Monnaies anciennes 36

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (4)

Volusianus (251-253 EC)

Caius Vibius Afinius Gallus Veldumnianus Volusianus est né vers 230 et ses parents sont Trebonianus Gallus et Afinia Gemina Baebiana. Lorsque son père (qui est alors gouverneur de Mésie) est proclamé empereur en juin 251 suite à la mort de Decius durant une campagne contre les Goths, il adopte le fils de ce dernier, Hostilianus, pour légitimer son pouvoir et le fait auguste et co-empereur. Il ne donne à son propre fils, Volusianus, que le titre de César mais le marie à la soeur de Hostilianus. Toutefois, à la mort de celui-ci en novembre 251 (soit de la peste [selon Aurelius Victor], soit assassiné [Selon Zozime]), Volusianus le remplace comme auguste et co-empereur. Il est fait consul en 252 et 253. L’Empire est lourdement affecté par la peste et, si Trebonianus Gallus avait acheté la paix avec les Goths, cela ne les a pas empêcher de continuer leur incursion en Mésie. À la même époque, les Sassanides envahissent la Mésopotamie et même capturent Antioche! Compte-tenu du sort de leur prédécesseur, les empereurs décident d’éviter la confrontation et restent à Rome. C’est sans doute ce fait qui incita le commandant de l’armée de Mésie, Aemilianus, à se rebeller et à usurper le pouvoir. Trebonianus Gallus et Volusianus furent assassiné par leur propre soldats en août 253, ceux-ci décidant de se soumettre aux forces supérieures de l’usurpateur qui marchait sur Rome. Ils n’auront régné que deux ans.

IMG_9125-9131Je n’ai qu’une seule pièce de Volusianus et c’est un relativement beau antoninianus (F [Fine] / G [Good], Ar [argent, à faible titre probablement autour de 30-35%], 20 x 22 mm, 3.5736 g, payé environ $5, caractérisé par un dépôt verdâtre [bleu saphir et sarcelle/teal pour être plus précis] plus important sur le revers, die-axis: ↑↑). Sur l’avers on retrouve un buste de l’empereur radié, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERTOR] CAE[SAR] C[AIVS] VIB[IVS] VOLVSIANO AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Pax debout à gauche tenant une branche d’olivier dans la main droite et un long sceptre transversal dans la main gauche, avec une étoile dans le champs droit et l’inscription latine (peu visible) PAX AVGG[VSTI] (“la paix des empereurs” — le double “G” dénote un pluriel).

Selon le RIC (Mattingly, H., Sydenham, E.A. & Sutherland C.H.V.. Roman Imperial Coinage, vol. IV, part III, London: Spink & Son, 1949, pp. 153-157, 178), “La 3e émission [avec les CONCORDIA AVGG (assise), PAX AVGG et VIRTVS AVGG] couvre probablement l’année 252. L’étoile dans le champs qui accompagne un tiers des émissions devrait marquer une occasion spéciale de bon augure — le consulat conjoint des empereurs le 1er janvier (?) ou l’anniversaire de leur accession (?). (…) On notera que la composition de la 3e émission est certaine. Le seul doute est de savoir si l’émission avec «l’étoile» précède, suit ou est enchâssée dans l’autre. Notez les nombres élevés pour les PIETAS AVGG et PAX AVGG, le nombre bas pour la VIRTVS AVGG. [p. 154] (…) L’émission avec une étoile ne couvre qu’environ un tiers de l’année. En tant que symbole solaire, l’étoile avait été utilisée par l’empereur Elagabalus, prêtre du dieu-soleil Elagabalus. L’occasion exacte n’a pas été déterminée. [p. 157]” Cette pièce aurait donc été frappée à Rome durant l’année 252.

Après la mort de Decius aux mains des Goths en juin 251, Trebonianus Gallus leur achète la paix. Cela accorde à l’Empire un bref répit — qui est probablement célébré par cette pièce de monnaie. Toutefois, la paix prend fin en 252 alors que le roi Sassanide Shapur I et son fils Ardashir I traversent l’Euphrate avec leur troupes pour envahir la Mésopotamie lors de la bataille de Barbalissos. Et, en 253, le gouverneur Aemilianus refusant de leur payer un tribut, les Goths envahissent à nouveau la Mésie.

Sources: Wikipedia (Volusianus [FR/EN], antoninianus [FR/EN], Couronne radiée [FR/EN], Pax [FR/EN]), Google, FAC (Volusian, Catalog, Catalog, Catalog), ERIC (Volusian); RIC 4.3: 180; CoinProject, Numismatics, CoinArchives, WildWinds (text, image), acsearch, acsearch. Voir aussi ma fiche.

Marcus Aemilius Aemilianus (originaire de Maurétanie) est gouverneur de Mésie lorsque les Goths transgressent à nouveau la frontière romaine. Il réussi à les repousser au-delà du Danube. Fort de ce succès, il est proclamé empereur par ses troupes le 24 juillet 253. Trebonianus Gallus charge alors le commandant des armées du Rhin et du Haut-Danube, Valerianus, de mettre fin à cette révolte mais ce dernier est lui-même acclamé empereur par ses troupes! Les deux armés marchent sur Rome et, après la mort de Trebonianus Gallus et Volusianus en août 253, Aemilianus est reconnu comme leur successeur par le sénat. Malheureusement, son armée décide de se rallier plutôt à Valerianus et il est assassiné ! 

Cette constante lutte pour le pouvoir entre les militaires provoque une longue période d’anarchie qui plongea l’Empire Romain dans une grave crise socio-économique. À cette époque, il y a tellement d’usurpateurs du pouvoir que l’Histoire Auguste parle des Trente tyrans (quoique les autres sources historiques et numismatiques ne permettent d’en confirmer que dix-sept). Malgré cela (et en plus de la constante pression sur les frontières notamment en Gaule et en Orient), les règnes de Publius Licinius Valerianus (qui dura sept ans) et de son fils Publius Licinius Egnatius Gallienus (15 ans) offriront un peu de stabilité. Lorsque Valerianus est capturé par les Sassanides en 260, lors de la bataille d’Édesse (pour subséquemment mourir en captivité), Gallienus — jusqu’alors co-empereur avec son père — règnera seul sur l’empire. Dès la semaine prochaine, nous traiterons de son règne (probablement en deux ou trois parties car je n’ai pas moins de neuf pièces de monnaies de Gallienus!).

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Monnaies anciennes 35

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (3)

Philippus II (247-249 EC)

Marcus Iulius Severus Philippus est né en 237. Ses parents sont Philippus Arabus et Otacilia Severa. Lorsque son père devient empereur en février 244, il est fait Caesar alors qu’il n’est âgé que de sept ans. Trois ans plus tard, en 247, il est fait consul. À son retour triomphal, suite à une campagne militaire victorieuse sur le Danube, son père le fait Auguste et co-empereur en août 247. L’année suivante, il est fait consul pour une seconde fois et, en avril 248, Rome célèbre un millénaire depuis sa fondation avec des jeux séculaires. Toutefois, l’Empire connait une grave crise socio-économique qui cause beaucoup de mécontentement au sein de la population et de l’armée, ce qui encourage l’apparition de plusieurs usurpateurs du pouvoir impérial. Son père meurt à l’automne 249 alors qu’il affronte l’un d’eux, Traianus Decius, durant la bataille de Vérone. Les sources antiques semblent indiquer que Severus Philippus soit mort avec son père, mais les historiens modernes croient plutôt qu’il lui a survécu et a brièvement régné seul sur l’empire, avant d’être assassiné par les prétoriens qui favorisaient Decius. Il n’avait que douze ans.

IMG_8278-8279Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Philippus II. C’est un très beau sesterce (F [Fine], Ae? [bronze] ou Orich.? [orichalque / laiton], 28 mm, 17.146 g, payé environ $35 le 1985/12/17; d’une couleur jaunâtre; die-axis: ↑↑) qui nous offre sur l’avers un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] PHILIPPVS AVG[VSTVS]. Le portrait juvénile nous confirme qu’il s’agit bien de Philippus II et non de son père, qui avait frappé des pièces similaires. Le revers illustre une Pax debout à gauche tenant une branche d’olivier et un sceptre transversal, avec l’inscription latine PAX AETERNA (“paix éternelle”) et un S[ENATVS] C[ONSVLTVM] (“par décret du sénat”) dans le champs de part et d’autre. 

Cette pièce date donc de l’époque où Philippus II était Augustus (247-249) et probablement au tout début du principat, alors que la victoire de la campagne danubienne était suffisamment fraîche pour laisser encore un espoir de paix durable (sinon éternelle), c’est-à-dire en 247. Cette datation est d’ailleurs confirmée par le RIC (Roman Imperial Coinage, vol. IV, part III, pp. 58, 61-62, 103).

Sources: Wikipedia (Philippe II [FR/EN], Pax [FR/EN]); FAC (Philip II, Pax, Pax Aeterna, scepter), ERIC (Philip II); S-RCV (1983): 2572, RIC 4.3: 268c; Numismatics, Wildwinds, CoinArchives, MA-Shops, sixbid. Voir aussi ma fiche.

Je n’ai pas de pièces du successeur de Philippus, Decius (mais j’en ai une de son épouse, Herennia Etruscilla, dont j’ai déjà parlé un peu plus tôt, dans le vingtième épisode de cette série). Caius Messius Quintus Decius est né en 201 dans la province de Pannonie inférieure. Sénateur, il aurait été gouverneur de Mésie inférieure dans les années 230, puis préfet de Rome en 245. En 248, alors que les Goths font des incursions sur la frontière du nord et que des usurpateurs fomentent la rébellion, Philippus l’envoie (en compagnie de son fils Herennius Etruscus) pour mater la révolte de Pacatianus en Mésie. Ayant aisément accompli cette tâche, Decius devient lui-même usurpateur et est acclamé empereur par ses troupes. Il défait Philippus à Vérone, puis il entre à Rome où le sénat confirme ses pouvoirs. Il prend alors le nom de Traianus Decius. Son bref règne est affligé des même problèmes que son prédécesseur: des usurpateurs (Lucius Priscus et Valens Licinianus) et des invasions de Goths. Il meurt, au côtés de son fils Herennius, en combattant les Goths lors de la Bataille d’Abrittus. Le gouverneur de Mésie, Trebonianus Gallus (dont je n’ai pas de pièces non plus), est aussitôt acclamé empereur par les troupes survivantes. Il adopte l’autre fils de Decius, Hostilianus, pour légitimer son pouvoir et fait un caesar de son propre fils, Volusianus. Nous discuterons de ce dernier la semaine prochaine !

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Monnaies anciennes 34

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (2)

Philippus Arabus (244-249 EC)

Marcus Julius Philippus est né dans la province d’Arabie vers 204. En 234, il marie la fille d’un gouverneur, Otacilia Severa, qui lui donne un fils en 237, Marcus Julius Philippus Severus. On sait peu de choses de lui avant qu’il ne remplace Timesitheus comme préfet du prétoire à l’hiver 243. Lorsque Gordianus meurt durant sa campagne contre les Perses sassanides en février 244, Philippus est acclamé empereur par les troupes. Il s’empresse de conclure la paix avec Shapur Ier et lui paie un lourd tribut d’un demi-million de sesterces pour la libération des prisonniers romains. Avant de revenir à Rome, il fait construire des monuments dans sa province natale à Bostra et Héliopolis, ainsi que la ville de Philippopolis. À Rome, le sénat confirme sa position mais dès 245 il doit repartir en campagne militaire contre les Carpes sur la frontière Danubienne, puis contre les Arsacides en Arménie qui refusent de reconnaitre le traité de paix avec les Sassanides. Il revient toutefois à Rome en août 247, juste à temps pour célébrer le millénaire de la fondation de Rome avec l’organisation de Jeux séculaires en avril 248. Il profite de l’occasion pour faire de son fils, Philippus II, son second (caesar) et son héritier. 

La dévaluation de la monnaie et des troubles sociaux (notamment en Égypte, ce qui perturbe l’approvisionnement en blé) causent beaucoup de mécontentements (particulièrement au sein de l’armée), ce qui suscite l’apparition de nombreux usurpateurs: Pacatianus sur le Danube, Jotapianus en Orient, Silbannacus, Sponsianus et même Traianus Decius (préfet de Rome et commandant exceptionnel des troupes en Pannonie et Mésie) qui est acclamé empereur par ses troupes et marche sur Rome. À l’automne 249, Philippus et son fils doivent l’affronter à Vérone avec des effectifs moins nombreux et moins expérimentés. Ils sont vaincus et assassinés. C’est au tour de Decius de prendre le pouvoir… 

Anecdote intéressant, le surnom de Philippus Arabus (Philippe l’Arabe, étant donné qu’il est originaire de la province d’Arabie) lui a été attribué tardivement puisqu’il apparaît pour la première fois dans un ouvrage de la fin du IVe siècle, l’Épitomé de Caesaribus. C’est également une tradition tardive qui présente Philippus comme le premier empereur chrétien: Eusèbe de Césarée en fait d’abord mention au IVe siècle dans son Historia Ecclesiastica (VI, 34) et l’idée sera ensuite reprise par Jean Chrisostome (de S. Babylas 1), Hieronymus de Stridon (Chronicon), Orosius (Historia Adversus Paganos 7, 28) au Ve siècle, et Jordanis (Getica XVI) au VIe siècle. Après avoir longuement débattu sur ce sujet, le modernes s’entendent qu’il est peu probable que Philippus ait été chrétien puisqu’il était le grand pontif de la religion romaine. Il en connaissait certainement les préceptes, auxquels il était sans doute réceptif, et il en tolérait la pratique. Toutefois, il n’y a aucune preuve numismatique ou épigraphique qu’il y ait été convertie.

IMG_9052-9059Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Philippus. C’est un très beau sesterce (F [Fine], Ae [bronze], 25 x 28 x 28.5 mm, 15.131 g, payé environ $20 le 1985/01/25; caractérisé par une couleur gris foncée, une encavure au centre de l’avers [sur l’oreille], une rognure pour lui donner une forme plus carrée et par de petits trous sur la bordure qui ont probablement servi à porter la pièce comme un médaillon; die-axis: ↑↑). Cette pièce présente sur l’avers un buste de l’empereur barbu, lauré, drapé et cuirassé à droite avec l’inscription latine IMP[ERATOR] PHILIPPVS AVG[VSTVS]. Le revers illustre une Felicitas debout de face, la tête tournée à gauche, tenant un caducée dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, avec l’inscription latine P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIA] P[OTESTATE] IIII CO[N]S[VL] II P[ATER] P[PATRIAE] et un S[ENATVS] C[ONSVLTVM] dans le champs de part et d’autre. 

Deux remarques viennent à l’esprit au cours de l’identification de cette pièce. Il y a d’abord deux types d’inscription possibles sur l’avers: IMP M IVL PHILIPPVS AVG (RIC 150a) et IMP PHILIPPVS AVG (RIC 150c). Compte tenu de la grosseur, de l’espacement et de la disposition du lettrage de l’inscription, cette pièce appartient clairement au deuxième type. Ensuite, la titulature du revers nous permet une datation précise. Philippus reçoit les titres d’Augustus, Imperator, Pontifex Maximus et Pater Patriae lors de son accession au pouvoir en 244 mais ne reçoit la puissance tribunicienne (renouvelée annuellement au 1er janvier) pour la quatrième fois (TR P IIII) et le consulat pour une seconde fois (COS II) seulement en 247. La pièce ne peut donc dater que de cette année là.

La représentation de la Felicitas est sans doute une façon de souhaiter “bonne chance” à l’empereur ou de souligner ses succès alors qu’il conclut une campagne militaire et qu’il s’apprête à célébrer, l’année suivante, le millième anniversaire de la ville éternelle.

Sources: Wikipedia (Philippe l’Arabe [FR/EN], Felicitas [FR/EN], caduceus [FR/EN], cornucopiae [FR/EN]), FAC (Philip I, Felicitas), ERIC (Philip I); S-RCV (1983): 2498, RIC 4.3: 150c; Wildwinds, Wildwinds (text, image), CoinArchives, CoinArchives, CoinProject, Numismatics, British Museum, acsearch, acsearch, acsearch. Voir aussi ma fiche.

La semaine prochaine je vous présente une pièce de Philippus II.

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Monnaies anciennes 33

La crise du IIIe siècle (1): Les usurpateurs (1)

La mort de Severus Alexander précipite l’Empire Romain dans une période d’anarchie militaire où se succèdent de nombreux “empereurs-soldats.” Déstabilisé dans tous ses aspects, l’empire connaitra au IIIe siècle une grave crise qui débute avec la période dite des “usurpateurs”. Le 20 mars 235 Maximinus Thrax est proclamé empereur par les légions de Germanie. Plusieurs usurpateurs lui contestent le pouvoir (Magnus, Quartinus, Gordianus et son fils Gordianus II) et le sénat proclame de son côté Pupienus Maximus et Balbinus, mais c’est le petit-fils de Gordianus (l’enfant de sa fille Antonia Gordiana), qui avait été brièvement co-empereurs avec Pupienus et Balbinus, qui finit par prendre les rênes de l’Empire.

Gordianus III (238-244 EC)

Marcus Antonius Gordianus nait le 20 janvier 225 dans une famille sénatoriale originaire d’Asie Mineure. Après que Maximinus Thrax ait été assassiné par ses propres troupes, il est fait Cæsar le 22 avril 238 (alors qu’il n’a que treize ans) à la demande du peuple. Toutefois, les prétoriens éliminent Pupienus et Balbinus, et dès le 29 juillet 238 il devient le seul empereur. Il prends alors le titre de Imperator Cæsar Marcus Antonius Gordianus Pius Felix Augustus. Due à son jeune âge, l’administration de l’Empire revient surtout à sa famille et à son conseillé, Timesitheus — dont il épouse la fille (Furia Sabina Tranquillina) à l’été 241. Son bref règne est consacré a apaiser de nombreux troubles: en 240 le proconsul d’Afrique Sabinianus tente une révolte, il conclut un traité avec les Goths en Mésie inférieure, en 241 le peuple de Rome s’agite à cause de l’inflation, puis les Perses sassanide menacent la frontière de Mésopotamie et de Syrie. Le 11 février 244, Gordianus III est mortellement blessé dans une bataille près de Falludja. Le préfet du prétoire Marcus Julius Philippus lui succède. Il est déifié et on lui consacre un mausolée.

IMG_8276-8277J’ai deux pièces de monnaie de Gordianus III. La première est un sesterce très beau mais assez ordinaire (F [Fine], Ae [bronze], 29-30 mm, 17.799 g, payé environ $35 le 1985/12/17; die-axis: ↑↑) qui nous offre en avers un buste drapé et lauré de l’empereur, à droite, avec l’inscription latine IMP[ERATOR] GORDIANVS PIVS FEL[IX] AVG[VSTVS]. Le revers représente une Felicitas debout de face, la tête tournée à gauche, tenant un caducée dans la main droite et une corne d’abondance dans la gauche, avec l’inscription latine FELICITAS AVG[VSTI] et un S[ENATVS] C[ONSVLTVM] dans le champs de part et d’autre (La bonne fortune de l’empereur, par décret du sénat). Rien ne permet de dater cette pièce avec précision mais le RIC indique que la titulature de l’avers daterait de la fin du règne, du printemps 240 à février 244. L’ajout du Pius Felix indiquerait sa piété envers ses prédécesseurs, Gordianus I & II, et référerait à sa chance d’avoir supprimée la révolte en Afrique. La représentation de la Felicitas ferait possiblement allusion à son départ pour l’Orient ou, plus probablement, à son mariage avec Tranquillina en 241. Sources: Wikipedia (Gordianus III [FR/EN]); Sear RCV (1988): 2384, RIC 4.3: 310a, C 76; CoinArchives. Voir aussi ma fiche.

IMG_8950-8953La seconde pièce, une petite dénomination de bronze (AE22) grecque impériale, est en moins bonne condition (quoique encore assez belle) mais est beaucoup plus intéressante (G [Good], Ae [bronze], 22 mm, 10.821 g, payé environ $7; die-axis: ↑↖︎). L’avers représente un buste de l’empereur lauré, cuirassé et drapé d’un paludamentum, une étoile dans le champs droit, avec l’inscription grecque (illisible) AVTOK K M ANT ΓOPΔIANOC CEB (Autokratos Kaisar Marcos Antoninos Gardianos Cebastos = Imperator Caesar Marcus Antoninus Gordianus Augustus). Le revers représente un buste, à droite, du roi d’Edessa (Osroène, Mésopotamie), Abgar X Phraates, barbu, portant une tiare diadèmée, un collier et une robe, une étoile dans le champs gauche, avec l’inscription grecque ABΓAPOC BACIΛEYC (Abgaros Basileus = roi Abgar). 

Le royaume d’Edessa était un petit état d’origine nabatéenne qui avait réussi à acquérir son indépendance des Parthes puis des Sassanides. Caracalla en fit une province romaine en 216, mais il était apparemment redevenu un état satellite de Rome du temps de Gordianus III, qui en fit son allié dans sa campagne contre Sapor Ier. Cette pièce conjointe frappée à Edessa commémore cette alliance et daterait de 242-244 (du début de la campagne contre les Sassanides jusqu’à la mort de Gordianus III).

Sources: Wikipedia (Gordianus III [FR/EN], Abgar d’Édesse, Edessa [FR/EN], Osroène [FR/EN]), Iranica online; BMCG (XXVII) #144-158; acsearch, acsearch, coincommunity, vcoins, vcoins, coinarchives, wildwinds (text, image). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Hill, G.F. Catalogue of the Greek Coins in the British Museum Vol. 27: Arabia Mesopotamia, and Persia. London: BM, 1922. pp. 114-116.

On poursuit la semaine prochaine avec une pièce de Marcus Julius Philippus dit “Philippus Arabus.”

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Monnaies anciennes 32

Les Sévères (4)

Severus Alexander (222-235 EC)

Gessius Bassianus Alexianus est né à Arca (Phénicie syrienne) en 208. Son père est Gessius Marcianus et sa mère est Julia Mamæa (fille de Julia Mæsa et nièce de Julia Domna). Petit-neveu de Septimius Severus, il est fait césar par son cousin Elagabalus en 221 et lui succède lorsqu’il est assassiné en mars 222. Il prends alors le nom de Marcus Aurelius Severus Alexander et n’a que quatorze ans. Sous l’auspice de sa grand-mère il reçoit une excellente éducation mais n’est guère doué pour les affaires militaires (ce qui fait qu’il n’est pas très aimé de l’armée). Son règne, qui dura treize ans, est relativement paisible et prospère. Il est considéré comme un empereur simple, sage, juste et pieux. Il réforme la morale, redonne du pouvoir au sénat, fait des réformes économiques favorisant les pauvres et bâtit de nombreux monuments. Même si il est pacifique, il doit néanmoins défendre les frontières d’abord contre les Perses sassanides (qui ont renversés et assimilés l’empire Parthe) sur le front orientale en 231, puis contre les Alamans et les Sarmates en Germanie en 234. Les troupes, devenues insubordonnées, lui reprochaient d’être faible et de favoriser une paix négociée plutôt que le combat. Le 19 mars 235 la Legio XXII Primigenia se mutine à Moguntiacum et assassine Alexander, ainsi que sa mère, et acclame l’un des leur comme empereur, Gaius Julius Verus Maximinus dit “Le Thrace”. Ainsi prends fin la dynastie des Sévères, précipitant l’Empire Romain dans une période d’anarchie militaire qui durera cinquante ans!

IMG_8944-8947Je n’ai qu’une seule pièce de Severus Alexander. Il s’agit d’une très belle pièce grecque impériale (F [Fine]/VG [Very Good], petite dénomination [ae26] de bronze [ae], 25 x 26 mm, 9.400 g, payé environ $6 le 1985/06/16, caractérisée par des égratignures sur l’avers [sur le buste] et par une étrange patine d’un vert foncé brillant, comme si la pièce était recouverte d’un glacis; die-axis: ↑↑) qui nous offre sur l’avers un buste de l’empereur lauré, cuirassé et drapé à droite avec l’inscription grecque AVT K M AVR CEV – AΛEXANΔΡOC (Autokrator Kaisar Marcos Aurelios Severos Alexandros = Imperator Caesar Marcus Aurelius Severus Alexander). 

Le revers illustre une Homonoia (Ὁμόνοια — divinité grecque allégorique personnifiant la concorde, l’unanimité et l’unité d’esprit, parfois simplement appelée “Concordia”, son équivalent latin, par les sources) debout à gauche avec un modius sur la tête, et tenant une corne d’abondance (cornucopia) dans la main gauche et une patère dans la main droite. La représentation de la Concorde fait sans aucun doute allusion à la politique pacifiste de Severus Alexander. On retrouve également sur le revers l’inscription grecque YΠ ΦIΡ ΦIΛOΠAΠΠO – Y MAΡKIANOΠOΛITΩN (VP Fir. Philopappus Marcianopolis — il faut noter la particularité que le double “P” de Philopappoy (ΠΠ) et les deux derniers caractères de Markianopoliton (ΩN) sont attachés pour ne former qu’une seule lettre).

Cette inscription nous indique que la pièce a été frappée à Marcianopolis (une ville de Mésie inférieure, un peu à l’ouest d’Odessus (Varna), qui a été fondé par Trajan en 106 et qu’il a nommé en honneur de sa soeur Marciana). Cette cité a frappé sa propre monnaie (tant grecque impériale que quasi-autonome) entre le règne de Commode et de Philippe II (180-249) et à partir de Septimius Severus (193) les pièces comportaient le nom du légat romain (gouverneur de la province) précédé de l’abréviation VP (VΠ. pour υπατευοντος / ypatevontos / lit. “subalterne” mais ici signifiant plutôt legatus consularis ou “gouverneur consulaire“). Dans ce cas-ci il s’agit de Fir[mius?] Philopappus, dont on ne connait pas grand chose sinon qu’il a été gouverneur de Mésie inférieure vers 225-226. La pièce a donc été frappée durant cette période.

L’étrange patine de la pièce m’a suscité un léger doute sur son authenticité mais, après réflexion, je crois qu’il est peu probable que des faussaires se donnent autant de peine pour reproduire de petites dénominations qu’ils ne revendraient par la suite que quelques dollars. La pièce est donc fort probablement authentique.

Sources: AMNG 1043, BMCG 3: 68/74; GICV 3266/3269 (avec diff. gouv.); Wikipedia (Severus Alexander [FR/EN], Concordia [FR/EN] , Divinités grecques [FR/EN], Homonoia, modius, cornucopia [FR/EN], patère [FR/EN], Mésie [FR/EN], Marcianopolis [FR/EN], Governors of Lower Moesia); FAC (Severus Alexander, Severus Alexander, Greek Imperials, AMNG, Homonoia, Concordia, cornucopiae, patera, VP), ERIC (Severus Alexander), Digital Historia Numorum (Markianopolis); WildWinds (Text, image), Wildwinds (text, image), Biddr. Voir aussi ma fiche (mise à jour).

Bibliographie: 

Je suis très content car j’ai aujourd’hui découvert beaucoup plus d’information sur cette pièce que j’en avais trouvé initialement lors de son acquisition. Ce n’est jamais facile d’identifier une pièce avec des inscriptions grecques, surtout quand une partie des sources d’information est en allemand (ou même en Bulgare!) mais l’internet se révèle très utile pour ce genre de situation. En effet, il y a vraiment infiniment plus d’information de disponible en ligne maintenant que j’en avais dans les années ’80 avec la bibliothèque de l’université… 

La semaine prochaine nous poursuivons notre histoire des empereurs romain au travers de leurs monnaies en abordant la crise du IIIe siècle provoquée par l’anarchie militaire. La première période de la crise est celle des “usurpateurs” et, comme je n’ai pas de pièces de Maximinus Thrax ni des deux premiers Gordianus, je saute directement à Gordianus III !

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Monnaies anciennes 31

Les Sévères (3)

Elagabalus (218-222 EC)

Après une brève interruption (le règne de Macrinus et de son fils Diadumenianus), la dynastie des Sévères se poursuit avec Varius Avitus Bassianus. Ce dernier est né à Émèse (Syrie) en 203. Dès l’âge de treize ans il est grand-prêtre du culte du dieu solaire Élagabal (d’où le surnom, parfois orthographié Heliogabalus, qu’on lui donnera surtout de façon posthume). Sa grand-mère Julia Maesa (qui était la soeur de Julia Domna et donc la belle-soeur de Septimius Severus et la tante de Caracalla) obtient le soutien de la légion romaine postée en Syrie (la Legio III Gallica) pour mettre au pouvoir Varius, qui est l’enfant de sa fille Julia Soæmias. Macrinus est assassiné et le jeune Varius, à peine âgé de quatorze ans, devient empereur en juin 218. Comme il ressemble physiquement à Caracalla et que l’on veut poursuivre l’association fictive avec la dynastie des Antonins, il prends alors le nom de Marcus Aurelius Antoninus.

Elagabalus est un empereur faible qui laisse l’administration de l’Empire à sa mère et à sa grand-mère pour se consacrer à la débauche (de fastes banquets et des orgies homosexuelles) et surtout à sa fascination pour le culte solaire. Il fait construire un temple où toutes les divinités romaines, orientales et même chrétiennes peuvent être vénérées sous la bienveillance d’Élagabalus. Il fait même venir d’Émèse (Homs) la pierre sacrée du dieu solaire (une bétyle, ou pierre météorique, qui ont souvent été vénérées comme c’est le cas de la pierre noire de la Kaaba à La Mecque). Tout comme Akhénaton l’avait fait en Égypte avant lui avec le culte de Aton (ou Aurelianus le fera plus tard avec Sol Invictus), il tente sans succès d’imposer une forme de monothéisme solaire. Pressentant que l’excentricité et la débauche de son petit-fils causeraient sa perte, Julia Maesa le convainc d’adopter et de prendre comme césar son cousin Alexianus Bassianus (enfant de son autre fille, Julia Mamæa). Lorsqu’en mars 222 Elagabalus perds le soutien de l’armée et est tué par le peuple en colère, Alexianus lui succède sous le nom de Severus Alexander. 

IMG_8936-8940Ma seule pièce d’Elagabalus est une petite dénomination de bronze (AE 18) dans un assez bel état (G [Good], Ae [bronze], 18 mm, 2.446 g, payé environ $7, caractérisée par sa couleur noire; die-axis: ↑↓) dont l’avers nous offre une tête laurée de l’empereur, à droite, avec l’inscription grecque AVT KAI MA ANT𝜴NEINOC (Autokrator Kaisar Marcos Aurelios Antoneinos = Imperator Caesar Marcus Aurelius Antoninus). Le revers ne représente qu’un grand S – C (Senatus Consulto, “par décret du sénat”), surmonté des lettres grecques “Δ Є” et avec un petit aigle en dessous, le tout dans une couronne de laurier agrémentée en haut d’une étoile.

Il s’agit d’une pièce provinciale (aussi appelé grecque impériale) frappé à Antioche. Rien ne nous permet malheureusement de dater la pièce avec précision et l’on doit se contenter des dates de règne de l’empereur comme datation: 218-222. La signification du “Delta-Epsilon” qui apparait fréquemment sur les pièces de Elagabalus et de son cousin Severus Alexander est incertaine. Est-ce une datation ou une marque d’officine? Les deux hypothèses les plus retenues par les spécialistes est qu’il s’agit d’une abréviation soit pour Δ[𝚮𝚳𝚨𝚸𝚾𝚰𝚱𝚮𝚺] Є[𝚵𝚶𝚼𝚺𝚰𝚨𝚺] (l’équivalent grec de Tribuniciae Potestatis), ou soit Δ Є[𝚷𝚨𝚸𝚾𝚬𝚰𝛀𝚴] (une “des quatre éparchies” [circonscription ou diocèse] de Syrie).

Sources: (Elagabalus [FR/EN], sénatus-consulte); BMCG 20: 434 (p. 203 + pl. XXIV 9); FAC (Elagabalus, S CGreek Imperials), ERIC (Elagabalus); WildWinds (text, image), WildWinds (text, image), Numista, CoinProject, CoinArchives, acsearch, Provincial Romans. Voir aussi ma fiche.

Bibliography: 

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Monnaies anciennes 30

Les Sévères (2)

Caracalla (211-217 EC)

La dynastie des Sévères se poursuit avec Lucius Septimius Bassianus. Il est né le 4 avril 188 à Lugdunum (Lyon) alors que son père était gouverneur de la Gaule lyonnaise. Il est toutefois d’origine berbère-punique par son père (l’empereur Septimius Severus) et syrienne par sa mère, Julia Domna. Dès l’âge de huit ans il est fait césar par son père et prends alors le nom de Marcus Aurelius Antoninus (car son père voulait légitimer son pouvoir en s’associant à la dynastie Antonine) — mais on le surnomme “Caracalla” car enfant il aimait porter ce vêtement gaulois à capuchon et manches longues. L’année suivante, il est nommé pontife, puis, en 198, Augustus. En 202, il épouse Fulvia Plautilla (fille de Gaius Fulvius Plautianus, un ami de Severus et préfet du prétoire). À la mort de son père en 211, pour respecter ses volontés, Caracalla accède au pouvoir conjointement avec son jeune frère Publius Septimius Geta. Toutefois, dès l’année suivante, pour sécuriser sa position, il fait assassiner ce dernier ainsi que tous opposants ou possibles compétiteurs (incluant sa propre épouse!). Cela annonce déjà comment son bref règne sera sanglant (même ses portraits officiels lui donne un air de brute cruelle). 

Ayant fait campagne auprès de son père (entre autres en Bretagne contre les Calédoniens), il se voit comme un grand général et s’identifie à Alexandre le Grand. Sans raison évidente (sinon l’arrogance des Alexandrins), il commet une série de massacres à Alexandrie en 215-216 qui déciment l’intelligentsia grecque de la ville. Comme son père, il passe la majorité de son règne en coûteuses campagnes militaires, principalement contre les Alamans (213) et les Parthes (216), utilisant des techniques qui tiennent plus de la fourberie et du massacre que de la tactique militaire. On se souvient de lui surtout pour ses énormes et luxueux thermes (bains publics inaugurés en 216) et pour l’Édit de Caracalla (Constitutio antoniniana) qui accorde en 212 la citoyenneté romaine (héréditaire) à tout homme libre de l’Empire. Cela a pour but d’uniformiser l’Empire et d’en accroître le revenu des impôts mais aura aussi pour effet de diminuer le recrutement de l’armée (jusqu’alors le service militaire était la seule façon d’obtenir la citoyenneté pour les provinciaux) et d’accroître la persécution des Chrétiens (tout citoyen se devant de faire des sacrifices aux dieux romains, les Chrétiens s’y refusent car ils sont monothéistes). Il a aussi introduit une nouvelle monnaie d’argent en 215, l’antoninianus, qui valait deux denarius. Considéré comme un tyrant impopulaire, Caracalla est assassiné le 8 avril 217 par Iulius Martialis, un officier de la garde Prétorienne, alors qu’il est au front Parthe. Le préfet du prétoire Macrinus (originaire de Maurétanie Césarienne) lui succède avec son fils Diadumenianus. Ils ne règneront toutefois que deux ans, puisque la syrienne Julia Maesa (soeur de Julia Domna, donc belle-soeur de Septimius Severus et tante de Caracalla) incite l’armée (la Legio III Gallica) encampée en Syrie à se rebeller pour restaurer les Sévères au pouvoir. Ils acclament empereur son petit-fils, Varius Avitus Bassianus (surnommé Elagabalus).

IMG_8562-8563Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Caracalla: un très bel As (VG [very good], Ae [bronze], 23 mm, 6.136 g, payé $20 le 1985/01/25, die-axis: ↑↑) qui nous offre sur l’avers un buste de l’empereur lauré, drapé et cuirassé, à droite, avec l’inscription ANTONINVS PIVS AVG[VSTVS] – PONT[IFEX] TR[IBVNICIA] P[OTESTATE] VI [SEXTA]. Le revers illustre une Dea Caelestis (Déesse céleste), tenant un tambour (tympanum — quoique sur certaines pièces elle tient un fulmen, éclair, et on ne distingue pas sur ma pièce lequel de ses attributs elle tient dans sa main) et un sceptre (ou une branche?), assis, à droite, de face, sur un lion galopant au-dessus d’eaux tumultueuses sortant d’un rocher, avec l’inscription INDVLGENTIA[E] – AVG-G[VSTORVM] puis IN CARTH[AGINA] en exergue et S[ENATVS] C[ONSVLTVM] dans le champs droit (sous le lion) — ce qui se traduit par “A l’indulgence des empereurs (Augusti) à Carthage, avec la permission du Sénat”. Comme Caracalla reçoit la puissance tribunicienne pour la sixième fois en 203, on peut donc en déduire que la pièce a été frappé cette année là, alors qu’il était encore co-empereur avec son père.

On peut, bien sûr, s’interroger sur la signification symbolique du revers. Le lion est souvent utilisé pour représenter l’Afrique. De plus, l’épithète de “céleste” était attribué à de nombreuses divinités (Isis, Venus, Artemis ou Juno) mais, dans le cas de cette dernière, il s’agirait d’une forme romanisée de la déesse Carthaginoise Tanit. Par contre, certains identifient plutôt la divinité représenté à la déesse-mère Cybèle (dont les attributs étaient le tympanum et le lion), d’origine phrygienne mais qui était très populaire aussi dans le nord de l’Afrique (Cyrénaïque) et qui était elle aussi associée à Tanit. On peut donc en conclure que cette représentation vise donc probablement à rappeler les origines africaines de l’empereur.

Toutefois, l’inscription du revers (qui apparait aussi sur des pièces de Septimius Severus) semble faire référence à un événement précis, une indulgence accordée à Carthage par les empereurs (le double “G” de AVGG dénote un pluriel). En effet, Indulgentia était utilisé sur les pièces de monnaie romaines pour désigner soit une permission donnée, un privilège accordé ou un hommage remis. Severus (probablement en 202), pour honorer ses origines, aurait accordé certains bénéfices (dont la ius Italicum) aux villes de Carthage et de Utica, donnant à leur habitants les même droits juridiques romains (incluant la citoyenneté) que si ils étaient en sol italien — devançant ainsi pour ces cités les droits que Caracalla accordera à tout l’Empire dix ans plus tard.

Sources: Wikipedia (Caracalla [FR/EN]); RIC IV-1: 415c; WildWinds, Numista, CoinArchives, Numismatics, vcoins, FAC (INDVLGENTIA AVGG IN CARTH, Caracalla, Indulgentia,  AVGG, Indulgentia Augg In Carth, Cybele, Tympanum, Ius Italicum), ERIC (Caracalla). Voir aussi ma fiche

Comme je l’ai maintes fois répété, ces pièces de monnaie ne sont pas seulement des objets anciens qu’il est excitant de tenir entre ses mains, mais elle sont aussi des occasions fascinantes d’en apprendre plus sur les mœurs, la culture, les politiques socio-économiques des romains. La semaine prochaine nous nous intéresserons au règne de Elagabalus! 

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Monnaies anciennes 29

Les Sévères (1)

La mort de Commodus en décembre 192 amène une brève guerre civile où, encore une fois, plusieurs empereurs se succèderont en une courte période. Le sénat choisit Pertinax comme successeur en janvier 193, mais dès avril il est assassiné par des prétoriens, qui vendent alors le poste au plus offrant, en l’occurence Didius Julianus. Toutefois, les armées simultanément proclament empereurs Septimius Severus en Pannonie, Pescennius Niger en Syrie, et Clodius Albinus en Bretagne ! Septimius Severus se révèle le plus fort des candidats: il marche sur Rome où il décapite Julianus en juin, puis il s’allie avec Albinus contre Niger qu’il défait à la bataille d’Issos en 194, et finalement se retourne contre Albinus qu’il vainc à la bataille de Lugdunum en 196. Ce sera la début de la dynastie des Sévères.

Septimius Severus (193-211 EC)

Lucius Septimius Severus est né le 11 avril 146 à Leptis Magna (dans la province d’Afrique, l’actuelle Khoms en Libye). Sa mère, Fulvia Pia, était d’origine romaine (descendante d’immigrant) et son père, Publius Septimius Geta, était d’origine locale (descendance berbère-punique). Il se rend à Rome pour entreprendre son cursus honorum sous Marcus Aurelius, Commodus et Pertinax. Il sera consul en 190 et légat (gouverneur) de Pannonie supérieure en 191. Après la guerre civile, il se révèle un bon juriste et un brillant administrateur. Dès qu’il est empereur il établit la légitimité de son pouvoir en créant un lien filial fictif avec Marcus Aurelius et il se dit le vengeur de Pertinax. Il renforce aussi l’idée de la nature dynastique du pouvoir en associant très tôt à son règne ses deux fils, Caracalla et Geta — nés en 188 et 189 de sa seconde épouse, Julia Domna, d’origine Syrienne. Son règne a été relativement sans histoires. Il a fait des réformes administratives (de la gestion de l’armée, des provinces, réduction des pouvoirs du sénat, etc.) mais ses accomplissements ont surtout été militaires: il combat les Parthes (étendant la frontière orientale) en 197, agrandit les provinces d’Afrique et de Numidie en 202, et tente de repousser les Calédoniens au nord de la Bretagne en 208. Toutefois, ses campagnes militaires ont coûté si chères à l’Empire qu’il lui a fallut dévaluer la monnaie. Il meurt (de maladie ou d’empoisonnement?) le 4 février 211 à Eboracum (York en Angleterre) durant sa campagne contre les Calédoniens et est succédé (non sans quelques conspirations) par son fils Caracalla. Ses (célèbres) dernières paroles auraient été, selon Dion Cassius (LXXVI, 15, 2), “ὁμονοεῖτε, τοὺς στρατιώτας πλουτίζετε, τῶν ἄλλων πάντων καταφρονεῖτε” [omonoeíte, toús stratiótas ploutízete, tón állon pánton katafroneíte / “Maintenez la concorde, enrichissez les soldats et moquez-vous du reste”]. Il aura régné presque dix-huit ans.

IMG_8305-8306Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Septimius Severus: un très beau denarius (F [Fine], Ar [argent], 16-17 mm, 2.693 g, payé $20, die-axis: ↑↓) qui nous présente sur l’avers la tête de l’empereur lauré, à droite, avec l’inscription L[VCIVS] SEPT[IMIVS] SEV[EVERVS] PERT[INAX] – AVG[VSTVS] IMP[ERATOR] VIIII. Le revers illustre Severus en armure avançant à dos de cheval, à droite, et tenant une lance de travers, avec l’inscription PROFECTIO[NES] AVG[VSTI] (le départ de l’empereur).

Septimius Severus prit le titre de Augustus et aussi le nom de Pertinax lors de son accession au pouvoir en juin 193. Il reçoit le titre de Imperator pour la neuvième fois (VIIII) en 197. Le “Profectio“ fait référence au départ cérémonial de l’empereur pour le limes Orientis au début de 197 pour répondre à l’invasion de la Mésopotamie par les Parthes. Il voyage par mer de Brundisium jusqu’à Aegeae en Cilicie, puis par terre jusqu’en Syrie, où il traverse l’Euphrate jusqu’à Nisibis. L’année suivante, il occupe Séleucie et Babylone, puis pille Ctésiphon. Il acquiert ainsi tout le nord de la Mésopotamie, jusqu’aux régions autour de Nisibis et Singara. lI a également étendu le Limes Arabicus et construit de nouvelles fortifications dans le Désert d’Arabie. Ce denarius, frappé à Rome ou à Laodicea (en Syrie) en 197 EC, commémore donc le début de cette campagne militaire.

Sources: Wikipedia (Septimius Severus [FR/EN], profectio), Google; RIC IV-I: 106 ou 494, Sear RCV: 1682; FAC (Septimius Severus, PROFECTIO AVG), ERIC (Septimius Severus), acsearch, coinproject, Wildwinds (text, image), Wildwinds, CoinArchives, numismatics, vcoins. Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

Il est important de comprendre que tout les empereurs romains n’étaient pas originaire de Rome. En effet, Claudius est né à Lugdunum (en Gaule), Triaianus et Hadrianus sont né à Italica (dans la province de Bétique, en Espagne). Dans le cas du premier, il est né à l’extérieur de Rome simplement parce que son père était en campagne militaire en Germanie. Le deux autres sont les descendants de colons romains car leurs ancêtres étaient des soldats blessés de la Deuxième guerre punique que Scipio l’aîné avait laissé derrière lui pour fonder la ville d’Italica. Toutefois les choses changent avec Septimius Severus: sa mère appartenait à une famille d’immigrés romains mais son père était d’origine libyenne. À partir de cette époque (début du IIIe siècle), la plupart des empereurs romains seront d’origine provinciales: Caracalla est né en Gaule, Macrinus en Maurétanie, Heliogabalus en Syrie, Severus Alexander en Judée, etc. L’Empire est de moins en moins centré sur Rome…

La semaine prochaine nous nous intéressons à une pièce de Caracalla !

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Monnaies anciennes 28

Les Julio-Claudiens (4)

Nero (54-68 EC)

Lucius Domitius Ahenobarbus est né le 15 décembre 37. Il est le fils de Julia Agrippina (fille de Germanicus et soeur de Caligula) et de Gnaeus Domitius Ahenobarbus (qui était préteur et consul sous Tiberius). Après la mort de son père en 40, sa mère — très ambitieuse — se remarie à l’empereur Claudius en janvier 49. L’année suivante, elle convainc ce dernier d’adopter son fils qui prend alors le nom de Nero Claudius Caesar Drusus. Dès sa majorité (14 ans), en 51, il est fait proconsul et, en 53, il est également marié à la fille de Claudius, Claudia Octavia. À la mort de Claudius le 13 octobre 54 (fort possiblement empoisonné par sa femme Agrippina), son seul fils naturel, Britannicus (qui est né de son épouse précédente, Valeria Messalina), n’est pas encore majeur alors que Nero, lui, a dix-cent ans. C’est donc Nero qui devient le nouvel empereur. 

Si l’Empire a été bien géré et demeura prospère, le bref règne de Nero, qui dura treize ans et sept mois, est terni par de nombreux scandales: Britannicus meurt subitement juste avant sa majorité, Nero fait assassiner sa mère qu’il trouve trop intrigante, il divorce Octavia pour marier sa nouvelle favorite Poppæa Sabina, de nombreux quartiers de Rome brûlent en juillet 64 et Nero se fait construire un somptueux palais (la Domus Aurea) à la place, les Chrétiens sont accusé d’avoir causé l’incendie et sont persécutés, le peuple voit d’un mauvais oeil leur empereur qui joue les artistes car il aime chanter et jouer de la musique, Poppaea meurt en 65 et on accuse Nero de violence conjugale, et de nombreuses révoltes secouent l’Empire (c’est le cas du gouverneur de Gaule lyonnaise, Vindex; du gouverneur d’Hispanie, Galba; et du légat d’Afrique Lucius Clodius Macer; il y a aussi la révolte de Boudica en Bretagne, celle de Judée et l’invasion de l’Arménie par les Parthes). Le Sénat, craignant cette instabilité, choisit de supporter Galba et démet Nero, qui choisi de se donner la mort le 9 juin 68. Avec lui la dynastie des julio-claudiens prend fin et c’est à nouveau la guerre civile. En un an, quatre empereurs se succèdent: Galba, Otho, Vitellius, puis Vespasianus qui offrira enfin un peu de stabilité avec le début de la dynastie des Flaviens… (voir mes monnaies de Titus, Vespasianus et Domitianus)

IMG_8885-8887Je n’ai qu’une seule pièce de monnaie de Nero: c’est un assez beau quadrans (G [Good], Ae [bronze], 15 mm, 1.635 g, payé environ $8 le 1985/12/17; die-axis: ↑↘︎) qui nous offre sur l’avers une colonne ou un cippus surmontée d’un casque, et contre laquelle reposent un bouclier et une lance, avec l’inscription NERO CLAV[DIVS] CAE[SAR] AVG[VSTVS] GER[MANICVS]. Sur le revers on retrouve une branche de laurier debout avec l’inscription P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] IMP[ERATOR] P[ATER] P[PATRIAE] et un S[ENATVS] C[ONSVLTO] dans le bas du champ de part et d’autre.

Nero prends les noms de Caesar et de Germanicus à son adoption en 50, puis reçoit la puissance tribunicienne dès 54 (renouvellée annuellement le 13 octobre), les titres de Pontifex maximus et Pater Patriae en 55 ainsi que Imperator à partir de 57. Toutefois aucun de ces titres ne comportent de dates précises sur la pièce. De plus, ce type de quadrans semble avoir été frappé plusieurs années consécutives, chaque fois avec de légères variations dans la nomenclature et la titulature (par exemple CL / CLA / CLAV / CLAVD / CLAVDIVS ou C / CAE / CAES / CAESAR ou le GER / GERM se trouvant soit sur l’avers ou le revers et P M / PON M / PON MAX). Comme l’inscription sur ma pièce n’est pas vraiment lisible, il est donc impossible de savoir précisément laquelle de ces variations s’y retrouve. Le RIC en répertorie plusieurs, certaines sans datation (#93-94), d’autres datés de 63 (#126, 129) ou de 63-64 (#250-51, 253), ou encore 65 (#318) et même dans certains cas (#255, 317) simplement de 62-68 EC. Il précise toutefois que les pièces de bronze avec un S C ont été frappé après 63, alors qu’en 64-65 on frappe presque uniquement des pièces en orichalcum [laiton] (#130-262), pour revenir au bronze en 65 (issue IV, #263-322). “Les quadrantes ont été attribués aux types avec Branche [de laurier], Colonne et Chouette. Cette frappe majeur de Rome, c. 65, comprenait un grand nombre de variétés communes dans toutes les dénominations, et a sans doute fourni le plus grand apport en aes [pièces de bronze] pendant près de deux décennies” (RIC I, p. 141). Il ne mentionne pas de quadrans après cette date. Il serait donc peut-être possible de préciser la datation à 65 EC… Par contre je n’ai trouvé aucune explication sur le symbolisme du cippus (symbole militaire?) ou de la branche de laurier (honneur et victoire?).

Sources: Wikipedia (Nero [FR/EN], Cippus [FR/EN]), Google, Sear RCV (4th Ed.): 694 (p. 177), RIC I pp. 158-169, FAC (Nero, cippus, laurel wreath, branches), ERIC (Nero), ancientcoins, WildWinds, coinproject, CoinArchives, numismatics. Voir aussi ma fiche.

C’est une intéressante pièce (mais en rien comparable à ma fascinante pièce de Quadratus aussi frappée sous Nero) qui demeure toutefois encore empreinte d’incertitude et de questions… Chose intéressante, le manga Pline par Mari Yamazaki se déroule justement durant le règne de Nero…

La semaine prochaine nous reprendrons le fil chronologique des empereurs romains (vu à travers mes monnaies) avec la dynastie des Sévères !

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Monnaies anciennes 27

Les Julio-Claudiens (3)

Claudius (41-54 EC)

Comme je l’ai mentionné dans l’entrée précédente, Caligula (don’t je n’ai malheureusement aucune pièce car c’est un empereur très connu et recherché sans doute à cause du film de Tinto Brass) succède à Tiberius mais n’a régné que trois ans et dix mois. Son règne a bien commencé et il était bien aimé du peuple mais il est rapidement devenu mentalement instable. Il a chaviré en un despote sanguinaire et a été assassiné par sa garde rapprochée le 24 janvier 41. À l’encontre du sénat (qui aurait préféré restaurer la République) l’armée acclame le dernier des Julio-Claudiens, qui était resté dans l’ombre jusqu’alors, Tiberius Claudius Drusus. C’est un empereur que j’ai toujours apprécié (grâce à l’oeuvre de Robert Graves et son adaptation télévisée par la BBC où le rôle de Claudius est magnifiquement interprété par Derek Jacobi — et aussi sans doute à cause de l’homonymie).

Claudius est né à Lugdunum (Lyon) le 1er août 10 AEC. Il est le fils de Drusus (frère de Tiberius, fils de Tiberius Claudius Nero et de Livia Drusilla) et de Antonia (fille de Marcus Antonius et d’Octavia, la soeur d’Augustus). Il est tout l’opposé de son frère aîné Germanicus : il est tellement maladif et faible qu’il boite, a des mouvements de tête incontrôlés et des problèmes d’élocution, au point qu’on le considère dans sa famille comme un débile. Des historiens avaient proposé la poliomyélite ou la maladie de La Tourette comme diagnostique mais de nos jours on crois plutôt qu’il souffrait de paralysie cérébrale (infirmité motrice ou diplégie spastique) suite à un accouchement difficile. Il est néanmoins fort intelligent et studieux. Il grandit probablement dans l’entourage d’Auguste mais ne fera pas de carrière civile ou politique. Il ne sera sénateur pour la première fois qu’à l’âge de quarante-six ans, sous Caligula. Il se consacre plutôt à une carrière d’érudit, écrivant des livres d’histoire (sur le règne d’Augustus, sur les Étrusques, sur Carthage et même une autobiographie — mais aucun de ces ouvrages ne nous est parvenu). 

Si ses contemporains n’ont pas été tendre avec lui (encore une fois, les historiens romains (tel Tacite, Suétone ou Dion Cassius), qui provenaient surtout de la classe sénatoriale, ne donnent que rarement un traitement positif des empereurs qui se sont opposé au Sénat), les historiens modernes, eux, considèrent maintenant que son principat a été très prospère: il est un bon administrateur car il centralise le pouvoir, continue les réformes administratives d’Auguste (notamment dans la fiscalité et la législation), construit de nombreux monuments, poursuit l’expansion de l’empire en annexant des royaumes clients (Judée, Norique, Pamphylie et la Lycie) et conquiert la Bretagne, la Thrace et la Mauritanie. Claudius se marie quatre fois. Ses deux premières épouses (Plautia Urgulanilla et Ælia Pætina) sont sans véritable conséquence. Sa troisième épouse est Messalina, qui lui donne deux enfants (Britannicus et Octavia), mais ses moeurs scandaleuses et son implication dans des complots contre l’empereur l’amènent à être répudiée et exécutés en 48. Sa quatrième épouse est Julia Agrippina (fille de Germanicus et soeur de Caligula) qui convainc Claudius d’adopter son fils d’un précédent mariage (avec Cneius Domitius Ahenobarbus), Néro. Lorsqu’il meurt possiblement d’un empoisonnement le 13 octobre 54, à l’âge de soixante-quatre ans, Britannicus étant trop jeune c’est Nero qui lui succède. Claudius est immédiatement divinisé.

Je n’ai que deux pièces de Claudius qui ne sont malheureusement pas dans un très bon état.

IMG_8881-8883La première pièce est un relativement beau Quadrans (VG [Very Good], Ae [bronze], 16 mm, 2.787 g, payé 5£ à Londres le 1986/02/05, caractérisé par un dépôt vert et une triple égratignure dans le bas droit des deux côtés; die-axis: ↑↓) qui présente en avers l’inscription TI[BERIVS] CLAVDIVS CAESAR AVG[VSTVS] autour, non pas d’un portrait de l’empereur, mais d’un modius (une mesure de blé). Le revers nous offre l’inscription PON[TIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] IMP[ERATOR] CO[N]S[VL] DES[IGNATVS] IT[ERVM] (“Consul élu pour la seconde fois”) autour d’un large S[ENATVS] • C[ONSVLTO] (“avec la permission du Sénat”). Claudius reçoit la plupart de ses titres (Caesar, Augustus, Imperator, Pontifex Maximus, puissance tribunicienne) lors de son accession en 41. Il reçoit toutefois son second consulat en 42 (mais COS DES IT ne semble PAS être l’équivalent de COS II. Quel en est donc la signification?). Toutes les sources datent cette pièce de 41 EC.

Il est à noter que le quadrans est une dénomination monétaire de bronze de l’époque républicaine (une fraction [généralement le quart] de l’as) qui a survécu aux réformes monétaires d’Augustus et qui sera frappé jusque durant le règne d’Antoninus. Les quadrans émis sous le règne de Claudius sont assez connu car il n’en existe que deux types (d’avers): l’un représentant un modius, l’autre une main tenant une balance (RIC I: p. 118). Le modius, l’équivalent du boisseau, est une mesure de capacité pour les matières sèches (8.7 litres/1.9 gal) mais qui était surtout utilisée pour le blé. Comme Rome connait une pénurie de vivre au début du règne de Claudius, ce dernier s’empresse d’améliorer l’approvisionnement de la ville en blé et c’est sans aucun doute cette réforme qui est commémorée par cette pièce. L’approvisionnement en blé était évidemment important puisqu’il permettait la distribution de pain au peuple par l’empereur — une sorte d’assistance sociale pour l’époque et l’un des deux piliers de la paix sociale romaine: le pain et les jeux du cirques [panem et circenses] (Malgré les apparences, cette pièce ne commémore donc PAS une victoire contre une invasion de Daleks ! 🤣)

Sources: Wikipedia (Claudius [FR/EN]), Google; Sear RCV: 540, RIC I: 84, C 70, BMC 179; CoinAarchives, WildWinds, Numismatics, FAC (Claudius, Modius, COS DES IT, quadrans), ERIC (Claudius). Voir aussi ma fiche.

IMG_8876-8878La seconde pièce est un moins beau (ou à la rigueur passable) As (G [good] / Fair, Ae [Bronze], 24 x 26 mm, 5.835 g, payé environ $5, caractérisé par une contremarque en ⊕ sur l’avers; die-axis: ↑↓) qui représente un buste nu de l’empereur à gauche avec l’inscription TI[BERIVS] CLAVDIVS CAESAR AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] TR[IBVNICIAE] P[OTESTATE] IMP[ERATOR] P[ATER] P[ATRIAE] (on note une contremarque sur la tête). Le revers offre une Minerva casquée et drapée, debout à droite, tenant un javelot de la main droite et un bouclier arrondi dans la main gauche, avec un S[ENATVS] • C[ONSVLTO] dans le bas du champs de part et d’autre. Il n’y a aucune autre inscription. La représentation d’une “Minerve combattante (…) symbolise bien le règne de Claudius le soldat-érudit.” (RIC I: p. 119). On date ces pièces (de façon bien imprécise il faut le dire) selon la présence ou pas du titre de “Père de la Patrie” (que Claudius a reçu en 42) dans la titulature. Les pièces qui ne comportent pas le P.P. dateraient de 41-50 (comme dans RIC I: 100; ou parfois 41-42 selon d’autres sources). Les pièces où le P.P. apparait dateraient de 50-54 (comme dans RIC I: 116). Dans le cas de ma pièce, cette partie de l’inscription n’est pas vraiment lisible mais la position de l’inscription (le CAESAR par exemple) par rapport à la tête m’incline à penser que l’inscription inclus le P.P. et donc que la pièce date de 50-54 EC.

La présence d’une contremarque rends cette pièce intéressante. Une contremarque est une marque poinçonnée sur une pièce après qu’elle ait été mise en circulation pour indiquer soit un changement de valeurs, soit une mise hors-circulation, une remise en circulation ou encore pour des raisons de propagande. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un cercle divisé en quatre quartiers (⊕, quartered circle en anglais et aussi appelé “sun cross”). Je n’ai cependant trouvé aucun exemple de contremarque similaire. Il pourrait s’agir d’une marque postérieure à l’Empire Romain (possiblement au Moyen-Âge?)…

Sources: Wikipedia (Claudius [FR/EN], countermark, Minerve), Google, Sear RCV: 539, RIC I: 100 / 116; CoinArchives, numismatics, acsearch, acsearch, coinproject, ARC, Wildwinds, Wildwinds (text, image), CoinTalk, CoinTalk, FAC (Minerva, countermark), Museum of countermarks. Voir aussi ma fiche. 

Bibliographie:

Si il est relativement aisé d’attribuer une pièce de monnaie à un empereur précis, il est beaucoup plus difficile d’obtenir une datation exacte. Il faut que la pièce soit en suffisamment bon état pour pouvoir lire l’inscription et que celle-ci contienne une titulature datable. Dans tout les cas, ces pièces de monnaie nous fournissent des éléments pour mieux comprendre la société romaine et son histoire. 

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Monnaies anciennes 26

Les Julio-Claudiens (2)

Tiberius (14-37)

Je n’ai pas de pièce de Tiberius proprement dite mais j’ai une pièce grecque impériale que je crois avoir été frappée sous son règne… (Quoique, après vérification, je n’en suis plus si sûr. C’est le problème avec l’identification des pièces anciennes: parfois on ne pourra jamais obtenir une identification et une datation avec certitude. Je vous parle tout de même de Tiberius…)

Tiberius Claudius Nero est né le 16 novembre 42 AEC au sein d’une vieille famille patricienne (la gens Claudia). Il porte le même nom que son père (qui a été questeur et pontif sous César, ainsi que préteur sous le triumvirat) mais sa mère, Livia Drusilla, se remarie peu de temps après sa naissance (en 39 AEC) avec l’empereur Auguste. Il poursuit une carrière militaire selon le cursus honorum (tribun en 25, questeur en 23, préteur en 16, consul en 13, tribun de la plèbe en 6 AEC) et est adopté par Auguste en 4 EC. Lorsque ce dernier meurt, le 19 août 14 EC, il lui succède, à la demande du sénat et après quelques hésitations, le 18 septembre de la même année. Son règne est plutôt paisible: il maintient les frontières et fait une bonne gestion de l’empire. Toutefois, il est considéré par ses contemporains comme un tyran, probablement à cause de tout les complots qui l’ont entouré et parce que durant ses dernières années de règne (31 à 37), possiblement souffrant de paranoïa, il s’est renfermé dans sa villa de Capri.  Il meurt vraisemblablement de maladie le 16 mars 37 et, après que ses deux successeurs désignés (son neveu Germanicus et son fils Drusus II) soient mort dans des circonstances douteuses, il doit se rabattre sur le fils de Germanicus comme successeur, Caius Julius Cæsar Germanicus surnommé Caligula.

La pièce que je vous présente cette semaine est une monnaie romaine provinciale, qu’on appelle généralement grecques impériales. Comme je l’ai déjà expliqué dans le cas de ma magnifique pièce de Quadratus, les pièces grecques impériales se divisent en deux types. Il peut s’agir d’une monnaie frappée dans une province ou une colonie romaine mais qui conserve la dénomination impériale, la titulature et le portrait de l’empereur. Elles peuvent également être des pièces municipales (dites “quasi-autonome”), frappées par des cités grecques qui ont obtenu une permission spéciale de l’empereur. Ces dernières sont généralement en bronze et conservent des attributs locaux: dénominations locales (comme chalques ou oboles), inscriptions en grecs et, à la place de l’empereur, les avers représentent des divinités grecques (tels Zeus, Artemis ou Apollon) et les types de revers offrent une plus grande variété de sujets. Elles ont été émise en grande quantité à partir du premier siècle et pendant une partie considérable du deuxième siècle. Certaines des pièces les plus anciennes sont datées selon l’ère actienne, mais la plupart portent des dates de l’ère césarienne (WROTH, p. lix). 

IMG_8873-8874Ma pièce appartient au second groupe et est une petite dénomination en bronze (AE15) dans un assez bon état (VG/G [very good/good], Ae [bronze], 15 mm, 3.199 g, payé environ $5 le 1985/01/06, caractérisé par un dépôt verdâtre; die-axis: ↑↑). L’avers représente une tête laurée d’Apollon, à gauche, avec une inscription qui est illisible. Le revers illustre une lyre (ou possiblement une kithara) avec une inscription illisible dans le champs gauche (trois ou quatre caractères), un 𝜞 sur le dessus et un 𝜪 dans le champs droit. 

En procédant par comparaison, j’ai trouvé que ce type semble surtout prévalent à Antioche (province de Syrie, Seleucis et Pieria) — mais il n’y est cependant pas exclusif puisqu’on le retrouve dans d’autres cités comme Megara (selon HEAD, p. 329, mais il s’agit de pièces en argent datant du IIIe siècle AEC; il en recense également à Thera, Myrina, Mytilene, etc.). L’inscription de l’avers serait soit ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ (Antiocheon / “[émis] par le peuple d’Antioche”) ou ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕⲰϹ (Antiocheon Metropoleus / “[émis] par le peuple de la cité d’Antioche”). L’inscription sur le revers serait ETO ou ETOY (abréviation de ETOYΣ (έτος) / “année”), le 𝜞 serait une marque d’officine (la troisième officine, celles-ci étant numérotées A, B et C) et le 𝜪 daterait la pièce de 21/22 EC (𝜪 = 70; 70 + -48/49 [début de l’ère Césarienne] = 21/22) soit la neuvième année du règne de Tiberius. Toutefois la plupart des exemples de ce genre de pièces (tant dans les références en ligne [Wildwinds, RPC] que bibliographiques [HEAD, p. 657 ou WROTH. p. 163-64]) sont plus tardives, avec des datations comme “ZOP” (177 = 128/29), sous Hadrien. Ce pourrait-il que les premiers et derniers caractères de la date aient été effacé ne laissant que le “O” de visible? Cela ne semble pas le cas. Et si j’ai vu des pièces similaires (Artemis / Lyre; cf. SEAR #5189 et WROTH, p. 161) datant du règne de Néron (𝝙I𝝦 = 114 = 96 EC), je n’ai trouvé aucun exemple de pièce datant de l’époque de Tibère. Malgré tout, si ce n’est pas une certitude, je continue à croire que ma pièce date de cette époque. C’est peut-être une pièce rare?

Une pièce intéressante qui nous fait bien découvrir que l’histoire et la numismatique sont loin d’être des sciences exactes…

Sources: Wikipedia (Tibère / Tiberius, Roman provincial currency), Google, FAC (Greek imperial coins, BMCGC III, shining Apollo, Greek imperial, Aera Caesariana, “Coin evidence concerning the Caesarean and Actian Eras”), Wildwinds (Antioch, example [text]), Classic coin collector, Lyre on coins, vcoins, CoinProject, eBay, CoinArchives, RPC (group, example). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

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Monnaies anciennes 25

Les Julio-Claudiens (1)

J’avais sauté par-dessus la dynastie des Julio-Claudiens (d’Auguste à Néron) parce que j’ai très peu de pièces de monnaies de cette époque et qu’elles ne sont pas en très bon état (évidemment c’est la dynastie la plus fameuse alors elles sont plus en demande et donc plus chère) mais j’avais promis d’y revenir plus tard. Et bien, voici le moment…

Octavius-Augustus (27 AEC – 14 EC)

Caius Octavius est né le 23 septembre 63 AEC dans une famille aristocratique de l’ordre équestre qui avait fait sa fortune dans la finance à Velitrae. Mais ce n’est qu’avec son père que la famille des Octavii entre dans l’ordre sénatorial lorsqu’il devient le premier à obtenir une charge publique (questeur, puis préteur en 61 et gouverneur de Macédoine) devenant ainsi un homo novus. Par sa mère, qui était la nièce de Jules César, Octave appartient également à la famille des Iulii puisqu’il était le petit-neveu de César. Sous l’égide de ce dernier, Octave, malgré sa santé fragile, fait l’apprentissage de la vie civique et militaire notamment en Hispanie et à Apollonia d’Illyrie. Lorsque César est assassiné aux ides de mars 44 AEC, son testament fait d’Octave son héritier et fils adoptif. Il prends alors le nom de Caius Julius Caesar Octavianus (Octavien). Toutefois, il est beaucoup trop jeune (il a à peine vingt ans) et inexpérimenté pour espérer prendre le pouvoir. Il lui faudra dix-sept ans d’influences, d’alliances faites et défaites (le second triumvirat), de conflits (avec le sénat ou Marc Antoine), de guerres civiles (contre les Républicains, contre les alliés de Marc Antoine, contre Pompée, contre Marc Antoine) et même de guerres frontalières (contre les Parthes ou en Illyrie) pour y parvenir. 

Après la bataille d’Actium (en septembre 31) et le suicide de Marc Antoine et Cléopâtre (en août 30), Octavianus restaure la république (car il a toujours besoin du support du sénat) et partage le consulat avec Agrippa (en 28 et en 27). Il entreprend de faire le ménage parmi les sénateurs qu’il juge indique de la position et, en plus des titres de Imperator et Caesar Divi Filius (“fils du divin César” — César avait été divinisé en 42) qu’il avait déjà reçu en 30, le sénat lui décerne en 27 AEC les titres de Augustus (“le plus illustre”) et de Princeps (“le premier entre tous”). Il est dorénavant connu sous le nom d’Augustus. Dès lors, son règne est considéré non pas comme une dictature (comme pour Jules César) mais comme un Principat. Il enlève subtilement ses pouvoirs au Sénat mais ce n’est qu’en 23 AEC, alors qu’il obtient la puissance tribunitienne (potestas tribunicia), que l’on peut considérer qu’il a le pouvoir suprême. Il entreprends de profondes réformes politiques, sociales, administratives, et financières, fait construire de nombreux monuments, réorganise l’armée, agrandie (en Afrique, en Orient et en Germanie) et consolide (en Rhétie et Illyrie) les frontières afin d’établir la Pax Romana et de faire du monde romain un véritable empire. Il s’est lui même chargé d’énumérer ses accomplissements dans les Res gestae Divi Augusti (“Actes du divin Auguste”). Il meurt de maladie (quoi que sa troisième épouse, Livia Drusilla, est soupçonnée de l’avoir empoisonné) le 19 août 14 EC et son fils adoptif Tiberius (fils de Livia d’un premier marriage) lui succède. Ce dernier le fera immédiatement déifier. 

J’ai trois pièces de monnaies d’Auguste dans ma collection.

IMG_8868-8871Cet assez bel as d’Auguste (G [good], Ae [bronze], 24 x 25 mm, 10.669 g, payé environ $10 le 1985/11/18; Die-axis: ↑↑) nous offre sur l’avers la tête nue de l’empereur à droite avec l’inscription CAESAR. Le revers ne présente que l’inscription AVGVSTVS dans une couronne de lauriers. Selon Sutherland (RIC I) cette pièce aurait possiblement été frappée à Éphèse vers (ou à partir de) 25 AEC. D’autres sources sont plus vagues et parlent d’officines en Asie Mineure (Éphèse? Pergame?) avec une datation entre 27 et 23 AEC. Elle pourrait avoir été émise pour commémorer des événements locaux (comme la réorganisation des frontières orientales, mais celle-ci s’est déroulée surtout vers 22-20) ou, plus simplement (de par le symbolisme de la corona laureata), les victoires (Actium en 30) et nombreux honneurs (Augustus & Princeps en 27, pouvoir tribunicien en 23) qu’Auguste a reçu. Malheureusement, on ne peut pas être plus précis. Sources: Wikipedia, RIC I: 486, CoinArchives, numismatics, vcoins, FAC (Coronae); Sutherland, C.H.V. “The symbolism of the early aes coinages under Augustus” in Revue Numismatique, Année 1965, #7, pp. 94-109. Voir aussi ma fiche.

IMG_8545-8546Ce très bel as impératorial d’Auguste (F [Fine], Ae [Bronze], 26 mm, 9.942 g, acheté à Paris le 1986/02/07 pour 80 FF [± $16]; Die-axis: ↑↘︎) présente sur l’avers la tête nue de l’empereur à droite avec l’inscription TRIBVNIC[IA] POTEST[AS] • CAESAR AVGVSTVS. Le revers n’offre qu’un large S[ENATVS] • C[ONSVLTO] (“avec la permission du Sénat”) entouré de l’inscription L SVRDINVS III VIR AAA FF. Comme je l’ai déjà expliqué avec les pièces républicaines, à cette époque les pièces étaient encore frappées au nom du (ou des) magistrat monnayeur, qui était appelé triumviri monetales (abrégé III VIR) car ils étaient au nombre de trois. Leur titre était tres viri aere argento auro flando feriundo (abrégé III VIR AAAFF), ce qui signifiait “les trois hommes [chargés de] la préparation et la frappe des pièces de bronze, d’argent et d’or”. Dans ce cas-ci, il s’agit du triumvirat monétaire composé de CN F Piso, C Plotinus Rufus et de Lucius Neavius Surdinus. Sur ce dernier, nous savons seulement qu’il a été consul suffectus en 30, triumvir monetalis en 15 et préteur c. 10 (car une inscription commémore le fait qu’il ait fait refaire le pavé du forum). Cette pièce date définitivement d’après 23 AEC (date où Augustus a reçu la puissance tribunitienne) mais la date où a officié Surdinus varie selon les sources: on la place entre 23 et 9 AEC — Karl Pink la situe en 20 et le RIC en 15 AEC. Les sources récentes semblent toutefois tous s’entendre sur cette dernière date. Sources: Wikipedia, RIC I: 386, Cohen 473, CoinArchives, Numismatics, Numismatics, AncientCoins, acsearch, catawiki, vcoins, Wildwinds, FAC (Augustus, III VIR A A A F F);  Pannekeet, C. The moneyers issues under Augustus; Pink, Karl. The Triumviri Monetales and the structure of the coinage of the Roman Republic. (Numismatic Studies #7). NY, American Numismatic Society, 1952 (page 46). Voir aussi ma fiche.

IMG_8547-8548Ce très beau dupondius (F [Fine], Orichalcum [laiton], 27 mm, 13.222 g, payé $20 et caractérisé par un dépôt brunâtre dans le champs et une grosse cavité sur l’avers, dans le cou; die-axis: ↑↓ or 180º) est une pièce commémorative d’Augustus frappée sous Tiberius, son fils adoptif et successeur. L’avers présente une tête radiée de l’empereur, à gauche, avec l’inscription DIVVS AVGVSTVS PATER (“Divin Auguste, Père [de la Patrie]”). Sur le revers on retrouve simplement un large S[ENATVS] • C[ONSVLTO] (“avec la permission du Sénat”) dans une couronne de chêne. Sutherland (RIC I) date cette pièce entre 22/23 et 26 EC mais cette datation m’amène deux questions: pourquoi émettre un pièce commémorative aussi longtemps après la mort et la déification d’Auguste? et Comment Sutherland justifie cette datation? Je n’ai pas trouvé de réponse à la première question mais, pour la seconde, Sutherland explique dans un article que les experts se sont basé sur la comparaison entre la qualité de la frappe, le style du design des pièces commémoratives (notamment la conception de l’oeil de l’empereur et même la direction de l’axe de frappe [die-axis]) et les pièces de Tibère qui sont, elles, datées. Laffranchi les voit comparables aux émissions de dupondii avec des “Pietas”, “Iustitia” et “Salus”, datées de 23 EC environ alors que Sutherland s’entend avec Sydenham pour les trouver similaires aux pièces datées TR POT XXIIII, soit de 22-23 EC. Sources: Wikipedia, RIC I (Tibère): 79, CoinArchives, numismatics, Wildwinds, FAC (Pater, Divus Augustus Pater, Quercea Corona, die axis); Sutherland, C. H. V. “Divus Augustus Pater: A Study in the aes coinage of Tiberius” in The Numismatic Chronicle and Journal of the Royal Numismatic Society Sixth Series, Vol. 1, No. 3/4 (1941), pp. 97-116. Voir aussi ma fiche.

Aussi intéressantes qu’elles soient, ce sont des pièces bien sobres pour représenter ce personnage plutôt extraordinaire qui fut le premier de tous les empereurs romains… La semaine prochaine je vous propose une pièce grecque impériale (frappe provinciale) qui représente non pas l’empereur mais une divinité grecque et qui aurait été frappé sous Tiberius !

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Monnaies anciennes 24

Les Royaumes Environnants 2

Empire Kouchan

Un peu plus à l’est de l’Empire Parthe (dont j’ai parlé la semaine dernière), se trouve un autre royaume avec lequel l’Empire romain a eut des relations commerciales et diplomatiques : l’Empire Kouchan — dont j’ai quelques pièces de monnaies. Les origines du peuple Kouchan remontent à une tribu indo-européenne Yuezhi (月氏), les Guishuang (貴霜, dont le nom occidentalisé deviendra “Kouchan”), qui vivait dans le bassin du Tarim (l’actuelle province chinoise de Xinjiang) avant d’être déplacé vers l’ouest au IIe siècle AEC — dans le grand jeu de boules des populations humaines — par les Xiongnu. Ils s’installèrent en Bactriane, déplaçant à leur tour vers le sud-est les populations du royaume hellénistique Gréco-Bactriens. Ils unifièrent d’abord sous leur bannière les cinq tribus Yuezhi, puis agrandirent leur territoire vers l’ouest en repoussant les tribus indo-scythes et conquérant le royaume indo-parthe, puis au sud dans la région de Gandhara (Indou Kush). À son apogée, au IIe siècle EC, l’Empire Kouchan s’étendra de la mer Caspienne à la vallée du Gange, et de la mer d’Aral jusqu’à l’embouchure de l’Indus, couvrant les actuels Afghanistan,  Pakistan et le nord de l’Inde. Vers le milieu du IIIe siècle, il sera absorbé par l’Empire perse des Sassanides au nord-ouest et par l’Empire Gupta au sud-est. Au IVe siècle, les derniers vestiges de l’Empire Kouchan formeront le Royaume kidarite.

L’Empire Kouchan était riche tant culturellement que économiquement. En plus de leur culture Tokharienne, ils ont intégré les cultures hellénistiques, indiennes et, dans une certaine mesure, persanes. Pour écrire ils utilisaient à la fois une version légèrement modifiée de l’alphabet grec ainsi que l’alphabet gāndhārī. Comme religion ils ont adopté l’hindouisme (particulièrement le culte de Shiva) et le bouddhisme. Le Gandhara était aussi un centre artistique où florissait l’art gréco-bouddhique. Finalement, l’Empire Kouchan était une plaque tournante de la Route de la soie, qui reliait l’Empire Romain à l’Empire Han. Il reprenait la route terrestre aux limites de  l’Empire Parthe mais aussi faisait la jonction avec la route maritime de l’océan Indien à travers la vallée de l’Indus. Ce commerce a fait grandement prospéré leurs trois grandes capitales administratives: Purushapura (Peshawar), Kapisa (Bagram) et Mathura. Les Kouchans ont aussi entretenu des relations diplomatiques tant avec les romains (les sources romaines mentionnent la visite d’une ambassade de Bactriane sous Trajan et Antonin le Pieux) que les Han (les sources chinoises, comme l’Encyclopédie Guanzi ou le Hou Hanshu, les mentionnent fréquemment).

Qui dit échanges commerciaux dit aussi échanges monétaires, et l’Empire Kouchan a produit une grande quantité de monnaie, surtout en or et en cuivre, avec très peu de pièces en argent. Les pièces de cuivre semblent avoir été frappé dans les ateliers des trois capitales régionales: Begram en Bactriane (où l’on retrouve le plus grosses pièces, faisant entre 12 et 16 g), Peshawar dans le Gandhara (8-10 g) et Mathura dans le nord de l’Inde (4 g). Je vous présente donc trois pièces kouchanes de ma collection. À noter que la chronologie des règnes est parfois controversés et change selon les sources.

Kadphises II (90-100 EC)

Ma première pièce est un beau tetradrachme (VG [very good], Cu [cuivre] / Ae [bronze] ?, 26 mm, 16.0403 g) typique du règne de Vima Kadphisès. L’avers représente le roi debout de face, la tête tournée à gauche, richement vêtu (portant un diadème avec de longs rubans, un grand bonnet, une tunique ouverte au genou et un pantalon bouffant), sacrifiant de la main droite devant un autel enflammé et la main gauche sur la hanche (tenant un sceptre? Le manteau? Sur le pommeau d’une épée?); dans le champs de chaque côté on retrouve un trident-hache à gauche et, à droite, une massue et un tamga (monogramme dynastique). L’inscription en grec bactrien (difficilement lisible) serait ΒΑϹΙΛΕΥϹ BACIΛEWN CWTHP MEΓAC ΟΟΗΜΟ ΚΑΔΦΙϹΗϹ (Basileus Basileuon Soter Megas Ooemo Kadphises / “Roi des rois Vima Kadphises le grand sauveur”). Le revers illustre Shiva (Oesho ?) drapé, debout de face et tenant un trident de la main droite, le bras gauche reposant sur la bosse du taureau Nandi derrière lui, à droite. Dans le champs, à gauche, il y a le symbole bouddhiste du Triratna ou un symbole Nandipada. L’inscription en scripte gāndhārī (illisible ici) reprendrait plus ou moins la titulature de l’avers: MAHARAJASA RAJADIRAJASA SARVALOGA ISVARASA MAHISVARASA VIMA KATHPHISASA TRADARA (Le grand roi, roi des rois, seigneur du monde, le Mahisvara (seigneur de la terre), Vima Kathphisa, le défenseur). Selon le poids de la pièce, elle aurait été frappé à Begram. C’est une intéressante pièce bilingue. Références: Wikipedia (FR/EN), Gardner #12-14 (pp.126-27), FAC.  Voir aussi ma fiche.

Vima Kadphisès (aussi appelé Kadphisès II ou Οοημο Καδφισης en grec bactrien) était le petit-fils de Kujula Kadphisès (30-80), le fils de Vima Takto (80-90) et le père de Kanishka (100/120-140/150). Il a mis en place une réforme monétaire basée sur le bimétallisme or / bronze (quoique, compte tenu de la couleur des pièces, le bronze devait contenir un très fort pourcentage de cuivre). Les pièces de bronze ont été frappées par millions et, comme les pièces d’or romaines et kouchanes ont le même poids (8 g), la très grande quantité de pièces d’or romaines résultant du commerce lucratif avec l’Occident était probablement fondue et refrappée à l’effigie du roi Kouchan. 

Huvishka (140/50-180/190 EC)

Cet assez beau tetradrachme (G [good], Cu [cuivre] / Ae [bronze] ?, 22 x 23 mm, 8.076 g, aux bords rognés possiblement pour se conformer à une réforme monétaire ultérieure) est une pièce de Huvishka. L’avers représente le roi (auréolé?) assis sur un éléphant à droite, tenant un ankuśa (aiguillon d’éléphant) et un sceptre avec l’inscription en grec bactrien (ici illisible) þAO þAONANO OOþKO KOþANO (Shao shaonano Ooishki Koshano / “Roi des rois, Huvishka le Kushan”). Le revers illustre Shiva (Oesho) nu, debout de face, avec seulement deux bras, tenant un trident (ou une lance?) dans la main droite et un autre object dans la gauche (selon les sources ce serait un flacon ou un vase (ou gourdin) avec une peau de lion (ou de cerf) — on retrouve un type similaire sur une pièce d’or de Vima Kadphisès en très bonne condition [troisième et quatrième illustrations]). Dans le champs on retrouve un tamgha (monogramme dynastique) à gauche et un symbol Nandipada à droite avec l’inscription en grec bactrien OKþO (Oesho). Considérant son poids, cette pièce aurait possiblement été frappé dans les ateliers du Gandhara.  Références: Wikipedia (FR/EN), Gardner #160 (p. 155), vcoins, vcoins, vcoins, FAC, CoinIndia, CoinArchives, A rough guide to Kushan history: The Devaluation of Huvishka’s Coinage [illustration de l’avers]. Voir aussi ma fiche.

Cet assez beau tetradrachme (G [good], Cu [cuivre] / Ae [bronze] ?, 22 x 25 mm, 16.023 g, aux bords rognés possiblement pour se conformer à une réforme monétaire ultérieure) est une autre pièce de Huvishka (illustré ici dans une intéressante posture — cette position, dites “du prince”, se retrouve plus tard dans l’art Indo-Oriental). L’avers représente le roi à demi-allongé sur un canapé ou un trône, le corps entier auréolé, la jambe gauche pendante, avec l’inscription en grec bactrien (ici illisible) þAO þAONANO OOþKO KOþANO (Shao shaonano Ooishki Koshano / “Roi des rois, Huvishka le Kushan”). Le revers illustre la divinité lunaire Mao, debout à gauche, avec des croissants lunaires sur les épaules, tenant la main droite en bénédiction et tenant le pommeau de son épée avec la main gauche. Dans le champs on retrouve à gauche un tamgha (monogramme dynastique) et à droite l’inscription en grec bactrien MAO. Considérant le poids de la pièce, elle aurait été frappé à Begram.  Références: Wikipedia (FR/EN), Gardner #176 (p. 157), vcoins, vcoins, vcoins, CoinIndia, A rough guide to Kushan history: The Devaluation of Huvishka’s Coinage [illustration du type]. Voir aussi ma fiche.

Huvishka (Οοηϸκι / “Ooishki” en grec Bactrien) était le fils et le successeur de Kanishka (lui même fils de Vima Kadphisès), qui par ses conquêtes contribua à l’expansion de l’Empire Kouchan. Son règne fut relativement paisible, consistant surtout en une période de consolidation qui formera l’âge d’or de l’Empire. Il vénérait le culte de Shiva mais aurait aussi adopté le bouddhisme mahāyāna. C’est sous son règne que l’on a frappé la plus grande quantité de pièces d’or (presqu’autant que tout les autres monarques combinés) avec une grande variété de types. Toutefois, pour les pièces de bronze, on retrouve que trois types d’avers (le roi assis sur un éléphant, ou allongé sur un canapé (ou trône), ou assis les jambes croisées sur un coussin) conjugés avec une dizaine de types de revers illustrant une divinité debout (Ardoksha, Athsho, Herakles, Mao, Miiro [Mithra], Nana, Oedo, Oesho [Shiva] et Pharro), flanquée d’un symbole dynastique à gauche et du nom de la divinité à droite. On constate également le début d’une influence persane puisque le titre de roi n’est plus ΒΑΣΙΛΕΥΣ (basileus en grec) mais þAO (shah).

Ces pièces nous ouvrent une porte sur tout un autre monde, une riche civilisation. Je dois toutefois avouer que cet aparté sur les royaumes environnants de l’Empire Romain a été particulièrement difficile à rechercher et à écrire. La semaine prochaine, je continue dans ma zone de confort avec un retour sur la dynastie des Julio-Claudiens.

Sources: Wikipedia [Empire Kushan (FR/EN), peuple Kushan, art Kushan (FR/EN), Kushan coinage, Vima Kadphises (FR/EN), Huvishka (FR/EN)],  Google, vcoins, coinweek, CoinArchives, FAC, FAC, Coin Galleries: Huvishka, Coin Galleries: Vima Kadphises, Columbia, Coins of Kushana dynasties (Google: Indian Coins & History), The Crowns on Kanishka’s Bronze Coins, Kushan History, Beast Coins, Encyclopaedia Iranica (Kushan dynasty, Coinage, Huviska), A rough guide to Kushan history, Met Museum of Art.

Bibliographie:

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Monnaies anciennes 23

Les Royaumes Environnants 1

L’Empire Romain a accompli son expansion au détriment de peuples dit “barbares” (aux yeux de Romains) qui ont été soit conquis, soit repoussés. Lorsque l’Empire a atteint son expansion maximale il lui a fallut de constantes campagnes militaires pour maintenir ses frontières. Les trois principaux fronts ont été la Bretagne (contre les Pictes), le nord de l’Europe (les provinces de Germanie Inférieure et Supérieure, Rhétie, Norique, Pannonie, Dacie & Mésie où les Romains affrontent une grande variété de tribus germaniques telles les Marcomans, les Quades, les Sarmates, les Alamands, etc.) et le front orientale (principalement contre les Parthes). Avec le temps les frontières se sont plus ou moins stabilisées autour de lignes de fortifications (comme les murs d’Hadrien et d’Antonin en Bretagne) ou des barrières naturelles (comme le fleuve Danube ou le Rhin en Germanie). Et même malgré cela l’Empire a subit un assaut constant de populations qui désiraient reconquérir les territoires perdus ou simplement participer aux richesses de l’Empire. Au IIIe siècle, les frontières sont devenu peu à peu poreuses, permettant à une certaines quantités de migrants de s’assimiler, puis, aux Ve et VIe siècles, elles ont complètement cédé pour permettre à des peuples “barbares” (Goths, Vandales, Huns, Wisigoths, Ostrogoths, Francs, Lombards, etc.) d’envahir et d’occuper l’Empire d’Occident.

La plupart de ces peuples possédaient une civilisation relativement frustre et n’avaient ni écriture, ni système monétaire. Ce n’était toutefois pas le cas des royaumes orientaux, comme les Parthes, qui possédaient déjà une civilisation assez sophistiquée et qui avaient largement bénéficier de l’influence hellénistique suite aux conquêtes d’Alexandre. Je voudrais donc m’attarder un instant sur quelques uns de ces royaumes environnants qui ont été tout à la fois ennemis et partenaires commerciaux de l’Empire.

Empire Parthe 

D’abord, une brève histoire de l’Empire Parthe. Il aurait prit naissance vers 247 AEC lorsque Arsace Ier, le chef des Parni (une tribu scythe d’Asie Centrale [Indo-Européennes], établie entre la mer Caspienne et la mer d’Aral), décide d’agrandir son territoire. Il conquiert d’abord, vers 238 AEC, la province Parthe (Parthie) que le satrape Andragoras venait de déclarer indépendante de l’Empire séleucide et il fonde la dynastie des Arsacides. Profitant de la secession du Royaume gréco-bactrien et du fait que l’Empire séleucide est au prise successivement avec l’Égypte ptolémaïque et la République romaine, l’Empire Parthe, sous Mithridate Ier (171-135 AEC), conquiert éventuellement l’Hyrcanie, la Médie, la Mésopotamie, l’Élymaïde, la Characène et l’Arménie, pour s’étendre de l’est de l’Indus jusqu’à la Syrie. Au travers de nombreux conflits (dont la guerre parthique de Lucius Verus que j’ai déjà mentionné), les empires Parthe et Romain se disputent l’Arménie, la Mésopotamie et l’est de la Syrie. Affaiblie par ses guerres avec Rome et de nombreux conflits internes, l’Empire Parthe est remplacé par celui des Sassanide en 224 EC. Riche d’un mélange de culture hellénistique, iranienne et arménienne, l’Empire Parthe s’est imposé — grâce à la route de la soie — comme une plaque tournante du commerce entre Rome et la Chine des Han. 

Vologese III (110-147)

Mon intérêt pour les pièces de monnaies Parthes m’est venu de mes recherches sur Lucius Verus et le fait qu’il ait mené campagne contre les Parthes en 161-166. J’aurais aimé mettre la main sur une pièce du roi Parthe de cette époque (Vologèse IV, 147-191) mais il semble que la pièce que j’ai acquise en est plutôt une de son prédécesseur, Vologese III (110-147). Fils de Pacorus II, son règne est caractérisé par une série de conflits où il doit d’abord affronter l’usurpateur Osroes Ier puis, après que ce dernier ait violé le traité de Rhandeia avec les Romains, il doit combattre les troupes de Trajan qui envahissent son territoire en représailles. Il doit également répondre à l’expansion de l’Empire Kushan à l’est et à une invasion des Alains au nord. Vologèse IV, fils de l’usurpateur Mithridate V, lui succède en 147.

IMG_8254-8255Ce très très beau drachme (VF [very fine], AR [argent], 18.0 x 18.5 mm, 3.330 g, payé $85 le 1985/05/03) nous offre un avers qui ne comporte aucune inscription mais simplement une représentation du monarque (si je me fie aux détails de l’apparence, qui correspond au type 78 [variante 78.3b] de la classification de Sellwood, ce serait vraisemblablement un portrait de Vologese III — quoique dans certains textes il peut y avoir une possible confusion entre Vologèse III (105-147, qui fut anciennement numéroté II) et Vologèse IV (147-191, qui fut anciennement numéroté III)). Il s’agit d’un buste, regardant à gauche, coiffé d’une tiare carrée (faite de quatre lignes horizontales, surmonté de neuf pointes), avec une longue barbe pointue (composée de six lignes), une coiffure composée de trois niveaux de vagues de cheveux (quatre lignes et deux fois cinq lignes), portant un diadème (avec une boucle double en haut et trois extrémités pendantes), une boucle d’oreille, et un collier (fait de 3 lignes à peine visibles). Le portrait est entouré d’une bordure de points (absente pour la moitié inférieure).  

Le revers est plus compliqué et est typique du début du IIe siècle. Il représente un archer assis à droite sur un trône (mais qui n’est pas illustré) tenant un arc, entouré d’une légende grecque maladroite (composée de sept lignes de texte: deux en haut [une partiellement visible], deux en bas et à gauche [une invisible], et une à droite). Sous le siège de l’archer, il y a un +, et sous l’arc on retrouve un monogramme (numéro 26 selon la classification de Babelon?) qui indique que la pièce a été frappée à l’atelier d’Ecbatane. L’inscription, qui serait commune aux pièces de Vologèse II (78-80), III (110-147) et IV (147-191), se lit ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΒΑΣΙΛΕΩΝ / ΑΡΣΑΚΟΥ ΟΛΑΓΑΣΟΥ / ΔΙΚΑΙΟΥ / ΕΠΙΦΑΝΟΥΣ ΦΙΛΕΛΛΗΝΟΣ (BASILEOS BASILEON ARSAKOU [W]OLAGASOU DIKAIOU EPIFANOUS FILELLINOS) et se traduirait “Roi des rois Arsace, [V]ologèse [Walagaš], juste, glorieux, philhellène [Ami des Grecs]”. 

Aucun élément ne nous permet de dater la pièce avec plus de précision que les dates du règne de Vologèse III (110 à 147 EC) et encore, la confusion sur le nom de celui-ci (Vologèse II? III? IV?) ou même sur la date du règne (soit 110-147 ou 147-191), rends cette identification incertaine. Toutefois, nous sommes sûr qu’il s’agit d’une pièce du IIe siècle.

C’est intéressant comment une simple pièce de monnaie peut nous amenez à découvrir toute une civilisation ancienne.

Sources: Wikipedia [Empire Parthe, Monnaie Parthe, Vologèse FR / EN; note: il y a une différence importante entre les deux versions!], Google, Sear GIC 5830/31; BMC 23.186,66/72, BMC 23.217,1; Sellwood 78; MA-Shop, MA-Shop, CoinArchives, CoinsHome, Parthika, Parthika (Types S.73 à 81), FAC (Parthia, Parthian Coins, Doug Smith’s Parthian Silver Drachms), Parthia (Parthian Coins, Identification, Monograms, Inscriptions, Vologases III). Voir aussi ma fiche.

Bibliographie:

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Monnaies anciennes 22

Les femmes romaines (6)

Theodora

J’ai plusieurs pièces byzantines, généralement en piètre état, et celle-ci est donc probablement l’une des rares dont je vais vous parler. Considérant l’état de la pièce, son identification est incertaine. Quoi qu’il en soit c’est une occasion pour moi de parler d’une femme qui n’a pas seulement été l’épouse d’un empereur mais qui a véritablement régner sur Constantinople. 

Bien sûr, lorsque l’on parle de l’impératrice Theodora, il faut faire attention de ne pas la confondre avec la demi-douzaine d’impératrices byzantines qui ont porté le même nom, dont la plus célèbre est sans aucun doute l’épouse et co-imperatrice de Justinien (527-548) — mais il y a aussi, entre autres, l’épouse de Constance 1er (293-306) et l’épouse de Théophile (830-842). Dans ce cas-ci il s’agirait d’une pièce de l’impératrice Théodora Porphyrogénète, qui fut la dernière descendante de la dynastie macédonienne à régner sur le trône de Constantinople.

Theodora III Porphyrogenita (Θεοδώρα Πορφυρογενίτη) est la plus jeune des trois filles de l’empereur Constantin VIII: Eudoxie (qui prend le voile jeune après avoir souffert de la petite vérole), Zoé (née vers 978) et Théodora (née vers 980). Pour assurer sa succession, son père marie d’abord Zoé à un vieux sénateur, Romain III Argyre, avec qui elle est co-impératrice de novembre 1028 à avril 1034. Zoé, jalouse de sa soeur Théodora (qui était, dit-on, plus belle et plus intelligente), l’accuse de comploter contre elle et l’exile au monastère de Petrion. À la mort de son époux, Zoé se remarie à Michel IV (avec qui elle continue de régner de avril 1034 à décembre 1041). Lorsque celui-ci décède à son tour, elle adopte son neveu, Michel V (décembre 1041 à avril 1042), mais celui-ci l’exile pour prendre le pouvoir seul. Toutefois, une révolte populaire le force à fuir et le peuple réclame le retour de Théodora pour qu’elle partage le pouvoir avec Zoé. La bonne entente ne durera cependant que trois mois. Zoé se marie pour une troisième fois à Constantin IX, avec qui les deux soeurs partagent le pouvoir de juin 1042 à juin 1050. 

À la mort de Zoé, Théodora retourne au couvent et Constantin IX règne seul jusqu’à sa mort en janvier 1055. Théodora revient alors à Constantinople où elle peut enfin régner sans avoir à partager le trône. Elle tient les rênes du pouvoir d’une main ferme: elle préside le sénat, fait une purge parmi les hauts fonctionnaires et le commandement militaire (les remplaçant par ses propres eunuques), contrôle les excès des nobles et s’ingère même dans le choix des évêques — ce qui lui attire de nombreux ennemis. Ne s’étant jamais marié, elle n’a aucun successeur désigné lorsqu’elle meure de troubles intestinaux (possiblement d’une appendicite) en août 1056, à l’âge de soixante-seize ans. Ses conseillers mettent sur le trône Michel VI, un vieux fonctionnaire et ancien ministre des finances militaires. Après un bref règne et des troubles civils, Isaac Ier prends le pouvoir, signalant le début de la dynastie des Comnène. Théodora aura été une impératrice intelligente et forte dont le règne tumultueux a malheureusement eut des répercussions néfastes, puisque sa politique étrangère causa non seulement le schisme de 1054 mais aussi créa des tensions avec le Califat fatimide qui bloqua alors l’accès des pèlerins aux Saint-Sépulcre.

IMG_8739-8744L’aspect caractéristique et aisément reconnaissable de ce nummus (aussi appelé follis) de qualité plutôt passable (Fair, Ae, 30 x 32 mm, 9.164 g, payé environ $5 le 1985/01/06, flan mince et possiblement refrappé) c’est son revers qui nous offre l’inscription IC-XC / NI-KA divisée par les quatre angles d’une croix ornée de bijoux (ou du moins c’est ce que suggère le motif granulé). Sur l’avers aucune inscription n’est visible mais on y retrouve une figure du Christ, dont on voit le trois-quart du corps, debout de face, la main droite levée en une bénédiction, et la main gauche tenant les Évangiles. Si l’on consulte le Catalogue of the Imperial Byzantine Coins in the British Museum (IBC) les seules pièces similaires sont attribuées à Théodora et datées entre le 11 janvier 1055 et le 31 août 1056.

Dans la description de l’avers, le IBC (vol. 2, # 6 à 16, pp. 507-508) ajoute qu’il y a une auréole derrière la tête du Christ (qui forme une croix avec des points), qu’il porte une tunique et un manteau, que les Évangiles sont aussi décorés de points et qu’il y a une inscription: +EMMA NOVHL (translitération grecque de l’hébreux Emmanuel [עמנואל / Εμμανουήλ] qui signifit “Dieu [est] avec nous”) avec IC – XC dans le champs de part et d’autre. Ce Chrisme (ou Christogramme) est le même que l’on retrouve sur le revers et constitue un monogramme formé des première lettres grecques du nom du Christ (IC = ΙΗϹΟΥϹ / IESOYS / Jesus et XC = ΧΡΙϹΤΟϹ / KRISTOS / Christ). Sur le revers, il s’y ajoute le mot Nika pour former l’inscription “Jésus-Christ est victorieux”.

Étrangement, la plupart des sources sur l’internet (voir plus bas) semblent attribuer ce type de revers à Michel IV (ce qui est à peu près de la même époque que Theodora, en fait quelques années plus tôt, soit 1034-1041). Pourtant, les pièces de cette époque comportent surtout des avers montrant juste le torse du Christ (la moitié du corps) et des revers avec beaucoup plus de texte (du genre “IS-XS / BASILE / BASILE” ou “+INSYS / XRISTYS / BASILEY / BASILE”, ce qui veut dire à peu près “Jésus Christ Roi des rois” — voir IBC v.2, pl. LVIII pour exemples). Il y aurait-il eut de nouvelles découvertes depuis la parution du IBC au début du siècle dernier? C’est possible. Toutefois, le IBC mentionne que plusieurs de ces pièces sont refrappées (overstruck) sur des pièces plus anciennes, ce qui pourrait expliquer la confusion… Quoiqu’il en soit, il serait sans doute plus sage de considérer cette pièce comme anonyme…

Sources: Wikipedia, Google, IBC v.2: 6-16, FAC (Byzantine Coins of the Macedonian Dynasty), CoinArchives, CoinArchives, CoinArchives, acsearch, Numista, CoinTalk. Voir aussi ma fiche.

Ceci conclu cette sous-série de billets sur les femmes vue à travers mes monnaies romaines. Évidemment, la vie d’une impératrice devait être bien différente de la vie d’une femme ordinaire romaine. Comme la société romaine est de nature patriarcale, on s’attendrait à ce que la femme n’y ait aucun pouvoir. En effet, par la loi, elle est toujours dépendante soit de son père, soit de son époux, et son rôle est surtout de gérer le domaine familiale (l’entretient, l’approvisionnement, les esclaves, etc.), de tisser et d’avoir des enfants. Toutefois, la matrone romaine était tout de même assez libre. Elle pouvait témoigner devant un tribunal, recevoir un héritage, posséder et gérer une entreprise, divorcer, confier ses enfants à des nourrices et éducateurs, s’adonner à de nombreux loisirs (aller aux thermes, flâner sur le forum, participer à des débats, aller au théâtre, assister aux jeux du cirque ou à des courses de chars), etc. Et, si elle ne pouvait pas occuper de fonctions politiques ou militaires, elle pouvait exercer une grande influence et même participer à des conspirations! Rome avait même une journée consacré aux matrones, les Matronalia, qui était célébré au printemps (aux Calendes de mars [1er du mois], car c’est le mois de la fertilité). Ce serait d’ailleurs l’origine de la fête des mères (maintenant généralement fêté en mai). 

Sources: Wikipedia [FR / EN], Google, National Géographic, Revue des Deux Mondes.

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Monnaies anciennes 21

Les femmes romaines (5)

Salonina

Salonina, dont j’ai trois antoniniani, était l’épouse de Gallienus, empereur romain du IIIe siècle qui a régné durant la période dite des “trente tyrans”, entre octobre 253 et septembre 268 EC. À la mort de son père et coempereur, Valérianus, aux mains des Perses, il devient seul empereur en 260 EC. Il hérite d’un empire assaillit de tout côtés par des envahisseurs (Perses et Alamands) mais surtout divisé par des rébellions et de nombreuses tentatives d’usurpations — principalement par Postume, qui créa l’Empire des Gaules au nord-ouest, et Odénat, qui fonda avec son épouse Zénobie le Royaume de Palmyre en Orient. Ce qui rend Gallienus intéressant c’est qu’il a été un empereur hellénisant et humaniste, adepte du néoplatonisme et tolérant envers le christianisme — ce qui a facilité son avancement. Il a également fait des réformes militaires où le commandement des armées a été confié à des Magister equitum, des officiers expérimentés d’origine illyrienne ou pannonienne. Il a été assassiné alors qu’il affrontait l’usurpateur Auréolus à  Mediolanum en septembre 268. Claudius Gothicus, l’un de ses maîtres de cavalerie illyriens, lui succède pour mettre fin à l’anarchie militaire — débutant ainsi l’époque des empereurs illyriens. J’ai de nombreuses pièces de monnaies de Gallienus, Postumus ainsi que de Claudius Gothicus et ses successeurs, alors j’y reviendrai bientôt. 

D’origine Bithynienne (selon l’Historia Augusta), Julia Cornelia Salonina épouse probablement Gallienus en 243 et est faite Augusta au début du règne de son beau-père, Valerianus, en 253. L’Histoire (par les monnaies et les inscriptions lapidaires) ne retient le nom que de seulement deux de ses enfants, Valerianus II et Saloninus (qui ont été associé au pouvoir mais sont mort jeunes), toutefois des allusions à sa grande fécondité et des monnaies illustrants plusieurs jeunes enfants semblent indiquer une plus large progéniture. Aucune source ne mentionne d’anecdote négative à son égard et elle semble avoir été aimé du peuple (comme l’indique une inscription sur un arc dédié à Gallien à Rome, la qualifiant de “très sainte Augusta Salonina”, SALONINAE SANCTISSIMAE AVG); elle aurait été une bonne épouse, très proche de Gallienus (des monnaies font l’éloge de la “concorde des augustes”, CONCORDIA AVGVSTORVM), participant même au pouvoir (puisque près de 10% du monnayage du règne lui fut consacré). Elle aurait visité les thermes de Berthemont-les-Bains, dans les Alpes-Maritimes, pour s’y soigner en 261 (cet événement est illustré dans la bande dessinée Ad Roman que j’ai récemment commenté) et y aurait professé la liberté de culte, se montrant particulièrement clémente envers les Chrétiens. Elle a probablement été exécuté avec l’entourage de Gallienus, après le décès de ce dernier en 268, dans une purge ordonnée par le sénat.

IMG_8753-8757Ce beau antoninianus (VG/G, billon/Ae, 19 mm, 1.740 g, payé $US 5.00 le 1985/04/14, caractérisé par des taches vertes d’oxyde de cuivre) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente une Pietas debout à gauche, la main droite levée et tenant une boite à parfums dans la main gauche, avec l’inscription PIETAS AVG[VSTI] (“piété de l’auguste”) — aucune marque d’officine (lettre “P” pour Rome ou lettre “P” à d. avec “II” à g. pour Siscia) ne peut être distingué dans le champs droit ou gauche (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas). Le type du revers représente la piété et la dévotion de l’impératrice envers les dieux et sa famille. Rien ne permet de dater précisément cette pièce (c. 260-268). 

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 22 (p. 193), Sear RCV (1983): 2942, C 77, vcoins, Wildwind (text, image), numismatics, Gallienus & family, ERIC, FAC (Salonina, Pietas). Voir aussi ma fiche.

IMG_8760-8764Cet assez beau antoninianus (G/P, billon/Ae, 20 mm, 2.781 g, payé $US 5.00 le 1985/04/14, flanc vaguement triangulaire du à l’usure, traces d’oxyde de cuivre) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente l’empereur (Valerianus ou Gallienus), à gauche, recevant une victoire de Rome, à droite, assise vers la gauche, une couronne (ou étoile?) dans le champs au-dessus, avec l’inscription ROMAE AETERNAE (Rome éternelle”). Il existe plusieurs variantes de cette pièce frappée en Asie (soit à Antioche ou à Samosate) durant le règne conjoint de Valerianus et Gallienus (253-260). Le revers commémore sans doute une victoire militaire, probablement contre les Perses Sassanides de Shapur Ier (puisque la pièce a été frappée en Asie). Certaines sources (dont le RIC) la date de 255-56 et d’autre de 258-60 (selon la variante). 

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 67 (p. 115), C 103, vcoins, CoinArchives, numiscmatics, ma-shops, Wildwinds (text, image), Wildwinds (text, image), acsearch, acsearch, acsearch,  ERIC, FAC (Salonina, Romae Aeternae). Voir aussi ma fiche.

IMG_8765-8768Cet antoninianus dans un état passable (G/Fair, Ae argenturé, 19 mm, 1.961 g, payé $US 15.00 le 1985/04/14, caractérisée par une couleur grisâtre et un aspect rugueux) nous offre sur l’avers un buste de Salonina, drapé et diadémé à droite, reposant sur un croissant, avec l’inscription SALONINA AVG[VSTA]. Le revers nous présente une Vénus debout à gauche, tenant un casque (ou une pomme?) dans la main droite, un long sceptre dans la main gauche et avec un bouclier à ses pieds. L’inscription est VENVS VICTRIX (“Vénus victorieuse”). Aucune marque d’officine (comme la lettre “H” ou les chiffres “IV” ou ”VI”) ne peut être distingué dans le champs droit (le RIC indique bien une variante sans marque). Le type du revers fait référence à la légende du jugement de Pâris et de la fameuse “pomme de la discorde” et est sans doute une allusion à la beauté de Salonina. Il existe plusieurs variantes de cette pièce frappée à Rome et rien ne permet de la dater précisément, mais le RIC l’indique comme une pièce frappée sous le règne seul de Gallienus (c. 260-268). 

Toutefois, l’instabilité politique et le coût économique des constantes campagnes militaires ayant amené une importante dévaluation monétaire, les dénominations traditionnelles du IIe siècle disparaissent complètement et les antoniniani, d’abord frappé en billon (avec à peine 10% d’argent) au début du règne de Gallienus, ne sont plus à la fin de son règne que des pièces de cuivre argenturées (trempées dans l’argent ou plaquées). L’état de cette pièce (où le noyau de cuivre apparait sous l’argenture) semble indiquer une période tardive du règne de Gallienus (c. 267-68).

Sources: Wikipedia, RIC 5a: 31 (p. 194), Sear RCV (1983): 2947, C 129, vcoins, Wildwinds (text, image), Wildwinds (text, image), Numista, Numista, numismatics, Gallienus & family, ERIC, FAC (Salonina, VENVS VICTRIX, billon). Voir aussi ma fiche.

Ces trois pièces de monnaie, à travers Salonina, représentent bien l’image de la femme romaine éclairée et forte.

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