Monnaies anciennes 87

Pièce mystère (5)

Je conclu cette série sur les pièces non-identifiées par une cinquième pièce mystère. Je croyais que celle-ci serait la plus facile alors que finalement c’est celle qui m’aura complètement résisté… Après une dizaine d’heures de recherche je n’ai rien trouvé d’équivalent. Cela doit être une pièce rare car le revers, qui est en relativement bon état, illustre une scène assez spécifique.

IMG_1773-1780Une chose est certaine ce n’est pas une pièce byzantine. Avec cette pièce nous sommes revenu plusieurs siècles en arrière car le style général des illustrations suggère une pièce du haut empire (du Ier au IIIe siècle, soit les dynasties Julio-Claudienne, Flavienne, Antonine, ou Sévère). On devine des inscriptions mais elle ne sont pas assez clair pour que l’on puisse savoir si elles sont en latin ou en grec. Dans l’ensemble c’est une pièce assez belle (avers médiocre mais beau revers). Si il s’agit d’une pièce impériale (frappé à Rome) c’est probablement un as (qui pèse normalement entre 10 et 12 g). Si il s’agit d’une pièce provinciale (grecque impériale) alors c’est un assarion. (P/G [Poor/Good], As/Assarion [AE25], Ae/Cu [Bronze/Cuivre], 25 mm, 7.875 g, payé environ $11 le 1985/11/18, caractérisé par de fortes concrétions de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). 

L’avers ne nous offre pas beaucoup de détails utiles pour l’identification. On peut toutefois distinguer un buste d’empereur probablement lauré et drapé, possiblement barbu?, regardant à droite, mais aucune inscriptions n’est lisible. Le style du portrait suggère que c’est une pièce qui date du haut empire. C’est un personnage qui a une allure noble (Augustus? Hadrianus? Antoninus?), un visage plutôt mince et un nez droit. Cela pourrait même être une impératrice (Faustina? Crispina?). Si c’est une pièce grecque impériale ce n’est pas une pièce quasi-autonome car celles-ci ne présentaient généralement pas de portrait de l’empereur.

Le revers est beaucoup plus informatif. Il illustre un temple distyle (i.e. à deux colonnes; on ne distingue cependant pas le détail du fronton — s’il y en a un) où se tient, de face, une divinité (probablement féminine, soit Aphrodite, Artemis, Astarté, Salus, Tyché ou Vénus), le bras droit levé (tenant soit un sceptre ou une patère pour faire une offrande), le bras gauche replié (pour tenir soit un replis de sa chlamyde, ou une cornucopia), entouré à ses pieds à gauche par un serpent enroulé et à droite par ce qui semble être un oiseau (une oie? un cygne?). L’inscription est illisible sauf pour un A (ou 𝚫? ou 𝚲?) M (ou N?) en exergue, qui pourrait être soit une marque d’atelier (Antioche?) ou plus probablement une datation (année de règne ou ère césaréenne ou actienne — 41? 43? 44? 51? 53? 54?). Les représentations architecturales de temples distyles semblent assez rares sur les monnaies (on préfére illustrer des temples tétrastyles ou octostyles) et elles ses retrouvent surtout sur les pièces grecques impériales.

Je n’ai trouvé que quelques exemples de pièces similaires: une pièce de Valerianus frappée à Adraa (Arabie) représentant Tyché debout à droite dans temple distyle, tenant un sceptre dans la main droite et une corne d’abondance dans la main gauche (BM); un AE36 de Elagabalus frappé à Cidramus (Carie) illustrant un temple distyle contenant une statue d’Aphrodite debout de face, les bras étendus, un serpent enroulé à ses pieds à gauche (Sear D., Greek Imperial Coins and their Value (1982): #3065); un AE31 de Elagabalus frappé à Berytus (Phénicie) illustrant un temple tétrastyle avec une Tyché-Astarté debout de face tenant un stylis et entourée de génies (acsearch); et plusieurs pièces avec des temples mais dont les représentations divines sont différentes (NumisBid, BeastCoins). Réf. en ligne: Google, CoinArchives. Voir aussi ma fiche.

Verdict: Aucune identification possible (pour l’instant).

La semaine prochaine nous continuons notre retour en arrière avec le début d’une nouvelle série qui vous présente cinq pièces grecques.

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Monnaies anciennes 86

Pièce mystère (4)

IMG_1660-1667Cette quatrième pièce de monnaie byzantine mystère m’a donné beaucoup de difficultés… Cela semble être un assez beau follis qui, de par la thématique chrétienne, est de toute évidence Byzantine (FR/VG [Fair/Very Good], AE [Bronze], 22 mm [0.87 po], 4.798 g [74.04 gr], caractérisé par une  frappe décentrée vers la gauche sur l’avers, une patine verdâtre avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↖︎). L’avers, d’une qualité passable, ne fait guère de sens: on distingue une croix qui occupe toute la moitié supérieure, avec un “X” à gauche et une plus petite croix en bas à droite. Le revers est plus beau et plus lisible: on distingue une longue croix centrale entouré, dans le champs supérieur, par un “C-T” de par et d’autre et, dans le champs inférieur, d’un “X” (ou IC?) et d’une lettre illisible (une autre “X” ou “XC”?) de part et d’autre. 

J’ai concentré ma recherche sur le revers qui était plus facilement reconnaissable. Malheureusement, la longue recherche par comparaison d’images (par style, puis empereur par empereur) a été infructueuse: j’ai commencé à regarder trop bas dans la liste. J’ai bien trouvé plusieurs exemples de folles avec, sur le revers, une croix centrale et des lettres dans chacun des coins (Romanus IV Diogenes (1068-1071) [SB 1866: C-R P-D], Nicephorus Basilacius (1077-1078) [SB 1890: C-B H-B ou C-[B]-N-[B]], Alexius I Comnenus (1081-1118) [SB 1910: C-F-A-D, SB 1931: C-F-AL-D, SB 1932: A-D-K-F]) mais rien ne semblait vraiment correspondre à ma pièce. J’ai poursuivi avec une recherche par mots-clés qui n’a pas donné plus de résultats mais, à force de persévérer, j’ai finalement trouvé une pièce dont le revers correspondait à ma description! 

Il s’agit d’un demi-follis de Constant II (Heraclius Constantinus qui a régné en 641-668 EC; il est appelé parfois Constantinus III, Κώνστας en grec, Constant II en français et Constans II en anglais) frappé à Carthage vers 647-659 EC. L’avers présente un buste de l’empereur de face, barbu?, drapé d’un manteau consulaire et portant une couronne (ornée de trois feuilles ou d’une croix?) et, tenant une mappa dans la main droite et un globus cruciger dans la gauche, avec l’inscription (très souvent illisible) DN CONSTANTN, CONSTANTINVS, ou CONSTANT PP. Le revers illustre une longue croix centrale, surmontée d’une étoile, et entourée d’un “C-T” (avec des points en-dessous des lettres? — possiblement l’abréviation de son nom, ConsTantinus, ou une marque d’atelier pour indiquer CarThage) et d’un “X-X” (marque latine de valeur pour 20 nummi) sur deux lignes. Une fois que je sais ce que je cherche, j’en trouve quelques références en ligne, que je confirme avec les références académiques (Wroth W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1, London, 1908 (IBC): pp. 297-298; Hahn, W. Moneta Imperii Byzantini vol. III, Vienna, 1973-81 (MIB): pp. 253, pl. 30; Grierson, P. Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection, Vol. 2, Part 2, Washington, D.C., 1968/1993 (DOC 2.2): pp. 412-413, 480-482, pl. XXIX).

Dans ce contexte, le revers devient assez clair. Toutefois, quel sens donner à l’avers? En scrutant bien on se rend compte que la croix dans la partie supérieure est en fait formée, dans une frappe grossière ou embrouillée par une re-frappe (overstruck), par le nez de l’empereur, le bord de la couronne et l’ornement qui la surmonte (trois feuilles ou croix?). Le “X” à gauche est la main qui tient la mappa, et la petite croix à droite est celle qui surmonte l’orbe crucigère. En connaissance de cause, on peut même maintenant distinguer les yeux et le contour du visage, ainsi que les replis du drapé. L’Inscription, dont on peut vaguement deviner la trace, demeure illisible. Parfois, l’identification d’une pièce requière un peu d’imagination…

Verdict: Cette pièce est donc fort probablement un demi-follis de Constant II frappé à Carthage vers 647-659 EC. 

Sources: Wikipedia (Constant II [FR/EN]), FAC (Constans II, Byzantine Coins); IBC 321-332, MIB 198a; DOC 2.2: 144-145; SB (S-BCV): 1059; Réf. online: Google, acsearch, Bertolami, CoinArchive, FAC, MoneteRomane, vcoins, WildWinds (SB 1059: text1 / image1 + text2 / image2, SB 1059var: text / image, SB 1060: text / image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous tenterons de décrire ou d’identifier une cinquième et dernière pièce mystère!

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Monnaies anciennes 85

Pièce mystère (3)

IMG_1653-1659La troisième pièce de monnaie byzantine mystère est un assez beau decanummium (G [Good], 10 nummi, AE [Bronze], 13 x 14 mm [0.512 x 0.551 po], 2.680 g [41.36 gr], caractérisé par une  rognure du côté droit, une patine verdâtre avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur de face (barbu?), drappé, cuirassé et casqué, avec l’inscription latine D N ERAC… (probablement D[ominvs] N[oster] ERACLIO P[er]P[etvvs] AV[gvstvs] pour “Notre Seigneur Heraclius, Perpétuel Auguste“). Le revers illustre un large “X” (marque de valeur pour 10 nummi, équivalent latin pour “I”) encadré à gauche par un “M” avec un point (•) en haut et en bas, à droite par un “N” avec un point [propbablement en haut et] en bas, une croix (✝︎) au-dessus et une étoile (✻) en-dessous.

C’est une pièce de petite dénomination qui date probablement de peu de temps après la réforme d’Anastasius (la dynastie des Justiniens ou des Héraclides). Durant mes recherches sur internet par comparaison d’images et par mots-clés j’ai rencontré une pièce de Phocas (602-610), un decanummium frappée à Carthage, qui correspond plus ou moins à cette description (Labarum SB 688, DOC 117) mais dont la titulature est “DN FOCAS PERP AVG” et sur le revers les champs g. et d. donnent N/M et non M/N. J’ai également rencontré deux pièces de Heraclius (610-641): l’une est un decanummium aussi frappée à Carthage durant la révolte des Heraclii (608-610) [CoinArchives, WildWinds: text / image, SB 715, DOC 8] mais la titulature dans ce cas-ci est “ERACLIO CONSVLI” (pas de “DN” au début) et encore une fois le revers donne N/M dans le champs de part et d’autre; l’autre pièce est un decanummium frappé à Carthage (WildWinds SB 876 [text / image], DOC 236) avec une titulature qui semble correspondre à celle de ma pièce (DN ERACLIO PP AV) mais le champs du revers présente encore N/M et non M/N de part et d’autre. Ma lecture serait-elle erronée et ce que je prend pour un “M” serait-il un “N”? Cela m’apparait pourtant bien un “M”… Et comme la lettre du champs droit est coupée par la rognure, cela pourrait être tout autant un “M” qu’un “N”. Toutefois, malgré cette différence, cela m’apparait bien être un pièce de Heraclius. 

Et qu’en disent les sources académiques? Warwick Wroth (CIB = Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: p. 236, #361-363) mentionne le decanummium de Heraclius mais toujours avec le N/M dans le champs du revers (N/M pour “nummus” semble-t-il). Toutefois, Philip Grierson (DOC 2.1 = Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection. Vol. 2, Part 1: Phocas and Heraclius 602-641. Washington, D.C., 1968/1993, pp. 43-44, 350-351) mentionne une variante avec M/N !!  Cela confirme  donc ma lecture du revers et l’attribution de la pièce au règne de Heraclius. Malheureusement, il n’est pas possible de préciser une datation autre que la durée du règne (610-641 EC).

Verdict: Cette pièce est fort probablement un decanummium du règne de Heraclius (610-641 EC) frappé à Carthage.

Sources: Wikipedia (Heraclius [FR/EN], Nummus); FAC (Byzantine Denominations, Revolt of the Heraclii); SB (Sear-BCV) 876, CIB: 361-363, DOC 2.1: 238; Réf. online: Google, CoinArchives, Labarum (Phocas SB 688), WildWinds SB 715 (text / image), WildWinds SB 876 (text / image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous tenterons de décrire ou d’identifier une quatrième pièce mystère!

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Monnaies anciennes 84

Pièce mystère (2)

IMG_1640-1646La seconde pièce de monnaie byzantine mystère est un beau demi-follis (VG  [Very Good], 20 nummi, AE [Bronze], 20 mm [0.79 po], 6.232 g [96.2 gr], patine brune avec un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur de face (de trois-quart?), barbu?, cuirassé et casqué (avec une couronne?), portant une lance au-dessus de l’épaule (et un bouclier?), aucune inscription visible mais un “M” dans le champs droit. Le revers illustre un large “K” (marque de valeur pour 20 nummi) entouré d’un “M” dans le champs gauche et d’une croix (✝︎) dans le champs droit.

C’est de toute évidence un pièce qui date d’après la réforme d’Anastasius (où le revers ne comporte qu’une marque de valeur, soit M, K, I ou E). En recherchant longuement sur l’internet par images (sans grand succès) et par mots-clés, je n’ai finalement trouvé qu’une seule pièce qui correspondait à ces caractéristiques: un demi-follis de Constantinus IV. J’ai par la suite validé cette identification en consultant les ressources académiques (Hahn, W.  Moneta Imperii Byzantini. (Vienna, 1981): p. 259; Wroth, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 2: p. 318; Bellinger, A.R. & P. Grierson, eds. Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection. (Washington D.C., 1966 – 1999). Vol. 2: Part 2:  Heraclius Constantine to Theodosius III: pp. 512, 514, 518-519, 541-542; et Classical Numismatic Auctions, 1987/05/01, #206).

Verdict: Cette pièce est donc fort probablement un demi-follis de Constantinus IV frappé à Constantinople vers 674-685 EC (quoique le DOC affirme que l’on peut réduire la datation à 674-681, et que le CNA la date plutôt de 673-674 EC).

Sources: Wikipedia (Constantinus IV [FR/EN]); Doc (vol. 2, part 2): 37, Mib-87, S-BVC 1181, IBC: 33-38; Réf. online: Google, CoinArchives, vcoins. Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous tenterons de décrire ou d’identifier une troisième pièce mystère!

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Monnaies anciennes 83

Pièce mystère (1)

Il me reste quelques pièces de monnaies byzantines que je n’avais pas préalablement identifiées ou datées. Je vais donc tenter de le faire ou, du moins, de les décrire… Voici donc cette première pièce mystère.

IMG_1598-1605Cette pièce de monnaie byzantine est un assez beau follis (G/VG [Good/Very Good], 40 nummi, AE [Bronze], 25 x 27 mm [0.98 x 1.06 po], 10.811 g [166.84 gr], payé environ $6 le 1985/04/14, grande usure sur l’avers, patine brune, le flan comporte d’importantes rognures; die-axis: ↑↓). ) de l’époque de la dynastie justinienne (518–602). 

L’avers nous présente un buste de l’empereur de face, barbu?, couronné ou casqué?, vêtu d’une cuirasse, tenant de la main droite un globe surmonté d’une croix (globus cruciger) et de la main gauche un bouclier. L’inscription est rendue illisible par l’usure et la rognure mais elle semble se terminer par “PP A” (PerPetvvs Avgvstvs = “Perpétuel Auguste”).

Le revers illustre un large “M” (marque de valeur pour 40 nummi), surmonté d’une croix (✝︎) ou d’un tau-rho (⳨), avec en-dessous ce qui semble être un losange mais est probablement un “A” (marque de la première (Alpha) officine; cela pourrait aussi possiblement être un “𝚫”, pour la quatrième (Delta) officine), encadré par un “ANNO” vertical à gauche et un “𝛓 I sur deux lignes à droite (pour indiquer la septième année de règne), avec un “NIKO” en exergue (marque de l’atelier de Nicomédie).

Les caractéristiques de la pièce (portrait de face, large “M” carré et non arrondi, etc.) m’inclineraient à penser qu’il s’agit d’une pièce soit de Justinianus I (527-565), soit de Mauricius Tiberius (582-602). Toutefois, Justinianus n’a régné seul qu’à partir de sa douzième année ce qui fait qu’il n’a pas émis de pièce de ce genre pour sa septième année de règne. Cela l’exclut donc comme empereur possible pour cette pièce. Il ne nous reste donc comme possibilité que l’empereur Mauricius Tiberius (identification confirmée par Wroth, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: p. 140; A.R. Bellinger & P. Grierson, eds.; Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection. (Washington D.C., 1966 – 1999). Vol. 1: Anastasius I to Maurice, 491-602 (Bellinger A.R., Washington D.C., 1966/1992), p. 325).

Verdict: Cette pièce de monnaie est donc fort probablement un follis de Mauricius Tiberius frappée par la première officine de l’atelier de Nicomédie en 588-589 EC.

Sources: Wikipedia (Justinianus [FR/EN], Maurice Tiberius [FR/EN], globus cruciger, monnaie byzantine), FAC (Justinianus, Maurice Tiberius, Byzantine Denominations, globus cruciger, Nicomedia); IBC: 131, DOC 1: 97a; Réf. online pour Justinianus: acsearch, CoinArchives, CoinArchives, WildWinds (text, image); pour Maurice Tiberius: AkropolisCoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous tenterons de décrire ou d’identifier une deuxième pièce mystère!

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Monnaies anciennes 82

Les Macédoniens

Basileus II / Constantinus VIII (960-1028)

L’histoire de l’Empire Byzantin n’est pas particulièrement passionnante. Je n’ai d’ailleurs que très peu de pièces de monnaie de cette époque et elle sont tous dans un piètre état de conservation. C’est pourquoi je me permet de passer sous silence la dynastie isaurienne (717-802), celle des Nicéphoriens (802-820), ainsi que la dynastie amorienne (820-867) pour aborder directement (mais brièvement) la dynastie macédonienne (867-1057). Fondée par le macédonien Basileus, elle s’étend sur près de deux siècles, compte une vingtaine d’empereurs et constitue l’apogée de l’Empire Byzantin. Ce haut point de l’Empire est véritablement atteint sous le règne du neuvième empereur macédonien: Basileus II (Βασίλειος [Basileios] en grec et Basile II en français). 

Basileios nait vers 958 probablement à Constantinople. Il est le fils de l’empereur Romanos II et de Theophano Anastaso. Son père le fait co-empereur dès l’âge de deux ans et, à sa mort en mars 963, il devient empereur mais sous la régence de sa mère. Toutefois l’armée exige un véritable empereur alors celle-ci épouse Nikephoros II Phokas qui règne alors conjointement avec le jeune Basileos. Quelques années plus tard, en décembre 969, elle se débarrasse de son époux au profit de son amant Iôánnes Tzimiskếs qui adopte les deux fils de Theophano, Basileos II et Kōnstantinos VIII, et les prends comme co-empereurs. Lorsque Ioannes meurt, en janvier 976, il n’a pas de descendance directe et donc l’empire revient à ses deux fils adoptifs. Cette succession est contesté par les généraux Bardas Sklèros et Bardas Phocas et ce n’est qu’après treize ans de guerre civile que Basileos, avec l’aide de Vladimir Sviatoslavitch (le prince rus de Kiev), réussit à s’imposer comme empereur légitime. Il entreprends alors une série de campagnes militaires qui lui permet de reconquérir de nombreux territoires. Il s’attaque donc au califat fatimide pour reprendre la Syrie (995-999), au Caucase pour y acquérir la Géorgie et l’Arménie (1000-1023) mais surtout à l’Empire bulgare pour récupérer une bonne partie du nord de la Grèce et des Balkans (1005-1018) ce qui lui vaut le titre de Bulgaroktonos (“tueur de Bulgares”). Il attaque également le khaganat khazar pour reprendre le contrôle du pourtour de la mer Noire dont la Crimée méridionale. Il s’allie également avec la jeune République de Venise pour défendre l’Italie contre les Sarrasins. C’est en pleine préparation pour reconquérir la Sicile qu’il meurt subitement le 15 décembre 1025. Il aura régné près de cinquante ans et laisse un Empire byzantin plus puissant et plus vaste qu’il ne l’a jamais été depuis Justinianus. Il s’étend de l’Arménie jusqu’à l’Illyrie, et de la Crimée jusqu’au sud de l’Italie. Sa bonne gestion a permis de regarnir les coffres, ses réformes protègent les moins nantis contre les grands propriétaires terriens, et sa politique religieuse à étendue l’influence du christianisme avec la conversion des Rus de Kiev.

Son frère Kōnstantinos VIII (Κωνσταντίνος en grec et Constantin VIII en français) lui succède. Il ne semble pas beaucoup aimer le pouvoir puisqu’il se montre très discret durant le règne de son frère et, une fois à la tête de l’Empire, il en laisse la gouvernance à ses hauts fonctionnaires. Il réussi tout de même à maintenir la stabilité des frontières. Son règne est cependant très court. Il tombe malade et meurt le 11 novembre 1028 sans laisser de successeur mâle.

IMG_1632-1638Je n’ai que deux pièces de monnaie pour cette dernière partie de l’Empire Byzantin. L’une d’entre elles serait un follis anonyme de Basileus II ou de Constantinus VIII dans un état plutôt passable (P/VG [Poor/Very Good], follis anonyme classe A3 (ornement #14? #22? #41?), AE/Cu [Bronze/Cuivre], 22 mm (0.87 po), 5.027 g (77.6 gr), payé environ $5 le 1985/01/06, patine brune avec incrustations de vert-de-gris et flan rogné; die-axis: ↑➘). L’avers nous présente un buste du Christ, barbu, de face, avec une auréole en forme de croix (nimbus cruciger; impossible de déterminer le type d’ornement de l’auréole) derrière la tête, vêtu d’une tunique (colobium) et d’un manteau (pallium), la main droite levée en signe de bénédiction, la gauche tenant l’Évangile (impossible de distinguer le type d’ornement), avec l’inscription (illisible) +EMMA-NOVH𝝠 (translitération grecque de l’hébreux Emmanuel [עמנואל / Εμμανουήλ] qui signifit “Dieu [est] avec nous”) et un IC – XC (monogramme formé des première lettres grecques du nom de Jésus Christ: ΙΗϹΟΥϹ  ΧΡΙϹΤΟϹ) dans le champs de part et d’autre. Le revers illustre, sur quatre lignes et en gros caractères, l’inscription grecque +INSYS / XRISTYS / BASILEY / BASILE (“Jésus Christ, Roi des rois”) encadré par un ornement de losanges au centre d’un trait [l’ornement du bas est oblitéré par la rognure du flan]. 

Cette pièce est un très bel (et intéressant) exemple de follis “anonyme” que l’on frappa à Constantinople à partir du Xe siècle et qui ne comportait ni l’effigie, ni le nom de l’empereur mais plutôt un buste du Christ sur l’avers avec l’inscription “Christ, Roi des rois” sur le revers. Même en l’absence d’une titulature on peut attribuer cette pièce aux règnes de Basileus II ou de Constantinus VIII car il semble que ce type (buste auréolé en avers, revers avec inscription sur quatre lignes, encadrée par des ornements variés, et frappé sur un flan de plus petite taille [poids de 9 à 10 grammes, diamètre maximum de 29 millimètres]) n’ait été frappé qu’à cette époque. Selon ces informations (confirmées par WROTH, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 2: pp. 489 et GRIERSON, Philip. Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection: Vol. 3, Part 2:  Basil I to Nicephorus III (867-1082). Washington DC: Dumbarton Oaks Research Library & Collections, 1993. pp. 634, 638, 644-45, 648, 655, 658, 668-69) nous pouvons affirmer avec assez de certitude qu’il s’agit d’une pièce de Basileus II ou de Constantinus VIII, frappée à Constantinople (seul atelier restant), mais on ne peut malheureusement la dater avec plus de précision que leurs années de règne, de 976 à 1028 EC. Quoique, s’il s’agit bien d’une classe A3 (au flan plus petit), alors nous pourrions réduire cette datation à la période entre 1023 et 1028 EC.

Sources: Wikipedia (Basileus II [FR/EN]; Constantinus VIII [FR/EN]); IBC 38-40; DOC 3.2: A2.14.1-4, A2.22, A2.41.1-26; Réf. online: Google, acsearch, CGBFR, CoinArchives, FAC, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La dynastie macédonienne se poursuit encore un peu au travers des filles de Constantin VIII. C’est l’époque que l’on appelle des “princes-époux”, où l’empereur tire sa légitimité de son union avec l’une des dernières descendantes de la dynastie. Ainsi, Romain III Argyre (1028-1034) devient empereur par son mariage avec Zoé Porphyrogénète (fille de Constantin VIII). À sa mort, Zoé épouse son amant, qui devient empereur à son tour: Michel IV (1034-1041). Son neveu, Michel V, lui succède brièvement (décembre 1041 – avril 1042). Il tente de se débarrasser de Zoé en l’exilant dans un monastère mais le peuple se révolte et réclame le retour de l’impératrice. Pour respecter la tradition, elle se marie à Constantin IX qui règnera douze ans (1042-1055). À sa mort, Zoé étant elle-même décédée en juin 1050, c’est la jeune soeur de Zoé, Theodora III Porphyrogenita (janvier 1055 – août 1056), qui prend le pouvoir seule. Ma dernière pièce de monnaie byzantine en est justement une de Theodora III, et j’ai discuté de son règne dans le cadre de mon entrée consacrée aux impératrices romaines. Elle est déjà assez âgée lorsqu’elle prend le pouvoir et règne donc un peu moins de deux ans. Comme elle ne laisse aucun descendant on choisi un vieux fonctionnaire pour lui succéder, Michel VI. Après un règne de moins d’un an et quelques troubles civiles, il est remplacé par Isaac I Komnenos, le premier empereur de la dynastie des Comnènes (1057-1059, 1081-1185). Suivrons les Doukas (1059-1081), les Anges (1185-1204), les Lascaris (1204-1261), puis la grande dynastie des Paléologues (1261-1453). L’Empire byzantin prend fin avec le règne de Constantin XI Paléologue (1448-1453) lorsque la ville de Constantinople, assiégée par Mehmet II, est finalement conquise par l’Empire ottoman… L’Empire des Romains était alors définitivement mort. Sic transit gloria mundi

La semaine prochaine je vais commencer à vous présenter une série de pièces mystères. Il me reste quelques pièces de monnaies byzantines que je n’avais pas préalablement identifiées ou datées. Je vais donc tenter de le faire ou, du moins, de les décrire…

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Monnaies anciennes 81

Les Héraclides (2)

Heraclius (2)

Dans la dernière partie de son règne (pour le début du règne voir l’entrée précédente), Heraclius profite de la paix retrouvée pour stabiliser l’Empire en consolidant son pouvoir et surtout en renflouant les finances par des coupures dans les dépenses. L’Empire est affaibli, surtout dans les Balkans. Pourtant la menace viendra encore une fois de l’Orient… L’Empire sassanide est lui aussi affaibli par la longue guerre et des luttes de pouvoirs internes. Il n’offre donc que peu de résistance quand une nouvelle religion unifie les tribus de la péninsule arabique dès 620, puis sous l’impulsion de leur prophète s’élance à la conquête tant du territoire Perse que Byzantin… La première escarmouche avec les byzantins a lieu à Mu’tah en 629. Après la mort de Muhammad en juin 632 l’offensive musulmane prend de l’ampleur sous la direction de ses successeurs (les quatre commandeurs du califat Rashidun) et ils obtiennent une première victoire à Ajnadayn en juillet 634, puis une autre avec la bataille du Yarmouk en août 636. Impressionné par la progression fulgurante des musulmans, Heraclius bat en retraite et la Syrie, puis la Palestine sont conquise en 637. Même Ctésiphon, plus à l’est, tombe (et le reste de l’Empire Sassanide sera conquit avec la bataille de Nahavand en 642). Après une brève trêve, l’avancée musulmane prend la Mésopotamie en 639, puis, suite à la bataille d’Héliopolis en juillet 640, ce sera le tour de l’Égypte… Profondément affecté par ces défaites, Heraclius s’enferme à Constantinople où il meurt le 11 février 641. 

Son fils (né de la première épouse, Fabia Eudocia) Heraclius Constantinus (connu comme Constantin III en français) lui succède avec son jeune frère (né de la seconde épouse, Martina) Heraclonas comme co-empereur. Toutefois ils ne survivent à leur père que quelques mois puisque le premier meurt en mai et le second en septembre 641. C’est le fils de Heraclius Constantinus, qui porte le même nom que son père (on le nommera Constans II Heraclius pour le distinguer) qui prend la relève à l’âge de onze ans. Il règne pendant vingt-sept ans. Malgré les pressions slave dans les Balkans et musulmane en Orient, il réussit tant bien que mal à maintenir les frontières de l’Empire Byzantin, qui est maintenant réduit à l’Anatolie, une partie de la Grèce et de l’Italie, ainsi que l’Afrique du Nord (moins l’Égypte). Il profite de cette paix relative pour réorganiser l’administration de l’armée et du territoire, qu’il répartie en nouvelles divisions administratives appelées “thèmes”.

La dynastie des Héraclides [EN] se poursuit en septembre 668 avec son fils Constantinus (Constantin IV) qui règne presque dix-sept ans. Il réussit à contenir les Musulmans (malgré que ceux-ci s’attaquent à Constantinople même en 674-78), les Slaves et même les Bulgares. Il règle la question du monothélisme qui divise encore l’Église avec un troisième concile de Constantinople en 680. Son fils Justinianus (Justinien II) lui succède en septembre 685. Malgré des interruptions par deux usurpateurs (Leontius en 695-97 et Tiberius III en 698-705), son règne dure environ seize ans. Quelques succès militaires contre les musulmans lui permettent de relocaliser des slaves en Asie Mineure. Malheureusement, sa politique fiscale brutale et ses violentes répressions pour contrer l’opposition le rendent impopulaire et il est défait, puis exécuter par l’usurpateur Philippicos en décembre 711. C’est la fin des Héraclides et le début de plusieurs années d’instabilité et de chaos

IMG_1622-1628Ma deuxième pièce de monnaie d’Héraclius le représente avec son fils Heraclius Constantinus et sa deuxième épouse, Martina. Il s’agit encore malheureusement d’un follis dans un état assez médiocre (P [Poor], 40 nummi, AE [Bronze], 22 x 22.5 mm (.87 x .89 po), 3.625 g (55.9 gr), payé environ $5 le 1985/01/06, patine brune, usure et rognures considérables; die-axis: ↑↑). L’avers nous présente Heraclius entouré de son fils Heraclius Constantinus (à peine visible, à d.) et de Martina (à g.), tous couronnés, vêtus d’une chlamyde et portant un globe crucigère dans la main droite, sans aucune inscription. Le revers illustre un large “M” (marque de valeur indiquant 40 nummi), surmonté d’une petite croix et de “ANNO”, et avec un “A” ou “𝚫” en dessous (marque d’officine: Alpha = 1 ou Delta = 4), flanqué dans le champ gauche par le monogramme de Heraclius (formé d’un “H” et d’un “R” superposé [#b ou #23]; ici illisible) et dans le champs droit par l’année de règne (possiblement X / 𝛓 / II sur trois lignes, pour la 18e année) et avec un “CON” en exergue (marque de l’atelier de Constantinople).

Ces informations (confirmées par WROTH, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: pp. xxiv-xxvii, 208; et GRIERSON, Philip. Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection: Vol. 2, Part 1:  Phocas and Heraclius 602-641. Washington DC: Dumbarton Oaks Research Library & Collections, 1993. pp. 106-110, 226-228, 292-294) nous indiquent que ce follis a été frappée par la première ou la quatrième officine de l’atelier de Constantinople vers 624-629 EC (les années de règne quinze à dix-neuf — car c’est la seule période, dites “Class 4”, où ce type de revers a été frappé avec le “ANNO” sur le dessus — par contre, s’il s’agit bien de la dix-huitième année de règne, alors on pourrait la dater plus précisément en 627-628 EC).

Sources: Wikipedia (Heraclius [FR/EN], Heraclius Constantinus [FR/EN], Martina [FR/EN]);  IBC: 192-193; DOC 2.1: 102a/c; Réf. online: Google, acsearch, acsearch, CGBFR, CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, FAC (01, 02, 03), MA-Shops, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous faisons un saut jusqu’à la dynastie macédonienne avec une pièce de Basileius II.

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Monnaies anciennes 80

Les Héraclides (1)

Heraclius (610-641) (1)

Heraclius est né vers 575 en Cappadoce dans une famille d’origine arménienne. Son père, Heraclius Major, est officier supérieur dans l’armée de l’empereur Mauricius. Il gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir général (magister militum) de l’armée d’Orient, puis d’Arménie (en 595) et finalement gouverneur de l’Afrique (exarque de Carthage) en 600. Heraclius Junior grandit sans doute auprès de son père et acquiert ainsi une bonne expertise militaire. En 602, l’empereur Mauricius est renversé par l’usurpateur Phocas et l’incompétence de celui-ci fait perdre à l’Empire beaucoup de territoire aux mains des Sassanides en Orient, des Lombards en Italie et des Wisigoths en Hispanie. Dégouté par ce règne disgracieux, l’exarchat d’Afrique se révolte contre l’usurpateur en 608. Héraclius l’Ancien et son fils sont nommé consuls. En 610, Heraclius Junior assemble une flotte qu’il lance contre Constantinople. L’usurpateur est facilement défait et exécuter. Heraclius Junior est nommé le nouvel empereur le 5 octobre 610. Son règne de trente ans, et la dynastie des Héraclides, marque un point tournant de l’histoire byzantine alors que l’Empire Romain d’Orient de l’Antiquité devient un véritable Empire Byzantin hellénisé et médiéval. Le latin cède le pas au grec et l’empereur abandonne les titres d’Augustus et d’Imperator pour celui de basileus.

La première préoccupation d’Heracius est de mettre fin à l’avancée des Sassanides. Malheureusement, il a hérité d’un empire désorganisé et pour la première partie de son règne il reste sur la défensive et incapable d’arrêter l’invasion. Les Sassanides occupent déjà l’Arménie, la Cappadoce et une partie de la Syrie mais leur progression se poursuit: ils prennent Antioche et le reste de la Syrie, Damas en 613, Jérusalem en 614 (capturant de saintes reliques comme la Vrai Croix) et l’Égypte en 618. Ils avancent également en Asie Mineure, car dès 615 ils assiègent Chalcédoine (presqu’aux portes de Constantinople, sur l’autre rive du Bosphore), puis ils prennent Nicomédie en 619, et l’île de Rhodes en 623. Même en Occident les ennemies de l’Empire (Lombards et Wisigoths) en profitent pour faire des avancés mais la menace vient surtout des Slaves et des Avars qui traversent les Balkans jusqu’au Péloponnèse et la mer Égée. En effet, les Avars s’allient aux Sassanides pour faire le siège de Constantinople en 626. Alors que tout semble perdu, le vent tourne finalement en faveur des byzantins…

Dès 622, Heraclius se réorganise et opte pour une stratégie plus agressive. Il exploite les divisions au sein de l’ennemi pour briser le siège de Constantinople puis, grâce à une alliance avec les Göktürks, lance en 627 une contre-offensive dans le Caucase où sa connaissance du terrain lui est un avantage. Il avance ensuite en Mésopotamie et obtient une victoire décisive lors de la bataille de Ninive en décembre 627. Encore une fois, c’est la mort du monarque Perse et la venu d’un successeur moins belliqueux qui lui permet de négocier la paix, de réoccuper les provinces perdues et de reprendre possession des précieuses reliques religieuses. De 628 à 633, l’Empire connait quelques années de paix qui vont lui permettre de panser ses blessures et de se reconstruire. Malheureusement, bientôt un nouvel ennemi encore plus formidable va faire son apparition… (À suivre !)

IMG_1609-1616Je n’ai que deux pièces de monnaie de Heraclius. Sur la première, illustrée ici, il est représenté avec son fils Heraclius Constantinus. Il s’agit d’un follis plutôt passable (P/G [Poor / Good], 40 nummi, AE [Bronze], 27 x 30 mm (1.06 x 1.18 po), 12.577 g (194.1 gr), payé environ $5 le 1985/01/06, patine foncée, flan avec d’importantes rognures et probablement refrappé (“overstruck”); die-axis: ↑↓). Malgré une usure considérable on peut distinguer sur l’avers deux figures debout de face: Heraclius (à gauche) et Heraclius Constantinus (à droite, de taille plus petite), chacun vêtu d’une longue robe (chlamyde), portant une couronne surmontée d’une croix et un globe crucigère dans la main droite; une croix entre leurs têtes; avec l’inscription latine présumée dd[omini] NN[ostri] hERACLIVS ET hERA[clivs] CON[stantinvs] (“Nos Seigneurs Heraclius et Heraclius Constantinus” car les deux “d” et “N” indiquent un double pluriel). Le revers illustre un large M (marque de valeur indiquant 40 nummi), surmonté d’une croix (✝︎) et avec un “B” en-dessous (marque d’officine, Bêta = 2); encadré par un “ANNO” (vertical) dans le champs gauche et possiblement unII II(sur deux ligne) dans le champs droit (indiquant l’année de règne 4), et un “NIKO” en exergue (marque de l’atelier de Nicomédie).

Ces informations (confirmées par WROTH, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: pp. xxiv-xxvii, 216-17 et GRIERSON, Philip. Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection: Vol. 2, Part 1:  Phocas and Heraclius 602-641. Washington DC: Dumbarton Oaks Research Library & Collections, 1993. pp. 317-319) nous indiquent que ce follis a été frappée par la deuxième officine de l’atelier de Nicomédie. Toutefois, l’année de règne reste incertaine: si je crois y lire “II/II” (pour la 4e année, soit 613-614 EC), il pourrait tout aussi bien s’agir de “II/I” (3e année: 612/613 EC) ou même du pictogramme qui forme une sorte de “G” alongé (pour la 6e année: 615-616 EC). Il est cependant certain qu’elle a été frappée entre 612 et 616 EC.

Sources: Wikipedia (Heraclius [FR/EN], Heraclius Constantinus [FR/EN]); IBC: 237-43, DOC 2.1: 158-160; Réf. online: Google, CoinArchives, CoinTalk, FAC, MA-Shop, MET, vcoins, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine je vous présente ma seconde pièce de monnaie de Heraclius où ils est représenté avec son fils Heraclius Constantinus et sa deuxième épouse, Martina.

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Monnaies anciennes 79

Les Justiniens (2)

Phocas (602-610)

Le 15 novembre 565 Justinus II (Ἰουστίνος en grec et Justin II en français) succède à son oncle, Justinianus, et règne un peu plus de douze ans. Mentalement instable il mène néanmoins une politique économique austère qui permet de compenser pour les dépenses excessives de son prédécesseurs. Il ne réussit cependant pas à unifier l’Église. Aussi, occupé par le conflit avec les Sassanides en Orient, il néglige l’Occident et perd la plupart des territoires reconquit par Justinianus, permettant ainsi au Royaume wisigoth de se reconstituer et au Royaume lombard de s’établir en Italie. Durant les quatre dernières années de son règne, le pouvoir est véritablement entre le main de son épouse Sophia et du général Tiberius Constantinus (Τιβέριος Β′ Κωνσταντίνος / Tibère II Constantin) qui lui succède d’ailleurs à sa mort le 5 octobre 578. Durant son bref règne d’un peu moins de quatre ans Tiberius est moins actif militairement et favorise plus une diplomatie coûteuse. Il se montre d’ailleurs plus généreux que Justinus II mais au détriment des finances publiques. Il tombe gravement malade mais nomme son successeur avant de mourir le 14 août 582: le général Mauricius (Μαυρίκιος / Maurice). 

Celui-ci règnera pendant vingt ans et avec plus de succès. Excellent militaire (on lui doit d’ailleurs un manuel de stratégie militaire, le Strategikon) il mène une politique beaucoup plus aggressive qui lui permet de conclure une paix avantageuse avec les Sassanides et de consolider le limes danubien contre les incursions des Slaves et des Avars dans les Balkans. Il fait de nombreuses réformes (militaires, législatives, restructuration des provinces, etc.) et construit ou restaure de nombreux monuments. Malheureusement, les temps sont difficiles et le peuple est exaspéré par l’austérité qu’exige le financement de la défense des frontières et même l’armée est fatiguée des constantes campagnes militaires et insatisfaite de sa solde. Ceci rend l’empereur très impopulaire au point où l’armée des Balkans se révolte et marche sur Constantinople. L’armée acclame empereur un centurion nommé Phocas. Mauricius se réfugie à Nicomédie mais il est arrêté et exécuté le 23 novembre 602. C’est la fin de la dynastie justinienne. 

L’usurpateur Phocas (Φωκάς) règne en tyran pendant un peu plus de sept ans. On le dit ignorant, brutal et très laid. Son règne est un vrai désastre. Ne réussissant pas à établir sa légitimité au sein de la dynastie justinienne son pouvoir est sans cesse contesté mais il se maintient par la répression. La mort de Mauricius, qui entretenait une bonne relation avec le roi Sassanides Khosro II, provoque de nouvelles hostilités entre les deux empires. La frontière danubienne continue d’être assaillie par les Avars et les Slaves mais tiens le coup. Les Lombards gagnent du terrain en Italie et les Wisigoths s’emparent de Sagonte, réduisant l’Espagne byzantine au seul littoral sud-est de la péninsule ibérique. Sa politique religieuse cause des révoltes parmi les juifs d’Antioche et d’Alexandrie. Le coup de grâce sera la révolte de la province d’Afrique, dirigée par Héraclius l’Ancien. Son fils, aussi nommé Heraclius, assemble une flotte qu’il lance contre Constantinople. Phocas est capturé et exécuté le 5 octobre 610. Le pouvoir revient à Heraclius et c’est le début de la dynastie des Héraclides.

IMG_1588-1589De tous ce beau monde je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Phocas: un beau follis (VG [Very Good], 40 nummi, AE [bronze], 28 x 30 mm [1.1 x 1.18 po], 11.886 g [183.4 gr], payé environ $5 le 1985/01/06, patine noire avec un important dépôt de vert-de-gris, une possible image fantôme sur le pourtour du flan laisserait peut être croire à une pièce refrappée (“overstruck”); die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur de face, barbu, portant une couronne ornée d’une pendilia (un pendentif de perles montées sur une chaîne d’or) et d’une croix (ou un globus cruciger?), vêtu d’un manteau consulaire (trabea) et tenant une mappa dans la main droite et une croix dans la gauche, avec l’inscription δ m [ou D N ?] FOCA PER AV[G ou ς] (présumément pour D[o]m[invs] [noster] Foca[s] Per[petvvs] Aug[vstvs], soit “Notre Seigneur Phocas, Perpétuel Auguste”). Le revers illustre un large “XXXX”, surmonté de “ANNO”, avec “II II” (sur deux lignes) dans le champs droit et un “NIKOB” en exergue.

Le “XXXX” est une marque de valeur, l’équivalent latin du “M” grec, pour indiquer une valeur de 40 nummi. “ANNO IIII” nous indique l’année de règne (la 4e année de Phocas équivaut à 605-606 EC). “NIKOB” est une marque d’atelier (NIKO pour Nicomédie) suivi d’une marque d’officine (B [Bêta] = 2). Ces informations (confirmées par les références académiques: Wroth, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: pp. xxii-xxiii, 171) nous permettent de conclure que ce follis a été frappé par la deuxième officine de l’atelier de Nicomédie durant la quatrième année de règne de Phocas, soit en 605-606 EC.

Sources: Wikipedia (Phocas [FR/EN], monnaie byzantine, vêtement byzantin), FAC (Phocas, follis, globus cruciger, mappa, Nicomedia,  nummus, overstruck, pendilia, trabea); IBC: 72; Sear-BCV: 659; Réf. online: Google, CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, FAC, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous entamons la dynastie des Héraclides avec une première pièce de monnaie de Heraclius.

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Monnaies anciennes 78

Les Justiniens (1)

Justinianus I (527-565)

Flavius Petrus Sabbatius Iustinianus (Φλάβιος Πέτρος Σαββάτιος Ἰουστινιανός en grec et Justinien Ier en français) est né vers 482 à Tauresium (Illyrie) dans une famille d’origine paysanne. Son oncle Justinus, qui est officier dans la garde de l’empereur Anastasius, le fait venir à Constantinople et voit à ce qu’il reçoive une bonne éducation. Il entreprend ensuite une carrière militaire dans la garde palatine (schole palatine) et devient l’un des quarante candidati de la garde personnelle de l’Empereur (mais qui n’a, en fait, qu’un rôle d’apparat). À la mort d’Anastasius en juillet 518, son oncle devient empereur et il sert à ses côtés en tant que conseiller. Il est fait consul en 521, puis César en 525 et finalement Auguste et co-empereur le 1er avril 527. Toutefois, son oncle étant malade et mourant, il devient l’unique empereur dès le 1er août 527. Il est probablement l’empereur byzantin le plus important de toute l’histoire de l’antiquité tardive. Il y en aurait long à dire sur les accomplissements de son règne mais je me dois (d’essayer) d’être bref (je suggère de cliquer sur les liens pour plus de détails).

Justinianus est ambitieux car il rêve d’accomplir la renovatio imperii c’est-à-dire de rétablir l’Empire Romain dans toute sa gloire. Pour ce faire il s’entoure de bon conseillers: son épouse Théodora d’abord, puis les généraux Belisarius, Narses, ou Ioannes Troglita, le juriste Tribonianus, et le préfet du prétoire Flavius Ioannes [Cappadociae ou Orientalis]. Dans sa volonté de réunifier l’Empire et le Christianisme, il pousse encore plus loin l’autoritarisme instauré par Diocletianus en centralisant le pouvoir absolu sur sa personne divine. Ainsi, il abolit le consulat et insiste pour se faire appeler κύριος [Kurios], l’équivalent du latin Dominus, soit “Seigneur” ou “Maitre”. Autant de pouvoir entre les mains d’un homme qui ne fait pas partie de la noblesse romaine dérange beaucoup la vieille aristocratie (on voit cette aversion notamment dans le Anecdota: Arcana Historia de Procopius). Celle-ci n’hésitera pas à utiliser les factions et l’hostilité du peuple face à un lourd fardeau fiscal pour fomenter un soulèvement populaire en 532: la sédition Nika. Grâce à une stratégie qui divise les factions et aux troupes loyalistes, Justinianus survit à cette tentative de révolution et ses représailles seront implacables. Il peut alors se consacrer à consolider les frontières de son Empire.

Il consolide d’abord la frontière orientale et tente de négocier la paix avec les Perses sassanides. Toutefois, les hostilité reprennent en 528 et les Perses menacent d’envahir si un tribut ne leur est pas payé. Les Byzantins refusent et les Perses, sous la direction du roi Kavadh Ier, lancent leur attaque en 530. Après de nombreuses batailles (à Dara, Satala, puis Callinicum) les Perses refusent toujours la paix et s’entêtent à demander un tribut. La situation change à la mort du souverain perse en septembre 531 car son fils, Khosro, est moins belliqueux. En septembre 532, un traité de “Paix Éternelle” est signé, rétablissant le statu quo ante bellum. Justinianus peut alors se concentrer sur ses désirs de reconquêtes territoriales. Il reprends d’abord l’Afrique du Nord aux Vandales (533-534), puis conquiert le Royaume ostrogoth qui occupe l’Italie, l’Illyricum et la Gaule Narbonnaise (535-540). Il réussi même à reprendre une partie de l’Hispanie (la Bétique) aux Wisigoths. 

Les accomplissements de Justinianus ne sont pas que militaires. On retient notamment de son règne qu’il est un patron des Arts, tout particulièrement de l’architecture car il fait construire de nombreux monuments (la basilique Sainte-Sophie, la colonne de Justinien, etc.) et restaure les ouvrages de ses prédécesseurs. Il entreprend de nombreuses réformes administratives dont la codification des lois romaines avec le Codex Justinianus et le Corpus juris civilis, où il démontre une volonté de niveler les inégalités sociales. Il réussit ainsi à amener l’Empire Romain à un nouvel apogée mais celui-ci n’est malheureusement pas viable: les conquêtes et les traités de paix ont été extrêmement coûteux et une série de catastrophes naturelles plonge à nouveau l’Empire vers le déclin. Un refroidissement climatique (535-36), puis la peste de Justinien (elle débute en 541 et sévira jusqu’en 592 mais perdure pendant plus de deux siècles !) et finalement de nombreux séismes provoquent un déclin démographique et un appauvrissement de la population. Au même moment, de nouveaux barbares (les Koutrigoures) tentent d’envahirent les Balkans (539-40), les Sassanides reprennent les hostilités (540-561), et les Ostrogoths tentent (sans succès, heureusement) de reprendre l’Italie (541-555). Tout ceci mine la confiance du peuple envers l’empereur et la dernière partie du règne de Justinianus se fera dans un climat de contestation. Il meurt le 15 novembre 565 à l’âge de quatre-vingt-trois ans et après un règne de trente-huit ans! Son fils Justinus Junior lui succède.

IMG_1579-1580Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Justinianus et c’est un demi-follis assez passable (P/VG [Poor/Very Good], 20 nummi, AE [Bronze], 30 mm [1.18 po], 7.798 g [120.3 gr], payé environ $5 le 1985/01/06, grande usure sur l’avers, patine noire avec incrustations de vert-de-gris, le flan a probablement été grugé car il est plus petit et plus léger que les pièces répertoriées de ce type [1.35 po, 174.2 gr]; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur de face, sans barbe, portant un casque à plume et une cuirasse, tenant de la main droite un globe surmonté d’une croix (globus cruciger) et de la main gauche un bouclier à motif équestre, une croix dans le champs gauche avec l’inscription latine illisible D[ominus] N[oster] IVSTINI-ANVS P[er]P[etvvs] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Justinianus, Perpétuel Auguste”). Le revers illustre un grand “K” (marque de valeur, K = 20 nummi ou un demi-follis) flanqué à gauche d’un ANNO à la verticale et à droite d’un XII à l’horizontal (marque indiquant l’année de règne; Anno XII = 12e année), une croix (✝︎) [ou un ⳨, tau-rho?] au-dessus et un NI en-dessous (marque de l’atelier de Nicomédie).

Même si l’avers comporte une usure importante, nous distinguons suffisamment de détails pour identifier le type (portrait de face avec orbe crucigère) et une petite partie de l’inscription reste lisible (…TINI…) ce qui nous permet de confirmer l’identité de l’empereur titulaire. Heureusement, le revers est en meilleur état et comporte une marque d’atelier ainsi qu’une datation précise. Ceci (et la confirmation par les sources: Sear, D. R. Byzantine Coins and Their Values: pp. 56, 67; Wroth, W. Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the BM, v. 1: pp. 25, 48) nous permet de conclure que ce demi-follis a été frappé à Nicomédie durant la douzième année du règne de Justinianus (538-539 EC).

Sources: Wikipedia (Justinianus [FR/EN], globus cruciger, monnaie byzantine), FAC (Justinianus, Byzantine Denominations, globus cruciger, Nicomedia); Sear-BCV: #203; IBC: #221; Réf. online: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, CoinTalk, FAC, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine nous concluons la dynastie des justiniens avec une pièce de monnaie de Phocas.

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Monnaies anciennes 77

Les Empereurs Thraces (2)

Anastasius I (491-518)

Flavius Anastasius (Φλάβιος Ἀναστάσιος en grec et généralement appelé Anastase 1er en français) est né à Dyrrachium vers 430 dans une famille noble romaine. Il obtient une place dans l’administration du Grand Palais de Constantinople jusqu’à être promu silentiarius (une sorte de gardien de sécurité qui fait respecter l’ordre et le silence), une position certes dans l’entourage proche de l’empereur mais en tant qu’officier subalterne (décurion) sous les ordres du magister officiorum. À la mort de Zeno, le 9 avril 491, aucun successeur n’a été désigné et le sénat et les officiers militaires ne s’entendent pas sur un candidat — les uns favorisant un romain et les autres un isaurien. La veuve de l’empereur, l’impératrice Ariadnè, exerce donc son influence pour faire nommer Anastasius, qui était perçu comme un vieillard inoffensif (âgé de soixante ans), sans influence, et donc parfait pour une règne de transition. Il est couronné empereur le 11 avril et le 20 mai, pour consolider sa position au sein de la dynastie Leonide, il épouse Ariadnè. Le fait qu’il ait les yeux vairons (l’un bleu, l’autre noir) lui vaut le surnom de dicorus (Δίκορος, “deux-pupilles” en grec). 

Son règne est troublé par de nombreux conflits. D’une part, les Isauriens — qui avaient acquis une influence considérable dans l’armée et supportait la candidature de Longinus, le frère de Zeno, comme empereur — se révoltent et Anastasius doit mener un longue campagne (492-497) pour rétablir l’ordre. Il doit également mener un guerre défensive pour contenir les invasions tant à l’est, par les Perses sassanides (502-506), qu’au nord dans les Balkans, par les Bulgares et les Slaves. Pour protéger Constantinople contre ces derniers, il fait construire un long mur qui s’étend de la mer de Marmara à la mer Noire. De plus, les conflits sociaux dues à une importante croissance démographique urbaine, ses politiques économiques et religieuses (officiellement orthodoxe il favorisait néanmoins les monophysites) ont souvent été la source de révoltes, dont le conflit entre les factions des bleus et des verts (en 501, 507 et 512) et la rébellion de Vitalianus en Thrace (513-515). Malgré ces troubles, on retient d’Anastasius qu’il a été un excellent administrateur qui, grâce à des réformes monétaires (498) et administratives ainsi qu’une politique fiscale très économe, a réussi à rétablir les finances de l’Empire laissant à ses successeurs un important surplus budgétaire. 

Il meurt (sans doute d’un malaise cardiaque) à Constantinople le 9 juillet 518, à l’âge vénérable de quatre-vingt huit ans, sans laisser de descendance. Son règne aura duré vingt-sept ans! Après de difficiles délibérations, on choisit comme successeur le général Justinus, commandant de la garde impériale, qui est d’origine paysanne, peu éduqué et déjà âgé de soixante-cinq ans. Avec l’aide de son neveu Justinianus (qu’il nomme co-empereur en 527) il réussi durant son règne de neuf ans à maintenir les frontières de l’Empire contre la pression du royaume Ostrogoth et des Perses sassanides. Il rétablit également les relations avec l’Église de Rome mettant ainsi fin au schisme d’Acace. C’est le début de la brillante dynastie justinienne

IMG_1565-1571Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie d’Anastasius et c’est un assez beau follis / nummus (G [Good], AE [Bronze], 40 Nummi, 30 x 31 mm [1.18 x 1.22 inches], 18.477 g [277.2 gr], payé environ $6 le 1985/04/14, caractérisé par une patine cuivré avec quelques dépôts de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur avec diadème, sans barbe, drapé (d’un paludamentum) et cuirassé à droite, avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] ANASTA-SIVS P[er]P[etvvs] AV[gvstvs] (“Notre Seigneur Anastasius, Perpétuel Auguste”). Le revers illustre un grand “M” (marque de valeur = 40 nummi) encadré par deux étoiles à six branches (✱, quoiqu’initialement j’ai cru qu’il s’agissait de ☧ [chi-rho] — comme marques de séquence?), avec une croix (✝︎) au-dessus et un “B” en dessous (marque d’officine, Bêta = 2), ainsi qu’un CON en exergue (marque d’atelier pour CONstantinople).

Cette pièce a donc été frappé par la deuxième officine de l’atelier de Constantinople mais il n’est malheureusement pas possible de la dater avec beaucoup plus de précision que la durée du règne d’Anastasius (du 1er avril 491 au 1er juillet 518 EC). Toutefois, comme c’est une pièce qui date d’après la réforme monétaire de 498 EC, nous pouvons donc la dater de 498 à juillet 518 EC.

Sources: Wikipedia (Anastasius [FR/EN], monnaie byzantine), FAC (Anastasius, Byzantine Denominations), ERIC (Anastasius); IBC: 20-22; S-BCV: 19. Réf. online: Google, acsearch, CoinArchives (Γ), CoinArchives (B), CoinTalk, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie: 

Nous entrons maintenant véritablement dans l’Empire Byzantin. À partir de ce moment les pièces de monnaie sont assez différentes de ce qu’elles étaient dans l’Empire Romain d’Occident, souvent en moins bon état de conservation et donc plus difficile à identifier et à dater. Les références numismatiques changent aussi (les principales sources sont les deux titres mentionnés en bibliographie).

Cette pièce est un bon exemple de la réforme monétaire établit par Anastasius en 498 qui affecta surtout la monnaie de bronze. Il crée de nouvelles dénominations dont la valeur est clairement affichée sur les pièces aux dimensions plus large: la pièce de quarante nummi (ou follis, marquée par le numéral grec “M”), la pièce de vingt nummi (semifollis, marquée par un “K”), la pièce de dix nummi (decanummium, marqué par un “I”) et la pièce de cinq nummi (pentanummium, marquée d’un “ε”). Un solidus d’or valait donc environ 360 folles et un follis équivalait à peu près au prix d’une miche de pain. Évidemment, l’abandon des illustrations allégoriques sur le revers pour une simple représentation de la valeur de la pièce nous donne des pièces à l’apparence plus sobre et d’un intérêt artistique moindre. Aussi, étrangement et sans raison apparente, ces dénominations se retrouvent parfois en deux formats: par exemple on retrouve une série de follis au module large (de 30 à 39 mm) et une série de follis au module plus petit (23 à 27 mm) qui pèse presque la moitié du poids. 

La semaine prochaine nous abordons la dynastie justinienne avec l’important empereur byzantin Justinianus.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 76

Les Empereurs Thraces (1)

Leo I (457-474)

Flavius Valerius Leo (en grec Λέων / Leōn; généralement appelé Léon 1er en français) est né en Thrace (ou en Dacie aurélienne) vers 401 dans une famille très modeste. Il fait une brillante carrière militaire durant les règnes de Theodosius II et Marcianus, jusqu’à obtenir le rang de tribun militaire (ou comes rei militaris). Il est le protégé du puissant général Aspar qui le fait nommer empereur à la mort de Marcianus en janvier 457 — ne pouvant prendre le pouvoir lui-même car il était Alain d’origine. Il espérait sans doute en faire un empereur fantoche qu’il pourrait aisément contrôler comme ses prédécesseurs mais Leo s’est révélé est un administrateur compétent et indépendant. Il est le premier empereur byzantin à tenir cour non pas en latin mais en grec (le grec hellénistique [macédonien] qu’on appelait alors le κοινὴ διάλεκτος / koinề diálektos ou langue commune).

Il est officiellement couronné empereur le 7 février 457. Il renforce l’armée en établissant une alliance avec les Isauriens, donnant sa fille Ariadnè en mariage à leur chef Tarasicodissa (qui prit plus tard le nom de Zeno). Il contrecarre ainsi l’influence peu populaire des Germains (et de Aspar) au sein de l’armée. Ceci lui a également permis de contenir les invasions barbares en Orient (malgré quelques incursions par les Ostrogoths de Theodoric ou par les Huns) et aussi d’aider l’Empire d’Occident à reconquérir une partie de son territoire. Il poussera l’ingérence jusqu’à nommer Anthemius empereur d’Occident en 467 et à tenter avec lui en 468 une expédition contre les Vandales de Genséric qui s’avérera très coûteuse et désastreuse. En novembre 473, suite à des problèmes de santé, il assure sa succession en nommant Auguste son petit-fils Leo II (fils de Ariadnè et Zeno, alors âgé que de six ans). Il meurt de dysenterie le 18 janvier 474, à l’âge de soixante-treize ans. Il aura régné dix-sept ans. 

En février 474, Leo Junior prends son père comme co-empereur mais ne règne malheureusement qu’une dizaine de mois et décède le 10 novembre 474. Dès lors, Zeno règne seul sur l’Orient jusqu’à son décès en avril 491. Son règne de dix-sept ans est perturbé et même interrompu par plusieurs usurpations (Basiliscus en 475, Marcianus en 479, ainsi que Illus et Léontios en 484) qui sont parfois instiguées par l’Impératrice Verina (veuve de Leo I). Cette époque verra non seulement la chute définitive de l’Empire d’Occident qui passe sous le contrôle d’Odoacre en 476, puis de l’ostrogoth Theodoric en 488, mais également le premier schisme religieux (schisme d’Acace) qui divise les Églises d’Orient et d’Occident (et ce malgré la tentative de conciliation de Zeno avec un Édit d’Union, le Henotikon) encore sur la question de la nature du Christ (divine et humaine pour les chalcédoniens, seulement divine pour les monophysites). Zeno aurait été un joueur de Tabula (l’ancêtre du backgammon). À sa mort, comme il n’a plus de descendance, l’Impératrice Ariadnè favorise le haut-fonctionnaire Anastasius comme successeur.

IMG_8236-8237Je n’ai qu’une seule pièce de Leo mais c’est un superbe solidus, véritablement la pièce maîtresse de ma collection (VF / EF [Very Fine / Extra Fine], Au [or], 21 mm, 4.418 g, payé environ $250 [1200 FF] le 1986/02/12, aucune rognure et en excellente condition sinon que le nez de l’empereur a été un peu écrasé; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur de face, casqué et cuirassé, portant un diadème perlé, une lance (derrière l’épaule, tenue par la main droite levée) et un bouclier (à motif équestre?), avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] LEO PE-RPET[vvs] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Leo, Perpétuel Auguste”). Le revers illustre une Victoire ailée, drapée, debout à gauche tenant de la main droite une longue croix ornée de bijoux, avec l’inscription latine VICTORI-A AVGGG[vstorum] H (“La Victoire des [trois] Augustes”; les trois “G” indique un pluriel triple; suivie d’une marque d’officine [ H (Eta) = huitième officine ]), un CONOB en exergue (Constantinopoli obryzum; marque de l’atelier de Constantinople [CON] suivi d’une marque de titrage attestant à la fois de la pureté de l’or [OB = Obryzum, “Or raffiné” en grec] et d’un poids d’un soixante-douzième de livre [OB = chiffre grec pour 72; Omicron = 70 + Beta = 2]) et une étoile dans le champs droit.

D’après le RIC (The Roman Imperial Coinage, vol. X: The Divided Empire and the Fall of the Western Parts, AD 395-491. Kent, J.P.C., edited by Carson, R.A.G., Kent J.P.C. & Burnett, A.M.. London: Spink & Son Ltd, 1994. Pp. lxiii, lxvi, 100-102, 484-85), cette pièce aurait été frappé par la huitième officine de l’atelier de Constantinople vers 462 ou 466 EC. On note la forme plus angulaire des lettres “C” et “G”, ainsi que le bout de la lance porté par l’empereur en avers qui pointe entre le “P” et le “E” du “RPET” ce qui est caractéristique de la première période de son règne (457 – 468 EC).

Sources: Wikipedia (Leo [FR/EN]), FAC (Leo I, CONOB, Constantinopolis, Cross, Obryzum, Victoria Avggg, Victory), ERIC (Leo I); RIC v. X: 605 (p. 285); Sear RCV (1983): 4233; Réf. online: Google, acsearch, CoinArchives, CoinProject, FAC, numismatics, numista, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Je conclus avec quelques réflexions sur cette pièce. D’abord, le portrait militaire en avers (casqué et cuirassé) veut donner une image forte de l’empereur et le montre capable de maintenir l’ordre. Aussi, l’illustration du revers comporte des éléments qui sont tant païens (la victoire) que chrétiens (la croix, qui représente sans doute la Vraie Croix que la mère de Constantin avait ramené de son pèlerinage en Palestine en 326) ce qui semblerait indiquer que le Christianisme ne domine pas encore tout l’Empire et que la propagande veut faire appel aux éléments païens qui persistent (sans doute ces “barbares” Germains ou les Isauriens qui dominent l’armée). Toutefois, à l’opposé, cela pourrait aussi représenter le triomphe du Christianisme… Je trouve aussi l’inscription CONOB, qui signifie “Constantinople, 1/72 de livre d’or pur”, plutôt intéressante car en seulement cinq lettres elle en dit beaucoup. Finalement, on peut se demander qui étaient ces trois empereurs auxquels fait référence l’inscription Victoria Avggg (le triple “G” indique bien un triple pluriel)? Comme il a un historique d’ingérence dans l’Empire d’Occident, Leo inclut probablement à ses côtés l’empereur d’Occident (soit Libius Severus [461-465], soit Anthemius [467-472] qu’il a lui-même nommé). Mais qui serait le troisième? Comme le RIC (op. cit., p. 485) date cette pièce de 462 ou 466, il est trop tôt pour que ce soit son petit-fils, Leo II, qu’il nomme Auguste seulement en 473. On pourrait sans doute supposer que Leo inclut dans le compte son épouse, l’Impératrice Verina. 

La semaine prochaine nous concluons la dynastie Thrace (ou Leonide) avec une pièce de l’empereur Anastasius.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Pline, vol. 9

Pline-9-covL’Histoire a retenu son nom. Mais que savons-nous du plus grand savant de l’Antiquité ?

Néron a quitté Rome pour cette Grèce dont il est tant épris. Alors qu’il prend part aux Jeux olympiques et s’adonne au théâtre ou à la musique, une nouvelle conspiration menace. De leur côté, Pline et ses compagnons parviennent à Rhodes, pour être aussitôt emmenés vers Corinthe où les attend un Néron dont l’esprit sombre de plus en plus…

Cette fois, le naturaliste n’évitera pas les retrouvailles avec l’empereur.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi  la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Pline (titre original: プリニウス / Plinius ) est une biographie du naturaliste romain Pline l’Ancien par Mari Yamazaki (Thermae Romae) et Miki Tori. Prépublié au Japon par Shinchôsa dans le périodique Shinchô 45 et dans la magazine littéraire Shinchô depuis le chapitre 54, ce manga seinen est traduit en français chez Casterman (Collection Sakka). Jusqu’à maintenant il y a dix tome de disponible en français: le neuvième (“L’Opium d’Andromaque“, paru au Japon en novembre 2019) a été publié en octobre 2020 et le dixième (“Les fantômes de Néron”, sortie au Japon en septembre 2020) est paru en septembre 2021. Le onzième tome (“Une jeunesse romaine”, paru au Japon en juillet 2021) devrait paraître chez Casterman en mars 2022. Le douzième tome (à paraître au Japon au printemps 2022) devrait conclure la série. Le manga original est également disponible en ligne sur le site de Kurage Bunch.  Voir mes commentaires sur les volumes précédents.

Pline-9-p005

Page 5

Dans ce volume (chapitre 57 à 63), à peine arrivé à Rhodes, Pline est accosté par des légionnaires qui doivent l’escorter à Corinthe où l’empereur se prépare à chanter pour les jeux isthmiques. Prenant à prétexte que Félix est malade, il convainc les soldats qu’il est contagieux et le groupe de voyageurs est mis en quarantaine dans une grotte qui servait pour des rituel dédiés à Mithra. Pendant ce temps à Rome, Néron reçoit en ambassade Tiridate, le roi d’Arménie, qui lui offre une représentation de Mithra. Cela donne à Néron l’idée de faire ériger une statue colossale le représentant en dieu solaire. On découvre un complot qui visait à remplacer l’empereur par Corbulon, le populaire général de retour d’une campagne militaire contre les Parthes. Tigellin tente de convaincre Néron que Corbulon lui-même était de la conspiration. Vespasien est écarté de la cour car il a émis un bâillement pendant que Néron chantait. Malgré les réticences de Néron, Corbulon est condamné au suicide — et cela même si il aurait été plus utile de l’envoyer en Judée où la rebellion gronde. 

Pline arrive finalement à Corinthe où il est reçu en audience par Néron. Son médecin Andromaque lui prescrit des boulettes à base de pavot qui sont censé le calmer mais qui le rendent malade — et mentalement instable. Il se prends pour un dieu et conçoit plein de projets grandioses (comme le colosse ou un canal reliant les deux ports de l’isthme de Corinthe. Il veut que Pline s’occupe de la bibliothèque de la Domus Aurea. Félix accepte d’entraîner un lutteur au naturel trop placide… (Yamazaki met ici une histoire qui traite de compétition sportive sans doute pour faire écho à sa série Olympia Kyklos !). À Rome, la maison de Pline se cherche un nouvel esclave pour aider aux travaux ménagers: on acquiert donc une jeune femme chétive… qui se révèle être Plautina la prostitué muette avec laquelle Euclès était tombé amoureux! Pline et ses compagnons reprennent la mer, cette fois pour Tyr, afin de ramener Tanitia (qui est en fait une petite fille) à sa famille.

Comme je l’ai dit mainte fois, Pline est un excellent manga dont le récit est à la fois captivant, divertissant et surtout très éducatif. Le sujet est fort bien documenté et la narration est fluide et agréable. Toutefois, plus que tout, c’est le dessin précis et détaillé de Mari Yamazaki et Tori Miki qui donne à ce manga sa superbe qualité artistique. Beau et intéressant, Pline offre une lecture passionnante pour tout amateur de manga historique et de la Rome antique. Vivement recommandé!

Pline, vol. 9: L’Opium d’Andromaque, par Mari Yamazaki et Tori Miki. Paris: Casterman (Coll. Sakka), octobre 2020. 200 pages, 13.4 x 18.1 cm, 8,45 € / $15.95 Can (ePub/PDF: 5,99 €), ISBN: 978-2-203-20279-5. Sens de lecture original, de droite à gauche. Pour lectorat adolescent (14+). Extraits disponibles. stars-4-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© 2019 Mari Yamazaki, Tori Miki • 2020 Casterman pour la traduction française.

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Monnaies anciennes 75

Les Théodosiens (2)

Arcadius (383-408)

À la mort de Theodosius, le 17 janvier 395, l’empire se partage entre ses deux fils: Arcadius (alors âgé de 18 ans) qui règne sur l’Orient et Honorius (âgé seulement de 11 ans) qui règne sur l’Occident.

Flavius Arcadius (ou Ἀρκάδιος / Arkadios en grec) est né en Hispanie vers 377. Il est le fils aîné de Theodosius et de Aelia Flaccilla. Il reçoit son éducation par des précepteurs de renom (le rhéteur païen Thémistios et le moine chrétien Arsenius). Il est fait Auguste dès l’âge de six ans (le 16 janvier 383) et obtient le consulat à trois reprises (en 385, 392 et 394). Frêle et inexpérimenté, il est considéré comme ayant été un empereur faible qui est rapidement tombé sous l’influence successive de haut-fonctionnaires ou d’officiers comme Rufinus, Eutropius, Gaïnas, son épouse Eudoxia ou le préfet du prétoire Anthémius. Ces luttes de pouvoir interne conduisent à une administration inefficace. Malgré les efforts de son père pour consolider les frontières, les Goths et les Huns font des ravages en Thessalie, en Grèce (ils prennent Athènes) et en Syrie (ils pillent Antioche). Les barbares fédérés ont de plus en plus d’influence à la cour impériale et des mercenaires Goths occupent même Constantinople pendant quelques mois. Arcadius continue la politique religieuse de son père qui s’attaque agressivement au paganisme. Il meurt le 1er mai 408. Il est considéré comme ayant été le premier empereur byzantin.

Son fils Theodosius II lui succède et la dynastie theodosienne se poursuit. Né en en avril 401, il est fait Auguste dès janvier 402 et n’a que sept ans lorsqu’il succède à son père sous la régence d’abord de Anthemius, puis de sa soeur Pulcheria. Il est, comme son père l’était, très influenceable et l’Empire d’Orient continue donc d’être administré surtout par ses haut-fonctionnaires (Antiochus, Cyrus ou Chrysaphios) ou par son épouse, Eudocia. Il doit défendre les frontières à l’est contre les Sassanides et aux nord contre les Huns d’Attila, mais réussi à maintenir une paix coûteuse grâce à des traités. Il fait construire une murailles pour protéger Constantinople en 413, y établit une université en 425, et fait rassembler en 438 toutes les lois romaines sous un même Code, le Codex Theodosianus. Il meurt des suites d’un accident de cheval le 28 juillet 450. Sa soeur Pulcheria et son époux Marcianus lui succède. Militaire d’origine modeste, le règne de celui-ci signal le retour à une bonne administration et à une paix relative. Il convoque le concile de Chalcédoine en 451. Il meurt en janvier 457, après seulement sept ans de règne, et est succédé par Leo, le premiers des empereurs Thraces byzantins.

Pendant ce temps, Flavius Honorius (fils cadet de Theodosius) est empereur d’Occident. Né à Constantinople en 384, il est fait Auguste en janvier 393 et devient empereur en janvier 395. Jeune et tout aussi faible que son frère, le véritable pouvoir se retrouve entre les mains du général Stilicho. En 402, celui-ci déplace la capitale de Mediolanum (Milan) à Ravenne, qui se défend mieux car elle est entourée de marécages et de remparts. Son expérience militaire lui permet de contenir plus ou moins les invasions jusqu’en 408, où des intrigues de la cour le font exécuter. Dès lors la Gaule et l’Hispanie tombent sous les invasions de Vandales et de Suèves, puis les Wisigoths d’Alaric assiègent Rome à de nombreuses reprises et la pillent finalement le 24 août 410. Pendant ce temps, Honorius festoie à Ravenne… Il apaise les Goths en leur donnant des territoires où ils peuvent s’installer en fédérés. Cette insécurité génère également de nombreuses tentatives d’usurpations (Constantinus III en Bretagne en 407, Maximus en Hispanie en 409, Jovinus en Gaule en 411 et surtout, en 421, le général Constantius III qui était l’époux de la demi-soeur d’Honorius, Galla Placidia). Honorius meurt le 15 août 423 et, après la brève usurpation de Joannes, est succédé en 425 par Valentinianus III (fils de Constantius III et Galla Placidia) qui règne sous la régence de sa mère (puisqu’il n’a que six ans). En octobre 437, il épouse Licinia Eudoxia, la fille de Theodosius II. L’Empire Romain d’Occident continue à être lentement grugé par les invasions. En 442, l’Afrique est envahie par les Vandales. En 451, les Huns d’Attila envahissent la Gaule mais le général Aetius les contient à la bataille des champs Catalauniques. Valentinianus III est assassiné le 16 mars 455 sur le Champ de Mars. Il est remplacé par le sénateur Petronius Maximus, à l’origine du complot, mais celui-ci ne règnera que deux mois. 

IMG_1546-1547De tous ce beau monde, je n’ai qu’une seule pièce de monnaie:  un nummus plutôt médiocre frappé à l’effigie de Arcadius (P [Poor], AE2, AE [Bronze], 20 x 21 mm, 4.942 g, payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisé par une patine noire et un flan plutôt usé et couvert de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). Toutefois, malgré son piètre état de conservation, c’est une pièce plutôt intéressante. L’avers présente un (petit) buste de l’empereur drapé et cuirassé à droite, portant un diadème perlé (ou avec rosettes?), une lance et un bouclier, surplombé d’une main qui tient une couronne de laurier (une manus dei ou “main de Dieu”), avec l’inscription latine (principalement illisible) D[ominvs] N[oster] ARCAD-IVS P[ivs] F[elix] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Arcadius, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre l’empereur debout de face, la tête tournée à gauche, tenant un étendard (labarum) de la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, un captif assis (ou agenouillé?) à ses pieds (à gauche), avec l’inscription latine (illisible) GLORIA RO-MANORVM (“La Gloire des Romains”), et une marque d’atelier illisible en exergue (quatre caractères avec un “M” ou un “N” en seconde position) ainsi que de possibles symboles dans le(s) champs gauche et/ou droit (marque de séquence?).

D’après le RIC (Pearce J.W.E., Edited by Mattingly H., Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. IX: Valentinian I – Theodosius I. London: Spink & Son, 1951, pp. 311-12, 319), ce type de pièce (manus dei sur l’avers et un Gloria Romanorum avec un captif au pieds de l’empereur sur le revers) aurait été frappé par huit ateliers. La marque d’atelier pourrait donc être soit ANTS/B/Є ou ✲ANTS/Є pour Antioche (RIC IX 41a/b & 60 [pp. 283-84, 191]), soit CON𝚪/✲/A/B pour Constantinople (RIC IX 53a/b & 80 [pp. 226, 233]), soit SMK𝚫 pour Cyzique (RIC IX 15 [p. 243]), soit SMHA/B/B✲ pour Heraclée (RIC IX 12 & 22 [pp. 195, 197]), soit SMNA/𝚪/𝚫 ou ✲SMNA/B/𝚪/𝚫 pour Nicomédie (RIC IX 26 & 41 [pp. 257, 260]), soit ASISC ou ASISC• pour Siscia (RIC IX 33 [p. 153]), ou encore TES𝚪• pour Thessalonique (RIC IX 45a/b [p. 183]). À cause de la lecture du caractère M ou N en exergue, il est plus probable que la pièce ait été frappé par les ateliers de Antioche, Cyzique, Héraclée ou Nicomédie et, compte tenu de l’apparence du buste qui est petit et couvre à peine plus de la moitié de l’avers, je pencherais plus pour cette dernière. Si c’est bien le cas, et selon qu’il y ait un “T” dans le champs droit ou pas, cette pièce aurait été frappée entre le 19 janvier 383 et le 25 août 383 (absence du “T”) ou entre le 25 août 383 et le 28 août 388 (avec un “T”).

Sources: Wikipedia (Arcadius [FR/EN]), FAC (Arcadius, Gloria Romanorum, labarum), ERIC (Arcadius); RIC v. IX (voir les références dans le texte); Sear RCV (1983): 4129; Ref. online: Google, acsearch, Cerberus (SMHA), CoinArchives (CON𝚪✲), CoinProject (+SMN𝚪 / T), numismatics, WildWinds (Antioch: text, image; Cyzicus: text, image; Heraclea 12 (SMHA): text, image; Heraclea 22 (SMHB✲): text, image). Voir aussi ma fiche.

Ceci marque non seulement la fin de la dynastie theodosienne mais également la chute imminente de l’Empire d’Occident. En septembre 476, après une succession rapide d’empereurs de peu d’envergure (Avitus, Maiorianus, Libius Severus, Anthemius, Olybrius, Glycerius, Julius Nepos et l’usurpateur Romulus Augustus), l’Europe, sous l’emprise définitive des “barbares”, sombre dans le Moyen-Âge

La semaine prochaine nous abordons les empereurs Thraces byzantins et je vous présente la pièce maîtresse de toute ma collection de monnaie romaine: un solidus de Flavius Valerius Leo !

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 74

Les Théodosiens (1)

Theodosius I (379-395 EC)

Flavius Theodosius (couramment appelé Théodose I en français) est né le 11 janvier 347 en Hispanie (soit à Cauca ou Italica) et est le fils du fameux général Theodosius Major qui s’est illustré mainte fois sous le règne de Valentinianus. Il passe sa jeunesse sur le domaine familiale en Hispanie. Il entreprend ensuite une carrière militaire en 368 auprès de son père. Ainsi, il participe aux campagnes militaires de Bretagne (368-69), sur le Rhin contre les Alamans (370) et sur le Danube contre les Sarmates (372-73). En 374, il reçoit le commandement militaire (Dux) de la province de Mésie (Mœsia prima) et, pendant que son père met fin à la rébellion de Firmus en Afrique, il repousse une invasion de Sarmates en Pannonie. Toutefois, à la mort de Valentinianus en novembre 375, son père est victime des purges organisées par ses successeurs et il est exécuté à Carthage. Tombé en disgrâce, Theodosius se retire sur son domaine d’Hispanie. Gratianus, regrettant peut-être l’exécution de son père, le rappel peu de temps après et dès 377 il retrouve son commandement militaire sur la frontière Danubienne. Et lorsque Valens meurt au cours de la désastreuse bataille d’Andrinople en août 378, c’est Theodosius qui est choisi, faute de meilleurs candidats, pour le remplacer à la tête de l’Empire d’Orient.

Sa première préoccupation est de repousser l’invasion des Goths et de stabiliser les frontières. Avec l’aide de Gratianus il met un frein à l’avance des Goths à l’automne 380. Puis, en janvier 381, le chef Athanaric viens présenter sa capitulation à Constantinople et un accord de paix est signé en octobre 383. En échange de l’obligation de défendre la frontière contre d’autres vagues d’envahisseurs, les Goths obtiennent le droit de s’établir au sud du Danube en Pannonie, en Mésie et en Thrace. Beaucoup d’historiens considèrent que ce fut une erreur d’installer sur la frontière des barbares fédérés et de leur laisser ainsi l’autonomie car en gardant leur culture et ne s’assimilant pas au monde romain, ils ont constitué l’un des facteurs qui ultimement contribua à la chute de l’Empire Romain d’Occident. 

Theodosius tourne ensuite son attention sur la frontière Orientale où il tente d’appliquer une tactique similaire. Comme la situation politique en Occident devenait préoccupante et que les ressources militaire lui manquent, il est probablement pressé de faire la paix avec les Perses Sassanides. Il envoie donc une ambassade auprès de la cour de Chapour III en 384 (un accord sera éventuellement signé en 387 sur la partition de l’Arménie qui s’avèrera plus favorable aux Sassanides). Il est donc maintenant libre de se rendre à Mediolanum pour venir en aide à Valentinianus II. Au début de 383, Magnus Maximus s’était déclaré empereur en Bretagne, avait vaincu et tué Gratianus à Lugdunum en août et maintenant menaçait Valentinianus II. À l’été 384, Theodosius se rend en Italie pour négocier un accord de paix entre l’usurpateur et le jeune empereur d’Occident (qui n’a que douze ans et est sous la tutelle de sa mère Justina) où ce dernier conserve le contrôle de l’Italie. Malheureusement, en 387, Maximus brise la paix, envahit l’Italie et prend Rome, forçant Valentinianus II et sa mère à se réfugier à Thessalonique. Theodosius quitte à nouveau Constantinople avec ses armées pour reprendre l’Italie, vaincre Maximus à la bataille de la Save (près de Siscia), le poursuivre jusqu’à Aquileia où il est finalement capturé et exécuté à la fin d’août 388. Après avoir rétablit Valentinianus II au pouvoir, il retourne à Constantinople en 391. Toutefois, le jeune empereur d’Occident ne fera pas long feu puisqu’après une dispute avec son général Arbogast, il est retrouvé mort le 15 mai 392.

En août, les troupes acclament comme empereur d’Occident un grammairien nommé Eugenius. Theodosius désapprouve de ce choix et en profite pour nommer son fils Honorius à la place. Il lance une fois de plus ses armées vers l’Occident pour déloger l’usurpateur qu’il vainc à la bataille du Frigidus le 6 septembre 394. Il contrôle maintenant les deux partie de l’Empire et peut ainsi instaurer sa propre dynastie. Il n’en profitera malheureusement pas longtemps car, souffrant d’un œdème sévère, il meurt à Mediolanum le 17 janvier 395. Après des funérailles en février, son corps est rapatrié à Constantinople en novembre où il est divinisé et enterré dans un sarcophage de porphyre à l’église des Saints-Apôtres.

Son règne aura duré près de seize ans. Et même si il a été un bon administrateur, un patron des arts et qu’il a fait construire de nombreux monuments, il n’en reste pas moins que les incessantes campagnes militaires ont appauvri l’Empire. On blâme sa politique de consolidation des frontières et sa politique dynastique pour avoir contribué à affaiblir l’Empire et à le mener vers un déclin inévitable. On le blâme également pour le massacre de Thessalonique en avril 390 où, suite à l’arrestation d’un aurige populaire qui causa une émeute et la mort d’un officier romain, l’armée massacra une partie de la population de la ville. Toutefois, ce que l’Histoire retient de lui c’est surtout sa politique religieuse. Fervent nicéen, il promulge en 380, en accord avec Gratianus, l’Édit de Thessalonique qui déclare l’orthodoxie nicéenne (qui professe la Consubstantialité de la Sainte Trinité) comme seule religion officielle de l’Empire. En conséquence, l’arianisme n’est plus considéré “catholique”, et le paganisme est fortement persécuté — les cultes païens sont même interdits et leurs temples détruits! À Alexandrie en 415, une des conséquences de l’Édit fut une émeute où la néoplatonicienne Hypatie fut assassinée par la foule et la bibliothèque d’Alexandrie incendiée (enfin, c’est l’une des théories sur la destruction de la bibliothèque, brillamment illustrée dans le superbe film Agora, réalisé par Alejandro Amenábar en 2009).

IMG_8297-8298Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Theodosius et c’est une belle petite dénomination [nummus minimus] (VG [Very Good], AE4, AE [Bronze], 12 x 13 mm, 1.533 g, payé $15, caractérisé par une patine brun pâle, presque jaune, avec quelques dépôt de vert-de-gris sur le revers; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur drapé et cuirassé à droite, portant un diadème perlé, avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] THEOD_OSIVS P[ivs] F[elix] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Theodosius, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre une Victoire avançant à gauche, tenant un trophée (Tropaeum) sur l’épaule droite et traînant un captif de la main gauche, avec l’inscription latine SALVS REI-PVBLICAE (“Le Salut de la République”), et une marque d’atelier difficilement lisible en exergue ainsi qu’un ☧ (Chi-Rho, ou Chrisme, qui forme les initiales grecques X P pour Χριστός / Christ; il pourrait également s’agir d’un staurogramme formé des lettres TauRhô, pour évoquer la Croix) dans le champs gauche (marque de séquence?).

Pour ce qui est de la marque d’atelier, d’après le RIC (Pearce J.W.E., Edited by Mattingly H., Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. IX: Valentinian I – Theodosius I. London: Spink & Son, 1951, pp. xli, 308-10, 321, 326), ce type précis de revers (Salvs ReiPvblicae, avec Victoire traînant un captif, et le Tau-Rhô dans le champs gauche) a malheureusement été frappé dans pas moins de huit ateliers différents. La marque pourrait donc être soit ALE[A/B/𝚪/𝚫] pour Alexandrie (RIC IX: 20b/23a [pp. 303-04]), soit ANT[B/𝚫] pour Antioche (RIC IX: 67b/70a [pp. 293, 295], soit AQ[P/S/B] pour Aquilée (RIC IX: 58b [p. 106], soit CONS[A/B] pour Constantinople (RIC IX: 86b/90a [pp. 234, 236], soit SMK[A/B/𝚪/𝚫] pour Cyzique (RIC IX: 26b/30b [pp. 246-47]), soit SMNA pour Nicomédie (RIC IX: 45b/48a [pp. 362-63]), soit R[P/T/Q/Є] ou R•[P/T/Q] pour Rome (RIC IX: 64b [p. 133], ou encore TES[A/B/𝚫] pour Thessalonique (RIC IX: 65b [p. 188]). Ma lecture initiale avait été AQP (pour la première officine de l’atelier d’Aquilée) mais maintenant je pencherais plus pour SMNA (première officine de l’atelier de Nicomédie). Dans l’ensemble, cette pièce aurait donc été frappé durant la période entre le 28 août 388 EC et le 17 janvier 395 EC.

Sources: Wikipedia (Theodosius [FR/EN]), FAC (Theodosius, Chi Rho, Christogram, Tropaeum, Victory), ERIC (Theodosius); RIC v. IX (voir les références dans le texte); Sear RCV (1983): 4088; Online Ref.: Google, acsearch, CoinArchives, numismatics, numista, r5coins, WildWinds (Antioch: text, image; Constantinople: text, image). Voir aussi ma fiche.

L’existence de petite dénomination comme ce nummus minimus démontre bien l’état grave de l’économie qui mène à une nouvelle dévaluation monétaire. C’est également le retour de l’insécurité qui, malgré une stabilisation temporaire des frontières, menace la paix sociale. La propagande impériale promet donc au peuple “le salut de l’État” avec une image de la Victoire traînant un prisonnier qui représente à la fois le barbare terrassé et l’usurpateur vaincu pour mettre fin à la guerre civile. Elle en profite même pour rappeler aux citoyens que le Christianisme est maintenant la seule religion d’État (gare aux méchants païens!). Cette pièce incarne donc parfaitement tant les politiques économiques, militaires que religieuses de Theodosius.

La semaine prochaine nous abordons le fils de Theodosius, Arcadius, et concluons le règne de la dynastie Théodosienne.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Peuple invisible

PeupleInvisible-cov“Les histoires réunies dans ce volume complètent La promesse, achevant de rendre disponible l’intégralité des récits composés par Shohei Kusunoki.

Elles ont pour la plupart été publiées dans Garo, la légendaire revue d’avant-garde fondée en 1964 qui a révélé des auteurs aussi incontournables que Yoshiharu Tsuge ou Yoshihiro Tatsumi, accompagnant pendant les décennies 1960 et 1970 une jeunesse réfractaire au conservatisme de la classe dirigeante.

Shohei Kusunoki a imaginé ces histoires entre 1968 et 1974 dans un Japon qui cherchait à se réinventer par une course à la modernité peu soucieuse du sort des classes populaires. Comme son ami Susumu Katsumata (Neige rouge, Cornélius), il fut marqué par l’apparition de Yoshiharu Tsuge, qu’il fréquenta à cette époque et dont l’influence se retrouve dans plusieurs des récits regroupés ici.

Délaissant le registre contemporain sans renoncer à parler de son époque, Shohei Kusunoki s’attache à décrire avec justesse la vie du peuple, tout en lui insufflant une dimension épique. Au travers de genres aussi codés que le conte traditionnel ou le récit de samouraï, il décortique l’ambiguïté des rapports humains. Mettant à nu les sentiments qui unissent les êtres, les raisons pour lesquelles ils s’attirent et les malentendus qui les séparent, Shohei Kusunoki parvient, à travers un style limpide, à exprimer ce qui ne l’est pas. Un auteur immense qu’il est urgent de redécouvrir et de célébrer.

[Texte du site de l’éditeur et du rabat intérieur de couverture]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

PeupleInvisible-p037

Page 37

Il n’y a pas grand chose que l’on peut rajouter à la présentation de l’éditeur… Shohei Kusunoki (楠勝平, 1944-1974) n’est pas un mangaka très connu. Son vrai nom était Sakai Katsuhiro (酒井 勝宏) et il a appris le métier en étant assistant pour Michitarou Watanabe et Sanpei Shirato. De la même génération que les Shigeru Mizuki, Yoshihiro Tatsumi, ou Yoshiharu Tsuge, il a surtout publié du manga d’avant-garde pour le marché du manga de location (kashihon) et dans le magazine Garo. En 2001, l’éditeur Seirin Kogeisha a publié en édition limité une anthologie de près de six-cent pages compilant la majorité de son travail (彩雪に舞う… / Saisetsu ni mau… / Danse à Ayayuki…) et c’est de ce recueil que proviennent les histoires de Peuple Invisible. Il a été peu publié, même au Japon, et — mis à part une anthologie par Ryoko Yamagishi publié en septembre 2021 chez Chikuma Bunko — toutes ses anthologies sont maintenant épuisées. Nous sommes donc très chanceux qu’un éditeur français comme Cornélius fasse un travail de mémoire en préservant et en diffusant son oeuvre.

Peuple Invisible nous présente sept histoires courtes (“Les cloches du soir” [1970, 31 pages], “Glycines en fleurs” [1970, 28 pages], “Laridelle laridon” [1970, 14 pages], “Yasubei” [1971, 16 pages], Les bombyx [1971, sur un scénario de Minoru Iwasaki, 32 pages], “Le fleuve de l’au-delà” [1971, 30 pages] et “Bain de minuit” [1972, 26 pages]) et une histoire plus longue qui a été publié en huit parties (“En loques” [1971-1972, 140 pages]). À travers ces récits, qui tiennent plus du gekiga (romans graphiques) que du manga seinen, Kusunoki dépeint les joies et les peines des gens ordinaires qui, avant l’ère Meiji, étaient plus susceptible de connaitre la misère et d’être à peine remarqué par les samurai et les seigneurs — c’était le “peuple invisible”.

Peuple Invisible nous offre des histoire dramatique qui sont superbement illustrée — mais évidemment dans le style qui est propre au manga des années ’60 et ’70. Ce sont des récits sérieux et plutôt inégaux, dont la narration est parfois difficile à suivre. Aussi, le style graphique vieillot ne plaira sans doute pas à tous. Toutefois Cornélius a fait un excellent travail en préservant le sens de lecture japonais et en laissant les onomatopées originales (mettant simplement la traduction sous la case). C’est donc tout de même une lecture intéressante mais surtout pour les collectionneurs ou ceux qui s’intéresse à l’histoire du manga. 

Peuple invisible, par Shohei Kusunoki. Bordeaux: Cornélius (Coll. Pierre), juin 2020. 336 pages, 17 x 24 cm, 26,50 € / $C 52.95, ISBN 978 2 36081 159 5. Pour lectorat adolescent (12+). (Voir la couverture arrière). stars-3-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

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© 2001 Seirin Kogeisha / Yasuko Tani. All rights reserved.

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Le chat du rabbin #10: Rentrez chez vous!

ChatDuRabbin-10-cov“Zlabya et son père, le rabbin, mais aussi le rabbin du rabbin, aidés et interrompus par le Chat, bien sûr, racontent. Ils disent, à travers leurs voyages au Proche Orient de 1870 à 1973, leur quête d’une Terre Promise, d’un endroit où ne pas être en danger. Ils racontent un destin français, celui d’une famille ballotée par l’histoire, le racisme, la volonté de trouver sa place, d’Alger à Nice, en passant par Jérusalem ou la Galilée.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

ChatDuRabbin-10-p009

Page 9

Sur le bord de la mer, au début de l’année, le rabbin, sa famille et ses ouailles, font la cérémonie du Tashlih, où ils secouent les pans de leur vêtement comme pour en chasser le mal. Le chat commente que ”Croire en Dieu, c’est accepter de faire des trucs ridicules en son nom.” Le rabbin acquiesce que c’est absurde et ridicule… mais il est interrompu par des hommes sur la plage qui leur crient “Sales juifs. Retournez chez vous!” S’ensuit une échauffourée dans la mer… Suite à cet événement, le mari de Zlabya veut déménager en Israel. Alors le rabbin du rabbin raconte que quand il était petit il est allé à Jérusalem et ce ne fut pas une bonne expérience. Même Zlabya raconte que quand elle a fait une fugue elle s’est retrouvé dans un kibboutz en Galilée mais elle en est revenue. Le rabbin aussi a essayé d’aller en Israel pour accomplir le souhait d’une ouaille qui voulait y être enterré mais les anglais limitaient l’immigration (même des morts) alors il l’a enterré en Égypte! Mais le mari de Zlabya veut toujours y aller. Et il ira… quand ils seront vieux, en 1973. Zlabya est vieille et grosse (et le chat toujours vivant!!). Mais les gens le prennent pour un arabe et Zlabya ne peut pas supporter la climatisation. Alors ils trouveront le terre promise à… Nice! En fait, l’histoire des Juifs c’est l’histoire du monde… et de la famille de Joann Sfar.

Le style de Sfar m’agace toujours avec ses planches à six cases, son dessin brouillon et ondulant, ou ses couleurs criardes, mais c’est Sfar et on finit toujours tout même par trouver ça beau. C’est un long album avec un récit fort et riche qui diverti, amuse même, et fait réfléchir sur le racisme. Une très bonne lecture que je recommande — surtout pour les amateurs d’histoire, de chats et de métaphysique! Et comme toujours, dans le bas de la dernière page, Sfar nous annonce que le prochain album s’intitulera “Alleluia dans l’autobus!” En fait le tome 11, paru en novembre 2021, s’intitule La Bible pour les chats

Le chat du rabbin. 10, Rentrez chez vous!, par Joann Sfar. Paris: Dargaud (Coll. Poisson Pilote), octobre 2020. 96 pages, 22.5 x 29.5 cm, 16,00€ / $C 27.95, ISBN 978-2205-08003-2. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-5

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© Dargaud 2020.

Voir aussi mes commentaires sur les autres volumes du Chat du Rabbin.

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Monnaies anciennes 73

Les Valentiniens (2)

Valens (364-378)

Flavius Iulius Valens est né vers 328 à Cibalae (Pannonie). Il est le fils de Gratianus Funarius, un simple commerçant (vendeur de corde) qui, devenu soldat, a rapidement gravit les échelons jusqu’à devenir général (Comes Britanniarum). Il a grandit sur le domaine familiale au côté de son frère aîné, Valentinianus. Il a servit comme officier (protector domesticus ?) au palais de l’empereur Julianus. À la mort de Jovianus, alors que son frère est nommé empereur, ce dernier le nomme co-empereur (le 26 mars 264) et il reçoit la charge d’administrer la partie orientale de l’Empire à partir de Constantinople (où il s’installe dès décembre 264). Il n’a pas l’habilité militaire, ni administrative, de son frère mais il semble bien gérer l’économie (avec une baisse des impôts et une réforme monétaire). Du côté religieux, il reprends les persécutions contre les païens et favorise l’arianisme. En 365, il tente d’abord de reconquérir les territoires perdus (Mésopotamie et Arménie) lors de la paix de Jovianus avec les Sassanides mais il doit revenir à Constantinople lorsque l’usurpateur Procopius prend le contrôle de la ville en septembre. En 366, ce dernier est rapidement capturé et exécuté mais Valens doit par la suite rétablir l’ordre en Thrace et d’Asie Mineure. Puis, pendant plusieurs années (367-369), il doit affronter les Wisigoths qui, sous l’autorité de Athanaric, avaient soutenu Procopius. 

Lorsque Valentinianus meurt en Pannonie le 17 novembre 375, son fils Gratianus (qui était déjà Auguste depuis août 367) lui succède comme empereur d’Occident. Toutefois, les soldats ont également acclamé empereur son jeune frère de quatre ans, Valentinianus II. Gratianus partage donc le pouvoir avec lui, en lui octroyant l’Illyrie, alors que lui-même règne sur l’Italie, les Gaules, la Bretagne, l’Hispanie et l’Afrique. Alors qu’il doit défendre ses frontières contre les Alamans, son oncle Valens (toujours empereur d’Orient) doit lui affronter les Ostrogoths dès 375. Ceux-ci, sous la pression des Huns et des Wisigoths (sous le commandement du chef Fritigern), traversent la frontière romaine par la Thrace en 377. Il tente de les contenir lors de la bataille d’Andrinople le 9 août 378 mais cela sera l’une des pires défaites qu’a connu l’armée romaine et Valens lui-même y trouve la mort. Cet événement marque le point tournant où l’Empire d’Occident a de plus en plus de difficulté à contenir ces invasion barbares et ainsi amorce son inexorable déclin

Gratianus nomme Auguste son général Theodosius (fils du général Theodosius Major) qui prends en charge l’Empire d’Orient. Ensemble ils mettront un frein momentané à l’avance des Goths en 381. Gratianus travaillera à supprimer les derniers éléments païens à Rome (il refuse le titre de pontifex maximus, enlève leur privilèges aux prêtres païens et aux vestales, retire la statue de la Victoire du sénat, etc.). Toutefois, au printemps 383 il doit faire face à un nouvel usurpateur, Magnus Maximus, qui le défait à Lutetia. Gratianus prends la fuite mais est assassiné à Lugdunum le 25 août. Theodosius, accaparé par la menace Goth, est bien obligé de reconnaitre Maximus comme empereur d’Occident. Valentinianus II (âgé d’une douzaine d’années et toujours sous la tutelle de sa mère Justina) garde le contrôle de l’Italie. Toutefois, Maximus réussi à prendre Rome en 387 et à le chasser d’Italie. Il se réfugie à Thessalonique et demande l’aide de Theodosius (qui est son beau-frère puisqu’il a épousé sa soeur Aelia Galla) qui alors défait et tue l’usurpateur. Theodosius reste à Mediolanum, en Italie, jusqu’en 391 pour rétablir Valentinianus II au pouvoir, puis retourne en Orient, laissant le jeune empereur sous la garde de Arbogast, l’un de ses officiers. Cependant, suite à un différent sur la stratégie militaire à adopter, Valentinianus tente de retirer son commandement à Arbogast, mais est retrouvé mort le lendemain (15 mai 392). Ainsi prends fin la dynastie des Valentiniens

J’ai trois pièces de monnaie de Valens et ce sont toutes des pièces avec le type de Securitas Reipublicae.

IMG_1488-1491La première pièce est un très beau follis / nummus (F [Fine], AE3, AE [Bronze], 17 mm, 2.306 g, payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisé par une patine brunâtre et un important dépôt de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur drapé et cuirassé à droite, portant un diadème perlé, avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] VALEN-S P[ivs] F[elix] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Valens, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre une Victoire ailée debout à gauche, tenant une couronne de lauriers et une palme, avec l’inscription latine SECVRITAS – REIPVBLICAE (“la sécurité de la République”), un PCON en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Arelate [CON = Constantina]). On remarque qu’il n’y a aucune marque dans le champs.

D’après le RIC (Pearce J.W.E., Edited by Mattingly H., Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. IX: Valentinian I – Theodosius I. London: Spink & Son, 1951, pp. 59, 66), cette pièce aurait été frappé par première officine de Arelatum (Arles) soit entre le 24 août 367 et le 17 novembre 375, soit entre le 17 novembre 375 et le 9 août 378.

IMG_1501-1508La seconde pièce est un assez beau follis / nummus (G [Good], AE4, AE [Bronze], 15 mm, 2 g, caractérisé par un important dépôt de jaune; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur drapé et cuirassé à droite, portant un diadème perlé, avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] VALENS – P[ivs] F[elix] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Valens, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre une Victoire ailée debout à gauche, tenant une couronne de lauriers et une palme, avec l’inscription latine SECVRITAS – REIPVBLICAE (“la sécurité de la République”), un ANT𝝧 en exergue (marque de la neuvième officine [theta] de l’atelier de Antioche [ANT]).

D’après le RIC (Pearce J.W.E., Edited by Mattingly H., Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. IX: Valentinian I – Theodosius I. London: Spink & Son, 1951, pp. 264, 275), cette pièce aurait été frappé par la neuvième officine de l’atelier d’Antioche entre le 28 mars 364 et le 24 août 367.

IMG_1510-1518La troisième pièce est un assez beau follis / nummus (G / F [Good / Fine], AE4, AE [Bronze], 15 mm, 1 g, caractérisé par une patine noire avec quelques incrustations jaunâtres, une importante rognure et deux cassures à 120º et 300º de l’avers qui ont fait disparaître une partie des inscriptions; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de l’empereur drapé et cuirassé à droite, portant un diadème perlé, avec l’inscription latine D N VA…. – .. AVG (présumément pour Dominvs Noster Valens Pivs Felix AVGustus, soit “Notre Seigneur Valens, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre une Victoire ailée debout à gauche, tenant une couronne de lauriers et une palme, avec l’inscription latine ……TAS – REIP….CAE (présumément pour Securitas Reipvblicae, soit “la sécurité de la République”), ainsi qu’une marque d’atelier en exergue qui n’est que partiellement lisible (trois ou quatre caractères avec un “T” au milieu, ??T?, possiblement ANTZ pour la septième officine [Zeta] de l’atelier de Antioche [ANT]). On remarque que l’illustration du revers est particulièrement bien conservée et que le détail du drapé de la toge de la Victoire apparait très dynamique — on pourrait presque la voir bouger!

D’après le RIC (Pearce J.W.E., Edited by Mattingly H., Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. IX: Valentinian I – Theodosius I. London: Spink & Son, 1951, pp. 264, 275), cette pièce aurait été frappé par la septième officine de l’atelier d’Antioche entre le 28 mars 364 et le 24 août 367.

Sources: Wikipedia (Valens [FR/EN]), FAC (Valens, Constantina, palm, Securitas Reipublicae, Victory, wreath), ERIC (Valens); RIC v. IX, Arelate: 17b (xiv a) / 19a (xv a); v. IX, Antioch: 12b; Online Ref. 1: Google, acsearch, CGBFR, CoinArchives, CoinProject (SCON) numismatics, numista, WildWinds (text, image). Online Ref. 2 & 3: Google, CoinArchives, CoinProject (ANTS, ANTS, ANTЄ), numismatics,  numista, WildWinds (Δ: text, image; Є: text, image). Voir aussi mes fiches (01, 02, 03).

La semaine prochaine nous abordons la dynastie des Théodosiens avec une pièce de monnaie de l’empereur Theodosius I.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Monnaies anciennes 72

Les Valentiniens (1)

Valentinianus

La dynastie des Valentiniens débute avec Flavius Valentinianus qui est né en 321 à Cibalae (en Pannonie) et est le fils de Gratianus Funarius, un simple commerçant (vendeur de corde) qui rejoint l’armée sous Constantinus pour devenir protector domesticus, puis tribun et finalement comes (en Afrique et en Bretagne). Il a grandit sur le domaine familiale avec son frère Valens et a reçu un bonne éducation (incluant la littérature et les arts). Il accompagne son père lors de son commandement en Afrique et s’engage dans l’armée à son tour vers la fin des années 330. Il sert sous Constantius II et devient, comme son père, protector domesticus. En 355, il est tribun en Gaule sous les ordres de Julianus et Barbatio mais, blâmé pour une défaite contre les Alamans, il s’installe à Sirmium. C’est là que son épouse Marina Severa lui donne un premier fils, Gratianus, en 359. En 357, il continue son ascension dans l’armée alors qu’il est tribun de cavalerie en Gaule. Sous Julianus, en 362, il est comes et tribun des Cornuti, une unité auxiliaire d’infanterie (Auxilia palatina) et il sert en Mésopotamie durant la campagne contre les Perses Sassanides. Sous Jovianus, il est nommé tribun d’une unité d’élite de la garde palatine, la scholae secundae scutariorum, puis tribun d’un régiment d’infanterie d’élite (Scutarii). 

À la mort de Jovianus, le 17 février 364, un comité de hauts fonctionnaires et d’officiers militaires siégeant à Nicée est chargé de lui désigner un successeur. Après avoir hésité entre plusieurs candidats (dont Salustius qui refusa), leur choix s’arrêta sur Valentinianus, qui avait établi son camps à Ancyra (Ankara). Il est acclamé empereur le 26 février 364 et en mars il nomme son frère Valens comme co-empereur. Comme c’est la tradition, ils se partagent l’empire: Valens veillera sur l’Orient avec Constantinople comme capitale et Valentinianus sera en charge de l’Occident et établira sa capitale à Mediolanum (Milan). 

Malheureusement, comme ce fut souvent le cas à cette époque, son règne n’a été qu’une succession de campagnes militaires défensives. En 367, il déplace sa capitale à Treveris pour se rapprocher de la frontière du Rhin. À l’aide de son général Theodosius Major, il doit défendre successivement la Gaule contre les Alamans (367-372) et les Saxons (370), la Bretagne contre la barbarica conspiratio (une coalition de Pictes, de Scots, de Attacotti et de Saxons) en 368, l’Afrique contre la révolte de Firmus (373-375) et la Pannonie contre les Quades et les Sarmates (375). Suite à une maladie et pour assurer sa succession, en août 367 il proclame son fils Gratianus directement Auguste à Samarobriva (Amiens). En 368, il prends Justina comme seconde épouse et celle-ci lui donnera un autre fils, Valentinianus II, en 371, et trois filles (Aelia Galla, Justa et Grata). Il rétablit la foi chrétienne comme religion officielle mais reste tolérant face au paganisme. Il a été un bon administrateur tant civil que militaire et s’est efforcé d’améliorer la condition des classes les plus pauvres, se rappellant les origines humbles de sa famille. Il aurait toutefois été très cruel dans l’exécution de la discipline et de la justice. Il est mort à Brigetio le 17 novembre 375 d’une crise d’apoplexie durant une séance de négociation avec les envoyés Quades dont ils trouvaient les exigences déraisonnables et enrageantes. Sa succession fut assurée par son frère Valens et ses fils Gratianus et Valentinianus II.

IMG_1475-1478Je n’ai qu’une seule pièce de Valentinianus. C’est un superbe follis / nummus (XF / VF [Extra Fine / Very Fine], AE3, AE [Bronze], 17.5 mm, 1.801 g, payé environ $7, caractérisé par très peu d’usure, une patine brunâtre et quelques petites tâches de vert-de-gris; die-axis: ↑↑). L’avers présente un buste de l’empereur portant un diadème perlé, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine D[ominvs] N[oster] VALENTINI-ANVS P[ivs] F[elix] AVG[vstvs] (“Notre Seigneur Valentinianus, Pieux et heureux Auguste”). Le revers illustre une Victoire ailée debout à gauche, tenant une couronne de lauriers et une palme, avec l’inscription latine SECVRITAS – REIPVBLICAE (“la sécurité de la République”), un 𝝘SISCS en exergue (marque de la troisième officine [gamma = trois] de l’atelier de Siscia [SISCS]) avec les lettres D P (superposées) et F dans le champs de part et d’autre (marques de séquences?).

D’après le RIC (Pearce J.W.E., Edited by Mattingly H., Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. IX: Valentinian I – Theodosius I. London: Spink & Son, 1951, pp. 144, 147), cette pièce aurait été frappé par la troisième officine de l’atelier de Siscia entre le 24 août 367 EC et le 17 novembre 375 EC.

Sources: Wikipedia (Valentinianus [FR/EN]), FAC (Valentinianus, palm, Securitas Reipublicae, Victory, wreath), ERIC (Valentinianus); RIC v. IX: 15a (xliv); Online ref.: Google, CoinArchives, CoinArchives, numismatics, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Ce type de revers exprime encore une fois la volonté de la propagande impériale de se faire rassurante. Ainsi, alors que le danger aux frontières devient plus menaçant, on note une tendance croissante à la vantardise dans la légende des revers de monnaie. Valentinianus utilise deux types de revers en particulier, les Gloria Romanorum (“la Gloire des Romains”) et Securitas Reipublicae (“la Sécurité de l’État”), pour assurer à ses sujets que la gloire des armées romaines enlevait toute cause de peur. Toutefois, malgré les nombreuses victoires que cette pièce peut commémorer (comme la bataille de Solicinium en 368), l’avenir allait démontrer que les frontières étaient encore loin d’être sécuritaires… (RIC, op. cit., p. xl)

La semaine prochaine je vous présente trois autres pièces du type Securitas Reipublicae mais cette fois du co-empereur et frère de Valentinianus, Valens.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Olympia Kyklos vol. 1-3

OlympiaKyklos-1-covVol. 1

Après Thermae Romae, la nouvelle comédie sportive de Mari Yamazaki ! Démétrios, dans son petit village de la Grèce du 4e siècle avant notre ère, n’aspire qu’à une chose : vivre de son métier de peintre sur céramique. Et, peut-être, ravir le coeur de la belle Apollonia, la fille du patriarche… Le destin en décide autrement : le voici chargé de sauver son village des appétits guerriers de la cité voisine ! Alors qu’il se lamente sur son sort, la foudre frappe. Lorsqu’il reprend ses esprits, Démétrios a été projeté à travers le temps et l’espace dans le Tokyo de 1964, au moment des Jeux olympiques !”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Olympia Kyklos, 1, par Mari Yamazaki. Bruxelles: Casterman (Coll. Sakka), mars 2021. 200 pages, 13.4 x 18.3 cm, 8,45 € / $C 15.95, ISBN 978-2-203-20298-6. Pour lectorat adolescent (14+). stars-4-0

OlympiaKyklos-2-covVol. 2

“Démétrios a sauvé son village des appétits conquérants de la cité voisine au cours d’une épreuve sportive qu’il a ramenée du XXe siècle. Il est bien décidé à retrouver ses vases et ses pinceaux, mais le patriarche ne l’entend pas de cette oreille : il en est sûr, Démétrios a l’étoffe d’un champion, il est l’athlète qui apportera gloire et prospérité à sa communauté ! Aux abois, Démétrios est à nouveau transporté jusqu’au Japon des olympiades de 1964. Après le sport, cette fois, c’est sa conception du dessin que notre jeune peintre va voir bouleversée, en devenant l’assistant du dieu du manga, Osamu Tezuka en personne !”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Olympia Kyklos, 2, par Mari Yamazaki. Bruxelles: Casterman (Coll. Sakka), juin 2021. 200 pages, 13.4 x 18.3 cm, 8,45 € / $C 15.95, ISBN 978-2-203-20300-6. Pour lectorat adolescent (14+). stars-3-5

OlympiaKyklos-3-covVol. 3

“Bouleversé par la mort tragique du marathonien avec lequel il s’était lié d’amitié dans le Japon de 1964, Démétrios, de retour dans son Antiquité natale, décide de quitter sa cité pour voir le monde et devenir un meilleur peintre, un meilleur athlète, un meilleur homme. Ses pas le mènent tout d’abord à Athènes où Platon, philosophe entre les philosophes, pourrait bien lui prodiguer de précieux enseignements s’il n’est pas trop occupé à rivaliser avec ses disciples… à la lutte ?

Comment concilier art et sport ? Une réflexion profonde et joyeuse sur la création et l’expression de soi.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

Olympia Kyklos, 3, par Mari Yamazaki. Bruxelles: Casterman (Coll. Sakka), septembre 2021. 200 pages, 13.4 x 18 cm, 8,45 € / $C 15.95, ISBN 978-2-203-20316-7. Pour lectorat adolescent (14+). stars-3-5

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Olympia kyklos (オリンピア・キュクロス / lit. “Cercles Olympique”) est un manga seinen par Mari Yamazaki qui est sérialisé au Japon dans le magazine bimensuel Grand Jump depuis mars 2018 et a été jusqu’à maintenant compilé en six volumes chez Shueisha. Il a été traduit en français chez Casterman (trois volumes de disponibles et un quatrième est à paraître imminemment). C’est une comédie du style de Thermae Romae (voir aussi mon commentaire sur cette série) mais qui se situe dans l’antiquité grecque et traite de sujets autour du thème des jeux olympiques. Le manga a sans aucun doute été créé en anticipation des jeux olympiques de Tokyo de 2020 (mais qui furent reportés à l’année suivante à cause de la pandémie de Covid-19). 

Mari Yamazaki est passée maître dans l’art d’utiliser des artifices loufoques comme le voyage dans le temps pour aborder des sujets sérieux. Si elle n’explique jamais la mécanique temporelle qui intervient dans Thermae Romae (sinon quelques propriétés magiques des eaux thermales?), dans ce cas-ci il s’agit de la foudre qui frappe à répétition le pauvre Démétrios, ce qui (faute de flux capacitor) ne peut être attribué qu’au désir de Zeus d’aider le héros dans sa quête identitaire en suivant la plus pure tradition des récits épiques. Certains ont reproché à Yamazaki d’utiliser deux fois la même technique pour mouvoir son récit mais quand l’on détient une formule gagnant pourquoi la changer? Mais peu importe l’artifice; ce que Yamazaki veut accomplir c’est de comparer les cultures de l’antiquité (romaine dans le cas de Thermae Romae et grecque pour Olympia Kyklos) avec celle du Japon. Ayant vécu tant au Japon qu’en Italie, Yamazaki avait remarqué plusieurs points de similitude entre ces cultures et a eut l’idée de s’en servir comme d’un miroir où le lecteur (à priori Japonais) peut se reconnaitre et se questionner.

Démétrios est un jeune homme athlétique mais qui n’est pas du tout intéressé aux sports. Tout ce qu’il veut c’est peindre sur des vases. Toutefois, le chef du village insiste pour qu’il participe à des compétitions. Quelques voyages dans l’espace-temps à Tokyo durant les préparatifs des jeux olympiques de 1964 lui font découvrir le sens des compétitions et l’esprit olympique, lui permettant de venir en aide à son village. 

OlympiaKyklos-2-p008

vol. 2, p. 8

Dans le second volume, Démétrios se retrouve devant un double dilemme: d’une part, son maître n’apprécie pas du tout son style de dessin et, d’autre part, le chef du village veut qu’il se consacre à la compétition en vue des jeux d’Olympie. Encore une fois c’est au Japon qu’il trouvera ses réponses: il découvre le manga et rencontre même Osamu Tezuka qui lui fait réaliser comment le dessin peut exprimer des sentiments. Il rencontre aussi le coureur Kokichi Tsubaraya qui subit tellement de pression pour participer aux Olympiques de Mexico en 1968 qu’il finit pas se suicider! Ici, Yamazaki réussi à simultanément rendre un superbe hommage à Tezuka pour le faire découvrir à une nouvelle génération de lecteurs et à aborder le thème très actuel de la santé mentale des athlètes! 

Dans le troisième tome, Démétrios visite encore Tokyo mais cette fois pendant les préparatifs pour les jeux de 2020. Il y découvre une société dénaturée où le matérialisme a effacé tout esprit communautaire. Pour perfectionner son art, il se rend à Athènes où il rencontre Platon qui est non seulement philosophe mais aussi lutteur et qui se plaint de la corruption et de la dépravation morale de la société. Il cherche une façon de convaincre ses concitoyens de mener une vie meilleure. Il rencontre Tezuka en rêve qui lui apporte des solutions. Une occasion pour Yamazaki de faire une réflection sur l’intégrité morale et l’importance de l’art dans la société…

Mari Yamazaki est une artiste accomplie qui nous offre, dans un style détaillé et précis, des récits qui non seulement sont divertissants par leur mise en situation humoristique mais également apte à nous faire réfléchir sur l’état de notre société. Un très beau et fort intéressant manga que j’ai trouvé plutôt agréable à lire. Comme toute oeuvre de Yamazaki, je le recommande fortement. Je viens d’ailleurs d’apprendre que le tome 10 de Pline, “Les fantômes de Néron”, est paru en septembre 2021 et que le tome 11 devrait paraître en mars 2022. J’ai bien hâte de lire la suite tant de Pline que de Olympia Kyklos.

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© 2018 Mari Yamazaki.

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Monnaies anciennes 71

Les Constantiniens (7)

Pièces Commémoratives des cités

Lorsque Constantinus fonde la ville de Constantinople au printemps 330 EC, il commémore l’événement par l’émission d’une monnaie. Pour bien indiquer que les deux capitale de l’Empire sont d’égale importance, il émet en même temps une monnaie commémorative pour la ville de Rome. Ces monnaies ont été frappé dans presque tous les ateliers l’Empire (treize ateliers: Alexandrie, Antioche, Aquileia, Arelate, Constantinople, Cyzicus, Heraclea, Lugdunum, Nicomedia, Rome, Siscia, Thessalonica, et Treveris) pendant une quinzaine d’années (ses fils ont poursuivi les émissions après sa mort en 337). J’ai la chance de posséder un exemplaire de chacune de ces pièces commémoratives.

IMG_1420-1424Le premier specimen est une pièce commémorative de la ville de Constantinople. C’est un très très beau nummus ou demi-centenionalis (VF [Very Fine], AE3, AE [Bronze], 17 mm, 2.584 g, payé environ $7, patine brun foncé avec quelques petites tâches de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de Constantinople à gauche, cuirassé et drapé d’un manteau impérial, portant un casque à cimier lauré et tenant un sceptre sur l’épaule, avec l’inscription latine CONSTAN-TINOPOLIS. Le revers illustre une Victoire ailée debout à gauche, drapée, le pied droit sur la proue d’un navire, tenant un sceptre de la main droite et reposant la gauche sur un bouclier, aucune inscription sinon un SMANI en exergue (marque de la dixième officine [Iota = dix] de l’atelier d’Antioche [Sacra Moneta ANtioch]).

La représentation d’une victoire sur un navire ferait allusion à la bataille navale de l’Hellespont où la flotte de Constantinus (dirigée par son fils Crispus) a vaincu Licinius en juillet 324. Cela a permis à Constantinus de vaincre définitivement Licinius à la bataille de Chrysopolis en septembre 324, tout près de la ville de Byzance. Il décida alors d’en faire sa nouvelle capitale qu’il renomma Constantinople en mai 330.

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 693, 697), cette pièce aurait été frappée par la dixième officine de l’atelier d’Antioche. Il y a deux émission possible: l’une en 330-333, 335 EC (RIC 92) et l’autre en 335-337 EC. Toutefois, la comparaison des portraits de Constantinople (particulièrement les détails du casque) et le fait que la seconde émission est plus rare me porte à croire que ma pièce appartient probablement à la première émission.

IMG_1431-1437Le second specimen est une pièce commémorative de la ville de Rome. C’est un très beau nummus ou demi-centenionalis (F [Fine], AE3, AE [Bronze], 17 x 18 mm, 1.955 g, payé environ $6 le 1985/06/16, patine verdâtre le flan étant presqu’entièrement couvert de vert-de-gris; die-axis: ↑↓). L’avers présente un buste de Roma à gauche, cuirassé et drapé d’un manteau impérial, portant un casque à cimier, avec l’inscription latine VRBS – ROMA (“Ville de Rome”). Le revers illustre une louve debout à gauche, la tête tournée en arrière vers la droite, allaitant les jumeaux Romulus et Remus enfants, avec au-dessus deux étoiles (représentant les Dioscures Castor et Pollux de la constellation des Gémeaux), avec un TR • P en exergue (marque de la première officine [P = Primus] de l’atelier de Treveris [TR]). Il semble parfois y avoir, comme marque de séquence, un dessin sur l’épaule de la louve (une main, une étoile, un double croissant, etc.) mais s’il y en a un ici il est impossible de le distinguer.

La représentation d’une louve qui allaite Romulus et Remus fait bien sûr référence au mythe fondateur de la ville de Rome. Les jumeaux qui avaient été abandonné et nourri par une louve, ont décidé au printemps 753 AEC de fonder une ville qui portera leur nom et cela sur le site même où ils furent abandonné.

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 217), cette pièce aurait été frappée par la première officine de l’atelier de Treveris (Trèves) vers 332-333 EC.

Sources: Wikipedia (Constantinople [FR/EN], Rome [FR/EN]), FAC (Constantinopolis, Urbs Roma); RIC v. VII, Antioch: 92 / 114; Trier: 547; Online Ref. (Constantinopolis): Google, AC, AC, CGC, CoinArchives, MintageWorld, numismatics, vcoins, vcoins, WildWinds (RIC 92: text, image; RIC 114: text, image). Online Ref. (Roma): Google, acsearch, CGC, CoinArchives, CoinTalk, FAC, numismatics, numista, WildWinds (text, image). Voir aussi mes fiches (Constantinopolis, Roma).

Ceci conclu mes pièces de la dynastie Constantinienne. La semaine prochaine nous abordons la dynastie des Valentiniens !

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Roma Aeterna

RomaAeterna-covEt si l’Empire romain n’avait jamais disparu? Sur près de deux mille ans, Silverberg illustre par tableaux successifs une histoire parallèle d’un Empire Romain qui a connu bien des vicissitudes, des guerres et des crises politiques mais qui n’a jamais cessé d’exister et de faire régner, avec quelques interludes sanglants, la Pax Romana. 

Le Christianisme en est absent, ne serait-ce que parce que les Juifs n’ont jamais réussi à quitter l’Égypte des Pharaons. Quelques siècles plus tard, un envoyé spécial de l’Empereur particulièrement perspicace liquide proprement un prophète d’Arabie avant qu’il ait eu le temps de fonder l’Islam. Et donc l’Empire a survécu, avec ses dieux auxquels personne ne croit. Trop vaste pour être gouverné par un seul homme, il est le plus souvent divisé en deux zones d’influence, l’Empire d’Orient et l’Empire d’Occident qui parfois se chamaillent, se font même la guerre mais finissent toujours par se réunifier. 

La technologie évolue plus lentement que dans notre continuum historique. Vers l’an 2650 AUC (Ab Urbe Condita : depuis la fondation de la ville), qui correspond à la fin de notre XIXe siècle, le téléphone existe et la voiture automobile fait son apparition, mais cette technologie n’est jamais très présente. De même, l’Amérique a été explorée à peu près à l’époque de nos Grandes Découvertes, mais après deux tentatives ratées d’invasion, l’Empire renonce et les étranges sociétés de l’Outre-Atlantique poursuivent leur développement. De même, Rome ne s’attaque jamais sérieusement à l’Inde et à la Chine: l’Empire est déjà trop grand, trop difficile à gérer et à maintenir uni.

Pourtant, un Empereur entreprend de faire le tour de la Terre et y parvient. Le récit de son voyage, enchâssé dans une autre intrigue qui illustre la virtuosité de l’auteur, est un des moments forts du livre. Silverberg excelle à suggérer l’étrangeté de l’humain dans la diversité de ses moeurs. Dans le dernier tableau, un juif un rien fanatique nommé Moshe espère réussir l’Exode en gagnant les étoiles avec des fusées mais le prototype explose et le tue, ruinant les espoirs de la toute petite population, très marginalisée, des Juifs, qui est la seule à croire à un Dieu unique. Ils sont dix mille à peine et n’ont pas connu la Diaspora.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Les romans historiques qui se situent dans le contexte du monde romain sont beaucoup plus nombreux que l’on peut imaginer. On en compte plus de deux cents (selon Yvon Allard, Le roman historique à travers les siècles — et cela même si on exclu la plupart des ouvrages à thématique plus bibliques ou chrétienne) tel que Ben-Hur de Lewis Wallace, Les derniers jours de Pompéi de Sir Edward Bulwer Lytton, Imperium de Robert Harris, Les maître de Rome de Colleen McCullough, Massada de Ernest Gann, Les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, Les romains de Max Gallo, Moi, Claude, empereur de Robert Graves, Néropolis de Hubert Monteilhet, ou Quo vadis? de Henryk Sienkiewicz, pour n’en citer qu’une dizaine (Étrangement il semble y avoir de nombreux romans qui mélange polar et antiquité romaine!). Par contre les uchronies qui se déroulent à cette même époque sont plutôt rares car je n’en compte que quatre: Éternité de Greg Bear, la nouvelle “L’Autre Univers” (“Delenda est”) dans La Patrouille du temps de Poul Anderson, De peur que les ténèbres de Lyon Sprague de Camp et… Roma Æterna de Robert Silverberg.

Ce dernier nous offre un récit où l’Empire romain s’est perpétué pendant près de trois mille ans! Il se divise en onze histoires courtes qui chacune nous raconte une période clé de l’histoire romaine (toutes les dates sont données selon le calendrier romain qui se calcul depuis la fondation de la ville en 753 AECAb Urbe Condita ou AUC; j’ai toutefois ajouté comme repère la date selon notre propre calendrier):

  • 1203 AUC [450 EC] : Prologue. Une discussion entre deux historiens établit les bases du récit: les Hébreux ne réussissent pas leur Exode d’Égypte (ils sont massacré lorsqu’ils arrivent à la mer Rouge) et par conséquent Jésus, ni le Christianisme, n’a jamais existé. Un certain Titus Gallius succède à Caracalla au lieu de Macrin. (4 p.).
  • 1282 AUC [529 EC] : Avec César dans les Bas-Fonds. L’ambassadeur de l’Empire d’Orient (qui coexiste paisiblement avec l’Empire d’Occident) est en visite à Rome. Alors qu’il s’intéresse aux bas-fonds de la ville, l’Empereur meurt et il est témoin de la succession (65 p.).
  • 1365 AUC [612 EC] : Un héraut de l’Empire. Corbulo est exilé par l’Empereur en Arabie, à La Mecque. Alors qu’il cherche à faire une bonne action pour revenir dans ses bonnes grâces, il rencontre Mahmud, un marchand dont il juge les idées religieuses dangereuses pour l’Empire, et il le fait assassiner. L’Islam ne verra donc jamais le jour… (34 p.).
  • 1861 AUC [1108 EC] : La deuxième vague. Le navigateur nordique Haraldus découvre le Mexique et convainc l’empereur Saturninus de le conquérir. Après un premier échec, ce récit raconte la seconde expédition. Après des efforts très coûteux l’Empire ne réussira qu’à établir des relations commerciales avec ce nouveau continent. (35 p.).
  • 1951 AUC [1198 EC] : En attendant la fin. Inévitablement, la rivalité entre l’Est et l’Ouest devait mener au conflit et l’Empire d’Orient conquiert Rome. Le traducteur Antidater a une crise d’identité… (46 p.).
  • 2206 AUC [1453 EC] : Un avant-poste du royaume. Après une guerre civile, Rome à vaincu l’Empire d’Orient et les deux parties de l’Empire sont à nouveau réunifiée. La grecque Eudoxia Phocas a une brève idylle avec le nouveau proconsul de Venetia, Quintus Pompeius Falco. (19 p.).
  • 2543 AUC [1790 EC] : Se familiariser avec le dragon. Alors qu’il doit réalisé les projets architecturaux extravagants du décadent Demetrius, Draco poursuit sa biographie de son ancêtre Trajan VII grâce à un manuscrit qui relate sa circumnavigation du monde en 2278 AUC [1525 EC]. Il y découvre avec horreur toute la cruauté des romains de cette époque… (33 p.).
  • 2568 AUC [1815 EC] : Le règne de la Terreur. Le règne excessif de Demetrius II vide les caisses de l’Empire et risque de pousser le peuple à la révolte. Pour éviter le pire, les consuls Apollinaris et Torquatus entreprennent un purge sanglante dans l’entourage de l’Empereur et vont même jusqu’à le remplacer… (48 p.).
  • 2603 AUC [1850 EC] : Via Roma. Un provincial Britannique, fils d’un riche marchand, vient visiter Neapolis et Rome. Il a une aventure amoureuse avec une jeune patricienne, ce qui le met aux premières loges pour assister à la révolution qui met fin à l’Empire et instaure la seconde République Romaine. (59 p.).
  • 2650 AUC [1897 EC] : Une fable des bois véniens. En Haute Pannonie, deux enfants découvre un pavillon de chasse abandonné dans les bois. Un vieil ermite y vit et leur raconte qu’il est le seul survivant de la famille impériale qui fut massacré lors de la révolution qui réinstalla la République. Il croit que, malgré les guerres civiles, l’Empire aura donné au monde une longue ère de paix et de stabilité… (20 p.).
  • 2723 AUC [1970 EC] : Vers la Terre promise. Un groupe de fanatique Hébreux d’Égypte tente pour la seconde fois d’accomplir leur Exode. Cette fois la Terre Promise sera dans l’espace! (23 p.).

Avec cet ouvrage publié en 2003, Silverberg nous offre une uchronie qui repose sur plusieurs points de divergence avec notre propre chronologie. Il semble être partisan d’une sorte de déterminisme historique puisque, même au sein de l’Empire romain, les grands moments de l’Humanité semblent se produire à peu près à la même époque: la découverte du Nouveau Monde, la Renaissance, la Révolution Française, la Révolution Russe, le début de la conquête spatiale, etc. Il semble également avancer que trop de stabilité socio-politique peut nuire au développement de la civilisation car, dans son univers romain, l’avancement technologique, comme l’automobile ou l’aviation, ne s’est effectué que plus tard.

C’est un ouvrage plutôt inégale où les récits les plus longs tendent à être les meilleurs. Si certaines nouvelles sont excellentes l’ensemble est hélas plutôt ennuyant. C’est toutefois un intéressant exercice d’uchronie qui est à lire mais seulement pour les curieux (comme moi).

Roma Aeterna, par Robert Silverberg. Paris: Robert Laffont (Coll. Ailleurs & Demain), octobre 2004. 408 pages, 13.5 x 21.5 cm, 22.50 € / 36.95 $, ISBN 9782221098547. Pour lectorat jeune adulte (14+). stars-2-5

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© Agberg, Ltd, 2003

Je profite de l’occasion pour vous rappeler qu’il existe aussi quelques rares manga dont l’histoire se situe dans le monde romain (et que j’ai déjà commenté): Ad Astra par Mihachi Kagano, Eurêka! par Hitoshi Iwaaki,  Pline par Mari Yamazaki, et Thermae Romae aussi par Mari Yamazaki. Si vous en connaissez d’autre laissez-le moi savoir !

 

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Le clan des Otori #1

ClanDesOtori-1-covGuerre, amour, spiritualité et art incontesté du récit: une fresque puissante au cœur d’un Japon médiéval fantastique sublime. 

Le Silence du Rossignol vous entraîne dans une quête épique, au cœur d’un Japon féodal où se côtoient poésie délicate et terrible violence. Vengeance, traîtrise, honneur et loyauté, beauté, amour fou… Derrière les visages impassibles et les codes immuables se cachent des cœurs passionnés et des sentiments farouches.

L’adaptation en bande dessinée du roman de Lian Hearn.”

[Texte du site de l’éditeur et de la couverture arrière]

(Attention, lire l’avertissement de possible divulgacheurs)

Je n’ai malheureusement pas encore lu le roman original de Lian Hearn (Tales of the Otoriqui se décline en cinq volumes: Across the Nightingale Floor (2002), Grass for His Pillow (2003), Brilliance of the Moon (2004), The Harsh Cry of the Heron (2006), Heaven’s Net is Wide (2007), plus les prequels Shikanoko (4 vol., 2017) et Children of the Otori (2 vol., 2020)). C’est cependant sur ma liste de lecture (quoi que lire l’adaptation BD pourrait représenter la voie paresseuse…). J’ai toujours cru qu’il s’agissait d’un roman historique mais c’est en fait un récit de fantasy historique qui se déroule dans un Japon féodal imaginaire.

ClanDesOtori-1-p15

T. 1, Page 15

Le Japon de la seconde moitié du XVIe siècle est en proie d’une guerre civile qui oppose trois clans: les Tohan à l’Est (dirigé par Iida Sadamu), les Seishuu à l’Ouest (dirigé par Dame Maruyama) et les Otori au centre. Ces derniers ne possèdent plus que le Nord car, après la défaite de la bataille de Yaegahara, le Sud a été cédé aux Noguchi, vassaux des Tohan. On retrouve également les “Invisibles” (un groupe de pacifistes [des chrétiens] qui se cache dans les montagnes et est persécuté par les Tohan) et la “Tribu” (une caste de ninja aux pouvoirs surnaturels). Lorsque son village est incendié par le seigneur Tohan, Tomasu est recueilli par Otori Shigeru qui l’adopte et le renomme Takeo. Peu à peu celui-ci se découvre des “talents” spéciaux qui le révèle comme une membre de la Tribu. Shirakawa Kaede est une otage des Noguchi que Iida Sadamu désire marier à Shigeru pour établir une alliance entre les Otori et les Tohan. En fait, ce mariage n’est qu’un prétexte où se croiserons des complots d’assassination. Lorsque Takeo et Kaede se rencontrent, ils tombent amoureux…

C’est un récit complexe où l’on voit se développer les destins de Takeo et Kaede au travers diverses machinations politiques. C’est bien écrit et captivant. Toutefois, le dessin appartient à cette tendance récente qui offre un style brouillon et angulaire (comme Johann Sfar) que je déteste. Mais, bon, c’est un genre et on s’y habitue à la longue. L’adaptation m’apparait excellente et dans l’ensemble l’ouvrage nous offre une bonne et agréable lecture. C’est une intéressante façon de découvrir l’univers créé par Lian Hearn. Un deuxième tome est paru en octobre 2021.

Le clan des Otori #1: Le silence du rossignol, par Stéphane Melchior (texte, d’après l’oeuvre de Lian Hearn) et Benjamin Bachelier (dessin). Paris: Gallimard BD, mars 2021. 96 pages, 23.7 x 31,7 cm, 17.80 € / $C 22.99, ISBN 978-2-07-512334-1. Pour lectorat adolescent (12+). stars-3-0

Vous trouverez plus d’information sur les sites suivants:

[ AmazonGoodreadsGoogleNelliganWikipediaWorldCat ]

© Liam Hearn, 2002. © Gallimard 2021 pour la présente édition.

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Replica (2)

I recently talked about ancient book replicas, but this time I would like to discuss museum replicas…

For fun my sister gave me for Christmas a key-chain made with a roman coin replica that she purchased when she visited the “Pompeii: The Immortal City” exhibit at the Quebec City Museum of Civilisation.

It is reproducing a dupondius of Nero which shows on the obverse the radiated head of the emperor, right, with the latin inscription NERO CLAVD CAESAR AVG GER P M TR P IMP P P (the last part is not very clear). The reverse illustrates a Roma helmeted and cuirrased, seated left, holding a winged victory in her right hand, and resting on Parazonium with a shield behind (although those details are not very clear either), with a ROMA in exergue and a S C on each side of the field. The original coin was struck in Rome in 65 CE (Sources: RIC 293, CoinArchives, Numismatics).

It is a nice reproduction, probably molded. It is engraved on both side “WRL” to clearly indicate that it is a reproduction. It comes with a small label saying “Roman Coin key-ring” that also tells us “WRL” stands for Westair Reproduction Ltd (MCMLXXII). It lists a website, Westair-reproductions.com, but this site is down because of COVID (they got a virus?) and is being blocked by Norton Life Lock. However, I found another website, westair.co.uk, dedicated for trade customers (whatever that means). It tells us that they are a UK company specialized in “supplying historical reproductions to Historic Houses, Castles and Museums not only in the UK but also to over 36 other countries around the world.”

There are one-hundred and thirty item listed in their roman section. They are the usual trinkets that you would find in a museum gift shop. They have a catalog available in PDF format. All stuff of little interest… The coin alone (without the key chain) is listed on their website and it come in pack of one-hundred (No price listed, order code RCDUPN). It is also listed with the key-chain (pack of 10, no price, order code RCKR).

There’s a lot of companies offering such replicas and often of much better quality:

One thing I am really looking for (a future birthday gift maybe?) is a fairly sized bust of the emperor Lucius Verus. It’s quite a minor emperor and yet there are a lot of possibilities on the market:

Etsy

eBay: Lucius Verus marble bust

1st Dibs: Lucius Verus bust (if you want something really expensive)

Unfortunately, I couldn’t find any reproduction with Verus in armor (Hermitage, Prado, Uffizi) or wearing a nice toga

Of course, the cheaper option is to find a 3D scan file of the object you want and print it yourself at a 3D print shop (some libraries offer that service, like the Benny Fab Lab). There is such a thing even for Verus:

Some places even take custom orders (like a bust of yourself!). If you like art but cannot afford the real thing this is definitely an option to consider. Now you know…

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Monnaies anciennes 70

Les Constantiniens (6)

Julianus (355-363) 

Flavius Claudius Julianus (généralement appelé Julien II ou Julien l’Apostat en français) est né vers 331 à Constantinople de Flavius Julius Constantius (lui-même fils de Constance Chlore et de Theodora) et de Basilina. À la mort de Constantinus, ses cousins consolident leur pouvoirs en purgeant tout les membres de la famille constantinienne sauf son demi-frère Gallus (qui était gravement malade) et lui-même (qui n’avait que six ans), qui sont épargné probablement à la demande de l’impératrice Eusebia. Il est confiné à sa résidence de Cappadoce et reçoit une éducation hellénisante où il a accès à tous les classiques de la littérature et de la philosophie grecque. Dès 347, il est autorisé à revenir à Constantinople, puis à Nicomédie en 351. En 355, il est à Athènes pour étudier la philosophie. Il se fait initier aux mystères de Mithra et d’Éleusis.

En 351, Constantius II, qui peine à maintenir l’ordre tant aux frontières que contre les usurpateurs, prend Gallus comme César. Mais ce dernier, plein de rancoeur quand au fait que l’empereur ait fait assassiner son père, se rebelle et il est exécuté en 354. Avec réticence Constantius rappel Julianus à ses côté et le fait César à Mediolanum le 6 novembre 355. Il lui donne également sa jeune soeur Helena en mariage. Dès décembre il est envoyé en Gaule pour protéger la frontière rhénane contre les avances des Alamans. Méfiant, Constantius le fait encadrer par ses généraux Marcellus et Ursicin. Même si il n’a aucune expérience militaire, Julianus se révèle un bon administrateur et un excellent stratège. Il se rend d’abord à Vienna, puis lève le siège de Augustodunum (Autun) et marche sur Rementium (Reims), puis Agrippina (Cologne). Il hiverne à Agedincum (Sens). En 357, il fait campagne à Tabernis (Saverne), à Augusta Raurica (Augst), à Lugdunum (Lyon) pour finalement obtenir la victoire à Argentoratum (Strasbourg). Dorénavant il hivernera à Lutetia car, située sur une île, elle est facile à défendre. En 358, il repousse une invasion de Francs. En 360, Constantius — qui a de la difficulté à contenir les Sassanides sur la frontière Orientale — demande à Julianus deux légions en renfort. Celles-ci, récalcitrantes à entreprendre un voyage en Orient, se rebellent et acclament Julianus empereur! Constantius envoi donc ses troupes pour intercepter l’usurpateur mais meurt de la fièvre en chemin le 3 novembre 361. Sur son lit de mort, afin de maintenir la stabilité de l’empire, il reconnait Julianus comme son successeur. En décembre, Julianus rentre à Constantinople où il entreprend de réformer la bureaucratie.

En bon néoplatonicien, Julianus s’oppose à l’exclusivité du christianisme et favorise un polythéisme plus inclusif où les hérésies chrétiennes, le judaïsme, les cultes solaires ou mystiques païens peuvent coexister. Il promulgue donc un édit de tolérance et écrit même un livre où il s’attaque aux chrétiens, Contre les Galiléens. Il favorise également un gouvernement moins autocratique et plus près des anciennes valeurs républicaines. Malheureusement, son règne durera moins de deux ans. Comme il doit compléter la protection de la frontière orientale entreprise par Constantius, il s’installe à Antioche en juillet 362 pour préparer une campagne militaire contre les Sassanides. En mars 363, il met son armée en marche vers la  capitale Perse de Ctesiphon qu’il attaque à la fin mai. Comme il n’est pas en mesure d’en faire le siège il poursuit vers Samarra où il rencontre le gros des forces Sassanide le 25 juin. La bataille continue le lendemain mais la cavalerie perse submerge les défenses romaines et Julianus est blessé mortellement dans l’abdomen par une lance (Libanios relate qu’il fut frappé par un de ses propres soldats, un chrétien, mais cela n’est pas corroboré par des auteurs contemporains comme Ammianus Marcellinus ou Eutropius qui ont pourtant participé à la campagne militaire). Toutefois, aucun des deux camps n’obtient de victoire décisive. Le général Jovianus est rapidement nommé empereur à la place de Julianus. L’armée romaine doit retraiter à Dura, puis à Nisibis. Jovianus signe alors un traité de paix qui fait d’énorme concessions aux Sassanides. Sur la route du retour, il s’arrête à Antioche mais il ne parviendra jamais à Constantinople car il meurt subitement à Dadastana le 17 février 364 après seulement sept mois de règne. Ainsi prit fin la dynastie des empereurs constantiniens…

Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Julianus. Il s’agit d’une assez belle petite dénomination constantinienne de bronze (G [Good], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 16 mm, 1.929 g, patine verdâtre, payé environ $8 le 1985/12/17; die-axis: ↑↗︎). L’avers présente un buste du jeune César la tête nue, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] FL[AVIVS] CL[AVDIVS] IVLI-ANVS NOB[ILISSIMVS] C[AE]S[AR] (“Notre Seigneur Flavius Claudius Julianus, Très Noble César”). Le revers illustre un soldat casqué avançant à gauche, portant un bouclier au bras gauche, transperçant de sa lance une monture qui a chuté, son cavalier barbare (dont on ne distingue malheureusement pas les détails du visage mais il n’est probablement pas barbu et porte un bonnet phrygien) ayant la tête tourné vers le soldat et lui tendant le bras gauche en un geste de supplique, avec l’inscription latine FEL[ICIVM] TEMP[ORVM] – REPARATIO (“le retour des temps heureux”), une marque d’atelier difficilement lisible en exergue et une possible lettre dans le champs gauche.

L’inscription de l’avers qui a la particularité de débuter par “D N FL CL…” et de se terminer par “…NOB CS” est assez rare. On rencontre plus fréquemment l’inscription plus courte “D N IVLIANVS NOB C”. Toutefois, comme la fin de l’inscription est difficilement lisible j’avoue que cela pourrait bien être aussi l’inscription plus fréquente qui se termine par “…P F AVG” (notons la césure distinctive entre le “I” et le “A” de Ivlianvs). Cependant, celle-ci n’apparait que plus tardivement (363), est généralement accompagné d’un portrait plus âgé et barbu et ne semble jamais être présente conjointement avec un revers FEL TEMP REPARATIO. Le fait qu’il s’agisse d’un portrait juvenile semble confirmer que l’inscription se termine bien par “NOB CS”. 

Malheureusement les marques d’exergue et de champs sont également peu visible. J’avais d’abord cru lire dans l’exergue un “HT” pour la troisième officine d’Héraclée. Toutefois, la nomenclature très particulière “D N FL CL IVLI-ANVS NOB CS” est plutôt rare et semble n’avoir été utilisée que par la quatrième officine (Delta = 4) de Cyzique. L’inscription en exergue ne peut donc être que SMK𝚫 (Sacra Moneta Kyziki). Quand à la marque de séquence du champs gauche il n’y a que trois possibilités: aucune marque (il semble pourtant y en avoir une, quoique illisible), une étoile (✷) ou un •M•. En scrutant bien, je crois bien qu’il s’agit de la troisième possibilité. Selon certain cela pourrait être non pas une marque de séquence (pour distinguer les différentes émissions d’un même type) mais une marque de valuation (indiquant que cette dénomination vaut le millième d’un solidus d’or [M = 1000] — mais si c’était le cas qu’en serait-il des autres marques que l’on retrouve parfois avec ce type, comme ✷, 𝚪, •S• ?).

Selon ces indications, et d’après le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, pp. 487-488, 498-499), cette pièce aurait donc été frappé par la quatrième officine de l’atelier de Cyzique entre le 6 novembre 355 et le 3 novembre 361 EC. C’est un type de pièce qui est peu abondant ([S = scarce, i.e. se situant entre “rare” et “commun”] de seize à vingt-et-une pièces connues à l’époque de la compilation du répertoire).

Sources: Wikipedia (Julianus [FR/EN]), FAC (Julianus, FEL TEMP REPARATIO), ERIC (Julianus); RIC v. VIII, Cyzicus: 116; Online Ref.: Google, CoinArchives, CoinTalk, FAC, Numista, WildWinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Pour en savoir plus sur le rôle du type avec FEL TEMP REPARATIO dans la propagande impériale, je vous réfère à mon entrée précédente. Dans ce cas-ci, ce type célèbre sans doute l’une (ou l’ensemble) de ses victoires en Germanie contre les Alamans (comme à Augustodunum en juin 356 ou Argentoratum en août 357).

La semaine prochaine je conclu mon survol des monnaies de la dynastie constantinienne par des pièces de monnaies commémoratives des cités de Rome et de Constantinople.

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Capsule reviews [002.021.353]

More movie capsule reviews

Free State of Jones

During the Civil War some people from Jones County in Mississippi got tired to be regularly fleeced by the confederate army. So a bunch of farmers and escaped slaves decided to fight back and, since they couldn’t get help from the North either, they created their own independent country. In parallel we follow a descendant of the main character who, eighty-five years later, is on trial for intermarrying while being one-eight black! An historical movie that just shows us things never change. An interesting movie to watch now as the Republicans try to roll back the African American right to vote. It is certainly a difficult subject and that’s probably why it was not well received by the viewers and didn’t make any money (they recovered just about half of the production cost!). Personally, I quite enjoyed it: despite the controversial subject it manages to remain entertaining, as there is a good deal of action, it is interesting because it is based on a true story and it is beautifully filmed. What more could I asked? It’s on Netflix, so give it a try!

FreeStateOfJonesFree State of Jones : USA, 2016, 140 min.; Dir./Scr.: Gary Ross (based on the books The Free State of Jones by Victoria E. Bynum and The State of Jones by Sally Jenkins and John Stauffer); Phot.: Benoît Delhomme; Ed.: Pamela Martin & Juliette Welfling; Music: Nicholas Britell; Cast: Matthew McConaughey (Newton Knight), Gugu Mbatha-Raw, Mahershala Ali, and Keri Russell; Rated 14A. It has received a score of 48% on Rotten Tomatoes (64% from the audience), 53% on Metacritic and 6.9/10 on IMDb. stars-3-5

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Capsules

Finch

This is quite an interesting post-apocalyptic movie. The survivor of a solar flare that devastated earth build a robot to take care of his dog when he will be gone — he suffers from radiation sickness since the flare destroyed the ozone layer and earth is bathed in cosmic rays. Because there’s a huge storm coming he must leave his refuge and decide to travel to San Francisco. Through the journey we learn a little more about his past and how the human civilisation was destroyed. However he has little time left to train the robot and teach him concepts like caring and trust. It feels like a prequel to Simak’s novel, City, where a robot and some talking dogs are overseeing a post-human civilization. As the robot is like a little kid, this is a kind of coming of age story. It is surprising how much a single actor (well, it’s Tom Hanks after all), a CGI robot and a dog can be entertaining ! 

FinchFinch : USA, 2021, 115 min.; Dir.: Miguel Sapochnik; Scr.: Craig Luck & Ivor Powell; Phot.: Jo Willems; Ed.: Tim Porter; Music: Gustavo Santaolalla; Cast:Tom Hanks and Caleb Landry Jones (motion-captured Jeff); Rated PG. It has received a score of 73% on Rotten Tomatoes (66% from the audience), 57% on Metacritic and 6.9/10 on IMDb. stars-3-0

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News of the world

More Tom Hanks. A former Confederate officer, who has nothing left to go back to, is traveling from town to town reading newspapers to the busy locals for a meagre fee. During his travels he finds a young girl of German origin who was kidnapped and raised by Native American and now speaks only Kiowa. He brings her to the local outpost of the Bureau of Indian Affairs so she can be repatriated to Castroville where she has surviving relatives, but the army — too busy trying to maintain law and order — cannot take care of her. Reluctantly, he decides to undertake the four hundred miles journey on his own. After facing many dangers he succeeds in his mission, only to realize that her relatives would only use her as a labourer on their farm wasting her great potential… It could be just a cute adventure movie if it was not loaded with civil rights implications (the relocation of Native Americans in Indian Territory) and set in such a gritty and harsh environment. I didn’t realize that Texas was such a dry place. It is a western full of action, but also rich in thought provoking concepts which highlights a very interesting period of American history: the Reconstruction era. The peace took a long time to come back particularly in frontier area like Texas. It makes of this movie a fascinating story (unfortunately it didn’t make any money, recovering only a third of its production cost… A shame!). 

NewsOfTheWorldNews of the world : USA, 2020, 118 min.; Dir.: Paul Greengrass; Scr.: Paul Greengrass & Luke Davies (based on the novel by Paulette Jiles); Phot.: Dariusz Wolski; Ed.: William Goldenberg; Music: James Newton Howard; Cast:Tom Hanks (Captain Jefferson Kyle Kidd), Helena Zengel (Johanna Leonberger / Cicada), Elizabeth Marvel (Ella Gannett); Rated PG. It has received a score of 88% on Rotten Tomatoes (89% from the audience), 73% on Metacritic and 6.8/10 on IMDb. *** stars-3-0

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The summit of the gods

This is a French animated movie that adapts one of Jiro Taniguchi’s masterpieces: Kamigami no Itadaki (神々の山嶺) — the seinen manga was originally serialized in Business Jump monthly magazine from 2000 to 2003 and compiled in five volumes by Shueisha; it was published in France by Kana in 2004 under the titled “Le sommet des dieux” and in English by Fanfare/Ponent Mon in 2007. It was also adapted into a Japanese live-action film directed by Hideyuki Hirayama. 

It tells the story of photojournalist Makoto Fukamachi who, while covering a failed attempt to climb the Everest in Kathmandu, hears that Mallory’s camera has been found. If true this would change the history of mountain-climbing if someone had a definitive proof that Mallory’s expedition had been the first (or not) to reach the summit. Fukamachi thinks that the man in possession of the camera is Jôji Habu, a Japanese mountaineer that has not been seen for years. Back in Japan, he starts investigating Habu, researching archives and interviewing some of his old colleagues and friends. Through his investigation — which has become an obsession — we learn more about who is this Habu. Fukamachi finally catches up to him in the Himalayas as he is preparing to climb the Everest southwest face in winter and without oxygen ! He proposes him to cover his expedition and slowly earns his friendship and trust. What mountaineers seek is the thrill of the journey and achieving the goal, sometimes forgetting about their safety or even the necessity of a return trip…

It is a beautiful story, full of action and suspense, that constitute an ode to mountaineering. As far as I can tell, it seems quite faithful to the manga. The animation is really splendid and is quite a tribute to Taniguchi’s superb artwork. A must-see !

SummitOfTheGodsThe summit of the gods : France / Luxembourg, 2021, 90 min.; Dir.: Patrick Imbert; Scr.: Patrick Imbert, Magali Pouzol & Jean-Charles Ostorero (based on the manga by Jiro Taniguchi and the 1998 novel by Baku Yumemakura); Dir. Art.: David Coquard-Dassault; Ed.: Benjamin Massoubre & Camillelvis Théry; Music: Amine Bouhafa; Prod.: Folivari & Mélusine; Voice Cast:Damien Boisseau (Fukamachi), Lazare Herson-Macarel (young Habu), Eric Herson-Macarel (old Habu), Kylian Rehlinger (Kishi), Philippe Vincent (editor in chief), Gautier Battoue (young Inoue), Jérôme Keen (old Inoue), Elisabeth Ventura (Ryoko), François Dunoyer (Ang Tsering), Luc Bernard (Ito), Marc Arnaud (Hase), Cédric Dumond (Nima); Rated PG. It has received a score of 100% on Rotten Tomatoes (86% from the audience), 78% on Metacritic and 7.5/10 on IMDb. stars-4-0

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Dune: Part One

The House Atreides receives as a new fief from the Padishah Emperor Shaddam Corrino IV the planet Arrakis. It was previously under the rule of their arch-enemy, the House Harkonnen, and is the only source of the most precious substance in the universe, the Spice, as it is essential to the Spacing Guild Navigators. It expands consciousness, giving them the prescience needed for interstellar travel. However, it is a poisonous gift. House Atreides has become too powerful and the Emperor seeks to destroy them. Unassuming young Paul Atreides, the only son to the Duke, must leave his beloved Caladan for the dangerous desert planet. After an assassination attempt, the betrayal of his family by the Imperial House and the invasion of his new home by the cruel Harkonnen, he must flee with his mother into the desert and seek refuge among its native population, the Fremen. Against all rules of her Order, Paul has been trained by his mother in the Bene Gesserit way which gives him an hidden advantage. Quickly, the young boy will have to become a man and step into a prophetized future…

As far as I can remember the novel, the movie seems to be faithful to the original story. It seems to be the best adaptation of the novel so far. Some aspects were changed or removed to better suit a cinematic narration but the original spirit of the book is all there. None of those changes bother me. It was quite a powerful book and the movie is even more powerful as it offer strong imagery and soundtrack. The action is good. The cast is well chosen (Zendaya as Chani is perfect!). My only complaint is… where and when is the rest of the story !!! I can’t wait for the release of the second part. Unfortunately I don’t think there’s any planning for going further than the first book… A must-see if you like great sci-fi or are a fan of the novel.

Dune-2021-posterDune: Part One : USA, 2021, 156 min.; Dir.: Denis Villeneuve; Scr.: Denis Villeneuve, Jon Spaihts & Eric Roth (based on the novel by Frank Herbert); Phot.: Greig Fraser; Ed.: Joe Walker; Music: Hans Zimmer; Prod.: Legendary Pictures; Cast:Timothée Chalamet (Paul Atreides), Rebecca Ferguson (Lady Jessica), Oscar Isaac (Duke Leto Atreides), Josh Brolin (weapon master Gurney Halleck), Stellan Skarsgård (Baron Vladimir Harkonnen), Dave Bautista (Rabban), Stephen McKinley Henderson (Mentat Thufir Hawat), Zendaya (Chani), David Dastmalchian (Mentat Piter De Vries), Chang Chen (Suk doctor Wellington Yueh), Sharon Duncan-Brewster (Imperial ecologist Dr. Liet-Kynes), Charlotte Rampling (Reverend Mother Gaius Helen Mohiam), Jason Momoa (swordmaster Duncan Idaho), and Javier Bardem (Fremen leader Stilgar).; Rated 13+. It has received a score of 83% on Rotten Tomatoes (90% from the audience), 74% on Metacritic and 8.2/10 on IMDb. stars-4-0

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Monnaies anciennes 69

Les Constantiniens (5)

Constantius (324-361) (3)

Flavius Julius Constantius (généralement appelé Constantius II ou Constance II en français) s’adjoint donc un nouveau César en novembre 355, son cousin Flavius Claudius Julianus (appelé Julien II ou Julien l’Apostat en français). Il reçoit tout de suite la charge de la partie Occidentale de l’empire (Bretagne, Hispanie, et les Gaules). Il n’a aucune expérience militaire mais est entouré d’hommes de confiance de Constantius comme Flavius Florentius ou Secundus Salutius. Pendant que son César rétablit l’ordre sur la frontière du Rhin, Constantius, après avoir soumis les Quades et les Sarmates sur le Danube, doit retourné en Orient en 358 car les Sassanides ont reprit les hostilités. Ceux-ci réussissent à reprendre Amida (ainsi que les six légions qui la défendaient) en octobre 359. Constantius réclame donc des renforts à Julianus, mais celui-ci se proclame Auguste en février 360 et marche sur la Mésopotamie, non pas pour venir en aide à son cousin, mais pour lui usurper le pouvoir. Constantius lance ses troupes à sa rencontre mais la confrontation n’aura pas lieu car l’empereur contracte la fièvre en octobre et meurt à Mopsueste (Cilicie) le 3 novembre 361. Il aura régné vingt-quatre ans, durant lesquels il aura fait de son mieux pour maintenir la paix aux frontières et poursuivre les réformes monétaires, administratives et religieuses de ses prédécesseurs. À sa mort, il a fait de Julianus son successeur légitime et celui-ci se retrouve seul à la tête de l’Empire…

Cette semaine nous terminons notre survol de mes pièces de monnaie de Constantius II avec trois pièces pratiquement identiques. Elles offrent le même type de revers représentant un légionnaire frappant de sa lance un cavalier barbare dont la monture est tombée (the “Fallen Horseman”) entouré de l’inscription FELicium TEMPorum REPARATIO (“le retour des temps heureux”).

Dans les trois cas l’avers présente un buste de l’empereur drapé et cuirassé à droite, la tête coiffée d’un diadème perlé, avec l’inscription latine D[OMINVS] N[OSTER] CONSTAN-TIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS] (“Notre Seigneur Constantius, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre un soldat casqué avançant à gauche, portant un bouclier au bras gauche, transperçant de sa lance une monture qui a chuté, son cavalier barbare tombant vers l’avant sur le cou du cheval, son bouclier tombé sur la sol à droite, avec l’inscription latine FEL[ICIVM] TEMP[ORVM] RE-PARATIO (“le retour des temps heureux”) et une marque d’atelier en exergue et une lettre dans le champs gauche.

IMG_1323-1331La première pièce est un beau centenionalis (VG [Very Good], AE2, AE / BI [Bronze / Billon], 20 mm, 3.809 g, payé environ $7, patine foncée avec des incrustations presque orangées; die-axis: ↑↗︎). Les inscriptions ne sont pas complètement lisibles mais suffisamment pour identifier la pièce, d’autant plus que l’illustration du revers est très reconnaissable (sans que l’on puisse toutefois distinguer le type de coiffure du cavalier). La marque d’atelier en exergue semble être ANAI (ou possiblement un AN𝚫I — AN pour l’atelier d’Antioche avec la marque de la onzième ou quatorzième officine) avec un E dans le champs gauche (marque de séquence). 

IMG_1312-1316La seconde pièce est un assez beau centenionalis (G [Good], AE2, AE / BI [Bronze / Billon], 20 mm, ±4.5 g, patine foncée avec des incrustations de vert-de-gris; die-axis: ↑↗︎). Dans ce cas également, les inscriptions ne sont pas complètement lisibles mais elles sont, avec l’illustration du revers, assez claires pour facilement identifier la pièce. Toutefois la représentation du cavalier ici comporte une variante: le visage du cavalier (dont on ne distingue malheureusement ni les traits, ni la coiffure) serait tourné vers le soldat et il lui tend le bras gauche (pour implorer sa grâce?). La marque d’atelier en exergue semble être AN𝝘 (AN pour l’atelier d’Antioche avec la marque de la troisième officine [Gamma = trois]) avec un E dans le champs gauche (marque de séquence). 

IMG_1365-1371La troisième pièce est une petite dénomination de bronze constantinien avec un assez beau avers mais dont le revers est de qualité assez pauvre (G/P [Good / Poor], AE4, AE [Bronze], 15 mm, 2 g, patine verdâtre, pratiquement aucuns détails visibles sur le revers; die-axis: ↑↓ ?). L’inscription latine de l’avers est la plus lisible des trois pièces mais rien n’est lisible sur le revers. Par contre, les grandes lignes de l’illustration du revers semblent indiquer qu’il s’agit du type de FEL TEMP REPARATIO avec le cavalier abattu… Considérant que ces pièces proviennent probablement d’un même lot (mais je n’en suis pas sûr) et que je crois distinguer un “AN” en exergue, il fort possible qu’il s’agisse du même atelier que les deux autres pièces (quoi que ce type de revers était très fréquent à cette époque, qu’il comportait de nombreuses variantes et a été frappé dans à peu près tous les ateliers de l’Empire). Par contre, aucune lettre ne peut être distinguée dans le champs… Cela ne permet donc pas une identification précise.

Selon ces indications, et d’après le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, pp. 506, 524, 528), les deux premières pièces auraient été frappée par l’atelier d’Antioche vers 350-355 EC. De plus petites dénominations, comme la troisième pièce (possiblement RIC VIII, Antioch: 188), auraient été produite dans le premier groupe des pièces de bronze de la période allant du 6 novembre 355 au 3 novembre 361 EC.

Sources: Wikipedia (Constantius II [FR/EN]), FAC (Constantius II, Ancient Coin Denominations, Antioch, Centenionalis, FEL TEMP REPARATIO), ERIC (Constantius II, Denominations); RIC v. VIII, Antioch: 144, 146 & 188; Online réferences : acsearch, CoinArchives, CoinTalk, FAC, Numismatics, Numista, WildWinds (ANB: text, image; ANZ: text, image). Bibliographie: Mattingly, Harold. “FEL. TEMP. REPARATIO,” in Numismatic Chronicle. 1933, pp. 182-201. Voir aussi mes fiches (fiche 1, fiche 2, fiche 3).

Le type de revers que l’on retrouve sur ces pièces est lourd de sens. La propagande impériale s’en sert, encore une fois, pour répandre un message rassurant sur l’unité et la sécurité de l’Empire. Il annonce le début d’un nouvel age d’or qui constituera ”le retour des temps heureux“. Il célèbre aussi le retour de la paix entre les deux co-empereurs (Constantius II et Constans) suite à la fin vers 346 de la querelle religieuse qui les opposait, ainsi que le onzième centenaire de Rome en 348. Surtout, il commémore la “victoire” contre les Perses de 350 (puisque le “barbare” est souvent représenté avec un bonnet phrygien le soldat frappant le cavalier représente clairement la victoire des légions romaines contre la cavalerie Sassanide). 

La semaine prochaine je conclu ma série d’articles sur les empereurs constantiniens et leur monnaie, avec une pièce de Julianus !

Voir l’index des articles de cette chronique.

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Capsule reviews [002.021.347]

Movie capsule reviews

The life ahead

A movie with Sophia Loren based on a novel by Emile Ajar about a young troubled Nigerian boy taken in by a retired prostitute who survived the nazi dead camps. The original story was set in Paris, but for the purpose of this movie they moved it to the city of Bari in Italy. The director is the son of Sophia Loren and Carlo Ponti Sr. The same story was also adapted by Moshé Mizrahi in a 1977 movie titled Madame Rosa and starring Simone Signoret. It is a beautiful but slow movie (like most European film). It is amazing that Loren can still perform so well in her eighties!

TheLifeAhead-posterThe Life Ahead (La vita davanti a sé): Italy, 2020, 95 min.; Dir.: Edoardo Ponti; Scr.: Edoardo Ponti & Ugo Chiti (baed on the novel La vie devant soi  by Emile Ajar (Romain Gary); Phot.: Angus Hudson; Ed.: Jacopo Quadri; Music: Gabriel Yared; Cast: Sophia Loren (Madame Rosa), Ibrahima Gueye (Momo), Abril Zamora (Lola), Renato Carpentieri (Dr. Coen), Babak Karimi (Hamil), Massimiliano Rossi (drug dealer); Rated PG. It has received a score of 92% on Rotten Tomatoes (76% from the audience), 66% on Metacritic and 6.8/10 on IMDb. stars-3-0

To learn more about this title you can consult the following web sites:

[ GoogleIMDbNetflixWikipedia ]

Capsules

The Dig

This movie gives us a romantic adaptation of the true story of the discovery of what would become the king tut of Britain… In 1939, as WW2 looms, a Suffolk landowner hires a local amateur archaeologist to investigate a series of tumuli that reveal to be an Anglo-Saxon ship burial dating from the 6th or 7th century, belonging possibly to King Rædwald of East Anglia. It is now known as the ship burial of Sutton Hoo and constitute what is probably the greatest treasure ever discovered in the United Kingdom. The story is interesting because it shows that countryside archaeology is nothing simple or glamorous as it reveals all the gritty details of the endeavour. The movie is not entirely accurate as it has diminished the importance of Peggy Piggott (played by Lily James), changed the age of some characters and eliminated the people (Mercie Lack, Barbara Wagstaff and O.G.S. Crawford) who documented the dig with photography to replace them by one single fictional character, Rory Lomax, in order to simplify the story and add a romantic interest for the main character. It remains entertaining and quite educational as it teach viewers about an important discovery.

TheDig-posterThe Dig : UK / USA, 2021, 112 min.; Dir.: Simon Stone; Scr.: Moira Buffini (based on the novel by John Preston); Phot.: Mike Eley; Ed.: Jon Harris; Music: Stefan Gregory; Cast: Carey Mulligan (Edith Pretty), Ralph Fiennes (Basil Brown), Lily James (Peggy Piggott), Johnny Flynn (Rory Lomax), Ben Chaplin, Ken Stott, Archie Barnes, and Monica Dolan.; Rated PG-13. It has received a score of 88% on Rotten Tomatoes (78% from the audience), 73% on Metacritic and 7.1/10 on IMDb. stars-3-0

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Capsules

Once upon a time… in Hollywood

Another very good Tarantino movie, full of stars, drama, suspense and, of course, violence. We follow an has-been western actor (Rick Dalton played by DiCaprio) and his buddy stunt-double (Cliff Booth played by Pitt) as they keep criss-closing path with their neighbours, the Polanski/Tate couple, and a group of hippies. The fateful night when they all meet is approaching… Tarantino uses a couple of fictional characters to weave a complex storyline that skillfully mixes comedy with drama and tell the nostalgic story of a film industry that is about to move from its fading Golden age to a new era. It is a compelling movie that is both entertaining and edifying as it is full of interesting cultural references. And I never saw the twist of the end coming !

OnceUponATimeInHollywoodOnce upon a time in Hollywood : USA / UK / China, 2019, 161 min.; Dir./Scr.: Quentin Tarantino; Phot.: Robert Richardson; Ed.: Fred Raskin; Cast:  Leonardo DiCaprio (Dalton), Brad Pitt (Booth), Margot Robbie (Sharon Tate), Rafał Zawierucha (Roman Polanski), Damon Herriman (Manson), Mike Moh (Bruce Lee), Damian Lewis (Steve McQueen); Rated 14A. It has received a score of 85% on Rotten Tomatoes (70% from the audience), 83% on Metacritic and 7.6/10 on IMDb. stars-3-5

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Capsules

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Monnaies anciennes 68

Les Constantiniens (5)

Constantius (324-361) (2)

Dès avril 340, Flavius Julius Constantius (généralement appelé Constantius II ou Constance II en français) se partage l’Empire avec son frère Constans. Malheureusement, cet équilibre du pouvoir ne pouvait durer éternellement. Constans, qui n’est pas très aimé ni du peuple, ni de l’armée, est renversé et tué par l’usurpateur Flavius Magnentius qui s’est déclaré empereur en janvier 350. Profitant de la mort du co-empereur d’Occident, un autre usurpateur se déclare en Italie, Nepotianus, mais il est rapidement éliminé par Marcellinus, un général de Magnentius. Profitant d’une accalmie sur le front Perse, Constantius II met son armée en marche vers l’Illyrie pour tenter d’empêcher Magnentius de prendre trop de pouvoir. Il tente d’abord de lui nuire par des manigances politiques mais Magnentius réussit malgré tout à prendre le contrôle de tout l’Occident. Les deux armées s’affrontent d’abord à Mursa en septembre 351, puis à Mons Seleucus en juillet 353. Magnentius, vaincu, se donnera la mort à Lugdunum (Lyon) le 11 août 353 et son césar Magnus Decentius fera de même à Sens le 18 août. 

Constantius II se retrouve donc à régner seul sur tout l’Empire Romain. Pour l’aider dans cette tâche, il s’adjoint donc comme César l’un de ses deux cousins survivants, Constantius Gallus, fils de Julius Constantius (lui-même fils de Constantius I, et donc demi-frère de Constantinus), lui offre sa soeur Constantia en mariage, et l’envoi aussitôt à Antioche pour poursuivre la campagne contre les Perses Sassanides. Pendant ce temps, Constantius II se rend sur la frontière rhénane pour repousser des incursions barbares au printemps 354. Malheureusement, Gallus se conduit en despote sanguinaire ce qui le rend plutôt impopulaire. Craignant une nouvelle usurpation, Constantius le fait donc arrêter et exécuter en septembre 354. Il confit la défense des Gaules au général Flavius Silvanus mais celui-ci tente d’usurper le pouvoir en août 355 et Constantius II envoi le général Ursicinus pour lui régler son compte dès septembre. La pression des barbares s’accentuant tant sur la frontière du Rhin (avec les Francs, Alamans et les Saxons) que sur celle du Danube (avec les Quades et les Sarmates), Constantius doit se trouver un nouveau César. Son choix se porte sur son autre cousin, frère de Gallus, Flavius Claudius Julianus. À contre-coeur, il l’investit des pouvoirs impériaux à Mediolanum (Milan) le 6 novembre 355 et lui donne son autre soeur, Helena, en mariage. À suivre la semaine prochaine…

Cette semaine je vous présente deux pièces de monnaie de Constantius avec un type de revers de Gloria Exercitus (“à la gloire de l’armée”).

IMG_1339-1340La première pièce est un assez beau follis réduit / nummus (G [Good], AE3, AE / BI [Bronze / Billon], 17 mm, 2.231 g, payé environ $6 le 1985/06/16, dont l’avers comporte un important dépôt rougeâtre; die-axis: ↑↓). L’avers représente un buste du César lauré et cuirassé à droite, avec l’inscription latine FL[AVIVS] IVL[IVS] CONSTANTIVS NOB[ILISSIMVS] C[AESAR] (“Flavius Julius Constantius, Très Noble César”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants deux étendards (vexillum), avec l’inscription latine GLOR-IA EXERC-ITVS (“à la gloire de l’armée”) et un SMAN? en exergue (marque de la énième officine [cela ressemble plus à un “X” mais en fait ne peut être que soit un Epsilon (E, cinq), un Sigma (S, six), un Zêta (Z, sept) ou un Êta (H, huit)] de l’atelier d’Antioche [Sacra Moneta ANtiochia]).

D’après le RIC (Bruun P.M., Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VII: Constantine and Licinius (313-337). London: Spink & Son, 1966, p. 693), cette pièce aurait été frappée par l’atelier d’Antioche vers 330-333 ou 335 EC.

IMG_1348-1356La seconde pièce est un follis réduit / nummus passable (Fr [Fair], AE4, AE / BI [Bronze / Billon], 13 mm, 1.753 g, payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisé par le fait que les contours du visage de l’empereur ont été accentué en les gravant avec une pointe; die-axis: ↑↓). L’avers représente un une tête de l’empereur laurée à droite, avec l’inscription latine présumée D[OMINVS] N[OSTER] CONSTAN-TIVS P[IVS] F[ELIX] AVG[VSTVS] (“Notre Seigneur Constantius, Pieux et Heureux Auguste”). Le revers illustre deux soldats casqués et cuirassés, dos à dos mais se regardant l’un l’autre, tenant une lance (spiculum) renversée dans la main droite et la main gauche reposant sur un bouclier, entourants un étendard (vexillum), avec l’inscription latine illisible GLOR-IA EXERC-ITVS (“à la gloire de l’armée”) et ce qui semble être un SMK? en exergue (marque de la énième officine [six officines possibles: A, B, 𝚪, 𝚫, E, et S] de l’atelier de Cyzique [Sacra Moneta Kyzici]). 

D’après le RIC (Kent, J.P.C.; Ed. by Sutherland C.H.V. & Carson R.A.G., The Roman Imperial Coinage vol. VIII: The Family Of Constantine I (337-364), London: Spink & Son, 1981, p. 486, 490-91), cette pièce aurait été frappée par l’atelier de Cyzique entre septembre 337 et avril 340 EC. 

Sources: Wikipedia (Constantius II [FR/EN]), FAC (Constantius II, Antioch, Gloria Exercitus, military ensigns, spiculum, vexillum), ERIC (Constantius II); RIC v. VII, Antioch: 88; RIC v. VIII, Cyzicus: 10, 16, 21, 23, 27 ou 32. Online references de la pièce 1: Google, CoinArchives, CoinTalk, Numismatics, WildWinds (text, image); online references de la pièce 2: Google, Numismatics, WildWinds (RIC 10: text, image; RIC 32: text, image). Voir aussi mes fiches (Antioche, Cyzique).

J’ai déjà amplement parlé de signification de ce type de Gloria Exercitus dans la propagande impériale alors je ne m’étendrai pas sur le sujet ici.

La semaine prochaine nous concluons notre survol de mes pièces de monnaie de Constantius II avec trois pièces d’un type de revers que je ne vous ai pas encore présenté: la représentation d’un légionnaire frappant de sa lance un cavalier barbare dont la monture est tombée (the “Fallen Horseman”) avec l’inscription FELicium TEMPorum REPARATIO (“le retour des temps heureux”).

Voir l’index des articles de cette chronique.

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