My heart is not a spark plug

My heart is not a spark plug

That I can turn off at will
Your voice is still making me chill
But am I for you just a lost dog?

My heart is not a spark plug

I’m loving you and you don’t care
I’m mad because it’s not fair
Nothing will do and that’s the bug

My heart is not a spark plug

For you I’ll try everything
You are so fascinating
At my heart-string I feel a tug

My heart is not a spark plug

You’re beautiful like a star
Such grace but you’re too far
More than those girls in Vogue

My heart is not a spark plug

I know you will never love me
You know, a friend I cannot be
Don’t give my memory a jog

My heart is not a spark plug

You treat me like a pervert monk
I’m old, stupid and drunk
I’m a short, ugly and fat slug

My heart is not a spark plug

Each time I see you it hurts
Why do you wear that short skirt
I try to forget you in a liquid drug

My heart is not a spark plug

You always make it worse
When you do it in purpose
In my eyes there’s nothing but fog

My heart is not a spark plug

Or you’re naïve and careless
And you made my life a mess
Reducing me to a wandering rogue

My heart is not a spark plug

You play a game, you’re sensual
Tell me why you’re so cruel?
In your machination, am I only a cog?

My heart is not a spark plug

I really don’t want to get lost
But that’s the best for both of us
Please take me out of your log

My heart is not a spark plug

I can’t stop loving you
I tried but no can do
All I wanted was a least a hug

But my heart is not a spark plug.

Morwajal
1990-11-20

Note: A few months later, another infatuation and another heartache… Ah, the beauty of youth! It is signed again Sejanus and, this time, dedicated “To Z.” This poem does’t follow any form, but it rhymes (sometimes in a quite lazy way) and could also probably be the lyrics of some song. There would be no poetry if everyone was happy all the time! It is almost funny… However, even if the memory is hurtful (some great moments, an embarrassing puppy love and some dark times) I like this poem.

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Derelict in a sea of corruption

As you see my soul is rotten
Lost somewhere between hell and heaven
In one of those grey areas of twilight
Between darkness and light

I fear that darkness is more fascinating
As death and corruption fills my writing
Do we find boredom only in yang’s territory?
Or is it because I enjoy being unhappy?

The evil Lord was right:
Darker is the feeling
Stronger it will be

But before my troth to you I plight
Indeed, I beseech you in believing
That there’s still something good in me

Morwajal
1990-09-15

Note: For some reason, in the late eighties, I started writing poetry in English (probably because I was reading a lot in this language and was getting more at ease with it). In this specific case, as it is dedicated “To J.”, it reminds me that at the time I was courting a young woman from Ontario. We met in Montreal, at the university, and kept corresponding for a while (after she started attending the University of Ottawa). Of course, I was writing poetry for her! She was a comic books fan so you’ll notice the Star Wars’ reference…

The poem was signed “Sejanus” (a Latin name which evoke my first name, C.J., and Janus, the roman god of beginnings and endings, therefore of transitions, of past and future). It is a sonnet which, although heterometric, has rhymes (aabb ccdd ecf ecf)…

You can read more of my poetry here

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Descendance

Et moi, mon cher ami, je vous dis
Qu’en de telles pensées parfois je croupis:
Pourquoi est-ce moi qui eut cette enfant tarée
Eusse mieux fallut que je l’eu étranglée;
Mais parfois, heureux, je la regarde trottiner
Admirant cette enfance qui n’a que trop durée…

J’ai pour cette humanité des sentiments contradictoires:
Une haine méchante doublée d’un triste espoir,
D’horrible volontés destructrices et nihilistes;
Et un doux amour fort paternaliste.

Isléaval
1983-03-04

Note: ce poème était signé “le rêveur gris” et a d’abord été écrit sous forme manuscrite à la page 155 de mon carnet de note ID-010… Sinon pas grand chose a signaler à part qu’il ne respecte aucune forme poétique précise, est hétérométrique, mais rimé… C’est plutôt moyen (certes pas l’un de mes préférés) mais tout de même amusant…

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L’Emmerdeuse

La mort…

C’est une gonzesse qui t’bute dans ton plumard
Marre, Marre
La mort, mort…

C’est ton frangin qui s’envoit dans l’métro
Pas trop, pas trop
La mort, mort…

C’est le gaz qui s’met à faire des conneries
Merci, merci
La mort, mort…

C’t’un con qui t’balance des pruneaux
Pas beau, pas beau
La mort, mort…

C’est une poufiasse qui t’flingue pour ton pognon
Des gnons, des gnons
La mort, mort…

C’est ta frangine qui r’coit une suicido
D’bien haut, bien haut
La mort, mort…

C’est ta copine qui plante sa bagnole
Pas d’bol, pas d’bol
La mort, mort

C’t’une salope qui t’suce la vie
Ah! oui! Ah! Oui!
La mort, mort

A vient t’chercher la nuit
Sans d’mander ton avis
C’t’avec elle qu’tu passe l’aut’bord
La mort !

1980-12-02
1992-03-14

Note: Voilà un premier poème inédit, écrit à l’âge de dix-huit ans. Ceci ne respecte aucune forme poétique, ou bien cela constitue des paroles à chanter sur un air populaire?! C’est humoristique mais reflète tout de même cette fascination que j’avais pour la mort à cette époque. Je l’ai retravaillé une douzaine d’années plus tard pour y incorporer des éléments de deuil plus personnels (le décès de ma soeur, la polytechnique, etc.). Lorsque j’avais une douzaine d’années, j’ai lu beaucoup de romans de San-Antonio (pour imiter mes soeurs) et j’ai développé une fascination pour l’argot parisien qui s’exprime également ici. Amusant, mais est-ce de la poésie? (J’ai mis le lien pour la traduction automatique mais, franchement, c’est plutôt intraduisible !)

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De ma poésie

Après avoir partagé sur ce blogue des extraits de mon [maintenant vieux] recueil — une douzaine de poèmes sur les vingt originalement publiés [vingt-et-un en fait avec celui de la couverture arrière] — je partage ici également la préface qui offrait un peu de perspective sur mon écriture…

Préface [à Inscriptions sur une pierre tombale icosaèdrique datant de 1986]

Ce petit recueil pseudo-poétique est un vieux rêve. Il se veut rassembler la quintessence des quelques vers ou proses poétiques que j’ai commis ces dix-sept dernières années. Il est certes incomplet puisque ce sont, d’une part, des pièces choisies et, d’autres part, parce qu’elles doivent être remises dans le contexte du reste de ma petite oeuvre prosaïque: quelques fictions, commentaires et réflexions que j’ai cru bon de coucher sur papier [pour les partager]. Je ne veux pas être considéré un auteur, ni un poète; je ne suis qu’un îlot [obscur] qui cherche la lumière…

Il peut paraître étrange que la majorité de ces vers soit morbide. Sans doute la mort m’apparaît-elle fascinante. La puissance des sentiments vient de notre propre impuissance. Pour moi, poème rime avec anathème, amor avec mort, strophe avec catastrophe, poésie avec agonie. Pourquoi les moments heureux suscitent-ils moins de vers? Lorsque l’on est heureux on se soucie peu de faire des rimes. On boit la vie à grandes gorgées. Lorsque la douleur nous étreint, on s’apitoie sur soi-même, on plonge dans l’univers de la ténébre et les plus belles perles rythmées voient alors le jour. Solitude, douleur, amour refusé, désespoir, onirisme, telles sont les clefs de mon univers. Étrangement, je ne découvre que maintenant quelle a été la puissance de mon imaginaire, ayant réussi à exprimer des sentiments vécus seulement en rêve. Ils paraissent bien fades sur le papier une fois qu’on les a vécus… J’ai été plongé dans un silence obscur pendant une longue période de ma vie. Un long sommeil. [Un long hiver.] La vie m’a giflé comme un éclair, et je m’éveille à la lumière. [Avec ce recueil,] Je fais donc une sorte de bilan, par crainte de retourner à la ténébre avant d’avoir vraiment vécu.

Pourquoi un tel titre à ce recueil? Je ne sais trop, une image vue en rêve. J’aimerais avoir un tel monument, symbole du hasard, du chaos qui a mené ma vie [1]. Une sorte de testament littéraire. De plus, je croyais que 1986 serait pour moi une sorte de point tournant: vingt-trois ans, l’année de la Grande Comète. Quelle déception!

Jeune, je signais toujours mes vers du nom de Biset, en référence au pigeon commun qui hante les rues de nos grandes villes. Une sorte d’anti-idéal de l’anonymat, de la noblesse oubliée, d’ésotérisme. Adulte, j’ai plutôt choisi Le Rêveur Gris, plus en accord avec mon style et mes influences. La grisaille du béton, le yin et le yang tout à la fois, le chaos. [Pendant un temps j’ai aussi adopté Sejanus [CJ en forme latine, incluant Janus] mais, maintenant, je signe simplement clodjee…]

Mes influences? Ce furent Lovecraft, Nelligan surtout, toutes mes lectures de fiction spéculative (dont P.K. Dick) et ce qui se trouvait là où me portaient mes pas, mes rêves… Étrangement, ce n’est que récemment que j’ai découvert en Baudelaire un maître. Ainsi, si certaines pièces appartiennent à la SF ou à la Fantasy (et même [parfois] au mainstream) la plupart ont une forte teinte de fantastique. Il est amusant de constater que la majorité des textes ont été écrits en automne, particulièrement en novembre ou en décembre. Il faut croire que c’est la saison qui m’inspire le plus, de par la puissance qu’elle dégage.

À noter également que sous les noms de lieux fantaisistes où m’est venue l’inspiration, se cachent les différentes scènes de ma vie: Isléaval, c’est ce petit archipel obscur [où j’ai vu le jour –] aux sources de la rivières Des Prairies; Daphné, c’est un petit lac en Mauricie [près du village fictif de Saint-Eloi-de-Paxton] où je médite parfois sur les joies simples de l’existence; Morwajal, c’est cette montagne-cité où je me suis maintenant établi.

La plupart de ces vers ont été [écrit entre l’âge de dix et vingt-sept ans et ont été] légèrement remaniés le six décembre mil neuf cent quatre-vingt-neuf [en préparation pour la publication — mais, pour paraphraser FDR, c’est malheureusement un jour que l’on se remémorera dans l’infamie].

Voilà, je vous ouvre mon coeur, prenez garde de vous y blesser.

To the one I loved.

Clodjee Pelletier

Morwajal
1988/12/17
1989/12/06
[2019/11/18]

InscriptionsInscriptions sur une pierre tombale icosaèdrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [BAnQWorldCat]

Extraits de douze poèmes mis en ligne dans la série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!]SabbatVision morbide en rondelL’attenteLa sentence du sonnetEn la demeure d’HadèsCar elle était mortelleExcroissanceFantôme.

[1] Dans plusieurs jeux de rôle (e.g. le d20 system de D&D), le dé à vingt côtés (un icosaèdre qu’on appel d20 dans le jargon ludique) sert à déterminer la réussite d’une action (le résultat du roulé devant être inférieur au niveau de l’habilité du personnage (force, dextérité, charisme, etc.) nécessaire pour accomplir cette action) ou la quantité de dommage infligé à l’adversaire. D’où le fait que, en plus d’être une figure géométrique fascinante, l’icosaèdre peut aussi être considéré comme un symbole de hasard et de chaos… Évidemment, l’icosaèdre a vingt côtés et le recueil comporte vingt poèmes…

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Fantôme

Fantome_(2-93)-lowres

[Illustration: Miyako Matsuda]

Mon coeur est une grande maison vide
Où j’ai vécu un bref instant de bonheur
Lui offrant mon gîte en quelques mots timides
Pour que nous partagions un peu de notre chaleur

Mais elle s’en est allé et je suis resté seul
Avec mes souvenirs sous leurs housses tristes
Cherchant son odeur imprégnée du linceul
M’enivrant de tout ce qui d’elle subsiste

Oubliant la douleur, j’ai nettoyé la demeure
Il ne reste que son fantôme, faible lueur
Qui sourit candidement à mon regard lucide
Depuis qu’elle hante cette grande maison vide

Morwajal
1989/01/17•22

InscriptionsPublié originalement (page 49) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaèdrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat • Vision morbide en rondel • L’attente • La sentence du sonnet En la demeure d’Hadès Car elle était mortelle • Excroissance

Voir aussi mes haïku

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Note : Ce poème est un triple quatrain qui s’inspire du douzet mais, encore une fois, n’en respecte pas la forme (pentamètre iambique, rime en abba cddc abcd). Dans ce cas-ci la forme est hétérométrique (10/11/11/13, 13/11/11/11, 13/13/13/13), rimée (selon abab, cdcd, bbaa) en genre croisé sauf pour les deux derniers vers (F/M/F/M, M/F/M/F, F/M/F/F).

C’est l’un de mes poèmes préférés de ce recueil (au côté de  Sabbat et de Vision morbide en rondel). Ceci termine les extraits (douze poèmes sur vingt) de Inscriptions sur une pierre tombale icosaèdrique datant de 1986. Dans les prochaines semaines, je mettrai en ligne des inédits !

Jour du souvenir

Souvenons-nous de quoi, au juste ?
Que de chair à cannon il a fallut servir…
Pour les intérêts d’un empire mourant ?

Qu’on nous avait promis que ce serait…
Une guerre pour qu’il n’y en ait plus jamais ?
Que pour les autres on meure vaillamment…
Mais refusons d’agir pour assurer l’avenir ?

Moi, j’oublierais volontiers ces temps injuste !

Morwajal
2019/11/11

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Excroissance

J’ai tant cherché la lumière
Que telle une plante de l’ombre
J’ai poussé de guingois

Mes frèles racines s’enfoncent
Désespérément dans l’humus malodorant
D’un passé ténébreux

Ma carcasse noueuse
Et mon pâle feuillage s’étirent
Dans une quête infructueuse
Vers des lendemains embrumés

J’ai ployé sous la lourdeur
De mon espoir futile
Tellement que même mon âme
Est maintenant tordue…

Isléaval
1984/11/14•19

InscriptionsPublié originalement (page 43) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat • Vision morbide en rondel • L’attente • La sentence du sonnet En la demeure d’Hadès Car elle était mortelle 

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Note : Ceci est un sonnet inversé (les tercets d’abord suivi des quatrains), complètement hétérométrique et sans rimes. Chaotique (et tordu comme son sujet), il ne respecte aucune forme (quoiqu’ il y a une prédominance de vers octosyllabique [7/8/6, 8/12/6, 6/9/8/8, 7/6/8/6] et de rimes féminines [F/F/M, F/M/M, F/F/F/M, M/F/F/F])…

Car elle était mortelle

Car_elle_etait_mortelle_(1-93)

[ Illustration par Miyako Matsuda ]

Car elle était mortelle
Et moi je rêvais de sa tendresse
Je serais descendu
Et je l’aurais cueillie

J’aurais exposé la candeur
De ses frêles pétales roses
S’ils n’étaient condamnés à se flétrir
Dès que je les eusse humés

Ô ! Douce Panthée !
Y a-t-il un monde
Où nous puissions nous rejoindre
Sans l’un et l’autre se blesser
Sur l’aiguillon cruel
De la vie immortelle
Où suinte le poison amer
De ce qui ne peut être ?

Ma tristesse est si grande
Que d’elle naît un monde cristallin
Enveloppant un océan de larmes retenues
Qui frémissent avec lenteur
Au cri de ma mélancolie
Mon désir est si vaste
Que son rift rencontre parfois l’océan
En un grondement de vapeur iridescente

Dans ma nuit éternelle
J’attendais son jour chaud et vif
Mais il ne vint pas éclairer mon récif
Car elle était mortelle…

Isléaval
1984/11/03

InscriptionsPublié originalement (page 41) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat • Vision morbide en rondel • L’attente • La sentence du sonnet En la demeure d’Hadès 

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Note: Ici, aucune forme, métrique ou rimes. Seulement un certain rythme et des images suggérées… C’est une forme de poème en prose (poésie prosaïque ?). Coïncidence étrange, ce poème a été écrit il y a trente-cinq ans, jour pour jour !

Le nom de Panthée ne fait pas référence au personnage mythologique (roi de Thèbes) ou littéraire (dans la Cyropédie de Xénophon elle est la femme d’Abradate; elle réapparait souvent chez les modernes, par exemple dans la tragédie de Tristan L’Hermite ou même dans Prometheus Unbound de Shelley, et inspire aussi le court leitmotiv de Satie). Je fais plutôt allusion à la maîtresse de Lucius Verus [1] (sur lequel je travaillais à l’époque [2]). Il l’aurait rencontré à Antioche durant la campagne contre les Parthes; elle est mentionnée par Marcus Aurelius (Pensées: VIII, 37) et Lucien de Samosate la décrit comme une femme d’une beauté exceptionnelle (dans Les portraits / Εικόνες / Imagines). Toutefois, ici, je mets surtout l’accent sur le sens grec du nom [3] pour suggérer une femme idéale, qui incarne toutes les qualités féminines…

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[1] “Lucien, également du IIe siècle, fait dire, dans ses Εικόνες, par un des personnages, que Verus est un empereur « grand, bon et aimable ». Cette œuvre curieuse célèbre la grande beauté physique et morale d’une femme, nommée Panthée, que Verus a dû connaître à Antioche et qui a peut-être été sa maîtresse. Telle que  Marc-Aurèle nous la représente dans ses Pensées (VIII, 37), pleurant Verus sur sa tombe, longtemps après sa mort, elle ne donne  point l’impression d’être une de ces femmes légères auxquelles Antioche devait sa renommée à cette époque.” [ P. Lambrechts , “L’empereur Lucius Verus. Essai de réhabilitation” in L’antiquité classique, Tome 3, fasc. 1, 1934. pp. 173-201]

[2] Étrangement, c’est ce même texte de Lambrechts, cité plus haut, qui m’a inspiré et qui me servi de base pour l’argumentaire de mon mémoire de maîtrise — sur Lucius Verus et l’image qu’en a rendue la Vita Veri de l’Histoire Auguste — sur lequel j’ai travaillé entre 1984 et 1987. C’est incroyable toute l’information que l’on retrouve sur l’internet de nos jours. Si seulement cela avait existé à l’époque !

[3] πάνθειος / pantheios : « commun à tous les dieux », qui réunit les attributs de toutes les divinités.

En la demeure d’Hadès

Où sont ces matins de printemps rieurs
Et ces après-midi calmes d’été
Où nous avions encore le temps de cueillir les fleurs
Et d’aller aux champs pour nous y amuser

Je ne vois plus que des carcasses d’arbres
Qui tendent leurs branches nues au fouet du vent
L’univers s’est figé dans la froideur du marbre
Et un désert blanc s’est substitué aux champs

C’est l’hiver éternel qui envahit mon esprit
C’est une prison de métal qui enferme mon coeur
Dans ma nuit, je rêve et je prie
Mon passé est mort et je le pleure

Mon sommeil est troublé par le poids de mes chaînes
Et mes chairs sont meurtries par une folle cadence
Je m’enveloppe d’un manteau de haine
Pour attendre que vienne ma renaissance

Isléaval
1983/12/03

InscriptionsPublié originalement (page 39) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat • Vision morbide en rondel • L’attente • La sentence du sonnet

Voir aussi mes haïku

Note: Baudelaire chérissait beaucoup la forme comportant quatre quatrains en alexandrins. Je m’en suis beaucoup inspiré, quoique je les ai presque toujours présenté de façon hétérométrique. En effet, la seule constance ici est la rime (ABAB, quoique généralement pauvre) alors que la métrique (10/10/14/11, 10/12/12/12, 13/14/8/9 et 12/13/10/11) et le genre des rimes (M/M/M/M, F/M/F/M, M/M/F/F et F/F/F/F) varient constamment ! J’ai toujours considéré qu’en poésie les règles étaient faites pour être brisées !

Note extra (2019/12/09): En me relisant, je viens de réaliser que ce poème fait allusion à la fin de l’innocence de l’enfance (le “printemps rieur”) et à la douloureuse oppression créée par le deuil (“une prison de métal”) — ma soeur ainée étant décédée (“Mon passé est mort et je le pleure”) dans un accident quelques mois plus tôt (en août).

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La sentence du sonnet

Dans la froide étincelle de septembre
La voix des irréelles Immortelles se fait entendre
Douce crécelle qui morcelle l’ennui de la noire prison
Où, dans un frisson, s’entend encore une oraison

“La perfidie de ces siècles de barbarie”, disent-elles
“A sonné le glas de leurs complices ici-bas
Que le moindre faux-pas condamnera au trépas
Ne survivront à l’utopie que les infidèles”

Par une étrange alchimie mes exhalaisons se parsèment
Dans le cimetière, irradiant une froide lumière
Au travers des cyprès où le vent chante un requiem

Et les voix des Immortelles me tirent de ma tourbière
L’incroyant s’éveille car les anges ont crevé l’abcès
Et les mortels blèmes paient enfin leurs excès

Isléaval
1982/09/23

InscriptionsPublié originalement (page 35) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat • Vision morbide en rondel • L’attente 

Voir aussi mes haïku

Note: le sonnet est une forme poétique composée de quatorze vers divisés en deux quatrains et deux tercets qui doivent rimer selon une forme stricte (qui comporte cependant plusieurs variantes). De plus, la longueur du vers (la métrique syllabique) n’est pas fixe (en français) mais reste généralement isométrique. Comme à mon habitude, je m’inspire de la forme mais ne la respecte pas: ici mes vers n’ont aucune isométrie et suivent un schéma chaotique (AABB CDDC EFE FGG) et non une des variantes traditionnelles (sonnet pétrarquin: ABBA ABBA CDE CDE, marotique: ABBA ABBA CCD EED, Peletier: ABBA ABBA CCD EDE, ou élisabéthain: ABAB CDCD EFEF GG). Par contre la rime a souvent une résonance à l’intérieur même du vers allant parfois jusqu’à l’assonance ou l’allitération

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L’Attente

Je flotte dans ma nuit funèbre
La gorge serrée par mon propre deuil
Qui, à vingt ans, me condamna au cercueil
Plongeant mon esprit dans d’étranges ténèbres

J’attends depuis mille ans le céleste accueil
Dans mon attente j’ai froid, dans cet ossuaire
Où nous étions trop nombreux, même naguère
Quand viendra notre jour, à nous qui sommes sur le seuil ?

Isléaval
1982/09/23

InscriptionsPublié originalement (page 33) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat • Vision morbide en rondel

Voir aussi mes haïku

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Vision morbide en rondel

Hier, j’ai pleuré ma propre mort
Étendu sur ta tombe, j’ai répandu ma vie
Car mon navire s’appelait Utopie
Et le naufrage le prit au sortir du port

On descend ce cercueil où je dors
Ils sont tous là, interdits
Hier, j’ai pleuré ma propre mort
Étendu sur ta tombe, j’ai répendu ma vie

Ainsi tel est mon sort
Tout n’est qu’une funeste tragédie
Que je joue, muet, mal-mort

Hier, j’ai rêvé ma propre mort.

Isléaval
1982/09/22-23

Publié originalement (page 31) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!] • Sabbat

Voir aussi mes haïku

Note: le rondel est un forme poétique — qui n’est pas respecté ici mais qui a servi d’inspiration. J’ai toujours résisté à l’envie d’y faire un petit ajout pour le conformer à la forme…

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Sabbat

Une étrange lumière brillait dans ses yeux
Sous la lune grosse, nous unîmes nos voeux

Nous avons ôté toute cette mascarade
Ceci est ton corps, ceci est mon sang
J’ai sacrifié mon âme à ce dieu délirant
Et ma digue, brisée, battit la chamade
Se vida par saccades, en elle gisant inerte

Nous sommes morts enlacés mais revivrons, certes
Nous avons donné notre chair pour oublier le temps
L’offrande acceptée scella notre engagement

Alors j’ai bu ma semence offerte
Dans le calice de ses cuisses entr’ouvertes

Sabbat…
De rêve…
Ébats…
Sans trêve…

C’était une nuit de sabbat
Cérémonie magique d’ici-bas…

Isléaval
1981/11/14

Publié originalement (page 29) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • RideauJe veux m’évader [Et pourtant je suis libre!]

Voir aussi mes haïku

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Je veux m’évader

Je_veux_m_evader_(4-93)

[ Illustration par Miyako Matsuda ]

[ Et pourtant je suis libre! ]

Je rêve que la mort descend sur moi
Me promettant d’autres mondes, mes joies
Toute noire vêtue, elle est belle
Heureux, je m’envole sur ses ailes
Tel une ombre planant au-dessus de la terre

Je rêve aux déesses de la mer
Jouant avec elles à quelques jeux pervers
Abandonnant mon corps à leurs vagues
Je plonge en elles, dans leurs eaux opaques
Je délaisse la vie, je ne sais plus qu’en faire…

Isléaval
1980/12/02

Publié originalement (page 23) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie • Rideau

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Rideau

J’aurais envie de peindre en clair
Cette vie qui m’est chère
Afin de de ne pas l’oublier
Lorsque je l’aurai quittée

Paysage plein de couleurs
Où une douce saison se meurt
Mon regard, avec espoir, y court
Pour y trouver quelques secours

Le vent siffle sur mon seuil
Arrachant quelques dernières feuilles
Force d’une planète tant aimée
Que l’Homme n’a de cesse de dompter

Malgré ces arbres qui ploient sous le vent
Et ces feuilles qui dansent follement
Je me dis que rien ne peut plus durer
Et que tout finira par ÉCLATER!

Isléaval
1980/10/26

Publié originalement (page 21) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.[ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie …

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Divagation sous la pluie

Il est des nuits
Où la mélancolie
Des jours d’espoir
Nous étreint dans le noir

La tristesse de l’âme
Brise la nuit telle une lame
Laissant quelques écueils
Pourrissant sur le seuil
D’un esprit qui s’abime
Au coeur d’insensible rimes

Le tambourinement
Le sonore éclatement
De ce ciel crachant
Son fiel-océan
Transperce l’esprit
Du penseur accroupi

Il est des nuits
Où l’âme s’éprend sans bruit
D’un néant futile
Envahissant ses pensées graciles

Je cherche mon accomplissement
Dans ces vers sans but
Qui sont issus
De mon crépuscule vivant

Écrit sur les rives du lac Daphné
À St-Éloi de Paxton
1980/07/22

Publié originalement (page 19) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à soixante-quinze exemplaires.  [ BAnQWorldCat ]

Série “Poésie du dimanche” : La danse du cafardDivagation sous la pluie …

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La danse du cafard

Il y a des jours comme ça
On ne vit que pour dormir
Il y a des jours comme ça
On a le goût de tout maudire

On a le cafard
On a peur du brouillard
On ne vit que pour dormir
Que pour en finir
Avec ces jours moches
Et ces nuits atroces

Il y a des jours comme ça
On se sent si las
On ne peut même plus sourire
On ne vit que pour dormir

On n’envie que la nuit
Et les rêves de l’oubli

Je vis en silence
Évitant de sombrer
Tel un navire immense
Dans l’océan de l’éternité

Isléaval
S.D. (probablement 1972)

Publié originalement (page 15) dans Inscriptions sur une pierre tombale icosaédrique datant de 1986, par Claude J. Pelletier. Laval: Publications Ianus, Février 1990. 54 pages. ISBN 2-9801683-1-9. Édition limitée à 75 exemplaires. [ BAnQ • WorldCat ]

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Three haïku

I’d rather sleep and dream
Than live in this hurtful world —
Will the eternal night ever come ?

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Like for the law-men the librarian’s motto
Should always be “serve and protect” —
Protect the books and serve the readership !

⊕­­­­ ­­­ ­­­ ­­⊕­ ­­­ ­­­ ­­⊕

My haïku will always be free
As they are not bound by any form
But still cost me dearly to spawn

⊕­­­­ ­­­ ­­­ ­­⊕­ ­­­ ­­­ ­­⊕

[ Traduire ]

Haïku

Tel le phare et la bibliothèque d’Alexandrie
Nous sommes les balises du grand savoir
Qui guident et promulguent la connaissance

Like the lighthouse and the library of Alexandria
We are the beacons of great learning
Who guide and promulgate the knowledge

Όπως ο φάρος και η βιβλιοθήκη της Αλεξάνδρειας
Είμαστε οι μεγάλοι γνώστες
Ποιος καθοδηγεί και διαδίδει τη γνώση

                      (2018/12/02 — originally written on 2017/05/08)