La lanterne de Nyx

LanterneDeNyx-1-covVol. 1

Quand le Japon découvre la France. 1878, la France fait rayonner sa puissance industrielle et culturelle en organisant des expositions universelles, tandis que le Japon s’ouvre au monde après 200 années d’isolationnisme. À Nagasaki, Miyo, orpheline qui a pour seul talent le don de clairvoyance au travers des objets qu’elle touche, parvient à trouver un emploi chez Vingt, commercialisant des objets importés d’Europe. Au contact de l’Occident, elle découvrira un monde nouveau qui la conduira jusqu’à Paris…

Dans cette série en 6 tomes, Kan Takahama continue d’explorer la découverte du monde occidental par les Japonais, thème déjà évoqué dans Le Dernier envol du papillon et Tokyo, amour et libertés, mais ici rendu encore plus accessible via le regard de la jeune Miyo.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 1, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), mars 2019. 188 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03370-8. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

LanterneDeNyx-2-covVol. 2

“1878, Nagasaki. Miyo, la jeune orpheline aux dons de voyance récemment embauchée dans une boutique de produits d’importation, continue d’en apprendre davantage sur les gens qui l’entourent : son oncle renfrogné, son étrange employeur Momotoshi et les liens qui l’unissent à Kei Oura, l’ancienne plus grande exportatrice de thé de Nagasaki. Mais elle n’est pas encore au bout de ses surprises. Momotoshi a en effet de grands projets tirant parti de la vague de japonisme qui déferle sur l’Europe…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 2, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), juin 2019. 216 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03371-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

LanterneDeNyx-3-covVol. 3

“1878, Nagasaki. Après avoir importé des articles dernier cri d’Europe, Momotoshi veut maintenant se rendre à Paris pour y vendre des produits d’art et d’artisanat japonais. Au moment du départ, Miyo lui avoue enfin ses sentiments. Seulement, Momotoshi garde encore dans sa montre le portrait d’une belle femme aux yeux bleus…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 3, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), septembre 2019. 244 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03372-2. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

LanterneDeNyx-4-covVol. 4

“1878, Nagasaki et ailleurs. Momotoshi a ouvert une petite boutique à Paris pour y vendre des articles importés du Japon. Mais Judith, la demi-mondaine dont il est éperdument amoureux, s’évanouit suite à une hémorragie pulmonaire. Et un incident imprévu à Nagasaki vient mettre en péril son commerce…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 4, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), janvier 2020. 228 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03524-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

LanterneDeNyx-5-covVol. 5

“1879, Nagasaki et ailleurs. Miyo n’a pas oublié Momotoshi, ni son rêve de partir à l’étranger. C’est un bon génie inattendu qui va exaucer son souhait : Gisuke Matsuo, le patron de la Kiryu Kosho Kaisha, l’invite à travailler dans sa boutique à Paris. Et Miyo quitte Nagasaki pour un long voyage de deux ans…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 5, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), août 2020. 224 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03525-2. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

LanterneDeNyx-6-covVol. 6

“À l’aube d’une vague de japonisme sans précédent, alors que Miyo découvre Paris et que Momotoshi fait découvrir l’ukiyo-e aux Français, la rencontre de Miyo et Judith risque de provoquer des étincelles… La boucle est bouclée dans ce dernier tome qui conte la fin des aventures de Miyo à la Belle Époque et ce qui l’attend au-delà.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 6, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), janvier 2021. 272 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03526-9. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-4-0

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Deux mangaka semblent être particulièrement appréciés en Europe pour leur affinités avec la BD franco-belge: le regretté Jirô Taniguchi et la très prometteuse Kan Takahama. Cette dernière débute sa carrière au début des année 2000 en publiant des histoires courtes, qui utilisent un style un peu expérimental, dans Weekly Morning et Garo. Ses premières publications sont donc quatre collections d’histoires courtes (Kinderbook, Mariko Parade, L’eau amère et Sad Girl, tous traduit en français chez Casterman). Après un bref hiatus dû à des problèmes personnels, elle publie sa première histoire complète en 2010. Ainsi, entre 2002 et 2021, elle a publié une douzaine de titres. Son sujet de prédilection est les relations amoureuses qui peuvent être souvent complexes, difficiles, impossibles ou tragiques et qui se terminent généralement par une séparation. Même dans Le goût d’Emma, qui est d’abord et avant tout un manga gastronomique, la protagoniste a une relation difficile qu’elle finit par rompre. Récemment, sans toutefois s’éloigner de cette thématique, elle s’est intéressé au manga seinen historique avec Tokyo, amour et liberté, qui se déroule à Tokyo durant l’ère Taisho, L’Amant (situé en Indochine dans les années ’30) et sa “Trilogie de Nagasaki” (Le Dernier envol du papillon, La lanterne de Nyx et Ougishima Saijiki) qui se déroule au tout début de l’ère Meiji.

 Les mangas de Kan Takahama

Titre

Titre original

Année / Vol.

Édition française

Yellowbacks

イエローバックス /Ierōbakkusu

2002

Kinderbook (Casterman, 2004)

Mariko Parade

まり子パラード / Mariko Parādo

2003

Mariko Parade (Casterman, 2003, en collaboration avec Frédéric Boilet)

Awabi

泡日 / litt. “Jour d’écume”

2004

L’eau amère (Casterman, 2009)

Nagi Watari – Oyobi Sono Hoka no Tanpen

凪渡り ― 及びその他の短篇 / “Le Ferry calme” et autres nouvelles

2006

L’eau amère (Casterman, 2009)

Two Espressos

トゥー・エスプレッソ / Tū esupuresso

2010

2 Espressos (Casterman, 2010)

Sad Girl

サッドガール

2012

Sad Girl (Casterman, 2012)

Yotsuya-ku Hanazono-chō

四谷区花園町 /“Arrondissement de Yotsuya, quartier de Hanazono”

2013

Tokyo, amour et libertés (Glénat, 2017)

Chō no michiyuki

蝶のみちゆき / “Le papillon de Michiyuki

2014

Le Dernier envol du papillon (Glénat, 2017)

Nyukusu no Kakutou

ニュクスの角灯

2016, 6 vol.

La lanterne de Nyx (Glénat, 2019-2021)

Emma wa Hoshi no Yume wo Miru

エマは星の夢を見る / “Emma rêve d’une étoile”

2017

Le goût d’Emma (Les Arènes BD, 2018)

Aijin

情人

2019

L’Amant (Rue de Sèvres, 2020, d’après le roman de Marguerite Duras)

Ougishima Saijiki 

扇島歳時記 / Ougishima Seasonal Words List

2019, 2 vol. (En cours)

???

???

???

2021

Invincibles, Au pays du Dalaï-Lama (Massot Editions, en collaboration avec Sofia Stril-Rever)

La lanterne de Nyx (ニュクスの角灯 / Nyukusu no Kakutô / lit. “La lanterne [lanterne carrée] de Nyx [déesse grecque de la nuit]”) est une série de manga seinen historiques et romantiques par Kan Takahama, sérialisé dans le magazine mensuel “Comic Ran” entre mai 2015 et juin 2019 puis compilé en six volumes chez Leed Publishing. Il a été traduit en français chez Glénat. Elle constitue la partie médiane de la “Trilogie de Nagasaki” en reprenant deux personnages secondaires du Dernier envol du papillon (la petite servante Tama et le cuisinier Ganji). L’histoire tragique de Tama — une adolescente de quatorze ans qui a grandi dans le monde des courtisanes de la maison close Maruyama à Nagasaki et celui de Dejima, où la culture traditionnelle japonaise du Kachô Fûgetsu [花鳥風月 / lit. “fleur, oiseau, vent, lune”, i.e. la découverte de soi au travers de la nature] s’entrecroise avec les cultures étrangères — se poursuit dans le plus récent ouvrage de Takahama, Ougishima Saijiki, sérialisé dans Comic Ran depuis novembre 2019 et dont deux volumes sont déjà paru au Japon (en septembre 2020 et avril 2021) sans encore avoir été traduit (quoi que l’on peut s’attendre à ce qu’il soit éventuellement publié par Glénat).

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Vol. 1, p. 34

La lanterne de Nyx c’est l’histoire de Miyo, une jeune orpheline un peu maladroite, qui se trouve un travail d’assistante au “Vingt”, une boutique de produits étrangers importés. L’histoire débute en 1878 dans le quartier de Kajiya à Nagasaki. La rébellion de Satsuma vient de se terminer et l’ère Meiji débute. Le premier volume introduit les éléments de base du récit ainsi que les personnages: Miyo, qui a le don de “percevoir” l’histoire des objets qu’elle touche; Momotoshi, le mystérieux propriétaire de la boutique; Genji, son homme à tout faire; Chojiro Yamaguchi, l’oncle de Miyo qui l’a recueillit à la mort de ses parents;  et Tama, la jeune couturière qui aide à la boutique. 

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Vol. 2, p. 56

Avec le second tome, on approfondit un peu les personnages. On apprends que Momotoshi Koura est à demi-Européen (il a les yeux bleus), que sa mère (qui l’a abandonné enfant) est Kei Oura, une négociante en thé de grande influence qui a été ruiné lors d’une mauvaise transaction, et que l’oncle de Miyo est un fameux artisan de laque burgautée. Momotoshi veut aider financièrement sa mère biologique et il lui demande conseil car il veut aussi exporter des objets d’art japonais vers l’Europe. Il convainc l’oncle de Miyo de se remettre à produire et lui passe une commande spéciale pour une broche qui représente Nyx avec une lanterne. Son ami d’enfance Victor Pignatel vient lui donner un coup de main pour se rendre à Paris et ouvrir une nouvelle boutique.

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Vol. 3, p. 34

Dans le troisième tome, l’action et la motivation des personnages se précisent. Il semble que le récit démarre vraiment. Momo confie sa boutique à sa mère et, sur le départ, Miyo lui avoue être tombé amoureuse de lui… À Paris, il cherche un bon emplacement pour sa boutique, fait du repérage sur la concurrence (la Kiryu Kosho Kaisha) et surtout tente de retrouver son grand amour, l’actrice et courtisane Judith. Mais celle-ci est atteint de la tuberculose! La boutique de Nagasaki prend un nouvel apprentis nommé Minpei, qui a le coup de foudre pour Miyo. On en apprend plus sur les origines de Momo, alors qu’un flash-back nous raconte l’escapade interdite que sa mère et Genji font à Shanghai. De nombreux personnages font leur apparition: Kazuma, le rival de Momo tant en affaire qu’auprès de Judith; Marie, la demi-mondaine amie de Victor; et Pauline, la serveuse de troquet qui fait des passes dans l’arrière-boutique.

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Vol. 4, p. 16

Dans le quatrième tome, on découvre comment Momo et Judith se sont rencontré. L’oncle de Miyo se blesse grièvement à la main et ne peut plus travailler. Momo doit trouver d’autres produits d’exportation susceptible d’être populaire. Il pense aux affiches, ces estampes que l’on appel aussi ukiyo-e. Pendant que Judith est à l’hôpital, Marie présente à Momo et Victor des collectionneurs comme les frères Goncourt, Félix Bracquemond, Charles Baudelaire. Gisuke Matsuo, directeur de la Kiryu Kosho Kaisha et vieille connaissance de Kei Oura, décide d’engager Miyu pour sa boutique de New-York mais avant veut l’envoyer à Paris pour apprendre le métier! 

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Vol. 5, p. 194

Dans le cinquième tome, Miyo doit apprendre l’anglais et un télégramme de Momo leur demande de trouver de toute urgence des estampes. Heureusement, l’oncle de Miyo en a une bonne collection. Miyo quitte pour la France (avec les estampes) et Minpei lui déclare son amour. À Paris, Miyo retrouve Momo et débute son apprentissage auprès de Kazuma. Momo et Victor présentent leur collection d’estampes au groupe rassemblé par Goncourt et c’est un grand succès!

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Vol. 6, p. 234

Dans le dernier tome, Momo fait un exposé très intéressant sur les estampes. Un malentendu le brouille avec Judith mais l’intervention de Miyo les réconcilie. On apprend que Victor st amoureux de Tama mais que celle-ci est atteinte de syphilis (comme sa maîtresse dans Le dernier envol du papillon). Le dernier chapitre se déroule en 1945, à Kumamoto. Miyo, sur son lit de mort, fini de raconter l’histoire à sa petite-fille. Elle a vécu des moments merveilleux à Paris et à New-York. Son séjour qui devait durer deux ans en a duré dix. Elle est devenu une adulte. Elle n’a jamais revue Momo qui a eut un enfant avec Judith. Marie est aussi venu au USA. Une fin étrangement heureuse. Sa petite-fille sort dehors pour chercher de l’eau, juste à temps pour voir le champignon atomique de Nagasaki à l’horizon…

C’est une belle histoire très bien racontée et surtout bien documentée. On en apprend beaucoup sur l’époque (tant au Japon, qu’à Paris), particulièrement sur le mouvement du Japonisme et de la “Belle Époque” de Paris. J’ai bien aimé les capsules informatives (“Cabinet of Takahama”) que l’auteur place après chacun des chapitres et où elle explique le contexte historique des personnages et des objets rencontrés dans le récit. Le style de Takahama, qui me déplaisait beaucoup quand j’ai découvert ses oeuvres, m’apparait maintenant agréable à l’oeil. Non seulement l’artiste s’est améliorée mais je crois aussi que l’on s’y habitue et apprend à apprécié sa façon dessiner. 

C’est donc un très bon manga qui s’est d’ailleurs vu attribué le prix d’excellence du Japan Media Arts Festival en 2018 et le Grand Prix Culturel Osamu Tezuka en 2020. Il nous offre une lecture agréable et éducative. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de mangas romantiques et historiques. stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

Autres sources: Bédéthèque, Manga-News, Manga-update (Nyx no Lantern, Takahama Kan), Mangapedia [JP / Tr.], Wikipedia [ FR / JP / Tr. ], From Dusk Till Dawn interview, Glénat vidéo interview (Pt 1, pt 2, pt 3, pt 4).

© Kan Takahama

 

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Ad Romam 2: Les Fosses de Marius

FossesDeMarius-cov“Marius fit creuser un large fossé, dans lequel il détourna une grande partie du fleuve » « … le fossé avait assez de profondeur pour contenir de grands vaisseaux, et son embouchure dans la mer était unie, et à l’abri du choc des vagues. (il) s’appelle encore aujourd’hui la fosse mariane. »

– Plutarque (46 – 125 ap. J.-C.)

Dans ce deuxième tome, Blaise et ses amis vont découvrir Fossae Marianae, l’un des grands ports antiques de la Méditerranée, ainsi que les combats du général Caius Marius contre les Cimbres. Nos héros devront aussi déjouer un crime pour sauver le père de la belle Prisca !”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

FossesDeMarius-p05

Page 5

Un groupe de jeunes adolescents monégasques, plutôt dissipés en classe, voyage dans la Provence romaine grâce à une pièce de monnaie d’Auguste à l’effigie de Chronos qui a été frappé par la foudre. Blaise, suite à une dispute avec son père, se retrouve projeté, seul, dans le corps de Blaesus, un apprenti potier de la ville de Fossae Marianae (l’actuelle Fos-sur-Mer) au milieu du IIe siècle. Il se retrouve accusé de vol, ce qui met en difficulté son maitre Alcibiade et sa fille, Prisca, à laquelle il est fiancé! Il retourne à Monaco au XXIe siècle pour obtenir l’aide de ses amis, qui s’inquiétaient d’ailleurs pour lui. S’organise alors toute une opération pour découvrir et ensuite capturer le véritable coupable — une épave découverte en 1978 se révèle être la clé de toute l’affaire ! Tout au long du récit nous découvrons en parallèle l’histoire du général Caius Marius qui, fort de son succès lors de la guerre de Jugurtha, a été chargé de contrer les invasions des Cimbres et des Teutons. En 104 AEC, il établit une position stratégique entre Massalia (Marseille) et Arelate (Arles) et, pour assurer l’approvisionnement de ses troupes en contournant l’embouchure du Rhône, il fait creuser un canal jusqu’à Arelate. Ce sont les fameuses fosses de Marius (Fossae Marianae). En 102 AEC, il vaincra les Teutons et les Ambrons lors d’une bataille décisive à Aquae Sextiae (Aix-en-Provence) qui fut un véritable massacre. 

FossesDeMarius-p019

Page 19

J’avais trouvé le premier volume plutôt moyen et très décevant car le dessin était horrible et le récit trop anecdotique.  Il y avait probablement trop de mains dans la production (deux auteurs et deux illustrateurs) et on voulait trop faire dans le pédagogique sans donner d’efforts pour rendre le récit captivant et fluide. Ce deuxième tome est un peu mieux. Le dessin est beaucoup plus agréable à l’oeil mais reste plutôt rigide. Le récit est un peu plus fluide, on s’en s’en tient à quelques événements seulement et l’action est donc plus facile à suivre mais l’histoire est raconté de façon encore un peu confuse (l’ordre du récit n’est pas toujours chronologique, les faits semblent parfois contradictoires et manquent un peu de détails). C’est loin du superbe graphisme et du récit épique de Ad Astra, mais cela se lit bien (mieux en tout les cas que le premier tome) et nous permet de découvrir quelques anecdotes de l’histoire romaine en Provence et Côtes d’Azur. À lire surtout pour les amateurs d’histoire romaine.

Ad Romam 2: Les Fosses de Marius, par Yvon Bertorello et Éric Stoffel (texte); Frédéric Allali & Michel Espinosa (illustrations); Bruno Pradelle (couleurs). Monaco: Éditions du Rocher, juillet 2020. 60 pages, grand format (24 x 32 cm !), 15,90€ / $C 26.95, ISBN 978-2-268-10332-7. Pour lectorat adolescent (12+). Extrait disponible sur la page FB de l’Éditeur. stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© 2019, Groupe Elidia

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Monnaies anciennes 44

Les empereurs Illyriens (2)

Quintillus (270 EC)

Nous ne connaissons que peu de chose de Marcus Aurelius Claudius Quintillus car les sources historiques de cette époque sont pauvres et contradictoires — seules les sources archéologiques, épigraphiques et numismatiques sont véritablement fiables. Il serait né soit en Mésie, soit à Sirmium en Pannonie Inférieure, et aurait fait une carrière militaire. Sous le règne de son frère, Claudius Gothicus, il aurait peut-être été procurateur de Sardinia ou en charge de la défense du nord de l’Italie. À la mort de Claudius, il est soit acclamé empereur par les troupes de son frère à Aquileia (selon Eutropius, Livre IX, 12), soit qu’il usurpe le pouvoir que son frère avait l’intension de passer à Aurelianus (selon l’Historia Augusta, “Vita Aureliani”, XXXVII, 5), mais il est beaucoup plus probable que ce soit le sénat qui l’ait nommé comme successeur de son frère (selon Zonaras 12: 26).

Il nous est connu comme un empereur modéré et capable (selon Eutropius, Livre IX, 12; Historia Augusta, “Vita Claudii”, XII, 3), défenseur du sénat mais dont le bref règne ne lui a pas permis d’accomplir quoi que ce soit. Une attitude aussi positive devant un règne si bref nous appel à la prudence, car toutes ces sources tardives pourraient être coupables de préjudice favorable ou de flatterie, d’une part parce que Quintillus avait soutenu le sénat (les historiens étant généralement issus de la classe sénatoriale) mais aussi parce que Constantinus tentera plus tard de justifier son pouvoir en faisant remonter son ascendance à la nièce de Claudius et Quintillus, qui aurait été la mère de Constantius Chlorus (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 13: 1).

La durée de son règne varie beaucoup selon les sources. Ainsi il aurait été au pouvoir soit pour une durée de seulement dix-sept jours (selon Orosius, VII, 23,2), soit pour cent-soixante-dix-sept jours (6 mois). Toutefois, compte tenu d’une frappe monétaire abondante en son nom (environ 87 types différents selon le RIC), il est maintenant convenu qu’il a régné au moins deux mois, de août à octobre 270 (d’ailleurs le Chronographe de 354 mentionne qu’il a régné soixante-dix-sept jours). 

Après quelques mois, désabusé par les tentatives de Quintillus d’instaurer une plus grande discipline militaire, les troupes qui lui étaient jusqu’alors fidèles se rallient aux légions de Pannonie qui ont acclamé le grand général Aurelianus comme empereur. Quintillus, qui ne peut rien contre un opposant plus populaire et plus fort que lui, meurt alors à Aquileia soit en combat contre les troupes d’Aurelianus (Hieronymus Stridonensis, Chronica, 271), soit par suicide (Zonaras, 12: 26; Jean d’Antioche fragment 154, Fragmenta Historicorum Graecorum IV, p. 599), soit assassiné par ses troupes (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 12, 5; Eutropius IX, 12; Epitome de Caesaribus 34, 5; Orosius VII, 23, 2). Cette dernière hypothèse est sans doute la plus probable. Le pouvoir impérial de Rome passe donc entre les mains de Aurelianus, qui réussira à unifier l’Empire à nouveau.

IMG_9207-9210Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Quintillus et c’est un beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze] / BI [Billon], 19.5 x 18.5 mm, 3.159 g, payé environ $8 le 1985/12/17, patine verte avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CL[AVDIVS] QVINTILLVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée et drapée, avançant à droite et tenant dans la main droite une couronne de laurier et une palme dans la main gauche, avec l’inscription latine VICTORIA AVG[VSTI] (la victoire de l’empereur) et un 𝝘 (gamma, marque dénotant la 3e officine de l’atelier de Rome) dans le champs droit. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome vers la fin de 270 EC (aucun événement du règne de Quintillus ne peut être lié à l’émission de ce type de Victoire mais comme son bref règne s’est déroulé dans la deuxième moitié de 270, de août à octobre, cette datation est assez juste). 

Sources: Wikipedia (Quintillus [FR/EN]), Google, FAC (Quintillus, Victoria Aug, Victory, wreath, laurel wreath, palm), ERIC (Quintillus);  RIC V-I: 33; CoinArchives, WildWinds (text, image), vcoins, acsearch, catwiki, CoinTalk, Numismatics, nomosag. Voir aussi ma fiche.

Encore une fois, le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-209, 238-247) nous fournit quelques commentaires en guise de conclusion. D’abord, la monnaie frappée sous Quintillus est très similaire à celle de son frère, Claudius Gothicus [RIC, p.201]. “Les frères avaient une forte ressemblance familiale, mais les pièces représentent fidèlement Quintillus comme un homme plus jeune, plus beau, mais manquant de la force de caractère de Claudius” [RIC, p. 205].

Aussi, “De nombreux historiens limitent le règne de [Quintillus] à dix-sept jours, mais la masse de son monnayage qui nous est parvenu contredit cela et soutient l’opinion de Zosimus selon laquelle il a duré quelques mois. Ceci est corroboré par le fait que des pièces ont été frappées à son nom dans tous les ateliers  qui avaient frappé pour son frère, sauf celui d’Antioche, où (…) il est probable que l’ambition de Zénobia l’a amenée à tenter de se débarrasser du joug de l’Empire romain. Ses pièces de Siscia et de Cyzicus sont rares en Europe occidentale, mais apparaissent en nombre dans les trouvailles orientales. Cela s’explique par le fait que “Aurelianus, qui a été proclamé par les légions de Pannonie, a dû dès le moment de la proclamation couper Quintillus, qui était en Italie, de Siscia et de Cyzicus (…)“. Une telle “distribution des monnaies de Quintillus“ rend improbable la “déclaration de Zonaras selon laquelle Claudius sur son lit de mort a investi Aurelianus de la pourpre (…). Ces faits suggèrent certainement que [Quintillus] a eu une courte période de pouvoir incontesté” [RIC, p.201].

Finalement, il note que “Les marques d’atelier sont maintenant devenues un élément beaucoup plus important sur les pièces de chaque atelier qu’elles ne l’étaient sous les règnes précédents (…). Les preuves d’un contrôle central et d’une organisation précise sont moins nombreuses qu’elles ne le seront après la réforme d’Aurelianus (…). Les maîtres des monnaies avaient évidemment plus de latitude qu’on ne leur accorda plus tard” [RIC, p. 208].

La semaine prochaine nous abordons un point tournant du IIIe siècle romain avec le règne d’Aurelianus (dont je possède trois pièces de monnaie).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 43

Les empereurs Illyriens (1)

Claudius Gothicus (268-270 EC)

Marcus Aurelius Claudius est né en Illyrie (ou une province environnante) le 14 mai 213 ou 214. Les sources sur cette époque étant pauvres, tout ce que l’on sait de lui est qu’il a fait une brillante carrière militaire. Déjà sous Trajan Decius (249–251) il était tribun militaire. Suite à la tentative d’usurpation de Auréolus en 268, Gallienus le nomme maître de cavalerie. Il est possible qu’il ait participé au complot des généraux (Heraclianus, Marcianus et Aurelianus) pour assassiner l’empereur mais, quoi qu’il en soit, il est choisi par les conspirateurs pour le remplacer (ou il est choisi par Gallienus lui-même sur son lit de mort, les sources ne s’entendent pas à ce sujet) et il est acclamé empereur par les légions basées à Mediolanum (Milan). Malgré qu’il ait promis la vie sauve à Aureolus, il laisse ses troupes le massacrer. Il devient ainsi le premier des empereurs illyriens.

Si la principale préoccupation du nouvel empereur était de rétablir de l’ordre dans l’Empire en mettant fin à l’anarchie militaire et aux incessantes révoltes qui étaient à la source de la crise, il a cependant dû d’abord faire face à une nouvelle invasion de Hérules, cette fois accompagnés du renfort d’autres tribus Goths (Greuthungi et Thervingi), Gépides et Peucini. Avec l’aide de son maître de cavalerie Aurelianus, il les a vaincu en 269 à la bataille de Naissus, méritant ainsi son surnom de Gothicus (vainqueur des Goths). À peine quelques mois plus tard, alors qu’Aurelianus termine de repousser les Goths au-delà du Danube, Claudius doit répondre à une invasion d’Alamans qui ont traversé les Alpes pour attaquer le nord de l’Italie. À la fin de l’automne 268, il les repousse à la bataille du lac Benacus, ce qui lui mérite le titre de Germanicus Maximus. Il tourne alors son attention vers l’Empire des Gaules et en reprend une partie (l’Hispanie et la vallée du Rhône) mais ne réussira pas à le reconquérir. À la fin de 269, il doit se rendre à Sirmium pour faire campagne contre les Vandales qui faisaient du pillage en Pannonie. Toutefois, il contracte la peste de Cyprien (possiblement une épidémie de variole ou de rougeole, ou même de fièvre hémorragique virale similaire à la fièvre jaune ou l’ébola) qui ravageait l’Empire à ce moment là. Il succombe au début janvier 270. Son jeune frère Quintillus lui succède brièvement.

J’ai quatre pièces de monnaie de cet empereur que, vous le devinerez, j’aime beaucoup (parce qu’il s’appelait Claudius, évidemment).

IMG_8259-8260La première pièce est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], BI [Billon], 19.5 mm, 2.4681 g, payé $18, de couleur gris mat; die-axis: ↑↑). L’avers nous présente un buste de l’empereur radié et drapé (et possiblement cuirassé?) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] CLAVDIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre Isis Pharia debout à gauche, tenant un sistrum de la main droite et un panier de la gauche, avec l’inscription latine SAL-V-S AVG[VSTI] (la santé de l’empereur) et un Є (epsilon, marque de la cinquième officine) en exergue. La pièce aurait été frappé à Antioche (cf. RIC, p. 207) vers la fin 268 / début 269 ou en 269-70.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], sistrum [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II, Billon, Isis, Pharia Isis, Salus Aug, sistrum), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 217; WildWind (text, image), CoinArchives, acsearch, BeastCoins (image), CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_9617-9622La seconde pièce est un beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 3.253 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] CLAVDIVS P[IVS] F[ELIX] (pieux et heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas drapée, debout à gauche, tenant un caduceus dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, avec l’inscription latine FELI-C[ITAS] T-EMPO[RVM] (temps heureux). Il n’y aucune marque d’officine de lisible en exergue mais il y en avait probablement une (un T). Ce type a été frappé à l’atelier de Rome mais sans marque d’officine en exergue et sans  P F dans titulature. Il est donc plus probable que cette pièce ait été frappé à Mediolanum (Milan). Toutefois, rien ne permet de la dater avec précision.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], Felicitas [FR/EN], caduceus [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II, caduceus, Felicitas), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 145, Sear RCV (1983):  3099; MinautorCoins, Numista, Numismatics. Voir aussi ma fiche.

IMG_9640-9644La troisième pièce est beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze], 17 x 18 mm, 2.880 g, payé environ $5 le 1985/06/16, patine brunâtre avec des traces de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre une tête de l’empereur radiée, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] CLAVDIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providence debout à gauche, les jambes croisées, appuyée sur une colonne et tenant un baton (sceptre) dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, un globe à ses pieds, avec l’inscription PROVIDENT[IA] AVG[VSTI] (prévoyance de l’empereur). Il n’y a pas de marque d’officine dans le champs droit (quoi que l’exergue a disparu dans la rognure). Cette pièce aurait été frappé à Rome mais nous n’avons aucune indication qui permettrait de la dater avec précision.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], Providentia [FR/EN], cornucopia [FR/EN]), Google, FAC (Claudius II,  Providentia), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 91, Sear RCV (1983):  3117; WildWinds, Numismatics, vcoins, Numista, Numista, CoinProject. Voir aussi ma fiche.

IMG_9625-9635La dernière pièce est un petit mais assez beau antoninianus commémoratif (G [Good], AE [Bronze], 13.5 x 14 mm, 1.192 g, patine verte foncée, rognure sur toute la circonférence, payé $US 12.50 le 1985/04/14;  die-axis: ↑↓). L’avers nous présente une tête radiée (ou un buste radié et drapé?) de l’empereur à droite, avec l’inscription DIVO CLAVDIO (Divin Claude). Le revers illustre un grand autel enflammé (la flamme centrale est bordée de part et d’autre de deux objets qui semblent sphériques — représentant de la fumée?) décoré de quatre panneaux carrés avec des points en leur centre, avec l’inscription CONSECRATIO (Consecration, i.e. acte de rendre sacré ou divin). L’exergue a disparu dans la rognure mais pourrait avoir comporté une marque d’officine (P, S, R ou Q dans le cas de Mediolanum ou XII dans le cas de Rome) ou pas. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome ou à Mediolanum (Milan) dès le décès de l’empereur, en 270, et jusqu’à l’année suivante — c’est-à-dire sous le très bref règne de son frère Quintillus ou sous le début du règne de Aurelianus.

Sources: Wikipedia (Claudius Gothicus [FR/EN], ), Google, FAC (Claudius II,  ), ERIC (Claudius II); RIC v. 5, pt. 1: 261, Sear RCV (1983):  3128; acsearch, acsearch, rcs, CoinArchives, CoinArchives, acsearch, CoinTalk, CoinProject, Numismatics, vcoins, beastcoins. Voir aussi ma fiche.

Les types de revers produit par Claudius Gothicus nous montre encore une fois la volonté de présenter au peuple romain une propagande positive en ces temps difficiles: ainsi on fait la promotion de la santé et de la prévoyance de l’empereur et l’on promet des temps heureux alors que l’on tente de stabiliser l’empire. Claudius était en bonne voie d’y réussir mais malheureusement une épidémie à mis fin prématurément à son règne et c’est son successeur qui achèvera la tâche. La crise du IIIe siècle n’est donc pas encore tout à fait terminée.

La priorité a été de sécuriser les frontières et l’économie reste donc très fragile. Sous son règne, comme nous le dit le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-237) “La majeure partie de la monnaie du règne se compose d’antoniniani qui, bien que saucés dans l’argent au moment de l’émission, montrent rarement des traces de ce traitement maintenant. Il existe cependant quelques exemplaires (…) qui sont frappés en alliage blanc [billon?] (…)” [p. 202].

Toutefois, la pièce la plus intéressante des quatre est sans doute la dernière. “En effet, l’une des caractéristiques les plus intéressantes des monnaies qui portent le nom de Claudius est le témoignage qu’elles rendent à l’extraordinaire honneur dans lequel il a été tenu, et la durée pendant laquelle sa mémoire a été chérie, car nous ne trouvons pas moins de trois séries dédicatoires publiées en cet honneur. (…) [Tel que] Les monnaies inscrites DIVO CLAUDIO (…) avec une légende de revers CONSECRATIO (…) [et] avec des types posthumes: l’autel, l’aigle ou le bûcher funéraire. Ces pièces ont commencé à être émises immédiatement après sa mort et se trouvent dans tous les ateliers monétaires, y compris Antioche. Ils sont aussi communs dans les ateliers irréguliers de la Gaule, et certains spécimens barbares qui ont été trouvés semblent être d’origine orientale” (RIC, pp. 202-203).

La semaine prochaine nous nous arrêterons brièvement sur une pièce du frère de Claudius Gothicus, Quintillus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 42

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (3) 

Tetricus I & II (271-274 EC)

Gaius Pius Esuvius Tetricus est né dans une noble famille Gauloise. À cause du manque de sources contemporaines, on connait peu de choses sur lui sinon qu’il est devenu sénateur et, qu’au printemps 271, il était gouverneur de Gallia Aquitania lorsque, à la mort de Victorinus, il fut acclamé empereur des Gaules par les troupes basées à Burdigala (Bordeaux). Son pouvoir est reconnu par la plupart des provinces Gauloises (Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine, Gaule belgique) et par la Bretagne. La Gaule narbonnaise (partiellement reconquise par le général Placidianus), l’Hispanie et la cité germanique de Argentoratum (Strasbourg) se rallient plutôt à Aurelianus qui, après la mort de Claudius Gothicus (puis de son frère Quintillus), est acclamé empereur romain en septembre 270 par ses troupe de Pannonie basées à Sirmium.

Vers la fin de 271, la pression incessante des tribus germaniques sur la frontière du Rhin amène Tetricus à déplacer sa capitale de Colonia (Cologne) à Augusta Treverorum (Trière). Il les contient d’abord avec succès mais doit éventuellement retraiter et, par la fin de son règne, les excursions de pillages germaniques pénètrent jusqu’à la Loire! Profitant qu’Aurelianus est occupé à reconquérir l’Empire Palmyrénien de la reine Zenobia en Orient, Tetricus reconquiert la Gaule narbonnaise et le sud-est de la Gaule aquitaine. En 273-274, il doit aussi écraser la révolte du gouverneur de la Gaule belgique, Faustinus. Pour l’aider dans ces tâches, au début de 273, il associe son fils, Tetricus Iunior (ou Tetricus II), au pouvoir en lui décernant les titres de caesar et de princeps iuventutis. En janvier 274, il est fait consul et même aussi, possiblement, augustus, c’est-è-dire co-empereur avec son père.

Toutefois, dès qu’Aurelianus en a terminé avec Zenobia en 273, il tourne son attention sur l’Empire des Gaules qu’il envahit par le nord. La confrontation a lieu en février ou mars 274 près de Duro Catalaunum (Châlons-en-Champagne) lors de la bataille des champs Catalauniques. Tetricus doit capituler et est capturé. Aurelianus le fait figurer, au côté de son fils et de Zenobia, dans un faste défilé triomphal à Rome. C’est donc la fin de l’Empire des Gaules et l’Empire Romain est de nouveau unifié. Chose exceptionnelle, Aurelianus octroie aux captifs le pardon et donne même à Tetricus un poste de corrector (un sénateur supervisant la gestion des cités) en Lucanie (ou dans toute l’Italie, les sources ne s’entendent pas à ce sujet). Il mourra de mort naturelle plusieurs années plus tard. Tetricus II n’est pas mentionné par les sources après le triomphe d’Aurelianus. Il a probablement été épargné lui aussi et obtenu une position sénatoriale ou a simplement fini ses jours comme simple citoyen.

IMG_9500-9510J’ai une pièce de monnaie de chacun de ces co-empereurs. La première pièce est un assez beau antoninianus de Tetricus Senior (VG [Very Good] / G [Good], AE [bronze], 18 x 20 mm, 2.239 g, payé environ $5 le 1985/06/16, rogné dans le bas, patine verdâtre et argentée [probablement une pièce “saucée”]; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] TETRICVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Fides, drapé, debout à gauche, tenant deux enseignes militaires, avec l’inscription latine FIDES MILITVM (“la fidélité des soldats”).

Le revers illustre de façon frappante l’élément le plus important pour le maintient au pouvoir d’un empereur en pleine crise du IIIe siècle: la fidélité des soldats. Le RIC (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, [1933] 1972, pp. 399-425) indique cette pièce comme ayant été frappée dans un atelier du sud de l’Empire des Gaules (et avance Vienne, en Gaule narbonnaise, comme possible localisation) sans donner de datation précise. Toutefois, les sources modernes (en ligne) identifient ce deuxième atelier comme étant plutôt situé à Colonia Agrippinensium (Cologne) et datent la pièce (sans pourtant fournir de justificatif) à 272-73 EC.

Sources: Wikipedia (Tetricus I [FR/EN], Fides), Google, FAC (Tetricus I, Fides, Military Ensigns, Signa militaria, Legionum Insignia, Roman standard, vexillum), ERIC (Tetricus I);  RIC v. 5, pt. 2: 71, Sear RCV (1983): 3076; Numismatics, WildWinds (text, image), GallicEmpire, FAC [Cologne Mint, issue 3, FIDES MILITVM type], CoinProject, CoinSpot. Voir aussi ma fiche.

IMG_9515-9520La deuxième pièce est un assez beau antoninianus de Tetricus Junior (VG [Very Good] / G [Good], AE [bronze] ou billon, 16.5 x 17 mm, 2.599 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, flan déchiqueté, décentré, la patine grisâtre et argentée semble indiquer que le flan de billon a été “saucé”; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste du césar drapé et radié à droite (on remarque le portrait juvénile) avec l’inscription latine C[AIVS] PIV[S] ESV[IVS] TETRICVS CAES[AR]. Le revers illustre de façon fort intéressante divers emblèmes du pontificat et instruments sacrificiels comme les aspergillum (arroseur ou goupillon), simpulum (louche), capis (cruche avec la hanse à droite), secespita (couteau rituel) et lituus (bâton augural), avec l’inscription latine PIETAS AVGVSTOR[VM] (“la piété des Empereurs”) — l’usure et la rognure ayant fait disparaître la fin de l’inscription, celle-ci pourrait en fait être PIETAS AVGG mais la distance, la taille et le positionnement des lettres rendent AVGVSTOR plus probable.

Ici, les co-empereurs veulent de toute évidence promouvoir leur grande piété et ainsi s’attirer les faveurs des dieux (ils en avaient bien besoin!). Tout comme la pièce précédente, le RIC attribut cette pièce au deuxième atelier (que l’on suppose être situé dans le sud, possiblement à Vienne) sans avancer de date précise. Toutefois, les sources modernes (en ligne) identifient ce deuxième atelier comme étant plutôt situé à Colonia Agrippinensium (Cologne) et datent la pièce à 273-74 EC. Dans ce cas-ci on peut facilement justifier cette datation par le fait que Tetricus II aurait reçu le titre de caesar au début de 273 et que son principat prit fin avec l’avénement d’Aurelianus à la fin de 274.

Sources: Wikipedia (Tetricus II [FR/EN]), Google, FAC (Tetricus II, Pietas, PIETAS AVGG, aspergillum, simpulum, capis, Secespita, lituus), ERIC (Tetricus II); RIC v. 5, pt 2: 254 ou 258, Sear RCV (1983): 3088; CoinProject, ARC, numismatics, FAC (Cologne Mint, issue 6, PIETAS AVGVSTOR type), WildWinds (text, image), GallicEmpire, BeastCoins, vcoins, CoinArchives (1, 2, 3), HarvardMuseum, FralinMuseum. Voir aussi ma fiche.

Le RIC nous dit que “la plupart des monnaies régulières de Tetricus et de son fils (…) suivent si étroitement le style de l’atelier du sud de Victorinus qu’il ne laisse aucun doute qu’elles proviennent de la même source” (p. 399) et il propose que ce second atelier pourrait être situé à Vienne (en Gaule narbonnaise). Toutefois, les sources récentes semblent n’indiquer que deux ateliers monétaires: celui de  Augusta Treverorum (Trière), caractérisé par ses bustes radiés, cuirassés et drapés, et celui de Colonia (Cologne), caractérisé par des bustes qui sont uniquement radiés et cuirassés. 

Avec Tetricus, la cohésion de l’Empire des Gaules semble s’étioler. En effet, “Le déclin de la fabrication, de la taille, du poids et de l’individualité [des pièces de monnaie], dont les signes commencent à apparaître après la mort de Postumus, a maintenant avancé jusqu’à indiquer l’épuisement de l’esprit qui, sous ce grand empereur, a provoqué l’établissement de la Imperium Galliarum” (RIC, p. 400). Il était donc bien mûr pour la reconquête par Aurelianus… Ce dernier réunifie l’Empire Romain qui échappe ainsi de peu à l’extinction par le fractionnement. Toutefois, la fin de l’Empire des Gaules et de l’époque des Trente Tyrans ne signifie pas pour autant la stabilité de l’Empire: la crise du IIIe siècle (et l’arnachie militaire qui l’a provoqué) n’est pas encore tout à fait terminée et il y aura encore de très nombreux usurpateurs du pouvoir. Par exemple, Carausius (commandant de la flotte navale Classis Britannica sous Maximianus Herculius) se révolte et réussit à se tailler un Empire de Bretagne, qui demeurera modeste (n’incluant que la Bretagne et le nord de la Gaule) et éphémère (puisqu’il ne durera que six ans, de 286 à 293).

La semaine prochaine nous reprenons le fil de notre récit des empereurs romains au travers de leur monnaie avec le premier des empereurs Illyriens, Claudius Gothicus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 41

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (2) 

Victorinus (269-271 EC)

Marcus Piavonius Victorinus est issue d’une riche famille gauloise et sert dans l’armée sous Postumus où il gravit rapidement les échelons: il est nommé tribunus praetorianorum en 266/267, puis co-consul avec Postumus en 268 et fut peut-être même nommé préfet du prétoire. Après la mort de Marius, il est acclamé empereur des Gaules par les troupes basées à Augusta Treverorum (Trière). Comme la plupart des usurpateurs, son règne fut bref et le manque de sources contemporaines fait que nous n’en connaissons peu de chose. Son pouvoir ne fut reconnu que par les provinces de Gaule, de Germanie et de Bretagne. L’Hispanie se rallia à l’empereur légitime de Rome, Claudius Gothicus. Ce dernier redouble les efforts pour reprendre l’Empire des Gaules sous son contrôle. Il envoi le général Placidianus pour reconquérir le sud-est de la Gaule mais seulement la ville de Cularo (Grenoble) est reprise. Toutefois, la ville de Augustodunum (Autun) en profite pour se rebeller aussi mais Victorinus la reprend (et ses soldats Bataves la pillent) après un siège de sept mois au printemps 270. Claudius Gothicus ne pousse pas plus loin sa tentative de reconquête car il doit porter son attention sur des invasions d’Alamands en Italie et de Goths dans les Balkans. Au début de l’année 271, Victorinus est assassiné par l’un de ses officiers, Attitianus, jaloux de l’attention qu’il portait à son épouse. Il est remplacé par Tetricus, qui était alors gouverneur de Gallia Aquitania.

J’ai quatre pièces de monnaie de Victorinus: deux Pietas et deux Salus. 

Les deux premières pièces sont deux antoniniani très similaires avec un type de Pietas. L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] VICTORINVS P[IVS] F[ELIX] (pieux heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Pietas drapée (et diadémée?) debout à gauche, sacrifiant de la main droite au-dessus d’un autel allumé et tenant une boîte à encens (acerra) de la gauche avec l’inscription latine PIETAS AVG[VSTI] (la piété de l’empereur).

IMG_9456-9461Le premier est un beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE/AR [bronze argenté], 17.5 x 19 mm, 1.728 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, le flan est partiellement rogné et déchiqueté et la patine présente une étrange iridescence sans doute due au fait que la pièce est “saucée“; die-axis: ↑↑).  Le début de la titulature de l’empereur est perdu dans la rognure et le revers est en moins bon état que l’avers mais la pièce demeure toutefois identifiable par comparaison. La pièce aurait été frappé un deuxième atelier (le principal étant Cologne) dans le sud de l’Empire mais aucun indice ne nous permet une datation précise. 

IMG_9476-9480La deuxième pièce est un assez beau antoninianus (G [Good] / VG [Very Good], AE [bronze], 20 x 21 mm, 3.211 g, payé environ $5.60 le 1985/06/16, le flan est relativement épais et couvert d’un dépôt aquamarine ou vert-de-gris qui masque les détails de la pièce; die-axis: ↑↓). L’inscription de l’avers est pratiquement illisible (sauf pour le IMP C initial qui est assez clair). Celle du revers se distingue bien mais on note que le “S” de PIETAS ressemble plus à un “O”… La pièce aurait également été frappé au deuxième atelier mais aucun indice ne nous permet une datation précise. 

Sources: Wikipedia (Victorinus [FR/EN]), Google, FAC (Victorinus, PIETAS AVG), ERIC (Victorinus); RIC v. 5, pt 2: 57, Sear RCV (1983): 3067; WildWinds (1 [text, image], 2 [text, image]), ARC, CoinProject (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7), CoinArchives, vcoins, beastcoins, numismatics, GallicEmpire, classicalcoins; Voir aussi mes fiches [1 & 2].

Les deux pièces suivantes sont deux antoniniani également très similaires mais cette fois avec un type de Salus. L’avers présente un buste de l’empereur radié, cuirassé et drapé  à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] VICTORINVS P[IVS] F[ELIX] (pieux heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Salus debout à gauche, tenant un long sceptre vertical de la main gauche et une patère dans la main droite, nourrissant un serpent qui s’élève d’un autel, avec l’inscription latine SALVS AVG[VSTI] (la santé de l’empereur). 

IMG_9464-9468La troisième pièce est un très beau antoninianus (F [Fine], AE/AR [bronze argenté], 17 x 18.5 mm, 2.286 g, payé environ $5 le 1985/06/16, le flan est partiellement déchiqueté et la patine brunâtre présente la même iridescence argentée que la première pièce mais, s’il n’y a aucun dépôt, certains détails ont été effacé par l’usure; die-axis: ↑↑). Le début de la titulature est perdu mais le reste est bien lisible. Sur le revers, ce qui distingue les deux pièces, est la césure du S-ALV-S et le fait que le AVG est absent ou a été effacé par l’usure. La pièce aurait été frappé par l’atelier du sud en 271 (selon certaines sources en ligne, mais je n’ai pas trouvé de justification pour cette datation).

IMG_9485-9490La dernière pièce est un assez beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], AE [bronze], 18 x 16 mm, 2.588 g, payé environ $8 le 1985/12/17, patine brun & vert foncé avec des traces de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). Ici aussi le début de la titulature a été effacé et, sur le revers, il n’y a pas de césure dans le SALVS et le AVG est clairement présent (quoique le “A” soit illisible). Compte tenu de ces différences entre les deux pièces, peut-on attribuer à celle-ci le même atelier et la même datation? Ce n’est pas très clair…

Sources: Wikipedia (Victorinus [FR/EN]), Google, FAC (Victorinus, SALVS AVG), ERIC (Victorinus); RIC v. 5, pt 2: 71, Sear RCV (1983): 3070; WildWinds (text, image), coinarchives (1), beastcoins, CoinTalk, numismatics, GallicEmpire (image), FAC, numista; Voir aussi mes fiches [3 & 4].

On note une grande variation dans la taille et le poids des antoniniani sous Victorinus. Et, si l’atelier de Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Cologne) généralement préfère le buste drapé au cuirassé, produit des pièces dont le dessin est agréable et bien exécuté et le lettrage bien formé, on remarque toutefois que près de la moitié de la production monétaire de Victorinus est dans un style différent. Le nez est large et le lettrage moins précis: les M et N sont disjoints et les V ont une base ouverte. Victorinus a clairement utilisé un autre atelier mais le style ne ressemble pas non plus à celui de Lugdunum (Lyon). Le RIC (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, 1972, pp. 379-385.) propose un atelier dans le sud, possiblement Moguntiacum (Magnence), qui fut l’atelier de Laelianus, ou alors soit Vienna (Vienne) ou Valentia (Valence) dans la Gallia Narbonensis (une source en ligne propose Augusta Treverorum). Il semble, toujours selon le RIC, que les types de Pietas et de Salus aient tous deux été frappé par ce second atelier du sud. 

La semaine prochaine nous terminons notre aparté sur l’Empire des Gaules avec l’empereur Tetricus et son fils, Tetricus II.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Isabella Bird #7

isabella-bird-v7-cov“Isabella continue son voyage а travers la province d’Akita. Les remèdes d’un curieux médecin, le combat de villageois contre le feu, la fabrication du papier japonais, le deuil d’une veuve sont autant de découvertes qui jalonnent son itinéraire et la rapprochent un peu plus de la ville, où Ito est censé mettre fin au périple ! 

Le jeune guide se sent coupable, mais il ne sait pas encore tout. Son employeuse lui apprend que cette exploration solitaire doit être sa dernière ! En effet, elle compte se marier à son retour en Angleterre…

Lancez-vous à la découverte d’un Japon traditionnel désormais disparu à travers les yeux de l’intrépide Isabella Bird ! Basé sur les écrits réels de l’aventurière, Isabella Bird, femme exploratrice est un récit passionnant sur la rencontre de deux mondes, dessiné avec un rare souci du détail par Taiga Sassa, nouveau talent prometteur !”

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 18

Isabella Bird, femme exploratrice (ふしぎの国のバード / Fushigi no Kuni no bādo [Bird] / littéralement: “Bird au pays des merveilles”) nous offre le récit de voyage de la célèbre exploratrice britannique au Japon du début de l’ère Meiji en se basant sur sa correspondance avec sa soeur Henrietta qui fut publiée en 1880 sous le titre Unbeaten Tracks in Japan.

Écrit et dessiné par Taiga Sassa, ce manga seinen historique a d’abord été publié en feuilletons dans le magazine Harta (Enterbrain), puis compilé en volumes chez Kadokawa. Le premier volume est paru en mai 2015 et le plus récent volume, le huitième, est paru au Japon en avril 2021.

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Page 22

Dans ce septième volume (paru au Japon en août 2020), Isabella Bird et son guide Ito doivent descendre le fleuve Omono vers Akita. Ils font la rencontre d’une batelière bien déterminée, qui leur fait découvrir certaines pratiques japonaises sur le mariage et le divorce. À Akita, ils sont reçu dans un restaurant français mais Ito, comme beaucoup de Japonais, est réticent à manger de la viande de boeuf. Toutefois, le talent du cuisinier lui fait changer d’idée. À la légation Britannique de Tokyo, Fanny et Harry Parkes rencontre le botaniste Charles Maries, qui leur explique pourquoi il tient tant que cela à explorer Ezo. Toujours à Akita, Isabella et Ito font la rencontre d’un enfant prodige, Isabella annonce à Ito qu’il l’accompagnera à Hakodate peut importe les intentions de Maries et qu’elle doubles salaire. Ils retrouvent aussi le Dr. Kobayashi qui, à la demande de Harry Parkes et du Dr. Hepburn, a déterminé un traitement pour les problèmes de dos d’Isabella. Au bureau de poste de Kubota, Isabella découvre qu’elle reçoit beaucoup de courier d’encouragement des gens qu’elle a rencontré en cours de route. C’est l’occasion de discuter du haut niveau d’alphabétisation au Japon et de comment les gens s’écrivaient entre eux. Avec ces encouragements, Isabella et Ito sont maintenant d’autant plus déterminé à compléter leur voyage.

Le beau style précis et détaillé de ce manga en rend la lecture d’autant plus agréable. Le récit (plus fluide que le précédent volume) est bien construit et permet de d’offrir une lecture à la fois distrayante et instructive, puisqu’on y découvre beaucoup d’information sur la culture du Japon au XIXe siècle. Un très bon manga pour le amateur d’histoire et de culture Japonaise.

Isabella Bird, femme exploratrice T07 par Taiga SASSA. Paris: Ki-oon (Coll. Kizuna), décembre 2020. 216 pg (206 pl.), , 13 x 18 cm, 7,90 € / $14.95 Can., ISBN 979-10-327-0687-9. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonBiblioGoodreadsGoogleWikipediaWorldCat ]

© Taiga Sassa 2020.

Voir mes commentaires sur les volumes précédents:

IsabellaBird-v1-cov IsabellaBird-v2-cov IsabellaBird-v3-cov IsabellaBird_4-cov IsabellaBird-v5-cov IsabellaBird-6-cov
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Monnaies anciennes 40

Crise du IIIe siècle (3): L’Empire des Gaules (1) 

Postumus (260-269 EC)

En plein coeur de l’anarchie militaire qui a plongé l’Empire Romain dans la crise du IIIe siècle, on retrouve un territoire autonome qui s’est scindé du reste de l’Empire. Il s’agit de l’Empire des Gaules qui a été créé par l’un des nombreux usurpateurs du pouvoir romain, surnommés les “Trente Tyrans” par l’Histoiria Augusta : Marcus Cassianus Latinius Postumus. 

Nous ne savons pas grand-chose sur Postumus et ce que nous savons provient principalement de sources peu fiables comme l’Historia Augusta. On croit qu’il était d’une origine provinciale modeste et, comme il a émis des monnaies dédiées à une divinité locale (Hercules Deusoniensis), serait né à Deusone (Diessen en Hollande) près de la frontière Batave. Il aurait donc des origines gauloises ou bataves. Très doué, il aurait rapidement gravi les échelons militaires jusqu’à devenir gouverneur de Germanie Inférieure sous le règne de Valerianus. Lors d’une invasion germanique en 259 (Alamans, Francs et Juthunges), Gallienus — qui est en charge de l’occident alors que son père Valerianus est en charge de l’orient — confit à son fils Saloninus (à peine âgé de dix-sept ans) la défense de la frontière du Rhin et Postumus y commandait l’une des armées.

À l’été 260, son armée écrase une colonne de Juthunges qui revenait d’Italie chargée de prisonniers et du fruit de leurs pillages. En septembre, suite à une dispute sur la distribution du butin (l’armée n’appréciant pas la décision du jeune Saloninus et de son préfet du prétoire Silvanus de s’accaparer le trésor; et la nouvelle de la capture de Valerianus par les Perses a sans doute aussi été un facteur), les soldats proclament leur général empereur et entreprennent de faire le siège de Colonia Agrippinensium (Cologne). Ils prennent la ville rapidement, puis assassinent Saloninus et Silvanus (quoi que plus tard ils blâmeront les gaulois pour le meurtre). Le pouvoir “Impérial” de Postumus est immédiatement reconnu par les troupes de Gaule, de Germanie et de Rhétie. L’année suivante, il contrôle également la Bretagne, la Gaule Narbonaise et l’Hispanie. Étrangement, plutôt que de marcher sur l’Italie pour devenir l’Empereur de Rome, il établit plutôt son propre fief dans le coin nord-ouest, l’Empire des Gaules, et choisit pour capitale soit Colonia Agrippinensium (Cologne), soit Augusta Treverorum (Trèves). Postumus structure l’administration de son “empire” en prenant exemple sur Rome: il est nommé consul et Pontifex Maximus, reçoit la puissance tribunicienne, établit un sénat et une garde prétorienne, frappe de nombreuses monnaies (principalement avec des types de victoires ou une série importante dédiée aux Travaux d’Hercules), et il défend avec succès son territoire contre les invasions germaniques et les tentatives de Gallienus de le reconquérir (ce dernier réussi bien à faire le siège de Augusta Treverorum, mais il doit abandonner après avoir été blessé d’une flèche).

Toutefois, si Postumus réussit à maintenir la paix et la prospérité dans son empire pendant plus d’une demi-douzaine d’années, les troubles présents dans le reste du monde Romain finissent par le rattraper. Grâce aux apports d’argent provenant du front du Rhin et des mines d’Hispanie, il a réussi à maintenir une monnaie forte jusqu’en 265 mais, par la suite, la quantité d’argent dans la monnaie chute à des niveaux comparable au reste de l’Empire causant une crise économique. Il n’était pas non plus exempt à voir son pouvoir contesté  par un usurpateur puisqu’en janvier 269, Laelianus, le gouverneur de Germanie Supérieur, se révolte et est nommé empereur par ses troupes (Legio XXII Primigenia et Legio VIII Augusta). Postumus recapture la ville de Mogontiacum (Mayence) et fait tuer Laelianus, mais durant l’été 269 il est assassiné à son tour par ses propres troupes qu’il tentait d’empêcher de piller la ville! Il semble que ceux-ci lui reprochait aussi son manque d’ambition… Les légions acclament un certain Marius, un simple soldat, pour le remplacer mais celui-ci ne jouira du pouvoir que quelques mois puisqu’il est assassiné à l’automne 269 et remplacé par le préfet du prétoire Victorinus

IMG_9197-9203Je n’ai qu’une seule pièce de Postumus et c’est un très beau antoninianus (VF [Very Fine] / VG [Very Good], AR (Billon ou flan de bronze saucé), 21 mm, 3.504 g, payé 95 FF, caractérisé par un très très bel avers mais un revers un peu plus usé et un peu flou, die-axis: ↑↑). L’avers présente une buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] POSTVMVS P[IVS] F[ELIX] (pieux et heureux) AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée avançant à gauche, une couronne de laurier dans la main droite et une palme dans la gauche, un prisonnier à ses pieds, avec l’inscription latine VICT-OR-IA AVG[VSTI] (“Victoire de l’Empereur”).

Selon le RIC  (Webb, Percy H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. The Roman Imperial Coinage Vol. 5, Part II (From Probus to Maximian). London: Spink & Son, 1972, pp. 310-368.) ce type n’a été frappé qu’à Lugdunum (Lyon) mais il n’offre aucune datation précise (260-268). Toutefois, les sources en ligne (sans justificatif apparent, possiblement en se basant sur des données archéologiques) mentionnent que ce type aurait pu être frappé aussi à Augusta Trevorum (Trèves) ou à Colonia Agrippinensium (Cologne), et avance comme date le début du règne (260-261). Le motif de victoire peut faire référence soit aux victoires de Postumus contre les envahisseurs Germains (peut être sur les Juthunges), soit au fait qu’il ait résisté à toute les tentatives de Gallienus pour reconquérir son territoire.

Sources: Wikipedia (Postumus [FR/EN], Empire des Gaule [FR/EN]), Google, FAC (Postumus, VICTORIA AVG, laurel wreath, victory, palm), ERIC (Postumus), GallicEmpire; RIC 5.2: 89, Sear RCV (1983): 3032; CoinArchives, acsearch, arc, WildWinds (text, image), numista, numismatics, vcoins, CoinTalk, FAC, YorkCoins, ACG, WorthPoint, CoinProject.  Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous nous attardons sur le règne de Victorinus dont j’ai quatre pièces de monnaie.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 39

La crise du IIIe siècle (2): Les Trente Tyrans 

Gallienus (253-268 EC) (3)

En 267, Gallienus doit faire face à une nouvelle invasion de tribus Germaniques (parfois appelé génériquement Goths ou même, par erreur, Scythes). Cette fois il s’agit des Hérules qui, à l’aide d’une flotte de centaine de navires, pillent la côte sud de la Mer Noire, assiégeant sans succès Byzance et Cyzique. La marine romaine les repousse en Mer Égée où ils continuent leur pillage sur les îles de Lemnos et Skyros, avant de s’attaquer aux villes d’Athènes, de Corinthes, d’Argos et de Sparte. La milice athénienne dirigée par Dexippus les repousse au nord, où ils sont intercepté par l’armée romaine sous le commandement de Gallienus. Ils sont défait lors d’une bataille à la frontière entre la Macédoine et la Thrace, près de la rivière Nessos. Toutefois, Gallienus n’a pas le temps de savourer sa victoire. Après avoir accepter la reddition du chef Hérule, Naulobatus, il doit laisser la suite des opérations à Marcianus et partir précipitamment pour l’Italie afin de réprimer la révolte de son maître de cavalerie Aureolus. Ce dernier, campé à Mediolanum (Milan), devait protéger le nord de l’Italie contre une attaque de l’usurpateur Postumus, mais au lieu de cela il donne son support à ce dernier et tente lui-même d’usurper le pouvoir impérial. Gallienus gagne une première bataille près de Pontirolo Nuovo et fait le siège de Mediolanum. 

Toutefois, plusieurs de ses hauts officiers (Heraclianus, Marcianus, Claudius et Aurelianus) complotent contre lui durant le siège et il est assassiné en septembre 268. Le sénat, apprenant sa mort, fait exécuter sa famille (son frère Valerianus, son neveu Marinianus et sa femme Salonina) et leurs partisans. L’un de ses maîtres de cavalerie Illyriens, Claudius, lui succède (soit qu’il a été choisi par Gallienus lui-même sur son lit de mort, ou par ses co-conspirateurs). Ce dernier doit aussitôt faire face à une nouvelle invasion de Hérules, cette fois accompagnés du renfort d’autres tribus Goths (Greuthungi et Thervingi), Gépides et Peucini. Leur attaque sur les côtes occidentales de la mer Noire, sur la mer de Marmara (Propontis) et en Mer Égée est inefficace et Claudius les vaincra en 269 à la bataille de Naissus, méritant ainsi son surnom de Gothicus (vainqueur des Goths). Son bref règne annoncera la fin de l’anarchie militaire et débutera l’époque des empereurs illyriens.  

Voici donc mes trois dernières pièces de monnaie de Gallienus:

La première de ces pièces est un assez beau antoninianus (G [Good], AE [bronze], ± 18 mm, 2.823 g, payé $9.50 US le 1985/04/14, patine brunâtre et le quart de la bordure du flanc est déchiquetée, die-axis: ↑↙︎). L’avers présente une tête de l’empereur radiée à droite avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une antilope marchant à gauche avec l’inscription latine (partiellement lisible) DIANAE CONS[ERVATORI] AVG[VSTI] (“Diana, protectrice de l’empereur”) et un XII (marque de la douzième officine de l’atelier de Rome) est légèrement discernable en exergue.

À la toute fin du règne de Gallienus (probablement en 267-68), les ateliers de Rome produisirent une émission monétaire qui honorait neuf divinités romaines afin d’obtenir leur protection en ces temps très troublés. Chacune des divinités était représentées par un ou plusieurs animal réel ou mythique: Apollo (centaure, griffon), Diana (biche, cerf, antilope / gazelle), Hercule (lion, sanglier), Juno (biche / élan / chevreuil), Jupiter (bouc), Liber Pater (panthère / tigresse), Mercure (hippocampe / Criocampus [créature mi-bélier, mi-poisson]), Neptune (capricorne [animal mythique mi-chèvre, mi-poisson], hippocampe) et Sol (Pegasus, taureau). On appel cette série soit “Conservatio”, soit la série animalière de Gallienus. Chacune des officines a produit un type différent de ces pièces. Le groupe le plus fréquent était celui dont l’inscription référait à Diana (43.5%) et le type illustrant une antilope (ou gazelle) a été frappé par la onzième (XI), avec l’antilope à droite, et douzième (XII) officine, avec l’antilope à gauche. Quelques rares pièces de ces types auraient pu également être frappées à l’atelier de Siscia. Cette pièce a donc fort probablement été frappée à Rome, par la douzième officine, vers 267-68.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Diana [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Diana, DIANAE CONS AVG, Conservator, zoo collection), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 181, Sear RCV (1983): 2853; vcoins, vcoins, vcoins, Numista, Numista, CoinArchives, MA-Shops, acsearch, coinproject, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

La pièce suivante est un très beau antoninianus (F [Fine], AE [bronze], 18 x 21 mm, 2.946 g, payé $US 9.50 le 1985/04/14, importante patine verte [oxyde de cuivre] et le bas de la pièce est rogné, die-axis: ↑↑). L’avers présente une tête de l’empereur radiée à droite avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Mars, casqué, en tenue militaire, debout ou marchant à gauche, tenant une branche d’olivier dans la main droite, s’appuyant sur un bouclier de la main gauche et une lance posée sur son bras gauche, avec l’inscription latine MARTI PACIFERO (“pour Mars, le pacificateur”) et un A (marque d’officine, alpha = première officine) dans le champs gauche.

Comme je l’ai mentionné la semaine dernière, l’une de quatre grandes thématiques que l’on retrouve dans les différents types de pièces de monnaie émises sous Gallienus (selon Troy Kendrick, A Reassessment of Gallienus’ reign, lui-même citant Erika Manders) est l’association de l’empereur aux divinités. Si c’est la deuxième plus importante thématique après les représentations militaires durant le règne conjoint, l’association divine devient la catégorie incluant le plus grand nombre de pièces frappées après 260 — c’est-à-dire près du quart de l’émission monétaire. L’exemple précédente, qui évoque Diane (la déesse chasseresse), fait partie de cette catégorie. C’est aussi le cas pour cette pièce qui évoque Mars le Pacificateur, un dieu qui amène la paix mais par la victoire. Cette pièce fait partie non seulement du groupe d’association divine mais également de celui des représentations militaires. “Se présenter comme un dieu, un héros, un sauveur ou le médium par lequel le pouvoir divin apportait la paix et la prospérité était un élément standard de la propagande parmi les empereurs. [KENDRICK, p. 57] (…) La «série animale» et la proclamation de tant de dieux protégeant Gallienus étaient probablement un effort pour simultanément impressionner et rassurer toutes ses troupes, qui choisissaient des divinités individuelles à qui prier et faire des sacrifices. [p. 61] (…) Gallienus a tenté de donner à son règne un fondement religieux, faisant appel à un large éventail de divinités qui étaient adorées dans tout l’Empire” [p. 63]. Cette pièce est donc un autre exemple où Gallienus promet au peuple de l’Empire la victoire, la paix et la prospérité, en disant “Ne vous inquiétez pas, avec moi ça va bien aller.”

La nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique encore que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Malheureusement, aucun élément ne nous permet une datation plus précise. Cette pièce aurait donc été frappée à Rome, par la première officine, vers 260-268.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Mars [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Mars, Marti, Mars), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 236, Sear RCV (1983): 2880; Numista, vcoins, CoinArchives, CerberusCoins, MA-Shops, Numismatics, acsearch, acsearch. Voir aussi ma fiche.

Mon dernier exemple est une pièce grecque impériale (monnaie provinciale romaine). J’ai toujours cru qu’il s’agissait d’un tétradrachme mais en fait c’est un decassarion, “une dénomination de bronze valant dix as (assarion en grec) qui était généralement frappé par les ateliers provinciaux romains. Il ne respectait pas une norme de poids standard mais suivait plutôt la norme locale, ainsi il s’agissait simplement d’une pièce qui avait pour valeur dix fois la dénomination de base locale” [ACG]. 

C’est donc un très beau decassarion frappé à Perga, en Pamphylie, sur la côte sud de l’Anatolie (F+ [Fine+], AE [bronze], 29.5 mm, 15.087 g, payé environ $5 le 1985/01/06, surface rugeuse et dépôt rougeâtre, die-axis: ↑↑). L’avers présente une tête de l’empereur laurée, cuirassée et drapée à droite avec l’inscription grecque AVT KA𝚰 𝞟𝞞 𝞚𝞘  𝚪𝚨𝚲𝚲𝚰𝚮𝚴-𝚶 CEB (Aut[okratos] Kai[sar] Po[blios] Li[cinios] Gallieno Ceb[astos] = Imperator Ceasar Publius Licinius Gallienus Augustus) et un grand “𝚰” devant le buste (un indice de la dénomination). Le revers illustre un coffre à trois pattes avec trois bourses au-dessus, et l’inscription grecque 𝚷𝚬𝚸-𝚪𝚨𝚰-𝛀𝚴 (Pergaion / Perga, le nom de la cité qui a frappée la monnaie).

La symbolique de ce type de revers est incertaine. Cela pourrait faire référence à des offrandes divines ou à une libéralité de l’empereur (distribution d’argent au peuple) car le coffre et des bourses évoque une idée d’argent (sacs de monnaies). J’aurais probablement besoin de faire plus de recherches sur ce sujet. De plus, aucun élément de cette pièce ne permet de la dater avec précision, donc tout ce que l’on peut dire c’est qu’elle a été frappée à Perga vers 253-268 (quoique la présence de “AVT KAI” suggère que c’était durant le règne conjoint, soit 253-260).

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], atelier monétaire), Google, FAC (Gallienus), ERIC (Gallienus), ACG (Decassarion), ; CoinProject (1, 2, 3), CoinArchives, SNG, WildWind (text, image). Voir aussi ma fiche.

En conclusion, comme je l’ai déjà mentionné quand j’ai parlé de son épouse Salonina, ce qui rend Gallienus intéressant c’est que, malgré le fait qu’il ait été un empereur-soldat, il a aussi été un empereur hellénisant et humaniste, adepte du néoplatonisme et tolérant envers les cultes orientaux (Allat, Sol, religions à mystères), particulièrement envers le christianisme — ce qui a d’ailleurs beaucoup facilité son avancement. Il a également fait des réformes militaires où le commandement des armées a été confié à des Magister equitum (des officiers expérimentés d’origine illyrienne ou pannonienne) et où il a créé de nouvelles divisions de cavalerie, plus aptes à répondre rapidement aux invasions et plus adaptées aux tactiques des germains.

Gallienus a pris le pouvoir au pire moment de la crise du troisième siècle, quand l’Empire aurait dû s’effondrer, mais d’une manière ou d’une autre, il a réussi à tout garder ensemble probablement principalement grâce à sa réforme de l’armée. Il a comprit que l’armée était celle qui faisait et défaisait les empereurs et que s’il pouvait garder les soldats payés, occupés et heureux, il pourrait rester au pouvoir. Pour ce faire, il a entre autre créé de nouveaux ateliers monétaires (Mediolanum et Lugdunum) pour frapper des pièces plus près des légions du nord afin de leur assurer un salaire stable. 

Toutes ces luttes intestines avec les usurpateurs et les guerres pour tenir les envahisseurs à distance coûtaient énormément cher à l’Empire. Et le fait que les mines d’argent d’Espagne étaient soit épuisées, soit sous le contrôle de l’Empire des Gaules a contribué à aggraver la crise économique. Malheureusement, Gallienus ne pouvait rien faire à ce sujet, sinon continuer à produire de la monnaie avec au moins une apparence de normalité. Comme la teneur en argent des pièces devenait de plus en plus basse, on cachait ce fait en sauçant les pièces dans une solution d’argent pour leur donner un bel aspect argenté. Il a également utilisé sa monnaie pour diffuser une forte propagande affirmant que tout allait bien et qu’il garderait l’empire en sécurité et prospère. Et, d’une manière miraculeuse, il a réussi à rester au pouvoir pendant quinze ans, à tenir les envahisseurs et les usurpateurs à distance et l’empire en marche. C’est pourquoi son règne a marqué un point tournant dans l’Empire romain au troisième siècle.

Pour les trois prochaines semaines, avant de nous attaquer aux empereurs Illyriens, nous ferons un petit détour pour discuter de l’Empire des Gaules fondé par Postumus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 38

La crise du IIIe siècle (2): Les Trente Tyrans 

Gallienus (253-268 EC) (2)

À partir de 260, Gallienus règne seul sur l’Empire. Toutefois, son règne continue d’être en proie aux même menaces qui persistaient durant les années de règne conjoint avec son père: révoltes, usurpations du pouvoir et invasions, le tout sur un fond de crise économique. Après la défaite de la bataille d’Édessa et la capture de Valerianus, l’armée Sassanide du roi Shapur attaque la Cilicie et la Cappadoce pillant une trentaine de cités. Ce qui restait de l’armée romaine s’est rallié sous le commandement de Ballista et de Fulvius Macrianus pour repousser les Sassanides avec l’aide d’Odenathus et de ses cavaliers Palmyriens. Fort de ce succès, Macrianus décide de nommer empereur ses fils Quietus et Iunius Macrianus. Les deux Macrianus, gagnant à leur cause les légions de Pannonie, marchent sur l’Italie mais sont défait en Illyrie par le général Aureolus au printemps ou au début de l’été 261. Au même moment, Odenathus pousse plus profondément en territoire Sassanide. Il assiège sans succès la capital de Ctesiphon mais réussi néanmoins à reprendre tout le territoire que les romains avaient perdu depuis le siège de Nisibis en 252. Par 262, Odenathus contrôle une bonne partie de l’Orient romain (le Levant, la Haute Mésopotamie et l’est de l’Anatolie) et ne peut résister à s’en déclarer le roi (avec son fils Herodianus), fondant ainsi l’Empire palmyrénien. Gallienus, préoccupé par la situation à la frontière nord de l’Empire, n’a pas le choix de le tolérer — il lui donne même le titre de dux Romanorum (commandeur des Romains). Lorsque Odenathus est assassiné en 267, le pouvoir passe à son fils Waballath (sous la régence de son épouse Zenobia) qui parvient à en agrandir le territoire (ajoutant une partie de l’Arabie et l’Égypte — qui s’était déjà rebellée sous Macrianus, puis sous le préfet Aemilianus en 262) jusqu’à ce qu’Aurelianus y mette fin en 273.

Pendant ce temps, Gallienus est au prise avec un autre usurpateur au nord de l’Empire. Suite à la défaite d’Edessa et à la révolte de Macrianus, le commandant des légions du Rhin, Postumus, est proclamé empereur par ses troupes en septembre 260. Il assiège et prends Colonia Agrippinensium (Cologne) et y établit sa capitale. Il y fait également assassiner Saloninus, le fils de Gallienus. Son pouvoir est immédiatement reconnu par les troupes de Gaule, de Germanie et de Rhétie. L’année suivante, il contrôle également la Bretagne, la Gaule Narbonaise et l’Hispanie. Étrangement, plutôt que de marcher sur l’Italie pour devenir l’Empereur de Rome, il établit plutôt son propre fief dans le coin nord-ouest: l’Empire des Gaules. Gallienus, affaiblit par la rébellion de Macrianus et de nouvelles invasions Goths au nord-est, ne réussira jamais à éliminer cet empire. Il réussit bien à assièger Postumus mais il est blessé par une flèche tirée du rempart et doit abandonner. Et lorsque Aureolus revient de l’Orient avec des renforts, celui-ci le trahit, donne son support à Postumus et tente d’usurper le pouvoir à son tour… L’Empire de Postumus (à qui succèdera Victorinus, puis Tetricus) ne sera reconquit que par Aurelianus en 274. À suivre…

Cette semaine, je vous présente trois autres pièces de monnaie de Gallienus.

IMG_9150-9154La première pièce est un assez beau antoninianus (G [Good], AR [argent], 17.5 x 18 mm, 2.344 g, payé environ $6 le 1985/04/14, die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite, avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Liberalitas drapée, debout à gauche, tenant une tessera de la main droite levée et une corne d’abondance (cornucopiae) de la main gauche, avec l’inscription latine LIBE-RAL[ITAS] AVG[VSTORVM] (la générosité de l’empereur) et un S (marque d’officine, S[ecundus] = deuxième officine) dans le champs droit. 

La nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Le RIC (vol V, pt 1: p. 33) nous apprend que ce type de Liberalitas a été frappé seulement à Rome. Il commémore une libéralité, ou distribution d’argent au peuple. Celles-ci eurent lieu en 253, 254, 256 et — la seule du règne de Gallienus — en 263. Ces libéralités sont bien représenté par les attributs de la divinité allégorique: la cornucopiae, qui représente l’abondance, et la tessera, qui est une sorte de planche avec des trous utilisées pour compter rapidement le nombre approprié de pièces à distribuer. Cette pièce a donc été frappée durant le règne unique de Gallienus, à Rome, en 263.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Liberalitas [FR/EN], corne d’abondance [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Liberalitas, tessera, cornucopiae), ERIC (Gallienus); RIC  vol. V, pt 1: 227, Sear RCV (1983): 2877; Numista, WildWinds (text, image), CoinProject, Numismatics. Voir aussi ma fiche.

Les deux pièces suivantes sont des antoniniani représentant des Providentiae mais, si elle offrent les inscriptions similaires, elles illustrent la divinité avec des attributs différents.

IMG_9188-9193La première Providentia est un assez beau antoninianus (VG [Very Good] / G [Good], AR / Billon ?, 21 x 17 mm, 2.257 g, payé environ $8 le 1985/12/17, l’avers est assez bien conservé mais il y a un important dépôt sur le revers et tout le bas de la pièce est rogné; die-axis ↑↑). L’avers nous offre une tête de l’empereur radiée avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providentia drapée, debout à gauche, tenant un globe dans la main droite et un long sceptre transversal dans la gauche avec l’inscription PROVID[ENTIA] AVG[VSTORVM] (la providence [protection? prévoyance?] de l’empereur). Il ne semble pas y avoir de marque d’officine dans le champs (et l’exergue a disparu dans la rognure, donc impossible de savoir si elle contenait une marque quelconque…).

Encore une fois, la nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Dans ce cas-ci nous nous retrouvons devant deux possibilité. La première (RIC 270) est une frappe aux ateliers de Rome qui normalement comporterait un “P” dans le champs droit mais certaines sources en ligne indique qu’il existerait un type sans aucune marque — toutefois, pour cette frappe, personne n’ose avancer de datation donc nous restons avec l’intervalle du règne seul, soit 260-268. La seconde possibilité (RIC 508a) est une frappe à l’atelier de Mediolanum (Milan) qui comporterait soit un “P” dans le champs droit (ce qui n’est pas le cas) ou un “MP” en exergue (ce qui est impossible à vérifier avec cette pièce). Je juge plus probable qu’il s’agisse de la seconde possibilité. Le sources en ligne date le type de cette frappe à 265-66 mais je n’ai pas pu trouver de justification pour cette datation. Il me faudrait sans doute faire des recherches plus approfondies…

Sources: Wikipedia (Gallienus, Providentia [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Providentia), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 270 / 508a, Sear RCV (1983): 2888; CoinArchives, Numismatics, WildWinds (RIC 270: text, image; RIC 508: text, image),  bnumis, CoinProject, MA-Shops. Voir aussi ma fiche.

IMG_9171-9175L’autre Providentia est un beau antoninianus (VG [Very Good], AE [bronze], 21 x 22 mm, 3.946 g, payé environ $6 le 1985/04/14, die-axis: ↑↑) qui nous offre en avers une tête de l’empereur radiée à droite avec l’inscription latine GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Providentia debout à gauche, tenant un bâton dans la main droite et une cornucopiae dans la main gauche; à ses pieds, à gauche, il y a un globe et l’on retrouve l’inscription latine PROVIDEN[TIA] AVG[VSTORVM] (la providence [protection? prévoyance?] de l’empereur). Il n’y a aucune marque d’officine dans le champs ou en exergue.

La nomenclature (GALLIENVS AVG) nous indique encore que la pièce a été frappée durant la période où Gallienus régnait seul, c’est-à-dire après 260. Ce type de Providentia (avec cette inscription et pas de marque d’officine) ne semble se retrouver que dans les pièces frappées à l’atelier de Siscia. Les sources en ligne la date de 267-68 (mais, encore une fois, je n’en ai pas trouvé le justificatif).

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], Providentia [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus, Providentia, Siscia), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 580; vcoins, WildWinds (text/image), bnumis, CoinProject. Voir aussi ma fiche.

L’utilisation du type de revers avec une Providentia est très révélateur d’un aspect important de la propagande impériale de Gallienus. Elle montre quelle image il voulait donner de lui-même et de son règne principalement à travers ses portraits officiels et les différents types de frappes monétaires. Cela nous permet indirectement de connaitre l’idéologie et les politiques qu’il voulait communiquer au peuple. Selon Troy Kendrick (A Reasses­sment of Gallienus’ reign, lui-même citant Erika Manders), on retrouve durant le IIIe siècle quatre grandes thématiques dans les différents types de pièces de monnaie émises: les représentations militaires (22.5%), la promotion d’un âge d’or ou saeculum aureum (19.2%), la glorification des vertus de l’empereur (17.4%) et l’association de l’empereur aux divinités (21.8%). La frappe monétaire sous Gallienus suit les mêmes proportions. La prédominance des types militaires (qui évoquent des victoires ou vantent la valeur d’une légion pour la fidéliser) reflète bien l’importance qu’il accordait à l’armée — et pour cause! Le message qu’il veut faire passer à travers les types de frappes est qu’il est favori des dieux et, par ses propres mérites et vertus (pietas, clementia, justicia, aequitas, liberalitas, providentia, indulgentia, etc.), il est l’homme de la situation pour maintenir la paix et la prospérité de l’Empire. C’est l’habituel “Ça va bien aller” et ceux qui disent autrement font des “fake-news” (Quoi? Quelle crise?)…

Comme pour les pièces présentées la semaine dernière, celles-ci sont une bonne évidence de la dévaluation monétaire sous Gallienus (voir aussi RIC v. 5 pt 1, pp 7-8). Le coût élevé des campagnes militaires, l’épuisement des mines d’argent et l’émission constante de nouvelle monnaie par une succession d’empereurs et d’usurpateurs causent une importante inflation à laquelle on répond par une dépréciation monétaires et les pièces contiennent donc de moins en moins d’argent. L’antoninianus, qui lors de sa création par Caracalla, contenait 50% d’argent n’en contient plus que 10% au début du règne de Gallienus. On compense en frappant des pièces en billon (ce qui donne un aspect plus terne aux pièces) ou en trichant par l’utilisation de pièces saucées (un flan de bronze est trempé dans une solution d’argent pour lui donner une apparence argenté). Toutefois avec le temps et l’usage ce plaquage tend à disparaître et l’antoninianus prend l’apparence d’une simple pièce de bronze. À la fin du règne de Gallienus, les pièces ont moins de 3% d’argent et cela tombe à près de 1% dans la décennie suivante!

La semaine prochaine je vous présenterai mes trois dernières pièces de monnaie de Gallienus et je vous entretiendrai de sa mort et de son legs.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 37

La crise du IIIe siècle (2): Les Trente Tyrans 

Gallienus (253-268 EC) (1)

Cette période nous offre sans aucun doute l’un des principats les plus intéressants du IIIe siècle. Publius Licinius Egnatius Gallienus est né vers 218. Il épouse Cornelia Salonina vers 240 (dont j’ai déjà parlé un peu plus tôt dans cette chronique) qui lui donne trois enfants: Valerianus II (c. 240-258), Saloninus (c. 242-260) et Marinianus (c. 249 – 268). Lorsque son père, Publius Licinius Valerianus, accède au pouvoir en septembre 253, il est nommé caesar et augustus, reçoit la puissance tribunicienne et devient le co-empereur de son père. Il est nommé consul pour une première fois en 254. Pour faire face aux nombreux périls qui menacent leur vaste empire (les habituelles révoltes, usurpations et invasions), Gallienus et son père se divisent le territoire d’une façon qui rappel ce qui deviendra plus tard la tétrarchie: Gallienus demeure en Italie pour contrer les invasions des tribus germaniques sur le Rhin et le Danube, alors que Valerianus se rend en Orient pour affronter les Perses sassanides. De 254 à 260, Gallienus passe la majorité de son temps dans les provinces romaines du nord (Germanie Inférieure et Supérieure, Rhétie, Norique, Pannonie, Dacie, Illyrie) pour repousser des invasions de Francs, d’Alamans et de Juthunges tout en écrasant la révolte du gouverneur de Pannonie Ingenuus ainsi que celle de Regalianus dans les Balkans. Son fils Valerianus II meurt en 258 (possiblement aux mains de Ingenuus). En 260, lors de la bataille d’Édesse, son père est capturé par les troupes du roi Sassanide Sapor I et il meurt subséquemment en captivité. Dès lors, Gallienus règnera seul sur l’Empire. À suivre…

J’ai neuf pièces de monnaie de Gallienus mais cette semaine je n’en présenterai que trois. Les deux premières pièces sont très similaires — en fait, à quelques détails près, elles sont identiques. Ce sont de beau ou même très beau antoniniani qui portent tous deux les même illustrations et inscriptions tant sur l’avers que sur le revers. Les avers nous offrent un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine GALLIENVSP[IVS] • F[FELIX] (pieux et heureux) • AVG[VSTVS] — notez les points avant, au milieu et après le “• P • F •”. Les revers illustrent deux captifs germains liés et assis au pied d’un tropæum (trophée militaire) avec l’inscription latine GERMANICVS MAX[IMVS] V [Quintum] (vainqueur des Germains pour la cinquième fois).

IMG_9140-9143La première de ces pièces est caractérisée par une couleur argenté plus terne (presque grisâtre) qui indique que le flan est composé d’un alliage faible en argent appelé billon (G [Good] / VG [Very Good], 20 x 21 mm, 3 g, payé $15 le 1987/09/21; die-axis: ↑↑). Le tropæum, un monument destiné à commémorer une victoire militaire, est composé d’une croix de bois à laquelle est accrochée une cuirasse, un casque, des boucliers et des armes (lances, épées, etc.) prisent à l’ennemi vaincu. Ici, on note que la deuxième rangée de boucliers pointe vers le bas.

IMG_9144-9147La deuxième de ces antoniniani avec un GERMANICVS MAX V (VG [Very Good] / F [Fine], AR [argent], 23 x 20 mm, 3.6265 g, payé environ $14 [70 FF], die-axis:  ↑↑) est caractérisée par une couleur argenté brillante (ce qui dénote un alliage avec un titre d’argent plus élevé ou une pièce “saucée” encore en bon état — i.e. le flan de billon a été plaqué ou trempé dans l’argent pour lui donner une apparence de meilleure qualité; souvent la couche d’argent disparait avec l’usure ce qui ne serait pas le cas avec cette pièce) et le fait que le lettrage de la nomenclature sur l’avers à l’air légèrement étiré et est un peu flou (conséquence d’un frappe de mauvaise qualité ou d’une trempe qui a laissé des coulisses?). On note que la deuxième rangée de boucliers du tropæum pointe vers le haut. Ce détail du trophée est la seule différence entre les pièces — elles ont donc probablement été frappé à des moments différents ou par des officines différentes et avec des coins différents.

Sans donner beaucoup de détails, le RIC [Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, 1972, pp. 16-36] indique que la nomenclature GALLIENVS P•F• AVG a été utilisé par les ateliers de Lugdunum (entre 256 et 259), de Mediolanum (257-59), de Rome et d’Asie (à partir de 260). Toutefois, le revers avec le GERMANICVS MAX V n’est recensé que pour l’atelier de Lugdunum dès 258 et jusqu’à ce que l’atelier tombe sous le contrôle de l’Empire Gaulois de Postumus en 260. Ces pièces auraient donc été frappé à Lugdunum (Lyons) en 258-259. Certaines sources en ligne indiquent ces pièces comme ayant été frappé à Colonia Agrippinensis (Cologne), où l’atelier de Lugdunum aurait été transféré pendant un certain temps. 

Ces pièces commémorent une des nombreuses victoires de Gallienus contre les Germains durant le règne conjoint avec son père (253-260) — il s’agit probablement soit des Francs qui envahirent la Gaule par le Rhin Inférieur en 258 ou des Alamans et des Juthunges qui envahirent l’Italie par les champs Décumates. Il vainc les Alamans à la bataille de Mediolanum (Milan) en 259.

Sources: Wikipedia (Gallienus [FR/EN], tropæum [FR/EN]), Google, FAC (Gallienus), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 18j, Sear RCV (1983): 2861; CoinArchives, WildWinds (1: text/image, 2: text/image, 3: text/image, 4: text/image, 5: text/image), CoinTalk, BeastCoins, acsearch, vcoins, vcoins, numista, arc, numismatics, CoinProject, ancientcoins. Voir aussi mes fiches (fiche 1 et fiche 2).

IMG_9177-9181La dernière pièce est un bon antoninianus de bronze (G [Good], Ae [bronze], 19 x 20 mm, 2.635 g, payé environ $6 le 1985/06/16, la patine est d’un brun très foncé, presque noir, alors que le relief est d’un brun clair, consistant avec une pièce de bronze; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite avec l’inscription latine (à peine lisible) GALLIENVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol drapé, debout, à demi tournée vers la gauche, la main droite levé et tenant un globe dans la main gauche, avec l’inscription latine (à peine lisible) AETERNITAS AVG[VSTI] (l’éternité de l’Empereur) et un 𝚪 (gamma)dans le champs gauche. 

Rien ne permet de dater précisément cette pièce. Toutefois, cette nomenclature (GALLIENVS AVG) semble avoir été utilisé surtout durant le règne seul de Gallienus (260-268) [voir le RIC vol. V, pt I: 34]. De plus, les marque d’officines en grec (gamma = troisième officine) ne semblent avoir été utilisé qu’aux ateliers de Rome. Cette pièce aurait donc été frappée à Rome, entre 260 et 268, sans doute pour souhaiter à l’empereur un long règne.

Sources: Wikipedia (Gallienus, Sol), Google, FAC (Gallienus, Aeternitas, Aeternitas Aug, Sol, catalog), ERIC (Gallienus); RIC vol V, pt 1: 160; numista, CoinProject (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8), WildWinds (1: text/image, 2: text/image, 3: text/image), vcoins, coinstree, CoinTalk, MA-Shops, numismatics. Voir aussi ma fiche.

Ce que l’on remarque avec ces pièces, c’est qu’elles démontrent bien la dévaluation monétaire qui eut lieu sous le règne de Gallienus — la quantité d’argent utilisé dans les pièces diminue drastiquement vers la fin du règne [voir le RIC vol. V, pt I: 7-8]. Toutefois, nous reviendrons sur ce sujet bientôt… La semaine prochaine, je vous présente trois autres pièces de monnaie de Gallienus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 36

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (4)

Volusianus (251-253 EC)

Caius Vibius Afinius Gallus Veldumnianus Volusianus est né vers 230 et ses parents sont Trebonianus Gallus et Afinia Gemina Baebiana. Lorsque son père (qui est alors gouverneur de Mésie) est proclamé empereur en juin 251 suite à la mort de Decius durant une campagne contre les Goths, il adopte le fils de ce dernier, Hostilianus, pour légitimer son pouvoir et le fait auguste et co-empereur. Il ne donne à son propre fils, Volusianus, que le titre de César mais le marie à la soeur de Hostilianus. Toutefois, à la mort de celui-ci en novembre 251 (soit de la peste [selon Aurelius Victor], soit assassiné [Selon Zozime]), Volusianus le remplace comme auguste et co-empereur. Il est fait consul en 252 et 253. L’Empire est lourdement affecté par la peste et, si Trebonianus Gallus avait acheté la paix avec les Goths, cela ne les a pas empêcher de continuer leur incursion en Mésie. À la même époque, les Sassanides envahissent la Mésopotamie et même capturent Antioche! Compte-tenu du sort de leur prédécesseur, les empereurs décident d’éviter la confrontation et restent à Rome. C’est sans doute ce fait qui incita le commandant de l’armée de Mésie, Aemilianus, à se rebeller et à usurper le pouvoir. Trebonianus Gallus et Volusianus furent assassiné par leur propre soldats en août 253, ceux-ci décidant de se soumettre aux forces supérieures de l’usurpateur qui marchait sur Rome. Ils n’auront régné que deux ans.

IMG_9125-9131Je n’ai qu’une seule pièce de Volusianus et c’est un relativement beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], Ar [argent, à faible titre probablement autour de 30-35%], 20 x 22 mm, 3.5736 g, payé environ $5, caractérisé par un dépôt verdâtre [bleu saphir et sarcelle/teal pour être plus précis] plus important sur le revers, die-axis: ↑↑). Sur l’avers on retrouve un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERTOR] CAE[SAR] C[AIVS] VIB[IVS] VOLVSIANO AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Pax debout à gauche tenant une branche d’olivier dans la main droite et un long sceptre transversal dans la main gauche, avec une étoile dans le champs droit et l’inscription latine (peu visible) PAX AVGG[VSTI] (“la paix des empereurs” — le double “G” dénote un pluriel).

Selon le RIC (Mattingly, H., Sydenham, E.A. & Sutherland C.H.V.. Roman Imperial Coinage, vol. IV, part III, London: Spink & Son, 1949, pp. 153-157, 178), “La 3e émission [avec les CONCORDIA AVGG (assise), PAX AVGG et VIRTVS AVGG] couvre probablement l’année 252. L’étoile dans le champs qui accompagne un tiers des émissions devrait marquer une occasion spéciale de bon augure — le consulat conjoint des empereurs le 1er janvier (?) ou l’anniversaire de leur accession (?). (…) On notera que la composition de la 3e émission est certaine. Le seul doute est de savoir si l’émission avec «l’étoile» précède, suit ou est enchâssée dans l’autre. Notez les nombres élevés pour les PIETAS AVGG et PAX AVGG, le nombre bas pour la VIRTVS AVGG. [p. 154] (…) L’émission avec une étoile ne couvre qu’environ un tiers de l’année. En tant que symbole solaire, l’étoile avait été utilisée par l’empereur Elagabalus, prêtre du dieu-soleil Elagabalus. L’occasion exacte n’a pas été déterminée. [p. 157]” Cette pièce aurait donc été frappée à Rome durant l’année 252.

Après la mort de Decius aux mains des Goths en juin 251, Trebonianus Gallus leur achète la paix. Cela accorde à l’Empire un bref répit — qui est probablement célébré par cette pièce de monnaie. Toutefois, la paix prend fin en 252 alors que le roi Sassanide Shapur I et son fils Ardashir I traversent l’Euphrate avec leur troupes pour envahir la Mésopotamie lors de la bataille de Barbalissos. Et, en 253, le gouverneur Aemilianus refusant de leur payer un tribut, les Goths envahissent à nouveau la Mésie.

Sources: Wikipedia (Volusianus [FR/EN], antoninianus [FR/EN], Couronne radiée [FR/EN], Pax [FR/EN]), Google, FAC (Volusian, Catalog, Catalog, Catalog), ERIC (Volusian); RIC 4.3: 180; CoinProject, Numismatics, CoinArchives, WildWinds (text, image), acsearch, acsearch. Voir aussi ma fiche.

Marcus Aemilius Aemilianus (originaire de Maurétanie) est gouverneur de Mésie lorsque les Goths transgressent à nouveau la frontière romaine. Il réussi à les repousser au-delà du Danube. Fort de ce succès, il est proclamé empereur par ses troupes le 24 juillet 253. Trebonianus Gallus charge alors le commandant des armées du Rhin et du Haut-Danube, Valerianus, de mettre fin à cette révolte mais ce dernier est lui-même acclamé empereur par ses troupes! Les deux armés marchent sur Rome et, après la mort de Trebonianus Gallus et Volusianus en août 253, Aemilianus est reconnu comme leur successeur par le sénat. Malheureusement, son armée décide de se rallier plutôt à Valerianus et il est assassiné ! 

Cette constante lutte pour le pouvoir entre les militaires provoque une longue période d’anarchie qui plongea l’Empire Romain dans une grave crise socio-économique. À cette époque, il y a tellement d’usurpateurs du pouvoir que l’Histoire Auguste parle des Trente tyrans (quoique les autres sources historiques et numismatiques ne permettent d’en confirmer que dix-sept). Malgré cela (et en plus de la constante pression sur les frontières notamment en Gaule et en Orient), les règnes de Publius Licinius Valerianus (qui dura sept ans) et de son fils Publius Licinius Egnatius Gallienus (15 ans) offriront un peu de stabilité. Lorsque Valerianus est capturé par les Sassanides en 260, lors de la bataille d’Édesse (pour subséquemment mourir en captivité), Gallienus — jusqu’alors co-empereur avec son père — règnera seul sur l’empire. Dès la semaine prochaine, nous traiterons de son règne (probablement en deux ou trois parties car je n’ai pas moins de neuf pièces de monnaies de Gallienus!).

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Monnaies anciennes 35

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (3)

Philippus II (247-249 EC)

Marcus Iulius Severus Philippus est né en 237. Ses parents sont Philippus Arabus et Otacilia Severa. Lorsque son père devient empereur en février 244, il est fait Caesar alors qu’il n’est âgé que de sept ans. Trois ans plus tard, en 247, il est fait consul. À son retour triomphal, suite à une campagne militaire victorieuse sur le Danube, son père le fait Auguste et co-empereur en août 247. L’année suivante, il est fait consul pour une seconde fois et, en avril 248, Rome célèbre un millénaire depuis sa fondation avec des jeux séculaires. Toutefois, l’Empire connait une grave crise socio-économique qui cause beaucoup de mécontentement au sein de la population et de l’armée, ce qui encourage l’apparition de plusieurs usurpateurs du pouvoir impérial. Son père meurt à l’automne 249 alors qu’il affronte l’un d’eux, Traianus Decius, durant la bataille de Vérone. Les sources antiques semblent indiquer que Severus Philippus soit mort avec son père, mais les historiens modernes croient plutôt qu’il lui a survécu et a brièvement régné seul sur l’empire, avant d’être assassiné par les prétoriens qui favorisaient Decius. Il n’avait que douze ans.

IMG_8278-8279Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Philippus II. C’est un très beau sesterce (F [Fine], Ae? [bronze] ou Orich.? [orichalque / laiton], 28 mm, 17.146 g, payé environ $35 le 1985/12/17; d’une couleur jaunâtre; die-axis: ↑↑) qui nous offre sur l’avers un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] PHILIPPVS AVG[VSTVS]. Le portrait juvénile nous confirme qu’il s’agit bien de Philippus II et non de son père, qui avait frappé des pièces similaires. Le revers illustre une Pax debout à gauche tenant une branche d’olivier et un sceptre transversal, avec l’inscription latine PAX AETERNA (“paix éternelle”) et un S[ENATVS] C[ONSVLTVM] (“par décret du sénat”) dans le champs de part et d’autre. 

Cette pièce date donc de l’époque où Philippus II était Augustus (247-249) et probablement au tout début du principat, alors que la victoire de la campagne danubienne était suffisamment fraîche pour laisser encore un espoir de paix durable (sinon éternelle), c’est-à-dire en 247. Cette datation est d’ailleurs confirmée par le RIC (Roman Imperial Coinage, vol. IV, part III, pp. 58, 61-62, 103).

Sources: Wikipedia (Philippe II [FR/EN], Pax [FR/EN]); FAC (Philip II, Pax, Pax Aeterna, scepter), ERIC (Philip II); S-RCV (1983): 2572, RIC 4.3: 268c; Numismatics, Wildwinds, CoinArchives, MA-Shops, sixbid. Voir aussi ma fiche.

Je n’ai pas de pièces du successeur de Philippus, Decius (mais j’en ai une de son épouse, Herennia Etruscilla, dont j’ai déjà parlé un peu plus tôt, dans le vingtième épisode de cette série). Caius Messius Quintus Decius est né en 201 dans la province de Pannonie inférieure. Sénateur, il aurait été gouverneur de Mésie inférieure dans les années 230, puis préfet de Rome en 245. En 248, alors que les Goths font des incursions sur la frontière du nord et que des usurpateurs fomentent la rébellion, Philippus l’envoie (en compagnie de son fils Herennius Etruscus) pour mater la révolte de Pacatianus en Mésie. Ayant aisément accompli cette tâche, Decius devient lui-même usurpateur et est acclamé empereur par ses troupes. Il défait Philippus à Vérone, puis il entre à Rome où le sénat confirme ses pouvoirs. Il prend alors le nom de Traianus Decius. Son bref règne est affligé des même problèmes que son prédécesseur: des usurpateurs (Lucius Priscus et Valens Licinianus) et des invasions de Goths. Il meurt, au côtés de son fils Herennius, en combattant les Goths lors de la Bataille d’Abrittus. Le gouverneur de Mésie, Trebonianus Gallus (dont je n’ai pas de pièces non plus), est aussitôt acclamé empereur par les troupes survivantes. Il adopte l’autre fils de Decius, Hostilianus, pour légitimer son pouvoir et fait un caesar de son propre fils, Volusianus. Nous discuterons de ce dernier la semaine prochaine !

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Monnaies anciennes 34

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (2)

Philippus Arabus (244-249 EC)

Marcus Julius Philippus est né dans la province d’Arabie vers 204. En 234, il marie la fille d’un gouverneur, Otacilia Severa, qui lui donne un fils en 237, Marcus Julius Philippus Severus. On sait peu de choses de lui avant qu’il ne remplace Timesitheus comme préfet du prétoire à l’hiver 243. Lorsque Gordianus meurt durant sa campagne contre les Perses sassanides en février 244, Philippus est acclamé empereur par les troupes. Il s’empresse de conclure la paix avec Shapur Ier et lui paie un lourd tribut d’un demi-million de sesterces pour la libération des prisonniers romains. Avant de revenir à Rome, il fait construire des monuments dans sa province natale à Bostra et Héliopolis, ainsi que la ville de Philippopolis. À Rome, le sénat confirme sa position mais dès 245 il doit repartir en campagne militaire contre les Carpes sur la frontière Danubienne, puis contre les Arsacides en Arménie qui refusent de reconnaitre le traité de paix avec les Sassanides. Il revient toutefois à Rome en août 247, juste à temps pour célébrer le millénaire de la fondation de Rome avec l’organisation de Jeux séculaires en avril 248. Il profite de l’occasion pour faire de son fils, Philippus II, son second (caesar) et son héritier. 

La dévaluation de la monnaie et des troubles sociaux (notamment en Égypte, ce qui perturbe l’approvisionnement en blé) causent beaucoup de mécontentements (particulièrement au sein de l’armée), ce qui suscite l’apparition de nombreux usurpateurs: Pacatianus sur le Danube, Jotapianus en Orient, Silbannacus, Sponsianus et même Traianus Decius (préfet de Rome et commandant exceptionnel des troupes en Pannonie et Mésie) qui est acclamé empereur par ses troupes et marche sur Rome. À l’automne 249, Philippus et son fils doivent l’affronter à Vérone avec des effectifs moins nombreux et moins expérimentés. Ils sont vaincus et assassinés. C’est au tour de Decius de prendre le pouvoir… 

Anecdote intéressant, le surnom de Philippus Arabus (Philippe l’Arabe, étant donné qu’il est originaire de la province d’Arabie) lui a été attribué tardivement puisqu’il apparaît pour la première fois dans un ouvrage de la fin du IVe siècle, l’Épitomé de Caesaribus. C’est également une tradition tardive qui présente Philippus comme le premier empereur chrétien: Eusèbe de Césarée en fait d’abord mention au IVe siècle dans son Historia Ecclesiastica (VI, 34) et l’idée sera ensuite reprise par Jean Chrisostome (de S. Babylas 1), Hieronymus de Stridon (Chronicon), Orosius (Historia Adversus Paganos 7, 28) au Ve siècle, et Jordanis (Getica XVI) au VIe siècle. Après avoir longuement débattu sur ce sujet, le modernes s’entendent qu’il est peu probable que Philippus ait été chrétien puisqu’il était le grand pontif de la religion romaine. Il en connaissait certainement les préceptes, auxquels il était sans doute réceptif, et il en tolérait la pratique. Toutefois, il n’y a aucune preuve numismatique ou épigraphique qu’il y ait été convertie.

IMG_9052-9059Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Philippus. C’est un très beau sesterce (F [Fine], Ae [bronze], 25 x 28 x 28.5 mm, 15.131 g, payé environ $20 le 1985/01/25; caractérisé par une couleur gris foncée, une encavure au centre de l’avers [sur l’oreille], une rognure pour lui donner une forme plus carrée et par de petits trous sur la bordure qui ont probablement servi à porter la pièce comme un médaillon; die-axis: ↑↑). Cette pièce présente sur l’avers un buste de l’empereur barbu, lauré, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] PHILIPPVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas debout de face, la tête tournée à gauche, tenant un caducée dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, avec l’inscription latine P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIA] P[OTESTATE] IIII CO[N]S[VL] II P[ATER] P[PATRIAE] et un S[ENATVS] C[ONSVLTVM] dans le champs de part et d’autre. 

Deux remarques viennent à l’esprit au cours de l’identification de cette pièce. Il y a d’abord deux types d’inscription possibles sur l’avers: IMP M IVL PHILIPPVS AVG (RIC 150a) et IMP PHILIPPVS AVG (RIC 150c). Compte tenu de la grosseur, de l’espacement et de la disposition du lettrage de l’inscription, cette pièce appartient clairement au deuxième type. Ensuite, la titulature du revers nous permet une datation précise. Philippus reçoit les titres d’Augustus, Imperator, Pontifex Maximus et Pater Patriae lors de son accession au pouvoir en 244 mais ne reçoit la puissance tribunicienne (renouvelée annuellement au 1er janvier) pour la quatrième fois (TR P IIII) et le consulat pour une seconde fois (COS II) seulement en 247. La pièce ne peut donc dater que de cette année là.

La représentation de la Felicitas est sans doute une façon de souhaiter “bonne chance” à l’empereur ou de souligner ses succès alors qu’il conclut une campagne militaire et qu’il s’apprête à célébrer, l’année suivante, le millième anniversaire de la ville éternelle.

Sources: Wikipedia (Philippe l’Arabe [FR/EN], Felicitas [FR/EN], caduceus [FR/EN], cornucopiae [FR/EN]), FAC (Philip I, Felicitas), ERIC (Philip I); S-RCV (1983): 2498, RIC 4.3: 150c; Wildwinds, Wildwinds (text, image), CoinArchives, CoinArchives, CoinProject, Numismatics, British Museum, acsearch, acsearch, acsearch. Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine je vous présente une pièce de Philippus II.

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Monnaies anciennes 33

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (1)

La mort de Severus Alexander précipite l’Empire Romain dans une période d’anarchie militaire où se succèdent de nombreux “empereurs-soldats.” Déstabilisé dans tous ses aspects, l’empire connaitra au IIIe siècle une grave crise qui débute avec la période dite des “usurpateurs”. Le 20 mars 235 Maximinus Thrax est proclamé empereur par les légions de Germanie. Plusieurs usurpateurs lui contestent le pouvoir (Magnus, Quartinus, Gordianus et son fils Gordianus II) et le sénat proclame de son côté Pupienus Maximus et Balbinus, mais c’est le petit-fils de Gordianus (l’enfant de sa fille Antonia Gordiana), qui avait été brièvement co-empereurs avec Pupienus et Balbinus, qui finit par prendre les rênes de l’Empire.

Gordianus III (238-244 EC)

Marcus Antonius Gordianus nait le 20 janvier 225 dans une famille sénatoriale originaire d’Asie Mineure. Après que Maximinus Thrax ait été assassiné par ses propres troupes, il est fait Cæsar le 22 avril 238 (alors qu’il n’a que treize ans) à la demande du peuple. Toutefois, les prétoriens éliminent Pupienus et Balbinus, et dès le 29 juillet 238 il devient le seul empereur. Il prends alors le titre de Imperator Cæsar Marcus Antonius Gordianus Pius Felix Augustus. Due à son jeune âge, l’administration de l’Empire revient surtout à sa famille et à son conseillé, Timesitheus — dont il épouse la fille (Furia Sabina Tranquillina) à l’été 241. Son bref règne est consacré a apaiser de nombreux troubles: en 240 le proconsul d’Afrique Sabinianus tente une révolte, il conclut un traité avec les Goths en Mésie inférieure, en 241 le peuple de Rome s’agite à cause de l’inflation, puis les Perses sassanide menacent la frontière de Mésopotamie et de Syrie. Le 11 février 244, Gordianus III est mortellement blessé dans une bataille près de Falludja. Le préfet du prétoire Marcus Julius Philippus lui succède. Il est déifié et on lui consacre un mausolée.

IMG_8276-8277J’ai deux pièces de monnaie de Gordianus III. La première est un sesterce très beau mais assez ordinaire (F [Fine], Ae [bronze], 29-30 mm, 17.799 g, payé environ $35 le 1985/12/17; die-axis: ↑↑) qui nous offre en avers un buste drapé et lauré de l’empereur, à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] GORDIANVS PIVS FEL[IX] AVG[VSTVS]. Le revers représente une Felicitas debout de face, la tête tournée à gauche, tenant un caducée dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, avec l’inscription latine FELICITAS AVG[VSTI] et un S[ENATVS] C[ONSVLTVM] dans le champs de part et d’autre (La bonne fortune de l’empereur, par décret du sénat). Rien ne permet de dater cette pièce avec précision mais le RIC indique que la titulature de l’avers daterait de la fin du règne, du printemps 240 à février 244. L’ajout du Pius Felix indiquerait sa piété envers ses prédécesseurs, Gordianus I & II, et référerait à sa chance d’avoir supprimée la révolte en Afrique. La représentation de la Felicitas ferait possiblement allusion à son départ pour l’Orient ou, plus probablement, à son mariage avec Tranquillina en 241. Sources: Wikipedia (Gordianus III [FR/EN]); Sear RCV (1988): 2384, RIC 4.3: 310a, C 76; CoinArchives. Voir aussi ma fiche.

IMG_8950-8953La seconde pièce, une petite dénomination de bronze (AE22) grecque impériale, est en moins bonne condition (quoique encore assez belle) mais est beaucoup plus intéressante (G [Good], Ae [bronze], 22 mm, 10.821 g, payé environ $7; die-axis: ↑↖︎). L’avers représente un buste de l’empereur lauré, cuirassé et drapé d’un paludamentum, une étoile dans le champs droit, avec l’inscription grecque (illisible) AVTOK K M ANT ΓOPΔIANOC CEB (Autokratos Kaisar Marcos Antoninos Gardianos Cebastos = Imperator Caesar Marcus Antoninus Gordianus Augustus). Le revers représente un buste, à droite, du roi d’Edessa (Osroène, Mésopotamie), Abgar X Phraates, barbu, portant une tiare diadèmée, un collier et une robe, une étoile dans le champs gauche, avec l’inscription grecque ABΓAPOC BACIΛEYC (Abgaros Basileus = roi Abgar). 

Le royaume d’Edessa était un petit état d’origine nabatéenne qui avait réussi à acquérir son indépendance des Parthes puis des Sassanides. Caracalla en fit une province romaine en 216, mais il était apparemment redevenu un état satellite de Rome du temps de Gordianus III, qui en fit son allié dans sa campagne contre Sapor Ier. Cette pièce conjointe frappée à Edessa commémore cette alliance et daterait de 242-244 (du début de la campagne contre les Sassanides jusqu’à la mort de Gordianus III).

Sources: Wikipedia (Gordianus III [FR/EN], Abgar d’Édesse, Edessa [FR/EN], Osroène [FR/EN]), Iranica online; BMCG (XXVII) #144-158; acsearch, acsearch, coincommunity, vcoins, vcoins, coinarchives, wildwinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Hill, G.F. Catalogue of the Greek Coins in the British Museum Vol. 27: Arabia Mesopotamia, and Persia. London: BM, 1922. pp. 114-116.

On poursuit la semaine prochaine avec une pièce de Marcus Julius Philippus dit “Philippus Arabus.”

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Images du mer-fleuri [002.021.097]

Rhododendron

[ Nikon D3300, Jardin botanique, 2018/06/093 ]

L’Azalée de Gand (Ghent Azalea) est un arbuste à fleurs de la division des Magnoliophyta (Angiospermae), de la classe des Eudicotylédones (Magnoliopsida), de la sous-classe des Asteridae, de l’ordre des Ericales, de la famille des Ericaceae et du genre Rhododendron (qui contient plus de mille espèces). C’est un hybride horticole (Rhododendron x gandavense) qui a été développé à Gand en Belgique et qui est maintenant majoritairement produit en Flandre. Il est d’ailleurs le premier produit horticole européen à avoir bénéficier d’une Indication Géographique Protégée. L’azalée se distingue du Rhododendron par le fait qu’il est généralement de plus petite taille, qu’il a un feuillage caduque et que ses fleurs n’ont que cinq anthères (étamines). Le nom “Rhododendron” provient du grec (ῥόδον / rhodon qui signifie “rose” et δένδρον / dendron qui signifies “arbre”; ῥoδόδενδρον veut donc dire “arbre à roses”) et fait allusion aux superbes fleurs de l’arbuste. Leur beauté cache cependant un haut niveau de toxicité due à la neurotoxine qu’elles contiennent (andromedotoxine ou grayanotoxines). Celle-ci se retrouve également dans le pollen et le nectar des fleurs, ce qui fait que, si des abeilles butinent sur ses fleurs, le miel ainsi produit sera également toxique! Dans certaines régions (Népal mais surtout en Turquie dans la région du Pont) on produit délibérément ce “miel qui rend fou” pour l’utiliser comme drogue récréative ou en médecine traditionnelle (anti-inflammatoire, antioxydant ou même aphrodisiaque). Xénophon mentionne dans l’Anabase des soldats grecs intoxiqués au miel durant la marche des Dix-Mille (Livre IV, chap. VIII, 20) et Pline (Histoire naturelle, XXI: 45 & XLVI) relate qu’une anecdote similaire est arrivé aux soldats de Pompée durant la troisième guerre mithridatique (voir aussi Strabon, Géographie, 12.3.18). Ici il s’agit du cultivar “Beauté Céleste”. (Sources: Wikipedia)

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Monnaies anciennes 32

Les Sévères (4)

Severus Alexander (222-235 EC)

Gessius Bassianus Alexianus est né à Arca (Phénicie syrienne) en 208. Son père est Gessius Marcianus et sa mère est Julia Mamæa (fille de Julia Mæsa et nièce de Julia Domna). Petit-neveu de Septimius Severus, il est fait césar par son cousin Elagabalus en 221 et lui succède lorsqu’il est assassiné en mars 222. Il prends alors le nom de Marcus Aurelius Severus Alexander et n’a que quatorze ans. Sous l’auspice de sa grand-mère il reçoit une excellente éducation mais n’est guère doué pour les affaires militaires (ce qui fait qu’il n’est pas très aimé de l’armée). Son règne, qui dura treize ans, est relativement paisible et prospère. Il est considéré comme un empereur simple, sage, juste et pieux. Il réforme la morale, redonne du pouvoir au sénat, fait des réformes économiques favorisant les pauvres et bâtit de nombreux monuments. Même si il est pacifique, il doit néanmoins défendre les frontières d’abord contre les Perses sassanides (qui ont renversés et assimilés l’empire Parthe) sur le front orientale en 231, puis contre les Alamans et les Sarmates en Germanie en 234. Les troupes, devenues insubordonnées, lui reprochaient d’être faible et de favoriser une paix négociée plutôt que le combat. Le 19 mars 235 la Legio XXII Primigenia se mutine à Moguntiacum et assassine Alexander, ainsi que sa mère, et acclame l’un des leur comme empereur, Gaius Julius Verus Maximinus dit “Le Thrace”. Ainsi prends fin la dynastie des Sévères, précipitant l’Empire Romain dans une période d’anarchie militaire qui durera cinquante ans!

IMG_8944-8947Je n’ai qu’une seule pièce de Severus Alexander. Il s’agit d’une très belle pièce grecque impériale (F [Fine]/VG [Very Good], petite dénomination [ae26] de bronze [ae], 25 x 26 mm, 9.400 g, payé environ $6 le 1985/06/16, caractérisée par des égratignures sur l’avers [sur le buste] et par une étrange patine d’un vert foncé brillant, comme si la pièce était recouverte d’un glacis; die-axis: ↑↑) qui nous offre sur l’avers un buste de l’empereur lauré, cuirassé et drapé à droite avec l’inscription grecque AVT K M AVR CEV – AΛEXANΔΡOC (Autokrator Kaisar Marcos Aurelios Severos Alexandros = Imperator Caesar Marcus Aurelius Severus Alexander). 

Le revers illustre une Homonoia (Ὁμόνοια — divinité grecque allégorique personnifiant la concorde, l’unanimité et l’unité d’esprit, parfois simplement appelée “Concordia”, son équivalent latin, par les sources) debout à gauche avec un modius sur la tête, et tenant une corne d’abondance (cornucopia) dans la main gauche et une patère dans la main droite. La représentation de la Concorde fait sans aucun doute allusion à la politique pacifiste de Severus Alexander. On retrouve également sur le revers l’inscription grecque YΠ ΦIΡ ΦIΛOΠAΠΠO – Y MAΡKIANOΠOΛITΩN (VP Fir. Philopappus Marcianopolis — il faut noter la particularité que le double “P” de Philopappoy (ΠΠ) et les deux derniers caractères de Markianopoliton (ΩN) sont attachés pour ne former qu’une seule lettre).

Cette inscription nous indique que la pièce a été frappée à Marcianopolis (une ville de Mésie inférieure, un peu à l’ouest d’Odessus (Varna), qui a été fondé par Trajan en 106 et qu’il a nommé en honneur de sa soeur Marciana). Cette cité a frappé sa propre monnaie (tant grecque impériale que quasi-autonome) entre le règne de Commode et de Philippe II (180-249) et à partir de Septimius Severus (193) les pièces comportaient le nom du légat romain (gouverneur de la province) précédé de l’abréviation VP (VΠ. pour υπατευοντος / ypatevontos / lit. “subalterne” mais ici signifiant plutôt legatus consularis ou “gouverneur consulaire“). Dans ce cas-ci il s’agit de Fir[mius?] Philopappus, dont on ne connait pas grand chose sinon qu’il a été gouverneur de Mésie inférieure vers 225-226. La pièce a donc été frappée durant cette période.

L’étrange patine de la pièce m’a suscité un léger doute sur son authenticité mais, après réflexion, je crois qu’il est peu probable que des faussaires se donnent autant de peine pour reproduire de petites dénominations qu’ils ne revendraient par la suite que quelques dollars. La pièce est donc fort probablement authentique.

Sources: AMNG 1043, BMCG 3: 68/74; GICV 3266/3269 (avec diff. gouv.); Wikipedia (Severus Alexander [FR/EN], Concordia [FR/EN] , Divinités grecques [FR/EN], Homonoia, modius, cornucopia [FR/EN], patère [FR/EN], Mésie [FR/EN], Marcianopolis [FR/EN], Governors of Lower Moesia); FAC (Severus Alexander, Severus Alexander, Greek Imperials, AMNG, Homonoia, Concordia, cornucopiae, patera, VP), ERIC (Severus Alexander), Digital Historia Numorum (Markianopolis); WildWinds (Text, image), Wildwinds (text, image), Biddr. Voir aussi ma fiche (mise à jour).

Bibliographie: 

Je suis très content car j’ai aujourd’hui découvert beaucoup plus d’information sur cette pièce que j’en avais trouvé initialement lors de son acquisition. Ce n’est jamais facile d’identifier une pièce avec des inscriptions grecques, surtout quand une partie des sources d’information est en allemand (ou même en Bulgare!) mais l’internet se révèle très utile pour ce genre de situation. En effet, il y a vraiment infiniment plus d’information de disponible en ligne maintenant que j’en avais dans les années ’80 avec la bibliothèque de l’université… 

La semaine prochaine nous poursuivons notre histoire des empereurs romain au travers de leurs monnaies en abordant la crise du IIIe siècle provoquée par l’anarchie militaire. La première période de la crise est celle des “usurpateurs” et, comme je n’ai pas de pièces de Maximinus Thrax ni des deux premiers Gordianus, je saute directement à Gordianus III !

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Monnaies anciennes 31

Les Sévères (3)

Elagabalus (218-222 EC)

Après une brève interruption (le règne de Macrinus et de son fils Diadumenianus), la dynastie des Sévères se poursuit avec Varius Avitus Bassianus. Ce dernier est né à Émèse (Syrie) en 203. Dès l’âge de treize ans il est grand-prêtre du culte du dieu solaire Élagabal (d’où le surnom, parfois orthographié Heliogabalus, qu’on lui donnera surtout de façon posthume). Sa grand-mère Julia Maesa (qui était la soeur de Julia Domna et donc la belle-soeur de Septimius Severus et la tante de Caracalla) obtient le soutien de la légion romaine postée en Syrie (la Legio III Gallica) pour mettre au pouvoir Varius, qui est l’enfant de sa fille Julia Soæmias. Macrinus est assassiné et le jeune Varius, à peine âgé de quatorze ans, devient empereur en juin 218. Comme il ressemble physiquement à Caracalla et que l’on veut poursuivre l’association fictive avec la dynastie des Antonins, il prends alors le nom de Marcus Aurelius Antoninus.

Elagabalus est un empereur faible qui laisse l’administration de l’Empire à sa mère et à sa grand-mère pour se consacrer à la débauche (de fastes banquets et des orgies homosexuelles) et surtout à sa fascination pour le culte solaire. Il fait construire un temple où toutes les divinités romaines, orientales et même chrétiennes peuvent être vénérées sous la bienveillance d’Élagabalus. Il fait même venir d’Émèse (Homs) la pierre sacrée du dieu solaire (une bétyle, ou pierre météorique, qui ont souvent été vénérées comme c’est le cas de la pierre noire de la Kaaba à La Mecque). Tout comme Akhénaton l’avait fait en Égypte avant lui avec le culte de Aton (ou Aurelianus le fera plus tard avec Sol Invictus), il tente sans succès d’imposer une forme de monothéisme solaire. Pressentant que l’excentricité et la débauche de son petit-fils causeraient sa perte, Julia Maesa le convainc d’adopter et de prendre comme césar son cousin Alexianus Bassianus (enfant de son autre fille, Julia Mamæa). Lorsqu’en mars 222 Elagabalus perds le soutien de l’armée et est tué par le peuple en colère, Alexianus lui succède sous le nom de Severus Alexander. 

IMG_8936-8940Ma seule pièce d’Elagabalus est une petite dénomination de bronze (AE 18) dans un assez bel état (G [Good], Ae [bronze], 18 mm, 2.446 g, payé environ $7, caractérisée par sa couleur noire; die-axis: ↑↓) dont l’avers nous offre une tête laurée de l’empereur, à droite, avec l’inscription grecque AVT KAI MA ANT𝜴NEINOC (Autokrator Kaisar Marcos Aurelios Antoneinos = Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus). Le revers ne représente qu’un grand S – C (Senatus Consulto, “par décret du sénat”), surmonté des lettres grecques “Δ Є” et avec un petit aigle en dessous, le tout dans une couronne de laurier agrémentée en haut d’une étoile.

Il s’agit d’une pièce provinciale (aussi appelé grecque impériale) frappé à Antioche. Rien ne nous permet malheureusement de dater la pièce avec précision et l’on doit se contenter des dates de règne de l’empereur comme datation: 218-222. La signification du “Delta-Epsilon” qui apparait fréquemment sur les pièces de Elagabalus et de son cousin Severus Alexander est incertaine. Est-ce une datation ou une marque d’officine? Les deux hypothèses les plus retenues par les spécialistes est qu’il s’agit d’une abréviation soit pour Δ[𝚮𝚳𝚨𝚸𝚾𝚰𝚱𝚮𝚺] Є[𝚵𝚶𝚼𝚺𝚰𝚨𝚺] (l’équivalent grec de Tribuniciae Potestatis), ou soit Δ Є[𝚷𝚨𝚸𝚾𝚬𝚰𝛀𝚴] (une “des quatre éparchies” [circonscription ou diocèse] de Syrie).

Sources: (Elagabalus [FR/EN], sénatus-consulte); BMCG 20: 434 (p. 203 + pl. XXIV 9); FAC (Elagabalus, S CGreek Imperials), ERIC (Elagabalus); WildWinds (text, image), WildWinds (text, image), Numista, CoinProject, CoinArchives, acsearch, Provincial Romans. Voir aussi ma fiche.

Bibliography: 

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Monnaies anciennes 30

Les Sévères (2)

Caracalla (211-217 EC)

La dynastie des Sévères se poursuit avec Lucius Septimius Bassianus. Il est né le 4 avril 188 à Lugdunum (Lyon) alors que son père était gouverneur de la Gaule lyonnaise. Il est toutefois d’origine berbère-punique par son père (l’empereur Septimius Severus) et syrienne par sa mère, Julia Domna. Dès l’âge de huit ans il est fait césar par son père et prends alors le nom de Marcus Aurelius Antoninus (car son père voulait légitimer son pouvoir en s’associant à la dynastie Antonine) — mais on le surnomme “Caracalla” car enfant il aimait porter ce vêtement gaulois à capuchon et manches longues. L’année suivante, il est nommé pontife, puis, en 198, Augustus. En 202, il épouse Fulvia Plautilla (fille de Gaius Fulvius Plautianus, un ami de Severus et préfet du prétoire). À la mort de son père en 211, pour respecter ses volontés, Caracalla accède au pouvoir conjointement avec son jeune frère Publius Septimius Geta. Toutefois, dès l’année suivante, pour sécuriser sa position, il fait assassiner ce dernier ainsi que tous opposants ou possibles compétiteurs (incluant sa propre épouse!). Cela annonce déjà comment son bref règne sera sanglant (même ses portraits officiels lui donne un air de brute cruelle). 

Ayant fait campagne auprès de son père (entre autres en Bretagne contre les Calédoniens), il se voit comme un grand général et s’identifie à Alexandre le Grand. Sans raison évidente (sinon l’arrogance des Alexandrins), il commet une série de massacres à Alexandrie en 215-216 qui déciment l’intelligentsia grecque de la ville. Comme son père, il passe la majorité de son règne en coûteuses campagnes militaires, principalement contre les Alamans (213) et les Parthes (216), utilisant des techniques qui tiennent plus de la fourberie et du massacre que de la tactique militaire. On se souvient de lui surtout pour ses énormes et luxueux thermes (bains publics inaugurés en 216) et pour l’Édit de Caracalla (Constitutio antoniniana) qui accorde en 212 la citoyenneté romaine (héréditaire) à tout homme libre de l’Empire. Cela a pour but d’uniformiser l’Empire et d’en accroître le revenu des impôts mais aura aussi pour effet de diminuer le recrutement de l’armée (jusqu’alors le service militaire était la seule façon d’obtenir la citoyenneté pour les provinciaux) et d’accroître la persécution des Chrétiens (tout citoyen se devant de faire des sacrifices aux dieux romains, les Chrétiens s’y refusent car ils sont monothéistes). Il a aussi introduit une nouvelle monnaie d’argent en 215, l’antoninianus, qui valait deux denarius. Considéré comme un tyrant impopulaire, Caracalla est assassiné le 8 avril 217 par Iulius Martialis, un officier de la garde Prétorienne, alors qu’il est au front Parthe. Le préfet du prétoire Macrinus (originaire de Maurétanie Césarienne) lui succède avec son fils Diadumenianus. Ils ne règneront toutefois que deux ans, puisque la syrienne Julia Maesa (soeur de Julia Domna, donc belle-soeur de Septimius Severus et tante de Caracalla) incite l’armée (la Legio III Gallica) encampée en Syrie à se rebeller pour restaurer les Sévères au pouvoir. Ils acclament empereur son petit-fils, Varius Avitus Bassianus (surnommé Elagabalus).

IMG_8562-8563Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Caracalla: un très bel As (VG [very good], Ae [bronze], 23 mm, 6.136 g, payé $20 le 1985/01/25, die-axis: ↑↑) qui nous offre sur l’avers un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé, à droite, avec l’inscription ANTONINVS PIVS AVG[VSTVS] – PONT[IFEX] TR[IBVNICIA] P[OTESTATE] VI [SEXTA]. Le revers illustre une Dea Caelestis (Déesse céleste), tenant un tambour (tympanum — quoique sur certaines pièces elle tient un fulmen, éclair, et on ne distingue pas sur ma pièce lequel de ses attributs elle tient dans sa main) et un sceptre (ou une branche?), assis, à droite, de face, sur un lion galopant au-dessus d’eaux tumultueuses sortant d’un rocher, avec l’inscription INDVLGENTIA[E] – AVG-G[VSTORVM] puis IN CARTH[AGINA] en exergue et S[ENATVS] C[ONSVLTVM] dans le champs droit (sous le lion) — ce qui se traduit par “A l’indulgence des empereurs (Augusti) à Carthage, avec la permission du Sénat”. Comme Caracalla reçoit la puissance tribunicienne pour la sixième fois en 203, on peut donc en déduire que la pièce a été frappé cette année là, alors qu’il était encore co-empereur avec son père.

On peut, bien sûr, s’interroger sur la signification symbolique du revers. Le lion est souvent utilisé pour représenter l’Afrique. De plus, l’épithète de “céleste” était attribué à de nombreuses divinités (Isis, Venus, Artemis ou Juno) mais, dans le cas de cette dernière, il s’agirait d’une forme romanisée de la déesse Carthaginoise Tanit. Par contre, certains identifient plutôt la divinité représenté à la déesse-mère Cybèle (dont les attributs étaient le tympanum et le lion), d’origine phrygienne mais qui était très populaire aussi dans le nord de l’Afrique (Cyrénaïque) et qui était elle aussi associée à Tanit. On peut donc en conclure que cette représentation vise donc probablement à rappeler les origines africaines de l’empereur.

Toutefois, l’inscription du revers (qui apparait aussi sur des pièces de Septimius Severus) semble faire référence à un événement précis, une indulgence accordée à Carthage par les empereurs (le double “G” de AVGG dénote un pluriel). En effet, Indulgentia était utilisé sur les pièces de monnaie romaines pour désigner soit une permission donnée, un privilège accordé ou un hommage remis. Severus (probablement en 202), pour honorer ses origines, aurait accordé certains bénéfices (dont la ius Italicum) aux villes de Carthage et de Utica, donnant à leur habitants les même droits juridiques romains (incluant la citoyenneté) que si ils étaient en sol italien — devançant ainsi pour ces cités les droits que Caracalla accordera à tout l’Empire dix ans plus tard.

Sources: Wikipedia (Caracalla [FR/EN]); RIC IV-1: 415c; WildWinds, Numista, CoinArchives, Numismatics, vcoins, FAC (INDVLGENTIA AVGG IN CARTH, Caracalla, Indulgentia,  AVGG, Indulgentia Augg In Carth, Cybele, Tympanum, Ius Italicum), ERIC (Caracalla). Voir aussi ma fiche

Comme je l’ai maintes fois répété, ces pièces de monnaie ne sont pas seulement des objets anciens qu’il est excitant de tenir entre ses mains, mais elle sont aussi des occasions fascinantes d’en apprendre plus sur les mœurs, la culture, les politiques socio-économiques des romains. La semaine prochaine nous nous intéresserons au règne de Elagabalus! 

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Monnaies anciennes 29

Les Sévères (1)

La mort de Commodus en décembre 192 amène une brève guerre civile où, encore une fois, plusieurs empereurs se succèderont en une courte période. Le sénat choisit Pertinax comme successeur en janvier 193, mais dès avril il est assassiné par des prétoriens, qui vendent alors le poste au plus offrant, en l’occurence Didius Julianus. Toutefois, les armées simultanément proclament empereurs Septimius Severus en Pannonie, Pescennius Niger en Syrie, et Clodius Albinus en Bretagne ! Septimius Severus se révèle le plus fort des candidats: il marche sur Rome où il décapite Julianus en juin, puis il s’allie avec Albinus contre Niger qu’il défait à la bataille d’Issos en 194, et finalement se retourne contre Albinus qu’il vainc à la bataille de Lugdunum en 196. Ce sera la début de la dynastie des Sévères.

Septimius Severus (193-211 EC)

Lucius Septimius Severus est né le 11 avril 146 à Leptis Magna (dans la province d’Afrique, l’actuelle Khoms en Libye). Sa mère, Fulvia Pia, était d’origine romaine (descendante d’immigrant) et son père, Publius Septimius Geta, était d’origine locale (descendance berbère-punique). Il se rend à Rome pour entreprendre son cursus honorum sous Marcus Aurelius, Commodus et Pertinax. Il sera consul en 190 et légat (gouverneur) de Pannonie supérieure en 191. Après la guerre civile, il se révèle un bon juriste et un brillant administrateur. Dès qu’il est empereur il établit la légitimité de son pouvoir en créant un lien filial fictif avec Marcus Aurelius et il se dit le vengeur de Pertinax. Il renforce aussi l’idée de la nature dynastique du pouvoir en associant très tôt à son règne ses deux fils, Caracalla et Geta — nés en 188 et 189 de sa seconde épouse, Julia Domna, d’origine Syrienne. Son règne a été relativement sans histoires. Il a fait des réformes administratives (de la gestion de l’armée, des provinces, réduction des pouvoirs du sénat, etc.) mais ses accomplissements ont surtout été militaires: il combat les Parthes (étendant la frontière orientale) en 197, agrandit les provinces d’Afrique et de Numidie en 202, et tente de repousser les Calédoniens au nord de la Bretagne en 208. Toutefois, ses campagnes militaires ont coûté si chères à l’Empire qu’il lui a fallut dévaluer la monnaie. Il meurt (de maladie ou d’empoisonnement?) le 4 février 211 à Eboracum (York en Angleterre) durant sa campagne contre les Calédoniens et est succédé (non sans quelques conspirations) par son fils Caracalla. Ses (célèbres) dernières paroles auraient été, selon Dion Cassius (LXXVI, 15, 2), “ὁμονοεῖτε, τοὺς στρατιώτας πλουτίζετε, τῶν ἄλλων πάντων καταφρονεῖτε” [omonoeíte, toús stratiótas ploutízete, tón állon pánton katafroneíte / “Maintenez la concorde, enrichissez les soldats et moquez-vous du reste”]. Il aura régné presque dix-huit ans.

IMG_8305-8306Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Septimius Severus: un très beau denarius (F [Fine], Ar [argent], 16-17 mm, 2.693 g, payé $20, die-axis: ↑↓) qui nous présente sur l’avers la tête de l’empereur lauré, à droite, avec l’inscription L[VCIVS] SEPT[IMIVS] SEV[EVERVS] PERT[INAX] – AVG[VSTVS] IMP[ERATOR] VIIII. Le revers illustre Severus en armure avançant à dos de cheval, à droite, et tenant une lance de travers, avec l’inscription PROFECTIO[NES] AVG[VSTI] (le départ de l’empereur).

Septimius Severus prit le titre de Augustus et aussi le nom de Pertinax lors de son accession au pouvoir en juin 193. Il reçoit le titre de Imperator pour la neuvième fois (VIIII) en 197. Le “Profectio“ fait référence au départ cérémonial de l’empereur pour le limes Orientis au début de 197 pour répondre à l’invasion de la Mésopotamie par les Parthes. Il voyage par mer de Brundisium jusqu’à Aegeae en Cilicie, puis par terre jusqu’en Syrie, où il traverse l’Euphrate jusqu’à Nisibis. L’année suivante, il occupe Séleucie et Babylone, puis pille Ctésiphon. Il acquiert ainsi tout le nord de la Mésopotamie, jusqu’aux régions autour de Nisibis et Singara. lI a également étendu le Limes Arabicus et construit de nouvelles fortifications dans le Désert d’Arabie. Ce denarius, frappé à Rome ou à Laodicea (en Syrie) en 197 EC, commémore donc le début de cette campagne militaire.

Sources: Wikipedia (Septimius Severus [FR/EN], profectio), Google; RIC IV-I: 106 ou 494, Sear RCV: 1682; FAC (Septimius Severus, PROFECTIO AVG), ERIC (Septimius Severus), acsearch, coinproject, Wildwinds (text, image), Wildwinds, CoinArchives, numismatics, vcoins. Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Il est important de comprendre que tout les empereurs romains n’étaient pas originaire de Rome. En effet, Claudius est né à Lugdunum (en Gaule), Triaianus et Hadrianus sont né à Italica (dans la province de Bétique, en Espagne). Dans le cas du premier, il est né à l’extérieur de Rome simplement parce que son père était en campagne militaire en Germanie. Le deux autres sont les descendants de colons romains car leurs ancêtres étaient des soldats blessés de la Deuxième guerre punique que Scipio l’aîné avait laissé derrière lui pour fonder la ville d’Italica. Toutefois les choses changent avec Septimius Severus: sa mère appartenait à une famille d’immigrés romains mais son père était d’origine libyenne. À partir de cette époque (début du IIIe siècle), la plupart des empereurs romains seront d’origine provinciales: Caracalla est né en Gaule, Macrinus en Maurétanie, Heliogabalus en Syrie, Severus Alexander en Judée, etc. L’Empire est de moins en moins centré sur Rome…

La semaine prochaine nous nous intéressons à une pièce de Caracalla !

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Le dernier envol du papillon

DernierEnvolDuPapillon-covMémoires d’une geisha — Kicho, la plus belle courtisane de Nagasaki, séduit tous les hommes sans exception. Cependant, du vieux marchand ivrogne au médecin étranger, elle continue à accepter tous les clients, même les plus méprisables. Quel secret cache-t-elle derrière sa douce mélancolie ? Le jeune garçon qui nourrit une haine farouche envers elle détient peut-être les clefs du mystère…

Kan Takahama est déjà bien connue en France par les amateurs de romans graphiques pour ses œuvres à mi-chemin entre le manga et la bande dessinée franco-belge : L’Eau amère, Sad Girl, Two Expressos ou encore sa collaboration avec Frédéric Boilet sur Mariko Parade. Avec Le Dernier Envol du papillon, l’auteur parvient à repousser les limites de son style en nous livrant un beau récit dont la trame scénaristique n’a rien à envier à La Dame aux camélias, tout en gardant la finesse dont elle avait fait preuve dans ses récits intimistes.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 9

Le dernier envol du papillon (蝶のみちゆき / Chō no Michiyuki / lit. “Le papillon de Michiyuki” [fait référence à une pièce de kabuki où “deux amants contrariés finissent réincarnés en papillons”]) est un manga seinen par Kan Takahama qui a été sérialisé dans Comic Ran puis compilé en volume chez Leed en 2015.

Kicho est une courtisane célèbre de la maison Chikugo dans le quartier de Maruyama à Nagasaki durant l’époque du Bakumatsu. Elle est aussi belle que pleine de mystères, mais tout au long du récit nous découvrons peu à peu son histoire (et celle de sa petite servante, Tama). Elle visite un de ses clients régulier, le Dr. Thorn, sur l’ile de Dejima, réservé pour les étrangers. Il est surpris de découvrir qu’elle a quelques connaissances en médecine et lui donne de la nourriture saine pour “son frère malade”. Il soigne également un homme atteint d’une tumeur au cerveau et il offre de prendre son fils, Kenzo, comme étudiant à l’école de Médecine Occidentale. Il en déduit que cet homme, Gen Tsuji, est le frère de Kicho mais en fait c’est son époux! Médecin veuf, il était tombé amoureux de la courtisane (qui était en fait une amie d’enfance) et s’était ruiné pour racheter son contrat auprès de la maison Chikugo. Lorsqu’il est tombé malade elle est retourné au Chikugo pour être capable de payer les dettes de la famille et les soins de son mari. À sa mort, elle est resté au Chikugo. Quelques années plus tard, après la guerre du Boshin qui ouvre la porte à l’ère Meiji, Kenzo, maintenant lui-même médecin, offre à Kicho (Konoha de son vrai nom) de revenir à la maison. Mais, se sachant condamné par la syphilis, elle refuse…

Le dernier envol du papillon nous offre une très belle histoire d’amour. Le récit est plutôt fluide et l’intrigue autour de Kicho nous tiens en haleine. C’est intéressant car les récits de courtisanes (comme Sakuran de Moyoco Anno) se déroulent généralement à Edo. Le dessin est agréable et détaillé (Takahama utilise beaucoup de trames très fines pour les dégradés). On voit que l’artiste gagne en assurance (c’est son huitième manga, publié juste après Tokyo, amour et libertés) et qu’elle a beaucoup recherché son sujet. C’est ce qui rend d’ailleurs ce manga très intéressant car elle dépeint bien la société et les moeurs de l’époque, un moment fascinant de l’Histoire japonaise qui fait la transition entre le shogunat Tokugawa (bakufu) et le japon moderne qui débute avec l’ère Meiji. C’est une très bonne lecture que je recommande, mais pour adultes car il contient, bien sûr, beaucoup de nudité et de sexualité (comme dans les autres productions récentes de Takahama).

Le dernier envol du papillon par Kan Takahama (Traduction par Yohan Leclerc). Grenoble: Glénat (Coll. Seinen Manga), avril 2017. 164 pages (152 pl.), , 14.5 x 21 cm, 10,75 € / $17.95 Can., ISBN 978-2-344-02260-3. Pour lectorat jeune adulte (16+). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Kan TAKAHAMA, 2013. © Glénat, 2017 pour l’édition française.

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Monnaies anciennes 28

Les Julio-Claudiens (4)

Nero (54-68 EC)

Lucius Domitius Ahenobarbus est né le 15 décembre 37. Il est le fils de Julia Agrippina (fille de Germanicus et soeur de Caligula) et de Gnaeus Domitius Ahenobarbus (qui était préteur et consul sous Tiberius). Après la mort de son père en 40, sa mère — très ambitieuse — se remarie à l’empereur Claudius en janvier 49. L’année suivante, elle convainc ce dernier d’adopter son fils qui prend alors le nom de Nero Claudius Caesar Drusus. Dès sa majorité (14 ans), en 51, il est fait proconsul et, en 53, il est également marié à la fille de Claudius, Claudia Octavia. À la mort de Claudius le 13 octobre 54 (fort possiblement empoisonné par sa femme Agrippina), son seul fils naturel, Britannicus (qui est né de son épouse précédente, Valeria Messalina), n’est pas encore majeur alors que Nero, lui, a dix-cent ans. C’est donc Nero qui devient le nouvel empereur. 

Si l’Empire a été bien géré et demeura prospère, le bref règne de Nero, qui dura treize ans et sept mois, est terni par de nombreux scandales: Britannicus meurt subitement juste avant sa majorité, Nero fait assassiner sa mère qu’il trouve trop intrigante, il divorce Octavia pour marier sa nouvelle favorite Poppæa Sabina, de nombreux quartiers de Rome brûlent en juillet 64 et Nero se fait construire un somptueux palais (la Domus Aurea) à la place, les Chrétiens sont accusé d’avoir causé l’incendie et sont persécutés, le peuple voit d’un mauvais oeil leur empereur qui joue les artistes car il aime chanter et jouer de la musique, Poppaea meurt en 65 et on accuse Nero de violence conjugale, et de nombreuses révoltes secouent l’Empire (c’est le cas du gouverneur de Gaule lyonnaise, Vindex; du gouverneur d’Hispanie, Galba; et du légat d’Afrique Lucius Clodius Macer; il y a aussi la révolte de Boudica en Bretagne, celle de Judée et l’invasion de l’Arménie par les Parthes). Le Sénat, craignant cette instabilité, choisit de supporter Galba et démet Nero, qui choisi de se donner la mort le 9 juin 68. Avec lui la dynastie des julio-claudiens prend fin et c’est à nouveau la guerre civile. En un an, quatre empereurs se succèdent: Galba, Otho, Vitellius, puis Vespasianus qui offrira enfin un peu de stabilité avec le début de la dynastie des Flaviens… (voir mes monnaies de Titus, Vespasianus et Domitianus)

IMG_8885-8887Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Nero: c’est un assez beau quadrans (G [Good], Ae [bronze], 15 mm, 1.635 g, payé environ $8 le 1985/12/17; die-axis: ↑↘︎) qui nous offre sur l’avers une colonne ou un cippus surmontée d’un casque, et contre laquelle reposent un bouclier et une lance, avec l’inscription NERO CLAV[DIVS] CAE[SAR] AVG[VSTVS] GER[MANICVS]. Sur le revers on retrouve une branche de laurier debout avec l’inscription P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] IMP[ERATOR] P[ATER] P[PATRIAE] et un S[ENATVS] C[ONSVLTO] dans le bas du champ de part et d’autre.

Nero prends les noms de Caesar et de Germanicus à son adoption en 50, puis reçoit la puissance tribunicienne dès 54 (renouvellée annuellement le 13 octobre), les titres de Pontifex maximus et Pater Patriae en 55 ainsi que Imperator à partir de 57. Toutefois aucun de ces titres ne comportent de dates précises sur la pièce. De plus, ce type de quadrans semble avoir été frappé plusieurs années consécutives, chaque fois avec de légères variations dans la nomenclature et la titulature (par exemple CL / CLA / CLAV / CLAVD / CLAVDIVS ou C / CAE / CAES / CAESAR ou le GER / GERM se trouvant soit sur l’avers ou le revers et P M / PON M / PON MAX). Comme l’inscription sur ma pièce n’est pas vraiment lisible, il est donc impossible de savoir précisément laquelle de ces variations s’y retrouve. Le RIC en répertorie plusieurs, certaines sans datation (#93-94), d’autres datés de 63 (#126, 129) ou de 63-64 (#250-51, 253), ou encore 65 (#318) et même dans certains cas (#255, 317) simplement de 62-68 EC. Il précise toutefois que les pièces de bronze avec un S C ont été frappé après 63, alors qu’en 64-65 on frappe presque uniquement des pièces en orichalcum [laiton] (#130-262), pour revenir au bronze en 65 (issue IV, #263-322). “Les quadrantes ont été attribués aux types avec Branche [de laurier], Colonne et Chouette. Cette frappe majeur de Rome, c. 65, comprenait un grand nombre de variétés communes dans toutes les dénominations, et a sans doute fourni le plus grand apport en aes [pièces de bronze] pendant près de deux décennies” (RIC I, p. 141). Il ne mentionne pas de quadrans après cette date. Il serait donc peut-être possible de préciser la datation à 65 EC… Par contre je n’ai trouvé aucune explication sur le symbolisme du cippus (symbole militaire?) ou de la branche de laurier (honneur et victoire?).

Sources: Wikipedia (Nero [FR/EN], Cippus [FR/EN]), Google, Sear RCV (4th Ed.): 694 (p. 177), RIC I pp. 158-169, FAC (Nero, cippus, laurel wreath, branches), ERIC (Nero), ancientcoins, WildWinds, coinproject, CoinArchives, numismatics. Voir aussi ma fiche.

C’est une intéressante pièce (mais en rien comparable à ma fascinante pièce de Quadratus aussi frappée sous Nero) qui demeure toutefois encore empreinte d’incertitude et de questions… Chose intéressante, le manga Pline par Mari Yamazaki se déroule justement durant le règne de Nero…

La semaine prochaine nous reprendrons le fil chronologique des empereurs romains (vu à travers mes monnaies) avec la dynastie des Sévères !

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Monnaies anciennes 27

Les Julio-Claudiens (3)

Claudius (41-54 EC)

Comme je l’ai mentionné dans l’entrée précédente, Caligula (don’t je n’ai malheureusement aucune pièce car c’est un empereur très connu et recherché sans doute à cause du film de Tinto Brass) succède à Tiberius mais n’a régné que trois ans et dix mois. Son règne a bien commencé et il était bien aimé du peuple mais il est rapidement devenu mentalement instable. Il a chaviré en un despote sanguinaire et a été assassiné par sa garde rapprochée le 24 janvier 41. À l’encontre du sénat (qui aurait préféré restaurer la République) l’armée acclame le dernier des Julio-Claudiens, qui était resté dans l’ombre jusqu’alors, Tiberius Claudius Drusus. C’est un empereur que j’ai toujours apprécié (grâce à l’oeuvre de Robert Graves et son adaptation télévisée par la BBC où le rôle de Claudius est magnifiquement interprété par Derek Jacobi — et aussi sans doute à cause de l’homonymie).

Claudius est né à Lugdunum (Lyon) le 1er août 10 AEC. Il est le fils de Drusus (frère de Tiberius, fils de Tiberius Claudius Nero et de Livia Drusilla) et de Antonia (fille de Marcus Antonius et d’Octavia, la soeur d’Augustus). Il est tout l’opposé de son frère aîné Germanicus : il est tellement maladif et faible qu’il boite, a des mouvements de tête incontrôlés et des problèmes d’élocution, au point qu’on le considère dans sa famille comme un débile. Des historiens avaient proposé la poliomyélite ou la maladie de La Tourette comme diagnostique mais de nos jours on crois plutôt qu’il souffrait de paralysie cérébrale (infirmité motrice ou diplégie spastique) suite à un accouchement difficile. Il est néanmoins fort intelligent et studieux. Il grandit probablement dans l’entourage d’Auguste mais ne fera pas de carrière civile ou politique. Il ne sera sénateur pour la première fois qu’à l’âge de quarante-six ans, sous Caligula. Il se consacre plutôt à une carrière d’érudit, écrivant des livres d’histoire (sur le règne d’Augustus, sur les Étrusques, sur Carthage et même une autobiographie — mais aucun de ces ouvrages ne nous est parvenu). 

Si ses contemporains n’ont pas été tendre avec lui (encore une fois, les historiens romains (tel Tacite, Suétone ou Dion Cassius), qui provenaient surtout de la classe sénatoriale, ne donnent que rarement un traitement positif des empereurs qui se sont opposé au Sénat), les historiens modernes, eux, considèrent maintenant que son principat a été très prospère: il est un bon administrateur car il centralise le pouvoir, continue les réformes administratives d’Auguste (notamment dans la fiscalité et la législation), construit de nombreux monuments, poursuit l’expansion de l’empire en annexant des royaumes clients (Judée, Norique, Pamphylie et la Lycie) et conquiert la Bretagne, la Thrace et la Mauritanie. Claudius se marie quatre fois. Ses deux premières épouses (Plautia Urgulanilla et Ælia Pætina) sont sans véritable conséquence. Sa troisième épouse est Messalina, qui lui donne deux enfants (Britannicus et Octavia), mais ses moeurs scandaleuses et son implication dans des complots contre l’empereur l’amènent à être répudiée et exécutés en 48. Sa quatrième épouse est Julia Agrippina (fille de Germanicus et soeur de Caligula) qui convainc Claudius d’adopter son fils d’un précédent mariage (avec Cneius Domitius Ahenobarbus), Néro. Lorsqu’il meurt possiblement d’un empoisonnement le 13 octobre 54, à l’âge de soixante-quatre ans, Britannicus étant trop jeune c’est Nero qui lui succède. Claudius est immédiatement divinisé.

Je n’ai que deux pièces de Claudius qui ne sont malheureusement pas dans un très bon état.

IMG_8881-8883La première pièce est un relativement beau Quadrans (VG [Very Good], Ae [bronze], 16 mm, 2.787 g, payé 5£ à Londres le 1986/02/05, caractérisé par un dépôt vert et une triple égratignure dans le bas droit des deux côtés; die-axis: ↑↓) qui présente en avers l’inscription TI[BERIVS] CLAVDIVS CAESAR AVG[VSTVS] autour, non pas d’un portrait de l’empereur, mais d’un modius (une mesure de blé). Le revers nous offre l’inscription PON[TIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] IMP[ERATOR] CO[N]S[VL] DES[IGNATVS] IT[ERVM] (“Consul élu pour la seconde fois”) autour d’un large S[ENATVS] • C[ONSVLTO] (“avec la permission du Sénat”). Claudius reçoit la plupart de ses titres (Caesar, Augustus, Imperator, Pontifex Maximus, puissance tribunicienne) lors de son accession en 41. Il reçoit toutefois son second consulat en 42 (mais COS DES IT ne semble PAS être l’équivalent de COS II. Quel en est donc la signification?). Toutes les sources datent cette pièce de 41 EC.

Il est à noter que le quadrans est une dénomination monétaire de bronze de l’époque républicaine (une fraction [généralement le quart] de l’as) qui a survécu aux réformes monétaires d’Augustus et qui sera frappé jusque durant le règne d’Antoninus. Les quadrans émis sous le règne de Claudius sont assez connu car il n’en existe que deux types (d’avers): l’un représentant un modius, l’autre une main tenant une balance (RIC I: p. 118). Le modius, l’équivalent du boisseau, est une mesure de capacité pour les matières sèches (8.7 litres/1.9 gal) mais qui était surtout utilisée pour le blé. Comme Rome connait une pénurie de vivre au début du règne de Claudius, ce dernier s’empresse d’améliorer l’approvisionnement de la ville en blé et c’est sans aucun doute cette réforme qui est commémorée par cette pièce. L’approvisionnement en blé était évidemment important puisqu’il permettait la distribution de pain au peuple par l’empereur — une sorte d’assistance sociale pour l’époque et l’un des deux piliers de la paix sociale romaine: le pain et les jeux du cirques [panem et circenses] (Malgré les apparences, cette pièce ne commémore donc PAS une victoire contre une invasion de Daleks ! 🤣)

Sources: Wikipedia (Claudius [FR/EN]), Google; Sear RCV: 540, RIC I: 84, C 70, BMC 179; CoinAarchives, WildWinds, Numismatics, FAC (Claudius, Modius, COS DES IT, quadrans), ERIC (Claudius). Voir aussi ma fiche.

IMG_8876-8878La seconde pièce est un moins beau (ou à la rigueur passable) As (G [good] / Fair, Ae [Bronze], 24 x 26 mm, 5.835 g, payé environ $5, caractérisé par une contremarque en ⊕ sur l’avers; die-axis: ↑↓) qui représente un buste nu de l’empereur à gauche avec l’inscription TI[BERIVS] CLAVDIVS CAESAR AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] IMP[ERATOR] P[ATER] P[ATRIAE] (on note une contremarque sur la tête). Le revers offre une Minerva casquée et drapée, debout à droite, tenant un javelot de la main droite et un bouclier arrondi dans la main gauche, avec un S[ENATVS] • C[ONSVLTO] dans le bas du champs de part et d’autre. Il n’y a aucune autre inscription. La représentation d’une “Minerve combattante (…) symbolise bien le règne de Claudius le soldat-érudit.” (RIC I: p. 119). On date ces pièces (de façon bien imprécise il faut le dire) selon la présence ou pas du titre de “Père de la Patrie” (que Claudius a reçu en 42) dans la titulature. Les pièces qui ne comportent pas le P.P. dateraient de 41-50 (comme dans RIC I: 100; ou parfois 41-42 selon d’autres sources). Les pièces où le P.P. apparait dateraient de 50-54 (comme dans RIC I: 116). Dans le cas de ma pièce, cette partie de l’inscription n’est pas vraiment lisible mais la position de l’inscription (le CAESAR par exemple) par rapport à la tête m’incline à penser que l’inscription inclus le P.P. et donc que la pièce date de 50-54 EC.

La présence d’une contremarque rends cette pièce intéressante. Une contremarque est une marque poinçonnée sur une pièce après qu’elle ait été mise en circulation pour indiquer soit un changement de valeurs, soit une mise hors-circulation, une remise en circulation ou encore pour des raisons de propagande. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un cercle divisé en quatre quartiers (⊕, quartered circle en anglais et aussi appelé “sun cross”). Je n’ai cependant trouvé aucun exemple de contremarque similaire. Il pourrait s’agir d’une marque postérieure à l’Empire Romain (possiblement au Moyen-Âge?)…

Sources: Wikipedia (Claudius [FR/EN], countermark, Minerve), Google, Sear RCV: 539, RIC I: 100 / 116; CoinArchives, numismatics, acsearch, acsearch, coinproject, ARC, Wildwinds, Wildwinds (text, image), CoinTalk, CoinTalk, FAC (Minerva, countermark), Museum of countermarks. Voir aussi ma fiche. 

Bibliographie:

Si il est relativement aisé d’attribuer une pièce de monnaie à un empereur précis, il est beaucoup plus difficile d’obtenir une datation exacte. Il faut que la pièce soit en suffisamment bon état pour pouvoir lire l’inscription et que celle-ci contienne une titulature datable. Dans tout les cas, ces pièces de monnaie nous fournissent des éléments pour mieux comprendre la société romaine et son histoire. 

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Monnaies anciennes 26

Les Julio-Claudiens (2)

Tiberius (14-37)

Je n’ai pas de pièce de Tiberius proprement dite mais j’ai une pièce grecque impériale que je crois avoir été frappée sous son règne… (Quoique, après vérification, je n’en suis plus si sûr. C’est le problème avec l’identification des pièces anciennes: parfois on ne pourra jamais obtenir une identification et une datation avec certitude. Je vous parle tout de même de Tiberius…)

Tiberius Claudius Nero est né le 16 novembre 42 AEC au sein d’une vieille famille patricienne (la gens Claudia). Il porte le même nom que son père (qui a été questeur et pontif sous César, ainsi que préteur sous le triumvirat) mais sa mère, Livia Drusilla, se remarie peu de temps après sa naissance (en 39 AEC) avec l’empereur Auguste. Il poursuit une carrière militaire selon le cursus honorum (tribun en 25, questeur en 23, préteur en 16, consul en 13, tribun de la plèbe en 6 AEC) et est adopté par Auguste en 4 EC. Lorsque ce dernier meurt, le 19 août 14 EC, il lui succède, à la demande du sénat et après quelques hésitations, le 18 septembre de la même année. Son règne est plutôt paisible: il maintient les frontières et fait une bonne gestion de l’empire. Toutefois, il est considéré par ses contemporains comme un tyran, probablement à cause de tout les complots qui l’ont entouré et parce que durant ses dernières années de règne (31 à 37), possiblement souffrant de paranoïa, il s’est renfermé dans sa villa de Capri.  Il meurt vraisemblablement de maladie le 16 mars 37 et, après que ses deux successeurs désignés (son neveu Germanicus et son fils Drusus II) soient mort dans des circonstances douteuses, il doit se rabattre sur le fils de Germanicus comme successeur, Caius Julius Cæsar Germanicus surnommé Caligula.

La pièce que je vous présente cette semaine est une monnaie romaine provinciale, qu’on appelle généralement grecques impériales. Comme je l’ai déjà expliqué dans le cas de ma magnifique pièce de Quadratus, les pièces grecques impériales se divisent en deux types. Il peut s’agir d’une monnaie frappée dans une province ou une colonie romaine mais qui conserve la dénomination impériale, la titulature et le portrait de l’empereur. Elles peuvent également être des pièces municipales (dites “quasi-autonome”), frappées par des cités grecques qui ont obtenu une permission spéciale de l’empereur. Ces dernières sont généralement en bronze et conservent des attributs locaux: dénominations locales (comme chalques ou oboles), inscriptions en grecs et, à la place de l’empereur, les avers représentent des divinités grecques (tels Zeus, Artemis ou Apollon) et les types de revers offrent une plus grande variété de sujets. Elles ont été émise en grande quantité à partir du premier siècle et pendant une partie considérable du deuxième siècle. Certaines des pièces les plus anciennes sont datées selon l’ère actienne, mais la plupart portent des dates de l’ère césarienne (WROTH, p. lix). 

IMG_8873-8874Ma pièce appartient au second groupe et est une petite dénomination en bronze (AE15) dans un assez bon état (VG/G [very good/good], Ae [bronze], 15 mm, 3.199 g, payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisé par un dépôt verdâtre; die-axis: ↑↑). L’avers représente une tête laurée d’Apollon, à gauche, avec une inscription qui est illisible. Le revers illustre une lyre (ou possiblement une kithara) avec une inscription illisible dans le champs gauche (trois ou quatre caractères), un 𝜞 sur le dessus et un 𝜪 dans le champs droit. 

En procédant par comparaison, j’ai trouvé que ce type semble surtout prévalent à Antioche (province de Syrie, Seleucis et Pieria) — mais il n’y est cependant pas exclusif puisqu’on le retrouve dans d’autres cités comme Megara (selon HEAD, p. 329, mais il s’agit de pièces en argent datant du IIIe siècle AEC; il en recense également à Thera, Myrina, Mytilene, etc.). L’inscription de l’avers serait soit ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ (Antiocheon / “[émis] par le peuple d’Antioche”) ou ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕⲰϹ (Antiocheon Metropoleus / “[émis] par le peuple de la cité d’Antioche”). L’inscription sur le revers serait ETO ou ETOY (abréviation de ETOYΣ (έτος) / “année”), le 𝜞 serait une marque d’officine (la troisième officine, celles-ci étant numérotées A, B et C) et le 𝜪 daterait la pièce de 21/22 EC (𝜪 = 70; 70 + -48/49 [début de l’ère Césarienne] = 21/22) soit la neuvième année du règne de Tiberius. Toutefois la plupart des exemples de ce genre de pièces (tant dans les références en ligne [Wildwinds, RPC] que bibliographiques [HEAD, p. 657 ou WROTH. p. 163-64]) sont plus tardives, avec des datations comme “ZOP” (177 = 128/29), sous Hadrien. Ce pourrait-il que les premiers et derniers caractères de la date aient été effacé ne laissant que le “O” de visible? Cela ne semble pas le cas. Et si j’ai vu des pièces similaires (Artemis / Lyre; cf. SEAR #5189 et WROTH, p. 161) datant du règne de Néron (𝝙I𝝦 = 114 = 96 EC), je n’ai trouvé aucun exemple de pièce datant de l’époque de Tibère. Malgré tout, si ce n’est pas une certitude, je continue à croire que ma pièce date de cette époque. C’est peut-être une pièce rare?

Une pièce intéressante qui nous fait bien découvrir que l’histoire et la numismatique sont loin d’être des sciences exactes…

Sources: Wikipedia (Tibère / Tiberius, Roman provincial currency), Google, FAC (Greek imperial coins, BMCGC III, shining Apollo, Greek imperial, Aera Caesariana, “Coin evidence concerning the Caesarean and Actian Eras”), Wildwinds (Antioch, example [text]), Classic coin collector, Lyre on coins, vcoins, CoinProject, eBay, CoinArchives, RPC (group, example). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

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Brigitte Bardot

BrigitteBardot-cov“Aux quatre coins du monde, dès que l’on évoque le Brigitte Bardot, jaillissent les images de l’icône intemporelle du cinéma français. Beaucoup connaissent aussi son engagement farouche pour la cause animale. Mais qui elle est vraiment? Qui se souvient de son combat douloureux pour l’indépendance de l’Algérie? Qui devine sa fragilité derrière ses amours tumultueuses? Qui comprend son attachement à la France d’en bas et d’avant? La collection “Les Étoiles de l’Histoire” propose un regard inédit et empreint d’humour sur les légendes du Cinéma.”

“BB est une légende. Plus qu’un sex-symbol, Brigitte Bardot aura servi de modèle pour Marianne et incarné la France aux yeux du monde entier. Collectionnant les films comme les amants, l’amour et le désespoir, de Roger Vadim à Gainsbourg, elle incarne l’idéal féminin et la liberté sexuelle nouvelle de toute une époque.”

“En évitant la caricature, Bernard Swysen et Christian Paty manient l’humour à hauteur humaine pour décrire la femme derrière la légende. Ils se consacrent ainsi autant à sa carrière artistique qu’à son engagement pour la cause animale.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 47

Après Chaplin et Monroe, la collection “Les Étoiles de l’Histoire” s’attaque à Brigitte Bardot. L’album s’ouvre sur un avant-propos de Ginette Vincendeau et une préface de Mylène Demongeot pour se conclure avec une filmographie, une discographie, un note sur la Fondation Bardot et une dédicace de la star. Au centre on retrouve six parties: “Une étoile est née; où BB fera ses premiers pas en chaussons” (12 p.) nous raconte sont enfance et son intérêt pour la dance, “Le destin en marche, où BB découvrira le cinéma” (14 p.) nous raconte le début de sa carrière cinématographique, “La naissance d’un mythe, où BB deviendra blonde” (50 p.) nous raconte ses succès de Et Dieu… créa la femme (Roger Vadim, 1956) à L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise (Nina Companez, 1973), “Une nouvelle vie, où BB pourra enfin se consacrer à la cause animale” (32 p.) nous raconte les hauts et les bas de la Fondation BB, “Les liaisons dangereuses, où BB écornera son propre mythe” (8 p.) raconte comment elle s’acoquine avec la droite et ses démêlés judiciaires puis tout se termine dans “Toutes les bêtes sont à aimer, où BB continuera à sa battre pour les animaux” (4 p.).

Une BD sur BB. Cette biographie en images nous présente le style typique de la bande dessinée franco-belge (la ligne claire). Le dessin a une allure réaliste mais avec des visages légèrement caricaturés. C’est drôle et agréable. J’aime donc beaucoup le dessin et le récit biographique est intéressant. On en apprend beaucoup sur BB. Toutefois j’ai été un peu agacé par l’aspect panégyrique du récit qui clairement s’est donné pour objectif de défendre BB face à ses nombreuses critiques (il faut l’avouer sans doute souvent injustifiées), rétablir son image et faire la promotion de sa fondation. C’est tout de même intéressant à lire si vous vous intéressez à la biographie de cette star qui fut tout à la fois détestée et adulée.

Les Étoiles de l’Histoire t.3: Brigitte Bardot, par Bernard Swysen (scénario) et Christian Paty (dessin). Marcinelle: Dupuis (Coll. “Les étoiles de l’Histoire”), mai 2020. 136 pages (120 pl.), 21.8 x 30 cm, 22,00 € / $38.95 Can., ISBN 979-1-0347-4913-3. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© Dupuis, 2020.

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Tokyo, amour et libertés

TokyoAmourEtLibertés-covUne histoire d’amour dans le Tokyo d’avant-guerre. Tokyo, 1926. Shinjuku est connu pour son quartier des plaisirs, Hanazono. Ishin, journaliste pour une revue érotique y rencontre Aki, une jeune métisse qui exerce le métier de modèle artistique. Dans une société aux mœurs libérées, leur relation sera pourtant empreinte d’une grande innocence. Cependant, l’ombre de la guerre vient menacer leur idylle…

S’inspirant de l’histoire de ses aïeuls, Kan Takahama nous livre un beau récit où s’entremêlent un érotisme subtil et une sensibilité que nous lui connaissons déjà grâce au Dernier Envol du papillon.

[Texte du site de l’éditeur]

Au quartier des plaisirs de Shinjuku, creuset de liberté où s’épanouit la contre-culture du Japon de l’entre-deux-guerres, Ishin, écrivain érotique en goguette, fait la rencontre d’Aki, une jeune métisse modèle pour des cours de dessin qui va bouleverser sa vie de bohème insouciante.

À travers cette tendre histoire d’amour, Kan TAKAHAMA dresse un portrait criant de vérité du Tokyo des années folles, une ère éphémère de libération et d’exubérance en marge de la militarisation du pays.

[Texte de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Tokyo, amour et libertés (四谷区花園町 / Yotsuya-ku Hanazonochô / lit. “Arrondissement de Yotsuya, quartier de Hanazono”) est un manga josei par Kan TAKAHAMA publié au Japon chez Takeshobo en novembre 2013. La version française est parue en septembre 2017 chez Glénat.

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Le récit débute en novembre 1926 (an 15 de l’ère Taisho) et nous offre les péripéties de Yoshimune “Ishin” Miyake, chroniqueur des quartiers de plaisirs et auteur de romans frivoles, et de Eijiro Aoki, éditeur du magazine “La porte de la sexualité”, qui tentent tant bien que mal de survivre malgré la répression et la censure de l’époque (si l’entre-deux-guerre débute avec une libéralisation de la société, l’ère Showa s’ouvre sur une crise financière qui, en réaction, mènera vers un gouvernement militariste et impérialiste). Le récit se déroule, comme le titre japonais du manga l’indique, dans le quartier des plaisirs de Hanazono de l’arrondissement Yotsuya. Aujourd’hui, le Golden-gai de Hanazono (lit. “quartier doré du jardin fleuri”) fait partie du Shinjuku Golden-gai, un quartier de bars légendaire pour sa vie nocturne et situé entre le quartier des divertissements de Kabukicho et le magnifique sanctuaire de Hanazono. Il est formée de six ruelles étroites dont trois portent le nom de Hanazono (la première [あ か る い 花園 一番 街], la troisième [あ か る い 花園 三 番 街] et la cinquième [あ か る い 花園 五 番 街] rues). C’était autrefois un quartier “red-light” mais, après l’interdiction de la prostitution en 1958, il est resté dédié au divertissement. 

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Lors d’un cours de dessin, Eijiro et Ishin font la rencontre de Aki Tominaga, une jeune métisse nippo-espagnole de Bornéo qui sert de modèle nue. Ishin la revoie plus tard et en tombe amoureux. Lorsque Aki est arrêté lors d’une descente de police dans l’atelier de dessin et est accusé de soutien à un mouvement socialiste, Ishin se résout à demander à son oncle — qui est surintendant général de la police ! — de la faire libérer. Toutefois, celui-ci lui apprend que ses deux frères sont mort de la tuberculose et qu’il doit rentrer aussitôt à Kumamoto car il est maintenant le chef de famille. Aki le retrace et le rejoint mais comme il est d’une bonne famille il ne peut pas l’épouser. Lorsque la guerre éclate et qu’il est mobilisé en 1942, Aki s’occupe de sa mère, qui fini par l’accepter. Le reste de l’histoire nous est raconté par leur petite-fille. Ishin n’est pas revenu vivant de la guerre mais Aki était enceinte… et a vécu jusqu’à quatre-vingt-quinze ans. 

Dans la postface, Kan Takahama nous révèle qu’elle s’est un peu inspiré de son grand-oncle (frère ainé de sa grand-mère) Hidesaburo Tominaga pour le personnage de Eijiro — il était véritablement un éditeur de magazines. Ishin, lui, est un peu inspiré par son grand-père, qui s’appelait vraiment Yoshimune Miyake et qui, s’il n’était pas écrivain érotique, était un personnage fascinant qui est mort jeune, laissant sa grand-mère veuve. Leur amour a du être fort car elle ne s’est jamais remarié. C’est la découverte du journal de son grand-père qui l’a amené à créer cette histoire fictive. Ce genre d’histoire d’amour, avec beaucoup de nudité et de sexualité, constitue un thème qui lui semble cher car elle y revient fréquemment: d’abord avec Le Dernier envol du papillon (蝶のみちゆき / Chō no michiyuki) l’année suivante, puis avec la série La lanterne de Nyx (ニュクスの角灯 / Nyukusu no kakutō) et même, quatre ans plus tard, avec l’adaptation du roman de Marguerite Duras, L’amant (que j’ai déjà commenté).

Tokyo, amour et libertés nous offre de très beau dessins. Malgré des expressions faciales parfois drôle, le style est assez réaliste et utilise beaucoup de trames fines pour produire une grande variété de dégradés de gris. Chose amusante, la partie contemporaine du récit (à la toute fin) est réalisé au crayonné, sans doute pour marquer la différence d’époque. Si le récit est empreint d’érotisme, c’est aussi une belle histoire d’amour sur un fonds d’histoire japonaise. Le récit est un peu lent à démarrer mais nous offre en bout du compte une lecture agréable et intéressante, qui nous fait découvrir une période fascinante de l’historie nippone. C’est donc un très bon manga que je recommande chaudement, surtout aux amateurs de mangas historiques et aux fans de Kan Takahama.

Tokyo, amour et libertés par Kan Takahama (Traduction par Yohan Leclerc). Grenoble: Glénat (Coll. Seinen Manga), septembre 2017. 164 pages (158 pl.), , 14.5 x 21 cm, 10,75 € / $20.95 Can., ISBN 978-2-344-02261-0. Pour lectorat adolescent (16+). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© Kan TAKAHAMA, 2013. © Glénat, 2017 pour l’édition française.

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Monnaies anciennes 25

Les Julio-Claudiens (1)

J’avais sauté par-dessus la dynastie des Julio-Claudiens (d’Auguste à Néron) parce que j’ai très peu de pièces de monnaies de cette époque et qu’elles ne sont pas en très bon état (évidemment c’est la dynastie la plus fameuse alors elles sont plus en demande et donc plus chère) mais j’avais promis d’y revenir plus tard. Et bien, voici le moment…

Octavius-Augustus (27 AEC – 14 EC)

Caius Octavius est né le 23 septembre 63 AEC dans une famille aristocratique de l’ordre équestre qui avait fait sa fortune dans la finance à Velitrae. Mais ce n’est qu’avec son père que la famille des Octavii entre dans l’ordre sénatorial lorsqu’il devient le premier à obtenir une charge publique (questeur, puis préteur en 61 et gouverneur de Macédoine) devenant ainsi un homo novus. Par sa mère, qui était la nièce de Jules César, Octave appartient également à la famille des Iulii puisqu’il était le petit-neveu de César. Sous l’égide de ce dernier, Octave, malgré sa santé fragile, fait l’apprentissage de la vie civique et militaire notamment en Hispanie et à Apollonia d’Illyrie. Lorsque César est assassiné aux ides de mars 44 AEC, son testament fait d’Octave son héritier et fils adoptif. Il prends alors le nom de Caius Julius Caesar Octavianus (Octavien). Toutefois, il est beaucoup trop jeune (il a à peine vingt ans) et inexpérimenté pour espérer prendre le pouvoir. Il lui faudra dix-sept ans d’influences, d’alliances faites et défaites (le second triumvirat), de conflits (avec le sénat ou Marc Antoine), de guerres civiles (contre les Républicains, contre les alliés de Marc Antoine, contre Pompée, contre Marc Antoine) et même de guerres frontalières (contre les Parthes ou en Illyrie) pour y parvenir. 

Après la bataille d’Actium (en septembre 31) et le suicide de Marc Antoine et Cléopâtre (en août 30), Octavianus restaure la république (car il a toujours besoin du support du sénat) et partage le consulat avec Agrippa (en 28 et en 27). Il entreprend de faire le ménage parmi les sénateurs qu’il juge indique de la position et, en plus des titres de Imperator et Caesar Divi Filius (“fils du divin César” — César avait été divinisé en 42) qu’il avait déjà reçu en 30, le sénat lui décerne en 27 AEC les titres de Augustus (“le plus illustre”) et de Princeps (“le premier entre tous”). Il est dorénavant connu sous le nom d’Augustus. Dès lors, son règne est considéré non pas comme une dictature (comme pour Jules César) mais comme un Principat. Il enlève subtilement ses pouvoirs au Sénat mais ce n’est qu’en 23 AEC, alors qu’il obtient la puissance tribunitienne (potestas tribunicia), que l’on peut considérer qu’il a le pouvoir suprême. Il entreprends de profondes réformes politiques, sociales, administratives, et financières, fait construire de nombreux monuments, réorganise l’armée, agrandie (en Afrique, en Orient et en Germanie) et consolide (en Rhétie et Illyrie) les frontières afin d’établir la Pax Romana et de faire du monde romain un véritable empire. Il s’est lui même chargé d’énumérer ses accomplissements dans les Res gestae Divi Augusti (“Actes du divin Auguste”). Il meurt de maladie (quoi que sa troisième épouse, Livia Drusilla, est soupçonnée de l’avoir empoisonné) le 19 août 14 EC et son fils adoptif Tiberius (fils de Livia d’un premier marriage) lui succède. Ce dernier le fera immédiatement déifier. 

J’ai trois pièces de monnaies d’Auguste dans ma collection.

IMG_8868-8871Cet assez bel as d’Auguste (G [good], Ae [bronze], 24 x 25 mm, 10.669 g, payé environ $10 le 1985/11/18; Die-axis: ↑↑) nous offre sur l’avers la tête nue de l’empereur à droite avec l’inscription CAESAR. Le revers ne présente que l’inscription AVGVSTVS dans une couronne de lauriers. Selon Sutherland (RIC I) cette pièce aurait possiblement été frappée à Éphèse vers (ou à partir de) 25 AEC. D’autres sources sont plus vagues et parlent d’officines en Asie Mineure (Éphèse? Pergame?) avec une datation entre 27 et 23 AEC. Elle pourrait avoir été émise pour commémorer des événements locaux (comme la réorganisation des frontières orientales, mais celle-ci s’est déroulée surtout vers 22-20) ou, plus simplement (de par le symbolisme de la corona laureata), les victoires (Actium en 30) et nombreux honneurs (Augustus & Princeps en 27, pouvoir tribunicien en 23) qu’Auguste a reçu. Malheureusement, on ne peut pas être plus précis. Sources: Wikipedia, RIC I: 486, CoinArchives, numismatics, vcoins, FAC (Coronae); Sutherland, C.H.V. “The symbolism of the early aes coinages under Augustus” in Revue Numismatique, Année 1965, #7, pp. 94-109. Voir aussi ma fiche.

IMG_8545-8546Ce très bel as impératorial d’Auguste (F [Fine], Ae [Bronze], 26 mm, 9.942 g, acheté à Paris le 1986/02/07 pour 80 FF [± $16]; Die-axis: ↑↘︎) présente sur l’avers la tête nue de l’empereur à droite avec l’inscription TRIBVNIC[IA] POTEST[AS] • CAESAR AVGVSTVS. Le revers n’offre qu’un large S[ENATVS] • C[ONSVLTO] (“avec la permission du Sénat”) entouré de l’inscription L SVRDINVS III VIR AAA FF. Comme je l’ai déjà expliqué avec les pièces républicaines, à cette époque les pièces étaient encore frappées au nom du (ou des) magistrat monnayeur, qui était appelé triumviri monetales (abrégé III VIR) car ils étaient au nombre de trois. Leur titre était tres viri aere argento auro flando feriundo (abrégé III VIR AAAFF), ce qui signifiait “les trois hommes [chargés de] la préparation et la frappe des pièces de bronze, d’argent et d’or”. Dans ce cas-ci, il s’agit du triumvirat monétaire composé de CN F Piso, C Plotinus Rufus et de Lucius Neavius Surdinus. Sur ce dernier, nous savons seulement qu’il a été consul suffectus en 30, triumvir monetalis en 15 et préteur c. 10 (car une inscription commémore le fait qu’il ait fait refaire le pavé du forum). Cette pièce date définitivement d’après 23 AEC (date où Augustus a reçu la puissance tribunitienne) mais la date où a officié Surdinus varie selon les sources: on la place entre 23 et 9 AEC — Karl Pink la situe en 20 et le RIC en 15 AEC. Les sources récentes semblent toutefois tous s’entendre sur cette dernière date. Sources: Wikipedia, RIC I: 386, Cohen 473, CoinArchives, Numismatics, Numismatics, AncientCoins, acsearch, catawiki, vcoins, Wildwinds, FAC (Augustus, III VIR A A A F F);  Pannekeet, C. The moneyers issues under Augustus; Pink, Karl. The Triumviri Monetales and the structure of the coinage of the Roman Republic. (Numismatic Studies #7). NY, American Numismatic Society, 1952 (page 46). Voir aussi ma fiche.

IMG_8547-8548Ce très beau dupondius (F [Fine], Orichalcum [laiton], 27 mm, 13.222 g, payé $20 et caractérisé par un dépôt brunâtre dans le champs et une grosse cavité sur l’avers, dans le cou; die-axis: ↑↓ or 180º) est une pièce commémorative d’Augustus frappée sous Tiberius, son fils adoptif et successeur. L’avers présente une tête radiée de l’empereur, à gauche, avec l’inscription DIVVS AVGVSTVS PATER (“Divin Auguste, Père [de la Patrie]”). Sur le revers on retrouve simplement un large S[ENATVS] • C[ONSVLTO] (“avec la permission du Sénat”) dans une couronne de chêne. Sutherland (RIC I) date cette pièce entre 22/23 et 26 EC mais cette datation m’amène deux questions: pourquoi émettre un pièce commémorative aussi longtemps après la mort et la déification d’Auguste? et Comment Sutherland justifie cette datation? Je n’ai pas trouvé de réponse à la première question mais, pour la seconde, Sutherland explique dans un article que les experts se sont basé sur la comparaison entre la qualité de la frappe, le style du design des pièces commémoratives (notamment la conception de l’oeil de l’empereur et même la direction de l’axe de frappe [die-axis]) et les pièces de Tibère qui sont, elles, datées. Laffranchi les voit comparables aux émissions de dupondii avec des “Pietas”, “Iustitia” et “Salus”, datées de 23 EC environ alors que Sutherland s’entend avec Sydenham pour les trouver similaires aux pièces datées TR POT XXIIII, soit de 22-23 EC. Sources: Wikipedia, RIC I (Tibère): 79, CoinArchives, numismatics, Wildwinds, FAC (Pater, Divus Augustus Pater, Quercea Corona, die axis); Sutherland, C. H. V. “Divus Augustus Pater: A Study in the aes coinage of Tiberius” in The Numismatic Chronicle and Journal of the Royal Numismatic Society Sixth Series, Vol. 1, No. 3/4 (1941), pp. 97-116. Voir aussi ma fiche.

Aussi intéressantes qu’elles soient, ce sont des pièces bien sobres pour représenter ce personnage plutôt extraordinaire qui fut le premier de tous les empereurs romains… La semaine prochaine je vous propose une pièce grecque impériale (frappe provinciale) qui représente non pas l’empereur mais une divinité grecque et qui aurait été frappé sous Tiberius !

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Monnaies anciennes 24

Les Royaumes Environnants 2

Empire Kouchan

Un peu plus à l’est de l’Empire Parthe (dont j’ai parlé la semaine dernière), se trouve un autre royaume avec lequel l’Empire romain a eut des relations commerciales et diplomatiques : l’Empire Kouchan — dont j’ai quelques pièces de monnaies. Les origines du peuple Kouchan remontent à une tribu indo-européenne Yuezhi (月氏), les Guishuang (貴霜, dont le nom occidentalisé deviendra “Kouchan”), qui vivait dans le bassin du Tarim (l’actuelle province chinoise de Xinjiang) avant d’être déplacé vers l’ouest au IIe siècle AEC — dans le grand jeu de boules des populations humaines — par les Xiongnu. Ils s’installèrent en Bactriane, déplaçant à leur tour vers le sud-est les populations du royaume hellénistique Gréco-Bactriens. Ils unifièrent d’abord sous leur bannière les cinq tribus Yuezhi, puis agrandirent leur territoire vers l’ouest en repoussant les tribus indo-scythes et conquérant le royaume indo-parthe, puis au sud dans la région de Gandhara (Indou Kush). À son apogée, au IIe siècle EC, l’Empire Kouchan s’étendra de la mer Caspienne à la vallée du Gange, et de la mer d’Aral jusqu’à l’embouchure de l’Indus, couvrant les actuels Afghanistan,  Pakistan et le nord de l’Inde. Vers le milieu du IIIe siècle, il sera absorbé par l’Empire perse des Sassanides au nord-ouest et par l’Empire Gupta au sud-est. Au IVe siècle, les derniers vestiges de l’Empire Kouchan formeront le Royaume kidarite.

L’Empire Kouchan était riche tant culturellement que économiquement. En plus de leur culture Tokharienne, ils ont intégré les cultures hellénistiques, indiennes et, dans une certaine mesure, persanes. Pour écrire ils utilisaient à la fois une version légèrement modifiée de l’alphabet grec ainsi que l’alphabet gāndhārī. Comme religion ils ont adopté l’hindouisme (particulièrement le culte de Shiva) et le bouddhisme. Le Gandhara était aussi un centre artistique où florissait l’art gréco-bouddhique. Finalement, l’Empire Kouchan était une plaque tournante de la Route de la soie, qui reliait l’Empire Romain à l’Empire Han. Il reprenait la route terrestre aux limites de  l’Empire Parthe mais aussi faisait la jonction avec la route maritime de l’océan Indien à travers la vallée de l’Indus. Ce commerce a fait grandement prospéré leurs trois grandes capitales administratives: Purushapura (Peshawar), Kapisa (Bagram) et Mathura. Les Kouchans ont aussi entretenu des relations diplomatiques tant avec les romains (les sources romaines mentionnent la visite d’une ambassade de Bactriane sous Trajan et Antonin le Pieux) que les Han (les sources chinoises, comme l’Encyclopédie Guanzi ou le Hou Hanshu, les mentionnent fréquemment).

Qui dit échanges commerciaux dit aussi échanges monétaires, et l’Empire Kouchan a produit une grande quantité de monnaie, surtout en or et en cuivre, avec très peu de pièces en argent. Les pièces de cuivre semblent avoir été frappé dans les ateliers des trois capitales régionales: Begram en Bactriane (où l’on retrouve le plus grosses pièces, faisant entre 12 et 16 g), Peshawar dans le Gandhara (8-10 g) et Mathura dans le nord de l’Inde (4 g). Je vous présente donc trois pièces kouchanes de ma collection. À noter que la chronologie des règnes est parfois controversés et change selon les sources.

Kadphises II (90-100 EC)

Ma première pièce est un beau tetradrachme (VG [very good], Cu [cuivre] / Ae [bronze] ?, 26 mm, 16.0403 g) typique du règne de Vima Kadphisès. L’avers représente le roi debout de face, la tête tournée à gauche, richement vêtu (portant un diadème avec de longs rubans, un grand bonnet, une tunique ouverte au genou et un pantalon bouffant), sacrifiant de la main droite devant un autel enflammé et la main gauche sur la hanche (tenant un sceptre? Le manteau? Sur le pommeau d’une épée?); dans le champs de chaque côté on retrouve un trident-hache à gauche et, à droite, une massue et un tamga (monogramme dynastique). L’inscription en grec bactrien (difficilement lisible) serait ΒΑϹΙΛΕΥϹ BACIΛEWN CWTHP MEΓAC ΟΟΗΜΟ ΚΑΔΦΙϹΗϹ (Basileus Basileuon Soter Megas Ooemo Kadphises / “Roi des rois Vima Kadphises le grand sauveur”). Le revers illustre Shiva (Oesho ?) drapé, debout de face et tenant un trident de la main droite, le bras gauche reposant sur la bosse du taureau Nandi derrière lui, à droite. Dans le champs, à gauche, il y a le symbole bouddhiste du Triratna ou un symbole Nandipada. L’inscription en scripte gāndhārī (illisible ici) reprendrait plus ou moins la titulature de l’avers: MAHARAJASA RAJADIRAJASA SARVALOGA ISVARASA MAHISVARASA VIMA KATHPHISASA TRADARA (Le grand roi, roi des rois, seigneur du monde, le Mahisvara (seigneur de la terre), Vima Kathphisa, le défenseur). Selon le poids de la pièce, elle aurait été frappé à Begram. C’est une intéressante pièce bilingue. Références: Wikipedia (FR/EN), Gardner #12-14 (pp.126-27), FAC.  Voir aussi ma fiche.

Vima Kadphisès (aussi appelé Kadphisès II ou Οοημο Καδφισης en grec bactrien) était le petit-fils de Kujula Kadphisès (30-80), le fils de Vima Takto (80-90) et le père de Kanishka (100/120-140/150). Il a mis en place une réforme monétaire basée sur le bimétallisme or / bronze (quoique, compte tenu de la couleur des pièces, le bronze devait contenir un très fort pourcentage de cuivre). Les pièces de bronze ont été frappées par millions et, comme les pièces d’or romaines et kouchanes ont le même poids (8 g), la très grande quantité de pièces d’or romaines résultant du commerce lucratif avec l’Occident était probablement fondue et refrappée à l’effigie du roi Kouchan. 

Huvishka (140/50-180/190 EC)

Cet assez beau tetradrachme (G [good], Cu [cuivre] / Ae [bronze] ?, 22 x 23 mm, 8.076 g, aux bords rognés possiblement pour se conformer à une réforme monétaire ultérieure) est une pièce de Huvishka. L’avers représente le roi (auréolé?) assis sur un éléphant à droite, tenant un ankuśa (aiguillon d’éléphant) et un sceptre avec l’inscription en grec bactrien (ici illisible) þAO þAONANO OOþKO KOþANO (Shao shaonano Ooishki Koshano / “Roi des rois, Huvishka le Kushan”). Le revers illustre Shiva (Oesho) nu, debout de face, avec seulement deux bras, tenant un trident (ou une lance?) dans la main droite et un autre object dans la gauche (selon les sources ce serait un flacon ou un vase (ou gourdin) avec une peau de lion (ou de cerf) — on retrouve un type similaire sur une pièce d’or de Vima Kadphisès en très bonne condition [troisième et quatrième illustrations]). Dans le champs on retrouve un tamgha (monogramme dynastique) à gauche et un symbol Nandipada à droite avec l’inscription en grec bactrien OKþO (Oesho). Considérant son poids, cette pièce aurait possiblement été frappé dans les ateliers du Gandhara.  Références: Wikipedia (FR/EN), Gardner #160 (p. 155), vcoins, vcoins, vcoins, FAC, CoinIndia, CoinArchives, A rough guide to Kushan history: The Devaluation of Huvishka’s Coinage [illustration de l’avers]. Voir aussi ma fiche.

Cet assez beau tetradrachme (G [good], Cu [cuivre] / Ae [bronze] ?, 22 x 25 mm, 16.023 g, aux bords rognés possiblement pour se conformer à une réforme monétaire ultérieure) est une autre pièce de Huvishka (illustré ici dans une intéressante posture — cette position, dites “du prince”, se retrouve plus tard dans l’art Indo-Oriental). L’avers représente le roi à demi-allongé sur un canapé ou un trône, le corps entier auréolé, la jambe gauche pendante, avec l’inscription en grec bactrien (ici illisible) þAO þAONANO OOþKO KOþANO (Shao shaonano Ooishki Koshano / “Roi des rois, Huvishka le Kushan”). Le revers illustre la divinité lunaire Mao, debout à gauche, avec des croissants lunaires sur les épaules, tenant la main droite en bénédiction et tenant le pommeau de son épée avec la main gauche. Dans le champs on retrouve à gauche un tamgha (monogramme dynastique) et à droite l’inscription en grec bactrien MAO. Considérant le poids de la pièce, elle aurait été frappé à Begram.  Références: Wikipedia (FR/EN), Gardner #176 (p. 157), vcoins, vcoins, vcoins, CoinIndia, A rough guide to Kushan history: The Devaluation of Huvishka’s Coinage [illustration du type]. Voir aussi ma fiche.

Huvishka (Οοηϸκι / “Ooishki” en grec Bactrien) était le fils et le successeur de Kanishka (lui même fils de Vima Kadphisès), qui par ses conquêtes contribua à l’expansion de l’Empire Kouchan. Son règne fut relativement paisible, consistant surtout en une période de consolidation qui formera l’âge d’or de l’Empire. Il vénérait le culte de Shiva mais aurait aussi adopté le bouddhisme mahāyāna. C’est sous son règne que l’on a frappé la plus grande quantité de pièces d’or (presqu’autant que tout les autres monarques combinés) avec une grande variété de types. Toutefois, pour les pièces de bronze, on retrouve que trois types d’avers (le roi assis sur un éléphant, ou allongé sur un canapé (ou trône), ou assis les jambes croisées sur un coussin) conjugés avec une dizaine de types de revers illustrant une divinité debout (Ardoksha, Athsho, Herakles, Mao, Miiro [Mithra], Nana, Oedo, Oesho [Shiva] et Pharro), flanquée d’un symbole dynastique à gauche et du nom de la divinité à droite. On constate également le début d’une influence persane puisque le titre de roi n’est plus ΒΑΣΙΛΕΥΣ (basileus en grec) mais þAO (shah).

Ces pièces nous ouvrent une porte sur tout un autre monde, une riche civilisation. Je dois toutefois avouer que cet aparté sur les royaumes environnants de l’Empire Romain a été particulièrement difficile à rechercher et à écrire. La semaine prochaine, je continue dans ma zone de confort avec un retour sur la dynastie des Julio-Claudiens.

Sources: Wikipedia [Empire Kushan (FR/EN), peuple Kushan, art Kushan (FR/EN), Kushan coinage, Vima Kadphises (FR/EN), Huvishka (FR/EN)],  Google, vcoins, coinweek, CoinArchives, FAC, FAC, Coin Galleries: Huvishka, Coin Galleries: Vima Kadphises, Columbia, Coins of Kushana dynasties (Google: Indian Coins & History), The Crowns on Kanishka’s Bronze Coins, Kushan History, Beast Coins, Encyclopaedia Iranica (Kushan dynasty, Coinage, Huviska), A rough guide to Kushan history, Met Museum of Art.

Bibliographie:

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Les Frères Karamazov

FreresKaramazovIwashita-covL’exubérant et avide Fiodor Karamazov a été assassiné. La disparition de ce chef plonge le reste de la famille dans un combat de coq. Quel sens donner à l’existence de Dieu ? A ce qui est admissible ou pardonnable ? Et qui est l’assassin ? Les Frères Karamazov, l’un des piliers de l’oeuvre de Dostoïevski, est superbement adapté dans un manga au trait puissant.

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

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Les Frères Karamazov (カラマーゾフの兄弟 / Karamazov no Kyödai) est l’adaptation en manga du chef d’oeuvre littéraire de Dostoïevski publié en japonais par Kôdansha en juin 2018 (reprenant l’édition de novembre 2010 par Nihon Bungeisha) et traduite en français dans la collection Kuro Savoir de Kurokawa. Celle-ci offre un concept très similaire à la collection Soleil Classique qui traduisait des adaptations de classiques de la littérature publié dans la collection manga de dokuha (まんがで読破) de l’éditeur japonais East Press — dont j’ai déjà parlé. De la même façon, la collection Kuro Savoir traduit en français des titres de la série Manga Academic Bunko (まんが学術文庫) de Kôdansha. La qualité tant des adaptations que du dessin semble meilleurs que ce que produit East Press (ce qui expliquerait peut-être la disparition de la collection Classique de Soleil). Au Japon, Les Frères Karamazov a déjà connu deux autres adaptations en manga: l’une par Yumi OKIKAWA (chez Gentosha Comics) en 2010 et l’autre dans la collection manga de dokuha en 2008.

Je n’ai pas lu l’oeuvre de Dostoïevski car j’ai toujours trouvé que la littérature russe me donnait des migraines. C’est une oeuvre compliquée mais il semble que l’adaptation de Hiromi Iwashita en résume bien les grandes lignes. Fiodor Karamazov est un noble parvenu, avide et débauché qui ne s’entend guère avec ses trois fils: Mitia (un ancien militaire, indépendant et avide, qui courtise la même femme que son père), Ivan (un athée imperturbable et sarcastique) et Aliocha (un moine novice d’une nature naïve et généreuse) — et l’on découvre au cours du récit qu’il y a un quatrième fils, illégitime. Ils représentent les archétypes russes et sont tous torturés par des problèmes d’argent, de coeurs, de conscience ou de jalousie… Lorsque le père est assassiné ils s’accuseront les uns les autres. Le récit développe de nombreuses intrigues et histoires parallèles, tout en explorant des questions philosophiques et existentiels sur l’existence de Dieu, le libre arbitre, et la moralité.

Le récit est complexe et parfois un peu difficile à suivre mais demeure fort intéressant. Le dessin, sans être extrêmement sophistiqué, est clair et précis. C’est une bonne lecture, intéressante et tout de même divertissante. Toutefois, le principal intérêt de ce genre d’ouvrage est de rendre plus accessible une littérature et des concepts qui ne retiendraient jamais l’attention des jeunes lecteurs s’ils n’étaient pas présenté sous une forme plus appétissante et plaisante, comme celle d’un manga. Et Les Frères Karamazov rempli bien cet objectif en nous offrant une agréable introduction à ce classique Russe.

Les Frères Karamazov par Fiodor Dostoïevski et Hiromi Iwashita. Paris: Kurokawa (Coll. Kuro Savoir), janvier 2020. 320 pages, 12.8 x 18.2 cm, 6,80 € / $12.95 Can., ISBN 978-2-368-52877-8. Pour lectorat adolescent (14+). stars-3-0

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Les fleurs de la mer Égée, vol. 1

FleursMerEgee-1-covDeux jeunes filles en marge de leur époque embarquent pour le voyage d’une vie ! 

À Ferrare, dans l’Italie du XVe siècle, Lisa ne rêve que de voyager à travers le monde. Alors que les jeunes filles de son âge cherchent un mari et ne pensent qu’à la romance, elle est passionnée par les objets exotiques. Un jour, elle rencontre Olha, une jeune fille de Qirim (Crimée actuelle), qui cherche à se rendre sur l’île de Crète pour y retrouver sa petite soeur. Lisa, bien déterminée à lui venir en aide, se met en tête d’embarquer avec elle. Un voyage plein d’aventures et de découvertes commence alors pour les deux jeunes filles ! 

Une grande découverte culturelle aux dessins somptueux ! Préparez-vous à une aventure inoubliable avec Les Fleurs de la Mer Égée ! Deux héroïnes pétillantes vont traverser le bassin méditerranéen en découvrant ses richesses et son histoire. Lisa, une jeune fille en quête de voyage et Olha qui recherche désespérément sa petite sœur, vont vous faire découvrir des lieux et des cultures d’une richesse incomparable. 

Chaque page regorge d’informations sur l’art, la gastronomie ou encore les coutumes du XVe siècle. Les dessins d’Akame Hinoshita sont de toute beauté et retranscrivent à merveille les splendeurs des villes comme Venise ou encore Split. Lisa et Olha, par leur fraicheur et leur curiosité nous font penser bien évidemment à une autre de nos héroïnes : Arte ! Elles portent le récit sur leurs épaules et on s’émerveille à chaque page avec elles. Les Fleurs de la Mer Égée va vous transporter dans une époque passionnante de l’histoire à travers le regard de deux héroïnes attachantes que vous aller adorer !

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

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Les fleurs de la mer Égée (エーゲ海を渡る花たち / Aege-kai wo Wataru Hana-tachi / Lit. “Fleurs traversant la mer Égée”) a été serialisé dans Comic Meteor et publié en volumes chez Softbank – Flex Comic en 2018. C’est une série complète en trois volumes qui ont été traduit en français chez Komikku Éditions.

Un autre manga historique que j’ai pris au hasard parce que cela me semblait intéressant. L’histoire n’est pas toujours vraisemblable (elle est chanceuse la demoiselle de pouvoir voyager comme ça) mais suffisamment bien écrite pour garder l’attention du lecteur. L’auteur a effectué beaucoup de recherches et présente beaucoup d’information historiques et géographiques qui malheureusement alourdissent parfois un peu le récit. Le début de la renaissance est une période fascinante et, en cet aspect, ce manga me rappel un peu Césare mais avec beaucoup moins d’action. Étrangement, c’est considéré comme un manga seinen alors que j’aurais plutôt crû que c’était un shojo… Le dessin est agréable à l’oeil et bien détaillé, avec parfois une petite touche d’humour lorsque les personnages ont des expressions rigolotes.

C’est intéressant, informatif et cela se lit bien. Une bonne lecture pour passer le temps.

Les fleurs de la mer Égée, vol. 1 par Akame Hinoshita. Paris: Komikku Éditions, février 2020. 170 pg (168 pl.), , 13 x 18 cm, 8,50 € / $15.95 Can., ISBN 978-2-372-87491-5. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

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© Akame Hinoshita 2019. © Komikku Éditions 2020 pour la version française.

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