Les bibliothèques de Montréal à la traine

Un récent article dans The Gazette (2016/01/22 pg A1-A2) révélait que la Ville de Montréal est à la traîne des banlieues en regard des heures d’ouverture des bibliothèques.

“A Montreal Gazette analysis of operating hours shows that, compared to those in the city of Montreal, libraries in Montreal Island suburbs tend to have longer hours that are more convenient for people who work or go to school during the day.”

Huit des treize banlieues de l’Ile de Montréal offrent considérablement plus d’heures d’ouverture par semaine que les bibliothèques de la Ville de Montréal: Côte-St-Luc offre le plus d’heures (72 heures), suivie de Dollard-des-Ormeaux (71 hrs), Dorval, Kirkland, Westmount (69 hrs chacune), Pointe-Claire (67 hrs), Town of Mount-Royal (64 hrs) et Beaconsfield (63 hrs). Il faut noter que la bibliothèque de Côte-St-Luc ouvrait jusqu’à récemment 84 heures par semaine (de 10h à 22h) mais les heures ont été coupé au début janvier, la bibliothèque fermant maintenant à 18h les vendredis et le week-end. Exceptionnellement, cette bibliothèque ne ferme d’ailleurs jamais pour les fériés et reste ouverte 365 jours par année!

Les deux arrondissements de la Ville de Montréal offrant le plus d’heures d’ouverture sont LaSalle (65 heures) et Montréal-Nord (62 heures) — deux ex-banlieues qui se sont fusionnées en 2001! La plupart des arrondissements (neuf d’entre eux) n’offrent que 53 heures d’ouverture. Les pires arrondissements sont Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (49.25 heures) et Côtes-des-Neige-N.D.G. (46 heures)! Mais ce sont tout de même des (petites) banlieues qui se retrouvent au bas de la liste: Montreal-West (avec 32.75 heures) et Baie d’Urfé (avec 31.5 heures). Il n’en demeure pas moins que la ville de Montréal pourrait (et devrait) faire beaucoup mieux!

Malgré un certain effort pour améliorer la situation ces dernières années, le problème est beaucoup plus profond que de simple heures d’ouverture.

Il y a quelques années un article sur le site de Ici-Radio-Canada (2014-11-07) révélait que la ville estimait avoir besoin d’une dizaine de bibliothèques supplémentaires afin de bien desservir la population montréalaise et de rattraper son retard sur les grandes villes canadiennes.

“L’an dernier [2013], les bibliothèques de la Ville de Montréal enregistraient 6,7 millions de visites, en hausse de plus de 4 % par rapport à 2010. Le nombre de prêts est aussi en progression, à 11,4 millions en 2013.”

C’est pourquoi la ville a entreprise de nombreux projets pour agrandir, rénover et construire de nouvelles bibliothèques. Ainsi la bibliothèque de Saul-Bellow a été agrandie et trois nouvelles bibliothèques ont récemment vu le jour: Du Boisé, Marc-Favreau et Benny-Farm.

Mais est-ce assez pour rattraper l’important retard que la ville accuse vis-à-vis des grandes villes canadiennes?

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Je me souviens d’avoir vu il y a plusieurs années (juillet 2005) un rapport établissant le “Diagnostic des bibliothèques municipales de l’Île de Montréal” et Montréal était à la traine des autres grandes ville canadiennes à tout les niveaux:

  • Superficie : les bibliothèques de la ville de Montréal offrent en moyenne 57 m2 par 1000 habitants alors que ce nombre atteint 82.3 m2/1000 hab. à Vancouver et 63.2 m2/1000 hab. à Toronto.
  • Nombre de livres : avec ses 4.5 million de livres, le réseau des bibliothèques de Montréal se retrouve au 4e rang en n’offrant qu’une moyenne de 2.3 livres par habitant alors que ce chiffre est de 4 livres/hab. à Vancouver et de 3.5 livres/hab. à Toronto.
  • Taux de pénétration : le pourcentage des abonnés actifs parmi la population desservie est de 37.8% à Montréal, ce qui place la ville en dernière position (8/8) dans le palmarès des villes canadiennes de 500 000 habitants et plus. Ce même taux est de 67.7% à Vancouver et de 62.6% à Toronto!
  • Dépenses : la ville de Montréal n’investit dans ses bibliothèques que $38.3 per capita ce qui la place au 3e rang, alors que Vancouver investit $63.9 per capita et Toronto $53.1 per capita. “Comme la moyenne des dépenses per capita des grandes bibliothèques canadiennes est de 43,4 $, ce qui représente un investissement de 113,3 % par rapport à celui de Montréal, cela entraîne un écart négatif de 5,1 $ ou 11,8 %.”
  • Personnel : de plus, avec ses 861 employés de bibliothèques et ses 158 bibliothécaires, la ville de Montréal a un déficit de 72 bibliothécaires et de 262.9 employés par rapport à la moyenne des grandes villes canadiennes. Le taux de bibliothécaires par 6000 habitants y est de 0.52 ce qui la place au 5e rang par rapport à Vancouver (1.32) et Toronto (1.05). Avec un taux de 0.95 employé par 2000 habitants, Montréal se classe au 6e rang! L’écart est particulièrement disproportionné dans le cas des employés affectés à la planification du réseau : 8.2 personnes-année (0.9 % de l’ensemble du personnel) à Montréal alors qu’on en retrouve 69,7 personnes-année à Toronto (3.8 % du personnel)!

Bien sûr, ces chiffres datent de plus de dix ans et les choses se sont certainement améliorées depuis mais l’écart de Montréal par rapport au reste du pays reste honteux. Et il risque de le rester quand on a des dirigeants qui semblent penser que la culture devrait être “rentable” et qu’ils coupent dans la culture au lieu d’y investir.

Pourtant l’impact positif des bibliothèques sur le développement de la population (en alphabétisation, littéracie, intégration des nouveaux arrivants, recherche d’emploi (impact économique), aide aux devoirs et à la recherche, développement personnel, culture générale, socialisation, santé, etc) —- particulièrement dans le cas de la population défavorisée et vulnérable (personnes à faible revenu, personnes âgées, etc) —- est déjà clairement et indubitablement établi. Selon l’UNESCO, les bibliothèques ont une mission d’éducation, de culture et d’information.

Malheureusement, beaucoup de gens semblent encore penser que, de nos jours (avec l’internet), les bibliothèques sont devenues inutiles! Les gens aisés tendent à oublier que ce n’est pas tout le monde qui a l’internet ou qui peut se payer des livres, des encyclopédie ou des dictionnaires! Le bénéfices générés par les bibliothèques ne se calcul pas en dollars ou en valeur économique, mais en développement social, culturel, intellectuel et scientifique, ce qui est indispensable à toute société. Elles sont le temple du savoir humain. Qu’on se le dise! Si on veut VRAIMENT aller plus loin, il faudra faire plus pour nos bibliothèques!

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