble donc la suite logique. Je vais voir…

The empire of corpses n’est pas vraiment une histoire de zombies — mais presque. C’est une superbe histoire sur de beaux dessins de Tomoyuki Hino et, même si le récit laisse un peu à désirer, c’est un bon manga, à lire absolument surtout pour les fans de steampunk.

The empire of corpses, vol. 1 par Project Itoh & Toh EnJoe (Scénario) and Tomoyuki Hino (Dessin). Vanves: Pika Édition (Coll. Pika Seinen), novembre 2018. 160 p., 13 x 18 cm, 7,50 € / C$ 12.95. ISBN 978-2-8116-3905-1. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ Amazon • Biblio • Goodreads • Google • Wikipedia • WorldCat ]

© Tomoyuki Hino 2016. La traduction française est © 2018 Pike Édition.

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GITS SAC: Solid State Society

Ghost in the Shell: S.A.C.—Solid State Society is the third movie since 1995’s Ghost in the Shell anime adaptation. This feature-length TV movie was broadcast on Skyperfect! in September 2006 and released on DVD by Bandai Visual in November of the same year. Fantasia 2007 treated the fans by screening this excellent cyberpunk anime on the big screen! Directed by Production I.G.’s Kenji Kamiyama, fans can enjoy yet another high-tech sci-fi story, which is set in 2034, Tokyo. The timeline is two years after the last TV series (2nd GIG), as Japan is still dealing with the Asian refugee problems. 

SolidStateSociety-image2Major Motoko Kusanagi left Section 9 — Japan’s elite anti-terrorist unit — and was missing for over two years. She left because she felt that by acting alone she could investigate more discreetly (using multiple cyber bodies), more freely (without the irritating political oversight) and therefore more efficiently. For Batou, the absence of Motoko leaves his work meaningless and he picks & chooses the case he’s working on, taking assignments only when he thinks it might bring him closer to her. With the Major’s departure and Batou refusing assignments, Togusa was forced to become the leader of the team as her successor. Togusa is, as usual, a man of justice. Married and having two children, he’s different from the other team members who are all single — including the aging Chief Aramaki who has been struggling to deal with the fact that Section 9 has to move on without the Major. Other members such as Saito and Ishikawa keep their positions as network expert or sniper. All Section 9’s characters are extremely honest and act with a sense of justice and responsibility. They’re all faithful to their convictions as they were in the TV series. 

SolidStateSociety-image1Section 9 hired 20 rookies, and their latest mission is to solve a case involving politically charged hostages. Somehow, one of the terrorist suspects committed suicide on the spot, leaving a strange message: “The Puppeteer is coming”. At the same time, many other mysterious cases keep taking place, including one where a huge amount of abused children seem to have been kidnapped by an organization of ultranationalist retirees. What links all those cases together? It seems to be the work of a super-intelligent hacker who has been manipulating all this, but to do what exactly, no one knows… 

SolidStateSociety-image4This movie is first class entertainment. Like the previous movies, it offers great music and superb animation. It has all the complex socio-political background of the previous TV series and maintains the series’ trademark cyberpunk feeling, but Director Kamiyama injected the storyline with so many themes — such as mass suicide, terrorism, biochemical weapons, kidnapping, old folks’ problems and child abuse — and subplots that the story gets confusing. It’s not easy to follow what’s happening in this extremely intricate movie. After the screening I was not quite sure of what I had just watched and who the Puppeteer really was! It’s one of those cases where you really need to purchase the DVD and watch the key scenes several time in order to be able to really enjoy the complexity of the movie. 

SolidStateSociety-image3In my humble opinion, I think that Director Kamiyama should have simplified and streamlined the storyline, maybe sticking with Togusa’s plot-line. I bet the viewers could have felt more empathy towards the movie if it was a little less complex. The animation itself has an overwhelming beauty, but, using all the great animation technology and talent of Production I.G., I think Director Kamiyama could have created a masterpiece, if he had just come up with a more coherent story. In the end, the true identity of the Puppeteer is still not very clear — but maybe Director Kamiyama kept it mysterious on purpose? 

—miyako

Kôkaku Kidôtai: Stand Alone Complex — Solid State Society. Japan, 2006, 109 min.; Dir.: Kenji Kamiyama; Scr.: Kenji Kamiyama, Shôtaro Suga, Yoshiki Sakurai; Phot.: Kôji Tanaka; Ed.: Junichi Uematsu; Art Dir.: Yusuke Takeda; Char. Des.: Hajime Shimomura, Takayuki Goto, Tetsuya Nishio; Mechan. Des.: Kenji Teraoka, Shinobu Tsuneki; Mus.: Yoko Kanno; Prod.: Production I.G.; Distr.: Bandai, Manga Entertainment; Cast: Atsuko Tanaka (Motoko Kusanagi), Akio Ohtsuka (Batou), Kouichi Yamadera (Togusa), Kazuya Tatekabe (Col. Tonoda), Masuo Amada (Col. Ka Gae-Ru), Osamu Saka (Daisuke Aramaki), Takashi Onozuka (Pazu), Tarô Yamaguchi (Boma), Toru Ohkawa (Saito), Yutaka Nakano (Ishikawa), Yuya Uchida (Takaaki Koshiki), Dai Sugiyama (Proto), Nana Yamauchi (Togusa’s daughter), Yoshiko Sakakibara (Prime Minister Kayabuki). Available on R2 Dvd in Japan (BCBA-2606, 109 min., ¥9800) and on R1 Dvd in North America (Bandai/Manga Entertainment, #25176, Bilingual Dvd, 109 min., $19.98 US [Limited edition: $39.98 US], rated 13+). stars-4-0

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SolidStateSociety-covIn 2034, two years after the departure of Major Motoko Kusanagi (after the events of the TV series, Stand Alone Complex, which starts in 2030 and before the second movie, Innocence, set in 2032), Togusa is now in charge of Section 9, which has been expanded with the addition of several new recruits. Batou, frustrated to have been left behind by the Major, is still looking for her and therefore picks & chooses only the cases that seem related to his quest. A string of strange incidents — starting with a series of suicides, followed by the kidnapping of many children, and an economical conspiracy plotted by a group of old ultra-nationalists — seem to lead to a mysterious super-hacker nicknamed the “puppeteer.” The Major is carrying her own parallel investigation — which leads Batou to suspect her of being the puppeteer. In the end, the real identity of the perpetrator is the most surprising revelation of all. 

This movie is directed by Kenji Kamiyama, the same person who directed the Stand Alone Complex TV series. It is therefore not surprising to find here the same excellent quality of production, as much in the design as in the animation. However, if the director succeeded to masterfully tie up all the elements of the story in the TV series, he seems to have difficulty to do the same in a movie format. Solid State Society feels like a long TV episode where he tries to compress the storyline of an entire series. There are too many sub-plots and the different elements of the story are mixed together in such a complex way that it sometimes lacks coherence and the viewers get confused (it took me at least two viewings to understand the complexity of the plot and even then I am not sure I understood everything correctly). 

The timeline of the various series and movies seems confusing as well. The first movie is supposed to be set in 2029, while Solid State Society is set in 2034. It is not clear exactly when Major Kusanagi left Section 9. Also, they should have encountered the Puppet Master / Puppeteer before (in the first movie), but no mention is made of a prior encounter as if the first movie never happened. In fact, it feels like Solid State Society is a retelling of the encounter between the Major and the Puppeteer. 

Despite the complex socio-political themes and the beautiful animation, Solid State Society does not have the same depth than the previous movies (directed by Mamoru Oshii) and it certainly doesn’t have the same contemplative beauty. It is a very nice movie, but it is much more demanding to the viewers than the TV series and even the previous movies — which you all need to have seen to really appreciate and understand this movie — so I would recommend it mainly to the die-hard Ghost In The Shell fans. Nevertheless, Solid State Society (and GITS in general) is the epitome of intelligent SolidStateSociety-Dvd-ratingscyberpunk anime (a genre that, unfortunately, we don’t see often). Finally, I must add that the Limited Steelbook case edition (which contains three discs: one disc with the main feature, one disc full of extras, and the Solid State Society soundtrack CD) is totally awesome. 

—clodjee

Bandai / Manga Entertainment, #25176 (ISBN 978-1-59409-831-4), Bilingual Dvd, 109 min., $19.98 US (Limited Edition: $39.98 US), rated 13+ (Violence). See back cover.

You can also check the trailer from Youtube:

For more information you can consult the following web sites:

[ Amazon • ANN • Biblio • Google • IMDb • Production I.G. • Wikipedia ]

Ghost In The Shell: Stand Alone Complex—Solid State Society ©2006-2007 Shirow Masamune • Production I.G. / Kodansha. 

Those articles were first published respectively in PA #94: 76 (November-December 2007) and PA #93: 83 (September-October 2007).

Please also check the following Ghost in the shell articles:

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GITS: Stand Alone Complex 2nd GIG

Anime Story

2004 was a great year for theatrical anime releases in Japan. It brought us Hayao Miyazaki’s Howl’s Moving Castle, Katsuhiro Otomo’s Steamboy and, of course, Mamoru Oshii’s Ghost In The Shell 2: Innocence. However, most of the Japanese anime industry’s production, and what really sustains it, remains the television series, like Gundam Seed, Fullmetal Alchemist, and yes, Ghost In The Shell: Stand Alone Complex. 

SAC-2gig-logoGhost in the Shell: Stand Alone Complex was a big hit in 2003 and Japanese DVD sales did great, so the creative team at Production I.G. decided to bring out a second season (titled “2nd Gig”). Now fans can look forward to another 26 episodes of cyber-political intrigue and action. 

Sac-2gig-illo11I can easily imagine that director Kenji Kamiyama was under a great deal of stress, with his work being compared with Mamoru Oshii’s Innocence, and to meet the fans’ expectations after the first season! Despite the high stakes, the young director was up to the task and I think he did a marvellous job. The “2nd Gig” is even better and more intriguing than the first season. He succeeded totally in creating his own world, telling the story in his own personal style, and we don’t even feel the need to compare his series with Oshii’s movie. Each has its own merit. 

Kamiyama not only respected Masamune Shirow’s original manga, but he gave it life by detailing, even more so than Oshii’s movies did, its near-futuristic setting defined by the interaction of humanity and technology in a complex Asian geo-political environment. His strong, captivating storytelling is very well supported by the superb animation, the beautiful and elaborate artwork and an enchanting soundtrack. It is so great to see that there is such a great new talent in Japan, able to create a serious and intelligent story that can both entertain our senses and stimulate our mind. It is not surprising that both seasons of the TV series have received a great deal of acclaim, not only from anime fans, but also from those who seek serious science fiction shows. 

SAC16-illoASAs the “2nd Gig” starts, Section 9, which had been dissolved at the end of the 1st season, is resuming its job as an anti-cyberterrorist mobile unit. Although the team has returned, their work isn’t easy, and many difficulties lie ahead of them. The Japanese political landscape is changing and the government is keeping a close eye on their special police. The “Laughing Man” case might be solved, but it doesn’t take long for another terrorist organization, “The Individual Eleven,” to show up. Who are they? Are they the result of another “Stand Alone Complex”? They seem to be stirring up an uprising against the Asian immigrants and refugees. Could it be that simple? But some other politically-motivated forces seem to be at work. Can Major Motoko Kusanagi and her team unravel the complex overlapping political plots before they affect the nature of the government? 

Technology might be omnipresent in Stand Alone Complex, but it is not overwhelming. In the “2nd Gig,” Director Kamiyama and Production I.G. keep an even greater focus on the human side of the story by exploring the characters’ hearts and emotions — even in the case of some of the terrorists. Each key member of Section 9 has a dedicated episode where we learn more about their past and personality. It is not done simply to paint a richer background; every single bit of information has its meaning. They also give a more humane face to the government (more likeable than the usual fat, corrupt, old minister) with the new Japanese prime minister, a young, good-looking lady who embodies the beauties (and sometime ineptitudes) of democracy. In contrast, there is the ugly face of Gohda, a shady character who embodies the threat of militarism. Also, the intelligent Tachikoma robots (their name means “standing, spinning top”) are back with a new, expanded sidekick role (definitely inspired by Motoko’s cute “helper” programs in the Man-Machine Interface manga). With their cute voices and comical comments, they give a human feel to the technology. 

SAC14-illoASThe terrorism and the Asian refugees’ problems seem to be an allusion to the Palestinian question and to some conspiracy theories that surfaced after 9/11 in Europe and in Japan (such as, American right wing groups being behind 9/11 in order to justify military action abroad and domestically limit civil liberties). But it is only used to emphasize the fact that, even in the future, terrorism — the favorite style of warfare of the 21st Century — is still omnipresent and we still haven’t found a way to deal with it. Despite all the advanced technology, humanity is still facing tremendous problems (war, pollution, corruption, poverty, overpopulation, crime). Nothing changes, and even the future’s future is still uncertain. Is there a solution to the crisis? Is there a possibility for us humans to be saved? The answer in “2nd Gig” might be in the origami cranes that appear in some episodes and that symbolize the prayers for peace and salvation. All we can do is, like Section 9, act with courage and determination (even if it means going against the rules sometimes), pray and hope for the best! 

In conclusion, “2nd GIG” is even better than the first season. While still very political, dealing with terrorism and immigration problems, it also elaborates on more of the personal history of each of the main characters, including Major Kusanagi. The cyberpunk political intrigue is at moments a little complex, but it is the most intelligent anime series I have ever seen and it is superbly animated. It’s not all action, there’s also drama — and I did cry a few times. A real masterpiece! Of course, such an exceptionally excellent anime series cannot be seen only on TV. SAC-2gig-ratingsYou have to purchase the DVD to watch it over and over again, to enjoy all the minute details of this superb animation and share the experience with your friends! And if after that you want more, the series was followed by a movie: Solid State Society. 

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Ghost in the shell: Stand Alone Complex (anime)

Overview

GITS-SAC-logoWith the TV version of Ghost in the Shell (Kokaku Kidotai) director Kenji Kamiyama (and his production team — including the full support of original creator Shirow Masamune) is bringing a new dimension to the standard police detective drama adding a techno-cyberpunk flavour. Not only is this a very high quality show visually (HD full-digital screen to satisfy even the most hard-core fan!), but it is also full of exciting, intelligent storytelling. You can see that the writers really put forward their best efforts to attract viewers. 

SAC-KusunagiCCThe story is set in a future Tokyo populated with high-tech doohickeys, and lots of cyborgs and androids. Fans of Ghost in the Shell find out immediately that this story is quite different from the manga or games. It’s a kind of alternate world created for the TV series, closer to what was already developed for the movie. The manga is funny and set in a fictitious future (lots of made-up names) where Section 9 is an international anti-terrorist unit. The TV series’ setting feels less like a militaristic anti-terrorist outfit and more like a special police force dealing with cyber crimes. It is more serious and more realistic. Nevertheless, like the movie, which was based mostly on the manga, the TV series is using bits and pieces of the manga’s story. We could consider the TV series as a prequel to the movie, whereas the new manga, Man-Machine Interface, is the direct sequel of the original manga. 

GHSill02RSo what do they mean by “Stand Alone Complex”? It could mean that the series is mostly made of stand alone episodes (self contained stories), with a few more complex episodes (the “Laughing Man” story arc). However, episode 6 also provides another explanation: it refers to the fact that Laughing Man’s imitators are independent copycats, created without an original. To me it seems that Production I.G.’s writers want to make the point that “It’s extremely difficult and almost impossible today to stand alone in this complex society of computers and networks.” Each episode throws enormous amounts of technical information and detail about computers, science and politics for the viewer to digest. At first, for an average nincompoop like myself, the contents of this show can be too much, but with a bit of patience it’s certainly educational. I think, in a way, it’s charming to see so much information on technology. Compared to ordinary anime shows, the amount of dialogue and information is quite huge. 

You really have to sit down and watch this TV show over and over again to catch the small details and to understand better. In this respect it shares much in common with its source, the manga. On the other hand, despite all this, the show can also be watched as an intelligent police/detective drama. The viewers can try to solve crimes with Section 9 members and get great satisfaction to see the conclusion of each cyber-crimes case. But don’t think that the show is as slow paced as the film — there is still a lot of action! 

SAC-illo02The characters seem to be like normal humans, but in fact most of them are cyborgs (or with some sort of cybernetic enhancement). I wonder if, in the near future, when humans begin to replace body-parts to improve their lives and live more comfortably, we’ll have different kinds of crimes? It’s the same type of premise as in Patlabor : if technology takes us there, the nature of crime will change. Of course we’re all human, but how in the world can we live and “stand” with our own personalities in this extremely complex society of the future? In this show, all criminals are making statements of a kind (politically, individually or otherwise). 

SAC01-03This is certainly a strong series evolved from speculative fiction, with excellent (and exotic Russian sounding) music by Yoko Kannno (Cowboy Bebop, Escaflowne and Macross Plus) and viewers will enjoy this full-action crime fighting anime! In our opinion, this series clearly shows one thing: good writing and storytelling make a great difference! There are many shows with high quality visuals, but with weak stories. Ghost in the Shell is one of the best shows to come down the road in the last few years and hearkens back to a period where stories and strong characters were the main focus. I’d like to send out enthusiastic applause to the creators of this show! 

Despite its high quality animation and intelligent story, the show has a few annoying details: the original opening is much better than the 3D one which starts with episode 3 and there are some technical impossibilities (like the cloaking devices which are not consistent with those in the movie). 

SAC08-02This anime won’t disappoint you — in fact, you’ll be totally hooked! A must see show that I’d recommend to anyone. In order to understand the TV series a bit better it is recommended to have seen the movie or read the manga (you would already know the characters and technological background), but you will probably manage anyway if you just dive straight in (you’ll find some helpful information, right after the jump). The series was very well received with critics’ rating of 8.5 on IMDb and of 67% / 100% on Rotten Tomatoes. Enjoy !

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Ghost In The Shell (manga)

I’ll continue on the thematic of Ghost in the shell for a little while… I dug out those two reviews of the original GITS manga respectively published in PA #83: 20 (March-April 2005) and PA #84: 20 (June-July 2005) — however I have relativized the original rating. Note that I had already (briefly) reviewed those manga along with the live-action movie and that I have also reviewed The Ghost in the Shell Perfect Edition, tome 1.5 : [ Human Error Processer ] on this blog.

Ghost In The Shell

Ghost_in_the_shell-1-covA totally superb book! This second edition offers the original Japanese size (5.75” x 8.25” which is a smaller, more convenient size than the original English edition, but still easy to read contrary to the 4” x 6” of Lone Wolf & Cub) and some extra pages that were originally cut because they were too racy (hence the 18+ rating and the parental advisory for explicit content). It is a nice thick book, with glossy paper, that has a good feel when held. Shirow’s artwork might be of variable quality, varying from the beautiful colour illustrations to the sketchy SD characters, but his story is solid and profound (although a little too technical by moments). Most of this first volume offers the framework for the first movie (with some variations and more details), but you can also find a few ideas that were used for the Stand Alone Complex TV series, and the sixth chapter is the basis for the story of the second movie. A classic and a must. 

Ghost in the shell (攻殻機動隊 / Kōkaku Kidōtai / Mobile Armored Riot Police) by Masamune Shirow (translated by Frederik L Schodt and Toren Smith). Milwaukie, OR: Dark Horse Manga, October 2004. 368 pg. $24.95 US / $33.99 Can. ISBN 1-59307-228-7. For adult readership (18+). See the back cover. stars-3-5

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Capsules

Ghost In The Shell #2: Man-Machine Interface

Ghost_in_the_shell-2-covLike the first volume, this one is really a superb book. Even more than the first, since there is three time more colour pages, the designs are much nicer and the art is more detailed (particularly in the colour pages – however, a problem in the reproduction of the screen-tone sometimes creates an annoying shimmering effect in the B&W art). It is a more mature work. The story is more serious and complex, to the point that it becomes difficult to follow and understand. That’s the major drawback of the book. Motoko has merged with the Puppet Master and swims freely in the virtual sea of information. She has moved to the private sector and works as the head of security for Poseidon Industrial. Her new nature allows her to move from one artificial body to another, which is quite convenient in her line of work, but makes the story even more confusing. On top of that you have Shirow’s philosophical reflection on life, intelligence and existence. Besides the main character, the story of this book has not much to do with the first part. The art is sublime and the story challenging. A must. 

Ghost In The Shell #2: Man-Machine Interface, by Masamune Shirow (translated by Frederik L Schodt and Toren Smith). Milwaukie, OR: Dark Horse Manga, January 2005. 312 pages (mostly in colour, with 106 in B&W), flipped, $24.95 US / $32.00 Can, ISBN 978-1-59307-204-9. For adult readership (18+, Lots of nudity & Violence). See the back cover. stars-4-0

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Capsules

Ghost in the shell: Stand Alone Complex (manga)

“Ghost in the Shell: Stand Alone Complex takes place in the year 2030, in the fictional Japanese city of New Port. The story follows the members of Public Security Section 9, a special-operations task-force made up of former military officers and police detectives. The manga presents individual cases that Section 9 investigates, along with an ongoing, more serious investigation into the serial killer and hacker known only as “The Laughing Man.””

GITS-SAC-1-cov“Volume 1: No mission too dangerous. No case too cold. When a high-ranking government official is kidnapped, the Prime Minister must call in his top crime fighting force known as Section 9. Led by the beautiful (and deadly) Major Kusanagi, the cybernetically enhanced squad must use all their skill to take down the kidnappers and rescue the hostages. But that’s only half of the mission; can Kusanagi and company find out who’s behind the kidnapping, and, more importantly, just what they’re after? Find out in this thrilling first volume of The Ghost in the Shell: Stand Alone Complex!”

Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Episode 1: Section 9, by Yu Kinutani. New York: Kodansha Comics, December 2016. 256 pages, 12.5 x 19 cm, $US 10.99 / $C 11.99, ISBN 978-1-935-42985-2, For teenagers (13+). See back cover. 

GITS-SAC-2-cov“Volume 2: The best offense is a strong defence? An advanced tech tank is on the loose and appears hell bent on heading into the city. To make matters worse, it has impenetrable defenses and all conventional efforts to stop its progress have failed. Now it’s up to Major Kusanagi and Section 9 to find a way to stop the tank’s inexorable march toward an unknown fate in the city!”

Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Episode 2: Testation, by Yu Kinutani. New York: Kodansha Comics, December 2016. 288 pages, 12.5 x 19 cm, $US 10.99 / $C 11.99, ISBN 978-1-935-42986-9, For teenagers (13+). See back cover. 

GITS-SAC-3-cov“Volume 3: Identifying the enigmatic hero. Marcelo Jarti, the hero of a democratic revolution, and South American drug dealer, has been coming to Japan periodically and no one knows why. The Major and Section 9 track his movements after he makes his latest appearance in the country. They are determined to figure out the meaning of his visits, but following Jarti leads to more than they could have possibly expected …”

Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Episode 3: Idolator, by Yu Kinutani. New York: Kodansha Comics, December 2016. 224 pages, 12.5 x 19 cm, $US 10.99 / $C 11.99, ISBN 978-1-612-62094-7, For teenagers (13+). See back cover. 

GITS-SAC-4-cov“Volume 4: The power of misdirection. Section 9 receives a tip that a criminal group from Henan is planning on attacking a financial institution. To prevent the attack, Section 9 infiltrates the secret base of the criminals. The mission goes well and the threat is neutralized … or is it? Something is amiss, and Major Kusanagi and Section 9 must act quickly in order to stop the criminals from achieving their true goal.”

Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Episode 4: ¥€$, by Yu Kinutani. New York: Kodansha Comics, December 2016. 208 pages, 12.5 x 19 cm, $US 10.99 / $C 11.99, ISBN 978-1-61262-095-4, For teenagers (13+). See back cover. 

GITS-SAC-5-cov“Volume 5: Ageless new world. 16 years ago a terrorist group called the “New World Brigade” kidnapped a young girl named Eka Tokura. However, recent photos of Eka have surfaced and she appears to look exactly as she did 16 years ago. To investigate this mystery, the special unit of the Maritime Safety Agency was dispatched to a man-made island off the coast of Okinawa that has been seized by the Brigade. However, communication with the special unit has been lost, leaving this island and the Brigade in a shroud of secrets. Section 9 is tasked with the job of finding out what happened on this man-made island and discovering the truth behind Eka’s age-defying looks.”

Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Episode 5: Not Equal, by Yu Kinutani. New York: Kodansha Comics, December 2016. 288 pages, 12.5 x 19 cm, $US 10.99 / $C 11.99, ISBN 978-1-61262-556-0, For teenagers (13+). See back cover. 

[Texts from the publisher’s website]

>> Please, read the warning for possible spoilers <<

GITS-SAC-1-p040I have already introduced the Ghost in the shell story created by Masamune Shirow when I talked about the live-action adaptation and the book 1.5 of the manga. However, my favourite part of GITS franchise was the anime TV series Stand Alone Complex. It is a police story with lots of human drama set in a post-cyberpunk environment. The TV series format allowed to make a great deal of character development for all the protagonists, the members of Section 9 Public Security unit. Usually, an anime is based on a manga but exceptionally, in this case, it is the opposite: the anime TV series came first (in 2002-2005) and this manga is a VERY faithful adaptation of a selection of five episodes (out of the fifty-two episodes of the TV series).

The seinen manga of Ghost in the shell: Stand Alone Complex (攻殻機動隊 Stand Alone Complex / Koukaku Kidoutai S.A.C.) was first serialized in Weekly Young Magazine (December 2009 – March 2010) and then in Gekkan [monthly] Young Magazine (April 2010 – December 2012) before being compiled in five volumes by Kodansha. It was translated in English by Kodansha Comics (2011-14) and in French by Glénat (2013-14). The English version is also available in digital format at ComiXology.

I like Ghost in the shell in general because it is a great cyberpunk story: people can get cyber-enhancements, the internet (the “network”) is everything, everywhere and can be used in unimaginable ways. The story also has strong social and political aspects, as it give a glimpse of a fascinating techno-dystopian future (which seems popular in Japan). In this context the “ghost” refer to the aspect of the mind that makes it unique and self-aware (the soul) even when it is digitized and uploaded to a cyber-brain or to the net, the “shell” is the body (biological or cybernetic) and the “standalones” are those who “remain outside the system” (not cyber-enhanced? air-gapped?). 

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Vol. 3, p. 85

However, I prefer the Stand Alone Complex series (both anime and manga) because I feel it offers the best designs (mostly of the characters) and storytelling (its TV series format allows for more development of both the characters and storyline). The anime movie (directed by Mamoru Oshii) was awesome but really too philosophical. By side-stepping the “puppet master” story arc, SAC is able to tell more stories of the most interesting character, Major Motoko Kusanagi, and to develop her background story in a very interesting way. Similarly, the orignal manga by Masamune Shirow is superb but the art is too detailed and the story too complex to be easily enjoyed. Shirow’s art also lacks consistency, looking sometimes very serious and sometimes (to be humorous) quite caricatural. With this new manga by Yu Kinutani the art is cleaner, more serious and steady while still being detailed enough. It is therefore much more enjoyable. The storytelling and layout follow closely the TV series (often even adding more scenes to make the action easier to follow in a static medium) so it almost feels like a storyboard.

Each volume of the manga series is adapting one episode of the TV anime. Volume one retell the story from episode 1 “Section 9”, vol. 2 covers the episode 2 “Testation”, vol. 3 recount the episode 7 “Idolater”, vol. 4 is about the episode 14 “¥€$” and vol. 5 give us its take on the episode 13 “Not Equal”. Volumes 1 and 4 also include three bonus short stories from the “Tachikoma Days” manga by Masayuki Yamamoto. Those are funny episodes involving the multi-legged artificial intelligence tanks (think tanks) called the Tachikoma — echoing the capsule video at the end of each episode of the TV series.

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Vol. 3, p. 205

One annoying thing from Ghost in the shell (mostly for feminists and people unfamiliar with the franchise) is the way the Major is dressing: in a very provocative and sexy way. This is part fan service, of course, but the character has also a reason to do so. A full-cyber body (even if it has a generous feminine shape) feels and looks a bit cold and asexual, therefore the Major wears very alluring clothing to claim and express her femininity.  I imagine she might think something like “with a body like this it’s better to show it” or maybe, feeling a little like a doll, she wants to dress like one. It also offers an element of surprise: nobody expects someone looking like her to be so strong and kick-ass!

Finally, my greatest disappointment about the GITS Stand Alone Complex manga series is that there are only five volumes. I guess it would have taken too much work and time to adapt all fifty-two episodes of the TV series. It is just too bad. However, if you want more, you still have the TV series — which was also complemented by three novels (available from Dark Horse), two OVA (The Laughing Man, Individual Eleven) and a movie (GITS: SAC – Solid State Society)…

I am already a big fan of GITS and of cyberpunk stories, but I particularly like this manga series because it offers strong designs and art, excellent storytelling and constitute an easy read. It is quite enjoyable if you like investigative stories with lots of action (sometime quite violent), rich socio-political themes and that are set in a cyberpunk future. I must admit that it has been a long time since I took so much pleasure in the reading a manga. I highly recommend it. stars-4-5

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© 2010-2013 Yu Kinutani • Shirow Masamune • Production I.G. / Kodansha. English translation © 2011-2014 Yu Kinutani • Shirow Masamune • Production I.G. / Kodansha. 

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Mortal Engines

Mortal-Engines-2018-movie-poster“Visionary filmmaker Peter Jackson presents a startling new adventure unlike any you’ve seen before. Hundreds of years after our civilisation was destroyed, a new world has emerged. A mysterious young woman named Hester Shaw leads a band of outcasts in the fight to stop London — now a giant predator city on wheels — from devouring everything in its path.”

[Promo text from the dvd sleeve]

>> Please, read the warning for possible spoilers <<

In an improbable but quite beautiful steampunk future, cities made themselves mobile in order to gather more ressources and survive the man-made apocalypse. Not much of the technology displayed seems realistic. I doubt that putting the city of London on wheels would be physically possible as the mechanical parts of the engine would crumble under its own weight… Despite the very simple and unoriginal story (young rebels, full of love and thirsty for vengeance, trying to defeat evil and power hungry madmen) the superb background settings and great special effects make this movie very entertaining. Unfortunately, it seems that it was not enough for the audience as it failed at the box office and received low ratings from the critics (6.1 on IMDb, 27% / 49% on Rotten Tomatoes). Interesting facts, the movie is directed by Christian Rivers but has the marks of Peter Jackson all over it (as one of the script writers and producers, sfx by Weta). It is also based on a series of YA novels written by Philip Reeve.

Some critic called it a “steampunk Star Wars”. I see it more as an allegory alluding to western societies which consume (in both meaning of eating and destroying) everything in their path, as opposed to more peaceful and nature-friendly eastern societies. Mortal engines is an intriguing movie that will feed your imagination and provide great entertainment. It’s certainly worth seeing. stars-3-5

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Capsules

Revue de ‘zines [002.020.053]

Je continue de passer en revue pour vous quelques périodiques intéressants, cette fois-ci consacrés à la bande dessinée et aux littératures de l’imaginaire…

dBD #140 (Février 2020)

5e257a90-2f24-4934-8b5f-65e23624b36eÀ la une de ce numéro on retrouve une interview avec Blutch & Robber au sujet de leur album de Tif et Tondu Mais où est Kiki ainsi que le roman illustré L’Antiquaire sauvage (tous deux chez Dupuis). Cela se poursuit avec des interviews de Lewis Trondheim (sur son exposition au Musée de la cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoulême jusqu’au 10 mai), avec Homs sur le tome 4 de Shi (sur un scénario de Zidrou, chez Dargaud), avec Frank Le Gall sur l’album Mary Jane (co-réalisé avec Damien Cuvillier, chez Futuropolis), Théodore Poussin: Cahiers t.5, Art Satoe 1/3 (chez Dupuis) et La Cantina (aux Éditions Alma), avec Néjib sur Swan t.2: Le chanteur espagnol (chez Gallimard), avec Carlos Hernandez sur  Le rêve de Dali (chez 21g), avec Elsa Brants sur l’oeuvre de Rumiko Takahashi (qui présidera cette année le festival d’Angoulême) et avec Jean-David Morvan sur l’album jeunesse Irena t.5 (chez Glénat). On note également un article sur la fin de Walking Dead (T. 33, Épilogue, par Robert Kirkman & Charlie Adlard, chez Delcourt).

Dans le cahier critique je remarque le tout dernier Naoki Urasawa, Asadora ! t.1 chez Kana (Top! “Urasawa démontre une nouvelle fois toutes ses qualités d’écriture et de mise en scène dans un premier volume qui s’annonce très prometteur”) ainsi que les deux premiers tomes de Jujutsu Kaisen, par Gege Akutami chez Ki-oon (Super, un shonen supernaturel par “un jeune mangaka qui publie son premier récit en France (…) c’est bien écrit et dialogué, les personnages secondaires sont intéressants et la mise en scène nerveuse à souhait”).

Un numéro informatif mais qui n’offre rien de trop excitant… stars-3-0

Capsules

Solaris #213 (Hiver 2020 / v. 45, #3)

Solaris213_C1-253x400J’ai déjà introduit Solaris, un périodique québécois de science-fiction et de fantastique, alors que je commentais son numéro 198 et j’ai, plus récemment, fait une entrevue-capsule avec le coordonateur de la revue, Jonathan Reynolds. Je regrette toutefois de ne pas en avoir parlé plus souvent, car elle nous offre en deux volets une fenêtre privilégiée sur la SF&F francophone (dont la SFFQ). D’une part, grâce aux courtes nouvelles qui y sont publiées, nous pouvons nous tenir à jour sur ce qui s’écrit dans le genre des littératures de l’imaginaire et aussi découvrir de nouveaux auteurs. D’autre part, grâce à ses articles et commentaires de lectures, nous obtenons une assistance précieuse pour comprendre la mécanique des genres et choisir les titres les plus intéressants à lire. C’est un outil indispensable à tout amateur de SF et de fantastique, d’autant plus qui n’y a plus beaucoup de périodiques francophones sur ces sujets (au Québec: Brins d’éternité, en France: principalement Bifrost, Galaxies, ReS Futurae [Sources: Ent’revues, nooSFere, Skop]).

Dans le volet fiction, ce numéro nous offre d’abord six histoires courtes:

  • “Chasseuse de soleil”, par Chloé Jo Bertrand. Ce texte est le lauréat du Prix Joël-Champetier 2019, décerné à un auteur francophone non-canadien. Dans un futur affligé par un hiver nucléaire qui a recouvert la planète d’une couche nuageuse, une jeune femme parcours l’Europe à la recherche du soleil. C’est un super beau récit, bien écrit et captivant. stars-4-0
  • “Monstresse”, par Sylvain Lamur. Une femme enceinte à bord d’un vaisseau spatial fait des cauchemars… C’est bien écrit mais j’ai pas trop compris ce qui se passait… stars-2-0
  • “Parler aux murs”, par Geneviève Blouin. Dans la vague des télé-réalités de rénovation et du mouvement KonMari, on trouve ici un petit récit humoristique où une thérapeute immobilier “parle” aux habitations (et non à leurs occupants) pour améliorer leur bien-être. Amusant sujet et intéressante narration. stars-3-0
  • “Nouvelle Représentation”, par Frédéric Parrot. Les Baïlorms sont une forme d’amibe/céphalopode télépathe en mission de reconnaissance sur Terre. Comme couverture, ils dansent au théâtre  Ludoscole pour le plaisir des humains qui ne se doutent de rien. Mais la représentation tourne mal… Intéressante scènette mais la fin demeure un peu obscure. stars-2-5
  • “Une table vide…”, par Michèle Laframboise. Une petite bande dessinée de deux pages rendant hommage à Joël Champetier, un “auteur accueillant et sympa (…) avec toujours un bon mot pour nous redonner courage.” stars-3-0
  • “Une nouvelle fantastique”, par Hugues Morin. Un homme tente de ressusciter son meilleurs ami mort de la leucémie… Très beau texte en hommage à Joël Champetier (le titre de chaque chapitre fait référence à une oeuvre de Joël). L’écriture est une bonne façon d’affronter le deuil en exprimant nos souhaits et regrets… stars-3-5

Dans le volet documentaire, on retrouve les incontournables Carnets du Futurible (par Mario Tessier) qui abordent cette fois le sujet de “la transmission sans-fil ou la radio en science et en fiction“. En bon historien, le Futurible commence par nous parler de l’invention de la TSF ou de la radio, puis il développe en expliquant comment celle-ci a été anticipée, puis utilisée en fictions, et surtout quelle a été l’importance et les conséquences des développements subséquents: télévision, radar, télécommande, téléphonie cellulaire, bluetooth, wi-fi, RFID, CB, baladodiffusion, radiodrame, radioastronomie, etc. Et, en bon bibliothécaire, le tout est très bien documenté. Tout à fait fascinant ! stars-4-0

Le volet documentaire se poursuit avec les commentaires de lectures (critiques) qui se divisent en deux segments: l’un consacré aux ouvrages publiés au Québec (“Les Littéranautes”) et l’autre aux ouvrages publiés ailleurs (“Lectures”). Sur la trentaine ouvrages commentés (voir le sommaire en ligne pour la liste), je remarque surtout Oshima (Serge Lamothe, Alto), GEIST: Les héritiers de Nikola Tesla (Sébastien Chartrand, Alire), Pierre-de-vie (Jo Walton, Lunes d’encre), Trois Hourras pour Lady Evangéline (Jean-Claude Dunyach, L’Atalante), Or et Nuit (Mathieu Rivero, Les Moutons électriques), Le Temps de la haine (Rosa Montero, Métailié), et The Empire of Corpses (Project Ito & Toh Enjoe, Pika Roman, à ne pas confondre avec la version manga).

Comme je l’ai mentionné par le passé, je trouve dommage que les commentaires de lectures ne soient pas accompagnés d’un système de pointage (rating) numérique ou étoilé qui permettrait aux lecteurs d’avoir une idée immédiate et précise de ce que le critique pense de l’ouvrage qu’il commente. C’est une façon succincte pour le commentateur de résumer son évaluation comparative de l’intérêt (le sujet), de la qualité (technique d’écriture) et de la performance (divertissant ou non) du texte critiqué. C’est sans doute une politique éditorial raisonnée mais je suis en désaccord…

Solaris se présente dans un intéressant format de poche qui offre un contenu hybride entre une revue et une anthologie (Solaris se proclame d’ailleurs comme étant “l’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire”). Personnellement, je n’aime pas trop lire des nouvelles (histoires courtes) car quand on viens à peine de se familiariser avec les personnages, le sujet et le monde où le récit se déroule, c’est déjà fini… Par contre, je comprend bien l’importance de ce format pour les auteurs (débutants ou pros) qui veulent fourbir leur talent ou expérimenter avec un genre ou des idées. Il faut bien que ces textes là soient publiés quelques parts et c’est pourquoi des revues comme Solaris sont essentielles à la bonne santé d’une littérature, quelle qu’elle soit. Toutefois, moi, je préfère lire Solaris pour ses articles et commentaires de lectures. En ce sens, la revue joue un rôle tout aussi essentiel d’aide au lecteur.

Comme toute revue, le contenu est plutôt inégal d’un numéro à l’autre. Dans ce cas-ci je suis un peu déçu car on ne retrouve que deux très bon ou excellent textes et un seul article (quoique le Futurible est toujours constant dans son excellence) — et rien sur le cinéma ou la BD. C’est la dure réalité économique des revues papiers qui sont limités par l’espace du contenu ou leur périodicité. Toutefois, ce numéro reste une très bonne lecture: divertissante, intéressante, enrichissante et qui offre quelques découvertes aux lecteurs avides de littératures de l’imaginaire… À lire absolument si vous en êtes.

Solaris #213, collectif édité par Jean Pettigrew et coordonné par Jonathan Reynolds. Lévis: Publications bénévoles des littératures de l’imaginaire du Québec, janvier 2020 (trimestriel: Hiver). 162 pages, $C 13.95, ISSN 0709-8863. Pour lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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Capsules

Dans l’abîme du temps (Gou Tanabe)

Dans_lAbime_du_temps-cov“Certaines choses devraient rester cachées pour l’éternité…

En 1935, au fin fond de l’Australie, le Pr Nathaniel Peaslee recherche avec frénésie les traces d’une civilisation inconnue. Il ne comprend pas pourquoi, mais il connaît ces lieux, comme si un autre avait implanté des souvenirs en lui. Il sait que quelque chose d’aussi mystérieux que terrifiant se tapit, là, dans les profondeurs du sable du désert…

Son monde a été chamboulé près de 30 ans plus tôt. À l’époque, il enseigne à la prestigieuse université de Miskatonic. Il mène une vie paisible, entouré de sa femme et de ses enfants… jusqu’au jour où il s’effondre en plein cours. À son réveil, personne ne le reconnaît. Il a toujours la même apparence, mais semble avoir perdu la raison ! Il parle un dialecte inconnu et se comporte comme un étranger. Pire, il se prend de passion pour les sciences occultes, allant même jusqu’à se plonger dans l’étude du Necronomicon, ouvrage maudit entre tous…

Gou Tanabe reprend la plume pour offrir une nouvelle adaptation d’un chef-d’œuvre de H. P. Lovecraft ! Dans l’abîme du temps est une référence de la science-fiction, combinant avec maestria deux de ses thèmes majeurs : le voyage dans le temps et le transfert de personnalité. Mais surtout, l’auteur y crée un vaste univers oppressant et fantastique, où l’homme n’est pas le seul à être terrifié par l’inconnu…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

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Page 36

Dans l’abîme du temps (時を超える影  – ラヴクラフト傑作集 / Toki o koeru kage – ravukurafuto kessaku-shu / lit. “Ombres au fil du temps – chefs-d’œuvre de Lovecraft”) a d’abord été publié en feuilleton dans Comic Beam (avril à décembre 2018), un magazine mensuel de Enterbrain (Kadokawa), avant d’être compilé en deux volumes. Ce manga seinen adapte une longue nouvelle du maître de la littérature fantastique et d’horreur,  H.P. Lovecraft. Écrite entre novembre 1934 et février 1935, elle fut l’un des derniers textes à être publié du vivant de Lovecraft, en juin 1936 (dans Astounding Stories). La traduction française est paru chez Ki-oon. 

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Page 50

Gou TANABE a aussi adapté en manga plusieurs autres récits de Lovecraft: The Outsider (2007), The Hound and Other Stories (2014, publié en anglais chez Dark Horse et qui inclus “The Hound,” “The Temple,” et “The Nameless City”), The Colour Out of Space (2015), The Haunter of the Dark (2016), At the mountain of madness (2016-17, publié en anglais chez Dark Horse et en français chez Ki-oon, et dont j’ai déjà commenté le volume 1 et le volume 2) et The Call of Cthulhu (mai à novembre 2019). La prochaine adaptation de Lovecraft par TANABE, à paraître en mars chez Ki-oon, sera La couleur tombée du ciel [異世界の色彩 ラヴクラフト傑作集 / I sekai no shikisai – ravukurafuto kessaku-shū / lit. “Couleurs de différents mondes – Chefs-d’œuvre de Lovecraft”]. Ce récit de Lovecraft vient d’ailleurs d’être adapté au cinéma par Richard Stanley.

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Page 333

Comme j’ai déjà commenté tant la nouvelle de Lovecraft elle-même que l’adaptation en bande dessinée par I.N.J. Culbard (chez Akileos), je ne m’attarderai donc pas sur l’histoire. Ce texte est considéré comme un des récits les plus accompli de Lovecraft, quoi que personnellement je lui préfère Les Montagnes hallucinées, auquel il fait suite en quelque sorte. Ces deux textes forment le coeur du mythe des Grands Anciens de Lovecraft. 

L’adaptation qu’en fait Tanabe est fidèle et excellente. Le récit est fluide et captivant. Toutefois, ce qui rends cet ouvrage tout à fait indispensable c’est sa qualité graphique. La qualité de l’objet, d’abord, car Ki-oon a mis un grand soin à produire un beau livre avec une couverture simili cuir semblable à celle de l’édition des Montagnes hallucinées (mais grise au lieu de brune). Cependant, ce qui ressort avant tout, c’est le travail d’illustration de Tanabe qui est absolument sublime. Il est difficile de faire un dessin sombre (avec beaucoup d’encre sur la page) où les détails restent précis. Dans son adaptation précédente, l’excès de détails donnait une impression confuse aux planches. Mais ce n’est pas le cas ici, car Tanabe se surpasse. Il réussi à visualiser de façon originale l’imaginaire de Lovecraft, ce qui est tout un exploit étant donné que celui-ci n’est pas toujours très précis dans ses descriptions.

Tanabe nous offre plusieurs illustrations double-page:

Dans l’abîme du temps offre donc une excellente lecture qui permet de découvrir cette oeuvre de Lovecraft d’une façon très agréable. Je recommande très chaudement.

Dans l’abîme du temps (Les chefs-D’Oeuvres de Lovecraft, 3), par Gou TANABE (dessin) et H.P. Lovecraft (histoire). Paris: Ki-oon (Coll. Seinen), septembre 2019. 368 p. 15 x 21 cm, 17 € / $C 31.95. ISBN 979-10-327-0489-9. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-4-0

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© Tanabe Gou 2018 & 2019

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Capsules

Ad Astra (DVD)

Ad_Astra-dvd“Brad Pitt gives a powerful performance in the “absolutely enthralling” (Peter Travers, Rolling Stone) sci-fi thriller set in space. When a mysterious life-threatening event strikes Earth, astronaut Roy McBride (Pitt) goes on a dangerous mission across an unforgiving solar system to uncover the truth about his missing father (Tommy Lee Jones) and his doomed expedition that now, 30 years later, threatens the universe.”

[Promotional text from the Dvd sleeve]

>> Please, read the warning for possible spoilers <<

In a “near future”, astronaut Roy McBride is told that his father — Clifford McBride, lost in a failed intelligent life-seeking mission around Neptune and presumed death — could still be alive. Powerful particules’ flares are hitting Earth and causing dangerous power surges and the authorities think that his father could be creating the flares with the “Lima Project” ship propulsion system which is using dark matter (!). He is sent to Mars, via the Moon, to record a secret message for his father but discovers that the authorities intentions are far more nefarious than he was told. Despite the lack of trust on both side, he manages to board the Cepheus on its way to Neptune in order to find his father and resolve the situation…

The movie is very slow and has little action (mostly when he falls from the “tower” (space elevator?), when he is attacked by pirates on the Moon, when he boards the distressed Norwegian biomedical research space station and when he tries to escape the “Lima Project” ship). It is also filmed in a very theatrical way, with little dialogues as most of the movie is narrated in voice-over by the main character. Therefore it feels a lot like 2001: A Space Odyssey with some influences from Philip K. Dick (the use of mood altering drugs and the constant psych eval — like seen in Blade Runner 2049).

The director, James Gray, said that he wanted a movie with a “realistic depiction of space travel” but I think he was not very successful. The movements of the characters seemed sometime a little odd and often the laws of physics were broken: a twenty-day trip to Mars? Eighty days to Neptune? You can sure have ships with bigger acceleration but I doubt that human would be able to survive them (and they didn’t look like accelerating a lot in the movie). Also, no matter what kind of radio communication you are using (even with a laser beam) you are limited to the speed of light and transmitting a message to Neptune would take some time (certainly over three hours in each direction), therefore you cannot get an immediate response !

It is said that the movie is set in the “near future” and that also is doubtful. Space elevator, significant bases on the Moon, a base on Mars, all this cannot happen in a few decades. Maybe in a couple of centuries, considering how slow humanity has been doing space exploration lately. Also, the world in which the movie is set seems quite interesting — even if it is barely glimpsed at. Everything looks computer controlled, people are kept on a tight leash with constant psych eval and mood altering drugs to keep them “happy” and well behaved. It is maybe a 1984-style dictature? Everyone seems to have strong religious belief, so maybe a very conservative and fundamentalist world? The movie doesn’t offer enough clues to say so with certainty. Or maybe the Millenials / strawberry generation needed this level of protection and control to survived and feel safe in a “difficult” future?

However, despite its slow pace, technical flaws and lack of action, Ad Astra remains a beautiful movie, with great photography, excellent special effects, good actors and acting (Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga, Liv Tyler, and Donald Sutherland) and a very interesting subject (solitude, family bonds and commitment). The movie made a slim profit at the box office and was well-received by the critics (with a rating of 6.6 on IMDb and 84% on Rotten Tomatoes) but was not as well appreciated by the public (audience score of 40% on Rotten Tomatoes). People probably found it not as exciting as they were expecting because it feels more like a psychological drama than a sci-fi action movie. It is stimulating to the mind, but only mildly entertaining…

All in all, I found Ad Astra disappointing but still worth watching. Anyway, catch it on TV or on DVD (maybe from the library) and be the judge yourself. stars-2-5

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Capsules

La nuit des temps

LaNuitDesTemps-cov“L’Antarctique. À la tête d’une mission scientifique française, le professeur Simon fore la glace depuis ce qui semble une éternité. Dans le grand désert blanc, il n’y a rien, juste le froid, le vent, le silence. Jusqu’à ce son, très faible. À plus de 900 mètres sous la glace, quelque chose appelle. Dans l’euphorie générale, une expédition vers le centre de la Terre se met en place.

Un roman universel devenu un classique de la littérature mêlant aventure, histoire d’amour et chronique scientifique.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Une expédition scientifique en Antarctique qui découvre sous la glace des ruines et un artefact remontant à la nuit des temps — ce qui semble une impossibilité (une civilisation humaine avancée datant de 900,000 ans!) —pourrait constituer les prémices d’une nouvelle de H.P. Lovecraft. Et pourtant, Barjavel en a fait une double histoire d’amour au-delà du temps. Une sorte de drame shakespearien, à la Roméo et Juliette, ou similaire au mythe médiéval de Tristan et Iseut. Une histoire d’amour qui ultimement exprime un esprit de révolte bien de son époque, puisque le livre a été écrit en 1968 — mais bien avant que les manifestations étudiantes ne commencent, ce qui en fait un peu un ouvrage prophétique…

>> Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs <<

Le roman fait le récit d’une mission de relevé géologique française en Antarctique qui sonde le sol sous-glacière à l’aide de radar et qui découvre une anomalie qui s’apparente à des ruines. Sous 980 mètres de glace, il y avait là quelques choses qui dormait depuis 900,000 ans et qui émettait un signal en ultra-son! L’histoire nous est racontée du point de vue de Simon, le docteur et le chef de mission. Il se rend à Paris pour faire son rapport au chef des Expéditions Polaires Françaises. On décide de révéler la découverte et l’UNESCO organise une Expéditions Polaire Internationale qui construit une base sur le site (doté d’un ordinateur qui traduit toutes les conversations en dix-sept langues) et entreprend de forer un puit dans la glace vers le sol antarctique d’où provenait le signal. 

À dix-sept mètres sous-terre, on découvre une sphère en or de presque trente mètres de diamètre! Celle-ci s’avère creuse et contient une construction ovoïde où l’on découvre, allongé sur deux socles d’or, les corps nus d’un homme et d’une femme, congelés dans le zéro absolu. La femme est d’une extraordinaire beauté. On décide de tenter de la réanimer en premier. Avec succès. Il faut cependant beaucoup de temps avant que la machine-traductrice réussisse à percer le mystère de la langue de la jeune femme et que l’on puisse finalement communiquer avec elle. Son nom est Eléa. Elle leur raconte et leur montre (à l’aide d’un appareil qui lui permet de projeter ses pensées et souvenirs) son histoire. Elle vient d’un monde très avancé technologiquement mais déchiré par la guerre. Une guerre sans merci qui oppose le peuple de Gondawa (l’Antarctique) et de Enisoraï (les deux Amériques incluant un vaste continent disparu qui occupait la majorité de l’océan Atlantique). La sphère contient le secret de toute la science et la technologie Gondawa: de quoi créer de l’énergie à l’infini, de la nourriture à partir de rien (de simple atomes), de quoi mettre fin à la pauvreté, à la famine, à toute les iniquités sur la planète…

Eléa leur décrit sa société, son amour pour son conjoint Païkan, et le fait qu’elle a été choisi pour accompagner le savant Coban dans l’Abris, la sphère, conçu pour résister à tout, même à la fin du monde, dans le cas où Gondawa utiliserait en dernier recourt l’Arme Solaire, une sorte de bombe à fusion… Apparement ce fut le cas: Enisoraï a été anéanti dans un choc si violent que la planète entière a été secoué et a pivoté sur son axe, détruisant les deux civilisations, et presque toute vie sur terre. Et Eléa se réveille, presqu’un million d’années plus tard, alors que tout ce qu’elle a connu — et aimé — n’est plus… Mais Simon l’aime. Toutefois ce n’est pas assez pour empêcher la tragédie…

>> Fin de l’avertissement <<

J’ai lu ce roman pour la première fois quand j’étais adolescent ou jeune adulte (je ne me souviens plus). Je l’avais dans ma bibliothèque mais ne le trouve plus (j’ai dû le prêter à quelqu’un et en perdre la trace) alors il a fallut l’emprunter à la bibliothèque pour le relire. J’ai longtemps considéré que c’était le meilleurs roman de science-fiction française que j’ai lu. Évidemment, avec le recul des années, je me rends compte de ce n’est pas si génial que cela mais c’est tout de même une très bonne lecture. Ce roman nous offre une belle histoire, pas trop compliquée — mais tout de même avec ses surprises et rebondissements — et une narration plutôt simple, qui fait que le roman se lit très bien.

Quand on s’arrête pour y penser, La nuit des temps a de nombreux défauts. Le narrateur (et par extension, j’imagine, l’auteur) a une attitude très sexiste (les femmes sont belles et les hommes intelligents) et raciste (les savants asiatiques sont des “jaunes” et les gens à la peau noire sont les descendants des martiens!). Et même si le roman est maintenant considéré comme un classique de la littérature d’anticipation, il faut avouer que plusieurs éléments de l’histoire nous apparaissent comme plutôt cliché. Pire que cela, Barjavel a été accusé de plagiat car son roman comporte des similitudes embarrassantes avec celui de l’Australien Erle Cox, Out of the Silence (tr. La Sphère d’or), qui a été publié en feuilletons en 1919, puis éditer en 1925. (J’ai l’intension de faire moi-même la comparaison entre les deux romans éventuellement).

Malgré ses défauts, La nuit des temps reste un très bon roman qui m’a fortement marqué et que je recommande chaudement à tous.

La nuit des temps, par René Barjavel. Paris: Presse de la Cité (Coll. Pocket, #812), avril 2018. 416 pages, 10.8 x 17.7 cm, 7.50 € / $C 13.95. ISBN 978-2-266-23091-9. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© Presse de la Cité, 1968.

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Entrevue capsule: Jonathan Reynolds

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Voici la seconde des trois entrevues-capsules que j’ai réalisé avec des auteurs de SFFQ au Salon du Livre de Montréal en novembre 2019. 

Les entrevues-capsules sont de mini-entrevues avec des auteurs (surtout de science-fiction) de chez nous. Le principe de ces entrevue est de s’en tenir à deux ou trois questions de base (qui êtes-vous, que faites-vous, etc.) et que l’entrevue ne dure pas plus que deux à cinq minutes. Cela doit être compacte et bien se digérer!

Jonathan Reynolds est un prolifique jeune auteur qui se spécialise surtout dans la littérature d’horreur québécoise. Il a co-fondé la maison d’édition Les Six Brumes en 2001, a publié de nombreux livres (particulièrement aux Éditions Z’ailées) et est coordonateur de la revue Solaris depuis le numéro 195 en 2015 (j’ai déjà commenté par le passé sur ce magazine fondamental de la SFFQ). Les Éditions Alire publierons son roman fantastique Abîmes au printemps 2020. Vous pouvez en apprendre plus sur lui en consultant son blogue ou son site d’auteur…

( video aussi disponible sur Vimeo )

Entrevues à venir: avec Yves Meynard (Chrysanthe 2. Le Prince rebelle).

Autres entrevues-capsules disponibles: Catherine Sylvestre/Francine Pelletier et Sébastien Chartrand.

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Capsules

Kébek t.1: L’Éternité

Kebek-t1-lEternite-cov“Un récit de science-fiction situé dans la province [sic] de Eeyou Istchee Baie-James, région des Monts Otish, au Québec.

Mine de diamant de « La grande Ourse ». Fin d’été. Une secousse fait trembler la terre, suivie d’un effondrement de terrain dans un secteur proche de l’exploitation. Roy Koks, le responsable de la prospection et la géologue Natane se précipitent pour examiner la nature des dégâts. Une grande partie de la colline s’est effondrée dans un glissement de terrain sans doute dû aux pluies incessantes qui se sont abattues sur la région depuis des semaines. En recherchant les causes de l’accident, les prospecteurs vont découvrir une faille qui donne accès à une cavité souterraine. Au centre de cette cavité, un gigantesque bloc de rocher parfaitement sphérique…”

[Texte du site de l’éditeur; voir la couverture arrière]

J’ai souvent parlé de Philippe Gauckler, qui est un auteur que je lis depuis pas mal de temps. J’ai d’abord fait un topo sur le début de sa carrière et commenté sa série Karen Springwell (Convoi). J’ai plus récemment renoué avec son oeuvre en lisant les quatre tomes de Prince Lao et les trois tomes de Koralovski. J’avais lu sur Facebook qu’il travaillait à un nouvel album et j’espérais une suite à Koralovski mais j’ai découvert en juillet, dans le #135 de dBD, qu’il avait plutôt choisi de s’attaquer à son vieux projet d’adaptation en bande dessinée du roman de René Barjavel, La nuit des temps. 

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Je me souviens d’avoir lu dans l’introduction de Blue (Métal Hurlant #107 (jan. 1985): p. 42) que la première fois qu’il aborda Moebius et Jean-Pierre Dionnet, il leur avait montré quatorze planches de son adaptation du roman de Barjavel. “Trop long”, s’était exclamé Dionnet, “travaille sur une histoire courte, et passe me voir à Paris.” Assez rapidement par la suite, MH le mis en contact avec Charles Imbert (avec lequel Gauckler produira Suicide Commando [1983] et Duel [1984]) puis avec Joël Houssin (pour Blue [1985] et Phantom [1987], que je commenterai d’ailleurs prochainement). Il collaborera une fois encore avec un scénariste, Thierry Smolderen (pour Convoi en 1990-95), avant de se mettre à écrire ses propres histoires (Prince Lao en 2006-09 et Koralovski en 2015-16). Tout ce temps-là, l’idée d’adapter La nuit des temps est resté dans un tiroir. Je suis fort heureux qu’il ait finalement trouvé un éditeur intéressé au projet, car j’ai toujours beaucoup aimé ce roman de Barjavel que j’avais lu adolescent. 

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Page 6

C’est donc un Philippe Gauckler beaucoup plus expérimenté et maître de son art qui se remet sur l’adaptation. J’imagine que le scénario actuel est probablement assez différent du concept que Gauckler avait développé dans sa jeunesse. Dans une interview avec le magazine dBD (dans le #135), il admet volontiers que c’est une adaptation libre (et non textuelle) du roman de Barjavel. Il s’est même aussi inspiré du roman La sphère d’or de Erle Cox (qui avait lui-même probablement influencé Barjavel). De plus, il adopte une nouvelle technique en dessinant en couleurs directes sur papier (par opposition à travailler d’abord à l’encre et de mettre en couleurs dans un second temps) — ce qui fait sans doute de plus belles planches à exposer et vendre à la galerie Daniel Maghen…). Il semble que le récit ne sera constitué que de deux tomes, dont le second paraîtra en 2020. Le bon côté de cette nouvelle est que les lecteurs n’auront pas trop à attendre avant de lire la suite de cet album. Par contre, comme le récit jusqu’à maintenant n’a fait qu’introduire l’histoire (le premier tier du roman), je me demande bien comment Gauckler réussira à nous raconter la suite en seulement un autre tome (même de quatre-vingt pages)…

> Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs <<

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Page 7

Roy Koks, ex-hockeyeur professionnel autrefois surnommé “Kébek” et maintenant responsable de la prospection à la mine de diamant “La Grande Ourse” dans la région Eeyou Istchee Baie-James dans le Nord-du-Québec, fait sa déposition à son avocat alors que leur véhicule se dirige avec empressement vers l’aéroport. Il relate les événements qui entourent la découverte. Un tremblement de terre dans le “claim” des Trois Castors a causé un effondrement et une crevasse qui mena les prospecteurs à l’artefact: une sphère parfaite en carbonado (diamant noir). Les études préliminaires démontrent que ce type de matériau ne peut s’être formé que dans l’espace et que la sphère est creuse, contenant une autre sphère, séparée de la première par un liquide ou un gaz. La compagnie minière décide donc de rendre la découverte publique. Un comité scientifique international est alors créé pour étudier et analyser la sphère. 

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Page 8

Roy s’inquiète de la réaction de la communauté autochtone, membre de la Première Nation des Cris, qui considère que la terre (tant le sol que le sous-sol) est un bien commun qui doit être préservé. Sa copine, la géologue Natane (elle même une Crie), découvre dans une caverne adjacentes des pétroglyphes anciens représentant la sphère et qui dateraient de 400,000 ans! Roy fait des rêves étranges: une femme sans visage qui flotte dans l’eau. Un premier forage permet de confirmer que l’espace intercalaire de la sphère contient de l’eau — mais qui a des propriétés physiques bizarres. Quatre mois plus tard, on termine la découpe d’une ouverture sur le dessus de la sphère et Roy peut tenter d’y descendre en scaphandre. Un incident met sa vie en danger mais il réussi tout de même à apercevoir une sorte de sas et deux cocons. Il devient évident que la sphère tente de communiquer. Puis, subitement, la sphère expulse l’eau et les cocons. L’un d’eux semble endommagé et l’on tente de l’ouvrir, révélant un secret qui remet en question toute notre vision du Monde… 

Tout au long de l’album, Roy continue son récit à l’avocat. Toutefois la mauvaise météo les oblige à rediriger leur convoi de l’aéroport vers la prison de Bordeaux. La ville semble être la proie de violentes confrontations. “Des gangs” auraient pris le contrôle mais la nature du conflit reste (pour le lecteur) mystérieuse: il y a des snipers et des protestants lancent des cocktails molotov qui font du feu bleu! Un des véhicules du convoi saute sur une mine et Roy, alors qu’il tente de sauver les occupants, est gravement brûlé par les étranges flammes…

>> Fin de l’avertissement <<

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Page 9

Une expédition scientifique qui découvre un artefact remontant à la nuit des temps et qui semble une impossibilité pourrait constituer les prémices d’une nouvelle de Lovecraft. Et pourtant, Barjavel en a fait une double histoire d’amour au-delà du temps. Dans les grandes lignes, Gauckler respecte assez bien le récit de Barjavel: les deux ouvrages débutent même de façon très similaire, avec une lettre d’amour. Il y a quelques différences mineures: Simon est médecin et Roy est prospecteur; Simon est célibataire alors que Roy a une relation avec Natane, etc. Par contre, on retrouve deux différences importantes: d’une part, la sphère n’est pas en or mais en diamant; d’autre part, Gauckler déplace le cadre du récit de l’Antarctique vers le nord du Québec. Cela fait beaucoup de sens puisque l’Antarctique est un milieu un peu stérile pour développer un récit moderne, riche en intrigues socio-politiques (quoi que le récit de Barjavel se tramait tout de même sur un fond de guerre froide et de conflit nord/sud). L’idée d’y inclure les revendications autochtones est fort intéressante. Finalement, il n’y a pas tant de différences que cela et celles qu’on y retrouve étaient attendues (comme des éléments scientifiques plus à jour) ou nécessaires pour la fluidité du récit dans le cadre d’un medium graphique. Ce sont là, après tout, les prérogatives d’une adaptation… qui est somme toute assez bien réussie.

On devine derrière le travail de Gauckler beaucoup de recherches et de repérages, ce qui donne au récit un aspect véridique ou tout au moins vraisemblable: le décor montréalais, la géographie et le patois local, les moeurs autochtones, la rigueur scientifique, etc. Si la région de Eeyou Istchee est surtout connue pour ses gisements d’uranium, on retrouve en effet des mines de diamants dans le nord du Québec (dont la Mine Renard (Stornoway Diamonds) dans les monts Otish près du lac Kaakus Kaanipaahaapisk, 250 km au nord de la communauté crie de Mistissini; d’autre cheminées [dykes] de kimberlite ont également été découvertes au complexe Lynx-Hibou — malheureusement ces projets sont pour l’instant déficitaires). Le nom de la mine “La Grande Ourse” est sans doute inspiré par la rivière La Grande (et possiblement aussi la constellation) mais ne peut manquer d’évoquer pour moi le nom de la série télévisée du même nom ! Le seul élément qui m’embête et que je trouve peu vraisemblable est le fait que les protestations aient dégénéré au point que les rue de Montréal ressemble à la Syrie de Bachar el-Assad ou à Beyrouth pendant la guerre civile ! L’armement nécessaire pour créer ce type de dégâts n’y est simplement pas disponible — mais, bon, la suite du récit offrira peut-être des explications satisfaisantes…

Je n’ai vraiment pas trop à me plaindre puisque cette bande dessinée offre un de mes romans préférés adapté par un artiste que j’admire beaucoup! Le récit est complexe, captivant et bien rythmé alors que la qualité du dessin est tout simplement superbe (on a même droit à trois illustrations double-page!). Le style réaliste de Gauckler a définitivement mûri — l’utilisation de la couleur bleue pour inspirer une atmosphère froide et mystérieuse est bien réussie. Toutefois, si je voulais être tatillon, je dirais que le lettrage script adopté pour la narration de Roy est un peu difficile à lire, mais c’est un détail insignifiant. Pour le reste, c’est beau, c’est très bon et intelligent tout en restant divertissant, alors que demander de plus sinon que de pouvoir lire la suite très bientôt! Kébek t.1: L’Éternité est donc un très bon thriller d’anticipation (et j’oserais peut-être même dire excellent — mais je réserve mon jugement final tant que je n’ai pas lu la conclusion). Néanmoins, à lire absolument ! 

Kebek T.1: L’Éternité par Philippe Gauckler. Paris: Éditions Daniel Maghen, août 2019. 96 pages couleurs (84 planches), 24.5  x 32.5 cm, 19€ / $C 37.95, ISBN 978-2-35674-074-8.  Inclus huit pages de croquis et dessins préparatoires. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5 ou stars-4-0

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© 2019 DM.

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Dans l’abîme du temps

PdF5-juin76“Les quatre récits qui composent ce recueil sont moins des nouvelles au sens du terme que de nouvelles vues sur le monde extraordinaire et terrifiant créé par Lovecraft. L’Humanité y est aux prises avec les êtres surnaturels, maîtres de la terre avant l’arrivée des hommes, qui tendent de recouvrer leur suprématie perdue. Faisant appel aux images, aux mythes, aux récits de toutes les traditions, Lovecraft compose des philtres qui n’ont pas cessé depuis trente-cinq ans de bouleverser les esprits.”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

En quatre nouvelles, ce recueil nous offre la quintessence du mythe des Grands Anciens de H.P. Lovecraft.

“Dans l’abîme du temps” (The shadow out of time, 66 pages, publié en juin 1936 dans Astounding Stories) raconte l’étrange expérience d’un professeur d’économie politique à l’université Miskatonic, Nathaniel Peaslee, qui après un malaise lors d’un cours se réveille cinq ans plus tard avec aucun souvenirs de ce qu’il a fait durant cette période. Pendant près de quinze ans il tente de retracer ce qui lui est arrivé en interrogeant ses proches sur son comportement. Il apprend qu’il a voyagé autour du monde et fait de nombreuses recherches dans des bibliothèques et des universités. Aussi, toutes les nuits, il fait des rêves étranges qui semble être des bribes de mémoires qui lui permettent avec le temps de reconstituer ce qui lui est arrivé. Son esprit aurait été substitué avec celui d’un être venu d’un passé pré-humain. La Grande Race des Yith utilise ainsi ce subterfuge pour voyager dans le temps et collecter de l’information sur toutes les civilisations tant du passé que du futur. Pendant qu’un Yith était dans son corps à collecter de l’information sur notre civilisation, Peaslee était dans le corps du Yith à leur enseigner ce qu’il savait et à apprendre sur les civilisations ayant habitées ou envahis la Terre à un moment ou l’autre (les fameux Grands Anciens). 

Cette explication est toutefois trop extraordinaire pour être vraisemblable. En étudiant la psychologie, il se convainc que les mythes qu’il a étudié durant son amnésie refont surface au travers de ses rêves alors que son cerveau tente de colmater les lacunes de sa mémoire. Quelques années plus tard, un prospecteur Australien qui a entendu parlé de ses recherches, lui fait part d’une découverte dans le désert. Une expédition est rapidement organisé pour fouiller un site qui semble être la cité où il a vécu dans ses rêves. Il y fait une découverte qui le terrifie et tente de convaincre les membres de l’expédition d’arrêter les fouilles car il ne faut pas réveiller l’horreur qui dors dans les profondeurs… 

Un récit fort intéressant qui a été adapté en bande dessinée par I.N.J. Culbard chez Akileos (voir mon commentaire) et en manga par Gou Tanabe chez Ki-oon (commentaire à venir imminament). stars-3-0

“La maison de la sorcière” (The dreams of the witch-house, 36 pages, publié en juin 1933 dans Weird Tales) nous raconte le sort tragique de Walter Gilman, de l’université d’Arkham, qui étudie le lien possible entre les mathématiques et le folklore, particulièrement en relation avec une sorcière de Salem, Keziah Mason. Elle aurait eut l’habilité de se déplacer à travers les dimensions (le phénomène décrit s’apparente étrangement à un “wormhole”). Il s’installe donc dans la maison multi-centenaire de la sorcière à la recherche d’indices et d’inspiration. Chaque nuit il fait des rêves étranges, où il aperçoit la sorcière et son familier, et il lui semble qu’il se rapproche peu à peu de son objectif. Il réalisera trop tard qu’il s’est impliqué dans un culte démoniaque voué à Nyarlathotep. Avec ce récit, Lovecraft crée un lien intéressant entre les cultes sataniques et sa propre mythologie. Cette nouvelle a été adapté pour la télévision dans un épisode (S01E02) de la série Master of Horror. stars-2-5

“L’appel de Cthulhu” (The call of Cthulhu, 32 pages, publié en février 1928 dans Weird Tales) retrace l’enquête menée par l’anthropologue Francis Wayland Thurston après avoir découvert dans les affaires de son grand-oncle George Gammell Angell, un professeur de langues sémitiques, un étrange bas-relief et un manuscrit relatant différents événements étranges s’étant tous déroulés entre le 28 février et le 2 avril 1925. Dans un premier cas, un jeune sculpteur de Providence nommé Henry Wilcox fut épris d’une fièvre et d’un délire durant lequel il créa un bas-relief représentant des hiéroglyphes mystérieux et une figure humanoïde dont “la tête pulpeuse entourée de tentacules surmontait un corps écailleux et grotesque muni d’ailes rudimentaires.” Wilcox vint voir Angell dans l’espoir qu’il puisse identifier l’origine de sa vision mais sans succès. 

Toutefois le récit du sculpteur rappela à Angell un événement similaire dont il prit connaissance lorsqu’un inspecteur de police de la Nouvelle-Orléans, John Legrasse, se présenta en 1908 à une réunion de la Société américaine d’archéologie tenue à Saint-Louis (MO) afin de faire identifier une idole mystérieuse. Elle représentait un monstre anthropoïde accroupie sur un piédestal, sa tête était couverte de tentacules, le corps évoquait celui d’un phoque, les quatre membres étaient pourvues de griffes formidables et il possédait de longues ailes minces sur le dos. L’idole avait été confisqué à une secte vaudou pratiquant des rituels sacrificiels dans des marécages au sud de la Nouvelle-Orléans. Le professeur Webb se rappela avoir entendu parlé d’un culte similaire au Groenland. Ce culte adorait Cthulhu et les Grands Anciens, venus des étoiles, qui ne mourraient jamais mais dormaient dans la cité engloutie de R’lyeh. Ils communiquaient avec les hommes dans leurs rêves en attendant le jour où, lorsque les étoiles seraient propices, ils s’éveilleraient de leur tombeau de pierre et règneraient à nouveau sur la terre.

Alors qu’il tente de confirmer les recherches de son grand-oncle, Thurston tombe sur un article de journal australien mentionnant une idole bizarre découverte sur l’épave d’un yacht en Nouvelle-Zélande en avril 1925! Thurston se rends à Auckland, puis à Sydney et finalement Oslo pour retracer le marin norvégien, Johanson, seul survivant. Il apprends que celui-ci est décédé mais réussi à prendre possession du manuscrit où Johanson relate son aventure et qui s’avère la clé de tout le mystère. Un tremblement de terre avait fait ressurgir la cité de R’lyeh, permettant à Cthulhu d’envahir les rêves à nouveau. Les matelots abordèrent l’île et libérèrent l’abomination. Toutefois, heureusement, la vivacité d’esprit de Johanson avait permis de le replonger dans son sommeil. Mais pour combien de temps encore?

Ce récit court, est plutôt intéressant mais est surtout très emblématique du mythe de Cthulhu. stars-3-5

“Les montagnes hallucinées” (At the mountains of madness, 79 pages, a été publié dans les numéros de février, mars et avril  1936 de Astounding Stories) relate une expédition scientifique en Antarctique. Dans une caverne on découvre les restes de créatures incomparables — qui leur rappel un peu la description que le Necronomicon faisait des Grands Anciens! Mais pendant une tempête, un des camps est anéanti, les échantillons de créatures ont disparu et toutes l’équipe est massacré, sauf un membre, qui semble avoir fuit en traineau à chien. Le reste de l’expédition organise un groupe pour partir à sa recherche, avec espoir d’élucider le mystère. Loin à l’intérieur du continent, au-delà d’une chaine de montagne noire, ils découvrent et explorent une cité fantastique et antédiluvienne. C’est la cité des Grands Anciens, bâtie puis détruite par leurs esclaves révoltés, les “Shoggoths”. Rendue presque fou par l’horreur qui dors dans l’obscurité, ils décident de garder leur découverte secrète afin que l’humanité ne remette plus jamais les pieds dans ces lieux maudits. 

C’est sans aucun doute le plus captivant et le plus marquant des quatre récits. Il a lui aussi été adapté en bande dessiné par Culbard chez Akileos (voir mon commentaire) et en manga par Gou Tanabe chez Ki-oon (voir le commentaire des tomes premier et second). stars-4-0

Comme la plupart, j’ai lu Lovecraft quand j’étais adolescent ou jeune adulte. En général, ses textes constituent d’excellents examples du fantastique selon Todorov, où les événements peuvent avoir une explication tant rationnelle que surnaturelle… Si les récits de Lovecraft sont considérés comme des chef-d’oeuvres de la littérature je me rend compte, en les relisant maintenant, que ce n’est pas si bien écrit que ça. Lovecraft est le maître de la description vague, son point culminant étant le qualificatif “indicible”! Toutefois le texte véhicule un imaginaire si puissant qu’il a laissé sa marque indélébile dans les esprits de tout ses lecteurs et a eut une influence considérable sur les genres du fantastique et de l’horreur. C’est certes une lecture indispensable pour sa culture générale mais, si vous manquez de temps, je recommande plutôt de lire les excellentes adaptations en bande dessinées ou en manga dont j’ai déjà parlé.

Dans l’abîme du temps, par H.P. Lovecraft (Traduction de Jacques PAPY). Paris: Denoël (Coll. Présence du Futur, #5), juin 1976. 224 pages. [pas de ISBN] Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

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© Denoël & Agence APIA, Paris, 1954 • Arkham House.

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Entrevue capsule: Sébastien Chartrand

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Tel que promis, voici la première des trois entrevues-capsules que j’ai réalisé avec des auteurs de SFFQ au Salon du Livre de Montréal en novembre 2019. 

Sébastien Chartrand est un jeune auteur à surveiller. Après sa trilogie du “Crépuscule des Arcanes” (L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy, La Voyante des Trois-Rivières, et Le Sorcier de l’île d’Orléans), il passe de la fantasy historique à de la SF (une SF qui fait dans l’uchronie et le steampunk — ou plutôt de l’électropunk!) avec Geist: Les héritiers de Nikola Tesla, une des parutions de l’automne chez les Éditions Alire. (Sur son blogue vous pouvez faire une visite virtuelle de son bureau / cabinet de curiosité !)

( cette video est aussi disponible sur Vimeo )

Entrevues à venir: avec Jonathan Reynolds (auteur et coordonateur de la revue Solaris) et Yves Meynard (Chrysanthe 2. Le Prince rebelle).

Autres entrevues-capsules disponibles: Catherine Sylvestre / Francine Pelletier

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Capsules

Yoko Tsuno #29: Anges et faucons

YokoTsuno29-AngesEtFaucons-cov“Nous sommes à l’ombre de l’église de Cornstone, près d’Édimbourg, où Émilia et Bonnie viennent fleurir la tombe de la tante Gloria. Le Pasteur Macduff leur raconte la triste histoire de ces deux jeunes orphelins tués dans un accident de train alors que la voiture qui les transportait était immobilisée sur un passage à niveaux. Ils reposent dans “l’enclos des anges”, un lieu à l’écart et à l’abandon, où un ange veille sur eux. 

Étrangement, la statue, don d’un bienfaiteur anonyme, date de 1934, un an avant l’accident funeste. Bouleversée par cette tragédie, Émilia décide de demander à son arrière-grand-père (qui était vivant en 1935) de sauver la vie des deux enfants. Pour ce faire, une solution : utiliser la machine temporelle qui dort dans l’annexe. C’est ainsi qu’Émilia part pour 1935, laissant Bonnie désemparée. Cette dernière alerte Yoko qui part sur les traces de l’adolescente et qui tentera d’éviter la catastrophe ferroviaire…”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Ce vingt-neuvième album de la série Yoko Tsuno a d’abord été prépublié dans le magazine hebdomadaire Spirou (du no 4239 [10 juillet 2019] au no 4246  [28 août 2019]) à raison de huit planches par numéro. Cet album nous offre deux récits distincts. Roger Leloup raconte dans son introduction à la prépublication (Spirou #4239: p. 4) qu’à quatre-vingt-six ans il n’est pas à l’abris de problème de santé et c’est pourquoi il a décider de “faire une histoire courte de façon que, s’il m’arrivait quelque chose, je puisse peut-être au moins finir le scénario…”

Dans le premier récit (de vingt-sept planches), Bonnie et Émilia vont au cimetière pour fleurir la tombe de leur tante Gloria. Le pasteur McDuff leur parle alors de l’enclos des anges, où deux jeunes enfants sont enterrés. L’histoire de ce jeune garçon et d’une fillette qui sont mort happé par un train à un passage à niveau en 1935 les intrigue. Grâce à la machine temporelle de Sir Archibald (l’arrière-grand-père d’Émilia), et avec l’aide de Yoko, ils vont tenter de sauver les enfants en remontant dans le temps!

Le deuxième récit (de trente-cinq planches) s’enchaîne sans heurt. Leloup raconte que “Yoko, à peine sortie du cimetière, reçoit un message du chef des services secrets britanniques pour lui proposer de raccompagner une princesse égyptienne dans sa tombe qui avait été pillée.” Évidemment tout cela cache un mystère plus tragique qui se décline comme une aventure “à la Agatha Christie.” Yoko et son équipe arrive à la Scottish Aircraft Company (SAC) où elle fait la rencontre de Sir Harold (mécène et propriétaire des lieux) et de sa pupille, Miss Dinah, pour qui elle effectuera la mission de rapatriement des momies (la princesse et sa servante) à bord du H.P. 42 Horus. Yoko et son entourage devront survivre à la mission tout en dénouant le mystère du meurtre de l’épouse de Sir Harold (dont le cadavre, selon Dinah, serait l’une des deux momies) et le complot d’une secte fantôme!

Dans son introduction, Roger Leloup révèle que si il a choisi d’installer le quartier général de Yoko au château de son amie Cécilia en Écosse, c’est que le lieu est très isolé ce qui permet à Yoko d’opérer en secret ses engins à la technologie très avancée. Il annonce également qu’il travaille déjà à la prochaine aventure de Yoko, qui devra faire face à un dilemme alors qu’elle se retrouve devant des humains robotisés!

Pour une fois, le récit est assez fluide (alors que souvent les aventures de Yoko me semblent un peu précipitées car Leloup tente de raconter son récit en trop peu de pages — on note que cet album est d’ailleurs plus long avec soixante-deux pages au lieu des quarante-six habituelles). Le fait qu’il y ait deux récit dans l’album est une bonne idée et nous offre une lecture plus satisfaisante. Toutefois, je note quelques maladresses ici et là: des tournures de phrases un peu bizarres et le fait que le dessin des personnages secondaires me semble parfois un peu bâclé (toutefois les arrière-plan — décors et équipements mécaniques — sont toujours impeccablement dessinés). Le style de Leloup a, bien sûr, beaucoup évolué depuis les premières aventures de Yoko, et il demeure très beau (pour un album jeunesse — et surtout pour l’oeuvre d’un artiste de quatre-vingt-six ans !).

Dans l’ensemble, Anges et Faucons, nous offre donc une bonne lecture, agréable et divertissante.

Yoko Tsuno 29: Anges et Faucons, scénario et dessin par Roger Leloup (mise en couleur par Studio Léonardo). Paris: Dupuis, septembre 2019. 64 pages (62 planches), 21.8 x 30 cm, 10.95 € / C$17.95 , ISBN: 979-1-0347-3803-8. Recommandé pour public jeune (9+). Un extrait peut être consulté sur le site de l’éditeur. stars-3-0

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Anges et Faucons © Dupuis, 2019.

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

YokoTsuno-Integrales2-AventuresAllemandes-cov yoko26fr Yoko_Tsuno_27-Le_secret_de_Khâny-cov YokoTsuno-28_temple_des_immortels-cov

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Capsules

Le Monde d’Edena 6: Les réparateurs

Edena-6-LesReparateurs-covL’ultime volume de la grande saga du Monde d’Edena : quatre histoires en forme d’épilogue.

Après Sur l’Étoile, Les Jardins d’Edena, La Déesse, Stel et Sra, Les Réparateurs fait figure d’épilogue ou de points de suspension dans la vaste saga du Monde d’Edena. L’album rassemble en effet quatre récits courts, de formats variables, faisant tous écho, parfois explicitement parfois de façon plus elliptique, à l’univers de Stel et Atan. Les Réparateurs, l’histoire qui donne son titre à l’album, a été conçu pour l’ultime numéro de la revue (À Suivre) de décembre 1997, à la manière d’une boucle temporelle qui n’est pas sans rappeler l’anneau de Möbius auquel Jean Giraud avait emprunté son pseudonyme. La Planète Encore est la pièce de choix de l’album. Créée en 1990, elle renoue avec le principe de l’histoire muette qu’avait développé Moebius dans les années 70 avec Arzach. Les deux derniers récits, Voir Naples et Mourir et voir Naples, conçus autour du même sujet à treize années de distance, se renvoient la balle l’un l’autre, avec beaucoup de poésie.

Quatre échappées belles pour se convaincre, s’il le fallait encore, que Moebius restera pour toujours l’une des très grandes signatures du 9e Art. [Texte du site de l’éditeur]

Les réparateurs nous permet de retrouver Stel et Atan, les deux mécaniciens de l’espace, mais aussi les fameux Pif-Pafs et, en guest star, le Major Grubert. Les quatre récits courts réunis ici nous montrent une fois encore la diversité et la richesse du talent de Moebius. Un nuage de dépaysement, un zeste d’écologie, un soupçon de nostalgie et une très grande dose de poésie, le nouveau cocktail de Moebius ravira tous les fans du Monde d’Edena comme les nouveaux lecteurs. [Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Il n’y a pas grand chose que l’on peu rajouter au texte d’introduction de l’éditeur. Les réparateurs nous offre quatre histoires courtes superbement illustrées mais qui n’apportent toutefois pas beaucoup au récit de la série, sinon un peu de nostalgie. Bof. Elle demeurent tout de même intrigantes à lire. Et ce qui rend l’ouvrage un peu plus intéressant c’est que chaque histoire est accompagnée d’un texte explicatif. 

Edena-6-LesReparateurs-p003Dans “Les réparateurs” (8 pages), un duo de réparateurs traverse des ruines sur une planète désertique et parvient dans une vaste caverne. Au centre, un tube où l’on distingue l’image d’un dessinateur penché sur sa planche à dessin. Ils activent un mécanisme et l’image disparait. Sur Terre, le dessinateur a un air satisfait. Stel et Atan auraient-ils redonné l’inspiration à leur créateur? Créée pour le dernier numéro de (À suivre) en décembre 1997, ce récit muet fait écho à “Réparations”, la toute première histoire du Monde d’Edena. La boucle est bouclée…

Edena-6-Voir Naples-p012Dans “Voir Naples” (4 pages), on découvre un univers froid et aseptisé où un personnage affublé d’un manteau et d’un masque au long nez ridicule (la première apparition des pif-pafs!) entâmes un voyage. La destination n’offre que des sortes de cactus délavés. “Ce n’est pas du tout comme les dépliants” pense-t-il. Comme il étouffe, il enlève son vêtement et son masque pour se retrouver devant une superbe vue de la baie de Naples! Réalisé en 1987 dans le cadre de la manifestation “Futuro Remoto” consacré à la diffusion de la culture scientifique, organisée à Naples par la Città della Scienza.

Edena-6-PlaneteEncore-p025Dans ”La planète encore” (23 pages), deux réparateurs voyagent sur une planète désertique. Parfois, dans le ciel on aperçoit le vol d’un ptéroïde… Ils arrivent à un grand temple surmontée d’une statue, traversent une cour occupée par des humanoïdes catatoniques, puis pénètrent le temple par un grand escalier. Ils traversent des corridors, puis effectuent une réparation qui ouvre une porte sur un grand hall avec des statues alignées de chaque côtés sur des socles de pierre. Au bout du hall, un socle vide. En regardant ce dernier, l’un des réparateurs se retrouve dans un monde de rêve habité d’étranges créatures humanoïdes qui chantent et dansent. La statue d’un jeune garçon en position de méditation (le jeune aveugle du Nid dans La Déesse?) apparait sur le socle vide. Dès lors, la végétation se met à pousser rapidement, envahissant toute la planète. Les réparateurs rejoignent leur vaisseau et quittent la planète. Cette histoire muette, nous offre une fable écologique dessinée en 1990 pour un comic book américain célébrant la “journée de la Terre”. Ce récit fait cette fois écho à une histoire de Arzak parue dans Métal Hurlant #4 (4e trimestre 1975): 19-26.

Edena-6-MourirEtVoir Naples-p043dDans “Mourir et voir Naples” (14 pages), le Major voyage dans le désert sur une sorte de cheval à longues oreilles. Il rencontre d’abord une table perdue au milieu du désert, sur laquelle il trouve le dépliant “Moebius à Naples” qui contient “Mourir et voir Naples”. Puis, il fait escale à un petit temple. Trois Pif-pafs géants le capturent, le mettent dans une boite qu’ils jettent dans un volcan. Lorsque le volcan fait éruption, la boite est rejetée à la mer pour finir sur une plage. La Major sort de la boite et saute de joie: c’est la baie de Naples! Une autre histoire muette et absurde qui reprend le thème de “Voir Naples”, créée cette fois en 2000 pour le portfolio d’une exposition sur Moebius à la Città della Scienza de Naples.

Un bel ouvrage d’intérêt plutôt moyen. À lire surtout pour les amateurs de Moebius et du Monde d’Édena…

Le Monde d’Edena 6. Les réparateurs, par Moebius. [Tournai] : Casterman, septembre 2001. 54 pages (52 planches), 24 x 32 cm, ISBN 2-203-38038-1. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-2-5

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© Casterman 2001

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents: Sur l’Étoile, Les jardins d’Édena, La Déesse, Stel et Sra.

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