Découverte: Joséphine Impératrice

Lorsque j’ai récemment vu ce manga pour la première fois dans les nouveautés de Manga-Thé, document.write(“”); j’ai tout de suite pensé “Enfin, un de ces vieux manga des années ’70 qu’on a traduit” (voir le billet “Une mine de manga inexploitée”) mais en fait c’est un manga récent. Toutefois, c’est ce qui s’en rapproche le plus: l’artiste, Yumiko Igarashi, fait partie de la même génération que les Moto Hagio ou Riyoko Ikeda (elle ne fait techniquement pas partie du Groupe de l’an 24 mais presque) et c’est une fresque historique dans ce qui semble un pur style Sh?jo. J’ai donc bien hâte d’y jeter un coup d’oeil.
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“Une impératrice de charme au coeur d’or. XVIIIe siècle sur l’île de la Martinique, la jeune Rose Tascher de la Pagerie grandit entourée d’une famille aimante. Jeune fille issue de la noblesse, elle vit librement et simplement, bien loin des conventions et du faste de la vie parisienne. En 1779, à 16 ans, elle est mariée au vicomte de Beauharnais. Commence alors pour la jeune fille un dur apprentissage de la vie, entre un mari volage qui la délaisse et l’isolement dans un pays qu’elle ne connaît pas, la jeune femme s’endurcit sans jamais se départir de la bonté et de la générosité qui la caractérise. Elle va bientôt reconquérir sa liberté et son indépendance, mais en attendant, les prémices de la Révolution grondent déjà dans Paris…” [texte du site de l’éditeur]

Joséphine Impératrice, écrit par Kaoru Ochiai et illustré par Yumiko Igarashi. Boulogne, Pika Éditions, octobre 2013. 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-8116-1263-4. Le volume 2 est paru le 30/10/2013 et le volume 3 paraîtra le 19/03/2014. À lire absolument!

Voir des extraits après le saut de page:

Voir d’abord le preview de trente-six pages sur le site de l’éditeur!


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Une mine de manga inexploitée

Je me plains souvent que les éditeurs de manga ne puisent pas assez (ou même du tout) dans la mine d’or que représentent les manga publiés dans les années ’70-’80. Juste en jetant un coup d’oeil dans la collection de manga en Japonais de mon épouse je trouve facilement une dizaine d’excellent manga shōjo ou josei qui n’ont jamais été traduit en français ou en anglais. La plupart de ces titres ont été créé par des membres du fameux “Groupe de l’an 24” (des mangaka nées en Showa 24 [1949], ou à la même époque, incluant par exemple Moto Hagio, Keiko Takemiya, Toshie Kihara, Minori Kimura, Yumiko Ōshima, Nanae Sasaya, Ryōko Yamagishi et même Riyoko Ikeda).

Dans l’après-guerre, les gens n’avaient pas vraiment le goût de lire des histoires introspectives sur le Japon alors on a produit beaucoup de manga historiques qui se situaient principalement en Europe. Cette génération d’artistes a grandement contribué à développer le style riche et élégant du manga shōjo. Bien sûr, le graphisme du manga a beaucoup évolué depuis, mais ces titres demeurent très beaux sans compter qu’ils offrent des histoires intelligentes et captivantes. Je ne vois donc pas pourquoi on ne les traduirait pas afin de les rendre accessible aux lecteurs d’aujourd’hui. En voici quelques exemples:

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Gen d’Hiroshima, vol. 1

“Dans le Japon en guerre contre les États-Unis, document.write(“”); le jeune Gen Nakaoka et sa famille survivent, tant bien que mal, entre la faim et les persécutions dues au pacifisme militant du père, dans une ville curieusement épargnée par les bombardements. Jusqu’au matin du 6 août 1945, lorsque l’enfer nucléaire se déchaîne soudain sur Hiroshima…” [Texte de la couverture arrière]
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“Dans l’univers du manga, Gen d’Hiroshima occupe une place à part, celle d’une oeuvre classique mais mystérieuse, quasi mythique. En effet, trente ans après sa parution au Japon, elle reste largement méconnue du public francophone. Avec ce récit, Keiji Nakazawa ne prétend pas faire un travail d’historien; il prend même quelques libertés comme de faire figurer Einstein en train de fabriquer la bombe. C’est en tant que témoin ayant survécu au feu nucléaire qu’il a créé une oeuvre dont lui-même reconnaît le caractère à 80% autobiographique.”

“Le plus grand respect de l’oeuvre originale a présidé à l’édition de Gen d’Hiroshima, tant dans la première édition qu’en a proposé Vertige Graphic que dans cette édition à format réduit. Ainsi, le sens de lecture japonais a été conservé, afin de garder la conception graphique de l’auteur. Les panneaux ou bandeaux comportant des inscriptions sont restitués tels quels et traduits en note. De même, la forme des bulles originales a été sauvegardée, en dépit des pro­blèmes posés par des bulles verticales dans lesquelles un texte plutôt horizontal doit être inséré. Cette réédition en plus petit format ne nuit nullement à la qualité de l’oeuvre, puisqu’elle se rapproche du format dans lequel Gen a été originellement publié au Japon.”

“Ce premier volume est accompagné de l’intro­duction qu’Art Spiegelman, le célèbre auteur de Maus, avait rédigée pour la version américaine, qui montre bien l’impact considérable de Gen d’Hiroshima lors de sa première parution en Occident.” [ Texte de l’Avant-propos de l’éditeur ]

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Au début d’août, au moment de l’anniversaire du bombardement d’Hiroshima, NHK World a présenté un reportage (dans le cadre de l’émission “Today’s Close-up”) sur Gen d’Hiroshima et son créateur, Keiji Nakazawa (le reportage est disponible dans son intégralité sur Youtube). Cela m’a incité à en lire tout au moins le premier tome (ce que je me promettais depuis longtemps). Il est étrange que ce titre, pourtant considéré comme un classique, n’ait jamais été publié par les grands éditeurs de manga mais par de petits éditeurs ou des éditeurs mainstream qui n’ont pas su en faire la mise en marché proprement — et ce tant en français qu’en anglais. Je possède l’une des premières éditions anglaise du premier tome (New Society Publishing, 1987), mais j’ai préféré en emprunter la version française à la bibliothèque afin de la commenter car je la considère plus intéressante et plus respectueuse de l’original.

Gen d’Hiroshima (?????? / Hadashi no Gen / lit. “Gen aux pieds nus”) voit le jour au Japon lorsque Keiji Nakazawa (qui est déjà un mangaka professionnel depuis 1963) publie Ore wa mita [“Je l’ai vu”, qui sera publiée en anglais par EduComics en janvier 1982], un court récit autobiographique d’une cinquantaine de pages, dans le numéro d’octobre du magazine Monthly Sh?nen Jump. L’histoire est si bien reçu que l’éditeur lui propose d’en faire une série qui sera prépublié en feuilletons dans Weekly Sh?nen Jump (1973-74). Cependant, après avoir été abandonné par Shueisha, son éditeur, c’est Chuokoron-Shinsha qui le publiera en volumes (tank?bon) en 1975 et la prépublication en feuilletons se poursuivra dans divers petits magazines intellos (1975-85, Shimin [Citoyen], Bunka Hy?ron [Critique Culturelle] et Ky?iku Hy?ron [Critique d’Éducation]).

Gen d’Hiroshima a d’abord été traduit en anglais par Project Gen, un groupe d’étudiants pacifistes de Tokyo formé en 1976 (Yukio Aki, Alan Gleason [fondateur du groupe qui fera plus tard, entre autre, des traductions pour Dark Horse, tel que Oh My Goddess!], Ann Gleason, Yuko Kitaura, Katsuhiko Mochizuki, Hiroyo Mori, Masahiro Oshima, Noriko Oshima, Leonard Rifas [fondateur du petit éditeur EduComics], Frederik L. Schodt [auteur d’ouvrages sur les manga et sur Osamu Tezuka, traducteur des romans de Gundam, entre autres], Akiko Sugiura, Toshihide Suzuki). Il est publié pour la première fois en anglais par EduComics (et c’est d’ailleurs le premier manga a avoir été traduit dans une langue européenne [Schodt, Manga! Manga!, p. 238]) mais seulement deux fascicules en format “comics” paraitront (1980-81). Cette publication connait un succès critique fracassant mais cela fut loin d’être une réussite commerciale. EduComics eut un peu plus de succès avec la publication de I Saw It (1982), en y ajoutant de la couleur et des ombrages pour y donner une apparence plus familière au public américain, mais toute la controverse autour du sujet a presque détruit le petit éditeur [Schodt, Dreamland Japan, p. 309]. La publication fut reprise plus tard (1987-88) par New Society Publishing, cette fois en format livre (graphic novel), mais s’arrêta après seulement quatre volumes [Adams, p. 94]. Penguin en publia aussi quelques volumes. L’édition actuelle par Last Gasp (2003-10), qui y ajouta une introduction par Art Spiegelman, est finalement complète (dix volumes, quoique le premier est pour l’instant épuisé).

Pour ce qui est de l’édition française, Gen d’Hiroshima fut d’abord publié par Les Humanoïdes Associés en 1983 (mais seulement un volume de deux-cent pages). Ce fut d’ailleurs le premier manga publié en France. Albin Michel fit également une tentative (un volume titré Mourir pour le Japon) en 1990. C’est finalement Vertige Graphic qui publiera la série au complet (2003-11), à la fois en grand format (17 x 24 cm) et en format poche. Certains tomes de la version poche sont manquants mais on me dit qu’ils seront réimprimés en 2014. Je ne peux malheureusement pas vous donner de lien direct vers le catalogue de Vertige Graphic car leur site est en construction et, pour l’instant, seulement une vingtaine de titres y apparaissent (il en manque encore une bonne centaine, dont Gen d’Hiroshima) mais le site devrait être à jour vers la fin octobre.

Inspiré par Shin Takarajima de Tezuka, Keiji Nakazawa commence à dessiner dès le milieu des années cinquante, vers l’âge de quinze ans. Il déménage à Tokyo en 1961 pour devenir mangaka et se trouve un travail d’assistant. Il publie sa première histoire, Spark 1, dans Sh?nen Gah? en 1963. Il publiera dans d’autres magazines mais sans beaucoup de succès. Ce n’est qu’en 1966, à la mort de sa mère, qu’il revient à Hiroshima et découvre sa vocation. Il est choqué tant par le fait que le US Atomic Bomb Casualty Committee avait réquisitionné le corps de sa mère pour en faire l’autopsie afin d’étudier les effets des radiations [Adams, p. 92], que par la constatation qu’après la crémation il ne restait plus que des cendres de ses os (un effet du césium qui affaiblit la structure osseuse). “Je me sentais comme si ma mère me disait de transmettre au monde entier la vérité sur la bombe” [Gravett, p. 57]. Il confronta donc ses souvenirs et utilisa son travail de mangaka pour décrire l’indicible horreur d’Hiroshima et de ses conséquences.

Nakazawa commence donc à produire des histoires anti-guerres. Il en publiera huit, dont Kuroi ame ni utarete (Sous la pluie noire, 1968), Aru hi totsuzen (Soudain un jour, 80 pages, 1970) et Ore wa mita (Je l’ai vu, 46 pages, 1972). Avec cette dernière, il en vient à un point tournant où, après avoir raconté des histoires de survivants (appelés hibakusha), il nous offre son propre témoignage et décrit comment, à l’âge de six ans, il a survécu au bombardement d’Hiroshima, la perte son père, son frère cadet et de sa soeur dans l’incendie qui suivi, et comment tout cela l’amena à devenir un mangaka anti-guerre [Schodt Manga! Manga! p. 155]. Après avoir écrit des histoires de plus en plus longues, Nakazawa s’attaque maintenant à une série. Avec Hadashi no Gen (1973-85) il reprend sa propre histoire mais en se concentrant seulement sur son enfance. Il modifie le récit, l’étend considérablement (totalisant près de deux mille pages!) et change les noms [Adams p. 90]. Keiji devient alors Gen, qui signifit “racine”. Nakazawa espère ainsi que son récit fera germer chez ses lecteurs une compréhension de la guerre et de ses atrocités, les inspirant à travailler pour la paix. Le manga engendrera également trois long-métrages, un film d’animation et même un opéra.


L’histoire du premier volume de Gen d’Hiroshima est entièrement consacrée à décrire les conditions de vie quotidienne de la population japonaise durant les dernier moments de la guerre: le rationnement et la pénurie de nourriture, la pauvreté et la misère, les entrainements quotidiens (et futile) avec des lances de bambou, la constante propagande et répression militaire, la cruauté des entrainements militaires, le mépris pour la vie des jeunes soldats et l’entêtement dans une guerre sans espoir [Schodt Manga! Manga! p. 75; Thompson p. 21]. La souffrance de la famille de Gen est d’autant plus grande que le père est un artiste ouvertement pacifiste qui s’insurge contre le privilège des riches, l’injustice faite aux coréens et critique le militarisme excessif, ce qui, en temps de guerre, équivaut à la trahison. Ils seront donc ostracisés et persécutés tant par leur voisins que par la police [Schodt Manga! Manga! p. 238]. Je ne doute pas de la véracité de ces dures conditions car ma femme m’a raconté que la famille de son père (heureusement trop jeune pour être conscrit) devait cultiver du riz pour les soldats mais ne pouvait en manger car la population n’avait droit qu’aux patates!

Les volumes subséquents traitent surtout de la souffrance des hibakusha. Les “chanceux” qui ont survécu à l’explosion et aux radiations doivent maintenant faire face à la famine, au désordre social (incluant la monté du crime organisé et les marchés noirs qui en découlent), à l’indifférence de l’occupant américain et, surtout, à la discrimination que leur condition de “contaminés” leur fera subir pour le reste de leur existence [Schodt Manga! Manga! p. 238]. Par la suite, dans l’espoir sans doute d’accroitre la popularité de son oeuvre, Nakazawa consacre un peu plus de temps aux gamineries espiègles des jeunes survivants désoeuvrés. Malgré cela, la représentation réaliste et parfois trop “graphique” de la dureté des conditions des survivants et des effets de la bombe [Schodt Manga! Manga! p. 238], de même que la critique qu’il fait tant du militarisme japonais que des comportements de l’occupant lui vaudront des objections sérieuses venant des deux côtés du Pacifique [Adams p. 92], ce qui nuira beaucoup à la diffusion de son oeuvre. La controverse se poursuit même de nos jours, alors qu’une commission scolaire du sud-ouest du Japon a décidé de retirer le manga des bibliothèques de ses écoles primaires et secondaires à cause de la représentation de la brutalité commise par les troupes japonaises (certains d’ailleurs nient que ces atrocités aient même eu lieu) [ANN, The Asahi Shimbun].


Gen d’Hiroshima est un drame historique, un manga documentaire, qui nous offre une histoire extrêmement émouvante ainsi qu’un message pacifiste puissant et universel [Schodt Manga! Manga! p. 238; Thompson p. 21]. On y retrouve le même style caricatural que chez les autres mangaka de sa génération (Ishinomori, Mizuki, Tatsumi, Tezuka), simple mais très expressif, “stylisant les émotions les plus dramatiques” [Manga Dico p. 372], mais qui n’est pas apprécié de tous puisque certains qualifient son dessin de “médiocre et empesé” [Groensteen p. 112]. Son style narratif est assez fluide. Malgré le sujet, il ne cherche pas a impressionner mais présente simplement les faits, variant les éléments de l’histoire pour conserver l’attention du lecteur. Il évite la dramatisation outrancière en contre-balancant d’une bonne dose d’humour, certaines scènes de bagarres approchant même le burlesque, et sait faire preuve de techniques narratives plus complexes (comme lorsqu’il marque le temps en représentant régulièrement le soleil–symbole impérial japonais–qui emplit la case).

L’édition anglaise de Last Gasp offre une excellente traduction, une bonne qualité d’impression et de papier mais malheureusement les planches ont été inversées afin de présenter l’histoire dans le sens de lecture occidental (de gauche à droite). Pour cette raison, je préfère l’édition française en format de poche de Vertige Graphic, qui nous présente le manga dans sa forme originale. La traduction, par Koshi Miyoshi et Vincent Zouzoulkovsky, est toute aussi bonne (quoique la qualité du papier et de l’impression laisse un peu à désirer). Un seul bémol cependant: pour une raison étrange l’édition française comporte douze pages de moins en fin de volume (j’espère qu’elles se retrouvent au début du volume suivant!).

Nakazawa a conçu Gen d’Hiroshima comme un manga pour enfant (sh?nen), mais la complexité, le sérieux et la dureté du sujet font qu’il est souvent considéré en occident comme un manga seinen, voir un gekiga. Quoiqu’il en soit c’est une lecture incontournable tant par son importance dans l’histoire du manga, que par la valeur didactique de son message pacifiste. Donc, à lire absolument.

Gen d’Hiroshima, vol. 1 (de 10), par Keiji Nakazawa. Paris, Vertige Graphic, 2007. Format poche (13 x 18 x 2 cm), 275 (+ XIII) pg., 9.00 € / $14.95 Can. ISBN: 978-2-8499-9051-3. Sens de lecture Japonais. Recommandé pour adolescents (14+ à cause du language, l’humour grossier, nudité et violence).
Aussi disponible en version anglaise:

Barefoot Gen, vol. 1: A cartoon story of Hiroshima (of 10), story & art by Keiji Nakazawa, San Francisco (CA), Last Gasp, 2003. 286 pages, 5.8 x 8.25 x 0.6 in., B&W, flipped, paperback, $14.95 US, ISBN 978-0-8671-9450-0.

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Pour en savoir plus sur ce titre vous pouvez également consulter les entrés qui lui sont consacrées (en anglais) sur Anime News Network, The Comic Journal (un interview et une nécrologie), Goodreads et Wikipédia. En français, j’ai également trouvé un interview et une biographie bien illustrée.

Autres sources:

  • ADAMS, Jeff. Documentary Graphic Novels and Social Realism. Bern, Peter Lang (Série “Cultural Interactions: Studies in the Relationship between the Arts, vol. 7”), 2008. 214 pg, ISBN 978-3039113620. [cet ouvrage est disponible en partie sur Google Books; voir particulièrement les pages 90-109]
  • FINET, Nicolas et al. Dico Manga: Le Dictionnaire encyclopédique de la bande dessinée japonaise. Paris, Fleurus, 2008. 624 pg, ISBN 978-2-2150-7931-6.
  • GRAVETT, Paul. Manga: Sixty Years of Japanese Comics. New York, Harper Design International, 2004. 176 pg, ISBN 978-1-8566-9391-2.
  • GROENSTEEN, Thierry. L’Univers des mangas. Tournai, Casterman, 1996. 144 pg, ISBN 978-2-2033-2606-4.
  • SCHODT, Frederik L. Dreamland Japan: Writings On Modern Manga. Berkeley, Stone Bridge Press, 1996. 360 pg, ISBN 978-1-8806-5623-5.
  • SCHODT, Frederik L. Manga! Manga! The World of Japanese Comics. Tokyo, Kodansha International, 1983. 260 pg, ISBN 0-87011-752-1.
  • THOMPSON, Jason. Manga: The Complete Guide. New York, Ballantine Books/Del Rey, 2007. 560 pg, ISBN 978-0-345-48590-8.

Finalement, pourquoi ne pas visionner le reportage de NHK World disponible sur Youtube:


Gen d’Hiroshima © 1987 by Keiji Nakazawa. All rights reserved.

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The Floating Castle

WARNING: May contains trace of spoilers! People allergic to the discussion of any plot’s elements before seeing a movie are strongly advised to take the necessary precautions for their safety and should avoid reading further.
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“Japan’s long years of civil war are nearing a conclusion with Toyotomi Hideyoshi one short step away from finally uniting the land under his rule. He sends a huge army north against the Hojo clan, document.write(“”); his last enemy. The one stronghold he cannot take is Oshi Castle, a Hojo outpost in the land of Bushu. Called “the floating castle” because of the lake that surrounds it, it is under the command of Narita Nagachika, a popular leader known to the people of his domain, unflatteringly, as “nobou-sama”, from deku no bou, or “blockhead”. Under Hideyoshi’s order, General Ishida surrounds the castle with a force of 20,000 men. Nagachika, as his nickname suggests, is not much of a thinker, but he is a brave and obstinate leader. Against the overwhelming force of the Ishida army, the defenders of the valiant castle — no more than 500 men — unite with the common folk in stubborn resistance, refusing to retreat a single step, even when Ishida resorts to the extraordinary tactic of damming a river to flood them out. But, with victory in their grasp, outside events give the story a twist no one would have ever expected.” (from The Montreal World Film Festival program guide)


The release of the movie was delayed for a little more than a year because of the march 2011 T?hoku earthquake and tsunami. Obviously, the flooding tactic used by the Ishida army would have been a painful reminder of the tsunami tragedy. The producers thoughts for a moment to make a few changes to the movie in order to release it earlier, but they felt they couldn’t tamper with historical events.

The events retold in this movie are indeed largely accurate. In 1590, Toyotomi Hideyoshi undertook a last campaign in his effort to unify Japan. It was waged against the Late H?j? clan in the Kanto region, which was one of the last resistance to his authority. According to Mary Elizabeth Berry, H?j? Ujimasa had adopted a passive resistance strategy against Hideyoshi’s forces and withdrew most of his forces to Odawara Castle, which was defended by his son H?j? Ujinao. After a siege of several months, the H?j? surrendered. Hideyoshi gave the eight Kanto provinces to Tokugawa Ieyasu in exchange for his submission, thus unifying Japan under his rule and ending an era. During this campaign, Hideyoshi’s army had to laid siege to many castles of Kanto, including the Hachigata castle and the Oshi Castle. It is the siege of Oshi that is depicted in the movie. Despite his order to do otherwise, the lord of Oshi, Nagachika Narita, refused to surrender to Ishida Mitsunari (even after he dammed the river in an attempt to flood the castle) and hold the castle until the fall of Odawara was announced.

I really enjoyed this nice recreation of the era (particularly the sets and costumes). Of course, it might not be the best CGI I’ve seen but it’s good enough to well support the story. Usually, samurai movies offer drama with lots of angst, violence and sadness. It is quite rare to see a samurai comedy. Of course, contrary to western cinema, japanese movies are more complex and nuanced. So, in this movie, there is still lots of people dying (but not in a senseless manner), you still have fighting scenes, some suspense, but everything is done with a much lighter tone. All in all it is a good entertainment.

This is definitely one of my favourite at the 2012 Montreal Film Festival.

You can also read a variety of reviews (SBS Film, Screen Daily, Shomingekiblog and Variety) or view the trailer on Youtube:


You can also find on Youtube a 13-minute feature with behind-the-scene footage (in Japanese).

The Floating Castle (????? / Nobou no Shiro): Japan, 2012, 144 min.; Dir.: Shinji Higuchi & Isshin Inudo; Scr.: Ryo Wada (based on his own novel); Phot.: Shoji Ebara, Motonobu Kiyoku; Ed.: Soichi Ueno; Mus.: Koji Ueno; Prod. Design: Norihiro Isoda; Art dir.: Noriyuki Kondo; Cost. Des.: Akihiko Inamura, Kazuta Matsunaga, Mitsuru Otsuka; Prod.: Osamu Kubota, Shinji Ogawa; Prod. Co.: Asmik Ace Ent., IMJ Ent.; Distr.: Toho, Asmik Ace Ent.; Cast: Mana Ashida (Chidori), Nana Eikura (Kaihime), Takehiro Hira (Masaie Natsuka), Sei Hiraizumi (Yasusue Narita), Masachika Ichimura (Hideyoshi Toyotomi), Yusuke Kamiji (Mitsunari Ishida), Gin Maeda (Tahee), Takeo Nakahara (Hojo Ujimasa), Akiyoshi Nakao (Kazou), Hiroki Narimiya (Sakamaki), Isao Natsuyagi (monk), Masahiko Nishimura (Ujinaga Narita), Mansai Nomura (Nagachika Narita), Machiko Ono (Chiyo), Kôichi Satô (Tanba), Honami Suzuki (Tama), Takayuki Yamada (Yoshitsugu Otani), Tomomitsu Yamaguchi (Izumi). Official selection at the 2012 Tokyo International Film Festival and at the 2013 Udine Far East Film Festival. Winner of an Outstanding Achievement in Art Direction at the 2013 Japan Academy Prize. Film screened at the Montreal World Film Festival August 30th, 2012 (Cinema Quartier Latin 15).
For more information you can visit the following websites:
Available on DVD on these websites:
The Floating Castle © 2011 “The Floating Castle” Film Partners. All rights reserved.

[ Traduire ]

Le Château de l’aurore

“Grand amateur de l’Histoire de son pays, document.write(“”); Tezuka s’est souvent amusé à construire ses récits à partir d’épisodes marquants du passé, comme l’illustre ce Château de l’Aurore étincelant de fantaisie. Les intrigues politiques et le contexte historique font tout le sel de cette chronique palpitante située à l’époque de Hideyoshi Toyotomi (1536-1598), l’un des trois unificateurs du Japon féodal.”
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“Le puissant seigneur Muneharu Matsunoki se lance à la demande du shogun dans la construction d’un château de style «anglais». Malgré l’opposition des habitants, les travaux de l’extravagante bâtisse commencent. Mais le chantier devient le théâtre de mystérieux sabotages et des ombres inquiétantes rôdent bientôt dans le périmètre. Les liens familiaux et les rivalités de clans s’en mêlant, les passions s’exacerbent et la situation devient vite explosive. Déjà, c’est la guerre qui menace…”

“Cette œuvre réalisée au tout début des années 1960 témoigne de ce que les spécialistes japonais désignent comme «l’Âge d’or» d’Osamu Tezuka, période qui le voit s’affranchir de l’influence de Walt Disney et inventer les codes de la bande dessinée japonaise moderne. Le Château de l’Aurore n’est que l’un des nombreux joyaux méconnus dont regorge l’œuvre pléthorique de ce génie du 9e Art.” [ Texte tiré du blogue de l’éditeur ]

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Le Château de l’aurore (???? / Yoake Shiro) est un manga seinen écrit et illustré par celui qui est connu au Japon comme le “dieu du manga,” Osamu Tezuka. Prépubliée en feuilletons dans les magazines de l’éditeur Gakken Chûgaka Ichinen Course et Chûgaka Ninen Course (de septembre 1959 à mars 1961), l’histoire fut finalement compilée en un seul volume en mai 1961 par l’éditeur Suzuki. Il a été réédité en août 1978 par Kodansha, en juin 1997 et décembre 1998 par Sh?gakukan (deux différent formats), puis par Gakken en août 2003. La traduction française est paru chez Cornélius en mars 2008. Il a été nominé pour le prix jeunesse du Festival de bande-dessinée d’Angoulème en 2008.

Il est toujours difficile de parler d’un monument comme Osamu Tezuka (1928-1989). Considéré comme l’un des pères du manga (ou même un “dieu”), il a fortement contribué à établir les règles du genre, il a eut une influence énorme sur la culture japonaise et s’est révélé un mangaka versatile et extrêmement prolifique (il a produit environ sept-cent oeuvres soit plus de 150,000 pages!). Il est quasi impossible de vraiment exprimer l’importance qu’il a eut dans l’histoire du manga. On connait tous bien sûr des titres comme Astro Boy, Le Roi Léo ou Princesse Saphir mais ceux-ci ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de sa production et cela même si on ne compte que la cinquantaine de titres traduit en français (dont plusieurs sont disponible en bibliothèques).

Ces titres qui nous viennent facilement à l’esprit donnent l’impression qu’il dessinait surtout pour les enfants (et son style simple et souvent caricatural renforce ce sentiment) alors que son oeuvre est pourtant très diversifié tant dans les genres (drame ou comédie, que ce soit fantastique, historique ou science-fiction) que dans les thèmes abordés (nature, technologie, médecine, politique, philosophie, religion, etc.). Il a produit de nombreux manga pour adultes, avec des histoires très sérieuses (ne serait-ce que L’Histoire des 3 Adolf, M.W. ou Kirihito), mais tout au long de son oeuvre (peu importe laquelle) il a toujours conservé la volonté d’être didactique et de promouvoir la connaissance ainsi qu’un profond humanisme (après tout il avait fait ses études en médecine).

Le Château de l’aurore est une oeuvre plutôt mineure de Tezuka. La plupart des ouvrages consacré au maître n’en parle même pas. C’est pourtant une oeuvre charnière mais qui demeure tout de même assez typique. Lorsqu’elle est publiée, Tezuka a trente-et-un ans mais cela fait déjà treize ans qu’il a publié sa première histoire, Maachan no Nikkich? (1946). Entre temps il a principalement produit Shin Takarajima (1947, son premier succès), Metropolis (1949), Le Roi Léo (1950), Captain Atom (1951-52, où Astro fait sa première apparition), Astro Boy (1952-68), Princesse Saphir (1953) et il a débuté les quatre premiers chapitres de Phénix (1954-57). Lorsqu’il débute Le Château de l’aurore (1959-61), il a finalement atteint sa maturité artistique et perfectionné un style qui lui est propre.

Le Château de l’aurore est un récit historique avec une touche de fantasy. C’est-à-dire que le contexte historique est véridique mais les personnages principaux et les lieux sont fictifs. Comme nous l’apprend la postface de la traductrice Nathalie Bougon, Tezuka a choisit de situer son récit dans “l’une des époques les plus fascinantes de l’histoire du Japon”: l’ère de Momoyama (1568-1603). Marquée par trois grands généraux, ce sera une période de transition entre l’ancien Japon féodal (l’époque Sengoku / Muromachi) et l’ère d’Edo. D’abord Nobunaga Oda entreprend l’unification du Japon. À sa mort, Hideyoshi Toyotomi lui succède et continue l’unification qui sera complétée en 1591 par l’alliance avec son adversaire d’antan, Ieyasu Tokugawa. Toutefois, à la mort de Toyotomi en 1598, Tokugawa s’oppose rapidement à la régence de son fils Hideyori et, après la fameuse bataille de Sekigahara en 1600, prend le contrôle du pays tout entier (quoique Hideyori ne sera complètement vaincu qu’en 1615 avec le siège et la destruction du château d’Osaka). Tokugawa instaure le Bakufu en 1603 et ce sera le début du shogunat Tokugawa, qui règnera sur un Japon unifié, pacifié et refermé sur lui-même jusqu’à la restauration Meiji en 1868.

Le récit débute avec un mystérieux personnage qui entre au château du seigneur Muneharu Matsunoki. Le fils du seigneur, Midori-maru, surprend son père en réunion avec celui-ci, qui se révèle être l’architecte Ugetsu-saï. On y apprend que le shogun Toyotomi, inquiet de mouvements de troupes dans le Kanto (possiblement une manigance de Tokugawa), a demandé au seigneur de faire construire en secret un château-fort sur ses terre. Cela devra être le plus beau château du monde, construit dans un style anglais pseudo-élisabethain (un peu comme le château de Disney). Le château doit être secrètement construit en surplomb d’une vallée qui appartient au domaine public et non au seigneur. Une jeune femme, O-tae, y construit une école pour jeune paysans pauvres. Midori-maru tente de la convaincre de quitter mais, lorsqu’il échoue, il fera tout son possible pour l’aider et la protéger.

La supervision de la construction du château est confié au maître d’armes To-no-suké Murasaki, mais les travaux sont constamment perturbés par le sabotages des espions de l’ennemi et des intrigues politiques. De plus, Yayoï–la fille du ministre, secrètement en amour avec Midori-maru–est jalouse de la relation de celui-ci avec O-tae et fera tout pour leur nuire. Lorsque les villageois sont expulsés de leur terres et que la maîtresse d’école est condamné à mort, Midori-maru sauve celle-ci et s’enfuit avec elle. Il se révolte contre son père en s’opposant à la poursuite travaux dont le coût humain est trop élevé. Le ministre est assassiné par un traitre déguisé en oni, mais Midori-maru, déguisé en ouvrier, le confronte et le blesse. Yayoï, avec l’aide de To-no-suké, sur qui elle a maintenant dévolu son affection, cherche désespérément à venger la mort de son père. Lorsqu’elle découvre que le traitre n’est nul autre que To-no-suké, elle se suicide. To-no-suké, rongé par le remort, se repent. Le château est finalement complété mais, à la mort de Toyotomi, le nouveau shogun Tokugawa assiège le château. Midori-maru revient pour aider son père, qui a décidé de saborder le château à l’aide d’explosifs. Mais, piégés, le père et le fils réconciliés meurent dans sa destruction–une fin où Tezuka veut sans aucun doute rappeler la destruction du château d’Osaka et la mort de Hideyori.

Le Château de l’aurore est un oeuvre plutôt typique de Tezuka. Son style y est très simple (trop pour certains) mais assez efficace. S’il commence vraiment à maîtriser son art, ce n’est pas encore parfait au niveau de la narration qui manque un peu de fluidité. Malgré le sérieux apparent du sujet, Tezuka laisse toujours une bonne place à l’humour. Un bon exemple est la scène où Midori-maru affronte To-no-suké, qui lui lance un bâton de dynamite dont il tranche la mèche de son sabre. “Bravo! Je vois que tu maîtrises l’art du sabre!” s’exclame To-no-suké. Midori-maru lui répond, “Et toi l’art du calunar! Je te rappelle que la dynamite n’existe pas à notre époque!”

Cornélius nous offre ici une publication d’excellente qualité (tant au niveau de l’impression que du choix du papier), notamment par la restauration des planches originales (par l’utilisation de différentes éditions ils ont pu ainsi recréer les trames de gris de façon à éviter un effet de moiré embarrassant). Ce n’est certes pas le meilleur manga de Tezuka mais c’est tout de même un ouvrage intéressant. Ce n’est pas une lecture indispensable mais si, comme moi, Tezuka vous intéresse je vous le suggère tout de même.

Extraits des pages 51 et 132
Un extrait de vingt-huit pages (en format PDF) est disponible sur le site de l’éditeur mais, comme ce site est programmé en Flash, il est impossible de vous y rediriger par un simple lien alors vous en trouverez une copie ici.

Le château de l’aurore, par Osamu Tezuka. Paris, Éditions Cornélius (Coll. Paul), mars 2008. 15 x 21 x 2 cm, 160 pg., 15.50 € / $26.95 Can. ISBN: 978-2-9154-9249-1. Sens de lecture Japonais. Recommandé pour jeunes adultes (14+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Le château de l’aurore © 2008 by Tezuka Productions. All rights reserved. Design & traduction © Cornélius 2008.

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L’âne d’or par Milo Manara

La version érotique d’un classique de la littérature latine, document.write(“”); revu par l’un des maîtres de l’érotisme en bande dessinée.”
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“Cet album propose le récit des péripéties du jeune Lucius, transformé en âne et soumis aux vicissitudes d’une vie d’errance. Brigands, sorcières et patriciennes aux mœurs légères se succèdent au fil de ce conte érotique sans tabous, tour à tour inquiétant et truculent. Inspiré de L’Ane d’Or d’Apulée, ce récit fait partie des œuvres marquantes de Milo Manara, au sommet de son art.” [ Texte du
site de l’éditeur ]

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J’ai déjà mentionné cette adaptation de Milo Manara quand j’ai commenté Les Métamorphoses ou l’âne d’or d’Apulée et je m’étais promis d’y jeter un oeil. Et bien c’est fait.

Milo Manara est un artiste de renom et de grand talent, qui se consacre surtout à la bande-dessinée érotique. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait choisi d’illustrer l’oeuvre d’Apulée dont le sujet se prête très bien à l’érotisme. Il n’en est d’ailleurs pas à sa première adaptation (il a auparavant réalisé le Décaméron de Boccace, les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, Vénus et Salomé de Pierre Louÿs, ou même le Kama-Sutra). L’âne d’or n’est pas exempt d’influences, car certains décors (grosses têtes de statues en arrière-plan) ne sont pas sans rappeler le Satyricon de Fellini, un cinéaste qui l’a d’ailleurs souvent inspiré et avec qui il a parfois collaboré. L’âne d’or a d’abord été publié aux Humanoïdes Associés en 1999. Il a connu une second édition en 2007 sous le titre “Le Métamorphose de Lucius,” puis a été réédité en 2011 sous le titre original.

L’album nous raconte les mésaventures de Lucius qui voyage en Thessalie pour affaires. Arrivé à Hypata, il loge chez l’avare Milon dont la femme Pamphile est réputée magicienne. Il se rend aux bains où il rencontre son ancienne nourrice, Byrrhène, qui l’invite à une fête le lendemain. Il retourne chez Milon pour le repas et, le soir venu, la servante Photis le rejoins dans sa couche pour un accouplement torride (la seule véritable scène de sexe de l’album, qui pour le reste offre surtout beaucoup de nudité). Le lendemain, Lucius se rends à la fête que Byrrhène donne à l’occasion des Lupercales (célébrant la fécondité, bacchus et le dieu des rires). Le banquet dégénère en orgie et Lucius revient complètement ivre. Croyant voir des brigands dans la nuit, il les attaque de son glaive. On l’arrête et le juge pour avoir tué d’innocents citoyens mais finalement tout cela n’est qu’une supercherie pour se moquer de lui. De retour chez Milon, Lucius retrouve Photis qui a reçu une belle fessée, car on croit qu’elle a trahit les secrets de sa maîtresse (ici la raison de la fessé diffère du récit original). Lucius, curieux, espionne la sorcière avec l’aide de Photis. Il la voit s’enduire d’un onguent et se transformer en oiseau de nuit. Il désire faire de même mais se voit plutôt transformé en âne!

Ainsi débutent véritablement les tribulations de Lucius. Photis le cache dans l’écurie et il lui suffira de manger quelques roses fraîches au matin pour faire disparaitre le sortilège. Toutefois, des brigands dévalisent la villa de Milon durant la nuit et l’âne (Lucius) est réquisitionné pour porter le butin. Il s’échappe du repère des brigands avec une de leur captives mais ils sont recapturé. Toutefois, ils sont libéré par l’époux de celle-ci qui s’était secrètement joint au groupe. On le confit aux soins d’un jeune garçon qui se révèle très cruel et torture Lucius. Il s’échappe à nouveau mais se retrouve vendu aux enchères à une secte de Cybèle. Puis devient une bête de somme chez un meunier. Puis est acheté par un couple de patriciens qui le traite fort bien, mais dont la maîtresse s’offre à lui et, ne pouvant refuser, il la prends avec son gros phallus d’âne! (Ici Manara montre tout de même un certaine pudeur: s’il n’hésite pas à montrer le membre viril de Lucius lorsqu’il est avec Photis, les scènes de bestialité, elles, sont savamment cachée par les bulles!) Ayant prouvé sa valeur, il se retrouve à jouer l’époux d’une condamné dans un spectacle du cirque. Mais réalisant qu’ils seront tous deux livrés aux fauves, il s’enfui à nouveau. Il court jusqu’à la mer où il implore la miséricorde de Cerès (Isis). Celle-ci lui apparait et promet sa rédemption. Au matin, il rencontre une procession et le prêtre porte une couronne de roses. Il en mange et redevient enfin un homme!

Le récit de Manara est assez fidèle à l’histoire d’Apulée, non pas tant par son exactitude que par son esprit. En effet, Manara choisit judicieusement les scènes qu’il illustre, ne sélectionnant que celles qui sont le plus propice à son sujet préféré: l’érotisme. Il omet le récit des contes intercalaires (l’histoire de Thelyphron ainsi que celle d’Eros et Psyché) et quelques une des tribulations de Lucius (ou en altère certains événements). Toutes ces omissions et changements rendent le récit un peu saccadé et anecdotique. En fait, l’histoire que Manara nous raconte est une sorte de condensé de lecture (Reader’s digest) érotique!

Manara illustre son récit à l’encre (qu’il utilise aussi pour certaines textures et ombrages), qu’il colore ensuite à l’aquarelle avec une sélection limitée de couleurs qui s’approche presque de la bichromie. En effet, il n’utilise que des gris bleutés ou violet, des tons de brun ou de sépia et surtout la couleur chair, qui, en un merveilleux stratagème, se distingue particulièrement sur ce fond de couleurs délavées et discrètes. Les seules couleurs vives sont utilisées pour représenter un peu de sang (celui des flagellants de Cybèle) ou les dieux (rose et bleu pour Aurore, jaune pour Isis). Manara m’apparait au sommet de son talent et fait preuve d’une grande sensualité, non seulement dans la représentation de belles femmes, mais aussi dans l’illustration de la vie quotidienne à l’époque romaine.

Une très bonne bande-dessinée que je recommande tant pour son adaptation de ce classique de la littérature latine que pour son érotisme.

Extraits: pages 14 et 30; Attention: des scènes de nudité y sont représentées!
Un extrait comprenant les huit premières pages est aussi disponible sur le site de l’éditeur.

L’âne d’or, par Milo Manara. Paris, Les Humanoïdes Associés, janvier 2011. 24 x 32 x 1 cm, 56 pg., 18.99 € / $29.95 Can. ISBN: 978-2-7316-2318-5. Recommandé pour adultes (18+).

Cet album est également disponible en format digital (4.99 € aux Humanos, 5.99 € ou encore 2.49 € en location (10 jours) chez izneo.com).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

L’âne d’or © 2011 Les Humanoïdes Associés S.A.S., Paris.

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Thermae Romae (E)

WARNING: May contains trace of spoilers! People allergic to the discussion of any plot’s elements before seeing a movie are strongly advised to take the necessary precautions for their safety and should avoid reading further.
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First, document.write(“”); before talking about the movie, I would like to briefly introduce the Thermae Romae manga and anime…

“When Roman architect Lucius is criticized for his “outdated” thermae designs, he retreats to the local bath to collect his thoughts. All Lucius wants is to recapture the Rome of earlier days, when one could enjoy a relaxing bath without the pressure of merchants and roughhousing patrons. Slipping deeper into the warm water, Lucius is suddenly caught in the suction and dragged through the drainage at the bottom of the bath! He emerges coughing and sputtering amid a group of strange-looking foreigners with the most peculiar bathhouse customs…over 1,500 years in the future in modern-day Japan! His contemporaries wanted him to modernize, and so, borrowing the customs of these mysterious bath-loving people, Lucius opens what quickly becomes the most popular new bathhouse in Rome—Thermae Romae!” ( from the manga publisher’s website )


Thermae Romae (???? · ??? / Roman thermal baths in Latin), was written and illustrated by Mari Yamazaki. It was first serialized by Enterbrain in their monthly seinen manga magazine Comic Beam (between February 2008 and April 2013) before being compiled into six volumes. The French translation is published by Casterman (Sakka Collection, the first five volumes have already been published) and the English translation is published by Yen Press (two volumes published so far).

Thermae Romae is a rather wacky and sometimes coarse fantastic comedy. But this is obviously not a simple comedy. This would be a average manga (good because hilarious, but no more) if it were not for its rather ingenious premise. The story is well written and supported by sound research to detail. Drawings (especially the faces and backgrounds) are in a realistic style, which is rare for a manga (especially for a comedy). Each chapter is followed by comments and explanatory notes by the author. This manga, in addition to being a pleasant entertainment, gives us a lot of information on both Japanese and Roman cultures (which, strangely, appear to have much in common).

After the first two volumes, the time traveling of Lucius whenever he quickly needs new ideas become tiresome. Fortunately, the author introduces some new elements to enliven the story (introducing a semblance of political intrigue and addressing the issue of Hadrian‘s succession, for example). Yamazaki’s story therefore avoid running out of steam by bringing Lucius to discover a little more of Japanese culture. By comparing the two cultures, she reflects upon the experience of discovering a different culture and on how the West has perceived Japanese culture. With the fourth volume, the manga take a different direction that breaks Lucius’ temporal back-and-forth cycle and gives a new life to the story. Lucius meets the brilliant Satsuki Odate, an highly educated spa geisha who is interested in ancient Rome and can speak Latin! Having an interpreter will allow Lucius to discover more aspects of modern Japanese culture. The fifth volume is less about Roman baths than various small aspects of Roman culture. The presentation of the spatio-temporal travel (which remains unexplained) is refined and the volume ends with a suspense that makes us yearn for the next and final book! A very good manga! You can read more on this manga (in french) in a previous entry of this blog.

Thermae Romae Vol. 1-5, by Mari Yamazaki. Paris, Casterman (Coll. Sakka). Vol. 1: March 2012, 186 pg., ISBN: 978-2-2030-4909-3; Vol. 2: March 2012, 202 pg., ISBN: 978-2-2030-4910-9; Vol. 3: June 2012, 194 pg., ISBN: 978-2-2030-5082-2; Vol. 4: October 2012, 194 pg., ISBN: 978-2-2030-6040-1; Vol. 5: January 2013, 194 pg., ISBN: 978-2-2030-6206-1. 13.2 x 18.1 x 1.8 cm, 7,95 € / $13.95 Can. For young adult (14+). Vol. 6 coming around the end of summer 2013.

Thermae Romae Vol. 1-2, by Mari Yamazaki. New York, Yen Press. Vol. 1: November 2012, 352 pages, ISBN: 978-0-316-22919-7; Vol. 2: May 2013, 352 pages, ISBN: 978-0-316-23219-7. 7”x 10.125, $34.99 US ($38.99 Can). For Older Teen (14+). Vol. 3 coming in February 2014.

Thermae Romae © 2009-2013 Mari Yamazaki. © Casterman 2012-2013 pour la présente édition française.

The Thermae Romae animation was produced by DreamLink Entertainment (DLE Inc.) studio under the direction of Azuma Tani with scripts by Mamoru Nakano and character designs by Toshimitsu Takechi. The three 24-min. episodes (or six 12-min. episodes) aired on Fuji TV’s Noitamina block between January 12 and January 26, 2012. The series has been licensed for released in North America by Discotek Media.

The story of the anime is much simplified (exit the political plots) and covers roughly only the first three volumes, but stay relatively faithful to the manga. Unfortunately, the anime is produced using flash animation and character designs that are very caricatural. The result is a limited animation that is far from the realistic art of the manga (this short teaser on Youtube gives you an idea). It’s still very funny and worth watching, but it’s also an acquired taste.
Thermae Romae © 2012 Mari Yamazaki / Published by Enterbrain, Inc. /??????????Anime Production Committee.

“Ancient Roman architect Lucius is too serious. His inability to keep up with the fast-moving times costs him his job. When a friend takes the dejected Lucius to the public bathhouse to cheer him up, Lucius accidentally slips through time and resurfaces in a modern-day public bath in Japan. There, he meets aspiring young manga artist Mami, along with others of the “flat-faced clan”. Shocked by the many inventive aspects of Japan’s bathing culture, Lucius returns to ancient Rome and garners tremendous attention when he implements these novel ideas back in Rome. As he time-slips back and forth between ancient Rome and modern-day Japan, Lucius’ reputation as the ingenious, new bath architect begins to grow.” (from IMDb)

The Thermae Romae movie is an excellent production. First, it includes a cast of very good actors (strangely the fact that most of the roman roles are played by Japanese actors with “less japanese faces” doesn’t make the movie feel less realistic). Second, the sets and costumes are superbs (it helps that they used the specialized facilities of Cinecitta studio in Rome, as well as some barely noticeable computer animation). Finally, it offers an interesting story, full of intrigue and good natured comedy. All in all, it is quite entertaining.

Unfortunately, if you know anything about roman antiquity or if you have previously read the manga, you’ll probably be very disappointed. First, emperor Hadrian is presented as a tyrant while he was in fact one of the most benevolent, cultured and caring emperor (as they said in the manga and anime: one of the five “good” emperors). Also, Ceionius (Aelius) is presented as an horrible womanizer and an incompetent which was most probably not the case. Secondly, I understand that a movie adaptation must take some liberty with the original story, but I felt in this case that it was diverging a little too much. The female character of Satsuki Odate, a scholarly spa geisha in the manga, is replaced by wannabe mangaka Manami Yamakoshi which opens for an entirely new story line. Lucius keeps meeting her in every of his time travelings (from the very beginning), until she finally comes back to Rome with him by accident. Her knowledge of history ends up changing the course of events and they must find a clever way to change things back as they should be happening. I am sure that in itself it is an interesting story but I was nevertheless quite disappointed. However, I still thinks it’s funny and I nevertheless recommend it.

Finally, to have a better idea of this movie, you can read a variety of reviews (The Guardian, The Hollywood Reporter and The Japan Times) and view the trailer on Youtube:


A second movie is scheduled to be released in May 2014 (AsianWiki).

Thermae Romae (???? · ???): Japan, 2012, 108 min.; Dir.: Hideki Takeuchi; Scr.: Sh?go Mut? (based on Mari Yamazaki’s manga); Phot.: Kazushige Kawagoe; Ed.: Hiroshi Matsuo; Mus.: Norihito Sumimoto; Prod.: Chihiro Kameyama, Minami Ichikawa, Atsushi Terada, Hirokazu Hamamura; Cast: Hiroshi Abe (Lucius), Aya Ueto (Manami Yamakoshi), Kazuki Kitamura (Ceionius), Riki Takeuchi (Tateno), Kai Shishido (Antoninus), Takashi Sasano (Shuzo Yamakoshi), Masachika Ichimura (Hadrian), Midoriko Kimura (Yumi Yamakoshi), Katsuya (Marcus). It was an Official selection at the Toronto International Film Festival 2012, the Hawaii International Film Festival 2012 and the New York Asian Film Festival 2013. It will screen at the Fantasia festival August 2nd at 4 pm in the Imperial Theatre.
For more information you can visit the following websites:
Available on DVD on these websites:
Thermae Romae © 2012??????????Film Production Committee.

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Hokusai par Shōtarō Ishinomori

“Quand Tetsuzô prend le nom de Hokusai il a déjà plus de 40 ans. L’auteur de La grande vague de Kanagawa doit tout recommencer pour s’imposer en tant que dessinateur. À travers ses voyages et ses rencontres, document.write(“”); entrez dans la vie trépidante de l’homme qui a émerveillé l’Occident : Hokusai !” [ Texte de la couverture arrière ]
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“L’aventure de Hokusai commence réellement lorsque le personnage a une quarantaine d’année. On découvre un opportuniste qui a souvent changé de nom en fonction des écoles auxquelles il s’affiliait. Mais c’est surtout un « vieux fou de peinture », avide de reconnaissance et voulant toujours dessiner, même au seuil de la mort. La renommé de Hokusai ne s’est pas faite toute seule ! Il a dû ruser pour imposer ce nom illustre, en peignant devant une foule sur un grain de riz ou sur une toile géante… Découvrez l’incroyable parcours de ce peintre dans ce one-shot d’Ishinomori où l’humour rejoint le récit historique.” [ Texte du
site de l’éditeur ]

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Hokusai (??) est un manga seinen de Sh?tar? Ishinomori originalement publié au Japon en février 1987 par Sekai Bunka-sha, puis réédité en 1996 par Futabasha et par Kadokawa Shoten en 2005. Il a été traduit et publié en français dans la collection Sensei (dédié aux grands maîtres du manga) de Kana (Dargaud) en juin 2010 et réédité avec une couverture légèrement différente en août 2011. Aussi incroyable que cela puisse paraître pour une telle oeuvre, il ne semble pas y avoir eut jusqu’à maintenant de traduction anglaise.

Parlons d’abord ici de l’auteur. Sh?tar? Ishinomori est né Onodera Sh?tar?, mais a publié sous le pseudonyme de Ishinomori (d’après sa ville natale dans le district de Tome, préfecture de Miyagi). Comme l’orthographe de son nom [??] était trop souvent prononcé “Ishimori” par erreur il le changea en 1984 [???]. Il est décédé en 1998 à l’âge de soixante ans. Il fait partie de la première génération de mangaka et peut ainsi être considéré comme l’un des grands maîtres du manga. Il a fait ses débuts en 1954 en participant à un concours pour “dépister” des artistes débutants organisé par le magazine Manga Sh?nen. Remarqué par Osamu Tezuka, il devient brièvement son assistant pour Astro Boy et, dès la fin de son secondaire en 1956, il le rejoint à Tokyo dans le fameux Tokiwas? (une sorte de commune de mangaka fondé par Tezuka) où il demeure jusqu’à la fin de 1961. Son premier gros succès a été Cyborg 009 en 1964, prépublié dans le Weekly Shonen King de Kodansha pour être finalement compilé en trente-six volumes et pour lequel il a reçu le prix Kodansha en 1967 (disponible en français chez Glénat, collection Vintage).

Ishinomori est surtout connu pour ses histoires de science-fiction destinées à un jeune public (Cyborg 009 en 1964, Genma Taisen en 1967 ou The Skull Man en 1970) et ses séries télévisées de sentai (super-héros) tokusatsu (effets spéciaux) comme Kamen Rider (1971) et Kikaider (1972). Plusieurs de ces titres sont disponible en anglais chez le fournisseur de digital comics ComiXology. Un autre de ses titres sh?nen, Ry? no Michi (1969, Le Voyage de Ryu), est disponible en français chez Glénat (Coll. Vintage).

Ishinomori a toutefois produit des histoires réalistes plus sérieuses, destinées à un public plus âgé, comme Sabu to Ichi Torimono Hikae (Weekly Sh?nen Sunday: 1966-68 et Big Comic: 1968-72, Prix Sh?gakukan en 1968, traduit en français chez Kana, collection Sensei, en quatre volumes), Kuzuryû (1974, l’histoire d’un vendeur ambulant de médicaments, traduit en français chez Kana, coll. Sensei), Miyamoto Musashi (1974, l’histoire du célèbre ronin, également traduit en français chez Kana, coll. Sensei), Sandarobotchi (Big Comic: 1975-81, une histoire sans beaucoup d’action qui se concentre sur le développement des personnages et la description de la vie quotidienne d’un fabriquant de jouets en bambou qui fait aussi du recouvrement de créances dans le quartier Yoshiwara d’Edo, la Tokyo du 18e siècle) ou Hotel (1984-98, prépublié dans Big Comic, compilé en 25 vols, gagnant du Prix Sh?gakukan en 1988, raconte la vie quotidienne du personnel et des clients d’un hôtel). Hokusai appartient à cette partie de l’oeuvre de Ishinomori mais demeure un ouvrage mineure dont on parle peu.

Ishinomori a également produit quelques ouvrages plus didactiques: Manga Nihon keizai ny?mon (1986, 4 vols., partiellement traduit en anglais par University of California Press sous le titre Japan Inc et en français chez Albin Michel sous le titre Les Secrets de l’économie japonaise en bande dessinée), Kurodaiku (publié dans Business Jump et qui se déroule dans le monde des affaires), ou encore Manga Nihon no Rekishi (une histoire ambitieuse du Japon publiée chez Chuo Kohron depuis 1989 mais qui reste malheureusement inachevée).

Sh?tar? Ishinomori a été un auteur polyvalent tant dans la diversité de ses sujets que de son style et surtout un mangaka très prolifique (il est connu pour avoir dessiné parfois plus de cinq cent pages en un seul mois et produit au-delà de 70,000 pages de manga durant les trente premières années de sa carrière–un exploit rendu possible en partie par la simplicité de son dessin et par l’utilisation d’assistants [Thierry Groensteen, L’univers des mangas, pp. 98-100; Frederik Schodt, Manga! Manga!, p. 139]). Il a eut une grande influence sur le genre (on retrouve parmi les nombreux artistes a avoir été ses assistants des noms comme Go Nagai ou Keiko Takemiya).

Il est malheureux de constater que l’ensemble de l’oeuvre des membres de cette première génération de grands mangaka, à laquelle appartient Ishinomori, a longtemps été ignoré par l’occident, probablement à cause de son style graphique qui, à l’opposé de la profondeur de ses sujets, était perçu comme trop simple (sinon enfantin et parfois caricaturale) pour être prit avec sérieux. Toutefois, ces dernières années, le public occidental (jusqu’à maintenant surtout en France) a finalement commencé à s’intéressé à ces auteurs qui ont définit le genre du manga, surtout grâce au travail d’éditeurs comme Glénat (avec sa collection Vintage) et Kana (avec sa collection Sensei). Dans le monde anglophone le réveille semble un peu plus lent mais des éditeurs indépendants comme drawn and quarterly ou Vertical semblent ouvrir la voie.


Hokusai est un personnage complexe qui est certes difficile à cerner dans le cadre d’un manga mais Sh?tar? Ishinomori réussi très bien à la faire (quoiqu’en près de six-cent pages!). La preuve de cette complexité, comme le dit lui-même Ishinomori dans sa postface, c’est que durant son exceptionnellement longue existence (en effet il était rare à l’époque de vivre jusqu’à quatre-vingt-dix ans), Hokusai a utilisé une cinquantaine de noms (ou variantes de noms) différents, a déménagé plus de quatre-vingt-dix fois et était presque constamment sur la route, à la recherche de nouveaux paysages à mettre sur papier ou d’une façon de se ressourcer. Cette étonnante vitalité a fait de lui un artiste très prolifique (environ 30 000 dessins!), ce qui lui a fait connaître de son vivant la notoriété mais jamais le succès financier et il vivra donc dans la pauvreté.

Ironiquement, comme c’est souvent le cas pour les grands artistes, c’est la postérité qui lui donnera le succès et lui conférera une grande influence sur l’ensemble du monde artistique (tant au Japon que dans le reste du monde, notamment sur les impressionnistes français avec le japonisme). Hokusai nous donnera donc des oeuvres iconiques tels les “Hokusai Manga” (1814-1834, 12 vols., ces carnets de croquis, illustrant la vie quotidienne de l’époque, auraient popularisé le mot “manga” mais il signifit plutôt ici des “esquisse spontanée”), “Le rêve de la femme du pêcheur” (c. 1820, une scène érotique [shunga] où une poulpe caresse une femme, réputée pour être à l’origine du concept de shokushu ou hentai tentaculaire), “La grande vague de Kanagawa” (1831, de la série Fugaku Sanj?rokkei, “Trente-six vues du mont Fuji”), ou encore les “Cent histoires de fantômes” (Hyaku monogatari, 1830-35).

Ishinomori précise toutefois qu’il a tenté d’esquisser une biographie romancée de Hokusai: “j’ai essayé plus ou moins de respecter les étapes de la vie de Hokusai, mais j’ai préféré mettre l’accent sur les zone d’ombres qui la composent” dit-il dans la postface, et il a donc “créé pour cela une sorte de personnage imaginaire.”


Le nom de Katsushika Hokusai (1760-1849), avec ceux de Utamaro et de Hiroshige, est devenu synonyme d’estampes japonaises (Ukiyo-e). Très jeune Hokusai, alors nommé Tetsuz?, s’intéresse à la peinture. Toutefois Ishinomori ouvre son récit non pas avec la naissance d’Hokusai mais avec les derniers moments de celui-ci, puis enchaîne avec l’instant où (en 1799, au seuil de la quarantaine), contemplant la constellation de la Grande Ourse (appellé hokutosei au Japon, où “hoku” signifit “nord”), il décide de changer son nom, maitre S?ri, pour Hokusai afin de “repartir à neuf.” Il a de la difficulté à faire accepter ce nouveau nom et doit réaliser des exploits publiques (comme peindre en 1804 un portrait géant du maitre zen Daruma) pour s’imposer à nouveau sur la scène artistique. Ce n’est qu’à la page soixante-treize qu’Ishinomori utilise un flashback (en fait un cauchemar) pour raconter l’enfance de l’artiste où il travaille comme livreur de livres, puis apprenti dans un atelier de gravure (1775), chez un fabriquant de miroir (son beau-père) et finalement auprès de l’artiste Katsukawa Shunsh? (1778-92) où il prend le nom de Shunr?.

Avec l’aide d’un autre flashback, Ishinomori poursuit son récit de la vie de Hokusai. Sa femme étant partie avec les enfants et renié par l’école Katsukawa, Hokusai connait des temps difficiles. Il reprend alors le nom de l’artiste décédé Tawaraya S?ri (1795-98) et continue sa recherche artistique en étudiant de nombreux styles (kano, Sessh?, la peinture chinoise, la gravure sur cuivre, etc.). Après avoir peint une décennie sous le nom de Hokusai (1799-1810) il n’est toujours pas satisfait de son style. Ayant atteint une grande notoriété, il organise des expositions et accomplit de nouveaux exploits (peindre sur un grain de riz, faire de nouvelles peintures géantes, performer pour le shogun), mais réalise qu’il a cessé de progresser. Il a cinquante ans. Il prends donc le nom de Taito (1811-19) et entreprends de nombreux voyages, observant les paysages de la campagne nippone, les habitations, et surtout les gens, dans leurs gestes de la vie quotidienne, qu’il esquisse sans cesse dans ses fameux “Hokusai Manga.” Il peint parfois sous le pseudonyme de Gaky?jin, c’est-à-dire “vieux fou du dessin!” Ishinomori nous décrit plusieurs anecdotes et mésaventures que Hokusai aurait vécu sur sa route.

Par la suite, le récit de Ishinomori est plus décousu et anecdotique. Dans le chapitre cinq, “Mon ami Hokusai (50 ans),” il raconte la collaboration houleuse entre Hokusai et l’écrivain Bakin. Dans le chapitre six, “Honjo Warigesui (85 ans)” [le titre réfère au quartier où est né Hokusai], alors qu’il est harcelé par le serviteur d’un riche seigneur qui désir lui passer une commande, Hokusai (alors nommé Miuraya Hachiemon) raconte les origines de sa famille et son enfance. Dans le chapitre sept, “Les trente-six vues du mont Fuji (67 ans),” Ishinomori revient sur les voyages de Hokusai avec une anecdote où un mystérieux individu attente à sa vie et l’accuse du meurtre de sa femme. Dans le chapitre huit, “Manji (74 ans),” Hokusai est troublé par de nombreux cauchemars (qui lui inspirent sans doute ses “Cent histoires de fantômes”) et harcelé par son petit-fils Eikichi qui lui réclame de l’argent. Dans le dernier chapitre, “Miroir de la Chine et du Japon (80 ans),” Hokusai passe ses journées à observer la mer et à dessiner inlassablement; il a la vision d’une jeune femme à demi-nue qui sort de la mer. Ishinomori clôt sont ouvrage avec un épilogue où il revient sur les derniers moments de Hokusai en 1849.


Hokusai est un excellent manga. Le dessin est simple mais efficace et s’apparente beaucoup à celui de Tezuka (c’est normal puisqu’il l’admirait et a été son assistant). Bien sûr, les nombreux changements de nom et flashbacks peuvent créer de la confusion chez le lecteur mais on s’habitue vite aux techniques narratives de Ishinomori. Le récit est empreint de beaucoup d’humour et serait un livre accessible à tous si ce n’était des nombreuses frasques amoureuses de Hokusai qui sont autant d’opportunité pour illustrer de la nudité (ce qui est habituel pour les japonais). Un aspect que j’apprécie particulièrement est le fait que Ishinomori introduit beaucoup de reproductions des dessins de Hokusai pour illustrer et jalonner le récit. Finalement, malgré qu’il semble prendre beaucoup de liberté avec la vie de Hokusai, Ishinomori en livre l’essentiel d’une façon agréable qui impressionne probablement plus l’esprit du lecteur que ne le ferait une lecture plus académique. Tout cela en fait une lecture incontournable et je le recommande chaudement.

Hokusai, par Sh?tar? Ishinomori. Bruxelles, Kana (Coll. Sensei), juin 2010. 18,0 x 12,7 x 3,5 cm, 592 pg., 15,00 € / $26.95 Can. ISBN: 978-2-5050-0893-4. Recommandé pour “public averti” (14+ à cause de scènes de nudité).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Hokusai © Shotaro ISHInoMORI / Ishimori Production. All Rights resersed. © Kana (Dargaud-Lombard s.a.) pour la traduction française.

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Éléments de fantasy chez Apulée

On me reproche parfois de commenter des ouvrages avec retard. Dans ce cas-ci je dois bien battre tout les records puisque ce roman a été écrit et publié pour la première fois il y a près de dix-huit-cent ans! Toutefois son caractère exceptionnel m’empêche de le passer sous silence.
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Les Métamorphoses ou l’Âne d’or (Metamorphoseon / Asinus aureus) a été écrit par Apulée (125-180) au IIe siècle et raconte les tribulations de Lucius. Celui-ci est de bonne condition: il vit avec aisance et le fait qu’il voyage en Thessalie pour affaires en compagnie de son cheval et d’un esclave le démontre bien. Sa trop grande curiosité à l’égard de la magie mettra cependant fin à sa bonne fortune. Il se verra plongé dans une honteuse déchéance lorsque, document.write(“”); transformé en âne, il vivra de multiples mésaventures à la recherche de sa forme originelle. Ce n’est qu’après ces nombreuses aventures, certaines heureuses mais la plupart malheureuses, où il change souvent de propriétaire et échappe sans cesse au trépas, que Lucius redeviendra un homme, non sans avoir subit une profonde transformation.

Les métamorphoses est non seulement un excellent ouvrage qui rend bien compte de l’imaginaire romain mais il se lit avec aisance et est d’une modernité étonnante tant dans la clarté de son action, le réalisme de ses descriptions ou l’absence de fausse pudeur dans ses scènes érotiques (c’est le cas aussi pour le seul autre roman de l’antiquité à nous être parvenu: le Satyricon de Pétrone). Il est toutefois surprenant de constater que l’on retrouve dès l’antiquité, dans ce roman d’Apulée, des thématiques typiques du merveilleux. Roman satirique ou conte fabuleux, Les Métamorphoses est donc une histoire de fantasy avant la lettre.

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La thématique la plus constante dans le roman d’Apulée est celle de la magie (ou sorcellerie) que l’on retrouve plus particulièrement sous ses aspects d’altération (la sorcière se changeant elle-même, ou une autre personne, en animal), d’enchantement ou de divination. Elle concurrence sérieusement la thématique plus classique de l’intervention divine, qui n’apparait d’ailleurs que dans les fables insérées dans le récit. À part ces quelques réminiscences de la mythologie classique, la tradition populaire est nettement dominante. Il faut croire que le folklore des campagnes n’a guère changé en deux-mille ans.

D’autres thématiques typiques de la fantasy sont également présentent, comme celle du “bestiaire” surnaturel. Orcus, un dieu mineur des morts chez les romains (et un célèbre démon dans Dungeons & Dragons) est mentionné une demi-douzaine de fois. Il est question de divers types de fantômes: les lémures (des âmes sans corps), les lares (démons protecteurs), les larves (damnés errants) et les mânes (morts de condition incertaines). On y voit aussi une sorte de loups-garou: les versipelles (des hommes qui peuvent se changer en bêtes à volonté). Et des dragons apparaissent à plusieurs reprises dans le récit: les soeurs de Psyché imaginent son invisible amant comme un reptile monstrueux, la source du Styx où Psyché doit puiser une eau sombre pour Vénus est défendue par des dragons dotés de mâchoires aux dents cruelles et d’une langue à triple fourche (VI, XV, 5: inter genas saevientium dentium et trisulca vibramina draconum), un compagnon de voyage de Lucius est dévoré par le dragon monstrueux qui est le gardien d’un bois, et Lucius, lors de son initiation isiaque, porte une robe ornée de figures de dragons de l’Inde et de griffons hyperboréens.

On rencontre souvent dans le récit des personnages ou des lieux dotés d’attributs fabuleux ou magiques: des gens qui peuvent parler aux plantes, aux animaux ou même aux objets inanimés; des palais somptueux emplis de serviteurs invisibles et où les tables demeurent toujours garnies (le palais de Cupidon); et l’existence de lieux “autres” tels que l’Enfer, le Tartare, l’Olympe, et même le palais de Cupidon est situé dans un “ailleurs” où l’on est transporté par le vent Zéphir (la mythologie semble généralement laisser croire que cet “ailleurs” est géographique — l’Olympe dans le ciel et l’Enfer dans le sol — mais par moment on semble y déceler une notion primitive de plan dimensionnel).

Plus que la thématique, la structure même du récit d’Apulée l’apparente au roman de fantasy. Les Métamorphoses offre un aspect féerique du fait que la narration principale est régulièrement interrompue par le récit de divers contes, fables ou légendes, ce qui n’est pas sans rappeler les Mille et une nuits, écrit au Moyen-âge, ou même Le seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien. Le récit est savamment entrecoupé de ces contes fabuleux: on y retrouve trois histoires racontant les exploits d’un groupe de brigands, trois histoires d’amour (Cupidon et Psyché, Plotina, Charité) et enfin le récit de trois adultères qui se terminent en crimes monstrueux. Le conte de Psyché est particulièrement connu: Vénus, jalouse de Psyché, charge son fils Cupidon (Eros) de l’éliminer mais celui-ci l’amène plutôt dans son palais en lui cachant sa véritable identité (ce conte s’apparente à un autre récit ancien: un jeune prince, changé en dragon par un maléfice, ne pouvait rejoindre sa bien-aimée qu’à la nuit tombante et à condition de lui demeurer invisible et qu’elle en conserve le secret).

De plus, le récit adopte aussi la forme d’une quête: c’est l’histoire typique du héros qui, confronté à une tâche ou à des épreuves, doit surmonter une série d’obstacles, ce qu’il ne réussit qu’après avoir mis à jour les faiblesses qui le rendaient vulnérable. Toutefois, Lucius n’est pas seulement à la recherche du bouquet de roses qui annulera le charme qui l’a transformé: il vit un véritable voyage initiatique et purificateur qui lui gagnera les faveurs de la déesse Isis. Celle-ci non seulement le délivrera de l’enchantement et le prendra sous sa protection divine mais, après lui avoir révélé les mystères de son culte, lui offrira une vie nouvelle au sein de son clergé. Cette transformation et son initiation au culte d’Isis lui offrent le salut éternel. Lucius voit donc son quotidien exploser, il vit des expériences totalement différentes de ce qu’il a connu jusqu’alors, qui le changent profondément et puis le font renaître (On note que les cultes initiatiques ou dit “à mystères” greco-romains avaient plusieurs aspects communs avec le Christianisme). Ce genre de quête initiatique est un élément propre à la fantasy.

Allégorie morale et religieuse sur la souffrance et le salut (quoique pleine d’humour), Les Métamorphoses me rappelle un peu, entre autres romans de fantasy, Le château de Lord Valentin de Robert Silverberg, où un prince déchu et amnésique retrouve son pouvoir (et bien plus) après une sorte de quête initiatique.

Ce roman, donc, non seulement nous instruit agréablement des moeurs et des croyances de la Rome antique, mais encore constitue un étonnant récit de fantasy. C’est une lecture pour les gens curieux. À lire (ou à relire).

Les Métamorphoses ou l’Âne d’or par Apulée. Traduit par Olivier Sers, Paris, Les Belles Lettres (Coll. Classiques en poche, #82), juin 2007. 10,8 x 17,8 cm, 576 pg., 19,30 € / $32.95 CDN. ISBN 978-2-251-79993-3. Edition bilingue (Français et latin).

Ceci n’est pas l’édition que j’ai consulté. Si je ne m’abuse j’ai lu celle de la Collection des Universités de France (dite “Collection Budé”), toujours aux Belles Lettres, en trois volumes (1940-45, multiples rééditions, traduit par P. Vallette, avec texte latin en regard). Mais l’édition ci-haut est plus intéressante et plus récente. Pour une édition plus abordable, je recommande soit celle de Folio Classique, soit l’édition anglaise de Penguin Classics. (Apparemment il en existe aussi une adaptation graphique, aux allures érotiques, par Milo Manara aux Humanoides Associés. C’est à voir!)

Vous pouvez également lire Les Métamorphoses en ligne soit sur le site de Remacle ou celui de la BCS (Bibliotheca Classica Selecta).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Ce billet est une version légèrement corrigée et augmentée d’un article paru dans Samizdat #11-12 (Avril 1988): 11-13.

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Mimes des courtisanes

En septembre dernier, document.write(“”); j’avais envie de lire du Lucien de Samosate (un peu nostalgique du temps de mes études en histoire romaine) et ne voulait surtout pas abimer ma merveilleuse édition de l’oeuvre complète de Lucien datant de 1664 (Amsterdam, chez Jean de Ravestein, traduction de N. Perrot) — sans compter que la lecture en vieux français finit par être pénible à la longue. Je me suis donc commandé quelques ouvrages en bibliothèques publiques. Je n’ai fini par ne lire que celui-ci. Toutefois, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la bibliothèque d’Outremont (Robert-Bourassa) possédait dans sa réserve (et prêtait!) cette édition ancienne de 1927 encore en excellente condition!
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Lucien de Samosate (120-180) est un rhéteur et satiriste du 2e siècle. Originaire de la province romaine de Syrie (plus précisément, vous l’aurez deviné, de la ville de Samosate), il écrivait en grec. Il est connu, entre autre, pour avoir inventé la forme du dialogue humoristique et avoir contribué à développer l’esprit critique.

Dans Mimes des courtisanes, principalement connu sous le titre Dialogues de courtisanes, Lucien décrit, en une quinzaine de petits dialogues, les moeurs des courtisanes (c’est-à-dire des prostituées) et expose leurs défauts et artifices, d’une façon qui s’inspire de Ménandre et des anciens Comiques.

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Philippe Renault nous dit: “Les Dialogues de courtisanes énumèrent avec cocasserie divers types humains : la prostituée cupide, la jeune courtisane encore niaise, le « Don Juan », le jeune homme impatient mal surveillé par son précepteur, l’amant crotté, bref, tout une galerie de portraits peinte de manière très pittoresque”.

Les Dialogues de courtisanes comprend les dialogues de Glycère et Thaïs; Myrtium, Pamphile et Doris; Philinna et sa mère; Mélitta et Bacchis; Clonarium et Lééna; Crobyle et Corinne; Musarium et sa mère; Ampélis et Chrysis; Dorcas, Pannychis, Prilostrate, Polémon; Chélidonium et Drosé; Tryphéna et Charmide; Ioessa, Pythias et Lysias; Léonthicus, Chénidas et Hymnis; Dorion et Myrtale; Cochlis et Parthénis. Le premier de ces dialogues est le plus court:

GLYCÈRE. Ce soldat, Thaïs, cet Acharnien, qui entretenait autrefois Abrotonum, et qui fut ensuite mon amant, cet homme toujours habillé de pourpre et vêtu d’une chlamyde, le connais-tu ou bien l’as-tu oublié ?

THAÏS. Non, ma petite. Glycère. Je le connais bien. Il faisait ripaille avec nous, l’année dernière, le jour de la fête des Granges. Mais quoi ? Tu voulais, ce me semble, en dire quelque chose.

GLYCÈRE. Gorgone, cette coquine, que je croyais mon amie, l’a enjôlé et me l’a soufflé.

THAÏS. Ainsi, il n’est plus avec toi. Il a pris Gorgone pour maîtresse.

GLYCÈRE. Hélas ! oui, Thaïs, et cela me fait beaucoup de peine.

THAÏS. C’est un vilain trait, Glycère, mais tu devais t’y attendre. Nous avons l’habitude de nous jouer de pareils tours, nous les courtisanes. Il ne faut donc pas t’en affliger ni en vouloir à Gorgone. Abrotonum ne t’en a pas voulu, quand il l’a quittée jadis, et vous étiez amies.

Mais ce qui m’étonne c’est ce qu’il trouve de beau à Gorgone, ce soldat-là, à moins d’être aveugle et de ne pas voir qu’elle n’a presque plus de cheveux, et que ce qu’il en reste est fort éloigné du front. Ses lèvres sont pâles, livides comme celles d’un mort, son cou maigre, ses veines grosses, son nez long. Une seule chose, c’est qu’elle est grande et bien faite, et elle a un sourire tout à fait engageant.

GLYCÈRE. Tu crois donc, Thaïs, que l’Acharnien l’aime pour sa beauté ? Tu ne sais pas qu’elle est fille de la magicienne Chrysarium ? C’est une femme versée dans les charmes thessaliens. Elle fait descendre la lune sur la terre. Elle aura tout affolé cet homme, en lui faisant boire quelque philtre, et maintenant elle le gruge.

THAÏS. Eh bien, toi, Glycérette, tu en grugeras quelque autre. Dis bonjour à celui-là.

(Cette traduction par Eugène Talbot provient d’une édition de l’oeuvre complète de Lucien datant de 1912 et publiée chez Hachette)

Mimes des courtisanes est une édition rare et recherchée. Toutefois la traduction de Pierre Louys est controversée car il ne traduit pas très fidèlement et tend plutôt à adapter le texte assez librement. Ce n’est pas la plus connue des oeuvres de Lucien et elle est assez brève. C’est toutefois une lecture aisé et plutôt agréable.

J’aimerais bien lire plus de ses oeuvres, mais malheureusement ce n’est pas un auteur facile à trouver (ni en librairies, ni en bibliothèques). Toutefois, la majeur partie du corpus de Lucien est disponible en format ebook gratuit (sur iTunes store en anglais: vol. 1, vol. 2 et vol. 3) ou pas très cher, mais comme ceux-ci sont le résultat de scan rapide où la mise en page n’a pas été corrigée, la lecture en est un peu ennuyante et laborieuse. Le texte du Dialogues des courtisanes est cependant disponible en ligne, en français, sur le site de Philippe Remacle et al., “L’antiquité grecque et latine du moyen âge.” En fait, l’oeuvre entière de Lucien y est disponible en français. Ce genre de site est très utile pour les étudiants en études anciennes mais lire en ligne n’est pas toujours pratique (on peut certes le lire sur une tablette mais il faut avoir le wi-fi à porté de la main).

Parmi les textes les plus connu de Lucien on retrouve les Dialogues des dieux, les Dialogues des morts, Histoire véritable (une histoire de science-fiction traitant de voyage dans la lune et qui inspira sans doute les États et empires de la Lune de Cyrano de Bergerac) et, sans doute mon favori, Lucius ou l’âne (ce texte fut probablement le modèle d’Apulée pour l’Âne d’or ou Les métamorphoses [un roman de l’antiquité tout aussi significatif que le Satiricon de Pétrone], ou tout au moins a eut une source commune au texte d’Apulée, un contemporain numide; toutefois certains semblent croire que le texte attribué à Lucien serait plutôt un pastiche byzantin).

Mimes des courtisanes par Lucien [de Samosate]; [traduction de] Pierre Louys; avec quelques inédits. Paris, Montaigne, 1927. 180 p.

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

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Thermae Romae

“Lucius Modestus, document.write(“”); architecte romain en panne d’inspiration, découvre un passage à travers le temps qui le fait émerger au XXIe siècle, dans un bain japonais !!! Entre stupeur et émerveillement, Lucius parviendra-t-il à mettre à profit cette fantastique découverte pour relancer sa carrière ?” [ Texte du site de l’éditeur ]
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Ce manga est une comédie fantastique (fantasque?) un peu loufoque et même parfois grossière. Ce ne serait qu’un manga moyen (bon parce qu’hilarant, mais sans plus) si ce n’était des prémices plutôt ingénieux de cette histoire. Toutefois, pour moi personnellement, ce manga est particulièrement intéressant et amusant car il allie mes plus grands amours: le Japon et la Rome Antique, l’histoire et le manga! Qui plus est, il met en scène des personnages historiques qui me sont chers: l’empereur
Hadrien, son successeur désigné Aelius Caesar, le jeune Lucius (fils d’Aelius et futur co-empereur Lucius Verus), le jeune Marcus (futur empereur Marc-Aurèle) et Antonin (Sénateur, futur empereur et père adoptif de Lucius et Marcus).

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Ici je dois avouer avoir passé un peu plus d’une demi-douzaine d’années à étudier l’histoire romaine à l’université. Je me suis intéressé à des sujets comme les loisirs à Rome, leurs possible rôle dans la démoralisation romaine et les éventuelles conséquences sur le déclin de l’empire. J’ai consacré mes thèses de maîtrise et de doctorat à la vita veri, la vie du co-empereur Lucius Verus au sein de l’Histoire Auguste, un corpus de biographies d’empereurs du IIe et IIIe siècle, vraisemblablement écrit au IVe siècle (je suggère de lire aussi la vita hadriani et la vita aeli pour plus d’information sur la période historique où se déroule ce manga). Sur ce genre de sujet je doit m’efforcer d’être bref car je pourrais sans doute en parler pendant des heures. Mais, bon, vous voyez pourquoi je trouve ce manga particulièrement intéressant et amusant.

Thermae Romae (les thermes, ou bains, romains en latin) n’est évidemment pas qu’une simple comédie. L’histoire est bien écrite et supportée par une recherche sérieuse du détail. Les dessins (particulièrement les visages et les arrières-plans) sont dans un style réaliste, ce qui est plutôt rare pour un manga (surtout pour une comédie). Chacun des chapitres est suivi de commentaires et de notes explicatives par l’auteur. Ce manga, en plus d’être un divertissement agréable, nous offre beaucoup d’information tant sur la culture japonaise que romaine (qui, étrangement, semblent comporter de nombreux points communs).


Thermae Romae, vol. 1, par Mari Yamazaki. Paris, Casterman (Coll. Sakka), Mars 2012. 13.2 x 18.0 x 1.4 cm, 186 pg., 7,95 € / $13.95 Can. ISBN: 978-2-2030-4909-3. Sens de lecture original japonais. Recommandé pour jeune adulte (14+).

“Les aventures thermales de Lucius se poursuivent sur les chapeaux de roue. Si l’humour est toujours aussi présent (un orgueilleux citoyen romain pris pour un dieu japonais de la fertilité suite à un malentendu, puis enfermé dans l’enclos aux crocodiles d’un parc d’attractions, ou encore terrifié mais excité par sa première glissade sur un tobogan aquatique) notre architecte semble être de plus en plus dépassé par les événements : devenir un proche de l’empereur, s’est s’attirer l’inimitié de gens puissants. Lucius va-t-il se retourver au centre d’un complot politique ?” [Texte du site de l’éditeur]

Thermae Romae (????????), écrit et illustré par Mari Yamazaki, a d’abord été prépublié par Enterbrain dans leur magazine mensuel de manga seinen Comic Beam (entre février 2008 et avril 2013) avant d’être compilé en six volumes (le premier est paru en novembre 2009 et le dernier paraîtra en juin 2013). La traduction française est publié par Casterman (Collection Sakka) depuis mars 2012 et les cinq premiers volumes sont déjà parus. La traduction anglaise est publiée par Yen Press (deux volumes de parus jusqu’à maintenant). Il a été honoré à deux reprises en 2010: le Prix Manga Taisho et le Prix culturel Osamu Tezuka pour une histoire courte.

Le second volume s’ouvre sur quatre planches en couleurs. Lucius Quintus Modestus est dévasté par la demande de divorce de Livia, sa femme. Il n’aurait peut-être pas dû passer trois ans à Jérusalem pour aider Hadrien. Son ami, le sculpteur Marcus, le réfère à une prêtresse dont les potions doivent surcharger sa virilité et il tente ainsi de regagner les faveurs de sa femmme. Mais celle-ci, croyant les rumeurs qu’il était l’amant d’Hadrien, s’est remarié et est enceinte! Il s’efforce donc de continuer son travail et doit trouver une façon d’expliquer à des barbares comment se comporter aux thermes (cela me rappelle d’ailleurs un album pour enfants que j’ai vu à la bibliothèque — mais cela est une autre histoire).

L’histoire suit son cours mais je dois avouer qu’après deux volumes les voyages dans le temps répétitifs de Lucius pour combler ses besoins d’innovation deviennent rapidement lassant. Heureusement l’auteur introduit quelques éléments nouveaux pour agrémenter le récit (la femme de Lucius ou les soldats d’origine barbare qui reçoivent la citoyenneté en remerciement de leurs service). Je trouve aussi intéressant qu’elle tente d’introduire un semblant d’intrigue politique, particulièrement en abordant la question de la succession d’Hadrien.


Thermae Romae, vol. 2, par Mari Yamazaki. Paris, Casterman (Coll. Sakka), Mars 2012. 13.2 x 18.1 x 1.8 cm, 202 pg., 7,95 € / $13.95 Can. ISBN: 978-2-2030-4910-9. Sens de lecture original japonais. Recommandé pour jeune adulte (14+).

“L’aventure spatio-temporelle continue pour notre cher architecte Lucius. Pris au piège par des sénateurs véreux, il retourne la situation à son avantage avec brio grâce à sa foi en la grandeur des Thermes ! Reconnu maintenant comme le nouvel architecte de l’Empire, les commandes affluent de tous côtés et c’est une nouvelle fois dans le Japon contemporain qu’il puise son inspiration et innove en construisant ici une ville thermale, là une baignoire individuelle en bois et là-bas des bains totalement divins !“ [ Texte du site de l’éditeur ]

Il est amusant de constater que Mari Yamazaki ne se destinait pas à une carrière de mangaka. Née à Tokyo en 1967, elle passe son enfance à Sapporo où sa mère, musicienne, est membre de l’orchestre symphonique. Après avoir voyagé en Europe, elle s’installe à Florence à dix-sept ans pour y étudier la peinture à l’École des Beaux-Arts. Après une décade passée en Italie, souvent dans des conditions difficiles, elle revient au Japon. Elle subvient à ses besoins par toutes sortes de petits travaux (animatrice télé, reporter, professeur d’italien à l’université, etc.). En 1997, uniquement dans l’espoir de remporter une bourse, elle participe à un concours organisé par Kodansha dans le but de recruter des dessinateurs débutants. C’est ainsi que commença sa carrière de mangaka. Après son mariage à un professeur de littérature comparée italien, elle voyage avec lui, au gré de son travail, en Égypte, en Syrie, au Portugal pour finalement s’établir à Chicago.

En s’inspirant surtout de ce quelle aime (l’Italie, l’histoire) et de son expérience personnelle (sa famille, ses voyages, son travail d’artiste) elle a publié depuis 2001 plus d’une douzaine de manga: M?retsu! Italia Kazoku (2006), Sore de wa Sassoku Buon Appetito! (2007), Rumi to Maya to Sono Sh?hen (2008, 2 vol.), Italia Kazoku F?rinkazan (2008), Sekai no Hate de mo Manga Egaku (2009, 2013; 3 vol.), Arabia Neko no Gorumu (2010, 2 vol.), Sweet Home Chicago (2010, 2013; 2 vol.), Jakomo Fosukari (2011), etc. Son manga le plus populaire est sans conteste Thermae Romae. Un seul autre titre a, jusqu’à maintenant, été traduit en français: Pil (Casterman, Coll. Écritures, avril 2013). Son plus récent ouvrage est une version illustrée de la biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson prépubliée dans Kiss, un magazine josei bimensuel publié par Kodansha (extrait du manga).

Il est a noter que la biographie de Yamazaki publiée dans les volumes de Thermae Romae (et sur le site de Casterman) comporte une erreur importante: son mari n’est pas le potier italien rencontré à la gare de Bruxelles et qui l’invite à venir étudier en Italie en 1984 mais le petit-fils de celui-ci. On omet aussi de mentionner que le père de son fils n’est pas le petit-fils du potier mais un poète italien rencontré lors de son premier voyage en Italie (même la biographie sur wikipedia se trompe sur ce sujet; l’information a été confirmé sur le site officiel de Mari Yamazaki).

Dans le troisième volume de Thermae Romae, Lucius Modestus doit d’abord déjouer un complot que le sénat ourdit contre sa personne (j’aime bien l’idée que les brigands soit les descendants des survivants de l’éruption du Vésuve en 79), trouver un façon de garder Aelius bien au chaud lors de sa campagne en Pannonie et, finalement, reçoit d’un affranchi la commande pour construire des bains tape-à-l’oeil. La rencontre avec un jeune architecte japonais qui doit faire face à une demande similaire l’inspirera. Yamazaki réussi à éviter l’essoufflement de son récit en amenant Lucius à découvrir un peu plus de la culture japonaise. En comparant le deux cultures, elle suscite une réflexion sur l’expérience de découvrir une culture différente (ce qu’elle a elle même vécu en voyageant en Europe) et sur la perception que l’Occident a de la culture nippone.


Thermae Romae, vol. 3, par Mari Yamazaki. Paris, Casterman (Coll. Sakka), Juin 2012. 13.0 x 17.9 x 1.5 cm, 194 pg., 7,95 € / $13.95 Can. ISBN: 978-2-2030-5082-2. Sens de lecture original japonais. Recommandé pour jeune adulte (14+).

“Rome est au plus mal. Aelius Caesar, le successeur annoncé d’Hadrien, vient de rendre son dernier soupir… Et pour couronner le tout, Lucius se retrouve une nouvelle fois transporté dans le temps pile au moment où l’empereur lui confie une mission capitale pour le maintien de la Pax Romana ! À son arrivée, stupéfaction ! Lucius, croit voir la déesse de la lune en personne se dresser devant lui ! Qui est cette jeune femme et pourquoi sera-t-elle un atout fondamental pour Lucius ? Notre architecte n’est pas au bout de ses surprises, d’autant qu’il semble désormais « coincé » chez les visages plats… De quoi faire pléthore de découvertes !” [ Texte du site de l’éditeur ]

Le succès de Thermae Romae est sans aucun doute lié aux prémices ingénieux de l’histoire, son humour et à sa capacité de nous faire découvrir la culture romaine tout en suscitant une réflexion sur celle du Japon moderne. Je crois toutefois qu’une bonne part de ce succès est également due au style réaliste du manga. Cela, bien sûr, tient au fait que Yamazaki a reçu une formation artistique classique. Son style plus réaliste est parfait pour dépeindre tant les détails de la Rome antique (architecture, statuaire) que les visages occidentaux des romains et se démarque ainsi du style stéréotypé que l’on rencontre habituellement dans le manga.

Avec le quatrième volume, le manga prends une direction différente qui brise le cycle des aller-retours temporels de Lucius et donne un nouveau souffle au récit. Suite au décès d’Aelius, Lucius se voit confier une mission capitale pour assurer la succession d’Hadrien: la rénovation des bains de Baïes en Campanie. Mais en pleine conversation avec Hadrien, il disparait à nouveau et se retrouve cette fois coincé au Japon. Il fait la rencontre de la brillante Satsuki Odate, une geisha de station thermale très éduquée qui s’intéresse à la Rome antique et sait parler latin! Le fait d’avoir une interprète va permettre à Lucius de découvrir encore plus d’aspects de la culture japonaise moderne (dont l’électricité). Il fait également la rencontre avec la jument Hanako. Autant de raisons qui rendent son retour difficile!

Thermae Romae, vol. 4, par Mari Yamazaki. Paris, Casterman (Coll. Sakka), Octobre 2012. 13.4 x 18.2 x 1.7 cm, 194 pg., 7,95 € / $13.95 Can. ISBN: 978-2-2030-6040-1. Sens de lecture original japonais. Recommandé pour jeune adulte (14+).


“Grâce à la jolie Satsuki, Lucius continue d’approfondir ses connaissances des stations thermales japonaises, l’occasion pour les deux tourtereaux de passer du temps ensemble. Entre deux leçons particulières, Lucius se frottera à la pègre locale et fera la connaissance du grand-père de Satsuki qui lui fera découvrir la médecine traditionnelle japonaise. De retour à Rome pour un bref instant, Lucius apprend que l’état de santé de l’empereur Hadrien s’est encore dégradé, au point que celui-ci a perdu tout espoir. Hélas, Lucius ne contrôle pas ses voyages spatio-temporels et le voila à nouveau arraché à la Rome antique ! Quand pourra-t-il venir au chevet d’Hadrien pour le faire bénéficier de ses découvertes médicales ?” [ Texte du site de l’éditeur ]

Dans le cinquième volume il est moins question de bains romains que de différents petits aspects de la culture romaine: comment on montait à cheval, les massages thérapeutiques, l’importance de restaurer les anciennes constructions au lieu de les reconstruire (les vieux bâtiments personnifient le passé, la culture et prennent de la valeur, une certaine patine, avec le temps) ou le fait que le suicide n’était pas un tabou dans l’antiquité. Le récit se diversifie, donc, et la relation entre Lucius et Satsuki s’étoffe. La présentation du voyage dans le temps et l’espace (qui demeure toujours inexpliqué) se raffine: lorsqu’il disparait en pleine conversation avec Marcus dans les bains de Baïes, son corps devient transparent avant de s’effacer. Son attachement à la jeune femme, à la station thermale d’It?, sa volonté de la protégé des “brigands” de yakusa, l’empêche de rester à son époque afin de restaurer la station thermale de Baïes et de voir à la santé d’Hadrien. Il lui reste certainement quelques choses à faire ou a apprendre au Japon… Le volume se termine sur un suspense et nous fait languir pour le prochain et dernier tome! Un très bon manga!

Thermae Romae, vol. 5, par Mari Yamazaki. Paris, Casterman (Coll. Sakka), Janvier 2013. 13.4 x 18.2 x 1.6 cm, 194 pg., 7,95 € / $13.95 Can. ISBN: 978-2-2030-6206-1. Sens de lecture original japonais. Recommandé pour jeune adulte (14+).


Le volume six, qui doit sortir très bientôt au Japon, paraîtra sans doute en français d’ici la fin de l’été 2013 (Amazon l’annonce pour juillet). Je le commenterai sans doute à ce moment-là.

Thermae Romae a été adapté en une courte série d’animation (six épisodes d’une quinzaine de minutes chacun) ainsi qu’en un film long-métrage que nous commenterons dans un billet séparé (en anglais).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Thermae Romae © 2009-2013 Mari Yamazaki. © Casterman 2012-2013 pour la présente édition française.

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Hitler de Shigeru Mizuki

“Mizuki pose une question aujourd’hui encore sans réponse : qui était Hitler ? Pour résoudre cet effrayant mystère, document.write(“”); il convoque les avatars du Führer : l’étudiant famélique, le caporal bavarois, l’agitateur politique, le chancelier du Reich, le chef de guerre. De la synthèse de ces images multiples et contradictoires naît un personnage rusé et naïf, cabotin et cruel, inquiétant et ridicule, silhouette dérisoire qui rit, sifflote, enrage, pleure et répète : «Mon empire durera mille ans.»”
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“Son expression se concentre dans ses moustaches et surtout un regard, tour à tour hypnotique comme celui de Mabuse ou mouillé comme celui d’un chien battu. Pour décor, le mangaka use de photos d’archives, qui soulignent la froide réalité de la tragédie mais aussi créent l’ambiance expressionniste et angoissante d’une Allemagne hantée, où rôde la Mort montée sur son cheval pâle.”

“Claire et didactique, cette biographie déroule les étapes d’une catastrophe implacable, rythmée par le bruit des bottes. Si elle reproduit parfois la légende hitlérienne, noire ou dorée, elle évite de diaboliser son sujet, qui demeure humain, trop humain. Terré dans son bunker, l’artiste frustré meurt dans l’écroulement de son oeuvre, le Reich de mille ans. Il n’est plus qu’un cadavre anonyme parmi des millions d’autres. Le charnier de l’Histoire engloutit les victimes et leurs bourreaux. Et les ruines de Berlin évoquent celles de Hiroshima ou Nagasaki. La folie de Hitler est celle d’un homme, de tous les hommes”. [ Texte du rabat intérieur de couverture ]

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Shigeru Mizuki est un de ces mangaka de la vieille génération (comme les Shôtarô Ishimori, Sampei Shirato, Yoshihiro Tatsumi, Osamu Tezuka, Kazuo Umezu) qui racontent des histoires relativement simple dans un style plutôt grossier et parfois caricatural. Né en 1922, il démontra tôt un talent artistique prometteur mais la 2e guerre mondiale ne lui donna pas la chance de faire carrière. Conscrit en 1943, il se retrouve en Papouasie-Nouvelle-Guinée où il vit l’horreur (malade, il survit de peu au massacre de son unité) et est grièvement blessé lors d’un bombardement allié à Rabaul en 1944. Amputé du bras gauche, il réapprend à dessiné de la main droite et, entre autres petits boulots variés, travaille comme artiste et conteur de kami-shibai (récit agrémenté de cartons illustrés qui est présenté par un conteur de rue). Il en vient aux manga sur le tard, avec la publication de Rocket Man en 1957. Il publie d’abord surtout pour le marché du Kashibonya (livres en locations à bas prix) puis joint le magazine Garo à ses débuts en 1964. Mizuki est “avant tout un créateur d’histoires de fantômes” (Frederik Schodt, Manga! Manga!, p. 15) et est surtout connu pour sa série d’histoire de Kitaro (Hakaba Kitaro [Kitaro du cimetière] et Ge ge ge no Kitaro [Kitaro le repoussant] sérialisés dans la magazine hebdomadaire Shônen de 1965 à 1969) ainsi que de nombreux autres récits d’horreur et d’épouvante inspirés des yokai (monstres) du folklore traditionnel japonais. Écrivait-il ce genre d’histoires parce qu’il était hanté par toutes ces morts dont il fut le témoins durant la guerre?

Avec les années ’70 il est finalement prêt à aborder directement un autre genre d’horreur: celle qu’il a vécut durant la guerre. En 1971, il prépublie Gekiga Hitler (??????? / Hitler: une biographie) dans le magazine hebdomadaire seinen Manga Sunday des éditions Jitsugyô no Nihonsha (qui le compilera ensuite en un seul volume en 1972). Cet ouvrage est pour lui une sorte de “projet pédagogique qui vise à lutter contre la propagande [c’est à dire la vision révisionniste des nationalistes japonais, nostalgiques du militarisme impérial] et l’ignorance” (Hitler, introduction, p. 8). C’est à la fois une introspection personnelle, où il cherche à comprendre ce qui lui est arrivé pendant la guerre, et une façon d’offrir à ses lecteurs des éléments de réflexion sur un sujet que la plupart des gens préfèreraient garder sous silence. En 1973, il poursuit cette recherche avec la publication de Sôin Gyokusai Seyo (Onward Towards Our Noble Deaths / Opération Mort), un “récit antimilitariste qui dénonce le sacrifice aveugle et vain” (Thierry Groensteen, L’Univers des mangas, p. 109) des soldats et directement basé sur sa propre expérience en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Opération Mort lui ayant donné un goût pour l’autobiographie, il publie donc Nonnonb? to ore (lit. “Mémé et moi” / NonNonBâ) en 1977. Il y fait un retour sur son enfance et explique comment il a découvert, à travers les récits d’une vieille femme, tout le “bestiaire” surnaturel traditionnel des japonais. Il poursuit en 1988 avec Comic Showa-Shi, une histoire du Japon en manga traitant de l’ère Showa (1926-1989) en huit volumes. Finalement, en 2006, il débute une nouvelle série où il s’attaque à une véritable autobiographie: Mizuki Shigeru Den (La vie de Mizuki). Son style et ses récits humains, exprimant un profond respect pour toute forme de vie, font de lui “l’un des précurseur du mouvement gekiga des années ’60, qui visait à introduire un dessin plus réaliste” (Jason Thompson, Manga: The complete guide, p. 123). Sur le mouvement gekiga, je vous réfère à mon commentaire sur A Drifting Life par Yoshihiro Tatsumi (en anglais; pour d’autres références en anglais vous pouvez consulter la notice d’ANN sur Mizuki ainsi que l’épisode CVI de “Jason Thompson’s House of 1000 Manga” consacré à Mizuki).


Shigeru Mizuki fait partie de ces auteurs dont l’étrange style mi-réaliste, mi-caricatural et les récits plus propices à la réflexion qu’au divertissement rendent plutôt impopulaire en occident. Ces auteurs (dont Shin’ichi Abe, Seiichi Hayashi, Susumu Katsumata, Shôhei Kusunoki, Imiri Sakabashira, Oji Suzuki, Yoshihiro Tatsumi — plusieurs sont d’ailleurs passé par le magazine Garo) seraient probablement restés de parfait inconnus si ce n’est du travail de quelques éditeurs qui n’hésitent pas à prendre des risques pour nous les faire connaître. Du côté anglophone on peut citer Drawn & Quarterly, un éditeur montréalais qui a publié plusieurs titres de Mizuki et de Tatsumi. Du côté français, il y a l’incontournable Éditions Cornélius (leur site étant en flash il n’y a malheureusement pas de lien direct vers leur catalogue, mais ils ont publié une dizaine de titres de Mizuki: NonNonBâ (2006), 3, rue des Mystères vol. 1-2 (2006-09), Kitaro vol. 1-10 (2007-11), Opération Mort (2008), Micmac aux enfers (2010), Mon copain le kappa (2010), Kappa et compagnie (2010), La mort, kappa et moi (2011), Hitler (2011) et Vie de Mizuki vol. 1 (2012)).

Sur Hitler de Shigeru Mizuki, il est difficile d’en rajouter sur ce que dit le texte du rabat intérieur de couverture (cité en début d’article). Une biographie d’Adolf Hitler demeure encore aujourd’hui un sujet très sensible, rarement abordé en bande-dessinée (cela nous rappel bien sûr le Maus d’Art Spiegelman ou L’Histoire des 3 Adolf d’Osamu Tezuka; il existe également une adaptation de Mein Kampf en manga, que je n’ai pas encore lu mais que j’aimerais bien éventuellement commenter). Mizuki nous présente le personnage d’une façon très objective mais désamorce la possible controverse en lui donnant une apparence caricatural. Le style de Mizuki offre d’ailleurs un “contraste entre des personnages sommaires et des décors minutieux” (Thierry Groensteen, L’Univers des mangas, p. 47), contraste frappant qu’il accentue en reproduisant des photos d’époque pour illustrer ses arrières-plans (contraste que Paul Gravett note comme étant l’une des caractéristiques du gekiga; Manga: Sixty Years of Japanese Comics, ch. 04, p. 49).

Le récit d’Hitler est intéressant, facile à lire. Ce n’est certes pas une biographie exhaustive et il ne résous pas tout à fait le débat sur qui était vraiment Hitler (un monstre? un fou? un homme ordinaire qui a fait ce qu’il croyait nécessaire? C’est au lecteur d’en juger). Toutefois, ce que nous offre ici Mizuki (un auteur maintes fois récompensé — entre autres à Angoulème pour NonNonBâ en 2007 et pour Opération Mort en 2009), c’est une leçon d’histoire excellente et toujours pertinente qu’un manga a plus de chance de transmettre à la jeune génération (tout au moins celle des années ’70, à qui ce manga était destiné) qu’un cours magistral. À lire certainement.

Hitler, par Shigeru MIZUKI. Paris, Éditions Cornélius (Coll. Pierre), 2011. 17 x 24 x 3 cm, 296 pg., 25,50 € / $47.50 Can. Sens de lecture japonais. ISBN: 978-2-36081-022-2. Recommandé pour jeune adulte (16+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Hitler © Shigeru Mizuki / Mizuki Productions. All rights reserved. Édition française © Cornélius 2011.

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Yamamoto Isoroku

“Japan, document.write(“”); summer 1939. Pressure is building for Japan to sign a pact with Germany and Italy, but admiral Yamamoto is reluctant to go to war with the US, whom he considers too powerful.” (2012 Montreal World Film Festival schedule book)

WARNING: May contains trace of spoilers! People allergic to the discussion of any plot’s elements before seeing a movie are strongly advised to take the necessary precautions for their safety and should avoid reading further.
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The full Japanese title of the movie is ???????? ????? (Rengô kantai shirei chôkan: Yamamoto Isoroku / Isoroku Yamamoto, the Commander-in-Chief of the Combined Fleet).

Yamamoto Isoroku (?? ???) was a great thinker and strategist (he’s often depicted in the movie playing shogi, a chess-like military strategy game). He told his superiors (and I am paraphrasing here) “Don’t make a tripartite alliance with Germany and Italy. If you do, the Americans will cut us from the essential supplies we need.” But eventually, they did make an alliance with Hitler. He also told them “Don’t attack the U.S., because they’re stronger than us. If we do, we’ll lose and Japan will be utterly destroyed.” But eventually, they did attack the Americans and, having no choice, Yamamoto planned the attack himself. However, he warned his superiors to “make sure to declare war before attacking the Americans, because if not it will certainly make things worse.” Of course, the Japanese embassy screwed up and the declaration of war was given one hour after the attack, angering the Americans. There is no mention in the movie of his famous quote: “we have awaken a sleeping giant,” probably because it is now considered apocryphal. Finally, he insisted that, if they had to go to war with the Americans, it would be better to hit them hard and fast in the hope to crush their morale and be able to quickly sue for peace, because he considered that if Japan had to engage in a long war of attrition with them they would definitely lose since the Americans were far superior in force and resources.

Unfortunately, his superiors took no heed of his warnings and the Pacific war quickly became a messy affair as the Japanese kept making wrong decisions after another, leading toward an ugly end. The culprit was an enormous national pride that made people believe they could win despite the odds. Even if Pearl Harbor was a strategic failure (they gambled they could destroy the American Pacific Fleet, but its most important elements, the carriers, were nowhere to be seen), it was portrayed at home as a great victory. The “success” of Midway was a failure as well (Yamamoto’s subordinates did not follow his instruction to “load half the airplanes with torpedoes in order to strike and sink the carriers that our attack will definitely draw”), but the huge lost sustained by the Navy ultimately sealed the fate of Japan. In Guadalcanal, a retreat became a “transfer of troops” in the national newspapers! Fortunately, Yamamoto died in an enemy attack in the Solomon Islands (he wanted to inspect the troops and boost their morale by his presence, but someone had stupidly broadcast his traveling plans), and therefore never witnessed the miserable end of the war.

Yamamoto Isoroku is a “biographical” drama that focuses solely on Yamamoto’s role in the Pacific War and his conviction that war against the Americans was a mistake and that, if it was indeed inevitable, the best chances of success for Japan was to aim at a quick peace after hitting them hard and fast. Not much is said on his personal life: once in a while we glimpse of his family just to remind the viewers that he is human and has a wife and children. The movie is essentially an history lesson but, thanks to an excellent storytelling, it never feels like a lecture. The director achieves this by introducing the viewers to two groups of people — a couple of newspaper reporters and the customers of a small izakaya bar — which he cleverly use to communicate to the viewers the essential historical and chronological information about the progress of the war, its historical context, what’s the public opinion at the time and who thinks what about the current strategy or geo-political situation.

Strangely, it doesn’t feel at all like an anti-war movie and is not even apologetic of Japan’s role in the war. It simply tells the viewers that, if Yamamoto’s vision would have prevailed, the Pacific War might have been avoided or at least delayed and, in case of war, an early peace would have been pursued, avoiding all the horrors that ultimately deprived Japan of its honor. It tells us (and I totally agree with that assessment) that the war was essentially caused by the stupidity of the “hawks,” the warmonger amongst the media and the political bureaucracy. Unfortunately, in order to pass his message, the director is raising Yamamoto to a status of demi-god and the movie is endlessly chanting is coolness and greatness to the point of being annoying.

I am not sure exactly what this movie is telling us about the ideology of today’s Japan. We’ve certainly seen an increase in war movies being produced lately and it seems to coincide with an hardening of the right wing parties seeking more aggressive politics. Many want to re-arm Japan or defend more aggressively Japanese territory against the claim of other countries in order to secure future resources. However, I don’t think that this movie is part of this trend. In contrary, it seems to warn us against repeating the pitfall of history (but this time the sleeping giant would probably be China).

All in all, despite its ideological aspects, it is quite an interesting movie that offers a beautiful photography where, surprisingly, the special effects are minimally obtrusive (I cannot say they are barely noticeable, but at least they are negligibly obvious). A movie well worth watching.

Yamamoto Isoroku (Admiral Yamamoto): Japan, 2011, 140 min.; Dir.: Izuru Narushima; Scr.: Yasuo Hasegawa, Kenzaburo Iida; Phot.: Takahide Shibanushi, Hiroshi Futsuta; Ed.: Hirohide Abe; Mus.: Tarô Iwashiro; Prod.: Shohei Kotaki; Cast: Koji Yakusho, Hiroshi Tamaki, Akira Emoto, Toshiro Yanagiba, Hiroshi Abe, Eisaku Yoshida, Kippei Shiina, Takeo Nakahara, Ikuji Nakamura, Mitsugoro Bando, Mieko Harada, Asaka Seto, Rena Tanaka, Toru Masuoka, Yoshihiko Hakamada, Shunji Igarashi, Asaka Seto, Rena Tanaka, Toru Masuoka, Yoshihiko Hakamada, Shunji Igarashi. Screened, in presence of one of the producers, as part of the “World Great” segment (Out of competition) at the Montreal World Film Festival 2012, on August 26th, 18:40 in Cinéma Quartier Latin 9 (a theatre with a 350-seat capacity which was a little less than 3/4 full).
Other comments or reviews:

One last point, not related to the movie itself: The primary duty of a film festival and of a movie theatre is to preserve the integrity of the artistic works it is presenting. I didn’t appreciate at all that the sound was cut off for almost the entire end credits of the movie. A soundtrack is an integral part of a movie. It’s bad enough that the movie started late (because of the Q&A of the previous movie, I think) but it is not the first year that I witness unforgivable technical screw ups at the festival and particularly at the Quartier Latin. Of course, the people of the festival say it’s the mistake of the projectionist who cannot see or ear what’s happening inside the theatre, and the acting theatre manager I spoke to said all complaints should be directed to the festival staff since they are the one in charge during the festival (even of the projectionist). This lack of respect for the movie industry craftsmen who created this film and for the viewers is quite annoying. It is a small detail, I admit, but it should never happen. The frustration I feel when this happens distract me from the enjoyment of the movie.

Update: Here’s a video of the very quick presentation made by one of the producers before the screening of “Yamamoto Isoroku” at the 2012 Montreal World Film Festival.


[ Traduire ]

Bomb Girls


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“They work in munitions factories, document.write(“”); building the arms that keep their overseas husbands, lovers, brothers and sons alive and fighting. For these women, the freedoms they’re fighting for… come to include their own. While they’re building bombs, women also find themselves flourishing with newfound freedom, discovering strengths they never before imagined. At the same time they’re often woefully under-equipped for the new challenges they face. Amid propaganda and sexual harassment, crossing social and cultural boundaries, these remarkable women form a sisterhood never experienced before.”

“BOMB GIRLS delves into the lives of exceptional women — peers, friends and rivals. There’s the fiery rich girl Gladys looking to escape her crushing social expectations. There’s gentle, honey-voiced Kate who lands in Toronto on a raft of secrets. There’s tough-talking Betty who’s finally found a place where she belongs. And the gritty matron Lorna, whose heart blossoms through the power of work and unforeseen romance. The women form an unexpected kinship, while contending with the fathers, brothers, coworkers and suitors who are also facing various struggles (and advantages) of staying home. When your overseas lover could be shot dead tomorrow, when the materials you work with could explode in your face today, when you’re not sure if the free world will even be standing next month… you play your cards how you want — and you don’t play by the old rules.” (From the show’s website introduction)

I’ve finally finished Bomb Girls which has been sitting on the PVR for a while. I must say that I found the series quite disappointing — even for a canadian production. The lack of sound environment (little background noise, even in a factory!) was particularly annoying. But either it got better or the series simply just grew on me because I found it quite enjoyable in the end.

I guess Canadian producers don’t have much experience in period drama (although they produced a few good ones like Wind at my back, but Americans have produced more — and better ones probably due to bigger budget — like Deadwood, Mad Men, Boardwalk Empire or the recent Pan Am). However the sudden popularity of the genre (particularly with British shows like Downton Abbey) didn’t give them much choice and they had to jump in despite their relative inexperience. What probably saved the show is that they didn’t aimed at producing a complex and SFX-filled series like the Americans would do, but rather tried to emulate the simpler, more subtle style of the British series (simple, theatrical-like camera shot; good period costumes, evocating sets and, particularly, strong writing).

The series improved a lot in just six episodes and I enjoyed it even if it was nothing extraordinary. As you slowly discover each girl’s history (easy since the characterization is skin-deep) you get to like them. So, if you have time (it’s available online), I recommand it nevertheless. Hopefully, the second season (with twelve episodes) will be much better.


A Drifting Life

An epic memoir from a manga master — Over four decades ago, document.write(“”); Yoshihiro Tatsumi expended the horizons of comics storytelling by using the visual language of manga to tell gritty, literary stories about the private lives of everyday people. He has been called “the grandfather of Japanese alternative comics” and has influenced generations of cartoonists around the world. Now the visionary creator of The Push Man and Other Stories and Good-Bye has turned his incisive, unflinching gaze upon himself. Over ten years in the making, A Drifting Life is Tatsumi’s most ambitious, personal, and heart-felt work: an autobiographical bildungsroman in comics form. Using his life-long obsession with comics as a framework, Tatsumi weaves a complex story that encompasses family dynamics, Japanese culture and history, first love, the intricacies of the manga industry, and most importantly, what it means to be an artist. Alternately humorous, enlighting, and haunting, this is the masterful summation of a fascinating life and an historic career.” [Text from the back-cover]
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Yoshihiro TATSUMI [?? ????] was born in 1935 in Tenn?ji-ku, Osaka. Inspired by the work of Osamu TEZUKA and Noboru ÔSHIRO, he starts drawing manga in junior high school and has his first works (simple 4-panel and postcard manga) published in 1949. His first full-length story, Kodomojima (Children’s Island), is published by Tsurushobô in 1954. He becomes part of a group of artists based in the Kansai region publishing mostly for the kashibon’ya market (libraries specialized in renting hardcover books—many publishers, like Hinomaru bunko, produced their books and anthologies exclusively for that market). He then starts to be regularly published in manga compilation (contributing to anthologies like Kage [Shadow] or Machi [City]) and constantly experiments with his storytelling. His stylistic research culminate with the publication of Kuroi Fubuki (Black Snowstorm) in 1956.

Tatsumi (and the group of artists he associated with: Takao SAITÔ, Masaaki SATÔ, Masahiko MATSUMOTO among others) was writing action-oriented stories that were darker than the typical manga, and therefore, aimed at an older, more mature readership. His stories were about people’s everyday life and were using realistic themes that were more in sync with the socio-political problems of the time. In order to express such a complex storytelling he was using artistic techniques inspired by cinema (he was a big movie fan). That allowed for more expressive stories, as the narrative was better paced and the action flowing more naturally through the panels. In order to distinguish his style from the more comical and childish manga that was usual at the time, Tatsumi gave it the name “gekiga” (drama pictures). His group of artist was known as the “gekiga workshop.”

A Drifting Life (????, Gekiga Hyouryuu / A Drifting life in gekiga) was originally published in 2008 by Seirin Kogeisha. In this manga, Tatsumi is recounting how he got inspired by his brother, despite their sibling rivalry, to become a manga artist, how he met and exchanged with Osamu Tezuka and how he becomes the mangaka he is today. It is an autobiographical story but he changed his name to “Hiroshi Katsumi” (and also altered a few other characters’ name) in order to distance himself from the story (and hopefully avoid getting in trouble with his friends appearing in it!). We learned how he got involved with the pay-library market and created the gekiga workshop—which was quite successful until the late 50s and early 60s. At that time, Japan started to experience a postwar economic hyperdrive and, as people had a bigger disposable income, they were buying more than renting their manga. The pay libraries slowly faded away in favor of competing magazine publishers. Manga magazines grew in number, became much thicker and were published more frequently (often weekly instead of monthly).

A Drifting Life is a great book for many reasons. I’ll give you three of them. First, it is simply a good read as it tells a compelling human story. Second, if you are interested in Japanese culture, this manga offers some insights on ordinary people’s daily life and chronicles many events of Japan history during the 50s & 60s. Finally, and foremost, it provides an essential account of the history of manga. Of course, some might consider Tatsumi’s artwork a little crude and cartoony (the same can be said of Tezuka’s work), but there’s so much strength in the storytelling that you don’t really notice. What you do notice is the size of the book (840 pages! 2 inches thick!) which makes it a little difficult to manipulate and read, but not enough to deter from its captivating story (and, on the positive side, it can help develop your forearms!). Therefore, if you are seriously into manga, A Drifting Life is a must. If you are not convinced, you should know that it has just won two Eisner awards: for the Best U.S. Edition of International Material (Asia category) and for the Best Reality-Based Work of the year.

A Drifting Life, story & art by Yoshihiro TATSUMI (edited by Adrian Tomine, translated by Taro Nettleton). Montreal, Drawn & Quarterly, 2009. Paperback, 840 pages, 6.125 x 8.25 in. (22.1 x 16.5 cm), b/w. ISBN: 9781897299746. $29.95 US / $36.95 CDN. Recommended for teenagers (14+). See a preview of the first chapter (from the NYT) and of pages 53-59 (on the publisher’s website).
A Drifting Life © 2009 by Yoshihiro Tatsumi. © 2009 by Drawn & Quarterly for this english edition. All Rights Reserved.

More Yoshihiro TATSUMI books are available in translation. In English: Good-Bye and other stories (Catalan, 1988), The Push Man and other stories (D&Q, 2005), Abandon the Old in Tokyo (D&Q, 2006), Good-Bye (D&Q, 2008), Black Blizzard (D&Q, 2010); In French: Hiroshima (Artefact, 1983), Coups d’éclat (Vertige, 2003), Les larmes de le bête (Vertige, 2004), Good bye (Vertige, 2005), L’enfer (Cornélius, 2008).

Further readings: Yoshihiro TATSUMI official website, “Manifesto of a Comic-Book Rebel“ in New York Times (2009/04/14), review in Anime News Network (2009/07/04), and an interview in About.com: Manga.

Note: I am rather disappointed that Drawn & Quarterly did not even deign to answer my request for a review copy. Fortunately, Montreal (besides snobby publishers) has a great network of public libraries (free books!).

Kaze no Shō: Le livre du vent

“En l’an deux de l’ère Keian, document.write(“”); époque d’Edo, deux clans s’affrontent dans une guerre sans merci autour d’un manuscrit secret, les Chroniques secrètes des Yagyû. Dans ses pages se trouvent des secrets capables de faire trembler le sh?gunat des Tokugawa. C’est à Yagyû Jûbei, escrimeur légendaire et gardien des Chroniques secrètes, d’empêcher le Japon de sombrer dans une guerre civile sanglante. Une fascinante plongée dans l’histoire du Japon, mise en scène par deux auteurs-culte du manga, Jir? Taniguchi et Kan Furuyama” [Texte de couverture arrière]
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Taniguchi démontre une fois de plus sa polyvalence avec un récit d’action samurai (Jidai mono). En l’an trente et un de l’ère Meiji (1899), un groupe de haut fonctionnaires se réunissent chez Kaishu Katsu pour discutter du bon vieux temps. Ce dernier leur révèle que, peu de temps après que le sh?gun Yoshinobu Tokugawa lui ait confié les pouvoirs du bakufu (sh?gunat), il reçu la visite du douzième maître du clan Yagyû qui lui avait alors remit le légendaire manuscrit des “Chroniques Secrètes des Yagyû”. Rédigé par le sh?gun Ieyasu lui-même, le manuscrit contenait les secrets des Takugawa et devait être transmis de génération en génération à ceux qui avait en mains les pouvoirs du bakufu. Ce sont les révélations du manuscrit qui poussèrent sans doute Kaishu à abdiquer ses pouvoirs et négocier la capitulation d’Edo afin d’éviter une effusion de sang inutile…

Il entreprend donc de raconter à ses collègues comment, en l’an deux de l’ère Keian (1649), Yagy? J?bei réussit à déjouer un complot de Lord Gomino, le mikado (empereur) maintenant retiré à Ky?to, qui visait à renverser le bakufu des Tokugawa. Cet exploit, resté inconnu aux historiens, évita ainsi que le pays sombre dans une guerre civile sanglante. Kaishu débute son récit avec le vol des “Chroniques” par les agents du mikado et il le termine avec leur restitution lors de la confrontation finale entre J?bei et le ninja Yashamaro. Ce serait une histoire relativement simple si ce n’était des nombreuses références culturelles et historiques qui ne sont pas toujours évidentes pour les occidentaux (heureusement il y a des notes en bas de page et un glossaire) et qui alourdissent un peu la lecture.

Kaze no sh? [??? / Le livre du vent] a d’abord été sérialisé dans le magazine Young Champion avant d’être republié en volume (“tank?bon”) par Akita Shoten en 1992. C’est le premier manga historique auquel Taniguchi a contribué. Il est difficile de dire dans quelle mesure les événements de ce récit sont véridique—Yagy? J?bei Mitsuyoshi (1607-1650) fut bel et bien, avec Miyamoto Musashi, un des samurai légendaires du Japon—mais comme le scénariste Kan Furuyama est fervent d’histoire du Japon on peut supposer qu’il a donné au récit une solide base historique. Quoiqu’il en soit, Furuyama semble conclure que les “Chroniques Secrètes des Yagyû” et cette première tentative de restauration du pouvoir impérial ont été un élément clé non seulement pour l’avénement de l’ère Meiji (en 1868)—avec l’abolition définitive du Bakufu (sh?gunat), puis l’ouverture et la modernisation du Japon—mais également pour établir les bases de la mythologie impériale qui poussera une bande de fanatiques à instaurer une dictature militaire qui éventuellement ruinera le Japon en entreprenant la conquête de l’asie toute entière!

Avec Kaze no Sh?, le style de Taniguchi diffère de la clarté et de la précision qu’on retrouve dans ses récits plus personnels. Il adapte son trait aux besoins du genre historique avec des scènes toujours détaillées mais aussi beaucoup plus chargées (on retrouve beaucoup de “ligne de vitesse” en trame pour exprimer le mouvement et l’action). Une autre conséquence de ce choix de genre est que les déambulations paisibles auxquels Taniguchi nous a habitué laissent place à des combats sanglants et à des scènes de violence. L’histoire est cependant intéressante et nous fait découvrir bien des aspects méconnus de l’histoire japonaise mais la lourdeur tant du texte que des planches en rend la lecture moins agréable que la plupart de ses autres ouvrages.

C’est donc une oeuvre mineure mais qui mérite tout de même d’être lue, car ce manga seinen (pour jeune homme) est plus réaliste et éducatif que la plupart des manga sh?nen (pour jeune garçon) de baston pseudo-historique—les Naruto, Rurouni Kenshin, Samurai Champloo, Samurai Deeper Kyo, etc., qui sont malheureusement beaucoup plus populaires—et il se compare pas trop mal aux canons du genre (les Habitant de l’infini, Lone Wolf & Cub ou Vagabond, qui sont tous avantagés par le fait que ce sont des séries).

Kaze no Sh?: Le livre du vent, par Jir? TANIGUCHI & Kan FURUYAMA. Panini Comics (Coll. Génération Comics), 2004. B&W (4 pg en couleur), 17 x 24 cm, 236 pgs. 14.00 € / $24.95 Can. Recommandé pour adolescents (14+). ISBN: 978-2845382923.
Also released in English under the title Samurai Legend (CPM Manga [Central Park Media], Cat.# CMX 63801G, 2003, 240 pg, ISBN 1-58664-856-X, $15.95 US, rated 16+). To be reviewed separately later.
Kaze no Sh? © 1992 Jiro Taniguchi / Kan Furuyama • Akita Publishing Co., Ltd. © 2006 Panini France S.A. pour l’édition française.

Triumph Of The Will

“Triumph des Willens” (aka “Dokument vom Reichsparteitag”) is Leni Riefenstahl’s infamous propaganda / legendary documentary film about the 1934 Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (National Socialist German Workers Party, document.write(“”); or NSDAP, also known as the Nazi Party) rally in Nuremberg, Germany. It shows mostly parades and speaches by Hitler, Himmler, Goebbels, Hess, Goering and other top party officials.
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Some have argued that this movie cannot be considered a documentry because it was so closely edited that it was clearly made as propaganda for the Third Reich. I disagree. Yes, the movie was edited but Riefenstahl was a very skillful filmaker and she certainly wanted to created a beautiful and powerful movie. I believe the editing was for that purpose and not to forward the agenda of her sponsor, Goebbels’ Ministry for Public Enlightment and Propaganda. Despite that she made several films for Hitler documenting the Nazi regime, Riefenstahl has always claimed not to have been a Nazi herself. It would have been propaganda if the movie would have had a narration track exalting the glory of the party, but Riefenstahl is there only to bear witness of the event and Hitler’s powerful speaches and theatrics speak for themselves. There’s only a modern subtitle translating the speaches and describing who’s doing what. In retrospective, it is even more a documentary as it opens a window to what Hitler and the NSDAP were in their beginning–only in their second year of power and five years before the war. It also shows how beautiful the old city of Nuremberg looked before beiing destroyed in the war.

Others would definitely argue that this movie is an abomination and should have never been released on DVD. I beg to disagree. Hitler and the Nazis did exist and it serves no purpose to deny it. In fact, yes, it was a painful period of the human history, but it is also very important to teach it so everybody knows what happened and how it happened in order to avoid ever repeating such terrible mistakes. However, it must also be told that Hitler did a great good to Germany: he used the resentment generated by the defeat and humiliation of the Great War (WWI) to motivate and raise the moral of the Nation, allowing to reorganize the country, rebuilt the destroyed economy (he established the first German autobahn, or highways, for example), but he did it so strongly that it went inevitably on the path of war.

The movie also make clear that Hitler’s achievements were not the result of an haphazard process, but that his evil intents were in the planning from the start. Already in 1934, he makes allusion in his speaches to the racial purity; and the fact that he deliberately chose the swastika as emblem and borrowed so many ideas from the Romans (banners, monumental military display, creating new road infrastructure, etc.) demonstrate that he already had the intention to follow in Napoleon’s footsteps and unify Europe under his Thousand-Year Reich.

It is eerie to think that such a dull and ordinary-looking megalomaniac could use monumental sets and perform well-crafted speaches with such a powerful result that it borders mind-control. It is scary to think that it could happen again. And it is funny, because I could not watch this movie without thinking about Star Wars: Lucas definitely found inspiration in this movie for his music, costumes and sets.

“Triumph Of The Will” is a beautiful movie and a great example of cinematogrophic art, but, more importantly, it has a great historical value. It fits quite well in my DVD library, alonside movies like The Birth Of A Nation. It really must be seen.

The extras includes another short movie (17 min.) by Riefenstahl (“Day Of Freedom”) as well as an audio commentary by historian Dr. Anthony R. Santoro. About the movie, see also the Wikipedia page.

Triumph Of The Will. Germany, 1935, 114 min., B&W, subtitled in English; Dir./Ed.: Leni Riefenstahl; Scr.: Leni Riefenstahl, Walter Ruttmann; Phot.: Sepp Allgeier, Karl Attenberger, Werner Bohne; Music: Herbert Windt. Not Rated.


Triumph Of The Will (new edition) ©2000 The Film Preserve, Ltd. All Rights Reserved. Packaging ©2006 Synapse Films, Inc