Monnaies anciennes 67

Les Constantiniens (5)

Constantius II (324-361) (1)

Flavius Julius Constantius (généralement appelé Constantius II ou Constance II en français) est né à Sirmium le 7 août 317. Il est le troisième fils de l’empereur Constantinus (le second avec sa deuxième épouse, Fausta). Il reçoit une éducation auprès de précepteurs chrétiens et est fait César dès l’âge de sept ans, le 8 novembre 324. Dès 332, son père l’associe plus étroitement au pouvoir en l’envoyant en Gaule pour protéger la frontière rhénane mais, la santé déclinante de Constantinus ne lui permettant plus de faire campagne, il le rappelle en 335 pour l’envoyer plutôt en Syrie où les Perses Sassanides ont envahit l’Arménie. Par le temps qu’il arrive les Perses ont également repris la Mésopotamie, dont la ville clé d’Amida. Après quelques défaites initiales, le général Perses est tué et les troupes de Constantius reprennent la ville dont ils consolident les fortifications. Un accord de paix est conclu en 336. Il installe ses quartiers à Antioche mais, au début de 337, Constantius doit se rendre précipitamment à Constantinople pour être au chevet de son père qui est mourant. Après sa mort, le 22 mai 337, il organise de somptueux obsèques en juin et le fait enterrer dans l’église des Saints-Apôtres à Constantinople. Pour consolider leur pouvoir, les trois fils de Constantinus font assassiner leurs deux oncles et six cousins (mais trois seront épargné: Gallus, Julianus et Nepotianus). Ils se proclament alors Augustes et se rencontrent à Viminacium en Mésie le 9 septembre pour se partager l’Empire: Constantinus II prends le contrôle l’Occident (Bretagne, Gaules, Hispanie, Maurétanie), Constans (sous la tutelle de son aîné) devient responsable de l’Italie, l’Afrique du Nord, l’Illyricum, la Pannonie ainsi que la Macédoine, et Constantius II prends l’Orient (la Thrace, l’Asie Mineure, la Syrie, l’Égypte et le Cyrénaïque).

À la nouvelle de la mort de Constantinus, les Perses attaquent à nouveau et Constantius II est constamment occupé à les contenir. Pendant ce temps, ses deux frères se querellent pour le contrôle de leurs territoires résultant en la mort de Constantinus II en avril 340. L’Empire redevient donc une dyarchie mais sa stabilité reste menacée par une dispute entre les co-empereurs au sujet du contrôle du siège épiscopale d’Alexandrie et de l’hérésie arienne (pour laquelle Constantius II a des sympathie et qui questionne la nature de la Trinité, à savoir si la substance du Christ est différente de Dieu ou de la même essence). Toutefois, pour éviter de trop diviser l’Empire, Constantius II se montre conciliant en 346 et l’harmonie règne à nouveau entre les co-empereurs. Ils sont de toute façon bien trop occupé à défendre leurs frontières respectives. Constans doit affronter les Francs sur le Rhin en 342, puis les Sarmates et les Vandales sur le Danube. Constantius II continue à résister à la pression des Sassanides jusqu’à ce que ceux-ci, après treize ans de guerre sans véritable gains, se retirent à l’été 350 alors qu’ils doivent défendre leur propre frontière orientale contre des attaques de tribus nomades kidarites. À suivre la semaine prochaine…

J’ai six pièces de monnaie de Constantius II mais cette semaine je vais ne vous en présenter qu’une seule.

IMG_1301-1309Cette pièce est un beau follis réduit / nummus (VG [Very Good], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 17 x 16 mm, 1.983 g, payé environ $8 le 1985/12/17, caractérisée par une patine brunâtre; die-axis: ↑↙︎). L’avers représente un buste de l’empereur portant un diadème de perles, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] CONSTAN-TIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS] (“Notre Seigneur Constantius, Pieux Heureux Auguste”). Le revers illustre l’empereur debout à gauche, casqué et cuirassé, tenant un globe dans la main droite et une lance (spiculum) renversée dans la gauche, avec l’inscription latine  SPES REI-PVBLIC[A]E (“l’Espoir de la République”), un [?]SIRM en exergue (marque de l’atelier de Sirmium [SIRM] précédée d’une marque d’officine illisible, mais les seules possibilités sont “A” ou “B”) et un S (ou un S frappé d’un trait?) dans le champs gauche (marque de séquence?).

D’après le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, p. 390), cette pièce aurait été frappée par l’atelier de Sirmium vers 355-361 EC.

Sources: Wikipedia (Constantius II [FR/EN]), FAC (Constantius II, Sirmium, Spes, Spes Republicae, spiculum), ERIC (Constantius II); RIC v. VIII, Sirmium: 86; Sear RCV (1983): 3911; Online Réf.: Google, ac, acsearch, acsearch, CoinArchives, eBay, FAC, KevinCoins, Numismatics, Numista, Picckick, vcoins, WildWinds (image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous continuons notre survol du règne de Constantius II.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 66

Les Constantiniens (4)

Constans (333-350) (2)

Flavius Julius Constans (généralement appelé Constant 1er) ayant vaincu son frère Constantinus II en 340, contrôle maintenant toute la partie occidentale de l’empire alors que son frère Constantius II règne sur la partie orientale. Ce partage du pouvoir se fera sans trop de difficultés, chacun des co-empereurs étant occupé à maintenir l’intégrité de ses frontières: contre les tribus germaniques à l’Ouest et contre les Perses Sassanides en Orient. En 348, Constans célébrera à Rome le onzième centenaire de la cité avec des jeux séculaires. Le principal point de dissension sera au niveau des politiques religieuses divergentes des deux empereurs. 

Constans s’élève en grand défenseur du christianisme orthodoxe et s’en tient au credo établit lors du concile de Nicée en 325. Ainsi il lutte tout autant contre les pratiques païennes (en interdisant les sacrifices, la magie et en faisant fermer des temples) que contre les schismes chrétiens que sont le donatisme et l’arianisme. Il supportera les nicéens où qu’ils soient, même en Orient, où son frère Constantius II favorise l’arianisme. Ils s’opposent sur la nomination de l’évêque d’Alexandrie, Athanase, au cours de divers conciles (Tyr en 335, Antioche en 341) mais il est éventuellement rétablit dans ses fonctions avec le soutiens du pape Jules Ier au concile de Sardique en 342. Finalement, en 346, les deux frères s’entendent sur une politique de non-intervention de l’un sur le territoire de l’autre.

Malheureusement, l’administration de Constans n’est pas très efficace car sa bureaucratie est lourde et corrompue. Et, comme il doit accroître le fardeau fiscal de la population, il n’est pas très populaire. D’autant plus qu’il est accusé d’être cruel, débauché et homosexuel — il aurait fait un édit punissant de mort “l’homme qui épouse un homme comme s’il était une femme” [cum vir nubit in feminam viris porrecturam] mais cela n’était peut-être que pour faire taire les rumeurs à son sujet… Il n’est donc pas surprenant que son entourage (le ministre des finances Marcellinus et des officiers militaires) complote contre lui. Ayant perdu le support des légions, les troupes basées à Augustodunum (Autun) acclament empereur le général Flavius Magnentius en janvier 350. À cette nouvelle, Constans fuit vers l’Espagne mais il est rattrapé à Castrum Helenae (Elne) dans les Pyrénées et assassiné le 27 février 350. Il n’avait que trente ans et son règne n’aura durée qu’une douzaine d’année. Quand à Magnentius, qui s’est adjoint comme César Magnus Decentius (possiblement son frère), il ne règne que trois ans. À la nouvelle de la mort de Constans, Constantius II abandonne le front Perse pour marcher sur l’usurpateur. Après une première confrontation à Mursa en septembre 351, il le défait à Mons Seleucus en juillet 353 et il se donnera la mort à Lugdunum (Lyon) le 11 août 353. Par la suite, Constantius II règnera seul sur l’empire pendant huit ans…

Mes deux autres pièces de monnaie de Constans nous offrent sur le revers un type avec deux victoires et l’intriguante inscription VICTORIAE DD AVGG Q NN…

IMG_1238-1239La première pièce est un assez beau follis réduit / nummus (G [Good], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 13 x 15 mm, 1.574 g, payé environ $6 le 1985/06/16, dont le flan a une importante rognure sur le quart supérieur droit de l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers représente un buste de l’empereur portant un diadème à rosettes, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANS P[IVS] F[FELIX] AVG[VSTVS] (“Constans, Auguste Pieux et Heureux”). Le revers illustre deux Victoires ailées debout face à face, portant chacune une couronne et une palme, avec l’inscription latine VICTORIAE DD[OMINORVM] AVGG[VSTI] Q[VE] NN[OSTRORVM] (les doubles “D”, “G” et “N” dénotent un pluriel et impliquent DVORVM (deux); “[Dédié] aux victoires de nos deux Seigneurs et Augustes”), avec un TRS• en exergue (marque de la deuxième officine [S=Secundus] de l’atelier de Treveris [TR]) et une branche de palmier dressée (épis?) dans le champs, au centre (marque de séquence?).

D’après le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, pp. 130-134, 152), cette pièce aurait été frappée par la seconde officine de l’atelier de Treveris (Trèves) vers 347-348 EC.

IMG_1247-1251La seconde pièce est un follis réduit / nummus de qualité passable (Fr [Fair], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 13 mm, 1.530 g, payé environ $6 le 1985/06/16, caractérisé par un fort dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers représente probablement un buste (tête plus grosse?) de l’empereur portant un diadème à rosettes (?), (drapé et cuirassé ?) à droite, avec l’inscription latine CONSTAN-S P[IVS] F[FELIX] AVG[VSTVS] (“Constans, Auguste Pieux et Heureux”). Le revers illustre deux Victoires ailées debout face à face, portant chacune une couronne et une palme, avec l’inscription latine VICTORIAE DD[OMINORVM] AVGG[VSTI] Q[VE] NN[OSTRORVM] (“[Dédié] aux victoires de nos deux Seigneurs et Augustes”). Malheureusement les détails de l’exergue et du champs demeurent illisibles… Toutefois, comme toutes mes pièces de cet empereurs proviennent du même lot et que la plupart ont été frappé à Trèves, j’aurais tendance à croire que c’est le cas aussi pour cette pièce… Néanmoins pas moins de sept ateliers ont frappé ce type à la même époque: Aquileia (AQP), Arles (PARL), Lyon (PLG), Rome (RP, R•P), Siscia (ASIS), Thessalonica (SMTSA) et Trèves (TRP).

D’après le RIC (op. cit., pp. 130-134, 151-152), cette pièce aurait possiblement été frappée par l’atelier de Treveris (Trèves) vers 347-348 EC. Si statistiquement il y a plus de chance que ce soit une pièce de Constans, j’admet cependant que cela pourrait tout aussi bien être une pièce de Constantius II…

Sources: Wikipedia (Constans [FR/EN]), FAC (Constans, palm, Victoria, VICTORIAE DD NN AVGG, wreath), ERIC (Constans); RIC v. VIII, Trier: 209; online ref. pièce 1: Google, numismatics, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (pièce 1, pièce 2).

Ce type de revers avec deux Victoires ne semble pas célébrer une victoire militaire spécifique et récente. Il ne fait, sans doute, que rappeler les victoires antérieures de Constans contre Constantin II et contre les tribus germaniques. Dans un contexte plus large, il commémore possiblement aussi le quinzième anniversaire du règne de Constans et le onzième centenaire de la ville éternelle. Aussi, en invoquant les victoires des deux Augustes, il rappelle la bonne entente entre les co-empereurs. C’est somme toute une autre version de la propagande rassurante de l’Empire.

La semaine prochaine nous abordons le règne du quatrième et dernier fils de Constantinus, Constantius II.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 65

Les Constantiniens (4)

Constans (333-350) (1)

Flavius Julius Constans (généralement appelé Constant 1er) est né vers 320. Il était le troisième et plus jeune fils de l’empereur Constantinus le Grand et de Fausta, sa deuxième épouse. Il est élevé à Constantinople où il reçoit une éducation latine et chrétienne sous la supervision du poète Aemilius Magnus Arborius. En décembre 333, avec ses frères Constantinus II et Constantius II, il est fait César par son père et reçoit le titre de nobilissimus caesar (“très noble césar”) — probablement pour coïncider avec les célébrations du millénaire de Byzance. En 335, pour assurer sa succession dynastique, Constantinus associe ses fils au pouvoir impérial et leur adjoint deux nouveaux césars: ses neveux Flavius Dalmatius et Flavius Hannibalianus. À la mort de Constantinus, en mai 337, ses trois fils ne perdent pas de temps à éliminer la concurrence potentielle (leurs oncles et cousins) et sont acclamé Augustes par les troupes et le sénat en septembre. Après s’être concerté à Viminacium en 338, ils se partagent alors l’Empire: Constantinus II prends l’Occident (Britannia, Gaules, Hispania), Constans reçoit le centre (l’Italie, l’Afrique du Nord, l’Illyricum et la Thrace) et Constantius II l’Orient (Asie Mineure, Moyen-Orient, Égypte). Toutefois, Constantinus II était jaloux du territoire qu’avait reçu son frère cadet Constans (qui était sous sa tutelle) et il considérait qu’en tant que l’aîné des trois frères il méritait plus. Il envahit donc l’Italie en 340 mais se retrouve encerclé à Aquilée, une erreur qui lui sera littéralement fatale. Constans se saisit donc de son territoire et contrôle alors tout l’Occident. Pendant dix ans, il se partage l’empire avec Constantius II sans trop de difficultés et se concentrera surtout à maintenir la paix aux frontières: il repousse une invasion Sarmates en 337, mène une campagne militaire contre les Francs en 341-42 et se rends même en Bretagne en 343 probablement pour y contenir les Pictes et les Scots. À suivre la semaine prochaine, où nous traiterons de la fin de son règne…

J’ai quatre pièces de monnaie de Constans et cette semaine je vous en présente deux.

IMG_1226-1232La première de ces pièces est un très beau follis réduit / nummus (F / VG [Fine / Very Good], AE3/4, AE / BI [Bronze / Billon], 14 x 15 mm, 1.533 g, payé environ $6 le 1985/06/16, le revers était couvert de concrétions résineuse et a exceptionnellement nécessité un curetage et un nettoyage à la gomme; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur portant un diadème à rosettes, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANS P[IVS] F[FELIX] AVG[VSTVS] (“Constans, Auguste Pieux et Heureux”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants un étendard (vexillum) inscrit d’un “M”, avec l’inscription latine GLORI-A EXER-CITVS (“à la gloire de l’armée”) et un TRP suivi d’un croissant en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Augusta Treverorum [TR]; le croissant serait une marque de séquence).

D’après le RIC (Kent, J.P.C., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, pp. 126-127, 145), cette pièce aurait été frappée par la première officine de l’atelier de Treveris (Trèves) en 340 EC. L’étendard portant un “M” (dont la signification n’est pas clair; une marque de séquence? Une division de légion?) semble être présent surtout dans les frappes de l’atelier de Trèves (quoiqu’il apparait également à Arles et Siscia). Si l’exergue est difficilement lisible je suis pas mal sûr qu’il s’agit de la marque de Trèves. L’autre aspect qui est un peu incertain est le type de diadème (perle ou rosette?) illustré sur le portrait de l’Empereur. La fréquence de cette pièce serait plutôt commune.

IMG_1254-1256La deuxième des pièces est un exemplaire tout à fait médiocre d’un follis réduit / nummus (VP [Very Poor], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 11 mm, 0.945 g, payé environ $6 ! le 1985/06/16; le flan est entièrement corrodé ce qui fait qu’il n’y a rien de lisible; die-axis: ?). Il me semble distinguer plusieurs lignes parallèle sur le revers ce qu’il me laisse croire qu’il s’agirait, comme la pièce précédente, d’un type de Gloria Exercitus avec deux soldats entourant un vexillum. Et comme toute ces pièces faisaient partie d’un même lot qui apparemment ne contenait que des pièces de Constans frappée à Trèves, j’aurais tendance à croire que c’est le cas aussi pour cette pièce…

Sources: Wikipedia (Constans [FR/EN]), FAC (Constans, Gloria Exercitus, military ensigns, spiculum, vexillum), ERIC (Constans); RIC v. VIII, Trier: 111; online ref. pièce 1: acsearch, acsearch, chijanofuji, CoinTalk, CtGc,  Google, numisbids, numismatics, vcoins, WildWinds (RIC 111: text1, image1; text2, image2; RIC 112: text, image). Voir aussi ma fiche.

Ces pièces ont été frappé à Treveris, capitale du la préfecture prétorienne des Gaules (Praefectus Praetorio Galliarium), après que Constans en ait pris le contrôle suite à la mort de son frère Constantinus II. Elles célèbrent la gloire des troupes (celles qui lui ont permis de vaincre son frère mais aussi celle de son frère qui sont maintenant sous sa juridiction) afin de s’en assurer la fidélité.

Il semble que les pièces du bas-empire me sont de plus en plus de difficiles à identifier avec exactitude car elles sont en moins bon état de conservation. Est-ce parce qu’elles ont circulé plus longtemps? Ou parce que la qualité de la frappe était moins bonne? Ou simplement parce que j’ai eu moins de chance avec l’acquisition de ces lots là? Je ne saurais dire…

Quoi qu’il en soit, la semaine prochaine je vous présente deux autres pièces de Constans, cette fois-ci avec une inscription de revers que je n’avais jamais rencontré jusqu’à maintenant et qui, au début, m’a laissé un peu perplexe.

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Monnaies anciennes 64

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (5)

Nous concluons le survol des pièces de monnaie de  Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II — vous trouverez sa notice biographique dans la première entrée sur cet empereur) avec, cette fois, trois spécimens d’un type de revers représentant deux soldats entourant des étendards avec l’inscription Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”). Ces pièces sont très similaires dans leurs portraits et dans leurs inscriptions mais ont été frappé par des ateliers différents.

IMG_1209-1217La première pièce est un assez beau follis réduit / nummus (G [Good], AE3, AE / BI [Bronze / Billon], 17 mm, 2 g, patine brun foncé avec trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du césar lauré (ou diadèmé?), drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine  CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLOR-IA EXERC-ITVS (“à la gloire de l’armée”) et un SMH? ou SMN? en exergue (marque d’une officine incertaine [B = Beta? S = Zeta?] soit de l’atelier de Heraclea [Sacra Moneta Heraklea] ou de Nicomedia [Sacra Moneta Nicomedia] — quoi que pour ma part cela m’apparait être plus un SMNS, soit la sixième officine de Nicomedia, car la barre du “N” m’apparait bien diagonale [voir la comparaison ci-bas] et qu’il n’y avait pas d’officine “S” à Heraclea pour ce type).

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 539-40, 594, 598 & pp. 557, 633), cette pièce aurait été frappée par la sixième officine de l’atelier de Nicomédie en 330-335 EC. Ce serait une pièce rare (r2 = sept à dix pièces connues à l’époque de la rédaction du répertoire).

IMG_1190-1197La seconde pièce est un très beau follis réduit / nummus (F [Fine], AE3, AE / BI [Bronze / Billon], 17.5 mm, 2.795 g, payé environ $5, patine grisâtre et vert foncé; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du césar lauré et cuirassé à droite avec l’inscription latine  CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLOR-IA EXERC-ITVS (“à la gloire de l’armée”) et un SMKS en exergue (marque de la sixième officine [S = Zeta] de l’atelier de Cyzicus [Sacra Moneta Kyzici]; le point serait une marque de séquence).

Selon le RIC (op. cit., pp. 639-642, 656), cette pièce aurait été frappée par la sixième officine de l’atelier de Cyzique en 332-333 ou 335 EC (les  sources en ligne plus récentes donnent une tranche plus large en la datant de 330 à 335). Ce serait une pièce rare (r3 = quatre à six pièces connues à l’époque de la rédaction du répertoire).

IMG_1179-1182La troisième pièce est un beau follis réduit / nummus (VG [Very Good], AE3-4, AE / BI [Bronze / Billon], 16 x 14 mm, 2 g, payé environ $6 le 1987/07/16, patine verte; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste du césar lauré (ou diadèmé?), drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLORI-A EXER-CITVS (“à la gloire de l’armée”) et un * SLG en exergue (marque de la seconde officine [S = Secvndus] de l’atelier de Lugdunum [LG]; l’étoile serait une marque de séquence).

Selon le RIC (op. cit., p. 121, 139), cette pièce aurait été frappée par la seconde officine de l’atelier de Lugdunum (Lyon) en 333-334 EC (quoi que les  sources en ligne plus récentes donnent une tranche plus large en la datant de 330 à 335). Ce serait une pièce rare (r3 = quatre à six pièces connues à l’époque de la rédaction du répertoire).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN], vexillum [FR/EN]), FAC (Constantinus II, Gloria Exercitus, military ensigns, spiculum, vexillum), ERIC (Constantinus II); RIC v. VII, Nicomedia: 189; Cyzicus: 97; Lugdunum: 263; online ref. pièce 1: Google, numismatics (Heraclea, Nicomedia), vcoins, WildWinds (Hereclea: text, image; Nicomedia: text, image);  online ref. pièce 2: Google, acsearch, catawiki, numismatics, WildWinds (text, image S, image Γ, image Δ, image E);  online ref. pièce 3: Google, acsearch, coinsha, MA-shops, numismatics, WildWinds (text, image), yorkcoins. Voir aussi mes fiches (Nicomedia, Cyzicus, Lugdunum).

Comme je l’ai mentionné précédemment, la fidélité des armées était cruciale pour maintenir la stabilité de l’Empire et la propagande impériale utilisait des pièces de monnaie comme ce type de revers représentant deux soldats entourant des étendards avec l’inscription Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”) pour “flatter” l’égo des troupes et ainsi s’assurer qu’elles étaient satisfaite de leur condition afin qu’elles ne cherchent pas à renverser le pouvoir établit. Je conclus avec ce tableau récapitulatif de mes pièces de Constantinus II:

Recap-ConstinusIunior

La semaine prochaine nous nous attaquons au règne de Flavius Julius Constans, un autre fils du Grand Constantinus, dont j’ai trois pièces et que je traiterai probablement en deux parties (il est également possible que cette chronique “saute” une ou deux semaines pour que je me consacre à faire du rattrapage dans mes commentaires de lecture… On verra…).

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Monnaies anciennes 63

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (4)

Nous continuons le survol de mes pièces de monnaie de Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II) — vous trouverez la notice biographique de Constantinus II dans la première entrée sur cet empereur.  Cette semaine, je vous présente trois spécimens du type de revers Providentiae Caesarum avec une place forte. Malgré la similitude du type ces pièces sont assez distinctes puisqu’elles ont été frappé dans trois ateliers différents: le portrait de l’empereur n’est pas le même pour la première pièce et il y a des variations dans l’illustration de la place forte (le nombre de tourelles, de niveaux, la présence d’étoile ou de point, etc.).

IMG_1158-1169La première pièce est un assez beau follis / nummus réduit (AE3, AE [Bronze], 17 mm, 2.9 g, patine gris foncé avec égratignures; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du jeune césar lauré et drapé à gauche, portant un globe et un sceptre dans la main droite, et une mappa dans la main gauche, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] FL[AVIVS] CL[AVDIVS] CONSTANTINVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Notre Seigneur Flavius Claudius Constantinus, Très Noble César”). Le revers illustre une place forte constituée de cinq niveaux, avec une ouverture sans porte (haute de deux niveaux et demi), surmontée de trois tourelles, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” dénotant un pluriel, “la Providence [ou prévoyance] des Césars”), un SMHE en exergue (marque de la cinquième officine [Epsilon = 5] de l’atelier d’Héraclée [SMH = Sacra Moneta Heraklea]) et deux points (:) superposés dans le champs gauche (marque de séquence?).

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 535, 546), cette pièce aurait été frappée par la cinquième officine de l’atelier d’Héraclée en 318-320 EC. Ce serait une pièce rare (r4 = deux à trois pièces connues).

IMG_1138-1141La deuxième pièce est un très beau  follis / nummus réduit (AE3, AE [Bronze], 18 x 19 mm, 3.387 g, payé environ $5, une incrustation beige/rougeâtre rend la lecture difficile; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à gauche, avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre une place forte constituée de neuf à onze niveaux (dix?), avec une ouverture sans porte (haute de cinq niveaux), surmontée de deux tourelles entourant une étoile, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” dénotant un pluriel, “la Providence [ou prévoyance] des Césars”) et un SMANTΔ en exergue (marque de la quatrième officine [Delta = 4] de l’atelier de Antioche [SMANT = Sacra Moneta ANTioch]).

Selon le RIC (op. cit., p. 688), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Antioche en 325-326 EC. Ce serait une pièce rare (r2 = sept à dix pièces connues).

IMG_1149-1153La troisième pièce est un beau follis / nummus réduit (AE3, AE [Bronze], 18 x 19 mm, 3.022 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine vert foncé avec des dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à gauche, avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantin le Jeune, Très Noble César”). Le revers illustre une place forte constituée d’un nombre inconnu de niveaux (impossible de les distinguer), avec une ouverture sans porte, surmontée de deux tourelles entourant une étoile, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” dénotant un pluriel, “la Providence [ou prévoyance] des Césars”) et un SMTSΔ en exergue (marque de la quatrième officine [Delta = 4] de l’atelier de Thessalonique [SMTS = Sacra Moneta TheSsalonica]).

Selon le RIC (op. cit., p. 519), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Thessalonique en 326-328 EC. Ce serait une pièce plutôt commune (c3 = plus de quarante et une pièces connues).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), FAC (Constantinus II, Antioch, camp gates, Heraclea, mappa, Providentia, scepter, Thessalonica), ERIC (Constantinus II); RIC vol. VII Heraclea #37, Antioch #65, Thessalonica #157; online ref. pièce 1: CoinArchives (MHTE, ), ConstantineTheGreatCoins (image), WildWinds (text, image); online ref. pièce 2: acsearch, acsearch, CoinArchives, NumisBids, Numismatics, vcoins, WildWinds (text, image); online ref. pièce 3: CoinArchives, numismatics, WildWinds (text1, image1; text2, image2). Voir aussi mes fiches (Heraclea, Antioche, Thessalonique).

Comme je l’ai expliqué précédemment, le type de revers représentant une place forte (“camp gate”) avec l’inscription Providentia(e) est utilisé par la propagande impériale pour rassurer le peuple en exprimant l’idée qu’il n’y a rien à craindre d’une possible invasion barbare car l’empereur et ses césars sont vigilants et que les frontières sont bien gardées. Ces “places fortes” ne représentent pas toujours nécessairement les portes d’un camp romain mais aussi parfois une tour de guet, une forteresse ou même la porte d’entrée d’une ville (FAC). Les deux ou trois tourelles représentées seraient en fait des signaux lumineux utilisant une sorte de brasero où l’on allume un feu pour signaler l’approche d’un ennemi. L’étoile au milieu de deux tourelles pourrait donc représenter trois tourelles dont celle du milieu est allumée. 

La semaine prochaine nous concluons le survol des pièces de monnaie de Constantinus II avec, cette fois, trois spécimens d’un type de revers représentant deux soldats entourant des étendards avec l’inscription Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 62

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (3)

Nous continuons le survol de mes pièces de monnaie de Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II) — vous trouverez la notice biographique de Constantinus II dans la première entrée sur cet empereur.  Cette semaine, je vous présente deux autres spécimens du type “Votis” dans une couronne, cette fois-ci il s’agit d’un Votis Decennalibus (VOT X). Comme la semaine dernière, ce sont des pièces très similaires (follis réduit [AE3]) avec le même type de revers et les même inscriptions mais dans ce cas-ci elles se distinguent un peu plus en deux façon: l’une des pièces présente un portrait vers la gauche et elles ont toutes deux été frappées par des ateliers différents, à des dates différentes. 

IMG_1096-1102La première pièce, un peu moins bien conservée (F [Fine]), est peu plus oblongue (17 x 19 mm, 3.023 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). Son avers offre une tête du césar lauré à droite avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (Constantinus le Jeune, très noble césar). Le revers illustrent un VOT[IS] • X (Votis Decennalibus), sur deux lignes séparées d’un point, inscrit au centre d’une couronne de laurier (ornée sur le dessus d’une boucle faite d’un cercle avec un point au milieu), avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le dixième [anniversaire de règne] de Nos Césars”), et un BSIS suivie d’un pictogramme représentant une percée / levé  de soleil (sunburst / rising sun) en exergue (marque de la seconde officine [B = Bêta] de l’atelier de Siscia [SIS] — le pictogramme constitue probablement une marque de séquence).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 446), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Siscia en 321-324 EC.

IMG_1111-1115La seconde pièce est plus ronde mais elle est très très belle (VF [Very Fine], 18 mm, 2.987 g, payé environ $7, patine avec dépôt verdâtre; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à gauche, suivie de la même nomenclature que la première pièce. Le revers illustre aussi une couronne inscrite d’un VOT[IS] • X avec la même inscription mais cette fois avec un TSBVI en exergue (marque de la deuxième officine [B = Bêta] de l’atelier de Thessalonique [TS] — le chiffre romain “VI” serait possiblement une marque de séquence ou une datation qui fait référence au sixième Consulat de Constantinus en 320 [et qui ne reçoit son septième consulat qu’en 326]).

 D’après le RIC (op.cit., p. 513), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Thessalonique en 324 EC.

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), FAC (Constantinus II,Caesarvm Nostrorvm,laurel wreath, Siscia, vota, wreath), ERIC (Constantinus II); RIC v. 7: Siscia #182Thessalonica # 128; Online réf. pour la pièce 1: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, numismatics, r5coins, vcoins, WildWinds (text, image); Online réf. pour la pièce 2: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, numismatics, r5coins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (Siscia, Thessalonica).

Bibliographie:

J’ai deux observations sur cette paire de follis réduit. Premièrement, ces pièces présentent des Votis Decennalibus (voeux pour le dixième anniversaire de règne) alors que Constantinus II n’était césar en 321 que depuis cinq ans! Comme je l’ai déjà mentionné, ces voeux font originalement référence à une coutume de vœux publics pour le bien être de l’empereur, accompagnés de sacrifices et exprimés lors d’anniversaires importants. Ils étaient soit faits ou entrepris au début de la période décennale (suscepta) soit accomplis à la fin de la période (soluta). Il était donc fréquent de voir ces souhaits anticipés pour une période beaucoup plus longue que celle accomplie. Dans ce cas-ci, dès que le Votis quinquennalibus (VOT. V) est accompli, on s’empresse de faire des voeux pour la santé des jeunes césars, en anticipation, pour les cinq années à venir, soit des Votis Decennalibus (VOT. X).

“Les mots suscepta et soluta qu’on rencontre souvent à la suite du mot decennalia se rapportent, l’un au commencement, l’autre à la fin de la période décennale, c’est-à-dire au moment où les voeux sont formés (suscepta), et du moment où ils sont accomplis (soluta). La couronne de laurier qui figure sur les médailles frappées en souvenir de ces fêtes, est celle qu’on offrait à l’empereur”. (Daremberg & Saglio, Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines. Paris: Hachette, 1877‑1919. Tome 2.1, p.33-34)

Deuxièmement, on remarque que les portraits de Constantinus II sur ces pièces présentent des yeux plus grands que nature. C’est un style qui apparait sous le règne de Constantinus et qui est particulièrement apparent sur la tête de son fameux colosse préservé au Palazzo dei Conservatori du Musée Capitolin de Rome. Ce style est supposé représenter une abstraction, exprimant un regard tourné vers l’éternité et la transcendance de la nature divine de l’empereur. On retrouve une représentation similaire sur certaines pièces de monnaie de Constantinus où les yeux plus grands que nature de l’empereur regardent vers le haut, contemplant le ciel (ce sont les “yeux au ciel” [eyes to heaven] ou les “yeux vers dieu” [eyes to god] qui expriment la piété chrétienne de l’empereur). Ces yeux plus grand que nature se retrouve aussi dans la statuaire des fils de Constantinus. Malheureusement il existe peu de représentations lapidaires de Constantinus II qui n’a été empereur que trois ans (l’illustration sur la page française de Wikipedia de Constantinus II est en fait une tête de Constantius II, qui est le fils de Constantinus a avoir régné le plus longtemps, soit vingt-quatre ans). Cela n’a donc, bien sûr, rien à avoir avec le fameux style du dessin animé japonais (qui par ailleurs avait été introduit par Osamu Tezuka, qui l’avait lui-même emprunté à Walt Disney et Max Fleischer 😉 ).

La semaine prochaine nous continuons mon survol des pièces de monnaie de Constantinus II avec, cette fois, trois spécimens du type de revers avec Providentiae Caesarum et la représentation d’une place forte.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 61

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (2)

Cette semaine je vous présente deux nouvelles pièces de monnaie de Flavius Claudius Constantinus Iunior (généralement appelé Constantinus II). Vous trouverez la notice biographique de cet empereur dans mon entrée de la semaine dernière. Ces deux pièces sont pratiquement identique: le flan de la première est légèrement plus grand (18 x 20 mm avec un poids de 2.884 comparé à 17.5 x 18.5 mm avec un poids de 2.765 pour la seconde) et a subit un peu plus d’usure (F [Fine], Très Beau) que le seconde (qui est très très belle [VF / Very Fine] mais dont le revers comporte une importante dépression dans le côté droit du flan). Il s’agit de deux follis réduit (AE3, de fréquence assez commune [C1 = 22 à 30 pièces connues], payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑) qui présentent exactement le même type, avec les même nomenclature et titulature mais qui, si elles ont été frappé à la même officine, ne l’ont pas été avec les même coins car elles ont de légères différences dans leur conception: au niveau de l’épaule droite du portrait du césar sur l’avers et de l’espacement du lettrage sur le revers (la lettre qui se retrouve juste au-dessus de la boucle décorative de la couronne est le “M” de CAESARVM pour la première pièce et le “N” de NOSTRORVM pour la seconde).

L’avers de chacune des pièces présente un buste du césar lauré, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Constantinus le Jeune, très noble César”). Les deux revers illustrent un VOT[IS] V (Votis quinquennalibus) sur deux lignes (avec possiblement un point entre les deux lignes, ce qui apparait plus évident sur la première pièce) inscrit au centre d’une couronne de laurier (ornée sur le dessus d’une boucle faite d’un cercle avec un point au milieu), avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le cinquième [anniversaire de règne] de Nos Césars”), et un R S en exergue (marque de la seconde officine [S = Secundus] de l’atelier de Rome [R = Roma]).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 321), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Rome en 321.

On se rappel que Constantinus Junior avait été fait césar en mars 317, en même temps que son frère Crispus et que Licinius II — ce qui explique le pluriels dans l’inscription (“Nos Césars”). Cinq ans plus tard, en 321, on célébrait donc le cinquième anniversaire de cette nomination. On note également le portrait juvénile du césar (qui est pourtant illustré beaucoup plus vieux que son âge puisqu’à cette époque il n’a environ que cinq ou six ans!).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus II, Caesarvm Nostrorvm,  laurel wreath, vota, wreath), ERIC (Constantinus II); RIC v. VII: 236; BeastCoins, CataWiki, CoinArchives, numismatics, numista, r5coins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (pièce #1, pièce #2).

 

La semaine prochaine nous continuons mon survol des pièces de monnaie de Constantinus II avec, cette fois, deux types de VOT X similaires mais frappés à deux ateliers différents.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 60

Les Constantiniens (3)

Constantinus II (317-340) (1)

Flavius Claudius Constantinus Iunior est né à l’été 316 à Arelate (Arles). Il est le second fils de Constantinus (le premier avec sa deuxième épouse, Fausta). En mars 317 (à peine âgé d’un an) il est fait César par son père et reçoit le titre de Nobilissimus Caesar (“le plus noble des Césars”) et est même consul en 321! Dès l’âge de sept ans (322-23) il participe aux côtés de son père à la campagne militaire contre les Sarmates. En 324, il est envoyé à Augusta Treverorum pour défendre la frontière du Rhin à la place de son frère aîné Crispus (qui a été rappelé aux côtés de Constantinus pour sa deuxième campagne contre Licinius). En 331, il reçoit le titre de Alamannicus suite à une victoire contre les Francs et les Alamans. En 332, il se joint à son père sur la frontière du Danube pour une campagne contre les Wisigoths Tervinges et reçoit les titres de Sarmaticus et de Germanicus maximus. En 335, Constantinus divise les responsabilités administratives et militaires de l’Empire entre ses trois fils et ses deux neveux: Constantinus Junior reçoit la responsabilité de superviser la Gaule, la Bretagne et l’Hispanie; Constans reçoit l’Italie, l’Afrique et la Pannonie; Constantius Junior l’Asie Mineure, la Syrie et l’Égypte; Flavius Dalmatius (petit-fils de Constantius) la Macédoine et la Thrace; et son frère Flavius Hannibalianus est nommé monarque des nations pontiques.

Constantinus avait probablement l’intention d’assurer sa dynastie avec la création d’une nouvelle tétrarchie. Toutefois, à sa mort le 22 mai 337, Constantinus Junior (qui est maintenant l’aîné puisque Crispus est mort dix ans plus tôt) tente de faire valoir son droit de primogéniture en se déclarant empereur mais ses frères n’en entendent pas ainsi et tous trois se proclament Augustes. Ils sécurisent leur position en éliminant les oncles et cousins de la famille, puis se rencontrent le 9 septembre 337 à Sirmium (ou Viminacium) pour se partager l’Empire (en se divisant les parts de leur cousins). Toutefois, Constantinus Junior est insatisfait que son frère cadet (qui est sous sa tutelle) ait reçu l’Italie, l’Afrique et l’Illyrie. Il réclame l’Afrique à Constans mais, lorsque ce dernier devient majeur en 339, le conflit éclate ouvertement entre les deux frères. Constantinus Junior sera tué lors d’une embuscade à Aquilée en avril 340. L’Empire se retrouvera alors divisé non seulement par une nouvelle querelle de succession mais aussi théologique: Constans (en Occident) supporte le christianisme nicéen alors que son frère Constantius II (en Orient) supporte le christianisme arien !

J’ai onze pièces de monnaies de Constantinus Iunior que je vais vous présenter en quatre ou cinq parties.

IMG_0995-1005La première de ces pièces est un très beau follis réduit (AE3, 19 x 19.5 mm, 3.359 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre un buste du jeune césar lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANTINVS IVN[IOR] NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (Constantinus le jeune très noble césar). Le revers illustre deux Victoires ailées debout face à face, tenant un bouclier inscrit VOT – P R sur deux lignes (VOTa Populi Romani = “Voeux du Peuple Romain”), surmonté d’un croissant et d’un point (comme les descriptions ne mentionnent pas ce détail il fait probablement partie de la décoration du bouclier), au dessus d’un autel (ara) inscrit d’un “I” (marque de séquence?), avec l’inscription latine VICT[ORIAE] • LAETAE PRINC[IPIVM] PERP[ETVA] (“[Pour une] Joyeuse victoire au Prince éternel”) et un [•]BSIS• en exergue (marque de la deuxième officine [Bêta] de l’atelier de SIScia).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 416-418, 434-435), cette pièce aurait été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Siscia en 319 EC.

C’est un type de revers que l’on avait pas vu jusqu’à maintenant mais qui ne fait que reprendre des thèmes bien connu: la victoire et les bons souhaits du peuple envers le prince ou l’empereur. Dans ce cas-ci, comme le prince n’est à peine âgé que de trois ans, on imagine que c’est une façon de lui souhaiter une vie longue et prospère. On note également que c’est une pièce rare [r5 = unique! Plus maintenant… 😉 ]; j’ai d’ailleurs eut de la difficulté à en trouver des exemples dans les sources en ligne. Ce type se retrouve surtout chez Constantinus, Crispus et les deux Licinius. Dans le cas de Constantinus Junior, il est aussi associé avec une titulature plus longue (NOB CAES) et une inscription qui présente VICTORIAE écrit tout au long mais dans ce cas-là la marque d’atelier ne comporte qu’un seul point (ASIS•) [RIC, VII, 80]. Une variante inclue aussi une césure dans la nomenclature (CONSTANT-INVS) et la marque d’atelier a une étoile au lieu du point (ASIS*) [RIC, VII, 99]. Finalement, un autre variante (ASIS•, datant de 319-20; RIC, VII, 107-108) ne semble avoir été frappé que par les troisième (𝛤 [gamma] avec un NOB CAES) et la quatrième (𝛥 [delta] avec NOB C) officines. Dans tous les cas ce sont des pièces considérées rares (r3-r5 = une à six pièces connues — par l’auteur du RIC, au moment où il a été publié dans les années soixante).

Sources: Wikipedia (Constantinus II [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus II, ara, Siscia, VICT. LAETAE PRINC. PERP., Victoria), ERIC (Constantinus II); RIC v. VII: 91; BeastCoins, CoinProject, Numismatics, WildWinds (RIC 91: text1, image1; RIC 99: text2, image2, RIC 99var: text3, image3). Voir aussi ma fiche.

Je voudrais souligner que la semaine dernière je n’étais pas très satisfait de la qualité des photographies prises avec le nouvel iPhone 13 Pro car l’appareil semblait avoir de la difficulté à faire le focus et le résultat me semblait un peu flou… (Étrangement je n’ai pas rencontré ce problème lors de la prise de photo macro de fleurs — une question de différence d’éclairage peut-être entre lumière naturelle et artificielle ?). Je constate cette semaine que si on lui donne le temps de bien établir son focus (parfois en jouant un peu avec l’éclairage) l’appareil réussit à faire un bon focus et le résultat est beaucoup plus satisfaisant. Je suppose qu’avec l’expérimentation je vais réussir à établir l’éclairage et la distance optimale pour prendre de meilleurs clichés de monnaie…

Sur une note plus personnelle, suite à de nombreux problèmes de santé (notamment de terribles migraines), au deuil de l’un de mes chats et au fait que je change d’emploi (ce qui chambarde complètement mon horaire et ma routine), je vais devoir réduire considérablement le contenu de mes chroniques sur le blogue pour les semaines à venir afin de pouvoir me concentrer sur l’apprentissage de mes nouvelles tâches, rattraper mon retard sur mes commentaires de lectures et ré-équilibrer un peu mes chakras. Je ne devrais présenter qu’une ou deux pièces de monnaie à la fois… On verra comment les choses vont par la suite.

La semaine prochaine je vous présente donc deux autres pièces de monnaie de Constantinus Junior.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 59

Les Constantiniens (2)

Crispus (317-326)

Flavius Julius Crispus est né vers 299-305 EC. Il est le fils aîné de Constantinus et de sa première épouse (ou concubine), Minervina. Celle-ci sera répudiée en 307 afin que Constantinus puisse marier la fille de Maximianus, Fausta, consolidant ainsi leur alliance. Il reçoit une éducation chrétienne par le célèbre rhéteur Lactantius. Très jeune il accompagne son père sur les champs de batailles et développera ainsi une grande connaissance et habilité militaire. Il sera fait César à l’âge de quinze ans soit en octobre 316 ou en mars 317, en même temps que son frère Constantinus Iunior (né en 316 de Fausta). Il reçoit également le titre de Prince de la Jeunesse, et est Consul trois fois (en 318, 321 et 324). Il est alors envoyé à Augusta Treverorum d’où il supervise, avec le préfet du prétoire Bassus, la défense de la frontière du Rhin jusqu’en 323 et remporte des victoires contre des envahisseurs Alamans (318) et Francs (319). En mars 321 (ou janvier 322), il retourne à Sirmium où il épouse une certaine Helena qui lui donnera un fils l’année suivante. Avec le début de la seconde guerre civile contre Licinius, il rejoint les troupes de Constantinus et dirigera la flotte romaine lors des batailles navales de l’Hellespont. En juillet 324, alors que Constantinus fait le siège de Byzance, Crispus affronte la flotte de Licinius, plus de deux fois supérieure en nombre. Toutefois, la manœuvrabilité d’une flotte plus compacte joua à son avantage et it réussit à mettre l’amiral Abantus en déroute. Celui-ci regroupa ses forces, permettant aussi à Crispus d’obtenir du renfort de la mer Égée, et les deux flottes s’affrontèrent à nouveau le lendemain près de Gallipoli. Cette fois-ci une tempête aida Crispus à anéantir complètement la flotte de Licinius, permettant à Constantinus de passer en Asie Mineure et de vaincre Licinius définitivement à la bataille de Chrysopolis en septembre 324. 

Étrangement, il est le seul fils de Constantinus à n’avoir jamais été Auguste (empereur) car il est mort dans des circonstances mystérieuses quelques années plus tard. En effet, à la fin de l’été ou à l’automne 326, Constantinus fait exécuter à Pula (en Istrie), à quelques mois d’intervalle, Licinius II (le jeune fils de Licinius et neveu de Constantinus), son fils Crispus et sa propre épouse Fausta! Il n’est pas clair si il y a un lien entre ces trois assassinats car les sources contemporaines n’en disent rien. Selon des sources plus tardives (Zosimus et Zonaras), Crispus aurait été accusé d’adultère par sa belle-mère, Fausta, après qu’il ait refusé ses avances. Il est toutefois aussi possible que Crispus ait comploté contre son père ou que Constantinus ait simplement été jaloux de la popularité de son fils… Quoiqu’il en soit, Crispus et toute sa famille se sont vu imposé la damnatio memoriae (en fait les romains parlaient plutôt de abolitio nominis) et disparurent de l’Histoire à jamais…

Je n’ai que deux pièces de monnaie de Crispus.

IMG_0886-0896La première est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 18 mm, 3.047 g, payé environ $7, dépôt vert pâle; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre un buste du césar lauré et drapé à gauche avec un globe et un sceptre dans la main gauche et une mappa dans la main droite, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] FL[AVIVS] IVL[IVS] CRISPVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR] (“Notre Seigneur Flavius Julius Crispus Très Noble César”). Le revers illustre une place forte (constituée de six niveaux et d’une grande ouverture [sur trois niveaux?] qui n’a pas de porte) surmontée de trois tourelles, avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE CAESS[ARVM] (le double “S” équivaut à un duorum implicite; “[Dédié] à la prévoyance des deux césars“), un SMH𝚪 en exergue (marque de la troisième officine [gamma] de l’atelier d’Héraclée [Sacra Moneta Heraklea]) et un point (•) dans le champs droit.

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 534-536, 546), cette pièce aurait été frappée par la troisième officine de l’atelier d’Héraclée vers 318-320 EC.

On note que c’est une pièce rare (r2 = sept à dix pièces connues avec ce type). Je remarque également que ce type illustre une place forte (“camp gate”) avec trois tourelles. On se souvient que la semaine dernière j’ai présenté une pièce de Constantinus qui illustrait une place forte surmonté de deux tourelles entourant une étoile. Les spécialistes ont beaucoup spéculé sur la signification de ces tourelles et on semble maintenant s’entendre sur le fait qu’elles représentent des signaux lumineux utilisant une sorte de brasero où l’on allume un feu pour signaler l’approche d’un ennemi. L’étoile au milieu de deux tourelles pourrait donc représenter trois tourelles dont celle du milieu est allumée. La représentation que nous avons ici illustre donc trois tourelles tous feux éteint. Comme je l’ai expliqué la semaine dernière, cette représentation, conjointement avec l’inscription Providentia, exprime l’idée qu’il n’y a rien à craindre d’une possible invasion barbare car l’empereur et ses césars sont vigilants et que les frontières sont bien gardées.

Sources: Wikipedia (Crispus [FR/EN]), Google, FAC (Crispus, Conspiracy Theory, Heraclea, mappa, scepter), ERIC (Crispus); RIC v. VII: 30; Sear RCV (1983): 3823; CoinTalk, FAC, WildWinds (description erronée: image 1, image 2). Voir aussi ma fiche.

IMG_0899-0908La deuxième pièce est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 18 x 19 mm, 3.362 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine grisâtre, flan craqué à 30º; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre un buste du césar casqué et cuirassé à gauche, avec l’inscription latine CRISPVS – NOBIL[ISSIMVS] C[AESAR] (“Crispus Très Noble César”). Le revers illustre un autel (cippus) inscrit d’un VOT-IS XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]”) sur trois lignes, surmonté d’un globe céleste et de trois étoiles (❋❋❋), avec l’inscription latine BEATA TRA-NQVILLITAS (“Tranquillité bénie ou heureuse”), avec un PLON en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de LONdinium) et les lettres P / A dans le champs de part de d’autre (une marque de séquence?).

Selon le RIC (op. cit., pp. 96, 110), cette pièce aurait été frappée par la première et unique officine de l’atelier de Londinium (Londres) en 321.

Sur la Beata Tranquillitas, le RIC (op. cit., pp. 20-42) nous apprend que ce type de revers était très prolifique, qu’il était associé à une grande variété de portrait d’avers (où l’aspect militaire était dominant) et que, due à de grandes similitudes, cette émission des ateliers de Londinium, Lugdunum et Augusta Treverorum a certainement été coordonnée par un seul officier monétaire. Il ajoute que le type de la Beata Tranquillitas, loin d’être une simple abstraction philosophique, était l’expression de l’espoir que les campagnes de Crispus contre les Alamans (en 318) et de Constantinus contre les Sarmates (à l’été 322) préserveraient la paix et l’ordre sur la frontière du Rhin.

Sources: Wikipedia (Crispus [FR/EN]), Google, FAC (Crispus, Beata Tranquillitas, cippus, Conspiracy Theory, Votis XX), ERIC (Crispus); RIC v. VII: 211; CoinArchives, CoinProject, vcoins, WildWinds (text1, image1; text2, image2). Voir aussi ma fiche.

Ces deux pièces de Crispus nous offrent des types de revers qui ne font que reprendre les revers de son père, Constantinus. Le motif de la place forte était très présent sous Constantinus. De même, le VOTIS XX sur la deuxième pièce ne peut en aucun cas faire référence à Crispus (qui n’est alors césar que depuis trois ans [317]), même d’une façon anticipée, et doit donc être interprété comme des voeux pour le vingtième anniversaire de règne de son père, Constantinus. Ces deux types — place forte + Providentia et Beata Tranquillitas [paix sous les cieux étoilés = “il est minuit bonne gens et il n’y a rien a signaler“ ? 😉 ] — font partie de la propagande impériale qui vise à rassurer le peuple sur la sécurité des frontières.

Je note que dans les deux cas, le portrait de l’avers est à gauche alors que la grande majorité des portraits sur les monnaies sont généralement à droite. J’ignore ce que cette différence peut signifier et si cela a de l’importance. Cela mériterait sans doute d’être étudié… Toutefois, le caractère militaire de ces pièces (la place forte, le portrait casqué) nous présente le césar clairement comme un guerrier et il était, après tout, un militaire expérimenté, talentueux et, de surcroit, aimé du peuple. Est-ce pour cette raison qu’il a été perçu par son père comme une possible menace et que Constantinus a éliminé son propre fils? On ne peut que spéculer et c’est pourquoi plusieurs théories de conspirations ont prit naissance sur ce sujet.

La semaine prochaine nous aborderons un autre fils de Constantinus, Constantinus II, dont j’ai une douzaine de pièces et que je traiterai en plusieurs parties.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.279]

Bellum falsi solis: Heliopsis contra helianthus !

Lorsque je vous ai parlé des Hélianthes l’an dernier, j’ai mentionné qu’il y avait deux espèces dans le parc qui étaient très similaires aux tournesols. J’aimerais y revenir brièvement et profiter de l’occasion pour parader un peu les nouvelles capacités du iPhone 13 Pro (excellente qualité de photo et macro).

[ iPhone 13 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/10/1 ]

Le premier exemple est la Heliopsis helianthoides (Héliopsis faux-hélianthe aussi appelé en anglais “Oxeye Sunflower” ou “False Sunflower”). Tout comme les hélianthes, cette plante herbacée vivace fait partie de la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae, i.e. les plante à fleurs), de la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), de l’ordre des Asterales et de la famille des Asteraceae (les fleurs “composées”) mais elle appartient à un genre différent, les Heliopsis (qui inclus environ dix-huit espèces). Originaire d’Amérique du Nord, elle est caractérisée par des feuilles dentées de forme ovale ou lancéolée et par des capitules composites coniques formés à la périphérie de fleurons ligulés jaunes de deux à quatre centimètres (les “pétales”, qui persistent contrairement à ceux du tournesol qui flétrissent et tombent) et au centre de fleurons discaux de couleur jaune ou brunâtre. C’est une plante rhizomateuse qui peut atteindre de quarante à cent-cinquante centimètres de hauteur. Le nom, provenant du grec (helios / soleil et opsis / apparence), signifie d’une part “qui a l’apparence du soleil” et d’autre part (helianthoides) similaire à l’hélianthe. C’est une belle plante ornementale qui attire aussi les papillons. 

[ iPhone 13 Pro, Parc Frédéric-Back, 2021/10/4 ]

L’Helianthus tuberosus (Topinambour, qui est aussi appelé en anglaisJerusalem artichoke” ou “wild sunflower”), quand à elle, est du même genre que le tournesol, helianthus (où l’on retrouve vingt-quatre espèces et, bien sûr, plusieurs hybrides). Cette plante herbacée vivace peut atteindre de deux à trois mètres de hauteur et est caractérisé par des feuilles lancéolées, dentées et alternes (de dix à vingt-cinq centimètres de long), des capitules plats de cinq à dix centimètres de diamètre formés de dix à vingt fleurons ligulés jaunes (pétales, qui sont plus long que pour l’Héliopsis) en périphérie et de plus d’une soixantaine de fleurons tubuleux jaune-brun au centre, ainsi que par ses rhizomes tubérisés qui ressemblent un peu au gingembre. Elle s’apparente à plusieurs autres variétés d’hélianthes (avec lesquelles elle peut donc être confondue), particulièrement l’Hélianthi (Helianthus strumosus) et le tournesol vivace (Helianthus laetiflorus).

Originaire d’Amérique du Nord, elle a eut un rôle important dans la culture des autochtones qui l’utilisaient comme fourrage et légume. Samuel de Champlain en a fait la découverte lors de ses voyages (voir les citations plus bas) et il la partagea à Port-Royale avec Marc Lescarbot et Jean de Poutrincourt qui ramenèrent cette “truffe du Canada” en Europe après l’échec de la colonie en 1607. Son nom scientifique signifie “fleur de soleil” tubéreuse (du grec hêlios / soleil et anthos / fleur) en référence à ses grandes fleurs jaunes qui évoquent l’astre solaire. Ses noms communs origine tous d’une méprise: le nom français de “Topinambour” résulte d’une association erroné avec la tribu brésilienne des Tupinambas et le nom anglais de “Jerusalem Artichoke” provient de la déformation de girasole, le nom italien du tournesol. 

C’est une belle plante ornementale mais qui est aussi cultivée pour ses tubercules comestibles. Ceux-ci peuvent être consommé cru, fermenté ou cuit et leur saveur s’apparente à l’artichaut. Comme la patate, ils peuvent être pilé ou moulu en farine mais au lieu de l’amidon elles contiennent de l’inuline (un glucide polysaccharides qui n’affecte pas la glycémie mais peu provoquer des flatulences!) et sont riches en vitamines et minéraux. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles)

“Nous vinsmes mouiller l’ancre jusques à Saincte Croix, distante de Québec de quinze lieues; c’est une poincte basse, qui va en haulsant des deux costez. Le pays est beau & uny, & les terres meilleures qu’en lieu que j’eusse veu, avec quantité de bois, mais fort peu de sapins & cyprès. Il s’y trouve en quantité des vignes, poires, noysettes, cerises, groiselles rouges & vertes, & de certaines petites racines de la grosseur d’une petite noix ressemblant au goust comme truffes, qui sont très-bonnes rôties & bouillies. Toute ceste terre est noire, sans aucuns rochers, sinon qu’il y a grande quantité d’ardoise; elle est fort tendre, & si elle estoit bien cultivée, elle seroit de bon rapport.” [23 juin 1603] — Des sauvages ou Voyages de Samuel Champlain (1603), livre premier, chap. VI (p. 26).

“Le lendemain nous fusmes voir leur habitation avec nos armes, & fismes environ une lieue le long de la coste. Devant que d’arriver à leurs cabannes, nous entrasmes dans un champ semé de bled d’Inde, à la façon que nous avons dit cy-dessus. Il estoit en fleur, & avoit de haut 5 pieds & demy, & d’autre moins advancé, qu’ils sement plus tard. Nous veismes aussi force feves de Bresil, & des citrouilles de plusieurs grosseurs, bonnes à manger; du petum & des racines qu’ils cultivent, lesquelles ont le goust d’artichaut. Les bois sont remplis de chesnes, noyers, & de très beaux cyprés, qui sont rougeastres, & ont fort bonne odeur. Il y avoit aussi plusieurs champs qui n’estoient point cultivez, d’autant qu’ils laissent reposer les terres; & quand ils y veulent semer, ils mettent le feu dans les herbes, & puis labourent avec leurs besches de bois. Leurs cabannes sont rondes, couvertes de grosses nattes faites de roseaux, & par en haut il y a au milieu environ un pied & demy de descouvert, par où fort la fumée du feu qu’ils y font.“ [21 juillet 1605] — Les Voyages du sieur de Champlain (1613), livre premier, chap. VIII (p. 66).

Les extraits cités proviennent de Oeuvre de Champlain, vol. 1 (présenté par G.-É. Giguère). Montreal: Éditions du Jour, 1973. Le texte est également disponible en ligne sur le Project Gutenberg.

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Monnaies anciennes 58

Les Constantiniens (1)

Constantinus (310-337 EC) (3)

Depuis déjà longtemps le centre de l’Empire n’est plus à Rome car les tétrarques siégeaient chacun dans leurs capitales régionales (Augusta Treverorum à l’ouest, Mediolanum en Italie, Sirmium en Pannonie et Nicomédie à l’est). Celles-ci étaient généralement situé près des frontières afin de pouvoir réagir rapidement en cas d’invasion barbares. Constantinus désire se distinguer en établissant une nouvelle capitale impériale. Il hésite d’abord entre Ilion et Sardica, puis, après sa victoire sur Licinius, il porte son choix sur Byzance, une cité grecque situé à l’entrée du Bosphore et capitale de la Thrace. Cela lui permet de re-centrer sa capitale sur un empire qui s’est beaucoup étendu à l’Est, de rester proche de Nicomédie, où il a grandit à la cour de Diocletianus, de façon à se réclamer de la légitimité du lieu, et surtout de se rapprocher des frontières du Danube et de l’Euphrate, là où les risques d’invasions sont maintenant les plus grands, tout en restant à une bonne distance des conflits afin de ne pas nuire à la prospérité de la cité. Il nomme cette nouvelle capitale, qui ne sera inaugurée officiellement qu’en mai 330, Constantinopolis (la cité de Constantinus).

Maintenant qu’il est l’unique empereur, Constantinus doit s’efforcer de consolider son pouvoir. Il établit d’abord sa succession dynastique. Il avait déjà nommé ses fils Crispus et Constantinus II Césars en 317, et fera de même avec ses fils Constantius II en 324, Constans en 333, puis avec ses neveux Flavius Dalmatius et Flavius Hannibalianus en 335. Avec une imposante campagne de construction, il s’attache à bâtir sa nouvelle capitale à l’image de Rome en édifiant un Grand Palais, un Capitol, un forum, un sénat, un hippodrome, une église et quatorze quartiers d’habitation qui logeront une population atteignant le cent mille. Comme durant la tétrarchie l’administration était divisée entre les capitales régionales, Constantinus doit maintenant centraliser toute la bureaucratie. Il la chapeaute par le consistoire sacré, dirigé par un questeur. Il complète ces changements avec des réformes militaires, législatives et économiques (il crée une nouvelle monnaie d’or, le solidus, pour remplacer l’aureus dévalué). Finalement, si Diocletianus avait donné au pouvoir impérial une nature plus religieuse, Constantinus le pousse encore plus loin vers la théocratie. Toutefois, pour pouvoir utiliser le christianisme comme élément centralisateur, il doit d’abord l’organiser et en maintenir l’unité. C’est pourquoi il organise un premier concile oecuménique à Nicée en mai 325.

Dès 333, les Perses Sassanides tentent à nouveau d’annexer l’Arménie. En 337, la guerre est finalement déclarée mais, alors qu’il se prépare à partir en campagne militaire, Constantinus meurt subitement le 22 mai près de Nicomédie. Ses fils Constantinus II, Constantius II  et Constans se déclarent tous Augustes et se partagent l’Empire, non sans conflits. Constantius II en sortira vainqueur et reprendra l’oeuvre de son père, jetant ainsi les bases de ce qui deviendra rapidement l’Empire Byzantin.

Pour conclure le règne de Constantinus, je vous présente trois autres pièces de monnaie dont deux “Providentiae”.

IMG_0716-8291La première pièce est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 18 x 19 mm, 2.890 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre une tête de l’empereur laurée à droite, avec l’inscription latine CONSTAN-TINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une place forte (constituée de six niveaux et d’une grande ouverture [sur trois niveaux et demi] qui n’a pas de porte) surmontée de deux tourelles (ou  soldats?) entourants une étoile (❋), avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE AVGG[VSTORVM] (le double “G” équivaut à un duorum implicite; “[Dédié] à la prévoyance des deux empereurs“), et un SMTS𝞒 en exergue (marque de la troisième officine [Gamma] de l’atelier de Thessalonique [Sacra Moneta TheSsalonica]) et un point (•) dans le champs droit.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 497, 518), cette pièce aurait été frappé par la troisième officine de l’atelier de Thessalonique vers 326-328.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, camp gates), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 153; acsearch, CoinTalk, R5coins, TAC, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0763-0768La seconde pièce est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 19 mm, 2.406 g, payé environ $5 ; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre une buste de l’empereur diademmé (de forme carrée), cuirassé et drapé à droite, avec l’inscription CONSTANTI-NVS MAX[IMVS] AVG[VSTVS] (maximus est le superlatif de magnus (grand); “Constantinus le plus grand des Augustes”). Le revers illustre une place forte (constituée de sept niveaux et d’une grande ouverture [sur quatre niveaux et demi] qui n’a pas de porte) surmontée de deux tourelles entourants une étoile (❋), avec l’inscription latine PROVIDEN-TIAE AVGG[VSTORVM] (le double “G” équivaut à un duorum implicite; “[Dédié] à la prévoyance des deux empereurs“), et un SMKS en exergue (marque de la sixième officine [zeta] de l’atelier de Cyzique [Sacra Moneta Kyzici]).

Selon le RIC (op. cit., v. VII, p. 653), cette pièce aurait été frappé par la sixième officine de l’atelier de Cyzique vers 329-330.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 60; Catawiki, CGBFR, NBD, Numista, WildWinds (text 1, image 1; text 2, image 2). Voir aussi ma fiche.

IMG_8746-8748La troisième et dernière pièce est un assez beau follis réduit commémoratif (AE3/4, G [Good], AE [Bronze], 15 x 16 mm, 1.241 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine verdâtre et dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre la tête de l’empereur voilée à droite, avec l’inscription latine D[I]V[VS] CONSTANTI-NVS P[A]T[ER] AVGG[VSTORVM] (“Divin Constantinus Père des Augustes”). Le revers illustre l’empereur voilé conduisant un quadrige au galop, à droite, tendant le bras vers la Main de Dieu (manus dei) qui descend du ciel vers lui, avec une marque d’atelier peu lisible en exergue (quatre ou cinq lettres suivi d’un point: SMALB• pour Alexandrie ?, SMKB• pour Cyzique ?, ou  SMNB• pour Nicomédie ?).

Selon le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family of Constantine I (337-364). London: Spink & Son, 1981, pp. 472, 491, 540), les seules émissions commémoratives qui correspondent à la description et à la marque d’atelier (quatre ou cinq lettres suivie d’un point [SM??B•]) ont été faite à Alexandrie, Cyzique ou Nicomédie, et toutes entre le 9 septembre 337 et le printemps 340.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, denomination, DV Constantinus, quadriga, ), ERIC (Constantinus); RIC v. VIII: Nicomedia 25, Cyzicus 19, Alexandria 22; acsearch, AncientResource, CoinArchives, CoinTalk, CoinTalk, Numismatics, Numista (SMKA, SMALB). Voir aussi ma fiche.

 

On remarque que toutes les pièces de monnaie présentée ici ont été frappé en Orient, ce qui n’est pas surprenant puisque Constantinus y a maintenant établi sa capitale.

On note également que, bien que traditionnellement appelés portes de camp (“camp gates”), le type de revers illustrant une place forte ne représente pas nécessairement toujours les portes d’un camp romain mais aussi parfois une tour de guet, une forteresse ou même la porte d’entrée d’une ville (FAC). Aussi, les tourelles (parfois décrite comme des soldats faisant le guet) qui surmontent la place forte seraient en fait une sorte de balise de signalisation, utilisant des bûchers pour envoyer des messages lumineux. Allumer des feux pour signaler l’approche de l’ennemi était une pratique déjà en utilisation par les Grecs. Avec ce type de revers, la propagande impériale utilise le symbole de la place fortifiée conjointement avec l’inscription Providentiae Avgg pour transmettre un message rassurant affirmant que l’empire est maintenant à l’abris des invasions (TAC). Ce type de revers est très fréquent au IVe siècle.

La pièce commémorative de Constantinus représente la déification et l’ascension au ciel de l’empereur. La Manus Dei, cette main de Dieu tendue pour l’accueillir, est fort probablement la toute première représentation de la divinité judéo-chrétienne sur une pièce de monnaie. Constantinus est représenté voilé car, dans la religion romaine, le prêtre ou l’officiant porte le voile pour marquer la nature sacrée de l’acte, comme lorsque l’on procède à un sacrifice pour les dieux. L’Empereur est représenté voilé car sa déification est un moment sacré.

La semaine prochaine nous nous attardons sur l’un des fils de Constantinus, Crispus, qui a été César entre 317 et 326 EC.

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Monnaies anciennes 57

Les Constantiniens (1)

Constantinus (310-337 EC) (2)

Comme je l’ai mentionné la semaine dernière, à partir d’octobre 312 il ne reste plus que deux co-empereurs: Licinius en Orient et Constantinus en Occident. Pendant environ quatre ans, ce partage du pouvoir se maintient sans trop d difficultés mais une une méfiance mutuelle croissante mène à l’inévitable conflit. À deux reprises, la guerre civile éclate et les deux co-empereurs s’affrontent. En fait il n’y a grand chose à dire de plus sur ces événements que ce qui a déjà été dit dans mes entrées sur Licinius (partie 1 et partie 2) alors je tenterai d’être bref.

Après sa victoire sur Maxentius à Rome, Constantinus est entré (adventus) dans la cité en triomphe. Il reçoit du sénat le titre de “Plus grand des Augustes”. Dans les années qui suivent, il s’attache à améliorer son image à l’aide d’une importante campagne de propagande et de construction publiques, mais surtout à consolider son armée afin de s’assurer de sa supériorité sur son adversaire. En avril 313, il rencontre Licinius à Mediolanum (Milan) pour consolider leur alliance par le mariage de ce dernier à Constantia, la demi-soeur de Constantinus. Ils proclament conjointement l’Édit de Milan qui accorde la liberté de culte à toute religion (y compris le christianisme). Toutefois, Licinius doit retourner précipitamment en Orient car il reçoit la nouvelle que Maximinus Daza a capturé Byzance et fait le siège de Héraclée. Licinius le rejoint à Andrinople et le vainc à la bataille de Tzirallum. 

Il ne faudra que deux ans pour que cette alliance se désagrège alors que Constantinus accuse Licinius d’être derrière une tentative d’assassinat. Les armées des deux Augustes s’affrontent d’abord à la bataille de Cibalae en octobre 316, où Constantinus met Licinius en déroute, puis à nouveau en décembre à la bataille de Mardia. Faute de victoire décisive on se résout à négocier en janvier 317 et parvient à un accord en mars où Licinius doit concéder la Pannonie et la Macédoine. En échange, le fils de Licinius (Licinius II) est fait César conjointement avec ceux de Constantinus (Crispus et Constantinus II). La paix revient sur l’Empire pour un autre six ans. Pendant ce temps, Constantinus s’est établit à Sirmium (en Pannonie) pour défendre la frontière du Danube contre les Goths et les Sarmates (en 322-323).

Dès 320, la rumeur que Licinius ait répudié l’Édit de Milan et soit retourné à des pratiques païennes crée des tensions entre les Augustes qui culminent en un nouveau conflit. C’est un affront à Constantinus qui s’est érigé en défenseur du christianisme. Un incident frontalier en 323, servira de prétexte au conflit qui se déclinera en une série d’affrontements: la bataille d’Andrinople en juillet 324, puis les batailles navales de l’Hellespont et finalement la bataille de Chrysopolis en septembre 324. Coup sur coup, son infériorité numérique compensée par la ferveur de ses troupes, Constantinus en sort vainqueur. À Nicomédie, Licinius se rend car Constantinus a promis à sa demi-soeur qu’il serait épargné. Il est exilé à Thessalonique mais sera néanmoins exécuté quelques mois plus tard. Constantinus est enfin le seul maître de l’Empire. (À suivre…)

Cette semaine je vous présente cinq autres pièces de monnaie de Constantinus qui offrent toutes différents types de “VOT XX” (que j’ai déjà discuté dans la première partie de mon exposé sur Licinius).

IMG_0699-0707La première de ces pièces est un très beau follis réduit (F [Fine], AE [Bronze], 17 x 19 mm, 2.561 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur casqué et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONST-ANTINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un étendard inscrit d’un VOT[IS] XX (sur deux lignes, signifiant Votis Vicennalibus / “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]” — le texte n’est pas clair sur la photo mais demeure très lisible sous certains angles), planté entre deux captifs assis et ligotés, avec l’inscription latine VIRTVS – EXERCIT[VS] (“la valeur / le courage de l’armée”), avec un S T en exergue (marque de la deuxième officine [S = Secundus] de l’atelier de Ticinium [T]).

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 356, 376), cette pièce aurait été frappé par la deuxième officine de l’atelier de Ticinium (Pavie) vers 319-320.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Exercitus, standard, vexillum, Virtus, Virtus Exercit, vota, VOT XX), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 114; CataWiki, CoinArchives, CoinArchives, r5coins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0688-0695La deuxième pièce est un beau follis réduit très similaire au premier (VG [Very Good], AE [Bronze], 18 x 19 mm, 2.623 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre un buste de l’empereur casqué et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTAN-TINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un étendard inscrit d’un VOT[IS] XX (sur deux lignes, signifiant Votis Vicennalibus / “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]”), planté entre deux captifs assis et ligotés, avec l’inscription latine VIRTVS – EXERCIT[VS] (“la valeur / le courage de l’armée”), avec un PLG en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Lugdunum [LG]) et A / S (marque de séquence) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (op. cit., v. vii, p. 129), cette pièce aurait été frappé par la première officine de l’atelier de Lugdunum (Lyon) vers 320.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Exercitus, standard, vexillum, Virtus, Virtus Exercit, vota, VOT XX), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 107; CoinArchives, CoinProject. Voir aussi ma fiche.

IMG_8288-8289La troisième pièce est un très beau follis réduit (F [Fine], AE [Bronze], 19.5 x 20 mm, 2.543 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur casqué et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTA-NTINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un autel (Ara ou Cippus) sur lequel repose un globe céleste surmonté de trois étoiles (❋❋❋), engravé VOT-IS-XX (sur trois lignes, signifiant Votis Vicennalibus / “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]”), avec l’inscription latine BEATA TRAN-QVILLITAS (“Tranquillité bénie ou heureuse”), avec S T R en exergue (marque de la deuxième officine [S = Secundus] de l’atelier de Augusta Treverorum [TR]).

Selon le RIC (op. cit., v. vii, pp. 143, 157-159, 190), cette pièce aurait été frappé par la deuxième officine de l’atelier de Augusta Treverorum (Trèves) vers 321.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Ara, Beata Tranquillitas, Cippus, vota, VOT XX), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 303; acsearch, CoinArchives, CoinArchives, CoinTalk, WildWinds (S [text, image], var [text, image]). Voir aussi ma fiche.

IMG_0742-0747La quatrième pièce est un très beau follis réduit (F [Fine], AE [Bronze], 18.5 x 19.5 mm, 2.087 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre une tête de l’empereur laurée à droite, avec l’inscription latine CONSTAN-TINVS AVG[VSTVS].  Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine D[OMINO] N[OSTRI] CONSTANTINI MAX[IMO] AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Constantinus le Grand Auguste”), avec un R P en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Rome [R]).

Selon le RIC (op. cit., v. vii, pp. 289-290, 320-321), cette pièce aurait été frappé par la première officine de l’atelier de Rome vers 321.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Dominus, laurel wreath, vota, VOT XX), ERIC (Constantinus);  RIC v. 7: 232 / 237; acsearch, Catawiki, CoinProject, FAC, vcoins,  WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0751-0755La cinquième pièce est un très très beau follis réduit (VF [Very Fine], AE [Bronze], 18.5 x 19 mm, 3.129 g, payé environ $6 le 1985/04/14; die-axis: ↑↓). L’avers nous montre une tête de l’empereur laurée à droite, avec l’inscription latine CONSTAN-TINVS AVG[VSTVS].  Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier (décorée d’une étoile dans le haut), avec l’inscription latine D[OMINO] N[OSTRI] CONSTANTINI MAX[IMO] AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Constantinus le Grand Auguste”), avec un TSEVI en exergue (marque de la cinquième officine [E = Epsilon] de l’atelier de Thessalonique [TS]; “VI” pourrait être une marque de séquence ou une référence au VIe Consulat de Constantinus en 320).

Selon le RIC (op. cit., v. vii, pp. 481, 495-496, 513), cette pièce aurait été frappé par la cinquième officine de l’atelier de Thessalonique vers 324.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Dominus, laurel wreath, vota, VOT XX), ERIC (Constantinus);  RIC v. 7: 123; acsearch, CGBFR, CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, sixbid, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

 

Encore une fois, on remarque que les pièces de monnaie présentées ici sont surtout frappées en Occident, puisque durant cette période Constantinus était encore cantonné dans la partie ouest de l’Empire. Les pièces frappées à Rome et à Thessalonique démontrent bien que, depuis sa victoire contre Maxentius en octobre 312, il a reprit le contrôle de la ville éternelle et qu’il a étendu son territoire plus à l’Est (notamment en Macédoine) après sa victoire contre Licinius lors de la première guerre civile en 317.

Aussi, le fait que les trois premières pièces représentent l’empereur avec des attributs beaucoup plus militaires (casqué et cuirassé au lieu d’être simplement lauré ou radié et drapé) est sans doute une référence soit à sa victoire contre Licinius quelques années auparavant, soit aux tensions renouvelées qui l’obligent à se maintenir sur le pied de guerre. Ce sont également des pièces qui flattent l’égo des troupes en ventant leur mérite (Virtus Exercitus) ou qui promettent la paix (Beata Tranquillitas).

Il est intéressant de pouvoir comparer des exemplaires d’un type de revers frappé à deux ateliers différents, comme pour le type avec un étendard entouré de captifs frappé à Ticinium et à Lugdunum. C’est le cas aussi pour les deux dernières pièces qui sont deux exemplaires du même type de “VOT XX” dans une couronne frappé à  Rome et à Thessalonique. Ce type représente le pendant pour Constantinus des deux “VOT XX” dans une couronne que je vous ai présenté dans la deuxième partie de mon entrée sur Licinius. Car les types de revers n’étaient pas seulement partagés par plusieurs ateliers mais aussi par les différents Augustes et Césars, afin de maintenir une uniformité dans la monnaie. Finalement, nous remarquons que le titre de “Constantin Le Grand” (Constantinus Maximus), que l’on retrouve souvent dans les sources, prend également son origine à cette époque. 

La semaine prochaine nous concluons le règne de Constantinus et nous pencherons sur ses accomplissements avec trois autres pièces de monnaie.

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Monnaies anciennes 56

Les Constantiniens (1)

Avec Constantinus  s’ouvre la dynastie des Constantiniens. J’ai déjà amplement parlé des actions de Constantinus durant la tétrarchie (voir mes entrées sur Diocletianus, Maximianus, et Licinius — partie 1 et partie 2). Je tenterai donc d’être bref. Comme j’ai une douzaine de pièces de monnaie de Constantinus, je vais les répartir sur au moins trois entrées traitant d’abord de la période où il était tétrarque, puis celle des guerres civiles avec Licinius et enfin celle où il règne seul sur l’Empire annonçant le début de l’époque byzantine.

Constantinus (310-337 EC) (1)

Flavius Valerius Aurelius Constantinus est né le 27 février c271-277 à Naissus en Mésie. Sa famille était originaire de la Dacie aurélienne. Il est le fils de Helena, la première épouse ou concubine de Constantius qui était d’origine grecque très modeste (servante dans une auberge ou même, peut-être, prostituée). Toutefois lorsque son père est nommé préfet du prétoire en Gaule par Maximianus en 288 ou 289, il doit la répudier pour épouser la fille de ce dernier, Théodora. En mars 293, Constantius accède à la tétrarchie en devenant le César de Maximianus et reste en Gaules pour y écraser une révolte. Pendant ce temps, Constantinus est élevé à la cours de Diocletianus (comme otage?) et il suit l’exemple de son père en poursuivant une carrière militaire. Il sert dans l’armée dans les campagnes sur le Danube (en 296) et en Orient (297-99), obtenant divers postes de tribuns. En 303, il est de retour à Nicomédie et est témoin des persécution de Diocletianus contre les Chrétiens. Le 1er mai 305, Diocletianus et Maximianus abdiquent le pouvoir en faveur de leur Césars, Constantius et Galerius. Les nouveaux Augustes se choisissent alors des Césars: Severus et Maximinus Daza. Un choix qui ne fera pas l’unanimité, car il ignore les fils de Constantius (Constantinus) et de Maximianus (Maxentius), ce qui déstabilisera la tétrarchie et causera une série de conflits qui dureront presque deux décennies. Constantinus, ne se sentant pas en sécurité à la cour de Galerius à Nicomédie, va rejoindre son père à Bononia (Boulogne) à l’été 305. De là ils traversent en Bretagne où ils font campagne contre les Pictes durant l’été et l’automne. Cependant, Constantius tombe malade et meurt le 25 juillet 306 à Eboracum (York). Les troupes acclament alors Constantinus comme Auguste. Afin d’éviter un conflit, puisque la position d’Auguste devrait revenir Severus, Galerius propose en compromis que Constantinus devienne plutôt le césar de ce dernier. Constantinus accepte cette décision qui, par le fait même, donne légitimité à son pouvoir. 

Constantinus se retrouve en contrôle de tout le territoire à l’ouest de la frontière Rhénane: la Bretagne, la Gaule et l’Hispanie. Il conclut sa campagne en Bretagne, puis va s’établir à sa capitale régionale de Augusta Treverorum (Trèves). En réaction, avec l’appui de son père, Maxentius se déclare Auguste (usurpateur) en octobre 306 et occupe Rome. Galerius refuse de le reconnaitre et envoi Severus pour le ramener à l’ordre mais celui-ci est capturé et tué. Constantinus accepte une alliance avec Maximianus, consolidée par un mariage avec sa fille Fausta, mais il garde néanmoins ses distances du conflit prétextant une invasion de Germains sur le Rhin. En novembre 308, Galerius tente de mettre fin à la discorde avec la conférence de Carnuntum mais sans grand succès. Il y est toutefois décidé que Severus serait remplacé par Licinius et que Constantinus demeurerait son César. Mais la tétrarchie ne tarde pas à dégénérer en guerres civiles: en 310, alors que Constantinus est occupé à repousser une invasion de Francs, Maximianus le déclare mort et tente d’usurper son pouvoir. Constantinus revient du front par voie fluviale jusqu’à Lugdunum (Lyon) et poursuit Maximianus jusqu’à Massilia (Marseille) où il le vainc. Maximianus est contraint de se suicider en juillet 310. À cette époque, Galerius est trop malade pour se préoccuper des querelles entre tétrarques. Sa dernière action sera de proclamer l’Édit de Sardique en avril 311, mettant fin aux persécutions contre les Chrétiens. Il meurt dans son palais de Felix Romuliana le 5 mai 311. Le pouvoir se partage donc entre Maximinus Daza et Licinius en Orient et Constantinus en Occident. 

L’usurpateur Maxentius, désirant venger son père, profite de ce moment pour se mobiliser contre Constantinus. Craignant que Maxentius ne s’allie avec Licinius, Constantinus le devance et offre à Licinius de marier sa soeur Constantia. Choqué de cette alliance, Maximinus Daza s’allie à son tour à Maxentius. Licinius le vaincra plus tard (en avril 313) à la bataille de Tzirallum et il mourra quelques mois plus tard. Au printemps 312, Constantinus traverse les Alpes pour affronter Maxentius à Augusta Taurinorum (Turin). Maxentius s’échappe et se réfugie à Rome où Constantinus l’affrontera en octobre lors de la bataille du pont Milvius. Malgré un sérieux désavantage numérique, les troupes de Constantinus marche sur l’ennemi en portant un étendard (labarum) orné d’un étrange signe: un chi (X) traversé d’un Rho (P) pour former le monogramme du Christ (se sont les deux premières lettres grecques de ΧΡΙΣΤΟΣ / Christos). Constantinus avait eut une vision (ou un songe?) de ce signe avec la mention In Hoc Signo Vinces (“Par ce signe tu vaincra”). Grâce à une judicieuse charge de cavalerie, Constantinus brise la ligne de défense de Maxentius qui, vaincu, se noie dans le Tibre. Le 29 octobre 312, Constantinus entre en vainqueur dans Rome. Il ne reste plus que deux candidats au pouvoir suprême: Licinius en Orient et Constantinus en Occident. Pendant quelques années cet équilibre de pouvoir se maintient mais une méfiance mutuelle croissante mène à l’inévitable conflit en 316. (À suivre!)

Aujourd’hui je vous présente chronologiquement cinq pièces de monnaie de Constantinus. Ce sont toutes des pièces qui ont le même type de Sol Invicto.

IMG_8282-8283La première pièce est un très très beau Follis (VF [Very Fine], AE [Bronze], 22 mm, 3.927 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine verte; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] CONSTANTINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol radié debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI INVIC-TO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), avec un PLG en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Lugdunum [LG]) et un F / T (marque de séquence?) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967, pp. 240, 265), cette pièce aurait été frappé par la première officine de l’atelier de Lugdunum (Lyons) vers 309-310 EC. 

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Lugdunum, Soli Invicto Comiti), ERIC (Constantinus); RIC v. 6: 309-310; acsearch, CoinArchives, CoinTalk, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0651-0656La seconde pièce est un très beau Follis (F [Fine], AE [Bronze], 22 x 23 mm, 4.129 g, payé environ $5 le 1985/01/06, patine vert foncé-bleuâtre; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et cuirassé à droite, avec l’inscription latine  IMP[ERATOR] CONSTANTINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol radié debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI INVIC-TO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), avec un PLN en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Londinium [LN]) et un T / F (marque de séquence?) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (op. cit., v. vi, pp. 119-120, 133), cette pièce aurait été frappé par la première officine de l’atelier de Londinium (Londres) vers le milieu de 310 EC.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Soli Invicto Comiti), ERIC (Constantinus); RIC v. 6: 121a; acsearch, BM, catawiki, CoinArchives, FAC, numista, vcoins, WildWinds (text, image), yorkcoins. Voir aussi ma fiche.

IMG_0667-0676La troisième pièce est un très beau Follis (F [Fine], AE [Bronze], 21 x 22 mm, 4.033 g, payé environ $5 le 1985/06/16, patine brune, flan un peu tordu avec quelques taches de vert-de-gris et une importante incrustation rougeâtre sur le revers; die-axis: ↑↗︎). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] CONSTANTINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol radié debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI INVIC-TO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), avec un PLG en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Lugdunum [LG]) et un S / F (marque de séquence?) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, pp. 117-118, 122), cette pièce aurait été frappé par la première officine de l’atelier de Lugdunum (Lyons) vers 313-314 EC.

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Soli Invicto Comiti), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 3; acsearch, CoinArchives, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0813-0816La quatrième pièce est un beau Follis (VG [Very Good], AE, 22 mm, 4.009 g, payé environ $7, patine brun foncé avec vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] CONSTANTINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol radié debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI INV-I-CTO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), avec un PLG en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Lugdunum [LG]) et un F / T (marque de séquence? Possiblement T / F) dans le champs de part et d’autre.

Cette pièce est très difficile à dater car la césure “INV-I-CTO” semble très rare à l’atelier de Lugdunum (et pourtant je vois assez clairement le PLG en exergue). Cette césure est plus fréquente pour d’autres ateliers (comme Aquilée, Arelate, Londinium, Ostie ou Rome). Même la marque de séquence est incertaine. S’il s’agit de F/T, comme je l’ai d’abord cru, alors la pièce daterait de 309-310 comme pour la première pièce ci-haut (RIC  v. 6, #310) mais il ne semble pas y avoir de mention de cette césure à cette époque. La marque de séquence pourrait également être T/F (puisque cette césure semble présente à Lugdunum à cette époque mais pas pour le type spécifique de cette pièce) et la datation serait alors de 314-315 (RIC v. 7, 16 [p. 123]). 

Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Soli Invicto Comiti), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 16 ?; acsearch, CoinArchives, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_0730-0733La cinquième pièce est beau Follis (VG [Very Good], AE, 18 x 18.5 mm, 2 g, payé environ $6 le 1987/07/16, patine vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et cuirassé à droite, avec l’inscription latine CONSTANTINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS].  Le revers illustre un Sol radié debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI INVIC-TO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), avec un BTR en exergue (marque de la seconde officine [B = Beta] de l’atelier de Treveris [TR]) et un T / F (marque de séquence?) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (op. cit., v. vii, pp. 149-152, 172-173), cette pièce aurait été frappé par la seconde officine de l’atelier de Augusta Treverorum (Treveris ou Trèves) en 316 EC.

Je me suis souvent demandé ce que pouvait bien signifier les marques de séquences mais je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante. J’ai l’hypothèse que cela pourrait être les initiales des officiers en charges des ateliers, comme c’était le cas sous la République. Quelqu’un a aussi proposé que le T / F soit une abréviation pour Temporum Felicitas (“Temps de bonheur/prospérité”) mais j’en doute car cela n’expliquerait pas les autres marques de séquence comme A/S, S/F ou F/T. Je vais donc continuer à chercher et je trouverai bien un auteur (peut être quelque part dans le RIC) qui donne une explication.

 Sources: Wikipedia (Constantinus [FR/EN]), Google, FAC (Constantinus, Soli Invicto Comiti), ERIC (Constantinus); RIC v. 7: 105; CoinArchives, CoinArchives, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

On remarque d’abord que toutes les pièces présentées aujourd’hui ont été frappé en Occident, ce qui est normal puisque Constantinus a toujours été le tétrarque (César) Herculéen qui était en charge de la partie ouest de l’Empire, avec sa capitale régionale situé à Augusta Treverorum (Trèves) près de la frontière du Rhin. Il peut donc sembler étrange que, dès qu’il a été seul au pouvoir, il ait déplacé sa capital en Orient, à Byzance (renommée Constantinople pour l’occasion). Il y a trois raison pour cela: d’une part l’Empire s’était beaucoup étendu à l’Est donc déplacer la capitale à Byzance permettait de la re-centrer sur l’Empire. Byzance était également très proche de Nicomédie, la capitale régionale de l’Orient où il avait grandit à la cour de Diocletianus, et s’établir a proximité était une façon de se réclamer de la légitimité du lieu. Finalement, il était toujours plus prudent d’installer le gros de ses troupes près de l’endroit où se retrouvait la plus grande menace et Byzance le rapprochait de la frontière du Danube et de la Mésopotamie.

Il peut également paraître bizarre qu’un empereur très associé au christianisme ait frappé autant de pièces de monnaie à l’effigie du dieu solaire païen Sol Invictus. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’avant de se convertir au christianisme, Constantinus était un fervent adepte du “Soleil Invaincu”. Comme toute les religion orientale, ce culte solaire était très populaire auprès des soldats. En 274, après sa victoire sur Zenobia, Aurelianus en fait le culte principal de l’Empire, dans l’espoir que cela ait un effet unificateur sur les cultures très diversifiées de l’Empire, et lui dédit un temple à Rome sur le Champ de Mars où l’on célèbre le “Jour de naissance du Soleil“ (Dies Natalis Solis) le 25 décembre. Il était donc normal que Constantinus, en tant que soldat, en soit un adepte et, qui plus est, qu’il l’utilise dans sa propagande pour accroître la fidélité de ses troupes. Toutefois, avec le IVe siècle, une autre religion orientale rivalise avec la popularité de Sol Invictus: le christianisme. Si la propagande veut bien nous faire croire que Constantinus s’y soit converti à cause d’une vision qui lui promettait la victoire, il est beaucoup plus probable qu’il l’ai adopté pour des raisons politiques et stratégiques: le christianisme était devenu plus populaire et un meilleur instrument pour fidéliser l’armée. Plus tard, en mars 321, il instaurera le “jour du soleil” (dies Solis, i.e. dimanche) comme un jour de repos obligatoire — poussant encore plus loin ce syncrétisme qui a réunit plusieurs éléments des deux cultes.

La semaine prochaine nous continuons notre survol du règne de Constantinus avec cinq autres pièces de monnaie. (Désolé si cette publication a été mise en ligne tardivement mais depuis la mi-mai des migraines récurrentes et un récent mal de dos me rendent le travail difficile…)

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 55

Les tétrarchies (6)

Licinius II (317-324 EC) 

Valerius Licinianus Licinius Junior (dit Licinius II) est né en juillet ou août 315 possiblement à Nicomédie. Son père est l’empereur romain Licinius et sa mère est Flavia Julia Constantia, la demi-soeur de Constantinus (elle est né du second mariage de Constantius Chlorus avec Flavia Maximiana Theodora). À peine âgé de deux ans, il est nommé césar, en même temps que ses cousins Crispus (âgé de dix-sept ans) et Constantinus II (âgé de sept mois!), le 1er mars 317. Il est nommé Consul une première fois avec son oncle Constantinus en 319, puis une seconde fois avec son père en 321. En mars, il célèbre également ses quinqennalia (cinq ans de règne en tant que césar). Toutefois, la même année, Constantinus nomme ses deux fils (Crispus et Constantinus II) comme co-consuls pour l’Occident ce qui fait que l’Empire aura exceptionnellement quatre consuls au lieu de deux — ce qui contribue à exacerber les tensions en les co-empereurs. Ceux-ci s’étaient déjà affronté dans une première guerre civile en 316 (période que Licinius II passe en sureté auprès de sa mère à Sirmium) mais 321 marque la rupture définitive entre Licinius et Constantinus. 

Après une série d’affrontements, Licinius est vaincu par Constantinus le 18 septembre 324. Constantia intercède auprès de son frère pour que son époux et son fils soient épargnés. Licinius II perd alors son titre de césar et Licinius se retire à Thessalonique. Cependant, craignant sans doute qu’il ne devienne l’inspiration d’une rébellion, Constantinus fait exécuter Licinius au printemps 325. Il a probablement hésité à faire assassiner son neveux mais il fait tout de même exécuter Licinius II l’année suivante à Pola (en 326). Ce n’est pas clair si les deux événements sont liés mais, la même année à Pola, Constantinus fait également exécuter son propre fils, Crispus (né de sa première épouse, Minervina) car il aurait été accusé d’adultère avec sa belle-mère (Fausta, seconde épouse de Constantinus). C’est du moins ce qui disent Zosimus et Zonaras, mais il est bien possible que Crispus ait comploté contre son père ou que Constantinus ait simplement été jaloux de la popularité de son fils… Cela démontre bien le peu de scrupule que Constantinus avait de se débarrasser de la compétition. Il n’a pas pris le risque d’attendre que Licinius II prenne la toge virile et devienne une menace potentielle. Licinius II n’avait que onze ans lors de son décès mais aura tout de même été césar pendant sept ans.

IMG_0593-0597J’ai deux pièces de monnaie de Licinius II. La première est un assez beau follis réduit (AE3, G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 2.503 g, payé environ $7, patine verdâtre avec traces de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste du (très) jeune césar lauré et drapé à gauche, portant un globe et un sceptre dans la main gauche et une mappa dans la main droite, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] VAL[ERIVS] LICIN[IANVS] LICINIVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Notre Seigneur Valerius Licinianus Licinius Très Noble César”). Le revers illustre Jupiter debout à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant une petite victoire dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, avec l’inscription latine IOVI CONSER-VATORI CAESS[ARVM] (“À Jupiter Protecteur des Césars” — le double “S” dénote un pluriel), un SMK en exergue (Sacra Moneta Kyzici, marque presqu’illisible de l’atelier de Cyzique) ainsi qu’une couronne et une lettre grecque (marque d’officine illisible, possiblement un “A” [alpha] ou un “𝞒” [gamma] mais cela pourrait en fait être n’importe laquelle des huit officines) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 644), cette pièce aurait été frappée à Cyzique (dans une officine indéterminée) vers 317-320 EC. Elle ne fait que reprendre un type fréquent chez son père (voir mon entrée précédente).

Sources: Wikipedia (Licinius II [FR/EN], mappa), Google, FAC (Licinius II, Iovi Conservatori, Jupiter, mappa, Victory), ERIC (Licinius II); RIC v. 7: 11; CoinArchives, CoinProject, Numista, WildWinds (text, images A, B, 𝞒, 𝞓, E, S, Z, H). Voir aussi ma fiche.

IMG_0610-0618La deuxième pièce est un beau follis réduit (AE3, VG [Very Good], AE [Bronze], 18 x 19 mm, 2.916 g, payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine brune et une important rognure à 135º qui donne une forme plutôt ovale à la pièce; die-axis: ↑↓). L’avers présente une tête du jeune césar laurée à droite, avec l’inscription latine LICINIVSNOB[ILISSIMVS] CAES[AR] (“Licinius Très Noble César”). Le revers illustre un VOT[A] • V (Vota quinquennalibus) sur deux ligne dans une couronne, avec l’inscription latine CAESARVM NOSTRORVM (“Voeux pour le cinquième [anniversaire de règne] de nos césars”) et un QA en exergue (marque de la quatrième officine [Q = Quartus] de l’atelier de Arelate [A]).

Selon le RIC (op. cit., pp. 230, 259), cette pièce aurait été frappée par la quatrième officine de l’atelier de Arelate (Arles) en 321 EC. Elle correspond à la série de type “VOT XX” de son père (que j’ai déjà expliqué dans une entrée précédente). Toutefois, après la frappe de ce type, plusieurs ateliers Occidentaux comme Arelate, sous le contrôle de Constantinus, cesseront d’émettre des pièces au noms de Licinius et de son fils, démontrant bien la fracture entre les deux co-empereurs en 321.

Sources: Wikipedia (Licinius II [FR/EN]), Google, FAC (Licinius II), ERIC (Licinius II); RIC v. 7: 231; Sear RCV (1983): 3714; acsearch, CGB, CoinArchives, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Les pièces de monnaie de Licinius II ne nous apprennent pas grand chose sur son bref règne car elles ne font que reprendre des types de pièces de Licinius. Elle sont toutefois utiles pour confirmer la chronologie des événements du règne de son père.

La semaine prochaine nous abordons la dynastie des Constantiniens, qui marque une époque fondamentale de l’histoire de l’Empire Romain avec le début de l’Empire Byzantin. Je vous présenterai donc un premier groupe de pièces de monnaie de Constantinus, dont j’ai une douzaine de pièces.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 54

Les tétrarchies (5)

Avant de poursuivre avec la seconde partie de la vie de Licinius, je tiens à souligner que je me consacre à cette chronique sur la vie des empereurs romains à travers les pièces de monnaie de ma collection depuis maintenant une année ! J’ai débuté en vous présentant une belle pièce de Lucius Verus (un denarius datant de 167-168) le 3 septembre 2020 et j’ai poursuivi (avec un superbe tétradrachme athénien) dans un ordre plus ou moins chronologique, avec quelques apartés sur les femmes romaines, les royaumes environnants, puis un retour sur les Julio-Claudiens, jusqu’à la fin de la crise du IIIe siècle et l’avénement des tétrarchies. La riche dynastie des Constantiniens, mes horribles pièces byzantines et diverses autres monnaies m’offriront probablement assez de matériel pour continuer une autre année… Peu m’importe qu’on me lise tant que je me garde l’esprit actif et que je m’amuse à approfondir (et à partager) mon savoir — cet immense puits de connaissances largement inutiles qu’est mon esprit ! Alors beatus natalis omnibus amatoribus antiquis denarios !

Licinius (308-324 EC)  (2)

Après que Caius Valerius Licinianus Licinius ait vaincu Maximinus et purgé toute trace de son entourage en 313, la tétrarchie n’est plus qu’un souvenir. L’empire est maintenant dirigé par seulement deux empereurs: Licinius en Orient et Constantinus en Occident. Pendant une brève période où se maintient l’équilibre des pouvoirs, Licinius (qui s’est établit à Nicomédie) fait campagne contre les Perses Sassanides et les Goths et, à l’été 315, son épouse Constantia lui donne un fils, Valerius Licinianus Licinius Iunior. Toutefois, la méfiance de l’un envers l’autre étant croissante, l’inévitable conflit fini par éclater: Constantinus, accusant Licinius d’héberger l’auteur d’un complot, marche contre son co-empereur en 316, prends Siscia (capitale de la Pannonie) puis le défait à la bataille de Cibalae. Licinius doit fuir à Sardique (en Thrace) où il nomme Valens, l’un de ses généraux, co-empereur. Après des négociations infructueuses, les deux armées s’affrontent à nouveau en décembre 316 à la bataille de Mardia. Faute d’une victoire décisive, les négociations reprennent en janvier 317 et, après un accord en mars, Licinius doit concéder une partie de son territoire et faire exécuter Valens. En échange, il est nommé co-consul avec Constantinus et son fils, Licinius II, est nommé Nobilissimus Caesar avec les fils de Constantinus, Crispus et Constantinus II. 

Cette trêve précaire dure environ six ans, période durant laquelle Licinius est occupé à défendre ses frontières (notamment contre un invasion de Sarmates en 318). Dès 320, la tension monte alors que Constantinus accuse Licinius de renouer avec la religion traditionnelle (dont le culte jupitérien) et la persécution des chrétiens. Le conflit éclate à nouveau en 323 lorsque des troupes de Constantinus, à la poursuite de pillards Goths, pénètrent en Mésie supérieure, un territoire sous le contrôle de Licinius. Constantinus marche à nouveau contre Licinius qu’il affronte en une série de batailles. Après avoir été défait à Andrinople en juillet 324, Licinius se réfugie à Byzance. Il nomme Martinianus, l’un de ses hauts fonctionnaires, son co-empereur et l’envoi à Lampsaque pour tenter, sans succès, d’intercepter Constantinus. Pendant que son père fait le siège de la ville, Crispus attaque la flotte largement supérieure de Licinius, sous le commandement de l’Amiral Abantus, et l’anéantit en deux batailles navales qui se déroulèrent dans l’Hellespont (Dardanelles). Voyant le vent tourner, Licinius abandonne Byzance pour traverser en Bythinie, à Chalcédoine, où il rejoint les troupes de Martinianus et des auxiliaires wisigoths, et affronte l’armée de Constantinus le 18 septembre 324 lors de la bataille de Chrysopolis. L’armée de Constantinus, menée par son étendard chrétien, le labarum, amorce un assaut frontal massif et massacre les troupes de Licinius. Celui-ci s’enfuit à Nicomédie mais il concède la défaite dès le lendemain, après que Constantia ait négocié pour que les vies de son époux et de son fils soient épargnées. Ils seront exilés à Thessalonique mais, dès le printemps suivant (325), Constantinus les fera exécuter et leur imposera une damnatio memoriae. Licinius n’aura régné sur l’Empire Romain qu’une quinzaine d’année. Avec lui, la guerre civile de la tétrarchie prends fin et Constantinus règne alors seul sur l’Empire.

Je vous présente ici trois autres pièces de monnaie de Licinius.

IMG_0549-0561La première de ces pièces est une belle petite dénomination (Half-centenionalis, Follis Réduit ou AE3, VG [Very Good], AE [bronze], 18 x 18.5 mm, 2.295 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brun foncé avec quelques traces vert foncé; die-axis: ↑↓). L’avers présente une tête de l’empereur laurée à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICI-NIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine D[OMINI] N[OSTRI] LICINI INVICT[I] AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Licinius invincible Auguste”) et un TT (marque de la troisième officine [T = Tertius] de Ticinium [T]) en exergue.

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 380), cette pièce a été frappé par la troisième officine de l’atelier de Ticinium (Pavie) en 320-321 EC.

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Dominus, laurel wreath, Ticinium, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 146; acsearch, coinproject, numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0566-0571La deuxième pièce est une très belle petite dénomination très similaire à la pièce précédente (Half-centenionalis, Follis Réduit ou AE3, F [Fine], AE [Bronze], 17.5 x 18 mm, 2.154 g, payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine brune et une légère fêlure à 30° sur l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers offre une tête de l’empereur laurée à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICI-NIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre un VOT[IS] •  XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]…”) sur deux ligne au centre d’une couronne de laurier, avec l’inscription latine DOMINI • N[OSTRI] • LICINI AVG[VSTI] (“…de Notre Seigneur Licinius Auguste”) et un • AQ S • (marque de la seconde officine [S = Secundus] de l’atelier de Aquileia [AQ]) en exergue.

D’après le RIC (op. cit., p. 404), cette pièce a été frappé par la seconde officine de l’atelier de Aquileia en 321. 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Aquilea, denomination, Dominus, laurel wreath, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 86; acsearch, augustuscoins, coinproject, coinscalkinsc, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0577-0587La troisième et dernière pièce est une assez belle petite dénomination (AE3, G [Good], AE [Bronze], 17 mm, 2 g, caractérisé par un dépôt jaunâtre sur l’avers; die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AIVS] VAL[ERIVS] LICIN[IANVS] LICINIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Jupiter debout de face, la tête tournée à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant une petite victoire sur un globe dans la main droite et un long sceptre dans la gauche, un aigle avec une couronne dans le bec et un captif attaché à ses pieds de part de d’autre, avec l’inscription latine (illisible) IOVI CONS-ERVATORI (“[Dédié] à Jupiter le Protecteur”), un SMANT? (marque de l’atelier d’Antioche [SMANT = Sacra Moneta ANTiochia] avec une marque d’officine illisible) en exergue et un X / II 𝛍  (marque de valeur nominale) sur deux lignes dans le champs droit.

D’après le RIC (op. cit., p. 682), cette pièce a été frappé à l’atelier d’Antioche en 321-23. Malheureusement la marque de l’officine est illisible (cela pourrait donc être n’importe laquelle parmi les huit officines qui ont frappé ce type). Les caractères dans le champs droit serait une marque de la valeur nominale de la pièce. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un X au dessus d’un Pi  et d’un Gamma — et certaines source en ligne l’indiquait comme “X / II Mu” — mais, toujours selon le RIC (op. cit., p. 12-13), il s’agirait plutôt d’un X au-dessus d’un II pour faire X II (12) suivi d’un symbole représentant un semis (demi) pour totaliser 12 1/2. Cela serait l’indication de la dévaluation du follis (le follis réduit). 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Antioch, Iovi Conservatori), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 35; acsearch, CoinArchives, Numista, WildWinds (text B, image B, image 𝜟, image 𝜠,  image 𝜢). Voir aussi ma fiche.

Ces trois pièces de monnaie nous permettent les réflexions suivantes sur le règne de Licinius:

Une des caractéristiques des pièces présentées cette semaine est le type de revers avec un “VOT XX“ que j’ai déjà discuté la semaine dernière. Toutefois, selon le RIC (op. cit., p. 390), la similitude des deux “VOT XX” frappées à Aquileia et Ticinium pourrait être due au fait que “le type de Ticinium ait été apporté à Aquilée lors de la réorganisation des ateliers monétaires de 320-21 dans le but d’augmenter la production des monnaies en Europe de l’Est”.

Avec ces pièces, nous voyons apparaître une nouvelle titulature: le Dominus Noster (DN). Au IVe siècle la titulature des empereurs tombe souvent dans le superlatif (Nobilissimus Caesar, par exemple, qui signifie “le plus noble des césars”) et l’usage du DN (Dominus Noster = “Notre Seigneur”) tombe probablement dans cette pratique et reflète la réforme de Diocletianus où, avec la tétrarchie, l’Empereur acquiert une nature quasi-divine qui le place bien au-dessus de ses sujets au point où on doit lui vouer un culte (et c’est d’ailleurs pour cette raison que cette période est appelée le “Dominat”, en opposition au “Principat” qui avait caractérisé l’Empire jusqu’alors). Toutefois, elle n’est utilisé qu’après la retraite de Diocletianus et de Maximianus (s’approchant sans doute des types de divinisation comme les DIVO et CONSACRATIO). Les chrétiens utiliseront d’ailleurs aussi ce titre pour qualifier Jésus Christ. Au début, son utilisation est plutôt occasionnelle mais, dès 320, sous Licinius et Constantinus, elle devient beaucoup plus fréquente et tend à remplacer le IMP (Imperator); toutefois, sous Julianus II et Jovianus, elle deviendra la norme. (d’après Augustus Coins, CoinTalk)

La troisième et dernière pièce nous révèle deux choses. D’une part, elle confirme ce que les sources littéraires (comme Eusebius) avaient déjà mentionné (et que Constantinus avait pris à prétexte pour agir contre lui): Licinius semble bien avoir effectué un retour au paganisme en renouant avec la religion romaine traditionnelle  et, comme l’indique cette pièce, particulièrement le culte jovien. L’accusation de Constantinus ne prends donc pas source uniquement dans sa propre propagande. Licinius ne s’est peut-être jamais convertit comme Constantinus mais s’est simplement montré favorable au chrétiens par support pour son épouse Constantia et Constantinus. Cela ne prouve pas non plus qu’il ait repris les persécutions (quoi que c’est ce que Constantinus lui reprochait). Il peut simplement avoir invoqué la protection du dieu jovien (son protecteur, car il est toujours l’Auguste Jovien) par superstition et pour rassurer ses troupes dont il dépendait plus que jamais alors que le conflit avec Constantinus devenait de plus en plus imminent.

D’autre part, cette même pièce démontre bien la dévaluation du follis. Cela reste un sujet controversé et sur lequel les spécialistes ne s’entendent pas. Le RIC dit en effet (RIC, op. cit., pp. 8-9) que “Peu de problèmes monétaires ont causé plus de controverse que ceux concernant la monnaie de bronze du IVe siècle. (…) Constantin ne créa aucune nouvelle monnaie de bronze; sa pièce de bronze était le follis tétrarchique dont le poids diminuait progressivement. (…) il est clair que la monnaie de bronze du IVe siècle était non fiduciaire, c’est-à-dire que la valeur des pièces était déterminée par leur valeur métallique.” Dès 320, dans la partie de l’Empire contrôlé par Licinius, on remarque une réduction de la production de folles et une diminution du nombres d’officines (de 37 à 22) des différents ateliers monétaires. C’est à ce même moment que plusieurs de ateliers monétaires (Antioche, Cyzique, Héraclée, Nicomédie) utilisent sur leurs pièces cette marque de valeur nominale (12 1/2). Elle ne sera plus utilisée par la suite mais il est claire que le follis a maintenant une valeur réduite. On ignore le nom que les romains donnaient à ces petites dénominations et c’est pourquoi les numismates modernes utilisent une nomenclature basée sur la taille de la pièce: par exemple, la dénomination la plus commune, AE3, correspond aux pièces de bronze de 17 à 21 mm; la AE2 correspond à 20 -26 mm et la AE1 correspond à 26-30 mm.

Finalement, il est a noter que toutes les pièces que j’ai mentionné cette semaine sont considérées comme rares. Selon le système du RIC, elles sont classées entre R1 et R3, c’est-à-dire qu’il existe entre quatre et douze pièces connues de ces types (évidement c’était le cas lors de la compilation du répertoire dans les années soixante mais d’autres pièces ont sûrement été découvertes depuis).

La semaine prochaine nous abordons le bref règne de Licinius II dont j’ai deux pièces.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.244]

Conium maculatum 

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[ Canon PowerShot S5 IS, Jardin botanique, 2013/06/18]

IMG_3904La Grande ciguë (appelé hemlock en anglais) est une espèce de plante qui appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae), la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), l’ordre des Apiales, à la famille des Apiaceae (ou Umbelliferae qui inclus plus de trois milles espèces telles la carotte, le  céleri, le  cerfeuil, la coriandre, le  fenouil, le panais, le persil, etc.) et au genre Conium. C’est une plante herbacée bisannuelle qui fleurie la seconde année et qui est caractérisée par une longue tige (un à trois mètres) cylindrique, glabre, très ramifiée, d’une texture cireuse et tachetées de rouge-pourpre surtout dans le bas. Ses feuilles sont alternes et divisées (pennatiséquées trois à cinq fois) en une forme triangulaire. À l’extrémité des tiges dressées on retrouve de petites fleurs blanches qui poussent sur de long pédoncules et qui sont regroupées en ombelles. Elle a une odeur désagréable (surtout quand on froisse ses feuilles) qui rappelle l’urine de chat ou de souris. Son nom provient du latin conium (dérivé du grec κώνος / kónos / “cône” ou possiblement de κώνειος / koneios / ”tourner, tourbillonner” en référence à la sensation de vertige que peut causer son ingestion) et maculatum (signifiant “maculé, moucheté, taché”).

Au moyen-âge on lui attribuait des propriétés occultes mais dès l’antiquité elle était surtout connue  pour sa très haute toxicité. Même à très petite dose (150–300 mg), les alcaloïdes qu’elle contient (surtout la conine mais aussi du méthyl-éthyl-coniine, de la pseudoconhydrine, de la conhydrine et de la pipéridine) interfèrent avec le système nerveux périphérique causant la mort par paralysie respiratoire (avec des troubles digestifs, des céphalées, de la perte de sensation et de force musculaire, des convulsions, de l’insuffisance rénale, et une paralysie ascendante). Il faut donc faire bien attention de ne pas la confondre avec des plantes de la même famille (comme le persil, le panais et la carotte). Les Athéniens l’utilisaient pour exécuter leurs condamnés, l’exemple le plus connu étant Socrate. Toutefois, pour obtenir une mort paisible, telle que Platon la décrit à la fin de son Phédon, les grecs y ajoutaient probablement d’autre drogues comme la datura et l’opium. (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles et hellénistes)

LXVI. – À ces mots, Criton fit signe à son esclave, qui se tenait près de lui. L’esclave sortit et, après être resté un bon moment, rentra avec celui qui devait donner le poison, qu’il portait tout broyé dans une coupe. En voyant cet homme, Socrate dit : « Eh bien, mon brave, comme tu es au courant de ces choses, dis- moi ce que j’ai à faire. – Pas autre chose, répondit-il, que de te promener, quand tu auras bu, jusqu’à ce que tu sentes tes jambes s’alourdir, et alors de te coucher ; le poison agira ainsi de lui-même. » En même temps il lui tendit la coupe. Socrate la prit avec une sérénité parfaite, Échécrate, sans trembler, sans changer de couleur ni de visage; mais regardant l’homme en dessous de ce regard de taureau qui lui était habituel : « Que dirais-tu, demanda-t-il, si je versais un peu de ce breuvage en libation à quelque dieu ? Est-ce permis ou non ? – Nous n’en broyons, Socrate, dit l’homme, que juste ce qu’il en faut boire. – J’entends, dit-il. Mais on peut du moins et l’on doit même prier les dieux pour qu’ils favorisent le passage de ce monde à l’autre ; c’est ce que je leur demande moi-même et puissent-ils m’exaucer ! » Tout en disant cela, il portait la coupe à ses lèvres, et il la vida jusqu’à la dernière goutte avec une aisance et un calme parfaits. 

Jusque-là nous avions eu presque tous assez de force pour retenir nos larmes ; mais en le voyant boire, et quand il eut bu, nous n’en fûmes plus les maîtres. Moi-même, j’eus beau me contraindre; mes larmes s’échappèrent à flots ; alors je me voilai la tête et je pleurai sur moi-même ; car ce n’était pas son malheur, mais le mien que je déplorais, en songeant de quel ami j’étais privé. Avant moi déjà, Criton n’avait pu contenir ses larmes et il s’était levé de sa place. Pour Apollodore, qui déjà auparavant n’avait pas un instant cessé de pleurer, il se mit alors à hurler et ses pleurs et ses plaintes fendirent le cœur à tous les assistants, excepté Socrate lui-même. « Que faites-vous là, s’écria- t-il, étranges amis ? Si j’ai renvoyé les femmes, c’était surtout pour éviter ces lamentations déplacées ; car j’ai toujours entendu dire qu’il fallait mourir sur des paroles de bon augure. Soyez donc calmes et fermes. » En entendant ces reproches, nous rougîmes et nous retînmes de pleurer. 

Quant à lui, après avoir marché, il dit que ses jambes s’alourdissaient et il se coucha sur le dos, comme l’homme le lui avait recommandé. Celui qui lui avait donné le poison, le tâtant de la main, examinait de temps à autre ses pieds et ses jambes ; ensuite, lui ayant fortement pincé le pied, il lui demanda s’il sentait quelque chose. Socrate répondit que non. Il lui pinça ensuite le bas des jambes et, portant les mains plus haut, il nous faisait voir ainsi que le corps se glaçait et se raidissait. Et le touchant encore, il déclara que, quand le froid aurait gagné le cœur, Socrate s’en irait. Déjà la région du bas-ventre était à peu près refroidie, lorsque, levant son voile, car il s’était voilé la tête, Socrate dit, et ce fut sa dernière parole : « Criton, nous devons un coq à Asclèpios ; payez-le, ne l’oubliez pas. – Oui, ce sera fait, dit Criton, mais vois si tu as quelque autre chose à nous dire. » À cette question il ne répondit plus ; mais quelques instants après il eut un sursaut. L’homme le découvrit : il avait les yeux fixes. En voyant cela, Criton lui ferma la bouche et les yeux. 

LXVII. – Telle fut la fin de notre ami, Échécrate, d’un homme qui, nous pouvons le dire, fut, parmi les hommes de ce temps que nous avons connus, le meilleur et aussi le plus sage et le plus juste.” 

[Platon, Phaedon, trad. Émile Chambry, La Bibliothèque Électronique de Québec, vol. 4, ver. 1.01. Pour une traduction anglaise voir Plato’s Phaedo, translated by F.J. Church, NY: The Liberal Arts Press, 1951 sur bard.edu]

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Monnaies anciennes 53

Les tétrarchies (5)

Licinius (308-324 EC)  (1)

Valerius Licinianus Licinius est né en Mésie vers 265 dans une famille de paysans Dace. Il a fait une carrière militaire où il a rapidement gravit les échelons jusqu’à devenir général sous Galerius (dont il était un proche ou une ami d’enfance). Il participe à la campagne contre les Perses Sassanides en 298, négocie avec Maxentius en 307 puis se voit confié l’armée d’Orient. Après la conférence de Carnuntum, le 11 novembre 208, il accède à la tétrarchie alors qu’il est nommé l’Auguste Herculéen (Occident) avec Constantinus comme César. Il commande l’armée des Balkans (dans les provinces d’Illyrie, de Thrace et de Pannonie) et fait campagne contre les Sarmates en 310. À la mort de Galerius, en mai 311, débute une longue lutte de pouvoir pour le contrôle de l’Empire entre Maximinus, Constantinus, Licinius et l’usurpateur Maxentius (fils de Maximianus). Alors que Maxentius renforce sa position en Italie, Licinius et Maximinus s’entendent pour se partager les provinces orientales. Toutefois, afin d’avoir les mains libres pour affronter Maxentius, Constantinus fait une entente avec Licinius où celui-ci accepte de rester neutre dans le conflit — ce qui pousse Maximinus à s’allier avec Maxentius. Ce dernier sera cependant défait par Constantinus à la bataille du pont Milvius le 28 octobre 312. Pour sceller leur entente, en mars 313, Licinius épouse Constantia, la demi-soeur de Constantinus, qui lui donne un fils en juillet 315 (Licinius Junior). En avril 313, les deux empereurs promulguent conjointement l’Édit de Milan qui confirme et complète l’édit de tolérance religieuse décrété par Galerius en 311, accordant la liberté de culte à toutes les religions et, donc, aussi aux chrétiens. Au même moment, Maximinus décide d’attaquer Licinius. Il assiège et prends Byzance, puis Héraclée. Les deux armées s’affrontent à la bataille de Tzirallum le 30 avril 313 et c’est Licinius qui en sort vainqueur. Il ne reste alors plus que deux opposants, Licinius et Constantinus, qui se partagent l’Empire et s’affronteront à deux reprises. [La suite la semaine prochaine]

J’ai cinq pièces de monnaie de Licinius (et deux de son fils, Licinius II). Aujourd’hui je vous en présente deux.

 

IMG_0531-0535La première est une très belle pièce de petite dénomination (Follis ou AE3 ?, VF/F [Very Fine/Fine], AE [Bronze], 19 mm, 2.825 g, payé environ $5 le 1985/06/16, patine verdâtre; die-axis:  ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LICINIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Sol radié debout à droite, regardant à gauche, nu sauf une chlamyde à travers l’épaule gauche, tenant un globe dans la main gauche et levant la main droite, avec l’inscription latine SOLI IN-VI-CTO COMITI (“[Dédié] au compagnon (ministre?) du Soleil Invaincu”), un PARL (marque de la première officine [P = primus] de l’atelier de Arelate [ARL]) en exergue et les lettres SF (marques de séquence des frappes) dans le champs de part et d’autre.

Selon le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 239), cette pièce a été frappé par la première officine de l’atelier de Arelate (Arles) en 315-316. Elle exprime probablement l’intérêt marqué de Licinius pour le culte solaire.

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN], Sol [FR/EN], Sol Invictus [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Sol, Sol Invicto, Comiti, Sol Invicto Comiti), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 67; CGBFR, CoinArchives, numista, Licinius, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0540-0544La seconde pièce est une très belle petite dénomination (Follis ou AE3?, F [Fine], AE/BI [Bronze argenturé / Billon], 18 mm, 3.1145 g, payé environ $10, argenture encore apparente mais avec d’important dépôts rougeâtre et verdâtre sur la partie inférieure de l’avers; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur casqué et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] LI-CINIVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre deux captifs ligotés et assis au pied d’un étendard (vexillum) inscrit d’un VOT[IS] XX (Votis Vicennalibus = “Voeux pour le vingtième [anniversaire de règne]”), avec l’inscription latine VIRTVS EXERCIT[VS] (“la valeur / le courage de l’armée”), et un PT en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Ticinium [T]).

Selon le RIC (op. cit., p. 377), cette pièce a été frappé par la première officine de l’atelier de Ticinium (Pavie) en 319-320. En plus d’offrir les vœux décennaux, cette pièce représente encore une fois une exemple où la propagande impériale encense la valeur de l’armée (et flatte son égo) afin de s’assurer de sa loyauté. 

Sources: Wikipedia (Licinius [FR/EN], Vexillum [FR/EN]), Google, FAC (Licinius, Exercitus, standard, vexillum, Virtus, Virtus Exercit, vota, VOT XX), ERIC (Licinius); RIC v. 7: 116; Sear RCV (1983): 3708; acsearch (01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09, 10), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Ces deux pièces de Licinius mettent en lumière autant d’aspects de la société du Bas-Empire Romain. 

Le premier aspect est religieux. Les romains pratiquaient un polythéisme très large où se superposaient le culte traditionnel des ancêtres et des génies locaux (les Lares — un vestige de croyances animistes primitives — dont Maximinus était fervent), une version romanisée des dieux olympiens et toute une collection de diverses religions orientales (cultes à mystère, mithraïsme, Sol Invictus, Judaïsme, Christianisme, etc.). Ces dernières étaient particulièrement populaire parmi l’armée, surtout auprès des soldats qui avaient voyagé en Orient. C’était sans doute le cas de Licinius. La plupart de ces religions, polythéistes, ne s’opposaient à être pratiquer auprès d’autres cultes et reconnaissaient le culte Impérial. Toutefois, les religions monothéiste (comme le Judaïsme et le Christianisme) ne voyaient pas d’un très bon oeil le fait d’intégrer le panthéon romain ce qui posa problème au Bas-Empire alors que la base du pouvoir impériale reposait sur la nature quasi-divine de l’empereur. S’y opposer ou le refus d’y participer s’apparentait à la rébellion ou à la trahison et c’est pourquoi le Christianisme était persécuté — pour des raisons essentiellement politiques. Toutefois, la popularité croissante des religions orientales a amené le pouvoir à prendre éventuellement une position plus tolérante, d’où la proclamation de l’Édit de Milan. La génération de Licinius sera probablement la dernière à pratiquer un culte solaire comme Sol Invictus (dont la grande fête, le Dies Natalis Solis [“Jour de naissance du Soleil”], se célébrait au solstice d’hiver, c’est-à-dire le 25 décembre!) car sous Constantinus le Christianisme sera non seulement toléré mais deviendra la religion officielle de l’Empire! [Voir RIC, op. cit., pp. 48-50]

La deuxième pièce, où un étendard offre des voeux pour le vingtième anniversaire du règne de Licinius, nous introduit à l’idée des “voeux public”. “Il était d’usage à Rome de faire des “vœux publics” aux calendes de janvier, quand les consuls étaient élus, pour la sûreté de l’Empire, et deux jours avant les nones du même mois pour la conservation des empereurs. D’autres “voeux” étaient prononcés lors d’événements spéciaux ou à certains moments périodiques. (…) Les “vœux décennaux” datent du règne d’Augustus (…). Ces vœux décennaux ont été tenus très régulièrement par les successeurs d’Augustus, et sont mentionnés pour la première fois sur les monnaies d’Antoninus Pius.” Plus tard, ils furent célébrés à cinq ans d’intervalle. Ils étaient soit entrepris (vota suscepta), soit accomplis (vota soluta) et parfois même anticipés.[d’après “Vota” in Stevens S.W., Smith C.R. & Madden F.W., Dictionary Of Roman Coins. London: Bell & Sons, 1889. Voir aussi le RIC, op.cit., pp. 56-61.]

La semaine prochaine je continue à vous présenter des pièces de Licinius (pour m’alléger la tâche j’ai décidé de ne présenter que deux ou trois pièces à la fois)…

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 52

Les tétrarchies (4)

Maximinus (310-313 EC)

Daza (ou Daïa selon Lactantius) est né le 20 novembre c. 270 près de Felix Romuliana dans une famille de paysans d’origine Thrace mais il prendra par la suite le nom de Maximinus (par convention il est généralement appelé Maximinus II ou Maximinus Daza pour le distinguer de Maximinus Thrax). Comme il était le fils de la soeur de Galerius et s’était probablement distingué comme officier militaire, ce dernier l’a adopté et nommé son César (son second) lorsqu’il est devenu Auguste en mai 305 lors de l’abdication de Diocletianus et Maximianus. Il prend alors le nom de Gaius Valerius Galerius Maximinus. En tant que César jovien il était en charge de la Syrie et de l’Égypte (il a d’ailleurs été le dernier monarque à détenir le titre de Pharaon d’Égypte). Il se retrouve rapidement impliqué dans la guerre civile qui divise les tétrarques. Après la conférence de Carnuntum en novembre 308, lorsque Licinius est devenu Auguste avec Galerius, les deux Césars (Maximinus et Constantinus) sont nommé filii Augustorum (“fils des Augustes”). Il fait une campagne militaire contre les Perses Sassanides en 310 puis, après la mort de Galerius en mai 311, se partage l’Orient avec Licinius. Toutefois lorsque Licinius fait cause commune avec Constantinus, Maximinus s’allie avec l’usurpateur Maxentius. L’affrontement direct avec Licinius devient inévitable mais ce dernier le défait à la bataille de Tzirallum le 30 avril 313. Il meurt de maladie plusieurs mois lus tard, en août, après avoir fuit à Nicomédie puis à Tarse. Étant très dévoué à la religion romaine, il aurait ignoré l’Édit de tolérance de Galerius et commis de nombreuses persécutions contre les Chrétiens. Toutefois, il aurait éventuellement adoucie sa position pour accepter l’Édit de Galerius et même émettre son propre édit de tolérance peu de temps avant sa mort.

J’ai trois pièces de monnaie de Maximinus, que je vous présente (comme à mon habitude) dans l’ordre (croissant cette fois) de qualité.

IMG_0459-0465La première pièce est un follis plutôt passable (Fair, AE [Bronze], 22 mm, 5 g, patine verte avec beaucoup de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers présente la tête du césar laurée à droite, avec l’inscription latine (partiellement lisible, à peine) GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche près d’un autel, avec un modius sur la tête, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche, de laquelle coule un liquide, et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO CA-ESARIS [*?] (“le génie [esprit protecteur] du prince”). Malheureusement, aucune marque d’atelier ou d’officine n’est visible… (mais il s’agit probablement de ANT / E).

Toutefois, selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967 — voir index) cette titulature et ce type de revers a été frappé à Alexandrie (ALE) en 308 (#64, 71, 78) ou 308-310 (#99/100), à Antioche (ANT, mais l’inscription du revers comporterait une étoile à la fin: GENIO CA-ESARIS*, ce qui pourrait être le cas ici) en 308 (#81, 87a, 94), 308-309 (#103), 309 (#110), 309-10 (#118a), 310 (#132a) et 310-11 (#146), à Cyzique (MK) en 308 (#34) ou encore à Héraclée en 306-307 (#32), 308-309 (#36) et 309-10 (#40). 

Cette pièce a donc définitivement été frappée en Orient et, comme la plupart de mes pièces de cet empereur proviennent d’Antioche il est fort probable que celle-ci a été frappé à la même place. D’autant plus que seules les pièces d’Antioche semblent comporter l’étoile à la fin de l’inscription du revers et l’autel devant lequel le Genius sacrifie. Elle date aussi définitivement de 305-310 EC (dates où Maximinus a été césar), et la seule référence que j’ai trouvé à la présence d’un autel (WildWinds) est pour une pièce qui date de 310-11 EC (RIC op. cit.: 146, pp. 607 & 638).

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, Genio Caesaris, modius), ERIC (Maximinus); RIC vol. 6: 146; coinarchives, FAC, nobleromancoins, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0477-0491La seconde pièce est un beau follis (VG [Very Good], AE [Bronze], 27 mm, 7.814 g, payé environ $5 le 1985/01/06, patine brune; die-axis:  ↑↓). L’avers présente une tête du césar laurée à droite avec l’inscription latine GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO POPV-LI ROMANI (“le génie du peuple romain”), un ANT (marque de l’atelier d’Antioche) suivi d’un point en exergue et un Z (Zeta, marque de la sixième officine) dans le champs droit.

Selon le RIC (op. cit., p. 624) il s’agit donc d’une pièce frappée à Antioche en 305 EC.

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, Genio Populi Romani), ERIC (Maximinus); RIC v. 6: 71c; BeastCoins (image), CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0469-0472La troisième pièce est un très beau follis (F [Fine], AE [Bronze], 24 mm, 6.002 g, payé environ $7-10, patine brunâtre avec quelques dépôts vert et rouge; die-axis:  ↑↓). L’avers présente une tête de l’empereur laurée à droite (les lacets de la couronne de laurier ne sont pas parallèles mais divergents, et la troncation est arrondie), avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AIVS] GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMINVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout à gauche, avec un modius sur la tête, nu sauf pour une chlamyde en travers de l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main gauche, de laquelle coule un liquide, et une corne d’abondance de la main droite, avec l’inscription latine GENIO IMP-ERATORIS (“le Génie des empereurs”), un ALE en exergue (marque de l’atelier d’Alexandrie), un K et un P dans le champs inférieur de part et d’autre, ainsi qu’un croissant et un 𝞒 (gamma, marque de la troisième officine) dans le champs supérieur de part et d’autre.

IMG_0469tiesSelon le RIC (op. cit., pp. 657, 682) cette pièce aurait été frappé à Alexandrie en 311 EC. Toutefois ma pièce (qui comporte des lacets divergents mais avec une troncature arrondie) n’est pas décrite exactement dans le RIC qui ne présente que l’option parallèle/arrondie pour le Groupe V i. Il n’est pas exceptionnel de voir des variantes de type qui échappent aux répertoires.

Sources: Wikipedia (Maximinus [FR/EN]), Google, FAC (Maximinus, Genius, modius), ERIC (Maximinus); RIC v. 6: 139b; acsearch, acsearch, BeastCoins, CoinArchives, CoinTalk, WildWinds. Voir aussi ma fiche.

CORRECTION (oups!)

Pour la première fois depuis le début de cette chronique je me retrouve avec une pièce mal identifiée. J’avais erronément noté sur ma fiche qu’il s’agissait d’une pièce de Maximinus alors qu’il s’agit en fait d’une pièce de Galerius!

IMG_0454-0457Cette pièce est un assez beau radiate post-réforme (G [Good], AE/BI [Bronze argenturé / Billon], 20 mm, 1.899 g, payé environ $7, patine verdâtre, die-axis: ↑↑). L’avers offre un buste du césar radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine (dont la première partie est illisible) GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMIANVS NOB[ILISSIMVS] CAES[AR]. Le revers illustre le césar debout à droite (sur la gauche), recevant une petite Victoire sur un globe de Jupiter à droite (tourné vers la gauche), qui tient un long sceptre, avec l’inscription latine CONCORDIA MIL-ITVM (“[Dédié] à l’harmonie avec les soldats”), un ANT en exergue (marque de l’atelier d’Antioche) et un Z (Zeta, marque de la sixième officine) surmonté d’un croissant dans le champs centre (sous la Victoire).

Selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967, p. 622), ce type de Concordia Militum n’a été frappé à Antioche (avec un croissant au-dessus de la marque d’officine) qu’en 297 EC. Cette pièce représente un élément important de la propagande impériale qui exprime la stabilité de l’empire, celle-ci étant impossible sans une armée satisfaite qui ne se révolte pas à tout bout de champs. Il est donc important de maintenir et de promouvoir la bonne entente avec les troupes…

Sources: Wikipedia (Galerius [FR/EN]), Google, FAC (Galerius, Concordia Militum), ERIC (Galerius); RIC v. 6: 63b; Augustuscoins, FAC, vcoins. Voir aussi ma fiche.

Les nombreux types de pièces avec des Genio romains expriment probablement la dévotion de Maximinus envers la religion traditionnelle.

De fois, l’identification des pièces de monnaie romaine est vraiment pénible et chronophage. Il semble qu’avec le Bas-Empire c’est de plus en plus difficile… J’ai passé tout mon week-end sur cette entrée !!

La semaine prochaine nous aborderons le règne de Licinius !

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Images du mer-fleuri [002.021.230]

Tanacetum parthenium 

[ iPhone 11 Pro, de horto suo, 2021/08/13]

Je vous ai déjà amplement entretenu de la camomille (l’an dernier et la semaine dernière), mais j’aimerais ajouter quelques détails sur la Grande Camomille (qu’on appel parfois chrysanthème en français ou feverfew en anglais). Comme les autres camomilles cette espèce appartient à la division des Magnoliophyta (ou Angiospermae), la classe des Magnoliopsida (ou Dicotyledonae), l’ordre des Asterales, et à la famille des Asteraceae (ou Compositae). Le genre Tanacetum (dont l’origine du nom est inconnue) inclue plus d’une centaine d’espèces de tanaisies (comme la Tanacetum vulgare [Tanaisie / tansy] ou la Tanacetum balsamita [menthe-coq ou tanaisie des jardins / costmary]), de pyrèthres (comme la Tanacetum cinerariifolium [Pyrèthre de Dalmatie / Dalmatian chrysanthemum]), et de camomilles. C’est l’une des trois espèces de camomilles qui a des propriétés médicinales (avec la Matricaria chamomilla et la Chamaemelum nobile). Ce qui la distingue de la Matricaria chamomilla (ou Petite camomille) c’est qu’elle est vivace (au lieu d’être annuelle), elle se développe en plusieurs tiges (et non une seule tige ramifiée) et que ses feuilles sont bipennées en trois à six segments larges (ce qui fait que le feuillage ressemble plus à celui du chrysanthème qu’à celui des camomilles). Selon les botanistes elle a tour à tour été classé dans quatre genres différents avec des noms comme Chrysanthemum parthenium (d’où le fait qu’on l’appelle parfois Chrysanthème — la similitude de leur parfum en est une autre raison), Leucanthemum parthenium, Matricaria parthenium (Grande camomille), et Pyrethrum parthenium (Pyrèthre doré). Le nom latin de l’espèce provient du grec παρθενιον (parthenion / “virginité”). 

Dès l’antiquité elle est considérée comme une plante médicinale. Elle est mentionné par le botaniste grec Dioskoridês (Peri hulês iatrikês / De materia medica 3, 150) et le naturaliste romain Plinius (Historia Naturalis 21, 104 — voir ci-bas pour le texte complet). Ce dernier dit que “le parthénium leucanthès (…) pousse dans les bordures des jardins, a une fleur blanche, une odeur de pomme et un goût amer”. Il la recommande en bain de siège contre les inflammations de la matrice et en cataplasme (?) pour tirer la bile noire soulageant ainsi les vertiges (migraines?) et les calculs. De nos jours elle est utilisé surtout en tisane et pour son huile essentielle qui contient des lactones sesquiterpéniques (surtout le parthénolide), des monoterpènes (principalement le camphre et l’acétate de bornyle) et des flavonoïdes (tels que quercétine, apigénine, lutéoline, chrysoériol, etc.). Sans véritables études cliniques, on lui attribut des effets anti-inflammatoire ainsi que sur la prévention des céphalées et des dysménorrhée. L’inhibition des prostaglandines et des spasmes des muscles lisses vasculaires aideraient donc a prévenir les migraines. Toutefois, comme les autres camomilles, elle est contre-indiquée aux femmes enceintes, peut causer des réactions allergiques ou interagir avec les anticoagulants et les nombreux médicaments qui sont métabolisés par le foie (comme les NSAIDs).

Sous prétexte que cela soignait les migraines ma femme a insisté pour que je mange des feuilles de grande camomille. Je les ai recraché aussitôt ayant eut l’impression d’avoir mordu dans un flacon de Vicks VapoRub ! Outre l’extrême amertume, le goût très désagréable provient probablement à la haute teneur en camphre de la feuille de grande camomille… C’est sans doute pour cela qu’elles sont surtout utilisé en infusion. De toute façon c’est probablement tout aussi inefficace contre les migraines que le Rizatriptan prescrit par la neurologue… Je préfère donc admirer la grande camomille pour ses qualités ornementales… (Sources: Wikipedia et divers sites horticoles ou latinistes)

Plinius, Historia Naturalis, Liber XXI, Cap. CIV (§176):

Parthenium alii leucanthes, alii amaracum vocant, Celsus apud nos perdicium et muralem. nascitur in hortum saepibus, flore albo, odore mali, sapore amaro. ad insidendum decocta in duritia vulvarum et inflammationibus, sicca cum melle et aceto inposita bilem detrahit atram. ob hoc contra vertigines utilis et calculosis. inlinitur et sacro igni, item strumis cum axungia inveterata. magi contra tertianas sinistra manu evelli eam iubent dicique cuius causa linguae subiere ut mox in cyatho aqua devoretur.” (Texte latin de l’édition de Loeb; Voir aussi le texte latin de Naturalis Historia. Pliny the Elder. Karl Friedrich Theodor Mayhoff. Lipsiae. Teubner. 1906)

Parthenium is called leucanthes by some and amaracum by others. Celsus, among the latin writers calls it perdicium and murals. It grows in the hedges of gardens, and has a white flower, the smell of apple and a bitter taste. A decoction of this plant is used to make a sitz-bath for induration and inflammation of the womb, and the dried plant is applied with honey and vinegar to bring away black bile. For this reason it is good for dizziness and stone in the bladder. It is used as an application for erysipelas, and also with old axle-grease for scrofulous sores. For tertian argues the Magi recommend us to gather it with the left hand without looking back, while saying for whose sake it is being gathered; then a leaf of it should be placed under the tongue of the patient to be swallowed presently in cya thus of water. (transl.: Jones, W.H.S. Pliny Natural History vol. VI. (Loeb Classical Library). Cambridge, Harvard University Press, 1961, pp. 284-87) [See also the translation of John Bostock]

Le parthénion (parietaria diffusa, L.) est appelé par les uns leucanthes, par les autres amnacus. Celse (De re med., II, 33), entre les Latins, le nomme perdicium et muralis. Il croît dans les haies de jardins, porte une fleur blanche, est d’une odeur désagréable et d’un goût amer. Avec la décoction on fait un bain de siège, dans les duretés et les inflammations de matrice. Sec, avec du miel et du vinaigre, en suppositoire, il évacue l’atrabile, propriété qui le rend avantageux contre les vertiges et les calculs. On en fait un topique pour l’érysipèle, et, avec du vieux oing, pour les écrouelles. Pour les fièvres tierces, les mages recommandent de le cueillir de la main gauche, et de dire, sans se retourner, pour qui on la cueille; puis, d’en mettre une feuille sous la langue du malade, et de la lui faire avaler un moment après dans un cystite (0 litr., 045) d’eau. (Émile Littré, Paris : Dubochet, 1848-1850) [Je ne suis pas très satisfait de cette traduction]

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Monnaies anciennes 51

Les tétrarchies (3)

Galerius (305-311 EC)

Gaius Galerius Valerius Maximianus est né vers 258 à Felix Romuliana (Mésie Sup.) dans une famille thrace modeste (des paysans). D’abord surnommé Armentarius (“Berger”) il change son surnom lorsqu’il s’engage dans la légion romaine où il gravit rapidement les échelons. Il sert sous Aurelianus, Probus et Carus, puis impressionne suffisamment Diocletianus pour qu’il le nomme préfet du prétoire et lui offre sa fille Valeria en mariage (il répudie sa première épouse et prend le nom de Valerius). Avec la création de la Tétrarchie [pour plus de détails, voir mes entrées sur Diocletianus et Maximinianus], à Sirmium le 1er mars 293, Diocletianus le nomme César (son second et héritier) et il reçoit le titre de Nobilissimus Caesar (“le plus noble césar”). Le duo jovien se retrouve en charge de l’armée d’Orient, ainsi Diocletianus supervise l’Asie et l’Égypte alors que Galerius, lui, assure la défense de la Grèce et de l’Illyrie. 

Dès lors, son rôle est surtout militaire: il fait campagne contre les Sarmates (294), contre les Carpes et les Bastarnes (295-96) puis contre les Perses Sassanides (296-98). Il subit d’abord une défaite à Callinicum mais prend par la suite Nisibe. Toutefois, au lieu de pousser plus loin en territoire Perse, à la demande de Diocletianus il négocie plutôt la Paix de Nisibe (298/99). Il doit rapidement retourner sur la frontière danubienne où les Sarmates et les Carpes s’agitent à nouveau (302-303) mais est de retour à Rome en novembre 303 pour célébrer son triomphe sur les Perses ainsi que la vicennalia (vingtième anniversaire) des deux empereurs et les decennalia (dixième anniversaire) des deux césars. Diocletianus, âgé et malade, convainc son collègue Maximianus qu’il est temps pour eux d’abdiquer le pouvoir au profit de leur césars respectifs, ce qu’ils font le 1er mai 305, mettant ainsi fin à la première tétrarchie. 

Galerius et Constantius deviennent donc les nouveaux Auguste et se choisissent chacun un césar: Galerius prends Maximinus et Constantius prends Severus. Mais ce choix mécontente Maximianus, car il se fait au détriment de son fils Maxentius, et il s’en suit une longue querelle de succession [pour les détails voir mon entrée sur Maximinianus] que Galerius tente de régler avec la conférence de Carnuntum en novembre 308 mais sans grand succès. Il restera le principal Auguste (jovien), tantôt seul tantôt avec Licinius comme co-empereur, et avec Maximinus et Constantinus comme césars. Dans ses efforts pour unifier l’Empire, Diocletianus a tenté de supprimer toutes les opposions à son autorité (qui était certes politique mais surtout religieuse) et, ce faisant, a particulièrement persécuté les chrétiens. Toutefois ces persécutions se sont révélées inefficaces et c’est pourquoi Galerius, vers la fin de sa vie (peut-être pour se donner bonne conscience), y met fin avec l’Édit de Sardique. À l’hiver 310, alors qu’il tombe malade (d’un cancer colorectal ou de gangrène de Fournier), Galerius se réfugie dans son palais de Felix Romuliana (en Dardanie, nommé ainsi en l’honneur de sa mère Romula) où il meurt le 5 mai 311. Il y est inhumé en présence de Licinius. La tétrarchie se termine définitivement avec une lutte à finir pour le pouvoir — qui oppose Licinius, Maximinus, l’usurpateur Maxentius et Constantinus — qui ne prendra fin qu’avec la victoire de ce dernier en 324…

IMG_0384-0389La seule pièce de monnaie que j’ai de Galerius est ce très très beau antoninianus / aurelianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze argenturé / Billon], 22 x 22 mm, 3.568 g, payé environ $6 le 1985/06/16, caractérisé par une patine brun pâle grisonnante avec des traces d’argenture et quelques dommages de surface affectant une lettre des inscriptions sur chacun des côtés; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine GAL[ERIVS] VAL[ERIVS] MAXIMIANVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Très Noble César”). Le revers illustre deux Concordiae se serrant la main et tenant chacune une corne d’abondance (cornucopiae), avec l’inscription latine CONC-ORDIA AVGG [VSTORVM] (le double “G” dénote une dualité, donc “l’entente des deux empereurs”) et un B en exergue (marque de la deuxième officine).

Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, p. 304), cette pièce aurait été frappée à Lugdunum (Lyon) vers 293-294 EC. C’est donc un aurelianus d’avant la réforme de Diocletianus.

Sources: Wikipedia (Galerius [FR/EN], Concordia [FR/EN]), Google, FAC (Galerius, Concordia, cornucopia, NOB C), ERIC (Galerius); RIC v. 5, pt. 2: 678; ARC, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Cette pièce représente bien le début de la tétrarchie, en 293, alors que Galerius a été nommé le césar de l’Auguste jovien, Diocletianus. La propagande impériale y représente la bonne entente (symbolisée par les Concordiae qui se serrent la main) entre l’Auguste et son César pour rassurer l’Empire que ce nouveau régime politique apportera la prospérité (symbolisée par les cornucopiae) et la stabilité à laquelle la population aspire. Un autre bel exemple de cette propagande est la fameuse statue représentant les quatre premiers tétrarques s’embrassant les uns les autres. Sculptée dans le porphyre rouge au IVe siècle (c. 305 EC), elle fut ramené de Constantinople par la Quatrième Croisade en 1204 et elle peut être vue de nos jours sur un coin de la Basilique Saint-Marc à Venise, tout près de la “Porta della Carta“.

Ce qui est dommage c’est qui il a deux tétrarques pour lesquels je n’ai aucune pièce de monnaie (vais-je résister à la tentation de corriger cette situation?). Le plus important d’entre eux est Constantius (surnommé plus tard par les byzantins “Chlorus” [du grec χλωρός / khlōrós / “vert”, “pale”, “frais” ou “juvénile”]) qui fut d’abord le césar herculéen pour Maximianus, puis le remplaça en tant qu’Auguste heculéen lorsque celui-ci abdiqua en 305. Je traiterai de Constantius lorsque j’aborderai son fils, Constantinus, car ce dernier joua un rôle extrêmement important dans l’Histoire de l’Empire Romain (et pour lequel j’ai une douzaine de pièces de monnaie!). Je n’ai pas de pièce non plus pour Severus, qui remplaça Constantius comme Auguste herculéen à la mort de ce dernier en juillet 306, mais il ne joua brièvement qu’un rôle mineur dans la tétrarchie alors ce n’est pas une absence importante dans ma collection…

La semaine prochaine nous aborderons un autre tétrarque, Maximinus II dit Daïa (ou Daza), dont j’ai quatre pièces de monnaie.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 50

Les tétrarchies (2)

Maximianus (285-305, 306-308, 310 EC)

Marcus Aurelius Valerius Maximianus est né vers 250 à Sirmium (en Pannonie) dans une famille de marchands. Il n’est pas très éduqué mais il est rigoureux et honorable ce qui fait de lui un excellent militaire. Il épouse la syrienne Eutropia qui lui donne deux enfants: Maxentius (c. 278) et Fausta (c. 298). Il sert avec Diocletianus sous Aurelianus, Probus et, possiblement, Carus. Ami fidèle de Diocletianus, il est probablement à ses côtés lorsqu’il est proclamé empereur par les troupes le 20 novembre 284 à Nicomédie. Ce dernier le nomme Caesar (son second) en juillet 285, puis Augustus (co-empereur) l’année suivante, soit en avril 286. Pour assurer la pérennité du pouvoir et la stabilité de l’Empire, Diocletianus juge qu’il est préférable d’avoir deux empereurs qui se partagent la gestion du territoire: Diocletianus commande l’armée d’Orient et Maximianus celle de l’Occident. Il décide également de légitimer le pouvoir en l’ancrant dans la religion pour en faire une position non plus militaire ou politique mais sacrée (un peu comme dans le cas des monarchies de droit divin). Diocletianus prends alors le titre de Iovius (représentant et protégé de Jupiter) et Maximianus celui de Herculius (représentant et protégé d’Hercule).

Pendant que Diocletianus s’efforce de consolider l’Empire par de nombreuses réformes (militaires, administratives et économiques), Maximianus est surtout occupé à protéger les frontières. Il doit défendre la Gaule contre le soulèvement des Bagaudes, des invasions de Germains (Burgondes, Alamans et Hérules) et la révolte du Général Carausius qui se déclare Empereur du Nord, régnant pendant sept ans sur un Imperium Britanniarum qui incluait la Bretagne, une bonne partie du Nord-Ouest de la Gaule ainsi que toutes les côtes de la Manche. Toutefois, Maximinianus ne réussit pas à reconquérir l’Empire de Carausius. Les empereurs se rencontre à Mediolanum en décembre 290 ou janvier 291 pour réitérer publiquement leur solidarité et pour se concerter. Diocletianus constate que le duumvirat demeure insuffisant pour bien contrôler la vaste étendue de l’Empire et instaure donc la tétrarchie en 293 (voir mon entrée sur Diocletianus pour les détails), où chacun des deux co-empereurs se choisit un César parmi ses meilleurs officiers. Diocletianus prends comme second Galerius et Maximianus sélectionne Constantius. 

Constantius a plus de succès dans le nord de la Gaule alors qu’il réussit à vaincre les alliés francs de Carausius, puis envahit la Bretagne pour défaire définitivement son successeur, Allectus. Pendant ce temps, Maximianus va rétablir l’ordre en Maurétanie où les tribus berbères se rebellent (Maures, Quinquegentanei et Bavares). Par la suite il se repose dans ses palais de Mediolanum et d’Aquileia, pendant que Constantius continue d’affronter les Francs et les Germains sur la frontière rhénane, et ne se rend à Rome que pour célébrer les vingt ans de règne de Diocletianus (vicennalia) en 303 et pour officier les Jeux séculaires en 304. Le 1er mai 305, malgré les réticences de Maximianus, les deux co-empereurs abdiquent leur pouvoir en faveur de leur césars et se retirent dans leur palais (Diocletianus près de sa ville natale et Maximianus en Campanie ou en Lucanie).

Maximianus est mécontent du choix des deux nouveaux césars, Severus et Maximinus, qui se fait au détriment de son fils Maxentius, et considère que Galerius (le nouvel empereur jovien) a trop de pouvoir. Lorsque Constantius meurt le 25 juillet 306, son fils Constantinus se déclare son successeur. Cependant, Galerius s’y oppose, nommant plutôt Severus, et propose à Constantinus d’être le césar de celui-ci à la place. Maxentius est jaloux de Constantinus et se déclare empereur, le 28 octobre 306, avec le support de son père. Ils font le siège contre Severus à Ravenne où celui-ci est tué le 16 septembre 307. Alors que Maxentius se replie sur Rome, Maximianus conclut une alliance avec Constantinus (en le mariant à sa fille Fausta) où se dernier donne son support à Maxentius tout en restant neutre contre Galerius. Pour mettre fin au conflit, Galerius convoque la conférence de Carnuntum le 11 novembre 308 et demande à Diocletianus d’arbitrer la querelle. Maximianus doit donc abdiquer de nouveau et se retire à la cour de Constantinus, ce dernier redevient césar et l’on nomme Licinius comme co-empereur herculéen. Quand à Maxentius, en tant qu’usurpateur, il conserve le contrôle de la ville de Rome et d’une partie de l’Italie jusqu’à ce que Constantinus l’y déloge lors de la bataille du pont Milvius le 28 octobre 312.

Maximianus n’a toutefois pas dit son dernier mot. En 310, il se rebelle contre Constantinus qui est occupé à faire campagne contre les Francs. Cependant, l’armée reste fidèle à Constantinus et Maximianus doit se réfugier à Massilia, où il ne réussit pas non plus à gagner le support de la population. Il est capturé en juillet mais Constantinus, magnanime, lui offre une mort honorable par suicide. Son mausolée sera découvert en 2018 à Milan.

J’ai trois pièce de monnaie de Maximianus. Comme à mon habitude, je vous les présente, non pas par ordre chronologique, mais par ordre de qualité…

IMG_0359-0361La première est un très très beau antoninianus / aurelianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze argenturé / Billon], 22 mm, 4.089 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine brunâtre avec traces d’argenture; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, cuirassé (et drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] MAXIMIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Pax (Paix) debout à gauche, tenant une petite victoire sur un globe et un long sceptre, avec l’inscription latine PAX A-VGG[VSTORVM] (“la Paix des deux empereurs”) et un “C” en exergue (marque de la troisième officine).

Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 212-213, 267), cette pièce aurait été frappée à Lugdunum (Lyon) vers 290-294 EC. C’est donc un aurelianus d’avant la réforme de Diocletianus.

Sources: Wikipedia (Maximianus [FR/EN]), Google, FAC (Maximianus, Pax), ERIC (Maximianus); RIC v. 5, pt. 2: 399; Sear RCV (1983): 3517; acsearch, ARC, BeastCoins, CoinArchives, CoinProject (B: 01, 02), Numismatics, WildWinds (B: text, image; S: text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0375-0380La deuxième pièce est un très beau follis / nummus (F [Fine], AE [Bronze], 26 mm, 10.334 g, payé environ $8 le 1985/12/17, caractérisé par une patine brune avec des traces de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre une tête de l’empereur laurée à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] A[VRELIVS] MAXIMIANVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un Génie (Genius) debout de face, la tête tournée à gauche, un modius sur la tête, nu mais avec une chlamyde sur l’épaule gauche, tenant une patère (patera) de la main droite et une cornes d’abondance (cornucopiae) dans la gauche, avec l’inscription latine GENIO POPV-LI ROMANI (“le Génie du Peuple Romain”) et un “” en exergue (marque de la cinquième officine [Epsilon] de l’atelier de Cyzique [K]).

Selon le RIC (Sutherland, C.H.V.; Ed. By Sutherland C.H.V. & Carson, R.A.G. The Roman Imperial Coinage, vol. VI: From Diocletian Reform (294) to the death of Maximinus (313). London: Spink & Son, 1967, p. 580), cette pièce a été frappée à l’atelier de Cyzique en 297-99 EC car elle appartient au groupe I, Aes I (iii) — cette titulature n’apparait que dans ce groupe, le follis est d’un format plus large et l’avers présente une tête plus large. Il s’agit de la première pièce post-réforme que je vous présente.

Sources: Wikipedia (Maximianus [FR/EN]), Google, FAC (Maximianus, Genio Populi Romani, genius, modius, patera, cornucopiae), ERIC (Maximianus); RIC v. 6: 12b; acsearch (01, 02, 03), CoinArchives, NumisBids, RCS. Voir aussi ma fiche.

IMG_0365-0368La troisième et dernière pièce est un assez beau tétradrachme d’Alexandrie (G [Good], Billon (Cu+Zn+Ag) / Potin (Cu+Sn+Pb), 17 x 18 mm, 7.436 g, flan épais (2-3 mm), patine brun pâle avec important dépôt vert-de-gris sur le revers, payé environ $6 le 1985/06/16; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur lauré et drapé à droite, avec l’inscription grecque (difficilement lisible) A K M O VA MA𝚵IMIANOC CEB (Autocrator Kaisaros Markos Orelios VAlerios MAXIMIANOS SEBastos = Imperator Caesar Marcus Aurelius Valerius Maximianus Augustus). Le revers illustre une Elpis (Spes, personnification de l’Espoir) avançant à gauche, tenant des fleurs et relevant l’ourlet de son chiton (tunique), avec la datation L B dans le champs de part et d’autre (L = ΕΤΟΥϹ [année] et Beta = marque de la deuxième année de règne, c’est-è-dire 286/7 EC) et une étoile dans le champs supérieur droit.

Sources: Wikipedia (Maximianus [FR/EN]), Google, FAC (Maximianus, Elpis), ERIC (Maximianus); BMCG v. 15: 2555 [Poole, R.S. British Museum Catalogue of the Greek Coins, v. 15: Of Alexandria and the nomes. (London, 1892), pp. 329]. acsearch, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous abordons le règne de Galerius.

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Monnaies anciennes 49

Les tétrarchies (1)

Avec Diocletianus, j’entre dans un territoire qui ne m’est guère familier: le Bas-Empire romain. J’y ai donc beaucoup à apprendre, ce qui rend l’étude des monnaies de cette époque un peu plus complexe mais aussi très stimulante. C’est une période caractérisée par le fait que le Principat (où l’Empereur est le “prince du Sénat”) est remplacé par le Dominat, un régime autocratique où le (ou les) empereur(s) possède(nt) un pouvoir absolu de droit divin qui serait pratiquement royal s’il n’était collégial (il est d’ailleurs inspiré par les monarchies orientales). L’Empire Romain est très vaste et la crise du IIIe siècle a démontré qu’il faisait face à de nombreux périls (révoltes, invasions, épidémies, dévaluation monétaire, instabilité politique, etc.) et que pour maintenir une administration efficace dans de telles conditions il était nécessaire de diviser le pouvoir, comme Valerianus et Gallienus avaient déjà tenté de le faire. La solution romaine à cette difficulté sera la tétrarchie (qui dédouble l’idée du duumvirat, où le pouvoir est divisé entre un Auguste et un César, en établissant un partage de responsabilités territoriales entre deux Augustes et deux Césars).

Diocletianus (284-305 EC)

Caius Aurelius Valerius Diocletianus est né dans une famille modeste à Salona en Dalmatie le 22 décembre 243/5 sous le nom de Diocles (Διοκλῆς). Il fait une carrière militaire et devient commandant de cavalerie sous l’empereur Carus. Il épouse Prisca c. 284. Après la mort de Carus et de son fils cadet, Numerianus, lors d’une campagne contre les Perses, Diocles est acclamé empereur par ses troupes le 20 novembre 284. Il prend alors le nom de Diocletianus et le titre d’Auguste. Toutefois il doit disputer le pouvoir au fils aîné de Carus, Carinus, qu’il vainc à la bataille du Margus en mars ou en juillet 285. Il doit rapidement repousser des invasions de Quades, Marcomans et de Sarmates. Il réalise que la vie d’un empereur tient à peu de chose (il peut mourir au combat ou être assassiné à tout moment) et la mort d’un empereur peut grandement déstabiliser l’Empire. Un duumvirat (ou dyarchie) — qui n’a rien d’exceptionnel puisque dès le IIe siècle Marcus Aurelius et Lucius Verus avaient co-régné — pourrait mettre fin à l’anarchie militaire. Il nomme donc César (puis Auguste l’année suivante) l’un de ses meilleurs officiers, Maximianus, avec qui il partage la gestion du territoire: Diocletianus commande l’armée d’Orient et Maximianus celle de l’Occident. Leur pouvoir, qui n’était initialement qu’une nomination militaire (et à la rigueur politique si elle était entériné par le sénat), est alors légitimé et ancré dans la religion en devenant sacré (un peu comme dans le cas des monarchies de droit divin): Diocletianus prends le titre de Iovius (représentant et protégé de Jupiter) et Maximianus celui de Herculius (représentant et protégé d’Hercule).

Pour définitivement mettre fin à la crise, Diocletianus entreprend une série de réformes militaires, administratives et économiques. Pour pacifier l’Empire il renforce les frontières en multipliant les forts et les remparts (limes), il fragmente les légions pour créer des unités plus petites mais plus nombreuses et mieux entraînées, puis augmente les effectifs en étendant la conscription aux provinces et en y ajoutant des barbares fédérés. De la même façon, comme le démontre la Notitia dignitatum, il décentralise l’administration, ajoute plus de fonctionnaires en favorisant la classe équestre, subdivise les provinces  en plus petits territoires plus facile à gérer et les regroupe en douze diocèses (l’Italie et l’Égypte perdent alors leurs privilèges). Finalement, il réforme le système monétaire (à partir de la fin de 294, il diminue la valeur de l’aureus, puis crée l’argenteus et une nouvelle monnaie de bronze appelé nummus ou follis; l’ancien antoninianus / aurelianus en billon perdure sous une nouvelle forme que l’on qualifie de “radiate post-réforme”), instaure un nouveau régime fiscal (dès 297 l’impôt foncier est étendu à tout l’Empire et il ajoute un impôt per capita), et fixe tant les salaires que le prix des denrées par l’Édit du Maximum (301).

Le système du duumvirat fonctionne bien mais reste néanmoins encore insuffisant pour bien contrôler la vaste étendue de l’Empire. Diocletianus instaure donc la tétrarchie en 293, où chacun des deux co-empereurs se choisit un César parmi ses meilleurs officiers: Diocletianus prends comme second son gendre Galerius (époux de sa fille Valeria) et Maximianus sélectionne Constantius. La gestion du territoire est répartie entre les tétrarques: Diocletianus (basé à Nicomédie) contrôle l’Asie et l’Égypte, Maximianus (de Mediolanum) contrôle l’Italie, l’Afrique et l’Hispanie, Galère (de Sirmium) est responsable de l’Illyrie et de la frontière danubienne, alors que Constantius (à partir de Augusta Treverorum) est chargé de maintenir l’ordre en Bretagne et en Gaule. Pendant vingt ans ce système offre à l’Empire Romain une stabilité qu’il n’avait pas connu depuis longtemps (ombragé peut-être seulement par d’importantes persécutions contre les chrétiens), au point où, le 1er mai 305, les deux Empereurs se permettent d’abdiquer en faveur de leur césars et de prendre une retraite bien méritée. Maximianus s’installe bien malgré lui en Lucanie et Diocletianus se retire dans un vaste palais (maintenant devenu la ville de Split) près de sa ville natale, où il meurt le 3 décembre 311/12.

Toutefois la tétrarchie, un sytème qui privilégie le mérite des candidats au pouvoir et non l’hérédité, rencontre des difficultés dès la première succession: à la mort de Constantius, le 25 juillet 306, le choix des nouveaux césars (Maximinus Daza et Severus) est contesté par les fils respectifs de Maximianus et Constantius (Maxentius et Constantinus). Le 11 novembre 308, Diocletianus est forcé de sortir de sa retraite pour la conférence de Carnuntum afin d’arbitrer la querelle de succession. Il y est décidé que Maxentius, considéré comme usurpateur et qui avait tué Severus au printemps 307, serait remplacé par un général de Galerius, Licinius. Malheureusement ces luttes de pouvoir entre Galerius, Maximinus, Licinius et Constantinus continuent jusqu’en 324 alors que seul Constantinus en sort vainqueur.

J’ai quatre pièces de monnaie de Diocletianus. Je vous les présente, non pas par ordre chronologique, mais par ordre de qualité… 

IMG_0321-0324La première pièce est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze argenturé / Billon], 21 mm, 4.188 g, payé environ $6 le 1986/06/16, patine brunâtre/verdâtre, avec trace d’argenture et d’oxydation; die-axis: ↑↓). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, cuirassé (et drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] DIOCLETIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre deux Concordiae, drapées, debout face à face, se serrant la main droite et tenant des cornes d’abondance dans la main gauche, avec l’inscription latine CONCORDIA AVGG[VSTORUM] (“la concorde/harmonie des deux Empereurs”) et la marque d’officine I I en exergue.

J’ai eu beaucoup de difficulté à retracer mon identification initiale de cette pièce et je n’ai trouvé qu’une seule référence en ligne qui la mentionne, ce qui est probablement signe que c’est une pièce rare. Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 223), cette pièce aurait été frappée à Lugdunum (Lyon) en 294 EC — donc avant la réforme. Toutefois, ma pièce semble être une variante puisque le RIC donne comme titulature “IMP DIOCLETIANVS P AVG” alors que ma pièce ne comporte pas de “P”.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN], Concordia [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, Concordia, Concordia Augg, edict on price), ERIC (Diocletianus); RIC v. 5, pt. 2: 17; Numismatics. Voir aussi ma fiche.

IMG_0298-0305La deuxième pièce est un beau aurelianus (VG/F [Very Good/Fine], AE/BI [Bronze argenturé/Billon], 21 x 22 mm, 2.906 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brune avec traces verdâtre et rougeâtre; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] C[AIVS] VAL[ERIVS] DIOCLETIANVS P[IVS] AVG[VSTVS]. Le revers illustre les deux empereurs (Diocletianus debout à droite et Maximianus debout à gauche, tenant une lance transversale pointée vers le bas à gauche) face à face, tenant de la main droite un globe surmonté d’une Victoire, avec l’inscription latine VICTORIA AVGG[VSTORVM] (“la victoire des deux empereurs”), et un •XX•I• en exergue (marque de titrage de la réforme d’Aurelianus) ainsi qu’un 𝝘 (gamma, marque de la 3e officine) dans le champs entre les empereurs.

Cette pièce aurait été frappé à l’atelier de Siscia et daterait de 292 EC.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price, Victory), ERIC (Diocletianus); RIC v. V, pt. 2: 278; Sear RCV (1983): 3424; AugustusCoins, CoinProject (01, 02), FAC, Numismatics, WildWinds (text, image), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0308-0315La troisième pièce est un beau antoninianus (F/VG [Fine/Very Good], AE/BI, 21 mm, 3.677 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine verdâtre avec de fort dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] C[AIVS] VAL[ERIVS] DIOCLETIANVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre Jupiter debout à gauche, tenant un foudre (fulmen) de la main droite et un long sceptre dans la gauche, un aigle à ses pieds, avec l’inscription latine IOVI CONSER[VATORI] AVGG[VSTORVM] (“À Jupiter, protecteur des empereurs”), ainsi qu’un SML en exergue (marque l’atelier de Lugdunum) et un A dans le champs droit (marque de la première officine).

Cette pièce aurait été frappé à l’atelier de Lugdunum et daterait de 287-88.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN], Édit du Maximum [FR/EN], Réforme de Dioclétien [FR/EN], Argenteus [FR/EN], Follis [FR/EN], Post-reform radiate [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price, fulmen, Jupiter, sceptre), ERIC (Diocletianus); RIC v. 5, pt. 2: 35; CoinArchives, CoinProject, CoinTalk (Diocletian reform, pre- & post-reform radiate), Numisbids, Numismatics, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0333-0339La quatrième et dernière pièce est un assez beau tétradrachme d’Alexandrie (G [Good], Billon (Cu+Zn+Ag) / Potin (Cu+Sn+Pb), 17 x 19 mm, 8.192 g, flan épais, patine brun pâle, payé environ $5 le 1985/01/06; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription grecque (illisible) A K ΓOY A ΔIOKΛHTIANOC CЄB (Autocrator Kaisaros ? ?? Aurelios DIOKLETIANOS SEBastos = Imperator Caesar Caius? ?? Aurelius Diocletianus Augustus). Le revers illustre une Athena debout à gauche, tenant une nike et s’appuyant sur un bouclier, avec la datation L Δ (4e année de règne, i.e. 287-288) dans le champs gauche.

Sources: Wikipedia (Diocletianus [FR/EN]), Google, FAC (Diocletianus, edict on price), ERIC (Diocletianus); BMCG v. 15: 2484. acsearch, acsearch, acsearch, CoinArchive, FAC. Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Ces pièces de monnaie représentent bien la première tétrarchie (son aspect collégial avec le type de la Concordia et la convergence du pouvoir militaire et religieux avec le type du Iovi Conservatori Augustorum) et sa volonté de réorganiser et de pacifier l’Empire (le type de la Victoria) — quoi que la plupart d’entre elles ont été frappé durant le duumvirat et avant la réforme monétaire de Diocletianus. Cette dernière (en créant de nouvelles dénominations et valeurs) rend d’ailleurs la tâche du numismate un peu plus complexe mais toujours aussi intéressante…

Mais ce n’est pas tout, car la semaine prochaine nous nous intéressons au co-empereur de Diocletianus, Maximianus Herculius.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 48

Les empereurs Illyriens (6)

Carinus (283-285 EC)

Marcus Aurelius Carinus est né vers 250 (249 selon certains, 252-53 selon Malalas, Chronographia, XII, 306 seq.) et était le fils aîné de Carus. Sa famille était originaire soit de Narona en Illyricum (Dalmatia), soit de Narbo Martius (Narbonne) dans la province de Gallia narbonensis. Les monnaies et l’épigraphie lui attestent une épouse, Magnia Urbica (qui reçoit les titres d’Augusta et de Mater castrorum [“Mère des camps”]) et un fils, Nigrinianus, mort en bas âge. Son père devient empereur en septembre/décembre 282 alors que Probus est assassiné par des soldats mutins. Peu de temps après, il associe son fils aîné au pouvoir en le nommant caesar et Prince de la jeunesse. En janvier 283, il le fait co-consul et Augustus, et nomme son fils cadet, Numerianus, caesar et princeps juventutis. Les deux fils reçoivent également le titre d’imperator. Carus part alors faire campagne contre les Perses avec Numerianus et confit l’armée d’Occident à Carinus. Toutefois, tout de suite après avoir pris la ville de Ctésiphon en novembre 283, il meurt dans des circonstances étranges (possiblement frappé par la foudre!) et ses deux fils deviennent donc co-empereurs. Pendant que Carinus mène une vie dissolue à Rome (à moins que ce ne soit de la propagande négative créée par ses opposants?), Numerianus ramène vers Rome son armée réticente à continuer les combats contre les Perses. Il meurt (soit à Émese en Syrie, soit à Chalcédoine en Bithynie) dans des circonstances obscures (possiblement assassiné par son beau-père, Arrius Aper) en novembre 284 et l’armée acclame Dioclès, le commandant de la garde impériale, comme nouvel empereur.

Comme Julianus (le corrector de Vénétie) tente d’usurper le pouvoir, Carinus passe d’abord par l’Italie pour écraser cette révolte à Vérone en mai ou juin 285. Ce n’est que par la suite qu’il marche à la rencontre de Diocles (qui a prit le nom de Diocletianus) en Illyrie. Les deux armées s’affrontent à la mi-juillet (ou au printemps?) 285 près de Viminacium en Mésie, lors de la bataille du Margus. Malgré que son armée tienne bien tête à l’usurpateur, Carinus meurt (soit durant la bataille, soit trahit, soit assassiné par un ou des tribun(s) jaloux de l’attention qu’il portait à son/leurs épouse(s)). Il n’aura régné que deux ans et demi et est considéré par les historiens romains comme l’un des pires empereurs. Son armé se rallie alors à Diocletianus qui devient le seul empereur. Son long règne sera le début d’une nouvelle ère pour l’Empire Romain, celle du dominat et des tétrarchies.

IMG_0174-0180Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Carinus mais c’est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [bronze argenturé / Billon], 21 x 22 mm, 4.115 g, payé environ $6 le 1985/06/16, quelques traces d’argenture et de corrosion; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé (possiblement drapé sur l’épaule) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CARINVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Équité (Aequitas) debout à gauche, tenant une balance (libra) et une corne d’abondance (cornucopiae), avec l’inscription latine AEQVITAS AVGG[VSTORVM — le double “G” dénotant un pluriel [Duorum Augustorum], soit “l’équité des deux Augustes”] et un “A” (marque de la première officine) dans le champs droit.

Cette pièce représente bien la propagande impériale qui exulte les vertus des empereurs alors que l’Aequitas exprime une idée d’égalité, de justice et de prospérité (par le commerce rendu possible par la stabilité de l’état). Selon le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, Vol. V, Part II, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 166) et les diverses sources en ligne, ce type avec une Aequitas et la marque d’officine “A” n’a été frappé qu’à Lugdunum (Lyon) — le type frappé à Rome [RIC 5.2: 238] comportait “KAZ” comme marque d’officine. Le RIC n’offre pas de datation mais les sources en ligne proposent tantôt avril 283, tantôt janvier 284 mais plus fréquemment surtout 283-284, ce qui fait du sens puisque l’inscription “Aequitas Augg” implique le co-principat de Carinus et Numerianus qui s’étend de la mort de Carus en novembre 283 à la mort de Numerianus en novembre 284.

Sources: Encycl. Brit. (1911), Wikipedia ( [FR/EN], Aequitas [FR/EN]), Google, FAC (Carinus, Aequitas, AVGG, cornucopiae), ERIC (Carinus); RIC v. 5, pt. 2: 212; Sear RCV (1983): 3362; acsearch, ARC, CoinArchives (01, 02), CoinProject (01, 02, 03, 04, 05), FAC, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Le troisième siècle est très mal documenté par les auteurs de l’époque qui se contredisent souvent et les sources plus riches, comme l’Historia Augusta, sont malheureusement peu fiables. La causes des événements et leur datation est plutôt flou ce qui ne laisse parfois aux historiens modernes que des hypothèses (qui évoluent et changent au cours des époques et avec les nouvelles découvertes archéologiques). Ce qui fait que, dépendant des sources consultées, les motivations des acteurs et les dates varient grandement. Le pire exemple est la divergence que l’on rencontre entre les versions française et anglaise de Wikipedia! Heureusement l’épigraphie et la numismatique fournissent des ancrages solides qui permettent d’établir une datation plus précise et fiable. Cela explique aussi la grande différence rencontré entre les datations d’ouvrages comme le British Museum Catalogues of Coins ou le Roman Imperial Coinage (écrits à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle) et les sources plus récentes que je consulte en ligne.

La semaine prochaine nous nous intéresserons au règne charnière de Diocletianus dont j’ai quatre pièces de monnaie.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 47

Les empereurs Illyriens (5)

Probus (276-282 EC)

Marcus Aurelius Probus est né en août 232 à Sirmium (en Pannonie, anciennement partie de l’Illyrie). Il fait une brillante carrière militaire et déjà sous Valerianus il avait un important poste de commandement de légion. Il sert dans les campagnes d’Aurelianus et Tacitus le nomme commandant de l’armée d’Orient (dux orientis) à la fin de 275 ou au début de 276. À la mort de ce dernier, l’armée l’acclame empereur et, après avoir rapidement éliminé Florianus, son successeur, son pouvoir est confirmé par le sénat en septembre 276. Son intention est de complèter la restauration de l’empire débuté par ses prédécesseurs mais il doit d’abord continuer la consolidation des frontières. Durant les deux premières années de son règne (276-277), il se consacre à sécuriser la Gaule envahie par des Germains (des Francs et des Alamans), puis reprend le contrôle des Champs Décumates et réorganise le limes du Rhin. Les deux années suivantes (278-79), il fait campagne en Rhétie (contre les Vandales et les Burgondes) et en Thrace (contre des Sarmates) et il conclut même une trêve avec les Perses. En 280-81, il devra également étouffer quelques révoltes et tentatives d’usurpations (Saturninus, Bonosus et Proculus). Vers la fin de 281, il rentre finalement à Rome où il célèbre un triomphe et donne des jeux. Il semble croire (ou est-ce de la propagande?) que la crise est terminée et que l’Empire est pacifié. Il aurait déclaré “Brevi milites necessarios non habebimos” (“Sous peu, nous n’aurons plus besoin de soldats”)!

Pendant ce temps il poursuit les réformes économiques de Aurelianus, surtout en ce qui a trait à l’agriculture: il autorise la viticulture en Gaule et en Pannonie, donne des terres agricoles à coloniser à des Germains, qu’il enrôle également comme auxiliaires dans l’armée en Gaule belgique et le long du Rhin pour former une sorte de bande tampon contre les invasions. Il entreprend de nombreux travaux de constructions et rénovations sur les infrastructures de l’Empire (édifices publics, voirie, drainage, irrigation, plantation, etc.) et amnistie de nombreux acteurs des tentatives de révoltes et d’usurpations. Il nomme le préfet du prétoire Carus commandant de l’armée d’Occident.

En 282, il part faire campagne contre les Perses afin de reconquérir l’Arménie et la Mésopotamie. Les travaux de réfection des infrastructures avaient été confié à l’armée, pour que les troupes ne soient pas oisives en temps de paix. De passage à Sirmium en septembre ou octobre 282, lors d’une tournée d’inspection des travaux, Probus est pris à parti par des soldats mécontents de cette corvée et il est assassiné ! La nouvelle prends une semaine à parvenir à Rome et Carus lui succède. Il n’aura régné que six ans.

J’ai cinq pièces de monnaie de Probus. Les deux premières sont des “Restitutor Orbis” dont l’avers offre un buste de l’empereur radié, cuirassé et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] PROBVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS] (L’Empereur Caesar Marcus Aurelius Probus, Pieux, Heureux, Auguste). Le revers illustre une femme (Orbis?) drapée, debout à droite, présentant une couronne de laurier de la main droite à l’empereur debout à gauche, tenant un globe de la main droite et un long sceptre de la main gauche, avec l’inscription latine RESTITVT[OR] O-RBIS (“Restaurateur du monde”). En exergue on retrouve un XX I (la marque de titrage de la réforme monétaire d’Aurelianus). La seule différence entre les deux pièces réside dans la marque d’officine. 

IMG_0184-0190La première pièce est donc un très beau aurelianus (VG / F [Very Good / Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20 mm, 3.871 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine verte avec trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑) qui se distingue par la marque d’officine dans le bas du champs centre: E ∆ (Epsilon Delta = la neuvième officine ?).

 

IMG_0195-0201La deuxième pièce est un très très beau aurelianus (F / VF [Fine / Very Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20.5 x 22 mm, 3.521 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brunâtre avec encore des traces importantes d’argenture sur le revers; die-axis: ↑↑) qui, cette fois, offre simplement un  B (Beta = seconde officine) dans la bas du champs centre.

Ce type de pièce (avec le Restitutor abrégé en RESTITVT) n’aurait été frappé qu’à Antioche et n’apparait probablement que vers la fin du règne, alors que le succès de l’empereur est apparent (probablement suite à ses victoires contre les Germains), c’est-à-dire vers 280-82 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, Orbis, scepter), ERIC (Probus); RIC v. 5, pt. 2: 925; Sear RCV (1983): 3264; CoinArchives (B), Numista, WildWind (B [text, image], E ∆ [text, image]). Voir aussi mes fiches (Epsilon Delta & Beta).

IMG_0207-0214La troisième pièce est un superbe antoninianus (VF/EF [Very Fine / Extra Fine], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 22 mm, 3.746 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine grisâtre avec encore des traces d’argenture le long des reliefs; die-axis: ↑↓) qui présente un avers avec un buste de l’empereur radié et cuirassé (drapé sur l’épaule?) à droite, et l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] PROBVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas drapée, debout à droite, tenant un long caduceus (caducée) et une cornucopiae (corne d’abondance), avec l’inscription latine TEMPO-R[VM] FELICI[TAS] (“La Félicité du temps”), et un I en exergue (marque de la première officine).

Cette pièce exprime bien l’optimisme (ou la propagande) de Probus face à l’avenir et aurait été frappé à Lugdunum (Lyon). Si les sources en ligne ne s’entendent pas sur la datation (certaines proposent 277, d’autres 281-82), la majorité la situe à la période II, émission 6, 1ère officine, c’est-à-dire entre 278 et 279 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, caduceus, cornucopiae, Felicitas), ERIC (Probus); RIC v. 5, pt. 2:  104; Sear RCV (1983):  3273; AncientCoins, ARC, BeastCoins, calkinsc, catawiki, CGB, CoinProject, CoinTalk, Numismatics, Numista, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0215-2019La quatrième pièce est un très beau antoninianus (F/VG [Fine / Very Good], AE / BI  [Bronze argenté / Billon], 21.5 x 23 mm, 3.765 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine brun foncé avec légère traces de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite, avec la brève inscription latine PROBV-S P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS]. Le revers illustre un trophée militaire (tropæum) entre deux prisonniers, avec l’inscription latine VICTOR-IA GERM[ANICA] (Victoire sur les Germains), et un R A entourant une foudre (fulmen) en exergue (cette inscription n’est pas claire mais on peut tout de même la distinguer suffisamment pour l’identifier).

Le tropæum, un monument destiné à commémorer une victoire militaire, est composé d’une croix de bois à laquelle est accrochée une cuirasse, un casque, des boucliers et des armes (lances, épées, etc.) prisent à l’ennemi vaincu. Sur les monnaies, il est souvent représenté avec deux prisonniers de part et d’autre.

Cette pièce aurait été frappée à la première officine de Rome (R = Rome, A = première officine) durant la 6e émission, ce qui la date en 281 EC — et qui correspond probablement à l’époque de son triomphe à Rome.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN], foudre, fulmen, tropæum [FR/EN]), Google, FAC (Probus, fulmen, tropæum, Victoria Germ), ERIC (Probus), Roman Emperors; RIC v. 5, pt. 2:  223; Sear RCV (1983): 3275; CoinArchives, CoinTalk, Nomos AG,  Numismatics, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

IMG_0233-0242-0227La cinquième et dernière pièce est un assez beau tetradrachme grec impérial d’Alexandrie (VG [Very Good], AE / BI [Bronze (Cu+Sn) avec fort taux de cuivre ? / Potin (Cu+Sn+Pb) ? / Billon (Cu+Zn+Ag)?], 17 mm [épaisseur variant entre 2.5 mm (à 70º) et 4 mm (à 335º)], 7.0864 g, payé environ $5, flan épais à épaisseur variable; exceptionnellement cette pièce a été brossée avec une laine d’acier douce et de l’huile minérale afin de diminuer les concrétions qui obscurcissaient le relief mais il subsiste encore de traces d’oxydation bleu foncé et vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et drapé à droite avec l’inscription grecque A K M A𝝪𝝦 𝝥𝝦𝝧𝝗𝝧𝝨 𝝨𝝚𝝗 (Autokrator Kaisaros Markos AURelios PROBOS CEBastos = Imperator Caesar Marcus Aurelius Probus Augustus). Le revers illustre un aigle à gauche regardant derrière lui (vers la droite) et tenant une couronne de laurier dans son bec, avec un L E de part et d’autre dans le champs.

L’aigle représente bien sûr le dieu Jupiter, mais aussi la légion romaine (aquila) et, par extension, le pouvoir impérial. Comme je l’ai déjà expliqué pour les pièces de Quadratus et de Aurelianus (selon Sear GICV, p. xxv et le FAC), les pièces grecques impériales (ou provinciales) étaient souvent datées avec l’inscription ETOYΣ (έτος, parfois abrégé “ET” ou “L” à Alexandrie, qui signifie simplement “année”) suivie d’une date qui correspondait soit à une ère locale (Césarienne ou Actienne) ou à l’année de règne de l’empereur (ou du monarque local). Dans ce cas-ci, à Alexandrie (selon une tradition empruntée aux Ptolémés), “L E” correspond à la cinquième année du règne de Probus, soit du 29 août 279 au 28 août 280 EC.

Sources: Wikipedia (Probus [FR/EN]), Google, FAC (Probus, Eagle, Potin), ERIC (Probus); BMCG v. 15: 2428; Sear RCV (1983): 3290; BeastCoins, Calkinsc, CoinArchives, CoinProject, CoinProject, CoinTalk. Voir aussi ma fiche (recto, verso).

Bibliographie:

Probus aura régné brièvement mais il a joué un rôle important en complétant les réformes d’Aurelianus (et permettant l’expansion de la culture de la vigne!). Suite à sa mort, le préfet du prétoire Carus (originaire de Narbo Martius) est acclamé empereur vers la fin 282 (entre septembre et décembre). Les assassins de Probus sont rapidement jugés et exécutés. Il associe ses fils Carinus et Numerianus au pouvoir et confit l’armée d’Occident au premier, puis part en campagne avec le second. Il rétablit d’abord l’ordre dans le nord (contre les Sarmates en Pannonie), puis poursuit la campagne de Probus contre les Perses. Il remporte une victoire en prenant les villes de Séleucie et de Ctésiphon mais meurt aussitôt foudroyé (littéralement) en juillet ou août 283 ! Il n’aura donc régné qu’une seule année. Ses fils lui succèdent et prennent le titre d’Auguste à l’automne mais Numerianus meurt en Thrace l’année suivante (novembre 284). Carinus, lui, règnera encore un an.

La semaine prochaine nous concluons l’époque des empereurs Illyriens (et celle de la crise du IIIe siècle) avec le principat de Carinus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 46

Les empereurs Illyriens (4)

Tacitus (275-276 EC)

Si, grâce à des empereurs comme Claudius Gothicus ou Aurelianus, la situation de l’Empire Romain s’est grandement améliorée, la crise du IIIe siècle n’est pas encore tout à fait terminée puisque l’anarchie militaire perdure et les empereurs se succèdent encore à un rythme accéléré. Après l’assassinat malheureux de Aurelianus, un nouvel empereur Illyrien prends le pouvoir…

Marcus Claudius Tacitus est né vers 200 à Interamna (Terni) en Ombrie dans une riche famille sénatoriale et se disait descendant de l’historien Tacitus. Il a été consul en 273 et était président du sénat. Après l’assassinat inopiné d’Aurelianus, l’armée ne trouve aucun candidats méritoires car les généraux expérimentés comme Probus sont tous en mission sur la frontière. Au bout de quelques mois d’interrègne, en septembre ou décembre 275, c’est au sénat que l’on demande de nommer un successeur et le pouvoir impérial est alors offert à Tacitus, qui est septuagénaire ! Ses premiers actes sont de faire diviniser son prédécesseur, de récompenser l’armée par un donativum, et de redonner certains pouvoirs au sénat. Il nomme Probus commandant de l’armée d’Orient (dux orientis) et Florianus (possiblement son demi-frère maternel) préfet du prétoire ainsi que commandant de l’armée d’Occident.

Au début de 276, il se rend lui-même en Asie Mineure pour repousser une invasion de Goths et de Hérules en Cilicie (possiblement des mercenaires de l’armée de Aurelianus). Après la victoire, il reçoit le titre de Gothicus Maximus, mais doit revenir immédiatement pour répondre à une invasion de Francs et de Alamans en Gaule. En chemin, en juin 276, il meurt à Tyane en Cappadoce soit d’une fièvre (selon Eutrope, Aurelius Victor et l’Historia Augusta), soit assassiné (selon Zozimus). 

IMG_0162-0169Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Tacitus et c’est un assez beau aurelianus (G [Good], AE / BI [Bronze argenté / Billon], 20.5 mm, 2.104 g, payé environ $6 le 1985/04/14, patine brunâtre avec une importante usure; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre une buste de l’empereur radié, drapé (et possiblement cuirassé) à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] CL[AVDIVS] TACITVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire (Victoria) ailée debout de face, la tête tournée à gauche, tenant une couronne de laurier de la main droite et une feuille de palmier de la gauche (contre son épaule), avec l’inscription latine VICT-O-RIA AVG[VSTA] (la victoire de l’empereur) et un XXIA en exergue (marques de titrage de la réforme d’Aurelianus et de la première officine de Rome — cela pourrait possiblement aussi être un “XXIR” — “R” pour Rome).

Cette pièce commémore sans aucun doute la victoire de Tacitus contre les Goths en Asie Mineure. La chronologie du règne de Tacitus est un peu floue. Certaines sources en ligne datent cette pièce de novembre-décembre 275 mais, comme la victoire contre les Goths semble avoir eut lieu au printemps 276, elle daterait probablement plus de mars à juin 276. Ce type de revers n’a été frappé qu’à l’atelier monétaire de Rome, et dans ce cas-ci à la première officine (A). Cette pièce est également le premier exemple que j’ai de la réforme monétaire d’Aurélien, où les nouvelles pièces de monnaie en “argent” (les aureliani) sont marqués d’un “XX I” pour garantir qu’elles contiennent un ratio 20 pour 1 de cuivre et d’argent (en fait elle sont donc en billon).

Sources: Wikipedia (Tacitus [FR/EN]), Google, FAC (Tacitus, Victoria), ERIC (Tacitus); RIC v. 5, pt. 1: 97; acsearch, acsearch,  CGB, CoinArchives,  leunumismatik, numismatics, numismatics, numista, RIC-MOM (3479, 3480), WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

À la mort de Tacitus, Florianus tente, avec l’appui du sénat, de lui succéder mais Probus est proclamé empereur par les troupes d’Orient (en Égypte, Syrie, Palestine et Phénicie) et le défait au bout de trois mois grâce à sa grande expérience militaire. L’armée de Florianus se révolte et l’assassine. Probus prend alors le pouvoir et peut ainsi offrir à l’Empire un petit peu plus de stabilité… car il règnera un gros six ans !

La semaine prochaine nous découvrirons donc le règne de Probus dont j’ai cinq pièces de monnaie forts intéressantes.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 45

Les empereurs Illyriens (3)

Aurelianus (270-275 EC)

Lucius Domitius Aurelianus est né le 9 septembre 214 (ou 215) à Sirmium en Pannonie (anciennement l’Illyrie). D’origine humble, il a fait une brillante carrière militaire: il commande d’abord une troupe d’auxiliaires, puis sous le règne de Gallienus il combat les Goths à la bataille de Naissus sous le commandement de Claudius, et sous le règne de ce dernier il est promu commandant de la cavalerie d’élite Dalamatienne (equites Dalmatae) puis Maître de cavalerie (magister equitum). Il vainc les Alamani à la bataille du lac Benacus, puis repousse une autre invasions dans les Balkans. À la mort de Claudius en janvier 270, son frère Quintillus est nommé empereur par le sénat mais en mai les légions acclament plutôt empereur leur général, Aurelianus. 

Il semble que dès le début de son règne Aurelianus s’est donné pour objectif de restaurer la grandeur de l’Empire. En 270-71, il écrase rapidement les nombreux usurpateurs qui contestent son pouvoir, puis repousse les envahisseurs germains du nord de l’Italie (bataille de Fanum Fortunae) et des Balkans — recevant ainsi les titres de Germanicus et Gothicus Maximus. Il abandonne la province de Dacie, qui est trop difficile à défendre, et relocalise les populations en Mésie. Aussi, sachant maintenant Rome vulnérable, il fait entourer la ville d’une fortification. Après avoir consolidé sa position, la priorité suivante est de réunifier l’Empire qui s’était scindé en trois à la suite d’une série de crises internes et d’invasions qui se succédèrent après la mort de Severus Alexander, entre 235 et 268. En 272, il s’attaque d’abord à reconquérir l’Empire palmyrénien. Après avoir défait la reine Zenobia et son fils Wahballat, acquérant le titre de Restitutor Orientis, Aurelianus se tourne vers l’ouest en 273 pour reconquérir l’Empire des Gaules alors sous l’autorité de Tetricus qu’il capture à la bataille de Châlons au printemps 274. Il recevra un triomphe à Rome (où il parade les captifs qu’il a gracié: Zenobia, Tetricus et leurs fils respectifs) ainsi que le titre de Restitutor Orbis (“Restaurateur du monde”).

Aurelianus savait bien qu’il aurait été inutile de rapiécer l’Empire si il ne corrigeait pas les causes même de la crise. Il entreprit donc une série de réformes administratives, religieuses et économiques: il a fait reconstruire des infrastructures vétustes, donne un rôle officiel au culte solaire de Sol Invictus (initiant une tendance vers le syncrétisme monothéiste), améliore la distribution alimentaire, organise les corporations de métiers, fixe le prix des denrées essentielles, combat la corruption des fonctionnaires et dans les ateliers monétaires, mais surtout établit une réforme monétaire en créant l’aurelianus, une pièce de bronze argenté ou de billon avec un meilleur aloi que l’antoninianus (5% d’argent) — réforme rendu possible par l’apport de métaux précieux généré par sa campagne en Orient et la reconquête des mines d’Hispanie et de Bretagne. Il aurait probablement accompli encore plus s’il n’avait été assassiné par des officiers qui craignaient la sévérité de sa discipline alors qu’il se rendait en Orient pour faire une nouvelle campagne militaire contre les Perses. Il meurt à Caenophrurium (en Thrace) en septembre 275. Il semble que son épouse, Ulpia Severina, assura l’interrègne pendant quelques mois en attendant que le sénat nomme Tacitus comme successeur.

J’ai trois pièces de monnaie d’Aurelianus.

IMG_0090-0097La première de ces pièces est un très très beau antoninianus (VF [Very Fine], AE / BI [Bronze / Billon]?, 20 x 21.5 mm, 2.055 g, payé environ $5 le 1985/04/14, patine brunâtre avec de légers dépôts de vert-de-gris et le flan est brisé en deux parties [17 x 20 mm et 4.5 x 14 mm]; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] AVRELIANVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une femme (Oriens? Pax?) drapée, debout à droite, présentant une couronne de laurier de la main droite à l’empereur lauré, en habit militaire, debout à gauche, tendant la main droite et tenant une lance (hasta) de la main gauche, avec l’inscription latine RESTITVT[OR] ORIE-NTIS (“Restaurateur de l’Orient”) avec un P en exergue (marque de la 1ère officine [Primus / Premier] de l’atelier de Mediolanum — j’avoue qu’elle est à peine visible et que ce pourrait être aussi bien un S [Secundus / Second], ou même un *S, *T ou *Q [Secundus / Second, Tertius / Troisième, Quartus / Quatrième, pour l’atelier de Siscia] mais selon moi cela ressemble plus à un “P”).

Cette pièce commémore sûrement la victoire de Aurelianus sur Zenobia, reine de l’Empire Palmyrénien (avec ses victoires à Immae et Émèse), et sur l’usurpateur Firmus en Égypte, ce qui lui a permis de réunifier (restaurer) l’Orient à l’Empire Romain et d’acquérir le titre de Restitutor Orientis. Elle date donc probablement de 273-74 (quoi qu’une source en ligne mentionne plutôt 271-272).

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Restitutor Orientis, Oriens), ERIC (Aurelianus); RIC v. 5, pt 1: 140; WildWinds (text, image), CoinArchives, CoinArchives, CoinProject (1, 2, 3), vcoins, numista, numismatics, Wikimoneda, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

IMG_0100-0110La deuxième pièce est un assez beau tetradrachme d’Alexandrie (G / VG [Good/Very Good], AE / CU / BI [Bronze / Cuivre /  Billon]?, 22 mm, 8.987 g, payé environ $12, flan épais avec patine rougeâtre et trace de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur lauré et cuirassé à droite, avec l’inscription grecque Α Κ Λ ΔΟΜ ΑΥΡΗΛΙΑΝΟC CΕΒ (Autokratos Kaisar Lucios DOMitios AURELIANOS CEBastos = IMP[ERATOR] C[AESAR] L[VCIVS] DOM[ITIVS] AVRELIANVS AVG[VSTVS]). Le revers illustre un aigle debout à gauche (les ailes fermées), la tête retournée vers la droite, une couronne de laurier dans le bec, avec une étoile dans le champs gauche et l’inscription grecque ΕΤΟΥϹ (année) et E (5) de part et d’autre. 

Comme je l’ai déjà expliqué dans le cas de la pièce de Quadratus (selon Sear GICV, p. xxv et le FAC), les pièces grecques impériales (ou provinciales) étaient souvent datées avec l’inscription ETOYΣ (έτος, parfois abrégé ET. ou L à Alexandrie, qui signifie simplement “année”) suivie d’une date qui correspondait soit à une ère locale (Césarienne ou Actienne) ou à l’année de règne de l’empereur (ou du monarque local). Dans ce cas-ci, à Alexandrie, ΕΤΟΥϹ E correspond à la cinquième année du règne de Aurelianus, soit du 29 août 273 au 28 août 274.

L’aigle est un symbole qui revient souvent dans l’Histoire. Ici, il représente Jupiter, la légion romaine (aquila) et, par extension, le pouvoir impérial.  Il existe plusieurs variations sur la position de l’aigle (ailes ouvertes, fermées, avec une palmes en travers de l’épaule, entre deux étendards, debout à droite et debout à gauche sur une foudre) et ce type semble avoir été frappé durant toute la durée du règne d’Aurelianus (A = 1, B = 2, Γ = 3, ∆ = 4 — quoi que apparemment certaines pièces auraient été daté rétroactivement) mais semble avoir été plus fréquent les deux dernières années (E = 5, S = 6).  Cette recrudescence de la frappe d’Alexandrie les deux dernières années exprime encore une fois le fait que Aurelianus a reprit le contrôle de l’Orient peu de temps auparavant. Toutefois, il n’a pas eut le temps de rétablir le monnayage provinciale puisque durant son règne seulement trois régions frapperont des pièces grecques impériales: les ateliers de Pamphylie, de Pisidie et d’Égypte (Alexandrie).

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Eagle), ERIC (Aurelianus); Sear GICV (1982): 4751, BMCG v. 15: 2359 (Alexandria and the nomes, R.S. Poole, 1892); CoinArchives, CoinProject, CoinProject, numista, FAC. Voir aussi ma fiche.

IMG_0120-0113La dernière pièce est un intéressant et assez beau antoninianus (G [Good], AE / BI [Bronze / Billon], 20 mm, 2.648 g, payé 30 £ le 1985/04/14, patine bronze avec de petites tâches de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous montre un buste de l’empereur Aurelianus radié et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] AVRELIANVS AVG[VSTVS] et un A (ou possiblement un ∆ ou H) en exergue (marque de la première [ou quatrième, ou huitième] officine). Le revers illustre un buste de Vabalathus lauré (avec possible diadème) et drapé à droite avec l’inscription latine VABALATHVS VCR IM DR (ce qui signifie probablement Vir Clarissimus Rex Imperator Dux Romanorum / “Homme (de rang sénatorial) très illustre, roi, chef de l’armée, duc sous [l’autorité de] Rome”).

Avec ce genre de pièce il est difficile de dire quel côté est l’avers et lequel est le revers. En fait, ici, il s’agirait non pas d’une pièce de Aurelianus mais bien une pièce frappé par Vabalathus (ou Wahballat — qui, en 270, succède à son père, Odeinath, à l’âge de onze ans et règne sur le royaume de Palmyre sous l’autorité de sa mère, Zenobia). Alors qu’ils accèdent au pouvoir et tentent d’affirmer et d’agrandir leur empire (avec la conquête de l’Égypte et d’une partie l’Asie Mineure), Vabalathus et Zenobia veulent démontrer qu’ils reconnaissent toujours l’autorité de l’Empire Romain, qu’ils s’y soumettent (pour l’instant) et désirent la paix. C’est sans aucun doute pourquoi ils ont émis cette pièce conjointe où Vabalathus apparait comme un subordonné (Aurelianus est radié alors que Vabalathus est seulement lauré). Cette pièce a été frappé à Antioche entre nov.-déc. 271 et mars 272. 

Vabalathus se montrera rapidement plus ambitieux et frappera des monnaies où il est radié et se déclare Augustus. Toutefois, Aurelianus ne peut pas tolérer cette tentative d’usurpation et dès la fin de 271 marche sur l’Orient pour reconquérir l’Égypte et Palmyre à l’été 272. Une seconde révolte l’amènera à complètement détruire Palmyre au printemps 273.

Sources: Wikipedia (Aurelianus [FR/EN], Vabalathus [FR/EN]), Google, FAC (Aurelianus, Vabalathus), ERIC (Aurelianus, Vabalathus); RIC v.5, pt. 1: 381, Sear RCV (1983): 3192; acsearch, CoinArchives, CoinArchives, CoinArchives, CoinProject (01, 02, 03, 04),  FAC, FAC, FAC, FAC, FAC, RIC-MOM, vcoins, WildWinds (text, image), WildWinds;  R. Bland, “The Coinage of Vabalathus and Zenobia from Antioch and Alexandria” in The Numismatic Chronicle Vol. 171 (2011), pp. 133-186. Voir aussi ma fiche.

J’ai précédemment beaucoup parlé de l’Empire des Gaules mais ces trois pièces démontrent qu’avant tout Aurelianus a désiré reconquérir et resoumettre l’Orient au pouvoir de Rome pour ainsi restaurer l’Empire Romain dans toute sa gloire. Toutefois, malgré tous les efforts d’Aurelianus, l’anarchie militaire perdure. La semaine prochaine nous traiteront de son successeur, Tacitus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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La lanterne de Nyx

LanterneDeNyx-1-covVol. 1

Quand le Japon découvre la France. 1878, la France fait rayonner sa puissance industrielle et culturelle en organisant des expositions universelles, tandis que le Japon s’ouvre au monde après 200 années d’isolationnisme. À Nagasaki, Miyo, orpheline qui a pour seul talent le don de clairvoyance au travers des objets qu’elle touche, parvient à trouver un emploi chez Vingt, commercialisant des objets importés d’Europe. Au contact de l’Occident, elle découvrira un monde nouveau qui la conduira jusqu’à Paris…

Dans cette série en 6 tomes, Kan Takahama continue d’explorer la découverte du monde occidental par les Japonais, thème déjà évoqué dans Le Dernier envol du papillon et Tokyo, amour et libertés, mais ici rendu encore plus accessible via le regard de la jeune Miyo.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 1, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), mars 2019. 188 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03370-8. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

LanterneDeNyx-2-covVol. 2

“1878, Nagasaki. Miyo, la jeune orpheline aux dons de voyance récemment embauchée dans une boutique de produits d’importation, continue d’en apprendre davantage sur les gens qui l’entourent : son oncle renfrogné, son étrange employeur Momotoshi et les liens qui l’unissent à Kei Oura, l’ancienne plus grande exportatrice de thé de Nagasaki. Mais elle n’est pas encore au bout de ses surprises. Momotoshi a en effet de grands projets tirant parti de la vague de japonisme qui déferle sur l’Europe…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 2, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), juin 2019. 216 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03371-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-0

LanterneDeNyx-3-covVol. 3

“1878, Nagasaki. Après avoir importé des articles dernier cri d’Europe, Momotoshi veut maintenant se rendre à Paris pour y vendre des produits d’art et d’artisanat japonais. Au moment du départ, Miyo lui avoue enfin ses sentiments. Seulement, Momotoshi garde encore dans sa montre le portrait d’une belle femme aux yeux bleus…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 3, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), septembre 2019. 244 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03372-2. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

LanterneDeNyx-4-covVol. 4

“1878, Nagasaki et ailleurs. Momotoshi a ouvert une petite boutique à Paris pour y vendre des articles importés du Japon. Mais Judith, la demi-mondaine dont il est éperdument amoureux, s’évanouit suite à une hémorragie pulmonaire. Et un incident imprévu à Nagasaki vient mettre en péril son commerce…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 4, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), janvier 2020. 228 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03524-5. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

LanterneDeNyx-5-covVol. 5

“1879, Nagasaki et ailleurs. Miyo n’a pas oublié Momotoshi, ni son rêve de partir à l’étranger. C’est un bon génie inattendu qui va exaucer son souhait : Gisuke Matsuo, le patron de la Kiryu Kosho Kaisha, l’invite à travailler dans sa boutique à Paris. Et Miyo quitte Nagasaki pour un long voyage de deux ans…”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 5, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), août 2020. 224 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03525-2. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-3-5

LanterneDeNyx-6-covVol. 6

“À l’aube d’une vague de japonisme sans précédent, alors que Miyo découvre Paris et que Momotoshi fait découvrir l’ukiyo-e aux Français, la rencontre de Miyo et Judith risque de provoquer des étincelles… La boucle est bouclée dans ce dernier tome qui conte la fin des aventures de Miyo à la Belle Époque et ce qui l’attend au-delà.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

La lanterne de Nyx, vol. 6, par Kan Takahama. Grenoble: Éditions Glénat (Coll. Seinen Manga), janvier 2021. 272 pages, 14.5 x 21 cm, 10.75 €, ISBN 978-2-344-03526-9. Pour un lectorat adolescent (14+). stars-4-0

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Deux mangaka semblent être particulièrement appréciés en Europe pour leur affinités avec la BD franco-belge: le regretté Jirô Taniguchi et la très prometteuse Kan Takahama. Cette dernière débute sa carrière au début des année 2000 en publiant des histoires courtes, qui utilisent un style un peu expérimental, dans Weekly Morning et Garo. Ses premières publications sont donc quatre collections d’histoires courtes (Kinderbook, Mariko Parade, L’eau amère et Sad Girl, tous traduit en français chez Casterman). Après un bref hiatus dû à des problèmes personnels, elle publie sa première histoire complète en 2010. Ainsi, entre 2002 et 2021, elle a publié une douzaine de titres. Son sujet de prédilection est les relations amoureuses qui peuvent être souvent complexes, difficiles, impossibles ou tragiques et qui se terminent généralement par une séparation. Même dans Le goût d’Emma, qui est d’abord et avant tout un manga gastronomique, la protagoniste a une relation difficile qu’elle finit par rompre. Récemment, sans toutefois s’éloigner de cette thématique, elle s’est intéressé au manga seinen historique avec Tokyo, amour et liberté, qui se déroule à Tokyo durant l’ère Taisho, L’Amant (situé en Indochine dans les années ’30) et sa “Trilogie de Nagasaki” (Le Dernier envol du papillon, La lanterne de Nyx et Ougishima Saijiki) qui se déroule au tout début de l’ère Meiji.

 Les mangas de Kan Takahama

Titre

Titre original

Année / Vol.

Édition française

Yellowbacks

イエローバックス /Ierōbakkusu

2002

Kinderbook (Casterman, 2004)

Mariko Parade

まり子パラード / Mariko Parādo

2003

Mariko Parade (Casterman, 2003, en collaboration avec Frédéric Boilet)

Awabi

泡日 / litt. “Jour d’écume”

2004

L’eau amère (Casterman, 2009)

Nagi Watari – Oyobi Sono Hoka no Tanpen

凪渡り ― 及びその他の短篇 / “Le Ferry calme” et autres nouvelles

2006

L’eau amère (Casterman, 2009)

Two Espressos

トゥー・エスプレッソ / Tū esupuresso

2010

2 Espressos (Casterman, 2010)

Sad Girl

サッドガール

2012

Sad Girl (Casterman, 2012)

Yotsuya-ku Hanazono-chō

四谷区花園町 /“Arrondissement de Yotsuya, quartier de Hanazono”

2013

Tokyo, amour et libertés (Glénat, 2017)

Chō no michiyuki

蝶のみちゆき / “Le papillon de Michiyuki

2014

Le Dernier envol du papillon (Glénat, 2017)

Nyukusu no Kakutou

ニュクスの角灯

2016, 6 vol.

La lanterne de Nyx (Glénat, 2019-2021)

Emma wa Hoshi no Yume wo Miru

エマは星の夢を見る / “Emma rêve d’une étoile”

2017

Le goût d’Emma (Les Arènes BD, 2018)

Aijin

情人

2019

L’Amant (Rue de Sèvres, 2020, d’après le roman de Marguerite Duras)

Ougishima Saijiki 

扇島歳時記 / Ougishima Seasonal Words List

2019, 2 vol. (En cours)

???

???

???

2021

Invincibles, Au pays du Dalaï-Lama (Massot Editions, en collaboration avec Sofia Stril-Rever)

La lanterne de Nyx (ニュクスの角灯 / Nyukusu no Kakutô / lit. “La lanterne [lanterne carrée] de Nyx [déesse grecque de la nuit]”) est une série de manga seinen historiques et romantiques par Kan Takahama, sérialisé dans le magazine mensuel “Comic Ran” entre mai 2015 et juin 2019 puis compilé en six volumes chez Leed Publishing. Il a été traduit en français chez Glénat. Elle constitue la partie médiane de la “Trilogie de Nagasaki” en reprenant deux personnages secondaires du Dernier envol du papillon (la petite servante Tama et le cuisinier Ganji). L’histoire tragique de Tama — une adolescente de quatorze ans qui a grandi dans le monde des courtisanes de la maison close Maruyama à Nagasaki et celui de Dejima, où la culture traditionnelle japonaise du Kachô Fûgetsu [花鳥風月 / lit. “fleur, oiseau, vent, lune”, i.e. la découverte de soi au travers de la nature] s’entrecroise avec les cultures étrangères — se poursuit dans le plus récent ouvrage de Takahama, Ougishima Saijiki, sérialisé dans Comic Ran depuis novembre 2019 et dont deux volumes sont déjà paru au Japon (en septembre 2020 et avril 2021) sans encore avoir été traduit (quoi que l’on peut s’attendre à ce qu’il soit éventuellement publié par Glénat).

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Vol. 1, p. 34

La lanterne de Nyx c’est l’histoire de Miyo, une jeune orpheline un peu maladroite, qui se trouve un travail d’assistante au “Vingt”, une boutique de produits étrangers importés. L’histoire débute en 1878 dans le quartier de Kajiya à Nagasaki. La rébellion de Satsuma vient de se terminer et l’ère Meiji débute. Le premier volume introduit les éléments de base du récit ainsi que les personnages: Miyo, qui a le don de “percevoir” l’histoire des objets qu’elle touche; Momotoshi, le mystérieux propriétaire de la boutique; Genji, son homme à tout faire; Chojiro Yamaguchi, l’oncle de Miyo qui l’a recueillit à la mort de ses parents;  et Tama, la jeune couturière qui aide à la boutique. 

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Vol. 2, p. 56

Avec le second tome, on approfondit un peu les personnages. On apprends que Momotoshi Koura est à demi-Européen (il a les yeux bleus), que sa mère (qui l’a abandonné enfant) est Kei Oura, une négociante en thé de grande influence qui a été ruiné lors d’une mauvaise transaction, et que l’oncle de Miyo est un fameux artisan de laque burgautée. Momotoshi veut aider financièrement sa mère biologique et il lui demande conseil car il veut aussi exporter des objets d’art japonais vers l’Europe. Il convainc l’oncle de Miyo de se remettre à produire et lui passe une commande spéciale pour une broche qui représente Nyx avec une lanterne. Son ami d’enfance Victor Pignatel vient lui donner un coup de main pour se rendre à Paris et ouvrir une nouvelle boutique.

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Vol. 3, p. 34

Dans le troisième tome, l’action et la motivation des personnages se précisent. Il semble que le récit démarre vraiment. Momo confie sa boutique à sa mère et, sur le départ, Miyo lui avoue être tombé amoureuse de lui… À Paris, il cherche un bon emplacement pour sa boutique, fait du repérage sur la concurrence (la Kiryu Kosho Kaisha) et surtout tente de retrouver son grand amour, l’actrice et courtisane Judith. Mais celle-ci est atteint de la tuberculose! La boutique de Nagasaki prend un nouvel apprentis nommé Minpei, qui a le coup de foudre pour Miyo. On en apprend plus sur les origines de Momo, alors qu’un flash-back nous raconte l’escapade interdite que sa mère et Genji font à Shanghai. De nombreux personnages font leur apparition: Kazuma, le rival de Momo tant en affaire qu’auprès de Judith; Marie, la demi-mondaine amie de Victor; et Pauline, la serveuse de troquet qui fait des passes dans l’arrière-boutique.

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Vol. 4, p. 16

Dans le quatrième tome, on découvre comment Momo et Judith se sont rencontré. L’oncle de Miyo se blesse grièvement à la main et ne peut plus travailler. Momo doit trouver d’autres produits d’exportation susceptible d’être populaire. Il pense aux affiches, ces estampes que l’on appel aussi ukiyo-e. Pendant que Judith est à l’hôpital, Marie présente à Momo et Victor des collectionneurs comme les frères Goncourt, Félix Bracquemond, Charles Baudelaire. Gisuke Matsuo, directeur de la Kiryu Kosho Kaisha et vieille connaissance de Kei Oura, décide d’engager Miyu pour sa boutique de New-York mais avant veut l’envoyer à Paris pour apprendre le métier! 

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Vol. 5, p. 194

Dans le cinquième tome, Miyo doit apprendre l’anglais et un télégramme de Momo leur demande de trouver de toute urgence des estampes. Heureusement, l’oncle de Miyo en a une bonne collection. Miyo quitte pour la France (avec les estampes) et Minpei lui déclare son amour. À Paris, Miyo retrouve Momo et débute son apprentissage auprès de Kazuma. Momo et Victor présentent leur collection d’estampes au groupe rassemblé par Goncourt et c’est un grand succès!

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Vol. 6, p. 234

Dans le dernier tome, Momo fait un exposé très intéressant sur les estampes. Un malentendu le brouille avec Judith mais l’intervention de Miyo les réconcilie. On apprend que Victor st amoureux de Tama mais que celle-ci est atteinte de syphilis (comme sa maîtresse dans Le dernier envol du papillon). Le dernier chapitre se déroule en 1945, à Kumamoto. Miyo, sur son lit de mort, fini de raconter l’histoire à sa petite-fille. Elle a vécu des moments merveilleux à Paris et à New-York. Son séjour qui devait durer deux ans en a duré dix. Elle est devenu une adulte. Elle n’a jamais revue Momo qui a eut un enfant avec Judith. Marie est aussi venu au USA. Une fin étrangement heureuse. Sa petite-fille sort dehors pour chercher de l’eau, juste à temps pour voir le champignon atomique de Nagasaki à l’horizon…

C’est une belle histoire très bien racontée et surtout bien documentée. On en apprend beaucoup sur l’époque (tant au Japon, qu’à Paris), particulièrement sur le mouvement du Japonisme et de la “Belle Époque” de Paris. J’ai bien aimé les capsules informatives (“Cabinet of Takahama”) que l’auteur place après chacun des chapitres et où elle explique le contexte historique des personnages et des objets rencontrés dans le récit. Le style de Takahama, qui me déplaisait beaucoup quand j’ai découvert ses oeuvres, m’apparait maintenant agréable à l’oeil. Non seulement l’artiste s’est améliorée mais je crois aussi que l’on s’y habitue et apprend à apprécié sa façon dessiner. 

C’est donc un très bon manga qui s’est d’ailleurs vu attribué le prix d’excellence du Japan Media Arts Festival en 2018 et le Grand Prix Culturel Osamu Tezuka en 2020. Il nous offre une lecture agréable et éducative. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de mangas romantiques et historiques. stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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Autres sources: Bédéthèque, Manga-News, Manga-update (Nyx no Lantern, Takahama Kan), Mangapedia [JP / Tr.], Wikipedia [ FR / JP / Tr. ], From Dusk Till Dawn interview, Glénat vidéo interview (Pt 1, pt 2, pt 3, pt 4).

© Kan Takahama

 

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Ad Romam 2: Les Fosses de Marius

FossesDeMarius-cov“Marius fit creuser un large fossé, dans lequel il détourna une grande partie du fleuve » « … le fossé avait assez de profondeur pour contenir de grands vaisseaux, et son embouchure dans la mer était unie, et à l’abri du choc des vagues. (il) s’appelle encore aujourd’hui la fosse mariane. »

– Plutarque (46 – 125 ap. J.-C.)

Dans ce deuxième tome, Blaise et ses amis vont découvrir Fossae Marianae, l’un des grands ports antiques de la Méditerranée, ainsi que les combats du général Caius Marius contre les Cimbres. Nos héros devront aussi déjouer un crime pour sauver le père de la belle Prisca !”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

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Page 5

Un groupe de jeunes adolescents monégasques, plutôt dissipés en classe, voyage dans la Provence romaine grâce à une pièce de monnaie d’Auguste à l’effigie de Chronos qui a été frappé par la foudre. Blaise, suite à une dispute avec son père, se retrouve projeté, seul, dans le corps de Blaesus, un apprenti potier de la ville de Fossae Marianae (l’actuelle Fos-sur-Mer) au milieu du IIe siècle. Il se retrouve accusé de vol, ce qui met en difficulté son maitre Alcibiade et sa fille, Prisca, à laquelle il est fiancé! Il retourne à Monaco au XXIe siècle pour obtenir l’aide de ses amis, qui s’inquiétaient d’ailleurs pour lui. S’organise alors toute une opération pour découvrir et ensuite capturer le véritable coupable — une épave découverte en 1978 se révèle être la clé de toute l’affaire ! Tout au long du récit nous découvrons en parallèle l’histoire du général Caius Marius qui, fort de son succès lors de la guerre de Jugurtha, a été chargé de contrer les invasions des Cimbres et des Teutons. En 104 AEC, il établit une position stratégique entre Massalia (Marseille) et Arelate (Arles) et, pour assurer l’approvisionnement de ses troupes en contournant l’embouchure du Rhône, il fait creuser un canal jusqu’à Arelate. Ce sont les fameuses fosses de Marius (Fossae Marianae). En 102 AEC, il vaincra les Teutons et les Ambrons lors d’une bataille décisive à Aquae Sextiae (Aix-en-Provence) qui fut un véritable massacre. 

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Page 19

J’avais trouvé le premier volume plutôt moyen et très décevant car le dessin était horrible et le récit trop anecdotique.  Il y avait probablement trop de mains dans la production (deux auteurs et deux illustrateurs) et on voulait trop faire dans le pédagogique sans donner d’efforts pour rendre le récit captivant et fluide. Ce deuxième tome est un peu mieux. Le dessin est beaucoup plus agréable à l’oeil mais reste plutôt rigide. Le récit est un peu plus fluide, on s’en s’en tient à quelques événements seulement et l’action est donc plus facile à suivre mais l’histoire est raconté de façon encore un peu confuse (l’ordre du récit n’est pas toujours chronologique, les faits semblent parfois contradictoires et manquent un peu de détails). C’est loin du superbe graphisme et du récit épique de Ad Astra, mais cela se lit bien (mieux en tout les cas que le premier tome) et nous permet de découvrir quelques anecdotes de l’histoire romaine en Provence et Côtes d’Azur. À lire surtout pour les amateurs d’histoire romaine.

Ad Romam 2: Les Fosses de Marius, par Yvon Bertorello et Éric Stoffel (texte); Frédéric Allali & Michel Espinosa (illustrations); Bruno Pradelle (couleurs). Monaco: Éditions du Rocher, juillet 2020. 60 pages, grand format (24 x 32 cm !), 15,90€ / $C 26.95, ISBN 978-2-268-10332-7. Pour lectorat adolescent (12+). Extrait disponible sur la page FB de l’Éditeur. stars-3-0

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© 2019, Groupe Elidia

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Monnaies anciennes 44

Les empereurs Illyriens (2)

Quintillus (270 EC)

Nous ne connaissons que peu de chose de Marcus Aurelius Claudius Quintillus car les sources historiques de cette époque sont pauvres et contradictoires — seules les sources archéologiques, épigraphiques et numismatiques sont véritablement fiables. Il serait né soit en Mésie, soit à Sirmium en Pannonie Inférieure, et aurait fait une carrière militaire. Sous le règne de son frère, Claudius Gothicus, il aurait peut-être été procurateur de Sardinia ou en charge de la défense du nord de l’Italie. À la mort de Claudius, il est soit acclamé empereur par les troupes de son frère à Aquileia (selon Eutropius, Livre IX, 12), soit qu’il usurpe le pouvoir que son frère avait l’intension de passer à Aurelianus (selon l’Historia Augusta, “Vita Aureliani”, XXXVII, 5), mais il est beaucoup plus probable que ce soit le sénat qui l’ait nommé comme successeur de son frère (selon Zonaras 12: 26).

Il nous est connu comme un empereur modéré et capable (selon Eutropius, Livre IX, 12; Historia Augusta, “Vita Claudii”, XII, 3), défenseur du sénat mais dont le bref règne ne lui a pas permis d’accomplir quoi que ce soit. Une attitude aussi positive devant un règne si bref nous appel à la prudence, car toutes ces sources tardives pourraient être coupables de préjudice favorable ou de flatterie, d’une part parce que Quintillus avait soutenu le sénat (les historiens étant généralement issus de la classe sénatoriale) mais aussi parce que Constantinus tentera plus tard de justifier son pouvoir en faisant remonter son ascendance à la nièce de Claudius et Quintillus, qui aurait été la mère de Constantius Chlorus (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 13: 1).

La durée de son règne varie beaucoup selon les sources. Ainsi il aurait été au pouvoir soit pour une durée de seulement dix-sept jours (selon Orosius, VII, 23,2), soit pour cent-soixante-dix-sept jours (6 mois). Toutefois, compte tenu d’une frappe monétaire abondante en son nom (environ 87 types différents selon le RIC), il est maintenant convenu qu’il a régné au moins deux mois, de août à octobre 270 (d’ailleurs le Chronographe de 354 mentionne qu’il a régné soixante-dix-sept jours). 

Après quelques mois, désabusé par les tentatives de Quintillus d’instaurer une plus grande discipline militaire, les troupes qui lui étaient jusqu’alors fidèles se rallient aux légions de Pannonie qui ont acclamé le grand général Aurelianus comme empereur. Quintillus, qui ne peut rien contre un opposant plus populaire et plus fort que lui, meurt alors à Aquileia soit en combat contre les troupes d’Aurelianus (Hieronymus Stridonensis, Chronica, 271), soit par suicide (Zonaras, 12: 26; Jean d’Antioche fragment 154, Fragmenta Historicorum Graecorum IV, p. 599), soit assassiné par ses troupes (Historia Augusta, “Vita Claudii”, 12, 5; Eutropius IX, 12; Epitome de Caesaribus 34, 5; Orosius VII, 23, 2). Cette dernière hypothèse est sans doute la plus probable. Le pouvoir impérial de Rome passe donc entre les mains de Aurelianus, qui réussira à unifier l’Empire à nouveau.

IMG_9207-9210Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Quintillus et c’est un beau antoninianus (VG [Very Good], AE [Bronze] / BI [Billon], 19.5 x 18.5 mm, 3.159 g, payé environ $8 le 1985/12/17, patine verte avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers nous offre un buste de l’empereur radié et drapé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] C[AESAR] M[ARCVS] AVR[ELIVS] CL[AVDIVS] QVINTILLVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Victoire ailée et drapée, avançant à droite et tenant dans la main droite une couronne de laurier et une palme dans la main gauche, avec l’inscription latine VICTORIA AVG[VSTI] (la victoire de l’empereur) et un 𝝘 (gamma, marque dénotant la 3e officine de l’atelier de Rome) dans le champs droit. Cette pièce aurait donc été frappé à Rome vers la fin de 270 EC (aucun événement du règne de Quintillus ne peut être lié à l’émission de ce type de Victoire mais comme son bref règne s’est déroulé dans la deuxième moitié de 270, de août à octobre, cette datation est assez juste). 

Sources: Wikipedia (Quintillus [FR/EN]), Google, FAC (Quintillus, Victoria Aug, Victory, wreath, laurel wreath, palm), ERIC (Quintillus);  RIC V-I: 33; CoinArchives, WildWinds (text, image), vcoins, acsearch, catwiki, CoinTalk, Numismatics, nomosag. Voir aussi ma fiche.

Encore une fois, le RIC (Webb, P.H., ed. by Mattingly, H. & Sydenham, E.A. Roman Imperial Coinage, vol. V, part I, London: Spink & Son, [1927] 1972, pp. 201-209, 238-247) nous fournit quelques commentaires en guise de conclusion. D’abord, la monnaie frappée sous Quintillus est très similaire à celle de son frère, Claudius Gothicus [RIC, p.201]. “Les frères avaient une forte ressemblance familiale, mais les pièces représentent fidèlement Quintillus comme un homme plus jeune, plus beau, mais manquant de la force de caractère de Claudius” [RIC, p. 205].

Aussi, “De nombreux historiens limitent le règne de [Quintillus] à dix-sept jours, mais la masse de son monnayage qui nous est parvenu contredit cela et soutient l’opinion de Zosimus selon laquelle il a duré quelques mois. Ceci est corroboré par le fait que des pièces ont été frappées à son nom dans tous les ateliers  qui avaient frappé pour son frère, sauf celui d’Antioche, où (…) il est probable que l’ambition de Zénobia l’a amenée à tenter de se débarrasser du joug de l’Empire romain. Ses pièces de Siscia et de Cyzicus sont rares en Europe occidentale, mais apparaissent en nombre dans les trouvailles orientales. Cela s’explique par le fait que “Aurelianus, qui a été proclamé par les légions de Pannonie, a dû dès le moment de la proclamation couper Quintillus, qui était en Italie, de Siscia et de Cyzicus (…)“. Une telle “distribution des monnaies de Quintillus“ rend improbable la “déclaration de Zonaras selon laquelle Claudius sur son lit de mort a investi Aurelianus de la pourpre (…). Ces faits suggèrent certainement que [Quintillus] a eu une courte période de pouvoir incontesté” [RIC, p.201].

Finalement, il note que “Les marques d’atelier sont maintenant devenues un élément beaucoup plus important sur les pièces de chaque atelier qu’elles ne l’étaient sous les règnes précédents (…). Les preuves d’un contrôle central et d’une organisation précise sont moins nombreuses qu’elles ne le seront après la réforme d’Aurelianus (…). Les maîtres des monnaies avaient évidemment plus de latitude qu’on ne leur accorda plus tard” [RIC, p. 208].

La semaine prochaine nous abordons un point tournant du IIIe siècle romain avec le règne d’Aurelianus (dont je possède trois pièces de monnaie).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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