Capsule reviews (02.017.247)

Bande-dessinée

Yoko Tsuno #28: Le temple des Immortels

Une autre aventure plutôt invraisemblable de l’électronicienne nippone. Leloup développe ici des éléments de récits qu’il avait laissé en plan dans des albums précédents ( #12: La Proie et l’ombre, #25: La Servante de Lucifer, #27: Le Secret de Khâny ). Comme c’est souvent le cas dans ses oeuvres plus récentes, le récit semble un peu précipité alors qu’il essai de raconter son histoire dans le cadre étroit  du format traditionnel de quarante-deux pages. On a l’impression de vivre le récit en accéléré…

Le problème avec des albums qui font sans cesse référence à des volumes précédents est qu’on ne se rappelle pas toujours des détails qui s’y étaient déroulés, ce qui laisse des lacunes dans la bonne compréhension (et l’appréciation) du récit. Toutefois l’idée de moines médiévaux avec des Vinéens et des tributs celtiques vivant au creux de la terre, dans un gouffre profond, a quand même du charme. C’est une lecture nostalgique mais tout de même un peu décevante, donc d’un intérêt moyen…

Cela donne le goût de relire de vieux albums (car étrangement je suis resté sur ma faim — c’est presque toujours le cas avec ces très court albums à l’européenne). Comment un artiste peut-il vivre en publiant juste de tels albums aux deux ans? C’est un dur contraste avec les mangakas nippon qui produisent en moyenne une quantité de pages similaires (en noir et blanc toutefois) CHAQUE SEMAINE (!) pour la pré-publication en périodique…

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Magazine

AnimeLand #216

Le numéro de juin-juillet 2017 nous offre des dossiers sur l’importance du visuel dans la société nippone (“Quand la 2D se tape l’incruste”), sur le marché de l’anime en France en 2016 (qui ne progresse pas aussi positivement que celui du manga car divisé, à 70% / 30%, entre le DVD et le Blu-ray et considérablement affecté par la popularité du simulcast, qui a toutefois l’avantage de faire régresser l’utilisation de sites illégaux de diffusion), et sur les anime “engagés” (socio-politiquement: Harmony, Genocidal Organ, Ghost in the Shell S.A.C., Galactic Hero Legend, Gundam; ou écologiquement: L’école emportée, Conan: Fils du Futur, Nausicaa, Princess Mononoke, Pompoko, Ponyo sur la falaise, Earth Girl Arjuna, etc.).

Comme toujours, AnimeLand nous fait découvrir de nombreux anime (Hirune Hime, Dans un recoin du monde, Golgo 13, Le grand méchant renard, My hero academia, Atom: The Beginning, la saison 2 de L’attaque des titans, Dragonball Super, Boruto: Naruto Next Generations, Rage of Bahamut: Virgin Soul, Capitaine Flam), mangas (Kenshin, One Piece, Mob Psycho 100, Les mémoires de Vanitas, Reine d’Égypte, Voyage à Tokyo, Tenjin, Gloutons et Dragons), et jeux video (Persona 5, et un article sur les mondes ouverts). On nous trace aussi des portraits de seiyu (Mamoru Miyano) ou de musicien (Akira Yamaoka) et nous présente une dizaine d’interviews avec Kenji Kamiyama (Hirune Hime), Eric Goldberg & Neysa Bové (Vaiana), Masashi Kudo (Chain Chronicle), Yasuyuki Muto (Rolling Girls), Studio La Cachette, Nobuhiro Watsuki (Kenshin), Kiyo Kyujyo (Trinity Blood), Tatsuki Fujimoto (Fire Punch) et Chie Inudoh (Reine d’Égypte). Finalement, on retrouve les indispensables actualités et commentaires sur les parutions récentes.

Nul doute que AnimeLand est une source inépuisable d’information sur l’animation et la bande-dessinée japonaise, et le seul magazine francophone sur ces sujets. Toutefois, je n’ai rien trouvé de bien excitant dans ce numéro…

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Manga

Pline #2: Les rues de Rome

Ce second tome, s’il nous offre beaucoup moins d’action que le premier, n’en est pas moins intéressant car il approfondit de beaucoup notre connaissance des protagonistes. Euclès découvre la maison (remplit de manuscrits!) de son nouveau maître, Pline. Celui-ci souffre grandement de l’asthme mais se méfie beaucoup des médecins. Il finira cependant par se soumettre au traitement du médecin grec Silénos, qui lui recommande surtout l’air pur de la Campanie. Euclès tombe amoureux d’une jeune esclave, Plautina, qu’il a rencontré par hasard, mais celle-ci est aussi tombé dans l’oeil de l’empereur Néron! Celui-ci se sent un peu égaré sans les conseils de son précepteur, Sénèque, qu’il a exilé. On y découvre une image plus humaine de Néron, qui apparait moins comme un tyran qu’un jeune homme cultivé mais moralement faible. Poppée, qui n’est pas très aimée du peuple, se fait lancer des pierres. Elle annonce à Néron qu’elle est enceinte, ce qui le convainc finalement de la marier et de régler le sort d’Octavie. Felix, le garde du corps un peu frustre de Pline, a une famille à Rome mais sa femme se plaint de ses absences prolongées et surtout des conditions de vie difficile dans les insulae romaines. Alors Pline leur offre de s’installer dans l’une de ses maisons. Mais le personnage le plus important de ce tome, c’est sans doute Rome elle-même alors que l’on découvre plus en détails ses bas fonds et ses lupanars!

C’est une lecture passionnante si vous êtes amateur de manga historique et de Rome antique. Et ce qui est particulièrement remarquable dans cet ouvrage c’est le grand détail et la qualité du dessin de Mari Yamazaki et Tori Miki. À lire absolument!

Voir aussi mon commentaire sur Pline #1: L’appel de Néron

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Movies

Jackie

Slow, boring movie that shows a not very sympathetic, selfish Jackie, control freak of her image and obsessed with Lincoln funeral and the fact that his widow died destitute and penniless. Is this a well researched bio pic or just an iconoclast fiction? In the end, it is all about the making of the modern myth of the American camelot.

After John‘s death, Jackie meets with a journalist and reminisce about her traumatic ordeal in order to reshape her husband’s presidency. What makes a president great and be remembered like Lincoln was? His accomplishment or his image?

 

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TV Series

Samurai Gourmet

Someone recommended to my wife this Japanese TV series streaming on Netflix. The subject is cool, I had already heard about the writer of the original manga and the main character is played by an actor that I like, therefore I had no hesitation to subscribe to Netflix in order to binge on this mini series of twelve episodes of twenty minutes each. I have absolutely no regret. It was quite funny and very interesting as I leaned a few things about Japanese cuisine. Highly recommended!

Nobushi no Gourmet (野武士のグルメ) is based on a manga written by Masayuki Kusumi and drawn by Shigeru Tsuchiyama (first pre-published in November 2013 by Gentosha Plus web magazine and then in print in June 2016 — I have already commented on the very similar manga that Masayuki Kusumi did with Jiro Taniguchi in 1994-96 titled Kodoku no gourmet). It tells the story of 60-year-old salaryman Takashi Kasumi (Naoto Takenaka) who just retired. Having lost his corporate title and the support of his company, he finds himself with lots of time on his hands. His wife Shizuko (Honami Suzuki) is always busy with something (choir practice, etc.), so he goes for a walk, wandering around and decides to enter a restaurant. For the first time he has a beer in the afternoon and rediscovers the pleasure of a good meal! Being a great fan of Sengoku Period samurai stories, he often imagine what a masterless samurai (played by Tetsuji Tamayama) would do in his situation — which always creates hilarious scenes!

As most of the episode is made of showing off food and the protagonist inner monologue, you might think it is quite boring: in the contrary, it’s an excellent series (see comments on Japan Times, Eater, Thrillist) as proven by a 97% rating on Rotten Tomatoes!

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Capsule-reviews: Magazines (02.017.189)

Cela fait toujours bizarre de commenter des périodiques, mais ils sont une partie importante de la littérature (ou de tout autre média dont ils parlent) et méritent notre attention (d’autant plus que c’est une industrie où il est difficile de survivre — j’en sais quelque chose, ayant moi-même été pendant vingt ans rédacteur-en-chef et directeur de production pour un magazine consacré au dessin animé et à la bande-dessinée japonaise).

dBD #115

Le tout dernier numéro de dBD (juillet-août 2017), un magazine consacré à “l’actualité de toute la bande-dessinée” [disponible dans les bibliothèques de Montréal], nous offre un dossier sur la science-fiction et met en couverture Valérian. En plus des inévitables actualités et critiques de parutions récentes, nous y retrouvons plusieurs points d’intérêts: nous avons droit, entre autres, à un interview avec Nora Reddani, commissaire d’exposition à La Villette, qui nous parle de l’exposition “Valérian et Laureline en mission pour la Cité” jusqu’au 14 janvier 2018 à La Cité des Sciences et de l’Industrie, Efa & Rubio nous parle de leur Monet, Nomade de la lumière (chez Lombard), Bocquet rend hommage à Jidéhem ( Sophie), Nicoby parle des petits livres qu’il auto-édite pour le plaisir de ses fans, Chauzy parle de son adaptation BD du roman de Pelot, L’Été en pente douce (chez Fluide Glacial), le couple Jodorowsky / Montandon parle de leur collaboration artistique, le chanteur Adamo parle de ses amitiés avec des bédéistes (Tibet, Uderzo, Peyo, etc.), interview avec Phicil (Courtois & Phicil, La France sur le Pouce, Dargaud), articles sur la BD & l’armée, Hubert (Hubert & Burckel, La nuit mange le jour, Glénat), Brueas & Toulhoat (Block 109 chez Akileos), Cromwell (Cromwell & Gratien, Anita Bomba, journal d’une emmerdeuse, Akileos), et sur le mouvement punk dans la BD. 128 pages, toutes en couleurs, riches en information! Une lecture essentielle (à acheter ou emprunter en biblio) pour ceux qui s’intéresse à la BD sous toutes ses formes (i.e. aussi les comics, mangas, manhwa, etc).

Toutefois, ce qui a le plus retenu mon attention dans ce numéro c’est le trop bref interview (pp. 46-51) avec Christin & Mézières, faites à l’occasion de la sortie prochaine de l’adaptation au cinéma par Luc Besson (Valérian et la cité des milles planètes, sortie à Montréal le 21 juillet!) de leur série culte (Valérian [et Laureline], agent spatio-temporel). On retrouve aussi deux articles sur le genre Pulp (pp. 52-55) et les récits  Post-apocalyptiques en BD (pp. 56-59), mais celui qui m’a le plus intéressé c’est l’article sur la Bédéthèque Idéale de science-fiction (pp. 60-65: 33 titres de 1934 à 2016, incluant cinq mangas!) où je retrouve certains de mes favoris: Lone Sloane (Druillet), Valérian et Laureline (Christin & Mézières), Yoko Tsuno (Leloup), Le vagabond des Limbes (Godard & Ribera), Major Fatal (Moebius), Trilogie Nikopol (Bilal), L’Incal (Jodorowsky & Moebius), Nausicaä (Miyazaki), Akira (Otomo), et 20th Century Boys (Urasawa)… À lire!

[Commentaire aussi disponible sur Goodreads et sur Les Irrésistibles]

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Animeland est un magazine que je suis depuis ses débuts (en avril 1991). J’en avais rencontré les fondateurs (Yvan West Laurence et Cédric Littardi) à AnimeCon (première convention officielle sur l’animation japonaise en Amérique du nord, qui s’est tenue du 30 août au 2 septembre 1991, à San Jose en Californie — c’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mon épouse!). C’est l’un des top magazines non-nippon consacré au dessin animé et à la bande-dessinée japonaise et le seul de la francophonie. Il est disponible dans les bibliothèques de Montréal.

Animeland #214

Les points saillants de ce récent numéro (Février/Mars 2017) d’Animeland (en plus des indispensables actualités et commentaires sur les parutions récentes) sont deux dossiers sur le cyberpunk dans la manga et l’anime (dont un article sur Ghost in the shell qui fait la couverture) et sur le manga de Naruto, un enquête sur les école manga (bande-dessinée) en France, un article “tendances” sur le fait que les séries animées sont maintenant beaucoup plus courte que dans les années ’80 et ’90, des introduction sur plusieurs anime (Kabanneri of the Iron Fortress, ACCA 13, Yôjo Senki, les anime de vélo, The Great Passage, Redline, La tour au-delà des nuages, Haibane Renmei), manga (March comes in like a lion, Perfect Crime, Pline, Magical Girl Boy, Les Fleurs du mal, Dragons Seekers, Le troisième Gédéon), jeu videos (The Last Guardian, Final Fantasy XV), des portraits de seiyu (Maaya Sakamoto) et musicien (Shiro Sagisu), et six interviews (avec Travis Knight [Kubo], John Musker et Ron Clements [Vaiana], l’équipe de WIT Studio, Eisaku Inoue [One Piece], Shinya Kinoshita, Morihiko Ishikawa).

Dans ce numéro, j’ai fait la géniale découverte du manga Pline, une biographie du naturaliste romain Pline l’Ancien par Mari Yamazaki (Thermae Romae) et Miki Tori. Prépublié au Japon par Shinchôsa dans le périodique Shinchô 45, ce manga seinen, qui est toujours en cours, a déjà quatre tomes de paru dont trois ont été traduit en français par Casterman. À lire absolument!

On y révèle également les résultat du Grand Prix Animeland 2016: Meilleur anime: Yuri!!! On Ice; Meilleur film: Your name.; Meilleur film étranger: La tortue rouge; Meilleur manga: ex-aequo Dead Dead Demon’s Dededede Destruction (Kana) / Le mari de mon Frère (Akata); Meilleur manga one-shot: Marie-Antoinette: La jeunesse d’une reine (Glénat); Meilleur shônen: My Hero Academia (Ki-oon); Meilleur shôjo: Perfect World (Akata); Meilleur yaoi: ex-aequo Doukyusei (Boy’s love/IDP) / L’Étranger de la plage (Boy’s love/IDP); Meilleur seinen: Dead Dead Demon’s Dededede Destruction (Kana).

Somme toute, c’est une lecture indispensable pour quiconque désir rester à jour sur les parutions d’anime et de manga.

[Commentaire aussi disponible sur Goodreads et Les Irrésistibles]

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Animeland #215

Avec son plus récent numéro (Avril/Mai 2017), Animeland se renouvelle avec une maquette plus épurée. En plus des indispensables actualités et commentaires sur les parutions récentes, ce numéro est riche en dossiers: la tradition dans la pop culture japonaise (religion, vie quotidienne et folklore), le marché du manga en 2016 (l’embellie se confirme: hausse du chiffre d’affaire de 7.9%), les adaptations live de manga et d’anime (au Japon, à Hollywood et ailleurs, et surtout un article sur l’adaptation cinématographique de Ghost in the shell) et sur les superbes mangas historiques de Shin’ichi Sakamoto Innocent et Innocent Rouge.

Le magazine nous présente également de nombreux anime (Perfect Blue, Genocidal Organ, Sword Art Online: Ordinal Scale, Blue Exorcist Kyoto Saga, Freaky Girls, Chain Chronicle, Onihei, Ah! My Godess), manga (Man in the window, Fire Force, Berserk, Moving Forward, L’enfant et le maudit, To your eternity), jeu videos (Yakuza O, Resident Evil 7: Biohazard), des portraits de seiyu (Adeline Chetail) et musicien (Susumu Hirasawa), ainsi que quatre interviews (avec Yuichi Nakamura & Takahiro Sakurai [Genocidal Organ], Shinichiro Kashiwada & Shingo Adachi [Sword Art Online]). 116 pages (et un poster) pleines d’info indispensables pour tout amateur d’animation japonaise et de manga!

[Commentaire aussi disponible sur Goodreads et Les Irrésistibles]

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S’enfuir – Récit d’un otage

“En 1997, alors qu’il est responsable d’une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l’a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d’un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ? Un ouvrage déchirant, par l’auteur de Pyongyang, de Shenzhen, de Chroniques birmanes et de Chroniques de Jérusalem.” [ Texte du site de l’éditeur ]

“Être otage, c’est pire qu’être en prison. En prison, tu sais pourquoi tu es là et à quelle date tu vas sortir. Quand t’es otage, tu n’as même pas ce genre de repères. Tu n’as rien.” [ Texte de la couverture arrière ]

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Le chat du Rabbin 06: Tu n’auras pas d’autre dieu que moi

“Le grand retour du Chat du rabbin !”

“Le Chat est désespéré : sa maîtresse, Zlabya, est enceinte… Que va-t-il se passer ? S’intéressera-t-elle encore à lui ? Pourra-t-il encore être caressé, pourra-t-il la voir quand il le voudra ? Quelle sera sa place ? Ne devrait-il pas partir et chercher une autre maison ?”

“Joann Sfar retrouve avec un bonheur évident l’univers du Chat du rabbin et livre une éblouissante histoire pleine de tendresse et d’amour.”

[ Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

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ATTENTION: Peut contenir des traces de “spoilers”! Les personnes allergiques à toutes discussions d’une intrigue avant d’en avoir eux-même prit connaissance sont vivement conseillé de prendre les précautions nécessaires pour leur sécurité et devraient éviter de lire plus loin.

C’est un bon album mais j’ai tout de même été déçu. Le style brouillon est toujours moche mais je m’y suis habitué. Avec un titre pareil, je m’attendais à quelques grandes révélations mystiques, mais non. C’est juste une histoire existentielle de chat.

Le chat fait face aux affres de l’abandon: non seulement sa maîtresse s’est marié mais elle attends maintenant un enfant. Il ne peut comprendre ni accepter qu’elle adore qui que ce soit d’autre que lui (d’où le titre, sans doute). Il cherche d’abord le réconfort auprès du maître et de sa religion dont il se moque: “Moi, en une minute, j’ai mille idées. Vous depuis mille générations vous ânonnez les mêmes formules!” Mais le rabbin trouve réconfort dans la présence immuable du Livre et de ses prières. Alors le chat, doté de raison et de parole mais athée, s’essaie aussi à la prière. “Les autres, ils ont l’air content. Alors moi, je vais faire le content aussi (…). Dis, Dieu. Les autres, ils t’ont trouvé pour de vrai? Ou alors ils font comme moi?” Il psalmodie des prières en se dandinant à l’unisson avec les autres. Sa tête se vide de ses pensées et il trouve le vide. Est-ce que le vide est une fin en soi?

Le temps a passé trop vite et l’enfant est né. Après une longue hésitation le chat quitte ses maîtres pour une vie normale de chat dans la rue, mais même pour ça il n’est pas doué. Dans les égouts il rencontre un rat qui lui promet de lui faire découvrir une vérité sur les hommes s’il lui laisse la vie sauve. Il lui montre la patronne d’un hotel qui trompe son mari avec deux étudiants qui ne peuvent payer leur chambre. Ça les rends heureux. Le chat décides d’user de son pouvoir de la parole et de leur dire la vérité: l’un des étudiants quitte sans même prendre sa valise, l’autre se suicide. Le chat mange le rat.

La chat n’a trouvé sa place nulle part. Alors même si il a été jaloux, même si sa situation n’est pas idéale, il décide de retourner dans sa famille. Il reparle à sa maîtresse. En fait, il n’a été parti que trois heures! Mais chaque instant sans elle est trop long!

Est-ce la fin? Il y aura-t-il un autre tome dans un an ou dix ans? Peu importe. C’est un beau conte qu’il valait bien la peine de lire.

Joann Sfar est un auteur très prolifique: il a produit plus de cent-cinquante bandes dessinées! En janvier, Paris-Match l’a rencontré pour un interview. Il a quarante-quatre ans et vit seul dans un appartement parisien avec ses chats. En plus de la BD, il est aussi peintre, caricaturiste, écrivain et réalisateur de films. Alternativement avec Sempé, Paris-Match lui a offert un page pour remplacer Wolinski, décédé dans les attentats du 7 janvier 2015.


Le chat du rabbin 6. Tu n’auras pas d’autre dieu que moi , par Joann Sfar (couleur par Brigitte Findakly). Paris, Dargaud (Coll. Poisson Pilote), août 2015. 22.5 x 29.5 cm, 56 pg., 12.99 € / $22.95 Can. ISBN: 9782205073539. Recommandé pour adolescents (12+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Voir aussi mes commentaires sur les volumes précédents:

Le Chat du Rabbin © 2015 Dargaud.

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Asterix: Le Papyrus de César

“Deux ans après le succès d’Astérix chez les Pictes, les personnages créés par René Goscinny et Albert Uderzo sont de retour dans un nouvel album écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad.“

“Tous les ingrédients de la potion magique Astérix sont au rendez-vous : l’Histoire de Rome et des Gaulois est revue et corrigée à coups de gags et de jeux de mots en pagaille ! Par Toutatis !”

“Jules César a eu beau tenter d’exercer sa censure, rien n’y a fait ! Le Papyrus de César est un succès public et critique. Tous les colporteurs de nouvelles sont unanimes, et font part de leur enthousiasme à longueur d’Acta Diurna, dans des critiques élogieuses. « Coup de tonnerre dans le monde des lettres », « Déjà un classique ! », les unes se succèdent pour souligner la qualité d’un album dont on parlera encore dans 2 000 ans !“

(Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière)

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Lire (et/ou re-lire) des Astérix est une sorte de tradition de noël dans ma famille alors j’étais très heureux de finalement mettre la main sur le dernier-né (et trente-sixième album) de la série. Je dois cependant admettre que depuis que les auteurs d’origines ont cessé d’y travailler (l’un décédé et l’autre retraité) la lecture des Astérix est un plaisir sans joie. L’humour et les jeux de mots incroyables de Goscinny me manquent beaucoup.

Jules César vient de terminer l’écriture de son fameux Commentaires sur la guerre des Gaules mais son éditeur et publiciste lui suggère de couper le chapitre traitant de son échec à conquérir toute la Gaule à cause d’un simple village d’irréductibles Gaulois. Il accepte mais, pour préserver sa réputation, demande à Promoplus d’en éliminer toute copies, sinon il lui en pâtira. Malheureusement, Bigdatha, l’un des scribes numides, s’échappe avec une copie qu’il remet au colporteur de nouvelles et correspondant à Rome du “Matin de Lutèce”, Doublepolémix. Celui-ci se rend au village des irréductibles Gaulois pour leur remettre le papyrus. Sachant que César tentera de récupérer son manuscrit par tout les moyens, Panoramix propose de se rendre dans la forêt des Carnutes pour que le druide Archéoptérix, qui est le gardien secret des connaissances gauloise, le grave dans sa mémoire et que la tradition orale le transmettre de génération en génération. Après maintes péripéties, César récupère le papyrus mais le mal est fait.


Le Papyrus de César est bien sûr un album bien écrit et le dessin est très fidèle au style original. Comme toujours cela vaut la peine de le lire. Toutefois, ce je le mentionnais plus haut, ce n’est pas l’Astérix d’antan.

On y fait toute sorte d’allusions aux technologies de l’information moderne, au piratage des données (et sans doute à Edouard Snowdon) mais je n’ai vraiment rigolé qu’à la lecture d’un seul gag (voir ci-contre). Mais, bon, c’est quand même un peu amusant. J’ai un peu souris à un ou deux autres endroits. Donc, un bon album mais sans plus.

Asterix: Le Papyrus de César , écrit par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad. Vanves, Éditions Albert René, octobre 2015. 48 pages, 1.3 x 22.2 x 29.2 cm, 9,95 € / $14.95 Cnd, ISBN 978-2864972716. Lectorat: pour tous!

Pour plus d’information vous pouvez aussi consulter les sites suivants:

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Paul dans le Nord

“Été 76. Paul a 16 ans et ne rêve que d’une chose: une motocyclette Kawasaki KE100 pour fuir son quotidien et ses parents envahissants. Avec Ti-Marc, un nouvel ami rencontré à sa polyvalente, Paul traversera cette période difficile de son adolescence avec un peu plus de légèreté. Voyages en auto-stop, soirées arrosées entre copains et expériences nouvelles seront au rendez-vous. Le tout, sur fond de jeux olympiques, de musique de Peter Frampton et de Beau Dommage…”

(Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière)

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Dans ce huitième album, Paul est adolescent et se rebelle contre son père qui voudrait bien qu’il l’aide à finir leur chalet à Saint-Sauveur (dans les Laurentides, le Nord auquel réfère le titre). L’été, il tond des pelouses avec son oncle Raynald et rêve de s’acheter une moto Kawasaki — il finira par s’acheter une mobylette. De retour en classe, dans une nouvelle polyvalente, il se fait une nouvelle gang de chum, surtout Marc (qui l’appelle toujours Biquet, puisqu’il donne des sobriquets bizarres à tous ses amis) avec qui il montera à Mont-Laurier sur le pouce et manquera de mourir gelé dans une tempête de neige. L’été suivant c’est l’année des Olympiques, en 1976. Il découvre les filles. Enfin, surtout Linda pour qui il tombera complètement amoureux. Un peu trop peut-être. Il se saoule à la bière, essaie le hash, fait le party comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ce sera l’été d’un amour mais qui ne durera pas. Linda se trouve un autre intérêt. Paul déprime mais en sortira un homme. (ci-contre: page 2)

C’est une belle histoire qui nous présente la quintessence de l’adolescence mais je ne l’ai pas autant aimé que l’album de Paul à Québec (dont je n’ai pas encore vu le film) qui offrait beaucoup plus d’émotion et une histoire plus linéaire. Cet album-ci est un peu plus anecdotique. (ci-contre: page 3)

Le style de Rabagliati apparait de prime abord un peu sommaire et caricatural mais les planches sont tout de même très détaillées et il sait bien rendre une impression en peu de traits. Cela démontre un talent indéniable. A noter qu’on retrouve deux planches en couleurs pour illustrer le cauchemar que Paul fait après l’épreuve de la tempête de neige et s’être fait cruiser par une vieille tapette. L’Horreur! Personnellement, j’aurais gardé la couleur pour illustrer son trip quand il fume du hash. Mais ça aurait peut être été trop cliché.

Ce que je trouve extraordinaire dans les albums de la série de Paul c’est que je me reconnais un peu dans plusieurs aspects du récit. Je suppose que c’est une sorte d’effet nostalgie qui affecte les gens qui ont vécu à travers les années soixante-dix…

Extrait: pages 10 et 11

C’est un très bon album qui mérite bien d’être lu mais ce n’est pas son meilleur. Malheureusement, Rabagliati dans des interviews laisse entrevoir qu’il a pas mal fait le tour de l’univers de Paul et que cet album pourrait bien être son dernier. J’espère que non parce que j’adore cette série.

Paul dans le Nord, écrit et illustré par Michel Rabagliati. Montréal, Les Éditions de la Pastèque, octobre 2015. 184 pages, 19,1 x 25,4 cm, 27,95$, ISBN 978-2-923841-78-6. Lectorat de 14 ans et plus. Un article dans Voir offre les quinze premières pages en extrait. Un article dans Le Devoir en dévoile dix-huit autres planches.

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Yoko Tsuno 27 – Le secret de Khâny

“La nuit est tombée sur Loch Castle Cottage et ses habitants. Mais tous ne dorment pas… Yoko et Émilia sont dehors au moment où un étrange engin volant les survole et, d’un rayon fulgurant, frappe Yoko à la tête. Dans un réflexe de survie, Émilia désintègre l’engin qui explose et s’écrase dans le Loch.”

“Peu de temps après, Khâny apparaît dans son vaisseau spatial et explique à Yoko que l’engin l’a prise pour elle, à cause de l’alignement de leurs ondes de pensée. Elle lui révèle une info étonnante : chargée de veiller sur les Vinéens qui dorment en léthargie sous la terre et d’assurer leur retour sur Vinéa, Khâny a découvert parmi eux une adolescente à qui on a insufflé des connaissances très particulières, à savoir un programme de “purification” capable d’éliminer microbes et bactéries de la surface de la Terre pour permettre aux Vinéens de s’y installer sans danger. Ce programme, sinistre héritage de l’infâme Karpan, aurait donc le pouvoir d’éliminer toute vie terrestre ! Plus grave encore : l’adolescente a réussi à fuir son caisson pour se réfugier sur Mars où un accélérateur-lanceur pointé sur la Terre pourrait réaliser, à titre posthume, l’horrible dessein de Karpan.”

“Pour aider son amie vinéenne, Yoko va prendre tous les risques et se lancer dans cette aventure sans se douter que Khâny lui cache un autre secret…”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

ATTENTION: Peut contenir des traces de “divulgâcheurs”! Les personnes allergiques à toutes discussions d’une intrigue avant d’en avoir eux-même prit connaissance sont vivement conseillé de prendre les précautions nécessaires pour leur sécurité et devraient éviter de lire plus loin.

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Dans ma jeunesse, mon imaginaire a surtout été nourri par les personnages de bandes-dessinées que je retrouvais dans le journal Tintin et dans le magazine Pilote auxquels ma famille était abonné. J’aimais particulièrement, pour Tintin, Alix, Corto Maltese, Cubitus, Dan Cooper, Luc Orient, Martin Milan, Olivier Rameau, Ric Hochet, Taka Takata, Tintin (évidemment), et Michel Vaillant. Dans le cas de Pilote, je lisais surtout les aventures de Achille Talon, Astérix, Bob Morane, Iznogoud, Lone Sloane (Druillet!), Philémon, Lucky Luke, le Vagabond des Limbes, mais mes favorits étaient sans aucun doute Le Génie des alpages, Valérian ainsi que toutes les histoires de Enki Bilal. Plus tard, j’ai aussi été un grand adepte de Métal Hurlant (où s’exprimait le talent inouï de nombreux artistes comme Druillet, Moebius, Caza, Bilal).

Toutefois, il y un des grands magazines de BD que je n’ai jamais vraiment lu: Spirou — je ne sais trop pourquoi; probablement parce que, par le temps que je le découvre, je trouvais le genre d’histoires qu’il publiait un peu trop enfantin pour moi. Cela ne m’a pas empêché de lire en albums plusieurs de ses séries (comme ceux des Schtroumpfs) dont ma favorite est sans conteste Yoko Tsuno. Elle a su satisfaire ma soif de science-fiction et a sans doute été mon premier contact avec la beauté de l’orient.

La tranquilité de Yoko, qui se repose en Écosse entouré de ses souvenirs de voyages (quelques compagnons de fortune et plusieurs “créatures” étranges), est troublée par l’apparition hostile d’un vaisseau Vinéen. Sitôt le vaisseau détruit, Yoko reçoit la visite de Khâny, son amie Vinéenne, dont la mission est de veiller sur les envahisseurs Vinéens qui dorment en léthargie sous la terre et d’assurer leur retour éventuel sur leur planète d’origine. Parmi eux dormait une adolescente conditionnée à l’extrême pour contrôler un programme visant à détruire les microbes et bactéries de la Terre pour permettre aux Vinéens d’y vivre sans dangers… et ainsi éliminer toute vie sur Terre! Celle-ci s’est cependant échappé vers une base sur Mars, où elle peut activer un canon géant qui tirerait des projectiles destructeurs vers la Terre. Yoko et Khâny doivent donc se rendre sur Mars pour l’en empêcher.

Après quelques retournement tarabiscotés, Yoko découvre que Khâny a menti: la véritable mission est de sauver l’adolescente, nommée Tévy, qui est en fait une hybride biocompatible humaine et Vinéenne. Évidemment, Yoko réussi à échapper aux griffes de Gorka (le fidèle second de l’infâme et belliqueux Karpan), à détruire l’arme mortelle et même à sauver Tévy, qui s’ajoute ainsi à sa collection de réfugiés-souvenirs. [baillement]


Comme toujours Leloup nous offre, avec Le secret de Khâny, de très beau dessins, très détaillés, avec des concepts technologiques qui semblent relativement crédibles. Toutefois l’histoire est un peu trop compliquée (on se perd un peu dans tout les mensonges de Khâny! C’est pas toujours très clair). Le rythme du récit est un peu lent au début et la fin est un peu précipitée (comme si l’auteur se sentait un peu à l’étroit dans son format de 48 pages). Si cela me fait plaisir de revoir ce charmant personnage après plusieurs années d’absence, je trouve tout de même que c’est un album un peu décevant. Il me semble qu’ils étaient plus excitant à lire que ça avant (mais c’est peu être juste moi qui vieillit)… C’est néanmoins une lecture incontournable pour tout les fans invétérés de la charmante électronicienne nippone.

Yoko Tsuno 27: Le secret de Khâny, scénario et dessin: Roger Leloup (mise en couleur par Studio Léonardo). Paris: Dupuis, juillet 2015. 48 pgs, 21.8 x 0.8 x 30 cm, 10.60 € / $17.95 Can, ISBN: 978-2-8001-6339-0. Recommandé pour public jeune (7+). Un extrait peut être consulté sur le site de l’éditeur.

Pour plus d’information vous pouvez aussi consulter les sites suivants:

Le secret de Khâny © Dupuis, 2015.

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Elle s’appelait Tomoji

“L’histoire vraie d’une rencontre signée Taniguchi

“Taniguchi met ici en scène la rencontre entre deux adolescents dans le Japon de l’entre-deux guerres (1925-1932). Tomoji vit dans la campagne au nord du mont Fuji, tandis que Fumiaki fait ses premiers pas de photographe à Tokyo. L’auteur nous fait découvrir avec sa sensibilité habituelle ce qui va unir ces personnages.”

“Une histoire inspirée de personnages réels qui fonderont par la suite une branche dérivée du bouddhisme.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

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Elle s’appelait Tomoji (intitulé simplement ⎡とも路⎦ [ Tomoji ] en japonais) est le fruit d’une commande de la part du temple bouddhiste fréquenté par Jirô Taniguchi et son épouse. L’histoire est d’abord parue dans le bulletin trimestrielle de la secte Shinnyo-En avant d’être publié chez Futabasha en août 2014. La traduction française n’a pas tardé à paraître en janvier 2015 chez un jeune éditeur appartenant au groupe de l’école des loisirs, Rue de Sèvres, qui avait déjà publié Giacomo Foscari de Mari Yamazaki en septembre 2013 ainsi que Cet été-là par Mariko et Jillian Tamaki (une BD par des nord-américaines d’origine japonaise) en mai 2014.

Dans l’interview inclut à la fin de l’ouvrage, Taniguchi nous explique que Shinnyo-En désirait “valoriser ce qui fait la particularité de ce temple, et notamment mieux faire connaître la personnalité et le parcours de sa créatrice, Tomoji Uchida.” Taniguchi n’avait cependant pas l’intentsion de se lancer dans un travail hagiographique, car de simples anecdotes biographiques sont insuffisant pour bâtir une histoire accrocheuse. Pour ce faire il était nécessaire d’y introduire des éléments fictifs. Il décida de se concentrer sur la vie de Tomoji avant la création du temple en privilégiant “le parcours de vie qui a façonné la personnalité de Tomoji, et qui l’a conduite à choisir la voie de la spiritualité.”

Ayant un emploi du temps plutôt chargé et étant peu familier avec ce genre de récit et la période, Taniguchi a décidé de faire appel à une scénariste professionnelle, Miwako Ogihara. Il admet volontiers qu’avec les années il produit des mangas qui offrent moins d’action et de passion, comme ce fut le cas pour Blanco ou Le sommet des dieux, par exemple, et plus de subtilités et de douceurs. Dans le cas de Elle s’appelait Tomoji, il trouvait particulièrement important que l’intrigue se déroule d’une “façon calme et précise”.

Taniguchi nous raconte donc divers moments marquants de la vie de Tomoji Uchida. Chapitre I: Elle s’appelait Tomoji; 1925 (Taishô 14). Tomoji a 13 ans et revient de l’école en flânant. Pendant ce temps, Fumiaki Itô, 19 ans, arrive au village pour photographier, à la demande de sa mère, la grand-mère de Tomoji, Kin Uchida (67 ans)—dont il est le petit-fils de la soeur ainé. Tomoji arrive tard et elle croise Fumiaki sur la route mais sans le rencontrer. Le 9 mai 1912 (dernière année de l’ère Meiji) nait Tomoji par une nuit orageuse.

Chapitre II: Des jours heureux; Mai 1913 (Taishô 2): Pour l’anniversaire de Tomoji, toute la famille se rends chez le photographe de Nirasaki, à vingt kilomètres de Takane. Août 1914 (Taishô 3): sa petite soeur, Masaji, vient au monde. Décembre 1916 (Taishô 4): son père, Yoshihira, meurt d’une péritonite aigüe due à une appendicite.

Chapitre III: La séparation; janvier 1919 (Taishô 8): les enfants travaillent à l’épicerie de la famille; la mère, maintenant veuve, retourne dans sa famille à Gochôda. Elle sera élevé par sa grand-mère et son grand (demi-)frère, Toyô. En avril, Tomoji rentre à l’école primaire Jinjô à Nagasawa. Elle doit marché, seule, plus d’une heure pour s’y rendre. Au retour elle doit aider aux travaux ménagers et au magasin. Printemps 1921 (Taishô 10): Masaji entre aussi à l’école, ce qui fait que Tomoji ne marche plus seule. Masaji est souvent malade. Décembre 1921: la fièvre de Masaji empire et elle doit rester alité plusieurs jours. Janvier 1922 (Taishô 11): Masaji meurt de la fièvre.

Chapitre IV: Le ciel, au loin; avril 1923 (Taishô 12): Tomoji va en excursion avec sa classe.e Elle démontre beaucoup de compassion et d’entraide pour ses amis et sa famille. Été 1923 (Taishô 12): Tomoji est bien organisé et débrouillarde dans son travail. Sa famille mène une vie simple mais sereine. 1er septembre 1923 (Taishô 12): c’est le grand tremblement de terre de la région du Kantô et un vaste incendie ravage Tokyo. Fumiaki, qui vit maintenant à Tokyo, assiste de près à la catastrophe. Été 1924 (Taishô 13): Tomoji travaille aux champs avec sa grand-mère. Le travail est dur mais “après les difficultés… il y a toujours quelque chose d’heureux qui arrive.” Pendant ce temps, Tokyo se reconstruit et Fumiaki apprend l’anglais.

Chapitre V: Le voyage; mars 1925 (Taishô 14): il est décidé que Tomoji poursuivra ses études à l’école supérieure. Elle doit marcher trois kilomètre sur un chemin de montagne pour aller en classe, où elle excelle en toute matière dont le chant. Elle est nommé déléguée de classe. Été 1930 (Shôwa 5): un mariage est arrangé pour Toyô. La grand-mère, qui travaille encore au champs, au magasin et dit des prières pour les voisins malades, commence à avoir des problèmes de santé et meurt à 72 ans. A ses funérailles, le 1er septembre 1930, “Tomoji se souvient de sa grand-mère, attentive aux problèmes que lui racontaient les gens pour pouvoir les aider.” À l’automne c’est le marriage de Toyô. Tomoji décide de quitter la maison pour aller à l’école de couture de kimonos à Kôfu. Elle part en janvier 1931 (Shôwa 6). Elle a 18 ans.

Chapitre VI: Le printemps est arrivé; janvier 1931: de sept heures du matin à minuit, Tomoji passe tout son temps à la couture, puis aux travaux ménagers. Son seul moment de repos c’est celui du repas. Janvier 1932 (Shôwa 7): elle retourne à la maison pour visiter son frère et sa femme qui est enceinte. Elle y apprend qu’elle a une proposition de mariage: il s’agit de Fumiaki Itô de Minami-Arai. C’est un bon prospect car il travail dans une société de construction d’avion à Tokyo. Il est aussi de retour dans sa famille pour les fêtes du nouvel an. Mais avant qu’elle aille se présenter à sa famille, Fumiaki et son frère viennent faire une visite surprise. Quelques jours plus tard, Tomoji se rends avec sa tante à Minami-Arai pour rencontrer la famille de Fumiaki. Elle y fait bonne impression grâce à la bonne éducation qu’elle a reçu de sa grand-mère. Elle est adroite et économe: “Le riz est le résultat de beaucoup de travail (…) il ne faut pas en gaspiller le moindre grain.” De sa grand-mère elle dit aussi qu’elle “était sincèrement dévouée aux autres.” Le jeune couple promet de s’écrire et chacun retourne à son travail.

En Mars, Tomoji reçoit une lettre de sa tante pour lui annoncer qu’elle a reçu le consentement officiel de madame Yoshi Itô pour le mariage. Elle écrit aussitôt à Fumiaki pour lui dire qu’elle est prête à partir dès qu’il viendra la chercher. Il vient aussitôt et ils repartent pour Tokyô. Comme il n’est pas le successeur de la famille et qu’elle n’a pas de dot, ils décident qu’ils peuvent se passer de cérémonie de mariage. En avril, ils s’installent dans un appartement près de la gare de Tachikawa. Ils organisent un petit banquet pour célébrer leur union. Tomoji veux vivre simplement, et construire une famille avec des enfants “dont les rires animent la maison”. Pour la première fois depuis la mort de son père, Tomoji est heureuse et sereine. Elle a le sentiment qu’elle doit beaucoup à sa grand-mère…

Dans Elle s’appelait Tomoji, on retrouve avant tout le superbe style graphique de Taniguchi — clair, précis, détaillé, avec quelques belles pages en couleurs — ainsi que le même genre de récit que pour Le Journal de mon père. Toutefois l’on sent qu’il y manque quelque chose et que le récit n’a pas vraiment d’âme. Le sujet était pourtant prometteur mais Taniguchi (et/ou la scénariste) a échoué dans sa tentative d’en faire un récit captivant. C’était probablement un projet trop ambitieux et Taniguchi a essayé de couvrir trop d’année en un petit nombre de pages ce qui en fait un récit beaucoup trop anecdotique. C’est un très beau manga, et malgré la volonté d’en apprendre plus sur ce personnage intéressant, la lecture n’en est cependant pas satisfaisante. C’est donc un manga très décevant, ce qui est rare dans le cas de Taniguchi.

Elle s’appelait Tomoji, scénario: Jirô TANIGUCHI et Miwako Ogihara, dessin: Jirô TANIGUCHI. Paris: Rue de Sèvres, janvier 2015. 174 pgs, 18.5 x 25.5 cm, 17 € / $31.95 Can, ISBN: 9782369811312. Recommandé pour public adolescent (12+). Un extrait peut être consulté sur le site de l’éditeur.

Pour plus d’information vous pouvez aussi consulter les sites suivants:

Elle s’appelait Tomoji © Jirô Taniguchi / Miwako Ogihara, 2014. Traduction française © Rue de Sèvres, Paris, 2015.

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Le guide du mauvais père (3)

“Transformer la lecture du soir en cours de grammaire ou en usine à cauchemars, rivaliser de puérilité avec ses enfants, leur apprendre les pires bêtises, gagner en trichant, et les mettre au défi de faire pire… Guy Delisle, un mauvais père ? Non, un auteur de bande dessinée qui sait puiser l’imagination là où elle se trouve, avec un sens aigu de l’observation et une bonne dose d’autodérision.”

[ Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière ]

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Le guide du mauvais père 3 c’est du pareil au même, très similaire aux deux premiers volumes (commentés précédemment). Mais comme on en redemande toujours chaque nouveau volume est le bienvenue. Cette fois il s’agit de dix-neuf petites histoires d’une dizaine de pages (6 à 18 pages) où un père un peu égoïste et amoral abuse psychologiquement ses enfants de son humour tordu, parfois sans vraiment sans rendre compte: Harry Potter, Dans le jardin, Sortie de l’école, Je chante, Taralle, Moutarde, Les bourreaux, Dvd, Le cadeau d’anniversaire, Devant la télé, Tour de magie, Le pingouin, La vie, Boucle d’or, Dans l’avion, Scientifique, Au magasin, Par la cheminée et La console. Cela crée des situations cocasses, sans doute inspirées de la vie quotidienne de l’auteur (mais, on l’espère, pas trop réelle). Ce qui est extraordinaire c’est qu’en quelques traits simples, Delisle réussi à décrire des situations ou des expressions tout de même assez complexes.

Un petit exemple: extrait de “Harry Potter” (pg 3-5, 9-10)


Comme je l’ai déjà dit pour les deux premiers volumes, c’est un petit bijou fort amusant mais trop bref, car à deux illustrations par pages ça se lit très rapidement. C’est donc une BD légère qui offre une lecture agréable et amusante. Parfait pour l’autobus ou la salle d’attente.

Le Guide du Mauvais Père 3, par Guy Delisle. Paris, Éditions Delcourt (Coll. Shampooing), janvier 2015. 18 x 13 x 1.75 cm, 192 pg., 9,95 € / $15.95 Can. ISBN: 978-2-7560-6647-9. Recommandé pour public adolescent (12+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Voir aussi mes commentaires sur les deux premiers volumes:

Le Guide du Mauvais Père © Éditions Delcourt, 2015 – Guy Delisle.

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Découverte: trois nouveaux Taniguchi

Cette semaine, en feuilletant le catalogue des bibliothèques de Montréal, j’ai fait la découverte de trois nouveaux manga de Jirô Taniguchi qui avaient échappé à mon attention jusque là: il s’agit de Les Gardiens du Louvre (que j’ai déjà commenté tout récemment), du volume 2 de Contrées Sauvages (que j’avais annoncé déjà en juillet de l’an dernier) et finalement, le plus nouveau de tous, Elle s’appelait Tomoji.

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Les Gardiens du Louvre

Résultat d’un projet spécial, coédité par Futuropolis et Louvre Éditions, où des artistes de BD s’inspirent des oeuvres du Louvre, cette bande-dessinée de Taniguchi nous offre des planches superbement détailées et colorées.

“(…) un dessinateur japonais fait étape en solitaire à Paris, dans l’idée de visiter les musées de la capitale. Mais, cloué au lit de sa chambre d’hôtel par une fièvre insidieuse, il se trouve confronté avant tout à une forme de solitude absolue (…). Alors que le mal lui laisse quelque répit, il met son projet à exécution, et se perd dans les allées bondées du Louvre (…) oscillant entre rêve et réalité, qui le mènera pour finir à la croisée des chemins entre tragédie collective et histoire personnelle.”

Les Gardiens du Louvre, par Jiro TANIGUCHI (Traduction: Ilan Nguyên). Paris, Futuropolis / Louvre Éditions, novembre 2014. 23.0 x 32.5 x 1.7 cm, 136 pg., album couleur et cartonné, 20,00 € / $37.95 Can. Sens de lecture original japonais. ISBN: 9782754810159. Recommandé pour public adolescent (12+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Les contrées sauvages 2

“Au milieu d’une nature aussi cruelle que ses paysages sont sublimes et les créatures qui la peuplent sont hostiles, l’homme est la proie de tout, et surtout de lui-même. Véritable périple à travers les grands espaces, des montagnes japonaises aux étendues de l’Ouest américain, cette anthologie n deux tomes donne à voir une facette encore méconnue en France de l’oeuvre de Taniguchi : l’époque où, nourri de bande dessinée européenne, il s’essayait avec succès à la BD de genre en y insufflant ce qui est aujourd’hui encore sa marque de fabrique : un immense talent de raconteur d’histoires.”

Les Contrées Sauvages vol. 2, par Jirô TANIGUCHI. Paris: Casterman (collection Sakka), janvier 2015. 264 pgs, 15 x 21.4 x 2.2 cm, 13.95 € / $26.95 Can, ISBN: 9782203084445. Recommandé pour public adolescent (14+).

Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

Elle s’appelait Tomoji

“L’histoire vraie d’une rencontre signée Taniguchi

“Taniguchi met ici en scène la rencontre entre deux adolescents dans le Japon de l’entre-deux guerres (1925-1932). Tomoji vit dans la campagne au nord du mont Fuji, tandis que Fumiaki fait ses premiers pas de photographe à Tokyo. L’auteur nous fait découvrir avec sa sensibilité habituelle ce qui va unir ces personnages.”

“Une histoire inspirée de personnages réels qui fonderont par la suite une branche dérivée du bouddhisme.”

[Texte du site de l’éditeur; voir aussi la couverture arrière]

Elle s’appelait Tomoji , scénario: Jirô TANIGUCHI et Miwako Ogihara, dessin: Jirô TANIGUCHI. Paris: Rue de Sèvres, janvier 2015. 174 pgs, 18.5 x 25.5 cm, 17 € / $31.95 Can, ISBN: 9782369811312. Recommandé pour public adolescent (12+).

Extraits des pages 3 à 8


Un extrait plus long peut être consulté sur le site de l’éditeur
Pour plus d’information vous pouvez consulter les sites suivants:

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