Monnaies anciennes 21

Les femmes romaines (5)

Salonina

Salonina, dont j’ai trois antoniniani, était l’épouse de Gallienus, empereur romain du IIIe siècle qui a régné durant la période dite des “trente tyrans”, entre octobre 253 et septembre 268 EC. À la mort de son père et coempereur, Valérianus, aux mains des Perses, il devient seul empereur en 260 EC. Il hérite d’un empire assaillit de tout côtés par des envahisseurs (Perses et Alamands) mais surtout divisé par des rébellions et de nombreuses tentatives d’usurpations — principalement par Postume, qui créa l’Empire des Gaules au nord-ouest, et Odénat, qui fonda avec son épouse Zénobie le Royaume de Palmyre en Orient. Ce qui rend Gallienus intéressant c’est qu’il a été un empereur hellénisant et humaniste, adepte du néoplatonisme et tolérant envers le christianisme — ce qui a facilité son avancement. Il a également fait des réformes militaires où le commandement des armées a été confié à des Magister equitum, des officiers expérimentés d’origine illyrienne ou pannonienne. Il a été assassiné alors qu’il affrontait l’usurpateur Auréolus à  Mediolanum en septembre 268. Claudius Gothicus, l’un de ses maîtres de cavalerie illyriens, lui succède pour mettre fin à l’anarchie militaire — débutant ainsi l’époque des empereurs illyriens. J’ai de nombreuses pièces de monnaies de Gallienus, Postumus ainsi que de Claudius Gothicus et ses successeurs, alors j’y reviendrai bientôt. 

D’origine Bithynienne (selon l’Historia Augusta), Julia Cornelia Salonina épouse probablement Gallienus en 243 et est faite Augusta au début du règne de son beau-père, Valerianus, en 253. L’Histoire (par les monnaies et les inscriptions lapidaires) ne retient le nom que de seulement deux de ses enfants, Valerianus II et Saloninus (qui ont été associé au pouvoir mais sont mort jeunes), toutefois des allusions à sa grande fécondité et des monnaies illustrants plusieurs jeunes enfants semblent indiquer une plus large progéniture. Aucune source ne mentionne d’anecdote négative à son égard et elle semble avoir été aimé du peuple (comme l’indique une inscription sur un arc dédié à Gallien à Rome, la qualifiant de “très sainte Augusta Salonina”, SALONINAE SANCTISSIMAE AVG); elle aurait été une bonne épouse, très proche de Gallienus (des monnaies font l’éloge de la “concorde des augustes”, CONCORDIA AVGVSTORVM), participant même au pouvoir (puisque près de 10% du monnayage du règne lui fut consacré). Elle aurait visité les thermes de Berthemont-les-Bains, dans les Alpes-Maritimes, pour s’y soigner en 261 (cet événement est illustré dans la bande dessinée Ad Roman que j’ai récemment commenté) et y aurait professé la liberté de culte, se montrant particulièrement clémente envers les Chrétiens. Elle a probablement été exécuté avec l’entourage de Gallienus, après le décès de ce dernier en 268, dans une purge ordonnée par le sénat.

IMG_8753-8757Ce beau antoninianus (VG/G, billon/Ae, 19 mm, 1.740 g, payé $US 5.00 le 1985/04/14, caractérisé par des taches vertes d’oxyde de cuivre) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente une Pietas debout à gauche, la main droite levée et tenant une boite à parfums dans la main gauche, avec l’inscription PIETAS AVG[VSTI] (“piété de l’auguste”) — aucune marque d’officine (lettre “P” pour Rome ou lettre “P” à d. avec “II” à g. pour Siscia) ne peut être distingué dans le champs droit ou gauche (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas). Le type du revers représente la piété et la dévotion de l’impératrice envers les dieux et sa famille. Rien ne permet de dater précisément cette pièce (c. 260-268). 

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 22 (p. 193), Sear RCV (1983): 2942, C 77, vcoins, Wildwind (text, image), numismatics, Gallienus & family, ERIC, FAC (Salonina, Pietas). Voir aussi ma fiche.

IMG_8760-8764Cet assez beau antoninianus (G/P, billon/Ae, 20 mm, 2.781 g, payé $US 5.00 le 1985/04/14, flanc vaguement triangulaire du à l’usure, traces d’oxyde de cuivre) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente l’empereur (Valerianus ou Gallienus), à gauche, recevant une victoire de Rome, à droite, assise vers la gauche, une couronne (ou étoile?) dans le champs au-dessus, avec l’inscription ROMAE AETERNAE (Rome éternelle”). Il existe plusieurs variantes de cette pièce frappée en Asie (soit à Antioche ou à Samosate) durant le règne conjoint de Valerianus et Gallienus (253-260). Le revers commémore sans doute une victoire militaire, probablement contre les Perses Sassanides de Shapur Ier (puisque la pièce a été frappée en Asie). Certaines sources (dont le RIC) la date de 255-56 et d’autre de 258-60 (selon la variante). 

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 67 (p. 115), C 103, vcoins, CoinArchives, numiscmatics, ma-shops, Wildwinds (text, image), Wildwinds (text, image), acsearch, acsearch, acsearch,  ERIC, FAC (Salonina, Romae Aeternae). Voir aussi ma fiche.

IMG_8765-8768Cet antoninianus dans un état passable (G/Fair, Ae argenturé, 19 mm, 1.961 g, payé $US 15.00 le 1985/04/14, caractérisée par une couleur grisâtre et un aspect rugueux) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente une Vénus debout à gauche, tenant un casque (ou une pomme?) dans la main droite, un long sceptre dans la main gauche et avec un bouclier à ses pieds. L’inscription est VENVS VICTRIX (“Vénus victorieuse”). Aucune marque d’officine (comme la lettre “H” ou les chiffres “IV” ou ”VI”) ne peut être distingué dans le champs droit (le RIC indique bien une variante sans marque). Le type du revers fait référence à la légende du jugement de Pâris et de la fameuse “pomme de la discorde” et est sans doute une allusion à la beauté de Salonina. Il existe plusieurs variantes de cette pièce frappée à Rome et rien ne permet de la dater précisément, mais le RIC l’indique comme une pièce frappée sous le règne seul de Gallienus (c. 260-268). 

Toutefois, l’instabilité politique et le coût économique des constantes campagnes militaires ayant amené une importante dévaluation monétaire, les dénominations traditionnelles du IIe siècle disparaissent complètement et les antoniniani, d’abord frappé en billon (avec à peine 10% d’argent) au début du règne de Gallienus, ne sont plus à la fin de son règne que des pièces de cuivre argenturées (trempées dans l’argent ou plaquées). L’état de cette pièce (où le noyau de cuivre apparait sous l’argenture) semble indiquer une période tardive du règne de Gallienus (c. 267-68).

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 31 (p. 194), Sear RCV (1983): 2947, C 129, vcoins, Wildwinds (text, image), Wildwinds (text, image), Numista, Numista, numismatics, Gallienus & family, ERIC, FAC (Salonina, VENVS VICTRIX, billon). Voir aussi ma fiche.

Ces trois pièces de monnaie, à travers Salonina, représentent bien l’image de la femme romaine éclairée et forte.

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Monnaies anciennes 20

Les femmes romaines (4)

Herennia Etruscilla 

Herennia Etruscilla, dont je n’ai qu’une seule pièce de monnaie, était l’épouse de Trajan Decius (possiblement marié vers 230), qui règna de l’automne 249 à juin 251, pendant l’anarchie militaire qui suivi la dynastie des Sévères. Les sources sont pauvres à cette époque et on connait donc peut de choses d’elle. Elle serait d’une vieille famille sénatoriale italienne (possiblement d’une origine étrusque). Elle reçoit le titre d’Augusta lors de l’accession au pouvoir de son époux en 249. Elle a participé au pouvoir puisqu’elle gérait les affaires de l’Empire durant les campagnes militaires de Decius (et même, plus tard, comme régente d’Hostilianus). Son fils Herennius Etruscus fut très brièvement co-empereur (en mai et juin 251) aux côtés de son père mais tous les deux meurent durant la bataille d’Abrittus, alors qu’ils défendaient la frontière danubienne contre des envahisseurs Goths. Le gouverneur de Mésie, Trebonianus Gallus, est proclamé empereur par les troupes et succède à Decius. Elle leur survit et continue même d’être associé au pouvoir puisque son second fils, Hostilianus qui n’a que treize ans, est fait co-empereur de Trebonianus Gallus et que sa fille aurait possiblement été mariée au fils de Trebonianus, Volusianus. Etruscilla serait peut-être morte de la peste qui a aussi emporté Hostilianus en novembre 251 — quoiqu’il en soit, elle sombre dans l’obscurité après cette date. Elle demeure néanmoins un bon exemple de femmes romaines fortes qui ont joué un rôle politique.

Cet assez beau antoninianus (billon, 20 mm, 3.128 g, acheté à Paris le 1986/02/07 pour 80 FF) nous offre sur l’avers un buste diademé et drapé d’Etruscilla (les cheveux disposés horizontalement en vagues), regardant vers la droite et reposant sur un croissant, avec l’inscription HER[ENNIA] ETRVSCILLA AVG[VSTA]. On distingue un possible point dessous le buste. Sur le revers on retrouve une Pudicitia (représentant la pudeur et la modestie) debout de face, regardant à gauche, levant un voile de son visage avec la main droite et tenant de travers un long sceptre de la main gauche, avec l’inscription PVDICITIA AVG[USTAE]. Rien dans l’inscription, le portrait de l’avers ou le type du revers n’indique une datation précise. On doit donc se contenter de la dater entre 249 et 251 EC.

Les pièces d’Etruscilla comportent deux types de coiffures: le type (a), dont c’est le cas ici, où les cheveux sont disposés horizontalement en vagues (de façon similaire à ses prédécesseurs, Tranquillina (épouse de Gordianus) et Otacilia Severa (épouse de Philippus)), et le type (b) où les cheveux sont lisses et portés à l’arrière de la tête en une tresse. Les spécialistes ne s’entendent pas sur lequel de ces styles serait le plus ancien, mais j’aurais tendance à croire que c’est le type (a)…

Les pièces d’Etruscilla ont été frappé à trois ateliers (officines): Rome, Antioche et, quoique très rare, Mediolanum (Milan). Le type de revers avec Pudicitia aurait été frappé tant à Rome qu’à Antioche mais, si la frappe de Rome semble plus fréquente, la possible présence d’une marque de contrôle (a.k.a. Notae Monetales ou “mint marks”) de l’officine d’Antioche (le point dessous le buste) pourrait suggérer que la pièce ait été frappé à Antioche (quoique le RIC ne référence des Pudicitia frappées à Antioche seulement qu’avec le type de Pudicitia assise).

Cette pièce est le premier exemple d’antoninianus que je vous présente. C’est une dénomination monétaire de l’Empire Romain du IIIe siècle qui a été créé par Caracalla en 215. Il était théoriquement en argent et avait la valeur de deux deniers, mais il a rapidement connu une forte dévaluation alors qu’il était frappé en billon, un alliage moitié-moitié argent et cuivre. Le pourcentage d’argent de l’alliage (aloi ou titre en argent) diminue encore par la suite: sous Decius on estime qu’il était environ de 35% à 40% mais tombe à 10% sous Gallienus (en 260) et même dessous 3% sous Claudius Gothicus (268). Le titre en argent conserve toutefois un pourcentage raisonnable plus longtemps (jusqu’en 265) dans l’Empire des Gaules, qui avait accès à plusieurs mines d’argent.

Sources: Wikipedia, Sear RCV (1983): 2630, RIC IV Part 3: 58b, Sear RCV [M. Ed.]: 9494, C 17, CoinArchives, CoinArchives, CoinProject, Wildwinds, vcoins, vcoins, cointalk, numiscmatics, coincommunity, acsearch, deamoneta, ERIC, FAC (Etruscilla, Antioch officinae, PUDICITIA AVG, Pudicitia). Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 19

Les femmes romaines (3)

Crispina

Crispina, dont je n’ai qu’une seule pièce, était la femme de Commodus. Bruttia Crispina est née en 164 EC d’une famille d’aristocrates d’origine italienne qui a toujours été proche du pouvoir. Son père, le sénateur Gaius Bruttius Praesens, a été proconsul d’Afrique (166-167) et a accompagné Marcus Aurelius dans sa seconde expédition militaire germanique contre les Marcomans et les Sarmates (176-179). Alors qu’elle n’a que treize ans, en 177, elle épouse Commodus lorsque celui-ci est fait co-empereur par Marcus et reçoit aussi le titre d’Augusta. On la décrit comme une femme “gracieuse et sensible” mais qui ne semble pas s’être impliquée politiquement. Certains types de revers de pièces de monnaie (Fecunditas et Juno Lucina) laissent croire qu’elle aurait pu être enceinte mais les textes ne mentionnent aucune progéniture (l’enfant serait peut être mort-né?). Cette union stérile serait possiblement la raison qu’elle fut accusée d’adultère et exilée à Capri en 188, où Commodus la fera assassiner quelques années plus tard, en 191, comme il l’avait fait pour sa soeur Lucilla (étrangement, le ERIC et le RIC place sa mort en 183, alors que d’autre sources la date en 193 ?!).

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Ce beau sesterce (Ae, 31-32 mm, 23.791 g, payé $35 le 1985/12/17, caractérisé par une fêlure) nous offre un buste de Crispina drapée à droite (chevelure nattée sur le front et rassemblée en chignon à l’arrière de la tête) avec l’inscription CRISPINA AVG[VSTA] – IMP[ERATORI] COMMODI AVG[VSTI] (Crispine Augusta femme de l’empereur Commode). Sur le revers on retrouve une Salus assise à gauche, nourrissant un serpent lové autour d’un autel à gauche avec une patère tenue de la main droite, le coude gauche appuyé sur le dossier, avec comme inscription simplement SALVS et, vraisemblablement, un S[ENATUS] C[ONSULTO] (“avec la permission du Sénat”) en exergue (quoique illisible sur cette pièce, mais il y aurait de la place). La représentation d’une Salus (déesse de la santé) pourrait invoquer un souhait de prompt rétablissement, possiblement suite à une fausse couche… Rien sur la pièce ne semble indiquer une possible datation (l’intervalle maximale serait 177-188) mais la plupart des sources semblent dater ce genre de pièces en 180-182/3… Sources: Wikipedia, Sear RCV (1983): 1589, Sear RCV [4th ed.]: 1686, RIC III 672b, CoinArchives, CoinArchives, Wildwinds (text, image), vcoins, cointalk, numismatics, Catawiki, CGB, British Museum, coinproject, POP, Wien Kunsthistorische Museum, FAC (Crispina, Salus). Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 18

Les femmes romaines (2)

Lucilla

Je suis particulièrement attaché à Lucilla, dont j’ai deux pièces, car elle était non seulement la fille de Marcus Aurelius et Faustina Minor (et donc la soeur de Commodus, contre qui elle complota) mais elle était aussi l’épouse de Lucius Verus, à qui elle donna trois enfants.

Annia Aurelia Galeria Lucilla est née le 7 mars 149 et grandit à la cour d’Antoninus Pius. En 161, son père la fiance à son coempereur, Lucius, qu’elle épouse à Éphèse en 164. Elle reçoit alors le titre d’Augusta. Les époux ne passeront pas beaucoup de temps ensemble. Elle reste auprès de Verus à Antioche la première année, où elle accouche d’une  fille, Aurelia Lucilla, en 165, puis retourne à Rome alors que Verus reste en Asie Mineure pour superviser la campagne contre les Parthes puis se rend sur le front Danubien pour une campagne contre les Marcomans. Elle est considérée comme ayant été “une matrone respectable et influente”. Après la mort de Verus en 169, Marcus arrange un second mariage avec le général Tiberius Claudius Pompeianus Quintianus qui est deux fois plus âgée qu’elle et issue d’une famille syrienne modeste de rang équestre. Elle lui donnera deux fils. Dès 172, elle le suit sur le front Danubien et est donc au chevet de son père à Vindobona lorsqu’il décède en mars 180. Étant l’aîné, elle espérait qu’elle et son mari succéderait à Marcus, mais c’est plutôt Commodus qui devient empereur. En 182, elle participe à un complot pour assassiner son frère et prendre le pouvoir. Ayant échoué, elle est exilée à Capri, où son frère la fait aussitôt exécuter… Cela démontre bien que les femmes romaines n’étaient pas exclues des jeux de pouvoir et des manoeuvres politiques…

IMG_8727-8729Ce beau sesterce (AE, 30 mm, 25.7022 g) présente sur l’avers un buste de Lucilla,  les cheveux ondulés et attachés en un chignon bas à l’arrière de la tête, drapée à droite avec l’inscription LVCILLAE AVG[VSTAE] ANTONINI AVG[VSTI] F[ILIA] (“Pour Lucilla Augusta fille de l’Auguste Antoninus“). Sur le revers on retrouve une Vénus debout à gauche, tenant une pomme dans la main droite et un sceptre dans la gauche, avec l’inscription VE-NVS et un S[ENATUS] C[ONSULTO] (“avec la permission du Sénat”) dans le champ de part et d’autre. Cette représentation exprime probablement un thème de fertilité (puisqu’elle a donné à Verus trois enfants) — quoique la pomme fait allusion à la légende du jugement de Pâris et de la fameuse “pomme de la discorde” alors que le sceptre est un attribut d’autorité. Comme Lucilla a reçu le titre d’Augusta qu’à son marriage en 164 et qu’il est peu probable qu’on ait frappé monnaie à son nom après qu’elle eut cessé d’avoir un statut d’impératrice en 169, cette pièce a certainement été frappé entre ces dates. Par contre, certaines sources réduisent cet intervalle à 164-166. Sources: Wikipedia, RIC III 1763, CoinArchives, CoinArchives, Numismatics, acsearch, Wildwinds, CoinTalk, CoinProject, DeaMoneta, FAC, MAShops, FAC (Lucilla, Venus, Apple). Voir aussi ma fiche.

IMG_8731-8733Cet as (Ae, 24 mm, 10.091 g, payé $8 le 1985/12/17), d’une qualité passable (ou même médiocre), nous offre un buste de Lucilla à droite avec l’inscription LVCILLA – AVGVSTA. Le revers représente une Hilaritas debout de face, regardant à droite, tenant une longue feuille de palmier dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, avec l’inscription HILARITAS et un S[ENATUS] C[ONSULTO] (“avec la permission du Sénat”) dans le champ de part et d’autre. L’inscription est illisible mais la longue palme est assez typique pour identifier le sujet représenté sans le moindre doute. Hilaritas est une vertus, la personnification divine et allégorique de l’allégresse qui, dans ce cas-ci, exprime probablement la joie suscitée par le mariage de Lucius et Lucilla ou la naissance d’un enfant. Les branches de verdure (une longue palme) étaient signe de réjouissance et la cornucopia un signe d’abondance. Cela me rappel, sans y être vraiment lié, la fête romaine de Hilaria, qui était célébré le 25 mars (trois jours après l’équinoxe du printemps), en l’honneur de de Cybèle (la Magna Mater) et d’Attis — cette festivité carnavalesque serait possiblement à l’origine du “poisson d’avril”. Pour les même raison que la pièce ci-dessus, celle-ci aurait été frappée entre 164 et 169 (quoique la même source suggère que les pièces avec l’inscription “Lucilla Augusta” auraient probablement été frappé plus tardivement, soit en 166-169). Sources: Wikipedia, RIC III 1741, Wildwinds (text, image), acsearch, ACsearch, acsearch, British Museum, Numismatics, FAC, FAC (Hilaritas, Palm, Hilaritas), Hilaria. Voir aussi ma fiche.

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Ad Romam, vol. 1: Le trophée d’Auguste

AdRomam-1-cov« À l’empereur César Auguste, fils du divin Jules, grand pontife, acclamé imperator… le Sénat et le peuple romain, parce que sous sa conduite et ses auspices, toutes les peuplades alpines qui s’étendaient entre la mer supérieure et la mer inférieure ont été soumises au pouvoir du peuple romain. »      – Pline l’Ancien

De Rome jusqu’aux confins de l’Empire, la série Ad Romam nous fait revivre les grandes réalisations de la plus incroyable épopée militaire de tous les temps à travers les voies terrestres et maritimes.

Ce premier tome, Le Trophée d’Auguste, nous met sur les traces des oeuvres de l’empereur Auguste…

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

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Page 10

Un groupe de jeunes qui cherche le trouble s’introduit de nuit sur le site du Trophée d’Auguste, dans la commune de La Turbie (en Alpes-Maritimes) qui surplombe la principauté de Monaco. L’un d’eux a déniché un livre au musée où son père travaille et ce livre décrit l’emplacement d’un trésor. Il s’agit d’une médaille commémorative d’Auguste. Dès que l’un des jeunes touche à la médaille il se trouve transporté dans le temps, à l’époque romaine. Il fait découvrir la propriété magique de la médaille à ses compagnons, puis à son prof d’histoire. Chaque fois qu’ils voyages dans le temps c’est toujours pour participer à un événement en relation avec le monument. Ainsi l’on découvre l’ultime bataille d’Auguste contre les peuples celto-ligures du sud de la Gaule, le triomphe d’Auguste à Rome, la construction de la via Julia Augusta, puis de la ville de Cemenelum (Cimiez) près du comptoir commercial grec de Nikaïa (Nice) et, finalement, la construction du trophée d’Auguste près de la colonie grecque de Monoïkos (Monaco). Puis ils se retrouvent dans la suite de l’Impératrice Salonine lors d’un voyage dans la région pour rencontrer un évêque et une visite aux thermes, puis ils se retrouvent au Mausolée de Lumone, puis lorsque le site est classé et restauré vers 1860. 

Je comprend l’intention pédagogique de faire découvrir l’histoire de leur région aux jeunes lecteurs monégasques mais, si le récit est amusant,  il est trop anecdotique et pas assez fluide pour que la lecture en soit agréable. De plus, je trouve le dessin horrible. La tentative de donner des visages réalistes aux personnages est un échec et le résultat est plutôt laid. Par contre, les détails historiques (arrière-plans, costumes, etc.) me semble assez réussi. Pour le reste, c’est plutôt décevant…

C’est donc une bande dessinée à lire seulement par curiosité, si l’histoire romaine de La Turbie et de Monaco vous intéresse…

Ad Romam, vol. 1: Le trophée d’Auguste. Par Yvon Bortorello, Arnaud Delalande, Hubert Prolongeau (scénario) et Boris Talijancic (illustrations). Monaco: Édition du Rocher, juillet 2020. 60 pages, 24 x 31.7 cm, 15,90€ / $C 26.95, ISBN 978-2-268-10263-4. stars-2-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

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Monnaies anciennes 17

Les femmes romaines (1)

Les monnaies romaines ne représentent pas toujours l’empereur sur l’avers. Parfois il s’agit d’une pièce commémorative de la fondation d’une cité, comme Rome ou Constantinople, ou alors elles vont représenter des membres de la famille impériale, généralement les épouses des empereurs. Dans de très rare cas, on retrouve des monnaies d’impératrices. Dans les prochaines semaines, je vais vous monter une dizaine d’exemples de femmes romaines représentées sur les monnaies de ma collection.

Faustina I

Faustina Maior (c. 100-140 EC) était la nièce de Hadrianus et l’épouse de Antoninus Pius (c. 110~115). On dit d’elle qu’elle était belle et sage, et — comme toute première dame de nos jours — s’est consacrée à des entreprises de charité et d’éducation pour les jeunes filles. Elle meurt en octobre ou novembre 140 et est divinisé par Antoninus. Malgré les ragots, elle devait être une bonne épouse et Antonin devait l’aimer suffisamment pour qu’il obtienne une telle chose du sénat. Il est vrai qu’on le disait très pieux…

IMG_8303-8304Ce très beau denier de Faustine l’Ancienne (AR, 18 mm, 2.756 g, payé $8 le 1985/12/17) illustre bien cette apothéose. Sur l’avers, on retrouve un buste drapé à droite (avec les cheveux en chignon au dessus de la tête et un diadème de perles) avec l’inscription DIVA – FAVSTINA. Le revers illustre une Aeternitas (ou Providentia) debout à gauche, tenant un globe dans la main droite et un voile ondulant dans la gauche, avec l’inscription AETER – NITAS. Cette pièce a été frappée après 140/1 EC (soit dans les années suivant son décès, 140-144, ou pour le dixième anniversaire de sa consécration, c. 150-151). Sources: BMC 373, C 32, RIC III 351, RCV (2002): 4578, RCV (4th Ed.): 1348, CoinArchives, vcoins, Wildwinds, FAC, CoinTalk, acsearch, FAC (Faustina Senior, Diva Faustina, Aeternitas). Voir aussi ma fiche.

IMG_8722-8724Ce beau sesterce de Faustine l’Ancienne (Orichalque [laiton], 31×32 mm, 22.001 g, payé $10.75 le 1985/11/18) continue sur le même thème. Sur l’avers, on retrouve un buste drapé à droite (les cheveux minutieusement ondulés et enroulés en bandes sur la tête et tirés vers l’arrière, avec un chignon sur le dessus) avec l’inscription DIVA – FAVSTINA. Sur le revers il y a une Juno debout à gauche, tenant une patère (pour faire une libation) et un sceptre, avec l’inscription IVNO, puis un S[ENATUS] C[ONSULTO] (avec la permission du Sénat) dans le champ de part et d’autre. Il semble y avoir plusieurs variantes de ce type, la différence résidant dans la césure de l’inscription sur l’avers (DIVA – FAVSTINA versus DIVA FAV – STINA) et la position du “O” de IVNO sur le revers. Cette pièce a été frappée après 140/1 EC (quoique certaines sources la date de 141 et d’autres de 147). Une caractéristique intéressante est que cette pièce comporte sur l’avers un graffito à l’encre de Chine (dans le champs droit, possiblement “1707 / ?? AES”). Sources: RCV (2000): 4629, RCV (4th Ed.): 1365, RIC III 1143, C 210, BMC 1531, Wildwinds, CoinArchives, CoinArchives, Numismatics, Mantis, Numista, DeaMoneta, MA-Shops, FAC, FAC (Faustina Senior, Diva Faustina, Juno). Voir aussi ma fiche.

Note: Ce qui fait qu’une recherche peut devenir très chronophage c’est quand l’on passe des heures juste pour un petit hyperlien explicatif (l’équivalent des notes en bas de page d’antan) par soucis d’exhaustivité. J’avais prévu couvrir ce sujet en un seul billet mais par le temps que j’alloue habituellement à une entrée de cette série je n’avais recherché et décrit seulement deux des dix pièces prévues ! J’ai donc décidé de couvrir séparément chacune des femmes d’empereurs dont cette sous-série de billets fait l’objet. À suivre, donc.

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Empereur du Japon, vol. 1-2

EmpereurDuJapon-1-cov“Mis en images pour célébrer les 30 ans de la mort de l’empereur Hirohito, ce manga est la première adaptation du plus long règne d’un empereur japonais, soit 62 ans. Intrigues politiques et familiales, accompagnent ce récit poignant.

Uu géant pris dans la tempête de l’histoire, symbole d’une nation, mais surtout et avant tout un homme. La saga qui lève le voile sur la vie et l’enfance méconnue du prince !

En l’an 37 de l’ère Meiji, soit en 1904, le jeune Hirohito tente de trouver sa place. De son apprentissage, sa régence, au début de son long règne, jusqu’aux événements qui ont conduit le Japon à la seconde guerre mondiale, ce merveilleux manga, très documenté, lève le voile sur la vie et l’enfance méconnues du prince Hirohito, ou empereur Shòwa de son nom de règne.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Empereur du Japon – L’histoire de l’empereur Hirohito, vol. 1. Par Eifuku Issei (scénario), Junichi Nojo (dessin), Kazutoshi Hando (idée originale) et Hidetaka Shiba (supervision). Paris: Delcourt/Tonkam, octobre 2019. 198 pages, 13 x 18.4 x 1.6 cm, 7.99 € / $C 13.95. ISBN 978-2-413-02014-1. Pour lectorat adolescent (14+).

EmpereurDuJapon-2-cov“L’adolescence de Hirohito, l’empereur Shôwa.

L’ “Institut spécial” où le jeune prince va recevoir l’éducation idoine.

Le chemin de ce jeune homme, à nul autre semblable, fut aussi marqué par une adolescence inoubliable !”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

 

Empereur du Japon – L’histoire de l’empereur Hirohito, vol. 2. Par Eifuku Issei (scénario), Junichi Nojo (dessin), Kazutoshi Hando (idée originale) et Hidetaka Shiba (supervision). Paris: Delcourt/Tonkam, février 2020. 198 pages, 13 x 18.4 x 1.6 cm, 7.99 € / $C 13.95. ISBN 978-2-413-02406-4. Pour lectorat adolescent (14+).

EmpereurDuJapon-1-extrait

Vol. 1, extrait

Empereur du Japon (昭和天皇物語 / Shouwa Tennou Monogatari / lit. “L’Histoire de l’Empereur Showa du Japon”) est un manga seinen biographique écrit par Eifuku Issei (sur une idée de Kazutoshi Hando) et dessiné par Junichi Nojo. Il est prépublié dans le périodique Big Comic Original et compilé en volumes par Shogakukan (entre octobre 2017 et novembre 2020). La série est en cours et il y a sept volumes de paru jusqu’à maintenant dont trois ont été publié en français chez Delcourt/Tonkam (le troisième est paru en décembre 2020).

Ce manga nous raconte la jeunesse de l’Empereur japonais Hirohito (Showa). Le récit commence avec l’arrivée à Tokyo du général Douglas MacArthur, après la capitulation du Japon, et sa première rencontre avec L’Empereur, qui eut lieu le 27 septembre 1945. Le “shogun” américain se demande quel genre d’homme est Hirohito… Flashback en l’an 37 de l’ère Meiji (1904) alors qu’une jeune institutrice de maternelle, Mlle Taka Adachi, est choisie comme préceptrice/nourrice du prince Michi, petit-fils de l’Empereur Meiji. Puis, en 1914, l’éducation du prince passe entre les mains de plusieurs précepteurs au sein de l’Institut du Palais de L’Est. Le récit s’organise autour de ceux-ci et l’on voit le prince grandir et mûrir.

EmpereurDuJapon-2-extrait

Vol. 2, extrait

Dans le second volume, le prince est adolescent et l’Institut organise des excursions dans divers sites du Japon pour en apprendre l’Histoire. Le prince montre un grand intérêt pour la botanique. Différents clans (Chôsû et Satsuma) intriguent pour influencer le choix de la future épouse du prince. En 1918, on voit un malaise social qui entraine les “émeutes du riz”, l’empereur Taishô est gravement malade et Hirohito est fiancé à Nagako de Kuni.

Comme tout récit biographique et historique, je suis certain que c’est très romancé et qu’on y retrouve de nombreux éléments fictifs (pour ne pas dire de propagande, i.e. qui visent à embellir l’image de l’empereur). Le récit est tout de même intéressant mais demeure plutôt anecdotique. Cela se lit bien et on y apprend tout de même beaucoup sur la jeunesse de Hirohito. Le dessin est très bien. Il est clair, détaillé et décrit bien les scènes de la narration. Mon seul reproche est que les personnages sont parfois représenté le bouche ouverte, ce qui leur donne un air un peu idiot. C’est donc un manga qui mérite d’être lu si vous vous intéressé à l’histoire du Japon. stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© 2017 Junichi NOJO, Kazutoshi HANDO, Issei EIFUKU. All rights reserved. ©2020 Groupe Delcourt pour l’édition française.

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Monnaies anciennes 16

Commodus

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Je continue ma série sur les monnaies anciennes avec cet assez beau sesterce du dernier empereur de la dynastie antonine, Commodus. Son règne marqua le début du déclin de l’empire romain

Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Commodus

Règne: 

180 – 192 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

181 EC

Nature: 

Sestertius

Métal: AE (Bronze)

Qualité: G

Taille: 

28 x 29.5 mm

Poids: 

18.085 g

Obverse

     

Inscription:

M COMMODVS – ANTONINVS AVG

Description:

Tête laurée, à d.

Reverse

     

Inscription:

FEL AVG T – R P VI IMP IIII COS III PP / S C (dans le champs)

Description:

Felicitas debout à g., tenant un caducée et un sceptre

Notes:

Payé $35 (1985/12/17)

 

Voir fiche

Réf.: 

C 106

 

RIC III 308a

Il est malheureusement difficile d’obtenir une lecture précise pour cette pièce. Toutefois, l’inscription de l’avers reste très lisible: M[ARCVS] COMMODVS ANTONINVS AVG[VSTVS]. Commode prend le titre d’Auguste lorsque son père le fait co-empereur le 1er janvier 177 mais il n’ajoute le nom de son père, Marcus, à sa titulature qu’après la mort de celui-ci, le 18 mars 180. Il prend le titre de Pius (absent de cette inscription) en 183. Nous pouvons donc déjà dire que cette pièce date du début de son règne (180-182).

La titulature du revers n’étant qu’en partie lisible, il serait normalement difficile de d’attribuer une date plus précise. Toutefois ce type de pièce (avec cette inscription de l’avers, “Commodus” en premier puis “Antoninus” sans le PIVS à la fin, et une Felicitas debout sur le revers) ne semble avoir connu qu’une seule titulature: FEL[ICITAS] AVG[VSTI] TR[IBUNICIA] P[OTESTE] VI IMP[ERATOR] IIII CO[N]S[VL] III P[ATER] P[ATRIAE] avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] (avec la permission du Sénat) dans le champ de part et d’autre. Commode reçoit le titre de Père de la Patrie et est acclamé Imperator une quatrième fois à son accession au pouvoir en 180 (il sera acclamé une cinquième fois en 182). Il est nommé consul pour une troisième fois en janvier 181 (son quatrième consulat sera en 183) et reçoit la puissance tribunicienne pour une sixième fois en décembre 180. Encore une fois c’est cette dernière qui offre la datation la plus précise, entre le 10 décembre 180 et le 9 décembre 181. La pièce doit donc avoir été frappé entre janvier et décembre 181.

La représentation de la déesse Felicitas sur le revers peut faire référence soit à la prospérité de l’Empire (si l’inscription signifie Felicitas Augusta, i.e. l’auguste Félicité) ou simplement souhaiter à l’Empereur beaucoup de chance et de bonheur en ce début de règne (s’il s’agit de Felicitas Augusti, i.e. le bonheur de l’Auguste)…

Né Lucius Aurelius Commodus le 31 août 161, Commode a probablement été élevé à la cour auprès de son père, l’Empereur Marcus Aurelius. Il est associé très jeune au pouvoir, puisque son père le fait caesar dès 166 et Augustus (co-empereur) en 177. La même année il épouse Crispina, issue d’une famille d’aristocrate. À la mort de Marcus, le 17 mars 180, il règne seul sur l’Empire romain. Il conclut rapidement la paix avec les peuples germaniques de la frontière danubienne (Marcomans et Sarmates), puis revient à Rome, qu’il ne quitte presque plus par la suite. Il confie d’abord la gestion de l’Empire à ses subordonnés pour s’adonner à une vie de loisirs dépravées. Ayant été témoin de nombreuses traitrises et conspirations (d’abord la révolte d’Avidius Cassius en 175, puis, en 182, un complot pour l’assassiner ourdi par sa propre soeur, Lucilla) il devient de plus en plus paranoïaque et instable. Il resserre sur lui les rennes du pouvoir, au détriment du sénat, et règne, dit-on, avec cruauté. Il se présente comme la réincarnation du demi-dieu Hercule et aime tellement les jeux du cirque qu’il combat lui-même régulièrement dans l’arène comme gladiateur [ce qui fait d’ailleurs le sujet d’un film de Ridley Scott où Commodus est joué par Joaquin Phoenix]! Il est finalement assassiné le 31 décembre 192, ouvrant la porte à une nouvelle guerre civile où, encore une fois, quatre empereurs se succèderont en une année.

Tout comme son oncle Lucius Verus (avec qui il partage une partie de la nomenclature), Commodus est considéré comme un “mauvais empereur” au même rang que Caligula ou Néron. Pourtant son règne avait bien commencé puisqu’il a reçu l’assentiment du sénat (comme le prouve le S C sur cette pièce de monnaie) mais la méfiance et l’hostilité réciproque entre l’empereur et le sénat n’a cessé de croître tout au long du règne de Commodus, culminant avec des sénateurs impliqués dans les complots et les purges politiques qui s’ensuivirent. À sa mort, il ne sera pas divinisé par le sénat et recevra même la damnatio memoriae. Toutefois, quelques années plus tard, il sera divinisé par Septime Sévère, mais seulement pour plaire au peuple et à l’armée qui appréciaient Commodus et pour légitimer son pouvoir. Cependant, la différence avec Verus est que ses comportements répréhensibles ont été décrit par des sources contemporaines comme Dion Cassius, Hérodien ou Marius Maximus. Même Marcus semble se plaindre de lui dans ses Pensées pour moi-même. Il est donc évident qu’il y a beaucoup de vérité dans ces descriptions. Il ne faut toutefois pas oublier qu’on y retrouve sans doute aussi une bonne part d’exagération, car tous ces historiens étaient issus de la classe sénatoriale qui détenait une haine particulière pour les abus de Commode. 

Une lesson que l’on peut retenir de son règne est qu’il est clair qu’une succession par la sélection du meilleur candidat (par adoption) parmi la classe politique (ou même militaire) donne de meilleurs résultats qu’une succession héréditaire où le ou les candidats, souvent immatures, ont grandi à la cour dans un environnement opulent et oisif.

Il est étonnant de voir comment une pièce de métal comme celle-ci peut évoquer le passé et susciter la réflection…

Sources: CoinArchive, Numismatics, Wildwinds, acsearch, FAC (Felicitas, caduceus), Wikipedia, All That’s interesting, ancient(dot)eu, Classical Wisdom.

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Monnaies anciennes 15

Lucius Verus

J’ai débuté cette série de billets sur les monnaies anciennes avec un denier de Lucius Verus, mais je ne me suis pas attardé sur la vie fascinante de cet empereur mineur. J’y reviens donc avec deux sesterces. Il est étrange que je n’ai pas acquis plus de trois pièces de monnaies de cet empereur alors que j’ai consacré neuf ans d’études supérieures à sa biographie (vita veri) incluse dans l’Historia Augusta (un recueil de biographies d’empereurs du IIe et IIIe siècles, probablement écrit au IVe siècle).

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Lucius Verus

Règne: 

161 – 169 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

163

Nature: 

Sestercius

Métal: AE ou Orichalque

Qualité: F

Taille: 

33 mm

Poids: 

20.862 g

Obverse

     

Inscription:

IMP CAES L AVREL – VERVS AVG

Description:

Tête laurée, à d.

Reverse

     

Inscription:

TR POT III COS II / S C (dans le champ) / FORT RED (en exergue)

Description:

Fortuna assise, à g., voilée et drapée, tenant à la main d. un gouvernail qui repose sur un globe et une corne d’abondance dans la main g.

Notes:

Acheté $35 (1985/12/17)

 

Voir fiche

Réf.: 

S 1448; C 95

 

RIC III 1346

Ce très beau sesterce peut être aisément daté grâce à ses inscriptions. Sur l’avers la nomenclature est IMP[ERATOR] CAES[AR] L[VCIVS] AVREL[IVS] VERVS AVG[VSTVS] et sur le revers la titulature est TR[IBUNICIA] POT[ESTE] III CO[N]S[VL] II. On y retrouve également un S[ENATUS] C[ONSULTO] dans le champ de part et d’autre, ainsi qu’un FORT[VNAE] RED[VX] en exergue. Lucius est nommé consul pour une deuxième fois en janvier 161 (il ne le sera pour une troisième fois seulement en 167). Il reçoit les titres de césar, Imperator et Auguste lors de son accession au pouvoir le 8 mars 161. Plus précisément, il reçoit la puissance tribunicienne pour la troisième fois le 10 décembre 162 (renouvelable annuellement, donc jusqu’au 9 décembre 163). À la fin de l’année 163, il prends le titre d’Armeniacus et est acclamé Imperator pour une seconde fois (IMP II). Ces deux derniers titres, n’apparaissent pas sur la pièce, qui a donc due être frappé entre décembre 162 et décembre 163. 

L’inscription Fortunae Redux (la Fortune qui ramène l’empereur en sécurité) et l’illustration d’une Fortuna assise, ayant en mains un gouvernail et une cornucopia (pour une bonne et prospère gouvernance), représente le fait que la fortune de l’empereur était ferme et stable et fait référence au rituel où les romains rendaient grâce à la déesses Fortuna Redux à l’aide de sacrifices afin de célébrer le retour ou de souhaiter que l’empereur, en voyage dans les provinces, retourne à Rome en toute sécurité. Évidemment, ce type de revers illustre le fait que Lucius Verus fait route vers l’est. Il quitte Rome à l’été 162 pour Brundisium afin de prendre un navire vers Athènes, en Grèce. Il doit toutefois faire une arrêt de quelques jours à Canosa, car il tombe malade (possiblement un léger AVC). De là, il traverse la mer Égée pour l’Asie mineure, et arrive à Antioche en Syrie vers le milieu de 163. Il y établit son camp, à partir duquel il supervisera la reconquête de l’Arménie et la campagne contre les Parthes qui durera jusqu’en 166.

Sources: Numismatics (detailed), CoinProject, Wildwinds (text, image).

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Ce beau sesterce (VG, AE ou Orichalque, 29 x 30 mm, 23 g, payé $US 30 le 1986/10/29, caractérisé par un dommage au milieu) est une pièce commémorative de Lucius Verus, décédé d’une crise d’apoplexie (AVC ou ACV?) en janvier 169 à Altinum en Vénétie alors qu’il revenait de Pannonie supérieure après avoir pacifié la frontière Danubienne. La pièce est donc postérieure à cette date.

Sur l’avers on retrouve la tête nue de Verus, regardant à droite, avec l’inscription DIVVS – VERVS (Divin Vérus). Sur le revers l’inscription est CONSECRATIO (Consécration, ou acte de rendre sacré) avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] (avec la permission du Sénat) dans le champ de part et d’autre. L’illustration représente un bûcher funéraire (rogus funebris) à quatre étages surmonté d’un quadrige et orné de statues et de guirlandes. Tout comme Antonin l’avait fait pour Hadrien, la piété de Marcus et son affection pour son frère adoptif l’amènent à obtenir du Sénat la consécration et la divinisation de Verus.

Je pourrais disserter pendant des heures sur Lucius Verus mais je vais tout de même essayer de m’en tenir aux grandes lignes de son règne. Il nait Lucius Ceionius Commodus le 15 décembre 130 dans une famille de rang consulaire (les Ceiioni Commodi). En remplacement de son père, Aelius, et à la demande d’Hadrien, il est adopté par Antonin en 138, en même temps que Marcus (sur ce sujet voir mes billets sur les pièces d’ Hadrien, Antonin et Marcus) mais ne reçoit pas le titre de caesar comme Marcus. Il est élevé par la suite dans l’entourage d’Antonin et reçoit une bonne éducation sous le précepteur (grammaticus) Marcus Cornelius Fronto. Contrairement à Marcus, il ne participe pas à l’administration d’Antonin mais poursuit plutôt une carrière sénatorial alors qu’il devient préteur en 153 et consul en 154. Le 8 mars 161, à la mort d’Antonin, le sénat entendait donner le pouvoir seulement à Marcus, mais, à l’insistance de ce dernier et selon le souhait d’Hadrien, Lucius est fait co-empereur. Si, en théorie, les deux empereurs ont un pouvoir égal, le fait que Marcus soit le seul à être Grand Pontife lui donne une plus grande autorité et Lucius agit donc comme une sorte de lieutenant (Caesar). Pour renforcer les liens familiaux des deux frères adoptifs, Lucius est fiancé à la fille de Marcus, Lucilla (qu’il épousera à Éphèse à l’automne 163 ou au début de 164). Lucius abandonne aussi son nom de Commodus (qui sera donné au fils ainé de Marcus, né en août 161) et prends à la place le cognomen de Marcus: Verus.

Dès le début de leur coprincipat, de nombreux peuples transfrontaliers s’agitent et menacent l’intégrité de l’Empire: au milieu de 161 les Parthes envahissent l’Arménie mais on retrouve aussi des transgressions en Bretagne, en Rhétie et en Germanie supérieure. De plus, il y a un vent de rébellion en Syrie. À l’hiver, il est décidé que Lucius, qui est le plus robustes des deux empereurs, prendra le commandement des armées sur le front oriental, contre les Parthes. Il passera donc la majorité de son bref règne à l’extérieur de Rome, en campagnes militaires: en Orient de l’été 162 à 165, et en Pannonie de 168 jusqu’à sa mort en janvier 169.

Toutefois, ce que l’Histoire a le plus retenu de lui c’est sa personnalité. Il est considéré comme ayant été un empereur dissolu. On lui reproche une vie de luxure et de débauches et le compare aux “mauvais empereurs” (Caligula, Néron, Domitien). Par contre, si l’on étudie toutes les mentions de Lucius dans les sources antérieures au IVe siècle, on ne trouve pas vraiment d’évidence du portrait moral négatif que trace l’Histoire Auguste (et les sources subséquentes qui s’en inspirent — certaines d’en elles le confondaient peut-être avec le fils de Marcus, Commode, qui lui succéda). Celle-ci s’avère d’ailleurs être une source peu crédible. En effet, si l’on fait une analyse statistique de la structure syntaxique de la vita veri (ne serait-ce simplement que la moyenne de mots par phrase), on découvre que les chapitres contenant ce portrait moral négatif se distinguent de façon marquée du reste de la biographie. Ces allégations auraient été inventé par l’auteur du corpus biographique afin de soutenir son agenda qui visait à présenter sous une lumière favorable les empereurs d’origine aristocratique qui avaient soutenu le sénat en les opposant aux empereurs d’une nature plus militaire qui en avait réduit le pouvoir.

Si Lucius Verus mérite d’être réhabilité aux yeux de l’Histoire, il est clair qu’il y a aussi une part de vérité dans ces allégations. Lorsqu’il s’occupait de la logistique de la guerre parthique à Antioche, Lucius a eut une maîtresse nommée Panthea (qui est mentionnée par Marcus [Pensées pour moi-même, VIII, 37] et Lucien de Samosathe [Portraits]). Cependant, n’est-il pas normal que tout jeune aristocrate romain élevé dans le luxe de la cour s’adonne aux délices de l’Orient alors qu’il est à Antioche, et qu’il aime faire la fête ou se passionne pour le jeux du cirque et les courses de chars alors qu’il est à Rome ? Fronton, après sa brève maladie en 162, ne l’exorte-t-il pas à la tempérance ? (”Je vous prie et vous supplie, mon Seigneur, de prendre garde, comme il sied à votre éminent caractère, d’être sobre et tempéré et retenu dans tous vos désirs”, Ad Verum Imperator, II, 6). De plus, Marcus semble faire allusion au fait qu’il ait lui-même eut des maîtresses [I, XVII]. Lucius n’était peut-être pas un enfant de coeur mais était probablement loin d’être le monstre de débauches que décrit l’Histoire Auguste. En effet, si c’était le cas il n’aurait pas reçu autant de marques d’affection de Marcus ou de son maître Fronton, et le Sénat n’aurait jamais accepté de le déifier. De plus, malgré ses défauts, il semble toujours s’être acquitté avec diligence des tâches qu’on lui confia.

J’ai donc beaucoup d’affection pour mes trois pièces de monnaie de Lucius Verus (le denier mentionné plus tôt et ces deux sesterces). Non seulement elles évoquent le souvenir de mes années universitaires et de mon mémoire de maîtrise mais aussi elles représentent bien le règne de Lucius Verus: ses voyages en Orient pour faire campagne contre les Parthes et le fait qu’il fut un assez bon co-empereur pour que Marcus se donne la peine de le faire déifier.

Sources: Sear 1463, RIC III 1511, CoinArchive, CoinArchive, Numismatics, acsearch, vcoins, FAC (Consecratio, consecration, Rogus Funebris), Wikipedia, P. Lambrechts (“L’Empereur Lucius Verus; Essai de réhabilitation” in L’antiquité classique, Tome 3, fasc. 1, 1934, pp. 173-201). Voir aussi ma fiche.

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Monnaies anciennes 14

Marcus Aurelius

Je n’ai malheureusement qu’une seule pièce de Marcus Aurelius mais c’est un beau sesterce.

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Marcus Aurelius

Règne: 

161 – 180 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

Mars -Décembre 161

Nature: 

Sestercius

Métal: AE ou  Orichalque

Qualité: VG / F

Taille: 

31 mm

Poids: 

22.451 g

Obverse

     

Inscription:

IMP CAES M AVREL – ANTONINVS AVG PM

Description:

Tête laurée, barbue, légèrement drapée sur l’épaule g., à d.

Reverse

     

Inscription:

CONCORD AVGVSTOR TR P XV / S – C (dans le champ) / COS III (en exergue)

Description:

M. Aurelius (à g., un rouleau dans la main g.) et L. Verus (à d.) debout, en toges, face à face, se serrant la main d.

Notes:

Payé $45 (1985/05/03)

 

Voir fiche

Réf.: 

S 1325; C 45; 

 

RIC III 795

La titulature des inscriptions nous permet une datation assez précise. Sur l’avers on retrouve IMP[ERATOR] CAES[AR] M[ARCVS] AVREL[IVS] – ANTONINVS AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS]. Le revers ajoute CONCORD[IA] AVGVSTOR[VM] TR[IBUNICIA] P[OTESTE] XV, avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] de part et d’autre du champ et un CO[N]S[VL] III en exergue. Marcus a reçu le titre de césar lors de son adoption en 138. Il reçoit la puissance tribunicienne pour la quinzième fois le 10 décembre 160 et son troisième consulat en janvier 161. Les autres titres (Auguste, Imperator et Grand Pontife) lui sont attribués lors de son accession au pouvoir le 8 mars 161. La puissance tribunicienne étant attribuée annuellement le 10 décembre de chaque année, la pièce a donc été frappée entre mars et décembre 161.

La représentation du revers est très intéressante car elle célèbres l’accession des deux co-empereurs, Marcus et Lucius, qui sont illustrés se serrant la main. L’inscription “concorde des augustes” souligne d’ailleurs le fait que cette accession se fait dans l’harmonie et la bonne entente. Elle se fait aussi “avec la permission du sénat” [S-C]. À la mort d’Antonin, le sénat aurait préféré acclamé Marcus comme unique successeur mais, celui-ci hésitant à prendre une telle responsabilité seul (il aurait sans doute aimé continuer ses études philosophiques), il insista pour que l’honneur soit accordé aussi à son frère adoptif, Lucius, en accordance avec le désir d’Hadrien. L’hésitation du sénat était compréhensible puisque c’était la première fois dans l’histoire de Rome que deux empereurs régnaient conjointement, avec les même pouvoirs (quoi que, en théorie, Marcus avait prédominance puisqu’il était le seul à détenir le titre religieux de Grand Pontife).

Il est important de noter que je n’ai trouvé dans les références aucunes autres pièces qui correspondent exactement à ce sesterce. Toutes les variantes présentent sur cette pièce se retrouvent sur d’autre types mais jamais ensemble. Et je suis pas mal sûr de ne pas me tromper: la tête de Marcus est bel et bien laurée car on voit clairement les lauriers qui dépassent sur le dessus de sa tête et les cordons qui l’attachent derrière. On voit aussi clairement un drapé sur son épaule. Les titulatures datées (TR P XV, COS III) sont également sans ambiguïté. Et cette pièce, par son poids et sa taille, est définitivement un sesterce. Pourtant, dans les références, je ne retrouve ce type de pièce qu’avec la tête nue (non laurée), avec un différent revers (où les empereurs sont assis et non debout), avec une autre date (TR P XVI) ou sur un as. Ma pièce serait-elle rare ?

Marcus Aurelius (Marc Aurèle en français) a été un empereur très respectable sur lequel il y aurait énormément de choses à dire. C’est un empereur très éduqué, qui avait un grand intérêt pour la philosophie stoïcienne et qui nous a laissé des textes écrits (son livre Pensées pour moi-même [Τὰ εἰς ἑαυτόν / Ta eis heauton] et une partie de sa correspondance avec son précepteur et professeur d’art oratoire, Marcus Cornelius Fronto). Il est reconnu pour sa grandeur d’âme et s’être appliqué à bien administrer l’Empire. Malheureusement, son règne correspond avec le début du déclin de celui-ci. Trajan ayant étendu les limites de l’Empire au-delà de ce qui était raisonnablement administrable et tant Hadrien que Antonin n’ayant fait qu’en consolider les défenses, il était inévitable que les peuples “barbares” frontaliers finissent par tenter de reprendre les territoires conquis par les romains. La grande majorité du règne de Marcus a donc été consacré à écraser des révoltes et à mener des guerres frontalières, principalement à l’est, contre les Parthes, et au nord contre les tribus germaniques des Marcomans et des Sarmates.

J’ai beaucoup d’admiration pour Marcus Aurelius, particulièrement après avoir lu (et relu) ses Pensées pour moi-même [BiblioGoodreadsWorldCat]. Sur le front des guerres marcomaniques, se sentant las et fatigué, près de la fin, il a couché sur le papyrus quelques réflexions sur sa vie, sa philosophie, sur la mort. Il en a résulté un ouvrage tout à fait édifiant. Il y dit, entre autre (mais je n’ai pas la citation exacte) qu’il est inutile de s’inquiéter des choses sur lesquelles nous n’avons pas le contrôle. Il faut avancer dans la vie avec un but précis, en se concentrant sur l’essentiel et en restant indifférent au choses qui sont superficielles et sans conséquences réelles. J’ai toujours essayé de l’émuler mais sans grand succès.

Marcus était un homme qui recherchait la simplicité et l’égalité d’âme. Aussi, ses Pensées reflètent parfois une incroyable lucidité. Il était pieu (car il parle des Dieux, de “principe directeur” et de la vertu comme voie du divin) et pourtant il parle de la mort comme “la cessation des représentations qui nous viennent des sens, des impulsions qui nous meuvent avec des cordons, du mouvement de la pensée et du service de la chair” ! [Pensées pour moi-même, Livre VI, Verset XXVIII] Il ne faut pas y voir autre chose que “la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant” [II, XVII]. “La nature (…) donne et reprends tout” [X, XIV].

Les choses matérielles n’ont pour lui que peu de valeur: “Tout est petit, inconsistant, en évanescence!” [VI, XXXVI] Pour se le rappeler il faut les mettre à nu, les “dépouiller de cette fiction qui les rends vénérables”; ainsi, pour lui, l’accouplement n’est que “le frottement d’un boyau et l’éjaculation, avec un certain spasme, d’un peu de morve”. [VI, XIII] (Cela ne l’a pas empêché, avant de se remettre le nez dans les livres, de faire une douzaine d’enfants à sa femme Faustine — dont seulement la moitié survivront jusqu’à l’âge adulte).

Il faut vivre dans le présent [I, XIV]. “Chacun ne vit que le moment présent, et (…) ce moment ne dure qu’un instant” [III, X]. Car tout est évanescence: “toutes ces choses que tu vois seront (…) transformées et ne seront plus” [IV, III]. “Car rien ne vient de rien, comme rien ne retourne à rien” [IV, IV]. “Les choses qui, dans la vie, sont les plus estimées ne sont que vide, pourriture, insignifiance (…)” [V, XXIII].

Comme Socrate (cité par Diogène Laërce dans Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre II, Socrate, XXXI), il semble vénérer la connaissance et mépriser l’ignorance. “Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance (…)” [II, I]. “Donne-toi le loisir d’apprendre quelque bonne vérité, et cesse de te laisser emporter par le tourbillon” [II, VII]. “Vénère la faculté de te faire une opinion” [III, IX]. “Aie toujours prêts les principes requis pour la connaissance des choses divines et humaines” [III, XIII]. “Qu’est-ce donc qu’une âme instruite et cultivée? C’est celle qui connait le principe et la fin, et la raison qui se répand à travers l’universelle substance (…)” [V, XXXII]. “Celui qui ne sait pas ce qu’est le monde ne sait pas où il est” [VIII, LII].

La vérité n’est pas dans les apparences mais dans les faits. “Ce n’est pas ce qu’il éprouve mais dans ce qu’il accomplit que se trouvent le bien et le mal d’un être raisonnable et social” [IX, XVI]. “Vois ce qu’ils sont lorsqu’ils mangent, dorment, s’accouplent, vont à la selle, etc.” [X, XIX].

Cette pièce de monnaie, la seule que j’ai de Marcus, représente tout cela pour moi — le fait qu’il ait invité son frère adoptif à partager le pouvoir, sa philosophie. C’est pourquoi j’ai pour ce sesterce un fort attachement sentimental.

Sources: Numismatics, CoinArchives, acsearch, vcoins, coinproject (bare head), coinproject (as), Ancient Roman Coins, Wildwinds.

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Monnaies anciennes 13

Antoninus Pius

J’ai quatre pièces de monnaies au nom d’Antoninus Pius: trois as et un denier. Je vous présente d’abord le plus beau des as.

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Antoninus Pius

Règne: 

138 – 161 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

142/3-144 EC

Nature: 

As

Métal: AE (bronze)

Qualité: VF

Taille: 

25 x 26 mm

Poids: 

10.187 g

Obverse

     

Inscription:

ANTONINVS AVG PI – VS PP TRP COS III

Description:

Tête barbue, laurée, à d.

Reverse

     

Inscription:

IMPERA – TOR II

Description:

Jupiter torse nu, assis sur un throne à g., tenant un éclair dans la main d. et un sceptre dans la g.

Notes:

Payé ± $20 (1985/01/25)

Voir fiche

“crevasse” sur le revers, au-dessus de l’éclair de Jupiter

Réf.: 

RIC 727  

BMC 1618

 

Ce très bel as d’Antonin le Pieux semble rare car très peu de sources le mentionnent (principalement RIC III: 727; il est absent de Sear (RCV 4th Ed.)). Les inscriptions nous permettent de le dater: ANTONINVS AVG[VSTVS] PIVS P[ATER ] P[ATRIAE] TR[IBVNICIA] P[OTESTATE] CO[N]S[SUL] III sur l’avers et IMPERATOR II sur le revers. À noter que les sources indiquent un S[ENATUS] C[ONSULTO] en exergue sur le revers mais, sur ma pièce, il ne semble pas y avoir assez de place pour une telle inscription (une variante qui semble n’apparaitre que sur l’aureus)! Antonin a reçu la plupart de ces titres (Auguste, Pieux) lors de son accession au pouvoir le 11 juillet 138, puis a été fait Père de la Patrie en 139. La puissance tribunicienne, comme c’est souvent le cas, n’est pas datée (elle a été reçu en février 138, lors de son adoption par Hadrien, et renouvelée annuellement par la suite en décembre). Toutefois, il a reçu le consulat pour la troisième fois en janvier 140 (quoiqu’il a été Consul Designatus III en 139) et ce titre ne fut pas renouvelé avant janvier 145 (il fut aussi Cos. Des. IIII en 144). Il reçoit le titre d’Imperator pour la seconde fois en 142 (quoique Sear, lui, place cette nomination en 143). La pièce aurait donc été frappé entre 142/143 et 144 EC. (Sources: Wikipedia, Numismatics, Numismatics, acsearch, FAC, CoinTalk).

IMG_8268-8269Cet autre as est aussi très beau (F, AE (bronze), 26×27 mm, 8.950 g, payé environ $20 à la même date que le précédent) mais l’inscription du revers est seulement à moitié lisible. Sur l’avers on retrouve une tête barbue de l’empereur, laurée, regardant vers la droite avec l’inscription ANTONINVSAVG[VSTVS] PIVS P[ATER] P[ATRIAE]. Le revers illustre une Pax (Paix) debout à gauche, tenant une branche d’olivier dans la main droite et une corne d’abondance dans la main gauche, entourée de l’inscription TR[IBUNICIA] POT[ESTATE] – CO[N]S[UL] II avec un S[ENATUS] C[ONSULTO] dans le champs de part et d’autre, et un PAX en exergue. Cela nous permet une datation précise (enfin!) puisqu’il a été consul pour la seconde fois seulement de janvier à décembre 139 (quoique, encore une fois, il a été cos. des. II dès 138). La représentation de la Paix fait sans doute allusion au fait que le règne d’Antonin a été très paisible et prospère. (Sources: RIC III 569a, Wikipedia, Numista, Numismatics, Wildwinds [Text / Pic]). Voir aussi ma fiche.

IMG_8553-8555Si l’on continue dans l’orde descendant de la qualité, cet as est seulement “beau” (VG, AE, 26 mm, 9.085 g, payé $13 le 1985/11/18) car l’inscription de l’avers est à peine lisible. On y retrouve un buste (tête?) de l’empereur, lauré, à droite avec l’inscription ANTONINVS AVG[VSTVS] – PIVS P[ATER] P[ATRIAE] TR[IBVNICIA] P[OTESTE] CO[N]S[VL] IIII — à noter que plusieurs des exemples que j’ai trouvé sur l’internet donne la césure au-dessus de le tête au milieu du “PI – VS”. Sur le revers on peut lire SPQR (Senatus Populusque Romanus) / OPTIMO / PRINCIPI (“[dédié] au meilleur des princes”) / S C (Senatus Consulto) dans une couronne de chêne. Antonin a été consul pour la quatrième et dernière fois en 145, ce qui fait que cette pièce peut dater à partir de cette date jusqu’à la fin de son règne, le 7 mars 161 — quoiqu’une source la date précisément à 147 sans autre explication (toutefois la pièce aurait pu être frappée en l’honneur des decennalia de 148 — qui correspondait aussi au neuf-centième anniversaire de fondation de la ville de Rome; cela fait du sens considérant l’inscription “le sénat et le peuple de Rome dédient cette pièce au meilleurs des princes”). (Sources:  Sear RCV [4th ed.]: 1292, Sear RCV [1983]: 1192, RIC III 827a, Wikipedia, CoinArchives, Numismatics, vcoins, Wildwinds, CoinProject). Voir aussi ma fiche.

IMG_8556-8557Finalement, ce denarius est dans un état encore assez beau (G, AR [argent], 18 mm, 3.192 g, acheté à Londres pour 5£ le 1986/02/05), quoique les inscriptions demeurent difficiles à lire et que les bords du flanc sont dentelés par l’usure et qu’il est partiellement recouvert de dépôts brunâtres. Étrangement, cette pièce est la plus intéressante du lot. Sur l’avers on retrouve la tête de l’empereur laurée à droite avec la probable inscription ANTONINUS AVG[VSTVS] PIVS TR[IBVNICIA] P[OTESTE] XXIIla lecture du numéral est incertaine car il pourrait s’agir de XXI ou même de XXIII mais XXII semble être l’occurence la plus fréquente. Sur le revers, l’inscription est TEMPLVM DIV[I] AVG[VSTI] REST[ITVTVM] avec CO[N]S[VL] IIII en exergue. L’inscription “Temple du divin Auguste restauré” commémore la restoration du temple d’Auguste et de Livie par Antonin en 912 AUC (159 EC). Le revers est illustré d’un temple octastyle, contenant deux figures assises (Divus Augustus et Livia), avec un podium de trois marches et surmonté d’un quadrige, d’un fronton au tympan décoré et de Victoires sur les angles. Le quatrième consulat d’Antonin date la pièce de 145 à 161 mais la vingt-deuxième puissance tribunitienne (TR P XXII) précise cette datation à 158-159 EC. (Sources: Sear RCV [1983]: 1142, Sear RCV [4th ed.]: 1292, Seaby RSC v.2: 799a, RIC III 290a, Wikipedia, CoinArchive, acsearch, CoinProject, FAC, numismatics, Catawiki, CoinTalk, BM Collection, Frederic Weber, NAC, Noble Roman Coins, DeaMoneta). Voir aussi ma fiche.

Titus Aurelius Fulvus Boionus Arrius Antoninus est né le 19 septembre 86 dans une famille sénatoriale originaire de Nemausus (Nîmes) en Gaule Narbonnaise. Antonin fait une longue carrière dans la magistrature: questeur, puis préteur, il devient consul en 120, puis proconsul d’Asie (probablement en 134-135). Il a épousé Faustina (en 110~115), nièce de Sabina (femme d’Hadrien) et, ayant gagné les faveurs de ce dernier, il est adopté le 25 février 138. Hadrien en fait son successeur à condition qu’il adopte à son tour et prenne comme successeurs ses favoris Marcus et Lucius. Antonin accède au pouvoir le 11 juillet 138, à l’âge de cinquante-deux ans. À cause de son âge avancé, Hadrien espérait probablement qu’il règne juste assez longtemps pour que Marcus et Lucius deviennent adultes (ils avaient respectivement dix-sept et huit ans) mais Antonin règnera vingt-trois ans! En considération pour sa grande dévotion envers son père adoptif (qu’il fait diviniser par le sénat) et la patrie, il reçoit le titre de “Pius” (Pieux).  Son règne a été tellement paisible et sans incidents que l’Histoire n’en a pas retenu grand chose. Il est considéré comme un bon et juste administrateur qui, comme Hadrien, s’est concentré à consolider les frontières de l’Empire (en doublant par exemple la frontière créée par Hadrien en Bretagne avec le mur d’Antonin un peu plus au nord). Toutefois, une paix prolongée signifie aussi la stagnation et cela sera ultimement une des causes du déclin de l’Empire. Il meurt de la fièvre (possiblement dues au paludisme) le 7 mars 161.

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On Tyranny (Tim Snyder)

On-Tyranny-cov“The Founding Fathers tried to protect us from the threat they knew, the tyranny that overcame ancient democracy. Today, our political order faces new threats, not unlike the totalitarianism of the twentieth century. We are no wiser than the Europeans who saw democracy yield to fascism, Nazism, or communism. Our one advantage is that we might learn from their experience.

On Tyranny is a call to arms and a guide to resistance, with invaluable ideas for how we can preserve our freedoms in the uncertain years to come.”

[Text from publisher’s website ; see also the backcover]

This is a tinny and short book (almost a pamphlet) that warns democracy in America is in danger, compares the current situation with how democracy died in Europe and, through twenty lessons of history, teaches us how to fight to protect it. The book opens with a quote by Leszek Kolakowski: “In politics, being deceived is no excuse.”

After a brief introduction about “History and Tyranny”, Snyder offers us twenty lessons: 1. Do no obey in advance: “most of the power of authoritarianism is freely given (…) a citizen who adapts in this way is teaching power what it can do”; 2. Defend institutions: “It is institutions that help us to preserve decency (…) choose an institution (…) an take its side”; 3. Beware of the one-party state: “The parties that (…) suppressed rivals (…) exploited a historic moment to make political life impossible for their opponent. So (…) support (…) the rules of democratic elections”; 4. Take responsibility for the face of the world: “Notice the swastikas and the other signs of hate”; 5. Remember professional ethics: “When political leaders set a negative example, professional commitments to just practice become more important. (…)authoritarians need obedient civil servants”; 6. Be wary of paramilitaries: “When the men with guns who have always claimed to be against the system start wearing uniforms and marching with torches (…), the end is nigh. When the pro-leader paramilitary and the official police and military intermingle, the end has come”; 7. Be reflective if you must be armed: “If you carry a weapon in public service (…) be ready to say no”; 8. Stand out: “The moment you set an example (…) others will follow”; 9. Be kind to our language: “Think up your own way of speaking (…) separate yourself from the internet. Read books”; 10. Believe in truth: “To abandon the facts is to abandon freedom”; 11. Investigate: “Figure things out for yourself (…) subscrib[e] to print media”; 12. Make eye contact and small talk: “stay in touch with your surroundings, break down social barriers, and understand whom you should and should not trust”; 13. Practice corporeal politics: “Get outside (…) Make new friends and march with them”; 14. Establish a private life: “Consider using alternative forms of the internet (…) Tyrants set the hook on which to hang you”; 15. Contribute to good causes: “Be active in organizations (…) pick a charity or two (…) you will have made a free choice that supports civil society and helps other to do good”; 16. Learn from peers in other countries: “no country is going to find a solution by itself”; 17. Listen for dangerous words: “extremism, terrorism, emergency, exception (…) the treacherous use of patriotic vocabulary”; 18. Be calm when the unthinkable arrives: “Modern tyranny is terror management (…) terrorist attacks (…), disaster, (…) suspension of freedom of expression, (…) right to a fair trail”; 19. Be a patriot: “set a good exemple (…) for the generations to come”; 20. Be as courageous as you can: “If none of us is prepared to die for freedom, then all of us will die under tyranny.” He concludes with an epilogue about “History and Liberty.”

In other words: Complacency is the death of democracy. Hear that republicans? Wow. Everything in this book is so true. It should be read by everyone because the fight for our life is not over yet… It is a short but quite interesting reading. Well worth the time. 

On Tyranny; Twenty Lessons From The Twentieth Century, by Timothy Snyder. New York: Tim Duggan Books (an imprint of Crown Publishing, a division of Penguin Random House), February 2017. 128 pg., Softcover, 4-3/8 x 6-1/4, 9.99 US / $13.50 Can. ISBN: 978-0-8041-9011-4. stars-3-0

For more information you can check the following websites:

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© 2017 by Timothy Snyder

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Ad Astra XIII

AdAstraXIII-covLes ruses de Scipion ont mis Carthage en mauvaise posture… Hannibal accepte alors de parlementer avec son ennemi. Malheureusement, le Romain ne veut pas d’un statu quo… Ce sera la victoire ou rien ! Les deux chefs se séparent donc sans être arrivés à un accord. 

Mais les apparences sont parfois trompeuses et, pour le Carthaginois, cette discussion aura au moins servi un objectif : celui de mettre en place ses pions… ou, en l’occurrence, ses éléphants de guerre ! Si Rome a maintenant l’avantage, ses adversaires sont loin de s’avouer vaincus… 

Bravoure, complots et stratégie… Les légendaires Hannibal et Scipion s’affrontent une dernière fois. Plongez au cœur de cette ultime bataille !

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Ad Astra: Scipion l’Africain & Hannibal Barca (アド・アストラ -スキピオとハンニバル- / Ad Astra – Scipio to Hannibal) est un manga seinen historique par Mihachi KAGANO qui raconte les faits saillants de la deuxième guerre punique qui opposa non seulement Rome et Carthage mais aussi leurs stratèges respectifs: Scipion l’Africain et Hannibal Barca. Il a été prépublié dans le magazine Ultra Jump (entre mars 2011 et février 2018), puis compilé en treize volumes chez Shūeisha. La version française est parue chez Ki-oon.

AdAstraXIII-p010

Page 10

Ce dernier volume de la série est entièrement consacré à la Bataille de Zama. Seize ans après qu’Hannibal ait traversé les Alpes, à l’automne 202 AEC, les deux généraux s’apprêtent à avoir une confrontation finale sur une plaine au sud de Carthage. L’armée d’Hannibal est composée de 80 éléphants de guerre qui forment l’avant-garde, 4000 cavaliers qui forment les ailes de chaque côtés de la formation d’attaque [l’aile gauche, est formée de cavaliers Numides] et 36 000 fantassins (une première ligne de frondeurs Baléares, une deuxième ligne de soldats Libyens et Carthaginois [commandé par Silenos] et une troisième ligne de soldat Ibères et Gaulois plus expérimentés [sous le commandement d’Hannibal]). L’armée de Scipion est composée de 6000 cavaliers (qui forment les ailes, des Numides [à droite, 4000] sous le commandement de Massinissa, et des romains [à gauche, 2000] sous le commandement de Caius) et de 29,000 fantassins (une première ligne intercalant des fantassins Légers Vélites [sous Appius] et des fantassins lourds Hastati [sous Bandius], une deuxième ligne de fantassins lourds principes [sous Marcus], et une troisième ligne de fantassins lourds triarii [sous Scipion]).

La charge des éléphants d’Hannibal (trop jeunes et inexpérimentés) reste sans effet. Scipion, qui a étudié les tactiques de l’ennemi, réussi à les retourner contre lui. Il évite les feintes et réussi à encercler l’armée carthaginoise. C’est la victoire mais Hannibal survit et fuit vers Carthage où il s’adresse au sénat pour obtenir du renfort, sans succès. Pour épargner sa cité, il décide donc de se rendre à Scipion. Il se rend à Tunis pour négocier la paix. Carthage devra payer une lourde indemnité à Rome, abandonner ses colonies et renoncer à son armée. Scipion triomphe à Rome mais il est politiquement affaibli par l’inimitié de Caton et des accusations de corruption. Il mourra en 183 AEC, amère, pestant contre l’ingratitude romaine. Hannibal est exilé et, après une longue errance, trouve refuge au royaume de Bithynie, où il est traqué par les troupes romaines mais il choisit de se donner la mort par poison plutôt que d’être capturé ou tué par les romains… Il meurt la même année que Scipion… Les deux héros eurent donc une fin tragique, sans gloire… Rome règlera définitivement son compte à Carthage avec la troisième guerre punique (149-146 AEC).

Cette série de manga prends fin d’une façon un peu décevante. Toutefois, elle a offert ce qui était promis, c’est-à-dire une histoire un peu romancée de la deuxième guerre punique, axé sur les caractères des deux généraux opposés. Elle a suivi le fil de l’Histoire, sans plus. Si le récit est bon, voir captivant (si vous aimé les détails de tactiques militaires, bien sûr), c’est surtout son superbe dessin, très constant dans sa qualité, qui vole la vedette dans cette série. Il est clair et très précis, juste suffisamment efficace pour bien décrire les scènes de combats. 

Un manga fort intéressant, à lire surtout si vous êtes amateur de manga historique et de la Rome Antique.

Ad Astra: Scipion L’Africain & Hannibal Barca Vol. XIII, par Mihachi KAGANO. Paris: Ki-oon, novembre 2018. 210 pages (208 pl), 13 x 18 cm, 7,90 € / $16.98 Can. ISBN 979-10-327-0335-9. Pour un lectorat adolescent (14 ans et plus). stars-3-0

Pour en savoir plus vous pouvez consulter les sites suivants:

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Ad Astra Publius Cornelius Scipio Africanus Major & Hannibal Barca © 2011 by Mihachi Kagano / SHUEISHA Inc.

Voir mes commentaires sur les volumes précédents:

ad_astra-v01 ad_astra-v02 ad_astra-v03 AdAstra-v04-cov
AdAstra-v05-cov AdAstra-v06-cov AdAstra7-cov AdAstra8-cov
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Vendredi nature

Séance de photo

On me demande parfois quel équipement professionnel j’utilise pour prendre les photos de ma collection de monnaies. Il n’y a évidemment rien de bien spécialisé dans mon installation: il ne s’agit que de mon fidèle iPhone 11 Pro juché sur une pile de livres, en utilisant l’éclairage ambiant et parfois une lampe de poche LED pour donner un éclairage oblique qui fera ressortir les détails du relief de la pièce de monnaie. Par la suite j’utilise l’application Photos de Apple et Photoshop de Adobe pour éliminer les ombres et l’arrière-plan de la table (pour créer un fonds unis blanc), recadrer l’image, ajuster les contrastes et assembler l’avers et le revers sur une même image. C’est tout. Rien de bien technique là-dedans!

[ iPhone 11 Pro, saisi d’écran, Nikon D3300 + Nikkor 18-55mm]

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Monnaies anciennes 12

Hadrianus

J’ai trois pièces d’ Hadrien: un as et deux sesterces. Je m’attarderai surtout sur le sesterce de très bonne qualité (F+/VF) et ne mentionnerai que brièvement les deux autres qui ne sont que d’une qualité “bonne” (G), voir passable (Fair). 

L’as (bronze, 26 x 28 mm, 9.591 g) nous offre sur l’avers un buste d’Hadrien lauré à droite, l’épaule gauche légèrement drapée, avec l’inscription HADRIANVSAVGVSTVS. Sur le revers on retrouve une Salus (Santé) drapée, debout à gauche, tenant un sceptre de la main gauche et une patère de la main droite avec laquelle elle nourrit un serpent enroulé autour d’une colonne ou d’un autel. L’inscription est SALVS – AVGVSTI (santé de l’Auguste) avec un S – C (Senatus Consulto) dans le champs et un COS III (consul tertium) en exergue. Hadrien a obtenu le titre d’Auguste à son accession au pouvoir le 11 août 117 et le consulat pour une troisième et dernière fois en janvier 119. La pièce est donc postérieure à ces dates. Les sources consultées en ligne (CoinArchive, Numista) la date soit de 125-126/7 ou 125-128. David R. Sear (Sear RCV (M): 3692) la date plus spécifiquement à 126 EC. Je l’ai acquise pour $10.75 le 1985/11/18. (Autres Réf.: C1367; RIC 678, RIC II.3 828). Voir aussi ma fiche.

Ce sesterce (bronze?, 31 x 32 mm, 23.278 g) nous offre sur l’avers un buste lauré (drapé?) et cuirassé d’Hadrien, à droite, avec la probable inscription HADRIANVSAVGVSTVS. Le revers est plus lisible et intéressant avec la représentation d’une galère à gauche (au-dessus des vagues, cinq rameurs avec un timonier [hortator] à la poupe sous un abris, devant l’acrostolium, et flanqué d’un enseigne [signum] et d’un étendard [vexillum]; à la proue, un mât et une voile repliée), surmontée de l’inscription FELICITATI AVG[VSTI] (pour le succès ou la bonne fortune de l’Auguste), flanquée de chaque côté de S – C (Senatus Consulto, “avec la permission du Sénat”) et de COS III (consul tertium) P P (Pater Patriae) en exergue. Hadrien ayant reçu le titre de Père de la Patrie seulement en 128, la pièce doit donc être postérieure à cette date. Certaines des sources en lignes (vcoins, vcoins, CoinArchives, acsearch, cointalk, British Museum) datent la pièce de 129-130, d’autres de 132-134/5 car cela correspondrait à la période où Hadrien parcours l’empire (à Athènes et en Asie [Syrie, Égypte] de 129 à 133, en Judée de 133 à 134). Il semble difficile d’établir quelle variante (tête vs buste, drapée ou cuirassée, nombre de rameurs et gréements de la galère) correspond à quelle date. Je l’ai acquise pour environ $5 (1985/01/06). (Autres Réf.: Sear RCV (83): 1013; RIC 706). Voir aussi ma fiche.

Type:

Empire romain

Epoque: 

Antonins

Empereur: 

Hadrianus

Règne: 

117-138 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

128-138 EC

Nature: 

Sestercius

Métal: Orichalque

Qualité: VF/F+

Taille: 

30-31 mm

Poids: 

29.686 g

AVERS

     

Inscription:

HADRIANVS – AVG COS III PP

Description:

Tête laurée, barbue, à droite

REVERS

     

Inscription:

FELICI – TAS AVG / S C (dans le champs)

Description:

Felicitas drapée, debout à g., tenant une branche dans la main d. tendue et un long caducée dans la g.

Notes:

Payé $35 (1985/12/17)

 

Voir fiche

Réf.: 

RIC II: 750

C 620

Sear RCV (M): 3595 

Finalement, ce superbe sesterce nous offre sur l’avers la tête d’Hadrien laurée, regardant à droite, avec l’inscription HADRIANVSAVG[USTVS] CO[N]S[UL] III P[ATER] P[ATRIAE]. Hadrien a reçu le titre d’Auguste lors de son accession au pouvoir en 117, son troisième consulat en 119 et le titre de Père de la Patrie en 128. La pièce a donc été frappée après cette dernière date.

Sur le revers, on retrouve une représentation de la Felicitas (Félicité), drapée [stola], tenant une branche et un long caducée, avec l’inscription FELICITTAS AVG[VSTI] et S[ENATUS] C[ONSULTO] dans le champs de part et d’autre. Ici le Caduceus est un symbole de paix, Felicitas Augusti signifie “pour la bonne fortune de l’empereur [ou l’Auguste]” et Senatus Consulto signifit “avec la permission du sénat”. Le sénat souhaite donc à l’empereur un bon succès dans une entreprise quelconque (par exemple dans ses voyages) ou dans le maintient de la paix de l’Empire.

Les pièces d’Hadrien ne semble jamais comporter de datation très précise. Toutefois, les sources consultées en ligne (CoinArchive, numismatics, numismatics, wildwinds) datent cette pièce soit de 134-138 ou plus précisément de 136 — mais aucunes n’indiquent vraiment quelle est la base pour parvenir à cette datation.

Hadrien est sans aucun doute l’un des empereurs que j’admire le plus. Ce que Trajan fit pour l’expansion du territoire et de l’économie de l’Empire, Hadrien le fit pour les arts et la culture. Il est né à Italica, en Espagne, le 24 janvier 76 EC. Son père meurt lorsqu’il n’a que dix ans et son tuteur devient le cousin-germain de son père, le futur empereur Trajan (dont il épousera la nièce, Sabine, en 100 EC). Il poursuit le cursus honorum en devenant magistrat (en 94), puis tribun militaire (en 95, 96 et 97), questeur (en 100), tribun de la plèbe (en 102), préteur (en 104), consul suffect (en 108) et finalement légat (général d’armée, en 113 durant la campagne contre les Parthes et légat de Syrie en 116). Sur son lit de mort, Trajan le nomme son successeur en l’adoptant légalement et il lui succède le 11 août 117. 

Il n’a pas poursuivit la politique expansionniste de son prédécesseur mais a plutôt travaillé à en maintenir l’acquit: en protégeant les frontières (construction de fortifications [limes], dont le célèbre mur d’Hadrien par exemple), en construisant de nombreux monuments (aqueducs, temples, bibliothèques, l’Athenæum, etc.) et en réorganisant l’administration de l’Empire. Il a beaucoup voyagé au travers de l’Empire pour voir aux besoins des différentes provinces et a été un véritable patron pour les arts et les lettres.

À partir de 134, des problèmes de santé le confine à sa villa de Tibur. En 136, il adopte et nomme caesar Lucius Ceionius Commodus (possiblement son fils naturel) qui prend alors le nom de Lucius Ælius Verus. Toutefois, celui-ci meurt de pneumonie en janvier 138. Il aurait aimé adopter et choisir comme successeurs son protégé Marcus Aurelius Antoninus et le fils d’Aelius, Lucius Aurelius Verus, mais ceux-ci sont alors trop jeunes. À la place il adopte comme successeur le vieux consul Aurelius Antoninus, mais à la condition qu’il adopte à son tour Marcus et Lucius pour en faire ses successeurs. Hadrien meurt à la station thermale de Baïes le 10 juillet 138.

Une belle série de pièces de monnaies qui nous font voyager dans l’Empire Romain auprès d’Hadrien…

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Monnaies anciennes 11

Transition vers les Antonins

Nerva (97 EC)

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Comme je l’ai mentionné pour la pièce précédente, à la fin de la dynastie des Flaviens, le sénat s’est empressé de nommé comme successeur un vieil empereur inoffensif, Nerva. Malheureusement, son règne fut très bref (du 18 septembre 96 au 27 janvier 98, c’est-à-dire à peine plus d’un an) et peu de monnaies furent donc frappées à son nom. Je n’ai donc qu’une seule pièce de cet empereur, et dans une condition très pauvre. Je tenais toutefois à vous la montrer comme un exemple de pièce à peine lisible et pour avoir l’occasion de parler de cet empereur de transition. 

J’ignore comment j’ai identifié cette pièce originalement (mes yeux devaient être meilleurs dans ce temps-là) mais j’ai sans doute procédé par comparaison. L’avers comporte une tête de l’empereur laurée avec (croyez le ou non) l’inscription IMP CAESAR NER-VA AVG III COS. Ce qui a probablement aidé à l’identifier c’est le “III COS” qui est un peu lisible et est une façon inhabituelle d’indiquer que la pièce a été frappée sous le troisième consulat (en 97). Normalement, la titulature aurait due être “COS III”. Sur le revers on retrouve un large S C au centre d’une couronne de laurier (FAC: Laurel wreath) avec, en-dessous, un numéral grec (qui représente probablement le numéro de la frappe dans une série successive). Je crois qu’ici il s’agit d’un beta (𝞫). “S.C.” est l’abréviation de Senatus Consulto (“avec la permission du Sénat”) ce qui met bien l’emphase sur le fait que l’empereur a tout le soutien du sénat.

Il s’agit d’une petite dénomination de bronze (AE22, 22 mm, 7.072 g) caractéristique d’Antioche en Syrie. Je l’ai acquise pour environ $7 dans les années ’80. J’ai trouvé des pièces très similaires sur l’internet (Wildwinds, Vcoins, CoinProject, Provincial Romans, Henzen, acsearch, CoinsHome, MAshops, Iomega Collection) et dans Sear GICV 949. Voir aussi ma fiche (recto & verso).

On connait peu de chose du règne de Nerva mais l’histoire en a gardée une impression positive. Toutefois, l’économie de l’empire n’avait pas encore récupéré des suites de la guerre civile. N’ayant pas le support de l’armée et étant d’un âge avancé, sans descendance, il fut forcé par les militaires à se choisir un successeurs parmi eux afin d’assurer une transition de pouvoir pacifique. Il porta son choix sur un général d’armée d’origine hispanique, Marcus Ulpius Traianus, qu’il adopta selon la loi romaine. Cela complètera la transition vers la dynastie des Antonins, qui est considérée comme l’apogée de l’empire romain.

Denarius de Trajan (103-111)

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Type:

Empire romain

Époque: 

Antonins

Empereur: 

Trajan

Règne: 

98 – 117 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

103 – 111 EC 

Nature: 

Denarius

Métal: AR (Argent)

Qualité: VG+

Taille: 

17 x 18 mm

Poids: 

2 g

AVERS

     

Inscription:

IMP TRAIANO AVG GER DAC PM TR P

Description:

Buste lauré, partiellement drapé (épaule g.), à d. 

REVERS

     

Inscription:

COS V PP SPQR OPTIMO PRINC

Description:

Aequitas (Équité) assise à gauche, tenant une balance dans la main d. et une cornucopia dans la g.

Notes:

Payé $35 (1987/09/21)

 

Voir fiche

Réf.: 

RIC 119; C 86; 

BMC 288; Strack 145

Sear RSC II: 86

J’ai quatre pièces de monnaies de Trajan (un as, un dupondius, un sesterce et un denier) mais c’est le denier qui me semble le plus intéressant parce que c’est la pièce avec la plus haute dénomination et qu’elle est en très bon état. Encore une fois, l’identification et la datation de la pièce est assez évidente grâce aux inscriptions qui nous donne une nomenclature et une titulature précise.

Sur l’avers on retrouve IMP[ERATOR] TRAIANO AVG[VSTVS] GER[MANICVS] DAC[ICVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] et sur le revers CO[N]S[VL] V P[ATER] P[ATRIAE] S[ENATVS] P[OPVLVS] Q[UE] R[OMANVS] OPTIMO PRINC[IPI]. 

Trajan obtient le titre de Germanicus (vainqueur des Germains) à son adoption en 97 alors qu’il est gouverneur de Germanie Supérieure. Il reçoit la même année la Puissance Tribunicienne (qui est renouvelée annuellement, d’abord en octobre, puis en décembre à partir de 100 EC). À la mort de Nerva, le 27 janvier 98, il devient empereur et prends le titre d’Imperator, d’Auguste, de Père de la Patrie, et de Grand Pontife. Dès 100 (avant le 1er septembre), le Sénat et le peuple de Rome (SPQR) lui décernent le titre d’Optimus Princeps (“le Meilleur des Princes”, en référence au fait que Nerva ait choisi le meilleur candidat pour sa succession — image vertueuse renforcée par la représentation de l’Équité qui accompagne l’inscription). Il reçoit le titre de vainqueur des Daces (Dacicus) en 102. En 103, il est nommé consul pour la cinquième fois (COS V = Consul quintum) — c’est d’ailleurs la seule titulature qui est spécifiquement datée, donc la pièce n’a pas pu être frappée avant cette date. Et comme il est consul pour le sixième fois seulement en 112 et qu’il ne reçoit le titre de vainqueur des Parthes (Parthicus) qu’en 116, la pièce doit être antérieure à ces dates (donc au plus tard en 111). Toutefois, après la conquête de l’Arménie en 114, le sénat lui attribut officiellement le titre d’ Optimus ce qui pourrait possiblement contredire la datation de la pièce, si la nomenclature “TRAIANO” cachait plutôt — derrière la déclinaison différente du nom — l’abréviation TRAIAN[VS] O[PTIMVS]… Possible, mais j’en doute. Aussi, sans raisons évidentes, certaines sources datent ce genre de pièces à 108-109 EC.

Trajan est considéré comme l’un des meilleurs empereurs romains. Bon administrateur et grand militaire, ses conquêtes (notamment en Dacie et les territoires Parthes) ont non seulement considérablement étendu les frontières de l’Empire mais ont aussi renfloué ses coffres, ce qui a permis de payer pour un imposant programme de constructions publiques (aqueducs, routes, thermes, temples, forum, marchés, et monuments — dont la fameuse colonne Trajane). Il institue également une aide alimentaire pour les citoyens les plus pauvres. Il adopte son petit-neveu Publius Aelius Hadrianus qui lui succède lorsqu’il meurt le 8 ou 9 août 117 à Selinus (Turquie) des suites d’un accident vasculaire cérébral (possiblement lié à une crise de paludisme) sur le chemin de retour d’une campagne contre la révolte judéo-parthe.

Une belle pièce de monnaie, plutôt ordinaire, mais qui nous ouvre une porte imaginaire sur le règne de cet empereur extraordinaire que fut Trajan.

Sources: Google, CoinProject, numismatics, CoinArchives, Wildwinds, acsearch, FAC (Optimus)

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Le Mahâbhârata

Mahabharata-covLongtemps méconnu en Occident, le Mahâbhârata est le plus long poème composé au monde. Écrit en sanskrit et initié au IVe siècle avant notre ère, enrichi pendant 700 ans, il est quinze fois plus long que la Bible et il défie l’imagination par sa complexité.

Cette épopée foisonnante et démesurée est à l’origine de mille croyances et légendes qui irriguent l’âme indienne et inscrivent le Dharma, la loi qui régit le monde, au cœur des hommes. Ce « grand poème du monde » raconte la longue et furieuse querelle dynastique qui opposa deux clans de cousins à 5 contre 100. Il compte seize personnages centraux dont Krishna, avatar divin descendu sur terre, qui apparaît là pour la première fois dans la mythologie indienne.

La guerre racontée dans le Mahâbhârata se situe à l’aube du Kali Yuga, “l’âge sombre” dabs lequel nous vivons encore, qui aurait débuté, selon les hindous, trois milles ans avant notre ère. L’inépuisable poème épique faite de religion, de politique, de sociologie, de loi, de morale, de cosmologie tout autant que de délivrance, but ultime de la condition humaine selon la tradition indienne.

Tout en restant fidèle à l’esprit originel, le romancier et scénariste Jean-Claude Carrière a écrit le “roman du Mahâbhârata” en aménageant le conte traditionnel pour le rendre accessible, et le dessinateur Jean-Marie Michaud s’est saisi de ce récit fantastique pour en faire une extraordinaire adaptation graphique.

(Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière)

Jean-Claude Carrière a longtemps été fasciné par ce poème épique hindou — le plus long jamais composé. Et pour cause, le Mahâbhârata (महाभारत / lit. “La Grande Guerre des Bhārata [descendants de l’empereur légendaire Bharat”]) est, avec le Ramayana, l’un des grands livres sacrés de l’Inde, texte fondateur de l’hindouisme. C’est un récit long et complexe (dix-huit livres composé de plus de quatre-vingt-mil strophes!). Carrière n’en a conservé que la trame principale (en éliminant les très nombreuses histoires secondaires) pour former une première adaption pour le metteur en scène Peter Brook. Le résultat fut une pièce de théâtre de neuf heures qui fut d’abord présentée au Festival d’Avignon de 1985 avant de partir en tourné pour trois ans. La pièce fut elle-même adaptée en mini-série pour la télévision puis en film. Mais Carrière n’en resta pas là. Il a raffiné son adaptation pour la rendre plus accessible au public et l’a publié sous forme de roman en 1989. Jean-Marie Michaud en a repris le texte et, après trois ans de travail, nous offre cette merveilleuse adaptation graphique.

Je ne m’attarderai pas trop sur le récit qui est, comme je l’ai dit, fort complexe. C’est difficile à suivre avec tous ces retournements de situations et ces noms hindous difficiles à prononcer. En gros, il s’agit d’abord du mythe d’origine de l’hindouisme, suivi du récit d’une querelle de succession pour le trône du royaume de Hastinapura. Diverses aventures amoureuses ont crées deux branches familiales qui se disputent: les Pandava (au nombre de cinq: les jumeau Nakula & Sahadeva, Yudhishthira, Bhima et Arjuna) et les Kaurava (au nombre de cent, mais les acteurs principaux sont Duryodhana et Dushassana). Le conflit culmine avec la bataille de Kurukshetra. Le récit est bien mené et, malgré la difficulté, demeure divertissant, intéressant et agréable à lire.

Toutefois, ce qui m’a vraiment accroché c’est le superbe dessin de Jean-Marie Michaud. Je ne connais pas grand chose à la culture indienne / hindoue, mais cette adaptation graphique (costumes, arrières plans, etc.) représente bien ce que j’imagine devait être l’apparence de ces héros épiques. La technique et les tons de couleurs utilisés me rappel beaucoup le style de Bilal. J’ai trouvé tout cela très beau et j’ai adoré. Je recommande chaleureusement cette bande dessinée, surtout si vous êtes curieux de découvrir (avec une certaine aisance) la culture hindoue ainsi que ce texte mythique qu’est le Mahâbhârata.

Le Mahâbhârata, par Jean-Claude Carrière (adaptation) et Jean-Marie Michaud (dessin). Lachapelle-sous-Aubenas: Editions Hozhoni , octobre 2019. 444 pages, 19.5 x 27.5 cm, 35,00 € / $C 66.95, ISBN 978-2-37241-049-6. Pour lectorat adolescent (12+). Un extrait de vingt-neuf pages est disponible sur le site de BDgest. stars-4-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonBiblioGoodreadsGoogleWikipediaWorldCat ]

© 2019, Editions Hozhoni

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Monnaies anciennes 10

Denarius de Domitianus (79)

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Type:

Empire romain

Epoque: 

Flaviens (69-96 EC)

Figure: 

Domitianus (Caesar)

Règne: 

14 sept. 81 – 18 sept. 96 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

79 EC

Nature: 

Denarius

Métal: AR (argent)

Qualité: G

Taille: 

17 mm

Poids: 

3.118 g

Avers

     

Inscription:

CAESAR AVG F DOMITIANVS COS VI (à revers)

Description:

Tête laurée, à droite

Revers

     

Inscription:

PRINCEPS – IVVENTVTIS

Description:

Salus (Santé), drapée, debout à droite, jambes croisées, reposant le bras gauche sur une colonne, tenant un serpent dans la main droite et le nourrissant à partir d’une patère de la main gauche

Notes:

Acheté $35

Voir fiche

inscription sur l’avers est inversée; usure sur le revers mais qui n’a pas effacée l’inscription

Réf.: 

RIC vol. II: 243

Cohen vol. 1: 384

RSC 384, Sear RCV (83) 774 ?

Encore une fois on retrouve ici un denier très ordinaire de Domitianus, le troisième et dernier empereur Flaviens. Cette pièce est facilement identifiable et datable grâce à l’inscription qui offre une nomenclature et titulature bien lisible: CAESAR AVG[VSTVS] F[LAVIVS] DOMITIANVS CO[N]S[VL] VI.

Domitien a été consul dix-sept fois mais pour cinq de ces années il a été Consul suffectus (remplaçant ou suppléant — indiqué en gras): en 71, 73, 75, 76, 77, 79, 80, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 90, 92 et 95. Son sixième consulat (COS VI, souligné) a donc été en 79 (de janvier à décembre).

La caractéristique la plus frappante de cette inscription est qu’elle est à revers (de d. à g.), la base du texte étant du côté extérieur de la pièce, ce qui est peu fréquent.

Domitien accède au pouvoir le 14 septembre 81, lorsque son frère Titus décède subitement de la peste. Il a été élevé loin de la cour et de sa famille, et son frère ainé ne partage aucun pouvoir avec lui, ce qui a pu être une source de ressentiment. Son administration de l’Empire semble avoir été bonne et il était aimé tant du peuple que de l’armée. Toutefois, il a régné d’une façon autocratique, souvent avec répression, concentrant le pouvoir entre ses mains au détriment du Sénat — ce qui lui attire la haine des grandes familles patriciennes. Il en résulte quelques complots qui culminent avec son assassinat par des membres de son entourage (garde prétorienne et ministre). Étant donné que les historiens romains (Tacite, Suétone, Dion Cassius) étaient tous soit sénateurs ou patriciens, l’histoire a conservé de lui une image plutôt négative — une brute peu intelligente. À sa mort, le Sénat s’empresse de proclamer la damnatio memoriae (condamnant sa mémoire à l’oubli) et à nommer comme successeur Nerva, un vieux politicien sans enfants qui ne risquait pas d’avoir d’ambition dynastique!

Princeps Juventutis (“Prince de la jeunesse”) était à l’origine le titre du chef de l’Ordre Équestre, mais sous l’Empire, il est devenu simplement un titre honorifique donné aux jeunes princes de la famille impériale considérés comme les héritiers du trône. Sur les monnaies, l’inscription est généralement accompagnée d’une représentation militaire (bannières et lances), parfois de nature équestre. Dans ce cas-ci, il s’agit d’une Salus (“Santé”, l’équivalent de la déesse grecque Hygie, généralement associée à son père, Asclépios, dieu de la médecine et fils d’Apollon). Sa représentation est souvent l’équivalent d’un souhait de prompt rétablissement à une figure politique qui a des problèmes de santé, mais le jeune Domitien est perçu comme ayant une bonne vigueur physique. Il s’agit donc probablement d’un souhait de bonne santé suite au décès de son père Vespasien (le 23 juin 79) et à l’accession de son frère Titus au pouvoir, ou à la suite d’une catastrophe naturelle (comme l’éruption du Vésuve le 24 octobre 79). Ces derniers détails pourraient possiblement nous permettre de dater la pièce à la deuxième moitié — ou même à la fin — de 79.

C’est une pièce de monnaie somme toute banale, mais l’une des deux seules pièces que j’ai de Domitien (l’autre est un as) et qui m’offre une bonne occasion de parler de cet empereur. 

Description en anglais:

Obv: Laureate head right

Rev: Salus, draped, standing right, resting left arm on column, holding snake in right hand and feeds it out of patera in left

Sources: 

Wildwinds, CoinArchives, Numiscmatics, Vcoins, FAC (Salus), FAC (Princeps Juventutis)

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Monnaies anciennes 9

As de Vespasianus (72-73 EC)

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Type:

Empire Romain

Époque:

Flaviens (69-96 EC)

Empereur: 

Vespasien

Règne: 

69-79 EC

Frappe: 

Rome

Datation: 

72-73 EC

Nature: 

As

Métal: AE (bronze)

Qualité: G

Taille: 

26 mm

Poids: 

9 g

Obverse

     

Inscription:

IMP CAES VESP AVG PM T P COS IIII CENS

Description:

Tête laurée à droite

Reverse

     

Inscription:

S C (dans le champs)

Description:

Spes (Espérance) debout à gauche, tenant une fleur dans la main droite, relevant sa robe avec la main gauche

Notes:

Payé $26 (1987/09/21)

 

Le “V“ de “VESP“ est frappé d’une marque

Réf.: 

RIC 545; C 450

 

RIC II Pt1 (2nd Ed): 596

Un autre as de la dynastie des Flaviens qui n’a rien de remarquable sinon que c’est une pièce de Vespasien et que l’inscription est bien lisible. Celle-ci nous permet de dater la pièce: IMP[ERATOR] CAES[AR] VESP[ASIANVS] AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] T[RIBVNICIAE] P[POTESTATIS] [?] CO[N]S[VL] IIII CENS[OR].

Vespasien est d’origine modeste mais déjà sous Claude il devient légat de légion en Germanie, puis consul (en 51) et proconsul. Sous Néron il est légat de Judée. À la mort de ce dernier, c’est la guerre civile alors que plusieurs légions proclament leurs généraux empereurs. En juillet 69 Vespasien est donc acclamé empereur par ses troupes et reçoit les titres de Imperator, de Augustus ainsi que la puissance tribunicienne (celle-ci sera renouvelée annuellement au 1er juillet). Ayant reçu de nombreux support (dont celui de son frère, préfet de Rome, et de Marcus Antonius Primus), Vespasien prédomine et est nommé empereur par le Sénat en Décembre 69.

L’année suivante, en 70, il impose la paix en Orient avec l’aide de son fils Titus (en écrasant la révolte juive et en envoyant une ambassade auprès des Parthes) et reçoit les titres de Grand Pontife et de Père de la Patrie. Il entreprends de nombreuses réformes et la reconstruction de Rome (partiellement détruite par le Grand Incendie de 64) notamment avec l’amphithéatre Flavien (Colosseum). Pour refaire les finances de l’Empire, épuisées par la guerre civile, il crée de nouveaux impôts (dont la fiscus judaicus) et taxes (dont une sur la collecte d’urine, nécessaire en teinturerie, et qui sera la source des expressions “l’argent n’a pas d’odeur” et “vespasienne”). Ce fut donc un excellent empereur, reconnu pour être traditionaliste mais réformateur, économe mais bâtisseur. À sa mort, en juin 79 (possiblement de dysenterie), il fut divinisé par le sénat et son fils Titus lui succéda.

Toutefois la datation de cette pièce me pose un dilemme due à une contradiction. La titulature de la puissance tribunicienne n’est pas datée mais on suppose qu’il s’agit de la quatrième (TR.P. IIII — le chiffre IIII n’étant peut-être pas répété et donc partagé avec le COS IIII) que Vespasien a reçu en 72 (du 1er juillet 72 au 1er juillet 73). La pièce a été frappée sous son quatrième consulat (COS IIII) normalement reçu pour l’année 72 (de janvier à décembre) mais elle comporte aussi la titulature “CENSOR” qu’il a reçu en 73 (présumément en janvier). Cependant il ne reçoit pas son cinquième consulat avant 74, alors son quatrième consulat se serait-il étendu sur deux ans? Les sources consultés (je n’en ai trouvé que très peu en ligne [RIC II Pt1 (2nd Ed): 596] et D.R. Sear ne mentionne pas cette pièce) la date en 73…

L’image du revers, la déesse Espérance (Spes), se retrouve souvent sur les pièces au début du règne d’un prince, afin d’indiquer “soit les anticipations favorables que le peuple avait de lui, soit les attentes qu’il voulait susciter sur lui-même” (FAC). L’inscription “S.C.” veut simplement dire Senatus Consulto, c’est-à-dire “avec la permission du Sénat.”

Une autre belle pièce, intéressante car elle évoque de grands moments de l’histoire de l’Empire Romain…

Description en anglais:

Obv: Head laureate, r.

Rev: Spes advancing l., holding flower

Sources: 

Numismatics, Forum Ancient Coins (Spes)

 

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Monnaies anciennes 8

As de Titus (césar)

Je vous présente maintenant des pièces de monnaie de l’Empire Romain proprement dit, où les pièces étaient généralement frappées à l’effigie de l’empereur au pouvoir. Je n’ai que très peu de pièces frappées sous la dynastie des Julio-Claudiens (d’Auguste à Néron) parce qu’elles sont plus en demande et donc plus chère, ce qui fait que les miennes ne sont pas en très bon état (mais j’y reviendrais possiblement plus tard). Je passe donc à la dynastie suivante: les Flaviens (Vespasien, Titus et Domitien). Ici, il s’agit de Titus alors qu’il était césar (second et successeur présumé) sous son père Vespasien qui a été empereur du 22 décembre 69 au 23 juin 79 EC.

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Type:

Empire Romain

Époque:

Vespasien (69-79 EC)

Figure: 

Titus (caesar)

Règne: 

24 juin 79 – 13 sept 81

Frappe: 

Rome

Datation: 

1 janvier – 1 juillet 72

Nature: 

As

Métal: Ae (bronze) ? Laiton ?

Qualité: G

Taille: 

26 mm

Poids: 

10.072 g

Avers

     

Inscription:

T CAES VESPASIAN IMP P TR P COS II

Description:

Tête laurée, à droite

Revers

     

Inscription:

AE-QVITAS-AVGVSTI / S.C. [dans le champs]

Description:

Aequitas debout à gauche, tenant une balance et un long sceptre

Notes:

Payé ±$10.75 (1985/11/18)

 

Voir fiche

Réf.: 

C-6, RIC 618, BMC 825d

RIC II: 415

Sear RCV (83): 737

Pour cette pièce, toute l’information pertinente se retrouve dans la nomenclature et la titulature de l’avers qui sont heureusement bien lisible: T[ITVS] CÆS[AR] VESPASIAN[VS] IMP[ERATOR] P[ONTIFEX] TR[IBVNICIÆ] P[OTESTATIS] CO[N]S[VL] II.

Pour la nomenclature il faut faire attention car elle ressemble beaucoup à celle de son père [IMPERATOR TITVS FLAVIVS VESPASIANVS AVGVSTVS]. La subtilité est dans l’ordre où il reçoit ses titres: ils n’ont pas eut les même titre en même temps (la titulature de Vespasien commence avec le IMP) alors l’identification de la pièce se fait par la concordance entre les titres et la datation…

Titus a reçu le titre de caesar lorsque son père est devenu empereur en 69 EC. Puis il reçoit le titre d’Imperator après avoir reconquit Jérusalem en 70. Il reçoit la puissance tribunicienne pour la première fois en 71 (renouvelable le 1er juillet) et le titre de Consul pour la seconde fois en janvier 72. La pièce a été frappée avant qu’il reçoive la puissance tribunicienne pour la seconde fois au début juillet 72, donc elle date entre le 1er janvier et le 1er juillet 72. À noter que le titre de pontifex (“qui fait le pont” en latin — littéralement, puisque les pontifes entretiennent le pont Sublicius à Rome, mais aussi figurativement, car ils sont intermédiaires entre le profane et le sacré) est une fonction religieuse (c’est une une sorte de prêtre et de jurisconsulte).

Le revers illustre une Aequitas, déesse de l’équité (par extension aussi du commerce). Elle tient une balance (symbole de justice) et une hasta pura (lance sans fer ou pointe décernée à un soldat en signe de valeur). L’inscription Aequitas Avgvsti (“équité des empereurs”) fait référence à la vertu (équité, avoir le courage d’être juste) dont font preuve l’empereur et son successeur. Dans le champs, de par et d’autre, on retrouve les initiales S.C. pour Senatus Consulto, “avec la permission du Sénat.”

La dénomination de cette pièce est un As (de “æs” qui veut simplement dire métal non-précieux en latin, c’est-à-dire le cuivre ou le bronze). L’as valait un seizième de denier (en argent), un quart de sesterce (en orichalquelaiton, avec un poids de 25 g), et un demi dupondius (en laiton, environ 12.5 g). L’as était lui généralement frappé en bronze (mais aussi parfois en cuivre ou en laiton) et pesait environ 11 g. Si on ne fait pas attention on peut le confondre parfois avec le dupondius car les deux ont à peu près la même taille (26-28 mm) mais le dupondius est légèrement plus épais et donc plus lourd. Aussi la tête de l’empereur est radiée (portant une couronne radiée) sur le dupondius et laurée (portant une couronne de lauriers) sur l’as. L’as cesse d’être produit sous la dynastie des Antonins (au IIe siècle EC).

C’est une pièce qui n’a pas beaucoup d’intérêt en soi mais qui a une valeur sentimentale pour moi car j’aime bien Titus. Je l’ai étudié à l’université (“Pouvoir et religion sous le principat de Titus”) et son court règne est riche en événements. En effet, avec son père il a construit l’amphithéâtre Flavien (ou Colosseum) sur le site de la domus aurea de Néron et il en organise les très fastes jeux inauguraux en 80. Il mène aussi campagne durant la première guerre judéo-romaine pour mettre fin à la révolte en Judée (il fait le siège de Jérusalem en 70, de Massada, détruit le temple d’Hérode et revient triomphant à Rome avec un riche butin). Finalement, c’est durant son règne en août (ou octobre?) 79 que le Vésuve fait éruption et ensevelie les villes de Pompéi et d’Herculanum. Il a été éduqué à la cour de Claude, auprès de Britannicus, et a suivit le cursus honorum: il est tribun militaire en 57, puis légat de la Legio XV Apollinaris auprès de son père en 67. Durant son principat (caesar), il avait la réputation d’être débauché et cruel, mais tout cela est oublié lorsqu’il devient empereur en 79 et il est perçu par l’Histoire comme un bon administrateur, respectueux des traditions. Il meurt de la peste en septembre 81. C’est ma seule pièce de Titus.

Description en anglais:

Obv: Head of Titus, laureate, right

Rev: Aequitas, draped, standing left, holding scales in right hand and long vertical rod (pertica) or sceptre (hasta pura) in left

Sources: 

Forum Ancient Coins, numismatics, wildwinds, coinproject (Dup), coinproject (As), acsearch

Forum Ancient Coins: Aequitas Augusti, Aequitas, Hasta Pura, Senatus Consulto

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Monnaies anciennes 7

Pièce Grecque impériale de Quadratus

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Type: 

Monnaie provinciale (Grecque Impériale)

Époque: 

Sous le règne de Néron (54-68 EC) et la  gouvernance de Quadratus (50-60 EC)

Frappe: 

Antioche

Datation: 

55-56 EC

Nature: 

AE 18

Métal: AE (bronze)

Qualité: F

Taille: 

19 x 21 mm

Poids: 

5.577 g

Obverse

     

Inscription:

𝝖𝝢𝝩𝝞𝝤𝝬𝝚𝝮𝝢 (par devant)

Description:

Tête de la ville-déesse d’Antioche (Tyche), voilée et couronnée d’une tourelle, à droite

Reverse

     

Inscription:

𝝚𝝥𝝞.𝞙𝞞𝞤𝞐𝝙𝝦𝝖𝝩𝝤𝝪 / 𝝚𝝩.𝝙𝝦 (en exergue)

Description:

Bélier sautant à droite, regardant en arrière, avec une étoile dans un croissant au-dessus

Notes:

Payé ± $10.75 (1985/11/18)

 

Voir fiche

Réf.: 

BMC 20, 160, 70

 

Sear GICV 5187

Je vous présente ici un intéressant exemple de monnaie romaine provinciale — celles des provinces grecques sont connues comme des pièces “grecques impériales.” Cette pièce-ci porte des inscriptions très claires, en grec, qui en facilitent d’autant l’identification et la datation. Sur l’avers on retrouve le nom de la ville d’Antioche (𝝖𝝢𝝩𝝞𝝤𝝬𝝚𝝮𝝢 = Antiochia ad Orontem  / Antioche-sur-l’Oronte), capitale de la province de Syrie, ce qui nous indique le lieu où la pièce a été frappé. Les inscriptions sur le revers nous indiquent qu’elle a été frappé par  G. Ummidius Durmius Quadratus (𝝚𝝥𝝞.𝞙𝞞𝞤𝞐𝝙𝝦𝝖𝝩𝝤𝝪 / Επι κουαδρατου / Epi kouadratou / “sous Qvadratvs”) qui a été légat et gouverneur de Syrie en 51-60 EC, durant le règne de Néron (54-68 EC). En exergue, la pièce comporte également une datation très précise.

David Sear (Sear GICV, p. xxv) nous apprends que “La pratique consistant à placer la date sur les pièces de monnaie n’est devenue courante qu’à l’époque hellénistique. (…) L’essentiel des pièces datées (…) de la série grecque impériale est selon une époque (…). Les chiffres de date sont parfois précédés du mot ETOYΣ qui peut être abrégé en ET (…).” ETOYΣ (έτος) veut simplement dire “année”. Antioche utilisait un système de datation selon l’ère Césarienne. Tom Buijtendorp nous explique que celle-ci “se référait au moment où Antioche a été faite une ville autonome par Jules César après avoir vaincu Pompée lors de la bataille de Pharsale à l’été 48  [fin juin ou début août] avant notre ère.” Dans ce système, chaque lettre grecque se voit assignée une valeur. 

Ainsi 𝝚𝝩.𝝙𝝦 se traduit par “ETOYΣ (année) 104” (où 𝝙 = 4 et 𝝦 = 100). Si l’on fait le calcul (104 + -48 [début de l’ère Césarienne] = 56), cette pièce a donc été frappé en 55 ou 56  EC (l’ère Césarienne ayant commencée au milieu de l’année, en juin ou en août, elle s’étends donc partiellement sur deux ans de calendrier).

Alors que SEAR classe cette pièce simplement dans les petites dénominations (AE 18, i.e. une pièce de métal non-précieux [aes, alliage de cuivre, généralement du bronze] d’environ 18 mm), l’une des sources l’identifie plutôt comme un Trichalkon (valant trois chalques ou 3/8 d’obole). 

Ce qui rend cette pièce fascinante ce n’est pas seulement sa datation précise mais surtout le fait que l’avers semble illustrer un événement astronomique très précis. Une étoile (ou une planète) aurait été occulté par le passage de la lune alors qu’elle transitait dans la constellation du bélier ! L’astronome Michael Molnar est persuadé que cette illustration représente l’occultation de Jupiter dans le Bélier en l’an 6 AEC, un événement astronomique et astrologique qui aurait fort probablement constitué selon lui la fameuse “Étoile de Bethléem” à laquelle la Bible fait référence dans l’Évangile selon Matthieu alors qu’une “étoile” aurait guidé des mages vers le lieu de naissance de Jésus (Bethléem). 

J’ai déjà identifié mes monnaies il y a longtemps et compilé les informations sur mes fameuses fiches, mais je trouve très intéressant (et amusant!) de vérifier ces informations à l’aide de l’internet et surtout de vous les expliquer le plus clairement possible. J’espère un peu vous intéresser non seulement aux monnaies mais surtout à l’histoire de l’antiquité… Comme je l’ai déjà dit, l’étude de chaque pièce est une occasion d’acquérir un nouveau savoir…

Description en anglais:

Obv: 𝝖𝝢𝝩𝝞𝝤𝝬𝝚𝝮𝝢 before veiled and turreted head of city-goddess, r.

Rev: Ram leaping to right, head turned to look back; above, star within crescent

Sources: 

BUIJTENDORP, Tom. “Coin evidence concerning the Caesarean and Actian Eras” on Forum for Ancient Coins.

SEAR, David R. Greek Imperial Coins and their Values; The local Coinages of the Roman Empire. London: Seaby, 1982. 634 p. ISBN 0-900652-59-4. [Sear GICV] [AmazonGoodreads • WorldCat]

CoinArchive, BeastCoins, Roman Provincial Coinage online.

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Monnaies anciennes 6

Denarius Impératorial de Marc Antoine

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Type: 

Impératoriale (Triumvirat)

Époque: 

43-31 AEC

Frappe: 

Officine orientale

Datation: 

Automne 32 – printemps 31 AEC

Nature: 

Denarius légionnaire

Métal: AR (Argent)

Qualité: F

Taille: 

16-17 mm

Poids: 

3.20 g

Obverse

     

Inscription:

ANT AVG / III VIR RPC

Description:

Galère prétorienne, à dr.

Reverse

     

Inscription:

LEG V

Description:

Aigle, à dr., entre deux enseignes

Notes:

Payé 650 FF (±$130)

 

Voir fiche

Réf.: 

RRC 544/18, CRR 1221, 

CRI 354, RSC 32

RCV (83): 343-346; RCV (2004): 414-415

On retrouve ici une autre pièce de monnaie de la République Romaine mais cette fois de l’époque dite “Impératoriale”, c’est-à-dire sous les triumvirats et durant les guerres civiles. Le denier légionnaire était un monnayage de guerre frappée en grande quantité (entre 25 et 35 millions de pièces !) — et contenant souvent un alliage d’argent plus pauvre qu’à l’habitude — pour payer les légions. Dans ce cas particulier, celle de Marc Antoine qui se sont battues à Actium (Grèce) où Octave a vaincu Antoine et Cléopâtre VII en 31 AEC. On croit que l’atelier monétaire était soit établit à Patras (en Achaïe) ou soit voyageait avec l’armée de Marc Antoine en Grèce. Les inscriptions nous montrent un Marc Antoine investit de l’Imperium (pouvoir de commandement) et Triumvir (il s’agit bien sûr du second triumvirat qui incluait Marc Antoine, Lépide et Octave — le premier triumvirat avait inclus César, Crassus et Pompée).

L’inscription Ant(onius) Aug(urus) démontre que Marc Antoine désirait souligner son association avec César qui avait été augure — une sorte de prêtre.

L’inscription Tresvir(i) R(ei) P(ublicae) C(onstituendae) [Triumvir pour la réorganisation de la République] souligne son appartenance légitime au triumvirat, qui avait été constitué par la Lex Titia en 43 pour diriger l’état de façon collégiale.

Sur l’avers, on retrouve la représentation d’une galère romaine, ce qui est fort approprié puisque plusieurs des batailles de la dernière guerre civile de la République romaine, opposant Antoine et Octave, furent des batailles navales.

L’inscription “LEG V” indique que cette pièce a été frappée pour payer la cinquième légion appelée Legio V Alaudae (alouette en gaulois). Cette légion a été créée en Gaule Cisalpine par Jules César en 52 AEC. Son nom fait référence aux ailes d’alouettes qui paraient les casques gaulois. Elle est entrée en action pour la première fois au siège d’Alesia, contre Vercingetorix. Après la mort de César et le début des guerres civiles, la légion prit le parti de Marc Antoine.

Sur le revers, on retrouve la représentation de l’aigle romaine (aquila) qui est l’emblème des légions romaines. C’était un symbole important et très respecté. Cette dernière est flanquée par deux étendards romains (signum manipuli) qui représentaient chacune des unités de la légion (manipule ou, plus tard, centurie) et jouait un rôle important dans l’organisation de la légion. Wikipedia les décrit ainsi: “Il se composait d’un poteau surmonté soit d’une paume ouverte de main humaine, soit d’une tête de lance. La paume ouverte, a-t-on suggéré, était à l’origine un symbole de la manipule (manipulus = “une poignée“), la plus petite unité tactique de l’armée romaine de la mi-République. Les mâts étaient ornés de deux à six disques en argent (dont la signification est incertaine). De plus, le mât serait orné d’une variété de traverses (y compris, en bas, un symbole de croissant de lune et un pompon). Il  porterait également normalement une barre transversale avec des pompons.” 

C’est une pièce relativement commune mais que j’adore de par son association avec Marc Antoine et l’événement particulier de la bataille d’Actium. Elle est superbe et fascinante !

Description en anglais:

Obv: war galley under twelve oars right with triple ram prow and scepter tied with fillet

Rev: aquila (legionary eagle) right between two signa (legionary standards)

Sources: 

“The Legionary Denarius of Mark Antony”, vcoins, vcoins, CoinArchives, coinproject, Wildwinds, acsearch, Imperial Roman NZ, RCV (83): 343-346, RCV (2004): 414-415.

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Vendredi nature [002.020.269]

Bandelette inscrite de la momie de Hor

Inscribed bandage of Hor - detail (IMG_6864)

[ iPhone 11 Pro, Musée des Beaux Arts de Montréal, 2020/01/02 ]

Ici nous passons des sciences naturelles aux sciences tout court avec cette image d’un fragment (de quatre mètres de long !) d’une bandelette funéraire inscrite de formules incantatoires et d’illustrations tirées du livre des Morts. Selon la fiche signalétique, elle date de l’Époque Ptolémaïque (c. 332-250 AEC) ce qui lui donne environ 2300 ans ! Fascinant ces égyptiens…

Cette photographie été prise lors d’une visite de l’exposition “Momies Égyptiennes” au Musée des Beaux Arts de Montréal le 2 janvier 2020. (Artefact du British Museum EA 10265, ©The Trustees of the British Museum).

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Monnaies anciennes 5

Denarius républicain de P. CLODIVS

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Type: 

République Romaine

Époque: 

509 – 27 AEC

Frappe: 

Rome

Datation: 

c. 42-41 AEC

Nature: 

Denarius

Métal: AR (Argent)

Qualité: VG / F

Taille: 

18-19 mm

Poids: 

3.794 g

Obverse

     

Inscription:

Aucune

Description:

Tête laurée d’Apollon à droite, une lyre derrière

Reverse

     

Inscription:

À d.: P CLODIVS (descendant), à g.: M. F. (descendant)

Description:

Diane Lucifer debout de face, avec un arc et un carquois sur l’épaule, tenant deux longues torches allumées dans chaque main

Notes:

Payé $45

Voir fiche

 

Réf.: 

RRC 494/23; Syd. CRR 1117

 

RCV(83) 294; RCV(2004) 328

Comme pour les pièces de M. CIPI et de L LVCRETIVS TRIO, celle-ci est également une pièce républicaine cette fois frappée par le magistrat monnayeur (triumvir monétaire — d’où la titulature “M.F.” ?) P CLODIVS qui nous est inconnu sinon qu’il a tenu cet office en 42 AEC (une source le cite comme étant P. Clodius M.f. Turrinus). Comme pour les pièces précédentes, la datation a changée avec les années puisque SEAR date la pièce en 41 AEC dans son édition de 1983, puis en 42 AEC dans les éditions plus récentes.

Description en anglais:

Obv: Laureate head of Apollo, r.; lyre behind

Rev: Diana Lucifera std facing, with bow and quiver over shoulder, holding two long lit torches in each hand. On r., P CLODIVS (downward); on l., M.F. (downward)

Sources: 

En plus des même références citées pour la pièce de M CIPI, j’ai aussi consulté les liens suivants: vcoins, vcoins, MFA Boston, CoinArchive, Littletoncoin.

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Monnaies anciennes 4

Denarius fourré de L. Lucretius Trio

Surprise ! Je vous présente une autre pièce de monnaie romaine cette semaine !

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Type: 

République Romaine

Époque: 

509 – 27 AEC

Frappe: 

Rome

Datation: 

c. 76 AEC

Nature: 

Denarius fourrée

Métal: coeur de bronze (Ae) recouvert d’argent (Ar)

Qualité: G

Taille: 

18 mm

Poids: 

2.837 g

Obverse

     

Inscription:

(Aucune apparente mais devrait comporter un chiffre) 

Description:

Tête de Neptune laurée, à droite (avec un trident derrière la tête, à peine visible)

Reverse

     

Inscription:

L LVCRETI / TRIO (en dessous)

Description:

Génie ailé (Palæmon ?; Cupidon ?), sur un dauphin, à droite

Notes:

Acheté à Londres 5 £ (1986/02/05)

 

Pièce d’argent fourrée, avec noyau apparent sur l’avers; entaille verticale sur revers.

Réf.: 

Syd. CRR: 784; RCC: 390/2; RSC Lucretia 3

Sear RCV (83): 251; Sear RCV (M): 322

Voir fiche originale

Comme l’autre pièce que je vous est présenté plus tôt, il s’agit ici d’une pièce de la république romaine, et donc le nom qui y apparait est celui du magistrat monnayeur (triumvir monétaire). Dans ce cas-ci, c’est Lucius Lucretius (de la gens Lucretii) dont nous connaissons peu de chose sinon qu’il a tenu cet office en 76 AEC. 

Cette pièce est endommagée et une partie des inscriptions est donc illisible. Par contre, en comparant à d’autres pièces similaires, on peut les deviner. Sur l’avers, derrière la tête de Neptune, on peut deviner le manche d’un trident. Aucune inscription n’est apparente mais le champs derrière la tête devrait comporter un chiffre dénotant la valeur de la pièce ou un numéro de contrôle de cette série de frappe. Sur d’autres pièces similaires, on retrouve X, XVI mais aussi des chiffres allant de I à LXXIV (où le L est remplacé par un L ou un T inversé). Sur le revers on peut lire distinctement “LVCRETI” mais on devine à peine le L qui précède, le I qui suit, et le TRIO en dessous. Toutefois, tous les indices sont là pour nous permettre d’identifier et de dater la pièce sans le moindre doute. Par contre, comme pour la pièce précédente, SEAR date la pièce en 74 AEC dans son édition de 1983 (RCV (83): 251) mais l’édition de 2000 (Sear RCV (M)) situe la date en 76 AEC et les autres sources concordent avec cette dernière datation.

Évidemment, la caractéristique la plus visible de cette pièce est le fait qu’elle est fourrée (le terme est le même en anglais). C’est un terme technique qui veut essentiellement dire qu’elle est plaquée. Son flan (le coeur, noyau de la pièce ou son “âme”) est fait d’un métal non-précieux (généralement le bronze mais parfois le cuivre, le fer ou un alliage) recouvert d’or ou d’argent. Toutefois, ce n’est pas toujours l’oeuvre de faussaires car cette technique frauduleuse était déjà pratiquée dans l’antiquité. La technique facile généralement utilisée par les faux-monnayeurs était de couler la pièce directement dans un moule mais les détails de la pièce coulée étaient parfois flous. Dans le cas des pièces fourrées, elles sont pas coulées mais frappées et nécessite généralement des coins authentiques. Cette technique doit donc avoir été pratiquée par des faussaires avec des contacts au sein des ateliers monétaires ou, plus vraisemblablement, par des officiers monétaires qui voulaient “tricher” sur la valeur de la monnaie sans la dévaluer. C’était une pratique relativement commune durant la République et le début de l’Empire. Lorsque l’usure n’a pas révélé la supercherie (comme c’est le cas ici), la meilleure façon d’identifier une pièce fourrée est son poids: cette pièce pèse normalement en moyenne 3.75 g (entre 3.25 et 4.25 g) alors que la mienne n’en pèse que 2.8 g. Par contre, l’usure et la patine de ma pièce indique clairement que c’est une pièce antique et non un faux plus moderne. Je la considère donc comme “authentique”.

En conclusion, c’est une autre pièce digne d’intérêt. En fait, chaque nouvelle pièce est une opportunité d’en apprendre plus sur la Rome antique, sur son système monétaire et même sur la vie quotidienne de ses citoyens. Avoir de l’intérêt pour ce genre de sujet est toujours une source de nouveau savoir. Et c’est justement pour cela que j’ai choisi de vous parler de ma collection.

Sources: 

En plus des même références citées pour la pièce de M CIPI, j’ai aussi consulté les liens suivants: VCoins, VCoins, National Museum of Scotland, Catawiki, Wildwinds, ACsearch, coinArchive, numista, Shanna Schmidt numismatics, Les Dioscures, Ancient coins forum — juste pour n’en citer que quelques uns.

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Monnaies anciennes 3

Denarius de M CIPI

Depuis deux semaines, j’ai commencé à vous présenter ma collection de pièces de monnaies anciennes. Ici, je continue avec un autre bel exemple, une pièce de la République Romaine. À l’époque où je collectionnais ces pièces, dans les années ’80, je les identifiais à l’aide de bouquins de la bibliothèque de l’Université et j’inscrivais toutes les informations sur de petites fiches en cartons. Toutefois, pour vous les présenter, je m’efforce de confirmer l’identification et la datation, cette fois-ci à l’aide de l’internet. C’est encore un peu laborieux mais maintenant on trouve tout de même beaucoup d’information en ligne…

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Type: 

République Romaine

Époque: 

509 – 27 AEC

Frappe: 

Rome

Datation: 

115-114 AEC

Nature: 

AR Denarius

Métal: Argent

Qualité: F/ VF

Taille: 

15 mm

Poids: 

3.888 g

Obverse

     

Inscription:

X – MCIPI MF

Description: 

Tête de Rome casquée à d.

Reverse

     

Inscription:

ROMA (en exergue)

Description: 

Victoire conduisant une bige galopante à droite, tenant les rênes et une branche de palmier; gouvernail au-dessous

Notes:

Payé $8 (1985/12/17)

   

Réf.: 

Sear RCV (M): 166

Pink TM: 29

Syd. CRR: 546; Sear RCV (’83): 184; RRC: 289/1; RSC: Cipia 1

Sous la République Romaine, la monnaie était frappée sous la responsabilité de trois magistrats (les triumvir aere argento auro flando feriundo  [trois hommes en charge de couler et frapper la monnaie (de bronze, d’argent et d’or)] ou triumviri monetales), les triumvir monétaire, eux-même sous la direction des questeurs. Ils faisaient partie du collège des vingt-six magistrats mineurs (vigintisexvirat). Comme il n’y avait pas encore de chef d’état (caesar ou empereur — la cité étant dirigé collégialement par le sénat) c’est le nom (ou le monogramme) de l’un de ces magistrats qui apparaissait sur la monnaie. Comme ceux-ci était nommé annuellement, il est relativement facile de dater les pièces. Ici, il s’agit de M CIPI (famille Cipia) qui a été en poste en 115 – 114 AEC mais dont on ne connait rien. Je crois que la titulature M.F. pourrait référer à son poste (monetales feriundum), à la frappe de la monnaie… 

Dans la première moitié du IIe siècle AEC, le denier d’argent a une valeur de dix as (denarius veut justement dire “dizaine” et aes veut simplement dire “bronze”), d’où le symbole “X” (chiffre romain 10) qui apparait à gauche du champs de l’avers et qui dénote la valeur de la pièce. Dans la deuxième moitié du IIe siècle (vers 140 AEC) et au 1er siècle AEC, le denier sera dévalué à seize as (indiqué par le symbole “XVI” ou “X”) mais, selon PINK, il semble que le symbole “X” a continué à être utilisé pour une certain temps. Il nous apprend aussi que le magistrat principal supervisait la frappe des pièces de bronze et que ses deux collègues s’occupaient des pièces d’argent.

PINK ne fournit aucune datation et SEAR, dans son édition de 1983, date les pièces Cipia à 107 AEC. Par contre, dans l’édition de 2000, la datation est corrigé à 115-114 AEC et toutes les références plus récentes concordent avec lui.

Une belle pièce plutôt intéressante.

Sources:

Titulature et description en anglais:

Obv.: Helmeted head of Roma right; M•CIPI•M•F before, X (mark of value) behind
Rev.: Victory driving galloping biga right, holding reins and palm branch; rudder below, ROMA in exergue

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Ancient coins 2

Athenian Tetradrachm

Last week I started introducing to you my collection of ancient coins. Here I continue with another fine example: the Athenian Tetradrachm also known as the “Athenian owl”. 

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Type: 

Classical Aegean city-states

Era: 

5th century BC

Mint: 

Attica, Athens

Date:

454-404 BC

Nature: 

AR Tetradrachm

Metal: silver

Quality: F

Size: 

24 x 22 mm

Weight: 

17.425 g

Obverse

     

Inscription:

None

Description:

Head of Athena to right, with archaic smile and a frontal almond-shaped eye, wearing earring, and Attic helmet, decorated with three olive leaves and a spiral palmette on the bowl

Reverse

     

Inscription:

AΘE 

Description:

Owl standing to right, head facing, two-leafed olive sprig and crescent to top left, AΘE to right (abbreviation of  ΑΘΗΝΑΙΩΝ [ATHENAION], “of the Athenians”)

Notes:

 Paid $220 US

   

Ref.: 

Google

Wikipedia, CoinWeek

Sear GCV I: 2526 (pp. xi-xii, 235-238). [Goodreads]

This type of coin was struck by most Greek city-states of the Aegean Sea during the classical era (5th & 4th century BC). It is probably one of the best known examples of Greek Coinage because they were produced in large quantity and widely used throughout the Mediterranean. The city-state of Athens dominated the area from its victory over the Persian (in 479 BC) to the end of the Peloponnesian War (in 404 BC) when it was itself defeated by the Spartans. Also a great quantity of coins were struck after Pericles took over and moved the treasury of the Delian league to Athens (in 454 BC). During that period, the Athenian Tetradrachm (i.e. of the value of four drachmae) was the most common coinage and characterized by the head of the goddess Athena on the obverse and a representation of the owl of Athena on the reverse. Funnily, we can still find similar representations on modern greek drachma or even on greek euro coins !

It is definitely one of my favourite coins because it is one of the oldest, it is in a fine condition and I really like the iconic image of the owl, which represents knowledge and wisdom. 

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Vendredi nature [002.020.248]

Corn moon

[ iPhone 11 Pro, Parc Frédéric-Back, 2020/08/31 19h46 ∼ 19h50 ]

Ces images de la lune presque pleine ont été prise au début de la semaine (lundi) alors que la véritable pleine lune n’était que deux jours plus tard (mercredi 2 septembre). Elle paraissait énorme (mais ce n’était toutefois pas une “super-lune”) et avait une couleur orangée. Les anglophones aiment donner des noms aux lunes saisonnières mais, comme celle-ci est trop tôt pour être une “lune de moisson” (“harvest moon”, la pleine lune la plus proche de l’équinoxe d’automne), les britannique l’appelle “Fruit Moon” et les américains préfèrent “Corn Moon” ou “Barley Moon” — car cette période correspondait traditionnellement au moment de la récolte du maïs ou de l’orge chez les Amérindiens. (Sources: Wikipedia, Forbes & The Old Farmer’s Almanac).

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Monnaie ancienne 1

Denarius de Lucius Verus

Je vous ai déjà parlé de mon intérêt pour les choses anciennes, particulièrement les livres. Toutefois je m’intéresse aussi aux pièces de monnaies, particulièrement la monnaie romaine. Tout cela a commencé lorsque j’étudiais la Rome antique à l’université. Pour la maîtrise, je travaillais sur l’empereur Lucius Verus. Pour ce faire je devais, entre autre, étudier l’iconographie de l’empereur (statuaire, monument, monnaie) qui est un mode important d’expression de la propagande impériale. À force d’étudier les monnaies sur papier, cela donne le goût de les avoir entre les mains. Alors, avec un collègue d’université, on a commencé à les collectionner. Des pièces de nos empereurs d’abord, puis tout ce que l’on pouvait trouver d’intéressant à bon prix… Ce qui fait que j’ai maintenant une petite collection de près de cent-soixante-quinze monnaies…

Récemment, un collègue de travail me parlait de ses pièces anciennes et je lui ait offert de les identifier, ce qui a ravivé ma passion pour les monnaies anciennes. Une passion que j’aimerais maintenant partager avec vous en vous présentant, une à une, au fil des semaines, les pièces les plus intéressantes de ma collection. Voici la première :

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Empereur: 

Lucius Verus

Date vie / règne: 

130-169 / 161-169

Frappe: 

Rome

Datation:

Déc. 167 – Fév. 168

Nature: 

Denier

Métal: Argent Qualité: F
Taille: 

18 mm

Poids: 

3.380 g

Obverse      
Inscription:

L VERVS AVG ARM – PARTH MAX

Description:

Tête lauré, à droite

Reverse      
Inscription:

TR P VII IMP IIII COS III

Description:

Aequitas debout à gauche, tenant une balance et une cornucopia

Notes:      
Réf.: 

RIC III : 578

Sears : 1444

numismatics.org

Celle-ci est définitivement l’une de mes favorites. C’est un denier d’argent de Lucius Verus, co-empereur avec Marcus Aurelius. L’identification est facile grâce à la nomenclature (L VERVS AVG) et la titulature (ARM PARTH MAX d’une part, et TR P VII IMP IIII COS III d’autre part) nous permet une datation assez précise. On y apprend que Verus est le grand vainqueur des Arméniens et des Parthes, qu’il a reçu pour une septième fois (en Déc. 167) le pouvoir tribunaire (Tribunitia Potestas), pour une quatrième fois (en 166) le titre d’Imperator et celui de consul pour une troisième fois (en 167). Comme il reçoit le pouvoir tribunaire une huitième fois en décembre 168 et qu’il est acclamé Imperator une cinquième fois fin 167 ou début 168, on peut dater la pièce entre décembre 167 et février 168. Fascinant, n’est-ce pas?

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March, vol. 2-3

Three years ago, in order to celebrate the Black History Month, I commented on the first volume of this biographical comics by John Lewis. And last month, as I was talking about the Congressman death, I urged people to read this series. Then it occurred to me that I should follow my own advice and read volume two and three…

Book Two

March-Book-Two-cov“After the success of the Nashville sit-in campaign, John Lewis is more committed than ever to changing the world through nonviolence — but as he and his fellow Freedom Riders board a bus into the vicious heart of the deep south, they will be tested like never before. Faced with beatings, police brutality, imprisonment, arson, and even murder, the movement’s young activists place their lives on the line while internal conflicts threaten to tear them apart.

But their courage will attract the notice of powerful allies, from Martin Luther King, Jr. to Attorney General Robert F. Kennedy… and once Lewis is elected chairman of the Student Nonviolent Coordinating Committee, this 23-year-old will be thrust into the national spotlight, becoming one of the “Big Six” leaders of the civil rights movement and a central figure in the landmark 1963 March on Washington for Jobs and Freedom.”

[Text from publisher’s website and the inside flap; see also the back cover]

March: Book Two, by Congressman John Lewis, Andrew Aydin, and Nate Powell. Marietta GA: Top Shelf Productions, January 2015. 192 pg., Softcover, 6.5″ x 9.5″, 19.95 US / $25.95 Can. ISBN: 978-1-60309-400-9.

Book Three

March-Book-Three-cov“By the fall of 1963, the Civil Rights Movement has penetrated deep into the American consciousness, and as chairman of the Student Nonviolent Coordinating Committee, John Lewis is guiding the tip of the spear. Through relentless direct action, SNCC continues to force the nation to confront its own blatant injustice, but for every step forward, the danger grows more intense: Jim Crow strikes back through legal tricks, intimidation, violence, and death. The only hope for lasting change is to give voice to the millions of Americans silenced by voter suppression: “One Man, One Vote.”

To carry out their nonviolent revolution, Lewis and an army of young activists launch a series of innovative campaigns, including the Freedom Vote, Mississippi Freedom Summer, and an all-out battle for the soul of the Democratic Party waged live on national television. With these new struggles come new allies, new opponents, and an unpredictable new president who might be both at once. But fractures within the movement are deepening … even as 25-year-old John Lewis prepares to risk everything in a historic showdown high above the Alabama river, in a town called Selma.”

[Text from publisher’s website and the inside flap; see also the back cover]

March: Book Three, by Congressman John Lewis, Andrew Aydin, and Nate Powell. Marietta GA: Top Shelf Productions, August 2016. 256 pg., Softcover, 6.5″ x 9.5″, 19.99 US / $25.95 Can. ISBN: 978-1-60309-402-3.

After introducing John Lewis in Book One and explaining how he cames to be involved in the civil rights movement by joining the Nashville students nonviolent protests against segregation, we see him pushing forward, in Book Two, by participating in the Freedom Riders actions. His determination, despite the increasingly violent response to the movement, bring him to a leadership position as the chairman of the SNCC and to a speaking spot at the landmark March on Washington.

Book Two, pages 47 & 150

In Book Three, Lewis is involved with the organization of the Mississippi Freedom Summer. College students flock to the South to register as many as possible Black voters. Despite the fact that the Fifteenth Amendment gave the African-Americans the right to vote, they were facing unjust registration suppression (poll taxes and literacy tests). The project goal was to publicize and counteract this injustice, but it was met with great terror and intimidation (including the tragic events recalled in the movie Mississipi Burning). They also created the Mississippi Freedom Democratic Party in order to put delegates at the Democratic National Convention with great controversy. It failed but prompted Lyndon B. Johnson to pass the Civil Rights Act of 1964. The protests, and the violent response from the South authorities, continue to escalate up to the march from Selma to Montgomery (on March 7, 1965) where Lewis led six-hundred marchers across the Edmund Pettus Bridge and was gravely wounded. This event was a turning point that brought national and international attention to the question and prompted Johnson to pass the Voting Rights Act of 1965. Interestingly, through the recounting of his involvement, Lewis doesn’t shy from talking about the dissent within the various civil rights organizations (mainly the SNCC, CORE, NAACP, and SCLC) and even to sometimes criticize the positions of Martin Luther King or Malcom X.

Book Three, pages 30 & 86

The storytelling of March is excellent and compelling. It is well supported and illustrated by the pretty good black and white art of Nate Powell. However it is sometime quite dark (lots of ink!) and the text in some speech balloons is way too small for my eyes — I guess the artist wanted to express the sound level of distant speech. This book is a real history lesson, and the perfect way to learn about the Civil Right Movement.

Strangely, everything I read in this comics sounds familiar. It seems that what’s happening right nowBlack Lives Matter, the increasing violence against minorities and even from the government itself — is eerily similar to the situation during the civil rights movement. We all thought that our society had made great progress since then, but sixty years later we realize that we find ourselves at the same point! The disease is apparently running deeper. It laid more or less dormant for a while but seems to have been awaken by the “insult” of having a black president, creating a slow resentment. Now, with the strong encouragement and even its institutionalization by President Trump,  there’s an increasingly strong push back against all civil rights (of the ethnic origin, sexual orientation, gender or all sort of minorities) by the conservative Republicans (mostly the religious right). The United States are really in need of strong and comprehensive reforms to address this pervasive problem…

History is repeating itself (to quote Battlestar Galactica, “All this has happened before, and all this will happen again” — which seems inspired by the Bible, Ecclesiastes 1:9) but it shouldn’t ! That’s why reading this comic is extremely important. If you understand the problem of the civil rights in the fifties and sixties — the what, why, who, where and how of it — you will understand what’s happening now: what it means, why it is so important. And maybe we will start to see how all this pervasive ethno-socio-economic inequity could be solved. 

Reading this book is an absolute must. It is an easy way to understand a complex problem that affects all our lives — but mostly the black lives. It really matter. Read it. Now. stars-4-0

For more information you can check the following websites:

[ AmazonBiblioGoodreadsGoogleWikipediaWorldCat ]

© 2015-2016 John Lewis and Andrew Aydin.

[ Traduire ]